Crise énergétique : "la seule solution qui fonctionne, c'est la mobilisation européenne pour économiser l'énergie", selon le chercheur Thomas Pellerin-Carlin
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Chapitres
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Questions et réponses
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Aura-t-on suffisamment de gaz et d'électricité pour passer l'hiver ?
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Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que l'Union Européenne a une stratégie énergétique claire ?
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Est-ce que vous avez compris qui allait être mis à contribution et à quelle hauteur ?
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Est-ce qu'EDF va être mis à contribution ?
- 2:11OuverteRéponse directe
Qu'en est-il des producteurs d'énergie renouvelable ?
- 2:39OuverteRéponse partielle
Et donc, il n'est plus question de les subventionner ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Ce qu'a proposé Ursula von der Leyen hier, c'est une stratégie à court terme, faire des économies d'énergie pour passer l'hiver. »
- 0:41InvitéFait
« Une stratégie aussi de lever des financements en mettant à contribution certains producteurs d'électricité et d'énergie. »
- 0:48InvitéFait
« Et enfin, elle a dressé un cap. L'investissement massif dans les énergies renouvelables et la rénovation des bâtiments, puisque la seule manière de sortir de cette crise des énergies fossiles, c'est de sortir des énergies fossiles. »
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« À ce stade, ce qu'ils veulent mettre à contribution, c'est les producteurs d'électricité renouvelables, éolien et solaire, les producteurs d'électricité nucléaire, les producteurs d'électricité à partir de certaines formes de charbon, ce qu'on appelle la lignite. »
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« Et donc là, on pense que l'État va recevoir environ 10 milliards d'euros grâce aux investissements dans les énergies renouvelables. »
- 4:35InvitéChiffre
« Le bouclier tarifaire, ça coûte plus de 20 milliards d'euros. »
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« Là, pour l'instant, l'État français a plus dépensé dans le bouclier tarifaire qu'il n'a investi il y a trois ans pour les dépenses en faveur du climat. »
- 5:19InvitéChiffre
« Dans les textes qui sont confuités des bureaux de la Commission, on parle d'une économie d'électricité de 10% en règle générale. »
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« Et on montrait jusqu'à 15% au moment où la consommation est très élevée, le réseau est en danger, on risque un blackout. »
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Bonsoir à toutes et à tous. Aura-t-on suffisamment de gaz et d'électricité pour passer l'hiver ? Cette question sera au cœur des discussions de la réunion demain des ministres de l'énergie de l'Union Européenne. Thomas Pellerin-Carlin, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes le directeur énergie de l'Institut Jacques Delors. La présidente de la commission, Ursula von der Leyen, a commencé à dévoiler ses intentions. Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que l'Union Européenne a une stratégie énergétique claire ?
Oui, absolument. Ce qu'a proposé Ursula von der Leyen hier, c'est une stratégie à court terme, faire des économies d'énergie pour passer l'hiver. Une stratégie aussi de lever des financements en mettant à contribution certains producteurs d'électricité et d'énergie. Et enfin, elle a dressé un cap. L'investissement massif dans les énergies renouvelables et la rénovation des bâtiments, puisque la seule manière de sortir de cette crise des énergies fossiles, c'est de sortir des énergies fossiles.
Alors, vous avez parlé de la mise à contribution de producteurs d'énergie. Est-ce que vous avez compris qui allait être mis à contribution et à quelle hauteur ?
Alors, les détails de la proposition de la commission européenne ne sont pas encore connus. À ce stade, ce qu'ils veulent mettre à contribution, c'est les producteurs d'électricité renouvelables, éolien et solaire, les producteurs d'électricité nucléaire, les producteurs d'électricité à partir de certaines formes de charbon, ce qu'on appelle la lignite. Et on ne sait pas encore si cela concernerait les producteurs d'électricité à partir de pétrole. Donc là, il y a encore des débats internes à la commission et des décisions politiques qui restent à prendre.
Alors, vous avez parlé d'énergie nucléaire. On est évidemment concerné en France avec EDF. Est-ce qu'EDF va être mis à contribution ?
C'est une des questions, effectivement, que posent les propositions de la commission européenne. Cette proposition-là, dans le cas français, elle est un peu particulière parce qu'effectivement, EDF est déjà indirectement mis à contribution puisque, étant très largement détenu par l'État français, tous les profits qu'EDF ferait en vendant cher son électricité, soit il le réinvestirait, soit il peut le verser en dividende à son actionnaire principal, qui est l'État français.
Donc, a priori, il n'est pas concerné. Qu'en est-il des producteurs d'énergie renouvelable ?
Pour ce qui est des producteurs d'énergie renouvelable, là aussi, la France est une situation particulière. Les contrats qui ont été signés avec les producteurs d'énergie renouvelable font que, quand le prix de l'électricité est élevé, et c'est le cas aujourd'hui, en fait, c'est les producteurs d'électricité renouvelable qui donnent de l'argent à l'État. Et donc là, on pense que l'État va recevoir environ 10 milliards d'euros grâce aux investissements dans les énergies renouvelables. Donc, autant les énergies renouvelables, c'était des choses qui étaient subventionnées par l'État il y a 5 ans, il y a 10 ans. En ce moment, c'est quelque chose qui rapporte énormément d'argent à l'État.
Et donc, il n'est plus question de les subventionner ?
En tout cas, il est intelligent d'avoir des mécanismes de soutien aux énergies renouvelables. Le mécanisme qui leur garantit un prix, il est intéressant parce que, du coup, ça veut dire que, même quand le prix de l'électricité est bas, ils ont de l'argent, ils ont un retour sur investissement. Et dès que le prix de l'électricité est élevé, en fait, ils reversent cet argent qu'ils gagnent en plus à l'État. Et l'État, du coup, peut l'utiliser, par exemple, pour aider les Françaises et les Français qui souffrent de cette crise énergétique.
Donc, ce serait une bonne mesure ? C'est une bonne idée ?
Ça reste à voir. En tout cas, c'est un débat au niveau européen qu'il faut avoir. Il faut regarder quel est le détail de la mesure. Et là, le diable est clairement dans les détails. Et comment cette mesure va impacter les différents États européens, la France, bien évidemment, mais aussi l'Allemagne, la Pologne, l'Espagne, qui sont dans des situations un petit peu différentes.
Mais a priori, ça semble être une bonne idée.
Là, encore une fois, c'est un choix politique. C'est la question de qui on met à contribution. Une des autres options que propose Van der Leyen, c'est de mettre à contribution les industries pétrolières et gazières. Et là, effectivement, c'est une bonne idée parce que ça envoie aussi un signal pour dire à cette entreprise-là d'investir dans autre chose que le pétrole et le gaz. Et donc là, en fait, on reboucle sur la seule vraie stratégie de sortie. Pour sortir de cette crise des prix des énergies fossiles, il faut investir dans la rénovation des bâtiments, dans les énergies renouvelables. Une part de ce soutien viendra du secteur public, mais il peut aussi venir du privé.
Et du coup, inciter par des taxes sur les super-profits d'entreprises pétrolières pour que ces profits-là, elles l'investissent dans les énergies renouvelables, ce serait une bonne manière de défendre l'intérêt général européen.
Vous savez qu'il y a un débat en France sur les super-profits. Est-ce qu'il faut les taxer ou pas ?
Absolument. Et c'est un choix politique. On est sur l'essence même du choix politique. Qui sont les perdants ? Qui sont les gagnants ? Pour l'instant, parmi les grands gagnants de cette crise, il y a les producteurs d'électricité à partir de gaz, il y a les gaziers, il y a les pétroliers. Parmi les perdants, il y a des entreprises aussi. Duralex, par exemple, qui a arrêté de produire. Il y a beaucoup de ménages qui sont perdants. Et puis, il y a les caisses de l'État aussi qui sont perdantes, puisque le bouclier tarifaire, ça coûte plus de 20 milliards d'euros.
Là, pour l'instant, l'État français a plus dépensé dans le bouclier tarifaire qu'il n'a investi il y a trois ans pour les dépenses en faveur du climat. Et donc là, clairement, il y a un décalage qu'il faut régler.
Alors, l'autre levier fort que veut activer la Commission, vous avez commencé à en parler, c'est la consommation d'énergie. Est-ce qu'on sait de combien est-ce qu'il faut économiser l'énergie aujourd'hui ?
Ça, c'est vraiment la grande bonne nouvelle des débats depuis quelques semaines. Enfin, on parle de la seule solution dont on sait qu'elle fonctionne, qu'elle marche et qu'elle est positive pour tout le monde. C'est une mobilisation européenne et nationale pour économiser l'énergie. Dans les textes qui sont confuités des bureaux de la Commission, on parle d'une économie d'électricité de 10% en règle générale. Et on montrait jusqu'à 15% au moment où la consommation est très élevée, le réseau est en danger, on risque un blackout. Ça, c'est vraiment une très, très bonne idée. On sait que ça marche parce qu'en fait, les Japonais l'ont fait.
2011, Tsunami, Fukushima, le nucléaire japonais est à l'arrêt. Et ils ont une crise électrique avec des prix élevés, des risques de pénurie. Et là, il y a une mobilisation de toute la société japonaise avec un leadership politique et aussi un leadership économique qui met des contraintes sur les entreprises, qui mobilise la nation, qui informe les Japonais sur ce qu'ils peuvent faire et qui aussi met à l'arrêt des petits bouts de l'économie qui consomment beaucoup d'électricité pour pas beaucoup d'utilité. social, par exemple, ces grandes télévisions qu'il y a à Tokyo et qu'on a maintenant chez nous aussi, qui diffusent de la publicité 24h sur 24 dans l'espace public.
Est-ce qu'il faut que les mesures soient contraignantes et qu'elles concernent tout le monde ? Ce sera ma dernière question.
Si on veut se hisser à la hauteur de l'histoire, si on veut vraiment limiter les pénuries, il faut effectivement des mesures contraignantes d'un point de vue réglementaire. En fait, on n'a pas trop le choix sur la contrainte. La question, c'est est-ce que la contrainte, c'est le marché qui la réalise par la hausse des prix et du coup, des gens qui se rationnent eux-mêmes parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer ? Des entreprises comme Duralex qui ferment temporairement parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer ? Donc, il y a déjà en fait une forme de contrainte économique ou est-ce que la contrainte, elle est réglementaire ?
Et dans ce cas-là, on dit, c'est vrai que des affichages publicitaires qui consomment de l'électricité la nuit, c'est peut-être pas essentiel. Durant une crise électrique, on peut essayer de les débrancher pendant quelques heures ou pendant plus, de temps là, de manière à protéger les gens qui ont vraiment besoin d'électricité pour se chauffer, pour s'éclairer et pour produire des biens qui sont essentiels à l'avenir de la nation.
Et pour ne pas arriver à une période de rationnement. Merci beaucoup Thomas Pellerin-Carlin, directeur énergie de l'Institut Jacques Delors, invité éco de France Info ce soir. Merci à tous.