Bruno Retailleau : "J'espère qu'on arrive au dénouement" de l'affaire Boualem Sansal
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'Intérieur et président du parti Les Républicains. Vos questions sur l'application Radio France ce matin. Bruno Retailleau, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Bonjour. Bonjour Léa Salamé. Et bienvenue sur Inter. On va revenir longuement sur la canicule exceptionnelle qui s'abat sur la France et les mesures, monsieur le ministre, que vous avez prises en la matière. On va évoquer l'avenir du gouvernement Bayrou, la situation du parti que vous dirigez désormais, donc Les Républicains. Mais d'abord, dans quelques heures, la cour d'appel d'Alger décidera du sort de l'écrivain franco-algérien Boilem Sansal. Il risque dix ans de prison.
Il a déjà été condamné en première instance à cinq ans pour avoir porté atteinte à la sûreté de l'État. Ce sont les mots de la justice algérienne. Qu'allez-vous faire s'il est condamné à des années de prison ? Cela fait six mois que l'Algérie rejette la fermeté comme la diplomatie classique. Alors quoi, Bruno Retailleau ?
Écoutez, vous le savez, j'étais le tenant de la ligne de la fermeté. J'espère qu'on arrive au terme et au dénouement de cette affaire. Aujourd'hui, la soi-disant justice devrait donner sa sentence, qui sera vraisemblablement confirmée, même si tout cela est injuste. Et dans quelques jours, nous saurons si lors, notamment du 5 juillet, fête nationale algérienne, il est gracié ou non. Vous comprendrez que dans ces moments-là, je ne veux gâcher aucune chance, même la moindre petite chance, de faire en sorte qu'il soit libéré. Je rappelle simplement qu'il a 80 ans, qu'il est malade.
Son avocat lui recommande d'accepter le jugement en espérant cette grâce présidentielle. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous, ministre de l'Intérieur, vous n'espérez plus que ça, la grâce présidentielle ?
Moi, j'espère qu'il sera libéré. J'espère qu'il sera libéré.
Pardon de vous poser la question, parce que vous-même, vous avez été tenant de la fermeté à l'endroit de l'Algérie. On se souvient de vos mots en février dernier. Désormais, il faut accepter un rapport de force. Le rapport de force, c'est les visas. Le rapport de force, c'est l'accord de 68. Parce qu'on a été trop gentil avec l'Algérie, il faudra une riposte graduée contre Alger. Vous n'avez pas obtenu de résultat.
Mais si, la riposte, on l'a d'ailleurs déployée sur un certain nombre de fronts. Mais j'observe que la très grande discrétion vis-à-vis de votre collègue, journaliste sportif Christophe Gleize, qui là-bas depuis 13 mois, il n'était pas en prison, mais il vient d'être condamné.
Il était sous contrôle judiciaire.
À 7 ans, il était sous contrôle judiciaire. Cette stratégie n'a pas fonctionné. Personne n'en parlait. Personne n'en parlait.
Mais ce qui veut dire quoi, pardon ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? Qu'on en parle beaucoup, comme avec Boalem, on ne parle pas avec Christophe Gleize, il n'y a rien qui change, c'est ça ?
Non, je veux dire simplement qu'on a toujours, on ne perd jamais à dire la vérité, c'est tout. Et on ne perd jamais à dire les choses.
La stratégie qu'est dorsée qui consiste à dire, n'en parlons pas pour ne pas envenimer les choses, qui a été la stratégie de notre confrère Christophe Gleize, celle-là échoue à coup sûr ?
En tout cas, moi je n'y crois pas, pour preuve, c'est que j'ai porté une autre ligne d'une fermeté, pas vis-à-vis, si j'ose dire, de l'Algérie. C'est simplement que j'ai considéré que quand on doit, et on a des relations tumultueuses, orageuses, douloureuses, c'est notre histoire qui veut cela. Mais j'ai toujours considéré que même une histoire tempétueuse ne doit pas justifier l'omerta, et je crois vraiment que quand deux pays ont des relations, ont des accords, les accords doivent être réciproques. C'est le manque de réciprocité que j'ai contesté.
Mais on vous entend ce matin, Mezzo Voce, parce que vous espérez la grâce présidentielle.
Vous avez compris que je ne veux hypothéquer aucune chance pour Boilem. Boilem, pour moi, c'est en plus, c'est un symbole, c'est le symbole de quelqu'un qui n'est pas né chez nous, mais qui vraiment sert la langue française. Son dernier livre, je le rappelle, j'en fais même la publicité, Le français, parlons-en. Et Boilem nous dit ce que nous sommes, une nation civique. C'est-à-dire qu'on peut s'attacher à la France, pas seulement par la naissance, mais aussi par le cœur et l'esprit.
Juste une question, vous étiez, vous, ministre de l'Intérieur, au courant que Christophe Gless, que ce journaliste français, était sous contrôle judiciaire ?
Très franchement, je l'ai appris récemment. Je l'ai appris récemment. Il y a quelques jours. Je l'ai appris il y a quelques jours.
Quai d'Orsay ne vous avait pas informé qu'on avait un journaliste français ?
En tout cas, je l'ai appris comme tous les Français. Je l'ai appris par les médias.
Bruno Retailleau, on en vient à cette vague caniculaire qui traverse la France. 84 départements en vigilance canicule orange et rouge depuis hier. C'est du jamais vu, selon la ministre Agnès Pannier-Runacher, qui déclarait sur Sud Radio qu'une vague de chaleur, c'est plusieurs milliers de morts. Fin de citation. Plusieurs milliers de morts ? Elles cèdent à la panique, là ? Ou vous avez des informations qu'on n'a pas ?
Non, je n'ai pas d'informations, mais on sait que la chaleur peut tuer. On le sait, notamment depuis 1983, où il y avait cet épisode, où on a eu des milliers et des milliers, notamment de personnes qui sont fragiles. Depuis, on a acquis une expérience. On a acquis une forme de culture du risque. Et j'ai activé, moi d'ailleurs, en réunissant à Beauvau une cellule interministérielle de crise dès dimanche soir, avec six ou sept ministres, précisément un plan hors sec. Le plan hors sec, c'est ce qui permet de dire aux préfets. En fait, je l'avais activé avant. Je l'avais activé dès le 20 mai.
J'avais envoyé un télégramme à tous les préfets pour dire, un, attention, il faut, pour la population, donner des consignes. Deux, près des maires, rapprochez-vous des maires, parce qu'ils ont des plans communaux de sauvegarde. Ils ont, par exemple, un registre des personnes vulnérables qu'ils peuvent joindre par SMS. Ils savent, une personne est âgée, elle est isolée, etc. Mettez en activation les sapeurs-pompiers dans chaque département, les associations de secouristes. Et surtout, prenez la tâche des organisateurs de festivals, notamment, et aussi sportifs, parce que les grands événements festivaliers, on entre en pleine saison aujourd'hui.
Et donc, quelle est la mesure demandée pour les festivals, pour les compétitions sportives ?
Les compétitions sportives, on essaie de décaler les horaires, évidemment. La question des boissons, la question, y compris parfois, de l'annulation. Mais ça, c'est sur le terrain. On a des compétitions sportives qui peuvent être très, très différentes. Donc, on ne peut pas édicter de règle générale. C'est aux préfets, aux maires, de regarder la situation au plus près du terrain. Moi, je crois à cela. De même, pardon, mais je ne cesse de le dire, arrêtons de tout demander à l'État. L'État doit prendre ses responsabilités, il se mobilise. Mais on est une société, on est une communauté nationale. Je veux rappeler que la responsabilité, c'est important. Il faut prendre soin les uns des autres.
Quand on a des amis, de la famille, des proches, qu'on s'est parfois isolés, qu'on s'est vulnérables, on prend soin d'eux aussi. C'est le message que je veux donner.
Agnès Pannier-Runacher déclarait dimanche, on est vraiment sur un phénomène particulièrement important et inédit qui est relié au dérèglement climatique avec une multiplication de phénomènes extrêmes comme les vagues de chaleur et une intensité qui augmente. Elle dit que ce qui se passe là aujourd'hui, ces jours-ci avec cette canicule, c'est lié au réchauffement climatique. Vous en convenez ?
Écoutez, la statistique, elle est claire. Depuis qu'on mesure ce genre de choses, ce genre de phénomène, depuis 1947, 50 épisodes de grosse chaleur caniculaire, sur les 50, il y en a 33 qui appartiennent à notre siècle, dans les 25 dernières années. Donc oui, il y a une accélération et le dérèglement climatique.
Alors pourquoi vous dénoncez en permanence l'écologie punitive ? Pourquoi vous avez voté encore il y a quelques jours pour détricoter deux mesures écologiques emblématiques d'Emmanuel Macron ? Les ZFE, les ZAN, c'est-à-dire les zones à faible émission et les zéro artificialisation des sols, n'êtes-vous pas totalement à contre-temps par rapport à ce qu'on vit aujourd'hui ?
C'est l'inverse. J'ai lutté au Sénat. Quand j'ai vu que les écologistes, parce que c'était une forme de gauchiste, on devrait dire d'ailleurs que la maladie infantile de l'écologie en France, c'est le gauchisme, qu'on voulait, par exemple, supprimer, on a fermé Fessenheim. En contrepartie, on a ouvert Saint-Avold avec du charbon. En contrepartie, on a fabriqué un terminal flottant au Havre pour recevoir du gaz de schiste.
Qu'est-ce que vous proposez ?
Vous proposez l'écologie du bon sens.
Ça va faire baisser les températures, l'écologie du bon sens ?
Absolument. L'écologie du bon sens, c'est faire en sorte qu'on s'appuie sur une énergie qui est abondante, peu chère pour les Français, décarbonée comme l'une nucléaire. Et il faut, par conséquent, miser sur un point fort que nous avons. Je veux rappeler qu'en France, en 30 ans, on a baissé de 40% les émissions de CO2 par habitant. Que la revue du Massachusetts Institute, l'Index, nous a classé quatrième pays les plus écologistes. Et que, enfin, sur les gaz à effet de serre, c'est moins de 1% la France. Donc, prenons, c'est le bon sens, là encore. Et on a cette filière nucléaire qu'il faut développer.
Mais Gabriel Attal, vous attaque durement, sur ce point, comme président des LR, un axe anti-écologie LR-RN à l'Assemblée nationale, qui vote systématiquement contre tout ce qui permet d'oeuvrer à la transition écologique. Sur la transition écologique, les LR sont aujourd'hui dans une forme de climato-scepticisme et votent comme le RN sur l'ensemble des questions écologiques. Vous lui répondez quoi ?
Je lui réponds que je n'ai aucune leçon à recevoir de lui. C'est moi et pas un élu écologiste qui est inscrit dans le code civil, le principe de préjudice écologique. C'était après l'ERICA, qui est en 1999, qui répand son gazole, son fioul lourd sur les côtes vendéennes. J'en ai tiré des conséquences. J'ai lutté pendant plus de 12 ans. Je crois que c'était 13 ans. Je n'ai pas été aidé à l'époque par les écologistes. J'ai dû aussi batailler contre ma propre famille. J'étais président de département.
Je suis prêt à prendre le challenge avec beaucoup d'élus écologistes de France, qu'ils viennent en Vendée, qu'ils comparent à ce qu'on a fait, par exemple, en matière de tri des déchets, en matière d'énergie, précisément, et là encore, en plusieurs autres matières, l'eau potable.
Mais pourquoi vous votez pour l'artificialisation des sols ? Je vais vous expliquer, Léa Salamé. Je vais vous expliquer très concrètement. Excusez-moi, il y a des mesures très emblématiques contre la pollution et le CO2, les néonicotinoïdes qui sont réintroduits, les gros pesticides également.
Attendez, j'ai plusieurs questions. Je vais les prendre par le sens inverse, chronologique. Donc, l'acétamipride, comment voulez-vous expliquer à nos agriculteurs que c'est autorisé dans 26 pays sur 27, c'est interdit chez nous, et que ça va détruire des filières qui vont nous amener à importer, avec des pratiques encore moins bonnes, y compris environnementales, ces produits. Donc, on interdit une agriculture qu'on exporte par ailleurs en France. Première chose. Deuxième chose, et on a l'agriculture, très franchement, qui est, de tous les pays d'Europe, une des agricultures les plus qualitatives. Deuxième élément, sur le ZAN, c'est stupide.
Le ZAN, c'est l'artificialisation des jeunes.
C'est zéro, artificialisation nette. Pourquoi ? Parce que, quand vous êtes en ville, il n'y a pas de problème. Vous pouvez construire à la verticale. Quand vous êtes comme moi, en ruralité, vous ne le pouvez pas. Il faut que des communes, avec des jeunes qui veulent acheter un terrain pour pouvoir faire construire leur maison, puissent le faire. Et enfin, elle est terrible, cette mesure. Pourquoi ? Parce qu'elle tape les communes qui ont fait le plus d'efforts. Pourquoi ? Puisqu'elle demande à ces communes, qui ont fait beaucoup, beaucoup d'efforts, de diviser par deux. C'est facile à comprendre.
Les communes qui ont fait d'efforts et qui doivent diviser par deux, elles sont désavantagées par rapport aux communes qui n'ont fait aucun effort.
Je ne suis pas climato-sceptique. Vous dites à Gabriel Attal, c'est lui qui dit ça.
Non, mais je ne veux pas polémiquer. Simplement, il y a quelque chose dans une histoire personnelle. C'est pour ça que c'est important d'être élu local. Je vous parlais de l'ERICA. C'est comme ça que j'ai conçu cette idée du préjuice écologique. Par Xintia, 29 morts en Vendée. J'ai très bien vu qu'on pouvait, le dérèglement climatique, augmenter le niveau de la mer et créer des catastrophes naturelles. Ça m'a marqué. Donc, j'essaie à mon niveau, mais certainement pas comme le font les écologistes gauchisants de France, qui déploient une idéologie qui est beaucoup plus proche d'une idéologie politique.
L'occurrence, c'était Gabriel Attal. Ce n'était pas les écologistes gauchistes.
Oui, il vient de la gauche. C'est un gauchiste, Gabriel Attal. Non, je n'irai pas jusqu'à... Non, mais je vois bien qu'il y a une forme de compétition dans ce que j'appelle le bloc central. Je vois qu'on essaie de surjouer des différences, de se pousser du col, vraisemblablement, pour les échéances de 2027. Je regarde ça, moi, très tranquillement, avec le calme des vieilles troupes.
Parce que vous ne regardez pas 2027, vous.
Non, parce que je regarde colline après colline, Léa Salamé.
Et là, on est à quelle colline ?
Je suis du bocal, je vendais.
On est à quelle colline, là ?
Voilà, c'est la colline reconstruction de LR. Et il y a du boulot, quand même. Il y a du boulot.
Et la colline, je quitte le gouvernement, c'est quand ?
Ah ben ça, vous êtes tous ligués. Il y a même M. Tebboune qui voulait me faire démissionner, vous aussi.
C'est le président algérien.
C'est le président algérien. Tant que je serai utile aux Français, à mon pays, voilà, je resterai en poste et j'essaierai de donner le meilleur de moi-même, dans des conditions qui sont très difficiles, puisque nous n'avons pas, à l'Assemblée nationale, de majorité. Et si je suis rentré au gouvernement, c'est pour tenter d'éviter le pire à la France, le chaos et aussi l'extrême.
On va y venir, mais François Bayrou veut faire voter la proportionnelle, veut présenter un texte à la fin de l'année, à la fin de cette année. On sait que vous êtes archi contre la proportionnelle. Est-ce que ça, c'est une bonne fenêtre de tir ? S'il y a proportionnelle, je pars.
Je le lui ai dit. Il m'avait indiqué qu'il prendrait du temps. C'est ce que je constate. Au départ, ça devait être dès septembre. Désormais, c'est après les budgets.
Donc, il veut vous garder, quoi.
Donc, en tout cas, je vois bien que les taux se desserrent, mais la proportionnelle, c'est une mauvaise chose. Notamment pour la Ve République, ce serait le régime des partis que le général de Gaulle a voulu détruire, parce que ce régime-là était en train d'affaiblir la France.
François Bayrou, fragilisé, après l'échec du conclave sur les retraites, va affronter aujourd'hui une motion de censure déposée par le PS. Il devrait s'en sortir, comme votre gouvernement, Bruno Retailleau, grâce à l'abstention du RN. Merci, Marine Le Pen.
Non, j'ai entendu aussi, et lui, François Hollande, qui a indiqué qu'il voterait de la motion de censure à condition qu'il soit sûr de ne pas en faire, de créer des circonstances telles qu'elles passent. Donc, tout ça est un jeu de dupe total. Tout ça est un jeu de dupe total. Vous ne tremblez pas avant cette motion de censure. Est-ce que, Nicolas Demorand, est-ce que vous trouvez que j'ai une allure inquiète ce matin ? Non, j'ai d'autres inquiétudes pour mon pays, ça c'est sûr. Pour la sécurité des Français, ça oui. Mais pour cette motion de censure...
Justement, vous avez tenu votre conseil national de LR samedi, après votre élection à la tête du parti. Et je vais laisser Nicolas dire vos mots, Bruno Retailleau.
Vous appeliez dans votre discours à refonder la droite pour relever la France. Je n'ai aucun goût pour les synthèses molles à la sauce hollandaise. Je pense que c'est François Hollande ou les courants à la mode socialiste. Et vous avez eu cette métaphore étonnante. Notre mouvement ne doit ni être une caserne, ni un McDo avec un menu à la carte. Alors, si LR n'est ni une caserne, ni un McDo, c'est quoi exactement ? LR sous Retailleau, Hippopotamus, Flunch, quoi ?
C'est de la bonne gastronomie française. Moi, je suis français. Un bistrot ! Et vous savez que notre gastronomie est entrée dans le patrimoine immatériel de l'humanité reconnu par l'UNESCO. C'est vrai. Au-delà de la plaisanterie, ce que je veux dire, c'est que ça revient d'ailleurs à parler 2027. On n'a strictement aucune chance, chez nous, dans ma famille politique, de réussir quoi que ce soit pour 2027 si on ne travaille pas, si on ne retrousse pas les manches. Trop souvent, mon parti a pensé qu'avec sa culture du chef, il suffisait de trouver un homme, une femme providentielle, on arrêtait de travailler. Non. Aujourd'hui, on est au bout du bout d'un système.
Il va falloir refonder les choses. Qu'est-ce qu'on fait pour que le travail paye plus ? Le problème aujourd'hui, c'est qu'on a... Vous vous rendez compte qu'en un an, on a, en deux ans, un million de Français qui ont été rejoints par le SMIC. Il y a une paupérisation. Comment on fait pour que les Français puissent travailler plus, mais surtout qu'ils puissent gagner plus ? Comment on fait pour rapprocher le salaire brut du salaire net ?
Quelle ligne, Bruno Retailleau ? Parce que ça, c'est une question qu'on vous fait un peu le reproche d'avoir une ligne conservatrice. Édouard Philippe a ce micro. Quand on lui parlait de vous, il nous disait « Pour moi, c'est la France trocadéro ». La France trocadéro, référence à François Fillon qui avait réuni ses troupes au trocadéro, donc vous étiez un des plus proches. La France trocadéro. Gabriel Attal parle de votre révolution conservatrice. Dominique de Villepin dit « L'évolution de ce parti politique qu'on appelait la droite républicaine, c'est en fait la droite réactionnaire, ultra-conservatrice, identitaire qui fait la course avec le Rassemblement national. » Quand j'entends M.
Retailleau...
Dominique de Villepin.
Oui, Dominique de Villepin, vous allez répondre. « Quand j'entends M. Retailleau sur bon nombre de sujets, j'ai du mal à faire la différence avec ce que dit le Rassemblement national. »
Le gaullisme d'opérette. Le gaullisme d'opérette. Le gaullisme d'opérette, Dominique de Villepin ? Oui, bien sûr. Bien sûr, il parle comme l'extrême-gauche. C'est tout ce que je combats, moi. Les gens de droite qui parlent comme la gauche. Lui l'a dit
« Je n'ai rien à voir
Donc, d'ailleurs, gaulliste, il a privatisé... Je me suis opposé, moi. Il a privatisé les sociétés d'économie mixte d'autoroutes. Vous voyez, parce que ça, c'est le gaullisme. Moi, je me suis opposé à l'époque. Il était dans votre famille. Non, non. Il était Premier ministre et je me suis opposé. Moi, j'ai voté contre au Sénat. Donc, je n'ai pas de leçon de gaullisme.
Vous courez après le RN, Révolution conservatrice. Vous pensez que la France a envie d'une Révolution conservatrice ? M. Retailleau. Quand vous donnez une grande interview au JDD, parce que vous parlez différent quand vous êtes inter ou quand vous parlez au JDD, mai 68 a fabriqué des barbares, 40 ans de choix idéologiques qui ont déconstruit nos repères, fait exploser l'autorité à l'école, en famille, dans la rue...
Mais bien sûr. Mais bien sûr, Réa Salamé. Moi, ma ligne politique, ce n'est pas ni le libéralisme, ni le conservatisme, ou je ne sais quoi. Ce n'est pas l'isme. C'est la France des honnêtes gens. Celle qui travaille, qui est silencieuse. Elle est silencieuse. Pas parce qu'elle n'a rien à dire, mais parce que les hommes et les femmes politiques n'en ont rien à faire. Parce qu'ils ont découpé la tranche en rondelles de saucissons pour s'adresser à des catégories, pour s'adresser à des minorités. C'est qui les honnêtes gens ? Les honnêtes gens. Mais c'est ceux qui bossent, c'est ceux qui ne cassent pas.
C'est par exemple cet étranger qui est venu légalement sur notre sol, qui fait tout pour travailler, pour s'inscrire dans nos valeurs, dans notre mode de vie et qui en a marre de voir que c'est un certain nombre d'étrangers, eux, fraude, arrivent clandestinement. Ce sont ces pères et ces mères de famille qui se saignent aux quatre veines pour transmettre des valeurs. à leurs enfants et qui ne comprennent pas que d'autres familles qui laissent traîner des gamins de 10 ans, de 11 ans, tard le soir, n'aient pas à encourir un certain nombre de sanctions financières. Mais vous assumez
un conservatisme culturel ? Parce que ça peut être une ligne. Vous l'avez toujours assumé. Vous étiez contre l'inscription de l'IVG dans la Constitution. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut dire les choses, non ? Je pense. Et donc la question, la France est-elle prête à une révolution conservatrice ?
Je ne veux pas de révolution conservatrice. Simplement, je pense que il y a tous les peuples en Europe, les peuples occidentaux sont travaillés aujourd'hui par des questions existentielles. Et moins on a de patrimoine matériel, moins on a d'argent, plus on est attaché à un patrimoine immatériel. C'est quoi le patrimoine immatériel ? C'est un paysage. Des paysages au sens naturel, géographique. Des paysages au sens symbolique. Une culture, une civilisation. Vous savez, c'est Jaurès, je vais le dire parce que je suis à France Inter, mais je l'ai dit dans d'autres circonstances. Il disait que la patrie, c'est le bien de ceux qui n'en ont pas.
Il y a une classe politique qui a considéré qu'il ne fallait plus de frontières. Il fallait une sorte de cosmopolitisme. Il fallait être citoyen du monde. Non, moi, on n'est pas citoyen de nulle part. On est citoyen de quelque part. Il faut un enracinement. Un enracinement, on a la chance en plus en France d'être une nation civique. Donc, c'est ça, moi, que je veux porter. Et c'est ce que les Français, notamment les plus modestes, les plus fragiles, attendent des hommes et des femmes politiques.
Qu'on ne soit pas des hommes et des femmes politiques de nulle part, qui les emmènent n'importe où, mais qu'au contraire, ils puissent se sentir pris en charge, y compris dans leurs questions existentielles, qui les travaillent, qui les taraudent.
Jordan Mélanie, c'est un modèle ?
Non, moi, je n'ai aucun modèle. Pas plus les modèles galloricain, comme dirait Régis Debray, que des modèles italiennes. Je suis français, mais ce que je pense, je vois parfaitement un chemin. Ce chemin, sur la France, des honnêtes gens, il doit être, notamment, un certain nombre de choses très simples.
Non, alors, attendez, parce que ma question, non, là, ce n'était pas pour faire votre campagne, ce n'était pas pour faire votre campagne, c'était pour vous faire réagir à la décision qu'on vient d'apprendre de Georgia Mélanie, qui vient de signer un nouveau décret pour faire venir 500 000 travailleurs étrangers, après les 450 000 qu'elle a déjà accueillis il y a deux ans, un million en tout, sous son mandat, elle qui faisait campagne en disant on va tirer sur les bateaux des étrangers, elle a fait rentrer un million d'étrangers. Elle fait face au réel ?
Nous sommes dans une situation très différente, parce que la baisse démographique en Italie a été beaucoup plus rapide, beaucoup plus précoce que chez nous. Première chose. Deuxième chose, au moment où je vous parle, Léa Salamé, Nicolas Demorand, vous avez inscrit au chômage 410 ou 420 000 étrangers en situation régulière. J'ai signé une circulaire avec ma collègue Astrid Pagnan-Runacher qui est... Pardon. Pagnan-Runacher. Non, non. Bouvet. Bouvet. Bouvet. Et non pas Agnès Pagnan-Runacher, ministre du Travail.
Nous avons signé cette circulaire pour dire au préfet mobiliser des ressources, mobiliser un certain nombre de forces pour qu'on puisse qualifier ces étrangers qui sont venus légalement et qui sont en dehors du travail. Eh bien moi, je préfère, vous voyez, m'occuper, y compris d'ailleurs à former des Français qui sont d'origine et qui sont nationaux. De ceux qui sont là, c'est ça que vous dites. Je veux, et non pas les irréguliers. Il faut quand même faire une différence.
Jordan Bardella vous dit, ça fait presque un an que vous êtes ministre de l'Intérieur et lorsqu'on voit les chiffres de l'immigration, je le cite, pour l'année 2024, on comprend que Bruno Retailleau n'est que le ministre de la Parole. Les titres de séjour atteignent un nouveau record, 343 000 titres de séjour en 2024 avec Retailleau ministre. Jamais, il n'y a eu jamais autant d'immigration en France depuis 10 ans.
Je suis dans une position très inégale avec le Rassemblement national puisque eux, depuis 52 ans, on ne peut pas les attaquer sur le moindre bilan. Ils n'en ont pas. Simplement, il ne lui aura pas échappé que je suis arrivé à la fin de l'année 2024 et que si je suis devenu l'obsession du Rassemblement national, vous pensez que c'est parce que justement, je me plante autant, les chiffres sont là, moins 24% de moins de régularisation d'étrangers, notamment clandestins, plus 14% d'éloignement forcé, moins 14% de naturalisation. Donc ça, ce sont des chiffres, j'en obtiendrai de nouveau.
Ils donnent des chiffres inverses, mais bon. Ils donnent les naturalisations qui ont augmenté de 6%. Et l'asile, etc. Et l'asile qui explose.
Non, parce que, non, les naturalisations, je suis désolé, j'ai fait une circulaire, je demande à ce que, avec la nouvelle circulaire où je relis l'assimilation et la naturalisation, il faut prendre en compte cette circulaire et les chiffres depuis cette circulaire.
Eh bien, merci,
Bruno Retailleau. Merci, Bruno Retailleau, d'avoir été... Un dernier mot, quand même, pour Nicolas, pour vous soutenir, parce que vous allez perdre la meilleure moitié. Et vous voyez, voilà, bon vent, alias Salamé. Merci. Je ne retrouverai plus ici, dans cette matinale de France Inter.
Et on est tous tristes. On est tristes et on était très contents de vous recevoir. Un titre de droite
France Inter, oui, ça se...
Ça, c'est facile, vous le savez. Ça, c'est une facilité, parce que... Oui, il y en a plein. Mais ce n'est pas grave. Mais en tout cas, on était heureux de vous recevoir comme ministre de l'Intérieur et avant.
Merci. Merci à tous les deux. Merci infiniment, Bruno Retailleau. Merci. Merci.
Merci. Merci. Merci infiniment, Bruno Retailleau.
Bruno Retailleau