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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 25 février 2022 26 min

Guerre en Ukraine, parrainages, politique pour l'Outre-mer... Le "8h30 franceinfo" de Jean-Luc Mélenchon

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Jean-Luc Mélenchon, un 8-30 un peu spécial aujourd'hui puisqu'on est en direct de l'île de la Réunion où vous êtes en déplacement depuis quelques jours. A mes côtés, pour vous interroger ce matin, Adrien Beck du service politique de France Info, on va parler avec vous de vos propositions pour l'outre-mer évidemment. Mais d'abord l'actualité c'est la guerre à l'est de l'Europe. L'Union Européenne a décidé cette nuit de nouvelles sanctions économiques et financières contre la Russie. Est-ce que vous les soutenez ces sanctions ?

0:26
Jean-Luc Mélenchon

C'est tout ce qui reste alors il faut soutenir. Je suis un peu étonné de voir que le gouvernement de l'Allemagne mettait une limite aux sanctions. C'est l'utilisation de l'outil d'échange. Alors je pense qu'il faudra qu'on pose des questions. Oui pour les échanges parce qu'il faut payer. Quand on a encore du commerce avec les Russes et apparemment eux les Allemands ont l'intention de le faire durer. Alors le gouvernement allemand ayant des partis qui ont des partis en France, je pense aux socialistes et aux verts, est contre aller au bout de ces sanctions.

Alors je pense que les verts et les socialistes en France vont mettre ça à distance puisqu'ils sont eux pour non seulement des sanctions mais même envoyer des armes.

1:08
Présentateur

Donc les sanctions vous les soutenez ?

1:11
Jean-Luc Mélenchon

Oui, les soutiens sont là, elles sont décidées. Personnellement je sais qu'il faut faire très attention, surtout moi, à tout ce que je dis mais je suis à peu près persuadé que ça ne servira à rien. Sinon qu'à rendre la vie plus difficile, peut-être à certains Russes et pour pas longtemps, mais en tout cas à nous en France, oui beaucoup. Parce que le prix du pétrole va augmenter, le prix du gaz va augmenter, le prix du blé va augmenter, tous les prix vont augmenter et nous serons les principales victimes.

1:36
Invité

On va y revenir mais vous dites c'est tout ce qui reste, ça veut dire qu'il n'y a rien de plus à faire aujourd'hui ?

1:40
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien écoutez, la coalition de l'OTAN s'est mise elle-même dans une situation que je découvre comme vous, avec stupeur. Parce que pendant trois ans on nous a dit les russes sont très dangereux, le président ukrainien disait c'est pas si dangereux que ça. Pour finir, les russes qui refusaient la présence de l'OTAN prennent les devants entre ce qui est une violation inouïe du droit international en Europe. C'est-à-dire qu'on est revenu maintenant à la force. Et qu'est-ce qui en fait ? Rien. Pourquoi ? Parce qu'il faudrait faire une guerre totale. Donc tout le monde s'aperçoit que le concept même de guerre totale n'a pas de sens.

Moi ce qui me frappe c'est de voir que tous ces gens n'ont absolument rien prévu. Alors même qu'ils passaient leur temps à dire que la menace était terrible.

2:22
Présentateur

Mais pourquoi il va falloir réagir ? Est-ce qu'il faut par exemple envoyer des armes aux ukrainiens pour qu'ils puissent se défendre ? C'est la position, vous en parliez tout à l'heure, des socialistes et des écologistes en France.

2:30
Jean-Luc Mélenchon

Mais ça ne m'étonne pas parce qu'ils ne sont jamais en retard d'une bêtise. On a vu ce que ça a donné d'amener des armes dans certains pays. Le pays en question, croyez-vous que l'Ukraine soit en état aujourd'hui ? De résister à la Russie, tout le monde sait que non, que la guerre sur le terrain est perdue. Donc où iraient toutes ces armes ? Ce n'est pas comme ça qu'il faut s'y prendre. Les positions qu'on doit avoir, c'est... Pardon, mais au point où on en est, c'est très classique. Un, exigeant cesser le feu. Deux, exiger la sortie des Russes de ce pays. Trois, aller au fond du problème. C'est-à-dire, attendez, laissez-moi finir là-dessus. C'est le cœur de l'affaire.

Il faut réunir une conférence sur la sécurité européenne et les frontières pour discuter des problèmes de sécurité. C'est le motif d'intervention des Russes. Et c'est ce que nous, Français, nous avons intérêt à dire. Parce que nous ne sommes pas d'accord pour que les Russes déploient des missiles qui sont entre 500 et 5000 kilomètres là-bas à la frontière. Donc nous avons un problème, nous aussi, à discuter. Voilà, bon, après ça, le reste, ce sont des phrases.

3:23
Invité

Mais donc ça veut dire qu'à ce stade, on laisse la situation telle qu'elle ? Parce qu'on n'a pas le choix.

3:27
Jean-Luc Mélenchon

Non, non, non, vous ne me ferez pas dire ça. Je suis quand même assez conscient. Non, non, il faut agir avec vigueur et détermination, bien sûr.

3:33
Présentateur

Non, mais on essaie de comprendre. Parce qu'on voit bien, Emmanuel Macron a encore appelé cette nuit Vladimir Poutine pour lui demander d'arrêter les combats, pour lui exiger d'arrêter les combats. Ça fait plusieurs jours qu'Emmanuel Macron s'entretient avec toutes les parties, les Ukrainiens, les Américains, les Russes. Est-ce que vous dites aujourd'hui, la France joue son rôle ?

3:49
Jean-Luc Mélenchon

Je n'ai pas de moyens de le savoir. Je dispose de beaucoup d'informations, parce que beaucoup de monde m'aide à comprendre et me renseigne. Mais je n'ai pas les moyens de savoir. Alors, s'il le fait, il dit qu'il le fait, nous sommes en guerre. Je fais attention à ce que je dis. Je ne vais pas commencer à dire, mais non, ce qui fait édule, parce que j'ai une responsabilité devant mon pays et à l'égard d'un président en exercice. Mais moi, je ne peux faire qu'une chose. C'est dire, voilà comment moi, je m'y prendrai. Après, le reste, lui, il fait son boulot, je suppose.

4:19
Invité

Alors, il y a une forme de soutien, non pas à Emmanuel Macron, mais au président de la République, on le comprend.

4:23
Jean-Luc Mélenchon

Non, parce que si je dis ça, tout à l'heure, le sujet, ce sera Mélenchon soutient Macron. Or, ce n'est pas ce que je veux dire. Nous, nous sommes une démocratie, au contraire de ce qui se passe dans beaucoup de pays. Donc, nous sommes une démocratie. Dans une démocratie, les points de vue sont différents. Et nous n'avons pas besoin de nous mettre au garde à vous pour être solidaires. Pour ma part, je suis, quoi qu'il arrive, un pro-français. Ça, c'est clair.

4:45
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, on vous a reproché d'avoir changé d'avis sur Vladimir Poutine. Vous étiez complaisant, disent, par exemple, Yannick Jadot, vous étiez complaisant à l'égard de la Russie de Vladimir Poutine. Aujourd'hui, vous dites, c'est l'agresseur, Vladimir Poutine. En fin de compte, quoi ? Est-ce que vous vous êtes trompé ? Est-ce que vous l'admettez ?

5:03
Jean-Luc Mélenchon

Je pense qu'à l'inverse, je suis le seul à voir d'un bout à l'autre depuis 2014. En ce moment, nous mettons en circulation une vidéo qui rappelle mes prises d'opposition. Depuis le début, je dis, si vous essayez d'établir l'OTAN à la frontière de la Russie, en Ukraine, vous aurez un incident majeur. Mieux vaut discuter avant de sécurité. Et il y a même une vidéo 2014, je dis les frontières, on en parle ou on fait la guerre. Bon, très bien, on n'a pas voulu parler de la sécurité, donc on est en guerre. Donc, je pense ne pas m'être trompé. Tout le long, on m'a même reproché une phrase, à un moment donné, je dis, la menace russe n'existe pas.

Mais ce n'est pas moi qui dis ça, je disais, monsieur le président de l'Ukraine, Zelensky, dit ça. Donc, vous comprenez, quand on est un opposant, on est à l'extérieur, on a peu d'informations, on se repère. Moi, qu'est-ce que je faisais ?

5:49
Présentateur

C'est vous, aujourd'hui, vous dites quoi ?

5:50
Jean-Luc Mélenchon

Pardon, je me repérais sur le président ukrainien.

5:52
Présentateur

Aujourd'hui, vous dites, Vladimir Poutine, c'est un dictateur ou pas ? Ce sont les mots de Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères.

5:57
Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais moi, je ne commande pas le Drian, il se trompe tout le temps. Est-ce que vous le reconnaissez ? Pardon, non, attendez, je ne vois pas pourquoi je serais obligé de commenter les déclarations de Jean qui se trompent tout le temps et nous ont mis dans la panade dans laquelle nous sommes. Parce que, peut-être qu'on ne devrait pas oublier à cette heure que nous sommes dans la panade au Mali grâce à ces gens, que, deuxièmement, ces gens n'ont rien prévu par rapport aux Russes. Maintenant, ce que je dis, je demande qu'on me comprenne. J'ai toujours dit pareil, on ne franchit pas les frontières. Si vous menacez la Russie, elle passera à la frontière.

Ils passent la frontière, ils n'ont rien prévu. Que voulez-vous que je vous dis ? Et c'est à moi qu'on demande des comptes, je trouve ça extraordinaire. Comment vous qualifiez Vladimir Poutine à l'heure actuelle ? Je pense que ce que tout le monde peut dire facilement, que c'est plutôt un autocrate, que sa manière de gouverner est extrêmement rugueuse, j'en sais quelque chose. Les quelques amis que j'ai de fort loin, en Russie, ont quand même fait assez de prison pour que je le sache. Hier, il y avait des Russes qui manifestaient contre la guerre en Russie. Je trouve ça assez remarquable pour être mentionné. Donc, en tout cas, ils ont la possibilité de le faire.

Bien sûr, mais à quoi ça sert ? Si vous voulez, il faut que vous fassiez tous attention. Moi, j'ai une responsabilité comme homme politique, pardon de vous le dire, mais vous en avez aussi une en tant que journaliste. Si toute personne qui émet une pensée mise à distance est considérée comme un agent de l'ennemi, alors là, c'est fini, il n'y a plus de démocratie possible. Moi, je dis ce que j'ai à dire sur la politique de M. Poutine, et je me fous de savoir le reste. Ce qui m'intéresse, c'est la France. Quelle est ma position par rapport à la France ? Nous ne pouvons pas accepter que qui que ce soit transforme le territoire européen en champ de guerre.

Ça, c'est la position des Français depuis que la dissuasion nucléaire existe. Et aujourd'hui, on va se poser des questions sur la manière que nous avons de riposter à des conflits de l'intensité de celui de l'Ukraine. Parce que c'est clair que si on appliquait la politique qui est écrite sur le papier, les intérêts vitaux de la France sont-ils menacés ? Ben oui, on transforme l'ordre. Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On va faire une guerre nucléaire ? Donc, il faut tous qu'on re-réfléchisse... On n'envoie pas de troupes ? Ben, je trouve que... Ben, envoyer des troupes, ça serait la folie. Si on fait ça, c'est qu'on déclenche la guerre sur le continent. Donc, si vous voulez...

Mais tout le monde réagit comme vous en se posant ces questions. En se disant, ah bon, alors qu'est-ce qu'on fait ? Ah ben rien. Voilà. C'est-à-dire que rien n'a été prévu, rien n'est organisé. Moi, je le déplore, parce que ça veut dire que dorénavant, n'importe quel coup de force est possible en Europe. On fera des sanctions économiques, des protestations, et huit jours après, plus personne n'en parle. Vous connaissez la vie comme moi. Je trouve ça catastrophique.

8:23
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon est l'invité du 8.30 France Info. Une petite pause, on se retrouve dans deux minutes. Le fil info, Diane Ferschit.

8:29
Invité

Pour Emmanuel Macron, Vladimir Poutine bafoue tous les principes. Il dénonce la duplicité du dirigeant russe. Emmanuel Macron qui s'est entretenu avec Vladimir Poutine. Un échange franc, direct et rapide au cours duquel le président de la République lui a demandé de mettre fin au combat. Il juge utile de laisser ouvert le chemin du dialogue avec Moscou. Ce matin, sur France Inter, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, affirme que la guerre sur place est totale. La France qui, comme tous les pays de l'Union Européenne, prendra sa part pour accueillir les réfugiés ukrainiens.

Ils sont plus de 100 000 à avoir fui leur maison, plusieurs milliers à avoir quitté le pays, alors que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a décrépté la mobilisation générale entre 18 et 60 ans. Les hommes ukrainiens ont désormais l'interdiction de sortir du territoire. Volodymyr Zelensky, qui salue ce matin l'héroïsme des Ukrainiens face à l'avancée russe. Les 27, quant à eux, annoncent de nouvelles sanctions économiques contre la Russie. L'Union Européenne va apporter 1,2 milliard d'euros d'aides à l'Ukraine. Aujourd'hui, se met en urgence de l'OTAN avec comme objectif de renforcer le flanc est de l'Alliance. Et puis, une cérémonie à suivre.

Ce soir, les Césars, les récompenses du cinéma français, grand favori de cette 47e édition. Illusion perdue de Xavier Giannoli avec 15 nominations. France Info.

9:45
Locuteur non identifié

Le 8.30 France Info.

9:47
Invité

Toujours en direct de Saint-Denis de la Réunion avec vous, Jean-Luc Mélenchon. Et vous avez vu ces dernières heures, sans doute, ces images d'Ukrainiens qui quittent par centaines, peut-être par milliers, Kiev en voiture, en train, direction la Pologne pour beaucoup. Un million, peut-être, de réfugiés attendus, disent les autorités polonaises. Est-ce que la France doit, elle aussi, accueillir ces réfugiés ?

10:15
Jean-Luc Mélenchon

Je pense que si nous sommes solidaires de l'Ukraine, c'est le moment de le manifester. On doit en prendre notre part, de réfugiés. Ces pauvres gens subissent un sort auquel ils ne s'attendaient pas. D'ailleurs, beaucoup de nos compatriotes découvrent que la guerre, c'est la guerre. Et ce n'est pas un produit exotique qui a lieu loin. Donc, ça vaut la peine que tous les Français qui vont aller à une grande élection réfléchissent à ces questions parce que leur bulletin de vote, c'est aussi une manière de s'exprimer sur les questions militaires et de sécurité.

10:42
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, un message du Président de la République va être lu cet après-midi au Parlement. Emmanuel Macron va recevoir aussi ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, François Hollande ce matin. Un débat va avoir lieu à l'Assemblée nationale. Est-ce que vous trouvez que la méthode est la bonne ?

10:56
Jean-Luc Mélenchon

Je pense que, pourquoi pas ? En tout cas, le Parlement va être saisi. Moi, j'en suis satisfait. Je pense qu'on ne saisit pas assez souvent le Parlement. Rendez-vous compte que pour le Mali, on a voté en tout et pour tout une fois, pour neuf ans de guerre. Là, nous avons une situation de crise majeure en Europe. Ça vaut la peine que le Parlement soit consulté. Après, le Président, il prend les conseils dont il estime qu'il a besoin.

11:18
Présentateur

Vous voulez qu'il vous reçoive ?

11:19
Jean-Luc Mélenchon

S'il m'invite, j'irai. Ça, c'est certain. Comme je l'ai fait chaque fois qu'il m'a invité. On a déjà eu l'occasion de parler de la Russie et de ses questions dans le passé. Mais je pense que, dans le moment, notre but, ce n'est pas de rendre le travail de direction du pays plus compliqué, mais d'éclairer. On fait notre boulot. Voilà à quoi sert ce que j'ai à faire. Mais je ne refuserai jamais ma solidarité pour une action en faveur du pays. Le nôtre.

11:44
Invité

En tout cas, ça y est, Jean-Luc Mélenchon, vous êtes officiellement candidat à l'élection présidentielle. 540 parrainages. Vous avez franchi la marche hier soir, dernier décompte du Conseil constitutionnel. Est-ce qu'il y a une forme de soulagement chez vous ?

11:58
Jean-Luc Mélenchon

Bien sûr, parce que toutes les équipes sont sur le terrain depuis des semaines et des semaines. Cet an dernier, tout le monde n'est pas aussi vieux guerrier entraîné que moi. Donc, il y avait beaucoup d'angoisse autour de moi. Heureusement, des gens qui sont bons dirigeants comme le député Manuel Bompard nous disaient « Allez, vous inquiétez pas, on franchit à la bonne vitesse. » Ça allait. Non, mais je veux remercier d'abord tous les élus qui m'ont parrainé en soulignant que beaucoup d'entre eux ne me soutiennent pas. Ils font leur devoir. Je remercie le président de la Fédération des maires de France, M.

Linard, qui m'a parrainé personnellement, le président du Sénat qui s'est exprimé avec force à plusieurs reprises pour qu'on ne confonde pas soutien et parrainage ainsi que toutes les personnes qui ont bien voulu à ce moment dire « Jean-Luc Mélenchon, l'Union Populaire, les Insoumis méritent d'être présents dans la campagne présidentielle. » Mais j'espère qu'à l'avenir on va trouver une solution parce que c'est grotesque.

12:51
Présentateur

Vous, vous, vous les avez, ces parrainages, ce n'est pas le cas d'Éric Zemmour ni même de Marine Le Pen. Il en manque 86 à Marine Le Pen, 85 à Éric Zemmour. Ça vous choquerait qu'il ne puisse pas participer à cette élection présidentielle ?

13:01
Jean-Luc Mélenchon

Comme tout le monde. Comment ? Écoutez, il représente un courant de l'opinion. Ça, ça a pu se vérifier, ça a pu se constater. Il est donc normal qu'il puisse participer. Puis moi, je veux que Mme Le Pen, M. Zemmour, soient battus dans les urnes pour que le monde entier voit que la France n'est pas un pays xénophobe et raciste.

13:21
Présentateur

Est-ce que vous êtes prêt, vous, personnellement, à lui donner votre parrainage ?

13:23
Jean-Luc Mélenchon

Moi, j'ai peut-être mieux à faire. Il y a d'autres personnes qui sont là et qui restent sur le sable. Je pense aux deux candidats du NPA je pense à la candidate animaliste et des gens, si vous voulez, ça me désole de voir qu'ils ne puissent pas être là. Pourquoi ? Parce que contrairement à ce que croient beaucoup de gens, nous ne sommes pas en compétition pour des parts de marché. Nous sommes présents et nous fécondons, si j'ose dire, le débat public.

Moi, j'ai besoin de la parole d'extrême-gauche anticapitaliste, j'ai besoin de la parole animaliste, alors même que dans nos rangs, l'Union Populaire, nous avons Émeric Caron et son organisation animaliste qui est sur des positions qui n'ont pas toujours les miennes. Alors, vous allez donner votre parrainage à qui ? Eh bien, nous allons voir, je vais réfléchir parce que je me demandais d'abord, je l'ai gardé pour m'éviter, si vous voulez, en quelque sorte, le ridicule de me parrainer moi-même, si je pouvais, mais je n'aurais pas hésité, je me serais parrainé s'il fallait.

Mais je me suis dit, j'attends un peu pour voir, pour que, bon, est-ce que ça va donner quelque chose, tous ces appels qu'il y a eu ? Voilà, alors je vais réfléchir et puis je vous dirai, ne vous inquiétez pas, il y aura chaque jour un petit peu d'actualité.

14:27
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, nous sommes donc aujourd'hui sur l'île de la Réunion, ici, 42% de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage bat des records, plus largement, ici, comme en Guadeloupe ou en Martinique, la vie est beaucoup plus chère qu'en métropole. Sur ce sujet, précisément, qu'est-ce que vous proposez, qu'est-ce que vous proposez à ces Français qui vivent en Outre-mer ?

14:47
Jean-Luc Mélenchon

D'abord, je voudrais que ceux qui ne vivent pas l'Outre-mer en hexagone se rappellent qu'à ceux qui vivent dans l'Outre-mer et que les Français cessent d'avoir une vision rabougrie de leur pays. Nous sommes présents sur tous les continents et dans tous les océans. Ici, il y a 800 000 personnes qui sont des Français et Françaises et ils vont bientôt être un peu plus d'un million. Donc, on a une transition organisée. Comment peut-on supporter plus longtemps que 40% de la population soit sous le seuil de pauvreté ? Enfin, enfin, combien de temps ça va durer ?

15:14
Présentateur

Alors, vous, vous proposez quoi ? Justement, contre la vie chère, par exemple ?

15:17
Jean-Luc Mélenchon

Oui, oui, contre la vie chère, je propose déjà qu'on commence par maintenir le système de blocage des prix qui existe ici. Mais deuxièmement, qu'on commence à appliquer ici aussi des coefficients multiplicateurs. Ce n'est pas parce qu'on transporte des marchandises jusqu'à la Réunion qu'il faut multiplier le prix dans des proportions qui sont insupportables. Ensuite, il faut que reprenne la production locale. J'adjure qu'on comprenne que que ce soit la guerre ou les changements climatiques, le risque pour l'île de la Réunion comme pour d'autres, c'est d'être coupé du commerce.

Donc, nous devons retrouver une agriculture vivrière à la Réunion puisque c'est le salon de l'agriculture qui s'ouvre. Commençons par dire ça. Une agriculture vivrière. Ce qui veut dire qu'on doit protéger les produits locaux par rapport aux produits qui arrivent de l'extérieur. Le contraire de ce que veut faire l'Union Européenne qui, elle, pense que la Réunion c'est une sorte de gros tuyau qui va déverser les marchandises européennes sur l'Afrique.

16:06
Présentateur

On diminue les importations.

16:08
Jean-Luc Mélenchon

Oui. On commence par augmenter la production parce que sinon on va se retrouver avec rien à manger.

16:12
Présentateur

On a une heure de faim ? Oui.

16:13
Jean-Luc Mélenchon

Mais comment on fait pour augmenter la production ? Eh bien, alors là, attendez, c'est ce qu'il y a de moins compliqué. On dégage les terres arables, on organise une politique de répartition de la terre et on aide les gens à cultiver l'agriculture vivrière. Il y a des sommes considérables qui viennent par la politique agricole commune. Elles sont, pour 80% d'entre elles, réservées à 20% des exploitations. Lesquelles ? Celles qui font du commerce avec le commerce mondial. Donc moi, je propose qu'on renverse la vapeur et qu'on donne ses sous plutôt à ceux qui font de la production locale.

16:43
Invité

Les entreprises agricoles, les exploitations qui exportent, vous leur dites, il faudra, à partir du mois d'avril-mai, penser à changer de métier, c'est ça ?

16:51
Jean-Luc Mélenchon

Mais non.

16:51
Présentateur

Ce sera local avant tout, quoi.

16:53
Jean-Luc Mélenchon

Mais attendez, mais qu'est-ce que vous racontez ? Ici, il y a la place de faire de l'agriculture vivrière. Vous avez l'agriculture de la canne. Il est clair que ce n'est pas les réunionnais qui vont manger tout le sucre pris dans l'hexagone. On pourrait admettre cette règle d'exclusivité. Je pense au sucre, mais il y a comme ça deux, trois produits pour lesquels on pourrait avoir une règle d'exclusivité. Je ne leur dis pas d'arrêter puisque c'est la France ici, je me permets de vous le rappeler. Donc on n'est pas en train d'importer ou d'exporter. On est en train d'organiser la production vivrière française.

Donc c'est clair que, par exemple, pour faire des ananas, il y en a besoin ici et il y en a besoin dans l'hexagone. Je prends cet exemple sans vouloir en prendre un, trop folklorique, parce que pour moi, le plus important, c'est que les réunionnais arrivent à assurer leur souveraineté alimentaire. Je ne dis rien là qui soit si nouveau. La présidente de région, Mme Huguette Vélo, c'est elle qui m'a appris cette ligne. Alors donc, je dis quelque chose qui vient du terrain de la réunion, pas quelque chose que je suis en train d'inventer et qui est jouable, tout à fait jouable. Encore une fois, pardon de le redire aux hexagonais, si j'ose dire, c'est la France ici, c'est votre pays.

Donc, tout s'organise en relation les uns avec les autres. Il faut cesser de regarder ça comme des territoires exotiques lointains. La réunion n'est pas lointaine, regardez-vous et moi de quoi on parle, d'une guerre qui a lieu en Ukraine en ce moment même. Ce n'est pas parce qu'on est loin qu'on n'est pas prêts.

18:13
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, vous restez avec nous dans deux minutes. On se retrouve après le fil en faux de Diane Ferchit.

18:18
Invité

L'offensive russe contre l'Ukraine, des explosions entendues la nuit dernière à Kiev. Le président Volodymyr Zelensky regrette que la capitale ukrainienne se retrouve laissée seule. Tout le monde a peur. Les forces russes visent aussi des zones civiles, dénonce-t-il Volodymyr Zelensky qui dresse un premier bilan des pertes ukrainiennes civiles et militaires. Près de 140 morts, plus de 300 blessés. Vladimir Poutine choisit de nous ramener à l'âge des empires et des confrontations. Déclaration d'Emmanuel Macron cette nuit après le sommet extraordinaire de l'UE. Le chef de l'État s'est entretenu avec le président russe. Il veut maintenir ouvert le chemin du dialogue.

Les 27 de leur côté intensifient les sanctions contre Moscou. Sanctions économiques, économiques et financières. Elle viste à assécher le financement de l'économie russe à la faire plier, déclare ce matin le ministre de l'économie Bruno Le Maire pour l'Ukraine. Une aide de 300 millions d'euros et des équipements militaires vont être envoyés de la part de la France. Un milliard 200 millions d'euros de la part de Bruxelles. Il commencera à être injecté dès la semaine prochaine dans au moins un centre de vaccination par département. Le vaccin Novavax qui ne contient pas d'ARN messager arrive en France. Il est validé pour une primo-injection voir une deuxième dose mais pas en dose de rappel.

France Info

19:31
Locuteur non identifié

Le 8.30 France Info Salia Braquia

19:35
Invité

Adrien Becht Avec notre invité Jean-Luc Mélenchon vous nous disiez avant le fil info que vous vouliez une production locale pour importer moins et bloquer les prix. On bloque les prix de quoi en France ?

19:49
Jean-Luc Mélenchon

Justement ici à La Réunion ils ont une formule magique. Vous savez que dans les différents outre-mer il y a une loi qui s'applique qui est la loi Lurel qui provoque le blocage de certains prix mais ici ils ont fait mieux. Non seulement ils bloquent certains prix par la préfecture mais ils ont convoqué une sorte de conférence citoyenne et les citoyens sont impliqués. Si bien qu'ils ont établi une liste de 153 produits. A mon avis c'est la bonne méthode. On demande aux gens qu'est-ce qui d'après vous est absolument prioritaire. On n'invente pas ça dans un bureau. Et je pense que la même méthode devrait s'appliquer à l'Hexagone parce que ça marche ici.

20:22
Présentateur

Même en métropole, oui.

20:23
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien oui. Mais comment font les producteurs ? Mais il n'y a aucun problème pour les producteurs. Ce n'est pas eux le problème c'est les intermédiaires. Prenons un exemple. Si vous donnez 1 euro pour acheter un produit agricole dans l'Hexagone vous ne donnez que 8 centimes aux paysans. Donc pour moi c'est très facile à faire. Je garantis un prix plancher aux paysans. Autrefois jusqu'à 1986 tous les prix en France étaient contrôlés. Donc un prix plancher pour les paysans qui seront bien contents enfin de savoir combien ils vont être payés de manière sûre et puis à la sortie on bloque le prix.

Ça veut dire que c'est au milieu dans les marges de la grande distribution que doit se faire l'amortissage des chocs des deux bouts de la chaîne. Mais ça ils savent le faire non les commerçants ? Les commerçants ils se débrouillent ils veulent leur dire c'est tel prix bah ils font avec.

21:02
Présentateur

Mais ça ça va coûter combien ?

21:05
Jean-Luc Mélenchon

Ça va coûter quoi ?

21:05
Présentateur

Si, il y a de l'argent qui se perd notamment chez les industriels et les distributeurs. Ils ne vont pas dire c'est super on va l'appliquer sans rien dire.

21:13
Jean-Luc Mélenchon

il faudra qu'ils le supportent nous supportons tous tous les jours toutes sortes de taxes et bien eux aussi. Et il n'y a pas de raison qu'en pleine crise vous ayez des gens qui continuent à faire des profits absolument inouïs parce qu'ils profitent de la crise.

Donc je ne suis pas d'accord et je me méfie des gens qui ont des trouvailles comme celle que j'ai vue s'appliquer ici de la part de la firme totale qui vient de faire ses plus gros bénéfices de son histoire ou monsieur Leclerc qui a inventé la baguette à 29 centimes alors tout le monde se frotte les mains et personne ne réfléchit au fait que c'est de la bêtise parce qu'on paiera la différence de prix mais qu'entre temps on aura ruiné tous les boulangers. Je ne suis pas d'accord. Le marché c'est le chaos donc de temps à autre il faut y mettre de l'ordre. J'y mets de l'ordre.

21:50
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon sur Fabien Roussel le candidat communiste à la présidentielle on sait qu'en ce moment les relations ne sont pas simples avec lui. Il est donné aujourd'hui à 3% dans les sondages. Est-ce qu'il pourrait être votre Christiane Taubira de 2002 ? Vous savez celle qui a gardé pour elle les 2% qui ont manqué à Lionel Jospin ?

22:05
Jean-Luc Mélenchon

Moi je ne vais pas avoir écoutez je suis le plus mal placé pour dire quoi que ce soit à propos des communis j'ai été deux fois leur candidat. Bon ils ont aujourd'hui un candidat ils l'ont décidé je trouve que ce n'est pas une bonne idée. Ils parlent mal à tout le monde je ne trouve pas que ce soit une bonne idée non plus mais je n'en dirai rien. Il fait son travail il développe ses idées honnêtement j'y trouve mon compte parce que sur tout un tas de sujets il dit la même chose que moi donc ça en fait deux qui disent la même chose donc ça augmente puis sur d'autres non on ne dit vraiment pas la même chose.

Par exemple sur le nucléaire on ne dit pas la même chose mais on avait déjà réglé le problème dans le passé. Alors pour le second tour c'est les français qui sont responsables ce n'est pas monsieur Roussel si les français décident que je dois être au deuxième tour ils le décideront et rien ne les empêchera de le décider.

Vous verrez je ne pense pas que les français votent pour un parti au présidentiel actuellement ils votent pour un programme ou pour une candidature alors c'est moi c'est un autre c'est eux qui décident et puis nous devons avoir l'humilité de nous incliner sinon on n'est plus une démocratie si on passe son temps à dire comment on peut combiner l'élection pour être sûr de l'avoir gagné d'avance.

23:06
Invité

Vous parlez de second tour certains justement voient en vous le vote utile alors vous vous évoquez plutôt le vote efficace moi rien du tout

23:12
Jean-Luc Mélenchon

je ne m'emmène pas d'aller qualifier

23:13
Invité

un truc pareil Ségolène Royal justement a dit que c'était vous le vote utile à gauche mais pour certains peut-être des électeurs mais pas que votre attitude votre personnalité parfois peut-être jugée un peu trop brutale un peu trop agressive est-ce que vous pouvez les rassurer est-ce que vous avez d'ailleurs envie de les rassurer ?

23:32
Jean-Luc Mélenchon

Non je n'ai pas envie parce que c'est une caricature je ne vais pas me défendre d'une caricature c'est comme si vous aviez demandé à François Mitterrand s'il était autant une grenouille que ce qu'on voyait dans le Muppet Show ben non je ne suis pas responsable de ça je suis comme je suis et je crois que mes compatriotes ne jugent pas sur les apparences et sur ma cravate qui est pourtant magnifique mais ils jugent sur un programme et sur une expérience une capacité bon moi je mets tout ça au service du pays s'ils en veulent on fera s'ils en veulent pas je rentre chez moi voilà où est le il n'y a pas d'offense pour moi je joue la démocratie je dis seulement aux gens alors je pèse mes mots la dernière fois j'ai dit si jamais vous votez pour un de ces trois là vous allez cracher du sang et des larmes à dire ah comment ils parlent donc je ne dis plus ça je dis juste que ça va être rude parce que monsieur Macron vous a déjà annoncé qu'il va changer la retraite qu'il va changer il va rendre l'université payante et ainsi de suite donc c'est chaud si vous laissez faire mais

24:21
Présentateur

vous ne voulez rassurer personne vous dites c'est ce que vous dites ce matin mais est-ce que vous voulez quand même rassurer les riches parce que les riches vous avez envie de beaucoup les taxer c'est ce qu'il y a dans votre programme écoutez je vais les aider

24:30
Jean-Luc Mélenchon

au salut de leur âme si j'ose dire parce que s'être enrichi comme ce fut le cas en pleine crise c'est une honte et je pense que beaucoup d'entre eux sans doute comme personne humaine

24:40
Présentateur

on parle des grandes fortunes

24:41
Jean-Luc Mélenchon

ah ben on parle des très grandes fortunes bien sûr c'est quand même quand ces gens là ont multiplié par deux ou par trois ou par cinq leur fortune en pleine crise ils doivent se rendre compte qu'il y a quelque chose d'immoral qui choque les français et puis on va dire d'une certaine manière que si avec des riches c'est pas le problème mais quand on devient riche au détriment d'un pauvre d'un nombre de pauvres toujours plus grand 8 millions de personnes à l'aide alimentaire 9 millions de pauvres bon il faut rétablir l'équilibre ça a été la fête du capital pendant 30 ans vous a répété sur tous les tons que ça allait être merveilleux et qui ruissellerait des flots d'argent du dessus vers le bas et tout le monde s'est aperçu qu'en fait de ruissellement c'est une grosse pompe aspirante qui fait remonter tout ce qui est en bas vers le haut alors ceux qui ont moins n'ont plus rien donc ça il faut rétablir l'équilibre c'est à ça que servirait ma présidence à rétablir l'équilibre et puis ouvrir une nouvelle manière de gouverner le pays donc je suis obligé de dire aux très riches que je ne suis pas un cadeau pour eux

25:30
Présentateur

Merci Jean-Luc Mélenchon bonne journée à la rencontre des réunionnais avec Adrien Becht qui va suivre votre déplacement merci aux équipes dans leur beau studio