Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC — Face à Face· 7 mars 2023 21 min

Face à Face : Manuel Bompard - 07/03

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, face à face, à Pauline de Malherbe. 8h33 sur RMC et BFM TV, bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Vous êtes coordinateur de l'équipe opérationnelle de la France insoumise, si je comprends bien dans votre jargon, ça veut dire que vous dirigez la France insoumise, et vous êtes député des Bouches du Rhône, journée de mobilisation et de blocage, jusqu'à quel point on va le voir ensemble justement sur ces idées de blocage, sur le mot même de blocage et qui pour bloquer ? Je voudrais qu'on commence par une illustration, ça vient d'un de vos propres députés, le député Louis Boyard, qui a lancé un challenge, le challenge du blocage des lycées, écoutez.

0:41
Invité

Bon, le 7 mars on fait quoi ? Non, ça c'est pas le sujet. Le 7 mars, toute la France sera bloquée contre la réforme des retraites. Et parce que cette réforme nous concerne nous aussi les jeunes, on s'attend à ce que tous les lycées et toutes les universités soient bloquées contre la réforme des retraites. C'est pourquoi on lance le hashtag BlocusChallenge. Postez vos plus belles photos de blocus de lycée et d'université. Parmi ces photos, on en tirera une au sort et l'équipe de bloqueurs sera invitée à visiter l'Assemblée nationale avec nous. Donc on se retrouve le mardi 7 mars pour mettre le pays à l'arrêt et participer au BlocusChallenge. On se retrouve mardi pour faire reculer Macron.

1:12
Présentateur

Ça marche ça ?

1:13
Manuel Bompard

Ça a marché, la preuve, vous m'interrogez sur le sujet, on en a parlé hier toute la journée. Je pense que la volonté de Louis Boyard c'était d'appeler la jeunesse à se mobiliser aujourd'hui. Et je crois que ça a fonctionné, je crois que ça a réussi.

1:25
Présentateur

Pour l'instant, au moment où on se parle, il y a très peu de lycées qui semblent commencer à bloquer. C'est l'heure, honnêtement, si ça bloque, c'est maintenant.

1:31
Manuel Bompard

Non, mais il y a des universités qui rentrent dans le mouvement, il y a des lycées qui vont rentrer dans le mouvement. Et puis, bien évidemment, la jeunesse est une partie de la mobilisation du jour. Donc oui, l'objectif, c'est que l'ensemble des secteurs se mobilisent, parce qu'il y a une opposition très forte à cette réforme des retraites.

1:46
Présentateur

Vous appelez pas à manifester aujourd'hui, vous appelez à bloquer. On sent vraiment que c'est aussi là-dessus que vous êtes passé. Et d'ailleurs, je voudrais quand même m'arrêter un instant sur les propos de Louis Boyard. Aux yeux de la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, c'est carrément illégal. Elle porte plainte contre lui.

2:01
Manuel Bompard

Écoutez, Valérie Pécresse, qu'elle s'occupe du fonctionnement des transports en Île-de-France, c'est une catastrophe et elle en est responsable. Je pense qu'elle sera plus utile à faire ça. Pour le reste, j'ai entendu des députés macronistes pleurer des chaudes larmes parce que Louis Boyard fait un challenge sur les réseaux sociaux.

2:16
Présentateur

C'est ce qu'a dit la présidente de l'Assemblée, notamment, Yann Brunke.

2:18
Manuel Bompard

Quand M. Macron recevait à l'Élysée les youtubeurs McFly et Carlito, à l'époque, elle ne disait pas que c'était déshonorant pour la fonction.

2:25
Présentateur

Vous prenez modèle sur Emmanuel Macron maintenant ?

2:28
Manuel Bompard

Je suis en train de vous dire que je vois bien qu'il y a des indignations à la géométrie variable. Maintenant, je vais vous dire les choses franchement. N'attendez pas des députés de la France Insoumise qui soient là pour appuyer gentiment sur un bouton et laisser le gouvernement reporter l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Et moi, je suis fier d'être membre d'un groupe de députés qui utilisent tous les moyens à leur disposition pour faire en sorte que cette réforme ne voit pas le jour.

2:51
Présentateur

Y compris les moyens illégaux.

2:54
Manuel Bompard

Mais ce n'est pas des moyens illégaux.

2:55
Présentateur

C'est illégal de bloquer un lycée.

2:57
Manuel Bompard

Les jeunes, ils ont le droit de se mobiliser.

3:00
Présentateur

Ils ont le droit de se mobiliser, mais ils n'ont pas le droit de bloquer.

3:02
Manuel Bompard

Mais c'est dans tous les mouvements sociaux qu'on a la possibilité. Si vous utilisez le registre de la loi et du droit, je vous le dis, ils n'ont pas le droit. Eh bien, faites ce que vous voulez. Moi, je ne fais rien. Mais les jeunes qui sont dans les lycées, dans les universités, qui décident collectivement que ce jour-là, pour rentrer dans l'action, pour participer du mouvement, ils décident de se réunir devant leur lycée, de distribuer des tracts, de bloquer leur université. Moi, je les soutiens et je les appuie. De la même manière que l'ensemble des salariés qui décident aujourd'hui de rentrer dans un mouvement de grève.

Et il y a des gens qui découvrent que quand on fait grève, ça a un impact sur l'économie. Eh bien oui, quand on fait grève, ça a un impact sur l'économie. Eh bien, ceux qui décident aujourd'hui de participer de ce mouvement de grève, je les appuie et je les soutiens. Et ceux qui décideront de continuer demain et de continuer après-demain, je les appuie et je les soutiens.

Pour une raison simple, c'est parce qu'ils ne se sont pas levés ce matin en se disant « On va mettre le pays à l'arrêt », parce qu'ils ont manifesté par millions depuis le début du mois de janvier, parce qu'ils sont opposés à cette réforme, comme 70 à 80% des Français, comme plus de 90% des actifs, parce qu'ils sont opposés à cette réforme comme l'ensemble des organisations syndicales de salariés, parce qu'ils ont fait des manifestations qui sont les plus larges depuis 30 ans dans ce pays et que vous avez un gouvernement en face qui dit « Il ne se passe rien, j'écoute rien, je continue comme si de rien n'était ».

Donc oui, les gens disent « On va passer à une étape 2 » et l'étape 2, c'est la grève, la grève reconductible, si possible, et l'impact sur l'économie.

4:24
Présentateur

Grève reconductible, impact sur l'économie, blocage. Il y a quand même un problème aussi, c'est que du point de vue démocratique, vous n'avez finalement pas fait ce que fait le Sénat. Quand vous les regardez au Sénat, aujourd'hui, normalement, ils vont, au nez, aujourd'hui, discuter du fameux article 7, l'article sur le changement de l'âge de départ de 62 à 64 ans. Vous n'avez pas été jusqu'au bout, vous n'avez même pas joué ce jeu-là.

4:49
Manuel Bompard

Mais ce n'est pas moi qui ai décidé du nombre de jours qui étaient accordés à l'Assemblée nationale.

4:52
Présentateur

C'est vous qui avez décidé du nombre d'amendements.

4:54
Manuel Bompard

Non, Apolline de Malheur.

4:55
Présentateur

C'est vous qui avez décidé du nombre d'amendements.

4:57
Manuel Bompard

Attendez, c'est très amusant ce que vous êtes en train de me demander. Vous savez que sur l'article 2 de ce texte de loi, qui est l'index senior, le temps consacré au débat à l'Assemblée nationale et au Sénat a été le même. Il y a eu autant d'heures consacrées à l'Assemblée nationale et au Sénat sur l'article 2 du texte de loi. Alors qu'à l'époque, vous nous disiez, il y a trop d'amendements, etc. Là, vous nous dites, au Sénat, c'est bien, mais à l'Assemblée nationale, c'était inacceptable. Là, vous relisez l'histoire.

5:22
Présentateur

Vous relisez l'histoire, Emmanuel Montpart, vous le savez très bien.

5:24
Manuel Bompard

Non, je ne relis pas l'histoire. Il y a eu 36 heures de débat à l'Assemblée nationale. Il y en a eu 34 heures au Sénat. Alors, on va repréciser les choses pour que tout le monde comprenne bien.

5:31
Présentateur

La décision du cadre législatif dans lequel ce texte s'inscrit, ça, ça relève du gouvernement qui, en effet, a décidé d'une procédure expresse qui fait que le nombre de jours consacrés au débat était restreint. Mais ensuite, il y a une chose sur laquelle vous, vous aviez la maîtrise, c'est le nombre d'amendements déposés. Et donc, sachant le temps qui vous était imparti, décidant de mettre autant d'amendements, vous saviez pertinemment qu'il n'y aurait pas de discussion.

5:54
Manuel Bompard

Non, mais d'accord, mais donc si je suis votre logique, parce que le gouvernement a décidé qu'on pouvait pas...

5:57
Présentateur

Je ne veux pas toujours dire que ce n'est pas de votre faute.

5:58
Manuel Bompard

Mais je ne veux pas dire que ce n'est pas de ma faute. Je vais même vous dire, le texte de loi n'a pas été voté à l'Assemblée nationale. Je le revendique, j'en suis fier et je considère que c'est une victoire des députés de la France insoumise.

6:05
Présentateur

En fait, vous revendiquez de ne pas avoir eu à vous faire battre. Je voudrais qu'on revienne... Non, mais attendez, laissez-moi terminer, parce que vous m'avez posé une question,

6:10
Manuel Bompard

vous m'avez dit, vous n'assumez pas, je vous réponds franchement. J'assume totalement. Je suis content, je suis fier du travail qu'ont fait les députés de la France insoumise à l'Assemblée nationale et je considère que grâce à leur action, le texte aujourd'hui n'a pas de légitimité parlementaire. Et donc ça permet au mouvement social de se déployer et j'espère qu'il va se déployer de la manière la plus large possible aujourd'hui et de dire au gouvernement, vous voyez, ce texte de loi, il est rejeté par le pays entier, il n'a pas été adopté à l'Assemblée nationale. À ce stade, il n'a pas été adopté au Sénat, il n'a pas de légitimité parlementaire. Reculez et retirez-le.

Vous voyez, je ne me cache pas, j'assume. Je vous dis juste que ne faites pas porter la responsabilité aux députés de la France insoumise du fait que le gouvernement ait décidé qu'on n'avait pas le droit de consacrer plus de 9 jours de débat à l'Assemblée nationale au fait de savoir si on va voler 2 ans de vie à la retraite aux Françaises et aux Français. Et ça, c'est la responsabilité du gouvernement, ce n'est pas la mienne.

6:59
Présentateur

Vous aviez la trouille.

7:00
Manuel Bompard

La trouille de quoi ? La trouille de perdre. Non mais la trouille de perdre.

7:04
Présentateur

Je reprends les mots de Jean-Luc Mélenchon. Oui, allez-y. Jean-Luc Mélenchon qui, alors que les députés du Parti communiste, qui sont vos alliés à la NUPES, alors que ces députés décidaient justement de retirer les amendements pour aller jusqu'au bout du jeu démocratique et s'affronter sur la question de l'amendement ou non et la question de l'article 7 et du départ à la retraite à 62 ou 64 ans. Voilà les propos de Jean-Luc Mélenchon. Incompréhensible, dit-il aux députés du Parti communiste, incompréhensible le retrait des amendements du PCF. Pourquoi se précipiter à l'article 7 ? Le reste de la loi ne compte donc pas. Hâte de se faire battre.

En fait, vous aviez la trouille de vous faire battre.

7:41
Manuel Bompard

Mais la trouille de quoi, madame ? C'est pas moi qui le dis, hâte de se faire battre. C'est-à-dire que si vous aviez retiré le moment, vous seriez de se battre. Sinon, vous découvrez aujourd'hui que les députés macronistes plus les députés des Républicains à l'Assemblée Nationale, ça constitue une majorité de députés. En fait, vous redoutiez la réalité démocratique. Mais ce n'est pas la réalité démocratique. Non, ce n'est pas la réalité démocratique. Le vote, ce n'est pas la réalité démocratique. Mais la réalité démocratique aujourd'hui, c'est que vous avez 70 à 80% des Français qui sont opposés à cette réforme. Vous en êtes d'accord ? Ça fait depuis trois mois que c'est comme ça.

On est d'accord sur l'opinion. Donc si vous voulez savoir quelle est la réalité démocratique... Pourquoi vous êtes députés si vous ne vous voulez pas jouer le jeu ? Mais la démocratie sociale, ça existe, madame ? C'est pas parce qu'il y a eu une élection il y a un an sur un sujet qui n'a pas été au cœur de la campagne électorale, contrairement d'ailleurs à ce que nous avons souhaité à plusieurs reprises que le gouvernement a aujourd'hui...

8:28
Présentateur

C'était un des seuls éléments du programme d'Emmanuel Macron pour le deuxième quinquennat.

8:32
Manuel Bompard

Mais au deuxième tour de l'élection présidentielle...

8:33
Présentateur

Il a dit quand même qu'il y aurait la retraite à 65 ans...

8:36
Manuel Bompard

Mais il a dit dans son programme qu'il allait reporter l'âge de départ à la retraite. Mais vous êtes d'accord qu'au deuxième tour de l'élection présidentielle, un certain nombre de gens ont voté pour lui alors qu'il n'était pas d'accord avec son programme ? Donc maintenant, si vous voulez me parler de démocratie, Apolline Neubert...

8:49
Présentateur

Ceux qui ont voté pour Marine Le Pen étaient plutôt d'accord avec votre programme sur la retraite puisqu'elle était pour un retour à la retraite à 62 ans, voire même à 60 ans.

8:55
Manuel Bompard

Oui, enfin nous, nous ne sommes pas d'accord avec elle. Nous sommes pour l'âge de départ à la retraite à 60 ans. Mais en tout cas, ils n'étaient pas pour le report de 64 à 65. Donc, vous venez bien de valider le fait que, effectivement, d'un point de vue démocratique, le gouvernement n'a pas de légitimité aujourd'hui pour mettre en place. Mais attendez, vous m'avez posé une question parce que si vous m'interrompez à chaque fois, franchement, les gens qui nous écoutent, ils ne vont pas comprendre.

9:14
Présentateur

Quand vous n'allez pas au vote... Mais je veux bien aller au vote, faites un référendum. Je vous invite que si vous alliez au vote, vous seriez fait battre. C'est quand même mettre un peu un paravent sur la réalité démocratique puisque Jean-Luc Mélenchon lui-même le dit, on se serait fait battre.

9:26
Manuel Bompard

Mais Madame, encore une fois, il n'y a aucune nouveauté, aucun scoop à dire que les députés macronistes plus les députés des Républicains constituent une majorité de députés à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas le sujet, en fait. Le sujet, c'est de savoir s'il y a une majorité des Français qui sont d'accord avec cette réforme. Et il n'y a pas de majorité des Français qui sont d'accord avec cette réforme. L'exigence aujourd'hui de plus de deux tiers des Français, vous l'avez publiée dans un sondage qui a été paru hier soir, c'est de demander le retrait de cette réforme. Alors, moi, si vous voulez le prendre par l'angle démocratique, je n'ai pas de problème.

Prenons-le par l'angle démocratique.

9:57
Présentateur

En fait, c'est la démocratie quand ça vous arrange.

9:58
Manuel Bompard

Mais non, pas du tout. Quand ça vous arrange, les sondages, c'est beaucoup plus démocratique que les votes. Quand vous sentez qu'il y a une représentation à l'Assemblée nationale qui, manifestement, sur un sujet, ne correspond pas à ce que pensent les Français, vous pouvez décider que vous passez en force, comme essaye de le faire le gouvernement, où vous pouvez dire, gouverner, c'est un art, c'est une pratique. Je comprends que sur ce sujet, je n'ai pas convaincu. Donc, je vais faire autrement. Donc, par exemple, le président de la République pourrait dire, on va demander l'avis aux Françaises et aux Français. Ça, ça serait démocratique. On va faire un référendum sur le sujet.

Puis, on va voir si les Français sont d'accord pour amener l'âge de départ à la retraite à 64 ans ou pas.

10:32
Présentateur

Ou bien, vous pouvez dire... Réforme, référendum, c'est démocratique. Mais vote à l'Assemblée nationale des représentants de la nation, ce n'est pas démocratique.

10:40
Manuel Bompard

Mais ce que je vous dis, c'est que la représentation parlementaire, aujourd'hui, manifestement, sur ce sujet, elle n'est pas raccord avec ce que pensent les Françaises et les Français. Et vous devez en tenir compte. Vous pouvez décider toujours de passer en force. Toujours, vous pouvez décider. Mais après, ça a des conséquences. Ça a un impact. Et après, il ne faut pas pleurer des chauds de larmes parce que vous avez des syndicalistes qui viennent vous dire, dans ce cas-là, on va bloquer le pays. Voilà. Donc, si les gens, ils rentrent dans une logique de blocage, aujourd'hui, ce n'est pas pour se faire plaisir. La grève, ça coûte cher.

11:08
Présentateur

Je ne suis pas d'accord avec vous, vous le savez, Manuel Bonpar.

11:09
Manuel Bompard

Pas tous. Pas du tout d'accord avec vous. Mais ce n'est pas vrai ce que vous dites. Enfin, si vous voulez, on peut revenir sur ce qui s'est passé il y a trois mois. Oui, mais aujourd'hui, on est en train de passer une journée historique qui est une journée historique de mobilisation qui va être aujourd'hui les plus grandes manifestations qui n'ont jamais été organisées dans ce pays. C'est à l'appel de l'intersyndicale et je les soutiens totalement. Donc, vous pouvez essayer, si vous voulez, de chercher à mettre des coins entre les uns et les autres. Mais vous n'y arriverez pas, je vous le dis franchement. Parce que nous sommes tous d'accord sur un sujet.

Nous sommes tous d'accord sur un sujet. Nous demandons le retrait de cette réforme. Et ça, c'est la revendication des organisations syndicales. C'est la revendication des organisations politiques et c'est ce que nous pensons aussi à la France.

11:46
Présentateur

Parlons-nous de ces blocages et de ces manifestations. Les manifestations, d'après les renseignements généraux, devraient être les plus massives depuis le début de la mobilisation. Du côté des blocages, est-ce que vous estimez que tout doit être bloqué ? Est-ce qu'il y a des limites ? Lesquelles ?

12:00
Manuel Bompard

Ça, c'est les salariés qui doivent le décider. Mais à partir du moment où ils décident de faire la grève, forcément, ça a un impact sur l'économie. Si les chauffeurs de bus décident de faire la grève...

12:10
Présentateur

Vous souhaitez créer un impact sur l'économie. Vous reprendriez cette formule de la CGT, mettre la France à genoux ?

12:15
Manuel Bompard

C'est la volonté de personne de mettre la France à genoux. Mais les gens, ils vous disent, on a manifesté depuis des semaines et des semaines. On est très nombreux. Il y a une opposition qui est massive dans le pays. Et le gouvernement n'écoute pas. Fait comme si ça n'existait pas. Donc les gens, ils disent, dans ce cas-là, on va passer à une nouvelle étape du bras de fer. Et cette nouvelle étape du bras de fer, c'est la grève. Et oui, la grève, ça a un impact sur l'économie. Parce qu'il y a un rapport de force qui doit s'installer. Parce qu'il y a des secteurs économiques, des grandes entreprises, des grandes industries qui doivent être impactées.

Puisque comme le gouvernement n'écoute pas quand c'est les Françaises et les Français qui parlent, on se dit, peut-être qu'il va écouter quand c'est les grands patrons des grandes entreprises qui vont lui parler. Généralement, il a l'habitude de les écouter davantage que les Français. Donc on va voir si ça va être le cas.

12:57
Présentateur

Le gouvernement dit, ça va impacter les plus modestes.

13:00
Manuel Bompard

Non, ce qui va impacter les plus modestes, c'est sa réforme.

13:02
Présentateur

Non, mais le blocage, le blocage, est-ce que ça va impacter les plus modestes ?

13:04
Manuel Bompard

Non, ce qui va impacter les plus modestes, c'est sa réforme.

13:07
Présentateur

Mais est-ce que le blocage va impacter les plus modestes ?

13:08
Manuel Bompard

Mais le blocage, il va forcément impacter tout le monde. Quand vous voulez prendre le bus, s'il n'y a pas de bus, il n'y a pas de bus. Bon, mais pour avoir regardé un petit peu, par exemple, votre antenne hier, j'ai vu que vous avez passé un certain nombre de reportages où les gens disent, oui, c'est vrai, ça va m'impacter, mais je suis solidaire du mouvement, je suis solidaire des grévistes.

13:24
Présentateur

Vous avez parfaitement raison, Manuel Bompard, c'est intéressant de voir qu'il y a ceux qui sont solidaires avec le mouvement, mais qui souffrent quand même des blocages. Ce matin, sur RMC, j'entendais Marie qui nous appelait, elle avait été bloquée au retour chez elle dans la région de Lille, elle a travaillé de nuit, elle travaille de nuit, elle rentrait chez elle, elle était au bord des larmes dans sa voiture en disant, moi, je suis tout à fait solidaire des grévistes, de la manifestation, moi-même, je suis inquiète pour ma retraite puisque je travaille de nuit et je ne me demande combien de temps je vais pouvoir travailler de nuit.

Mais elle refusait le blocage, elle disait, ça, c'est dégueulasse.

13:53
Manuel Bompard

Non, je pense que ce qu'elle disait, c'est qu'elle n'a peut-être pas, elle, la possibilité de participer du mouvement de grève.

14:00
Présentateur

Elle disait, non, je ne peux pas me permettre de faire grève, ça, c'est vrai, mais elle disait aussi qu'elle avait trouvé douloureux de se retrouver dans les blocages. Mais je le comprends,

14:07
Manuel Bompard

mais bien évidemment que c'est douloureux. Bien sûr que c'est douloureux, ça ne fait plaisir à personne. Les grévistes eux-mêmes, vous croyez que ça leur fait plaisir ? Ils perdent des journées de salaire. Donc, la question qui nous est posée et qui devrait être posée au président de la République si à un moment, il veut bien descendre de son nuage. Parce que pour l'instant, on ne sait pas où il est. S'il veut bien prendre enfin la parole sur ce sujet, il devrait se poser la question de est-ce que je continue comme ça et je laisse le pays aller dans une situation de blocage généralisé ou est-ce que j'essaye de proposer une sortie, de trouver une issue politique à cette situation ?

Qu'est-ce pas comme issue possible ? Voter. Faites un référendum. Ou si vous considérez que, puisqu'on voit bien que l'Assemblée nationale ne pense pas la même chose que le pays, faites une dissolution de l'Assemblée nationale, revenez aux urnes. Trouvez une issue qui soit une issue démocratique. Faites pas comme si rien ne se passait. Et puis après, la situation, elle va être de plus en plus difficile pour tout le monde. Donc sa responsabilité, c'est d'éviter le blocage. C'est pas les gens qui sont en grève aujourd'hui qui vont être responsables de cette situation. Ils ne se sont pas levés ce matin en se disant on a envie de bloquer.

Ils le font parce que le gouvernement veut passer en force une réforme. Pour vous, la seule issue possible,

15:07
Présentateur

c'est soit de retirer, soit de soumettre à nouveau des Français. Vous n'entendez pas ce que vous dit Emmanuel Macron quand lui dit moi j'ai l'impression que ma réélection c'était pour ou contre cette réforme.

15:18
Manuel Bompard

Mais le problème, c'est pas juste est-ce que moi je l'entends ou pas. C'est que manifestement, les Français ne sont pas d'accord avec lui. Donc moi, la revendication qui est celle des salariés qui sont dans la grève aujourd'hui, la revendication que je porte, c'est le retrait du texte de loi. Mais je dis au président de la République, si vous voulez trouver une issue, une sortie démocratique et que vous ne l'avez pas retiré, à minima, au moins, faites voter les gens.

15:39
Présentateur

Vous dites qu'on ne l'entend pas. C'est vrai qu'Emmanuel Macron, ces derniers temps, ne s'est pas exprimé directement là-dessus. Pour vous, il se planque ?

15:44
Manuel Bompard

Bien sûr, il se planque, il se cache. Par ailleurs, il va en déplacement international en Afrique, il nous fait honte, franchement.

15:51
Présentateur

C'est aussi son job quand même d'aller en déplacement international.

15:53
Manuel Bompard

Oui, mais son job, là, il y a un petit paradoxe. Soit il a été élu sur son programme, c'est ce que vous disiez tout à l'heure, sur ce sujet, donc ce sujet l'intéresse et le concerne. Dans ce cas-là, il doit parler. Soit ce n'est pas son sujet, des propos devant des présidents d'autres États qui, franchement, ne donnaient pas une très bonne image de la France. Tout le monde a vu les vidéos où il a fait la leçon à un certain nombre d'États africains. J'ai trouvé ça assez insupportable. Mais bref, ce n'est pas le sujet de la discussion du jour. Et quand Elisabeth Borne,

16:23
Présentateur

alors revenons justement en France, celle qui parle, c'est Elisabeth Borne. Elle était d'ailleurs l'invité hier de l'émission C'est à vous. Écoutez ses propos.

16:30
Locuteur non identifié

Il y a évidemment un droit à manifester, un droit de grève. Par contre, je pense que quand on entend un leader syndical parler de mettre l'économie de notre pays à genoux, je pense que c'est grave et que ça n'est pas responsable. Et que les premiers qui seraient pénalisés si on met l'économie de notre pays à genoux, ce sont les plus modestes, les plus fragiles dans notre pays.

16:55
Présentateur

Pour moi, vous ne pouvez pas faire le reproche de se cacher, pour le coup, puisqu'elle s'exprime et elle va sur les plateaux. C'est vrai. Je fais le reproche

17:02
Manuel Bompard

de ne rien entendre.

17:03
Présentateur

Dans ses propos, vous n'êtes pas du tout convaincu.

17:06
Manuel Bompard

Non mais hier, franchement, elle a tourné en boucle, c'est un disque rayé, elle redit la même chose depuis deux mois. Elle n'a juste pas compris quelque chose en fait. C'est que les gens, ce n'est pas qu'ils ont mal compris la réforme. Il faut arrêter avec ce cirque-là. C'est pas un problème

17:18
Présentateur

de pédagogie ?

17:19
Manuel Bompard

Bien évidemment, non. Les gens, ils ont très bien compris la réforme et ils sont contre. Et donc, la responsabilité de la première ministre, ce n'est pas de continuer à anonner ses éléments de langage, à essayer de se dépêtrer des erreurs et des bévues de ses ministres ou à répéter ses mensonges qui ont déjà été démontés des dizaines et des dizaines de fois. Sa responsabilité, c'est d'essayer de sortir de cette situation et sortir de cette situation, ça nécessite d'entendre la parole de celles et ceux qui manifestent, de celles et ceux qui sont en grève aujourd'hui. Il faut les écouter.

Il ne faut pas seulement les prendre pour des imbéciles et essayer de leur dire vous n'avez pas compris maintenant mais vous comprendrez peut-être demain.

17:53
Présentateur

Dans les évolutions qui sont apportées par le Sénat, il y a cette idée d'un CDI senior, un CDI qui encouragerait les entreprises à embaucher davantage de seniors avec une exonération des charges, notamment de la branche famille. Est-ce que vous y êtes favorable si ça permet d'embaucher davantage de seniors ?

18:07
Manuel Bompard

Mais non, parce que le problème de l'emploi des seniors aujourd'hui, ce n'est pas par des incitations qui vont se traduire par des baisses supplémentaires de cotisation sociale. Pour l'instant, ça ne marche pas.

18:17
Présentateur

Pour l'instant, ça n'a pas été testé. Ça a été testé chez les jeunes, chez les jeunes, le CDI jeune, ça a marché.

18:21
Manuel Bompard

On est en train de faire une réforme des retraites si j'en crois le gouvernement parce qu'on aurait des problèmes de ressources pour financer notre système de retraite. La proposition très intelligente qu'ont trouvé les députés républicains, c'est de faire des contrats qui ne vont pas contribuer au financement.

18:33
Présentateur

Des contrats qui permettent éventuellement d'embaucher plus de seniors, c'est pas mal.

18:37
Manuel Bompard

qui ne vont pas contribuer au financement de notre système de retraite. Donc, on va perdre encore des cotisations. Donc, ce n'est pas le sujet. Maintenant, si vous me posez la question de savoir si l'emploi des seniors, ça doit être une priorité, là, je vous dis oui, mais la proposition qui est formulée par les députés républicains, elle n'est pas bonne de mon point de vue. Il faut des mesures contraignantes. Nous avons fait des propositions. Tout à l'heure, vous parliez du débat à l'Assemblée nationale. Alors, je connais ce récit qu'on a essayé de faire, que le débat n'avait servi à rien. Mais nous avons déposé des amendements, ils avaient du sens.

Nous avons proposé, par exemple, que cet index senior, il soit contraignant, qu'il y ait des sanctions contre les entreprises qui se débarrassent de leurs seniors. Ça a été refusé. Donc, oui, d'accord, parlons de l'emploi des seniors. Par exemple, il y a des économistes du cercle des économistes, proches d'Emmanuel Macron, pas proches de moi, qui disent que si on augmente l'emploi des seniors de 10 points, il n'y a plus de problème, y compris de déficit à 2030. Mais donc, on aurait dû commencer dans ce sens-là, se poser la question de savoir comment on permet l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, comment on permet qu'il y ait plus de seniors qui restent en emploi.

Et si on avait pris le problème par ce bout-là, il n'y avait pas besoin de reporter l'âge de départ à la retraite. Non, moi, j'y suis opposé pour la raison que je vous ai indiqué, c'est qu'on ne peut pas vider le plan de ce système de retraite. Je voudrais vous poser

19:45
Présentateur

une question sur le pouvoir d'achat Emmanuel Bompard parce qu'il y a eu cette annonce hier d'un trimestre anti-inflation avec un logo sur certains produits dans les grandes surfaces avec des prix moins chers. Est-ce que vous trouvez que c'est une bonne façon de faire ?

19:58
Manuel Bompard

Non, le gouvernement ne fait rien. C'est un sketch, excusez-moi, c'est une comédie. Le gouvernement, dans ce pays, il n'est pas censé être là pour participer aux opérations de publicité des grandes entreprises.

20:09
Présentateur

C'est de la pub déguisée ?

20:10
Manuel Bompard

C'est une opération de marketing de la grande distribution et le gouvernement vient l'aider et la soutenir. D'accord, mais qu'est-ce qu'on attend du gouvernement sur ce sujet, sur l'inflation ? Ça fait des mois et des mois que les prix explosent. On a à peu près 15% d'augmentation, parfois plus de 20% sur un certain nombre de produits alimentaires. Au mois de juillet, M. Le Maire, devant l'Assemblée nationale, disait qu'on est au pic de l'inflation. Il n'a rien fait. Il n'a rien fait depuis le mois de juillet sur ce sujet. Et maintenant, on va dire bravo parce que des entreprises, des supermarchés vont dire qu'on va faire des opérations commerciales. Il faut faire autre chose.

Ce qu'il faut faire, c'est très simple, il faut que le gouvernement agisse. Et pour agir, il y avait une mesure que nous avons proposée qui était de bloquer les prix depuis un an. Pourquoi ne le fait-il pas ? Alors maintenant, vous allez me dire, si je vous prends 100 euros et que je vous en rendisse, vous n'allez pas me dire merci, vous êtes d'accord ? Donc il fallait bloquer les prix au prix où ils étaient il y a un an. Avant ce pic d'inflation.

21:05
Présentateur

Manuel Bompard, coordinateur de l'équipe opérationnelle La France Insoumise, députée des Bouches-du-Rhône et qui sera donc dans les rues aujourd'hui.

Face à Face : Manuel Bompard - 07/03 — Manuel Bompard · Pourquijevote