Dominique de Villepin appelle l'Europe à "montrer à Trump que nous ne transigerons jamais"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Est-ce qu'il faut vendre le Groenland à Trump ?
- 1:10OuverteRéponse directe
La motivation de Trump est-elle la taille du territoire américain ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Vous dites qu'on a les moyens de répliquer, de réagir ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Comment réagir à la menace d'une prise du Groenland par les armes ?
- 3:05RelanceRéponse directe
Croyez-vous que le fait de rappeler que Trump est une démocratie va l'arrêter ?
- 3:18OuverteRéponse directe
Ce sont des mesures de rétorsion que vous proposez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:49PrésentateurChiffre
« La Russie, c'est 17 millions de kilomètres carrés. »
- 0:52PrésentateurChiffre
« Les États-Unis plus le Canada plus le Groenland, c'est 21-22 millions. »
- 2:40PrésentateurFait
« Il n'y a jamais eu dans l'histoire de l'humanité une grande démocratie qui livre la guerre à une autre démocratie. »
Temps de parole
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RTL Soir. Notre grand invité dans RTL Soir est Dominique De Villepin, ancien Premier ministre, ancien ministre des Affaires étrangères aussi, et à la tête d'un parti, la France humaniste. Bonsoir Dominique De Villepin.
Alors
ce soir, la Maison Blanche affirme que Trump étudie activement l'achat du Groenland. Est-ce qu'il faut lui vendre
? Alors
certainement pas, d'autant que Donald Trump n'a pas besoin d'acheter le Groenland. Ce qu'il souhaite, il peut l'obtenir à travers les accords qui ont été signés dans le passé, l'accord de défense dont il bénéficie, la base militaire dont il bénéficie. Et cela veut dire qu'il veut aller plus loin. Ce n
'est
pas seulement les ressources du Groenland qui l'intéressent, c'est la dimension à la fois stratégique et ce que signifie aujourd'hui, pour un pays comme les Etats-Unis, d'accroître son territoire. La Russie, c'est 17 millions de kilomètres carrés. Les Etats-Unis plus le Canada plus le Groenland, c'est 21-22 millions. Et ce que veut Donald Trump, c'est affirmer cette puissance territoriale qui pour lui est le témoignage, est la marque, le symbole de la première puissance mondiale qui écrase en quelque sorte, qui sidère tous les autres Etats par sa force. C'est ça sa motivation, c'est la taille du territoire américain ? Parce qu'on a du mal un peu à comprendre ce
qui veut vraiment.
C
'est des
attributs de la puissance, maîtrise des ressources, maîtrise du territoire, maîtrise des armes les plus sophistiquées, qui permettent littéralement d'obtenir ce que l'on veut sans avoir à se battre. C'est ce que la force permet d'obtenir, parce que l'adversaire, à partir de ce moment-là, n'ose pas livrer combat. Et de ce point de vue-là, les Européens seraient bien aspirés d'être fidèles à leurs principes, on voit d'ailleurs que ça marche, défendre ces principes, ça implique ne jamais reconnaître la politique du fait accompli. Et de ce point de vue-là, les Européens sont beaucoup plus puissants qu'ils ne le pensent.
Et la vraie stratégie pour l'Europe, c'est d'élever sans cesse le prix à payer pour Donald Trump. Le prix à payer pour le Groenland, et je ne parle pas là d'achat, le prix à payer politique, diplomatique, le prix à payer pour le respect du droit international en Amérique latine, s'il venait au régime américain, de vouloir s'en prendre à d'autres États dans cette région. Mais que je comprenne ce que vous nous dites. D'abord, vous dites qu'on a les moyens de répliquer, de réagir, et qu'il faut négocier, en gros, vous dites le prix à payer. On
ne négocie
pas sur des principes.
Alors, là, c
'est correct, parce que la menace, alors là, on a parlé de rachat, parce que c'est le dernier rebondissement, mais hier soir, ce n'était pas le rachat,
c
'était on est prêt à prendre le Groenland par les armes. Comment on réagit à ça ? Tout simplement avec un peu de mémoire, Mme Lapic. La première chose, c'est qu'il n'y a jamais eu dans l'histoire de l'humanité une grande démocratie qui livre la guerre à une autre démocratie. Ça veut dire qu'on place la responsabilité de Donald Trump
et
du peuple américain devant un choix qui est un choix véritablement tragique sur le plan historique. De la même façon, ça voudrait dire que la première puissance de l'OTAN livre combat à une autre puissance de l'OTAN. Mais vous croyez que ça va l'arrêter, ça, Donald Trump, le fait de dire, attention, vous êtes une démocratie, et nous aussi ? Mais voyons le prix, et ça sert de référence, le prix
que
Donald Trump va devoir payer
par
le non-respect de la souveraineté du Venezuela. Donc ce sont des mesures de rétorsion ? Ce sont des mesures de rétorsion que nous pouvons faire pour le Venezuela, comme pour...
Souveraineté
technologique, nous avons des outils. Souveraineté économique, commerciale, l'arme anticoercition, souveraineté en matière de défense, nous pouvons déployer, il ne s'agit pas de faire la guerre aux Etats-Unis, mais déployer un certain nombre de moyens au Groenland. Mais quand je dis prix à payer, que va devoir payer les Etats-Unis au Venezuela,
premièrement, l
'encouragement que Donald Trump donne aujourd'hui à des actions inconsidérées que pourraient décider la Russie et la Chine, c'est un prix très lourd qu'il va payer. Et si demain, la Russie s'attaque à la Moldavie, ce sera une conséquence directe de la façon dont les Etats-Unis ont géré. Deuxièmement, les Etats-Unis sont en train de mettre à bas un soft power, une capacité d'influence à travers le monde qu'ils ont mis un siècle à construire. Du jour au lendemain, le discrédit est jeté sur les Etats-Unis et les Etats-Unis apparaissent aujourd'hui dans toute l'Amérique latine et dans le monde entier, et en particulier sur le global, comme un pays qui recolonise un continent.
Vous savez, la prédation, elle
conduit
à vous placer l'étiquette de pays colonial, et ce n'est pas la meilleure étiquette aujourd'hui quand on connaît le nationalisme sud-américain, et en particulier le nationalisme vénézuélien, parce qu'il faut redire quelque chose de très simple. Les Etats-Unis, pour le moment, ils ont fait la chose la plus simple, la partie la plus simple au Venezuela. Ils ont fait une opération militaire. Mais l'opération politique, elle est diablement plus compliquée.
On voit qu'il
n
'y a
plus de soldats au Venezuela, et on ne sait pas. Et d'ailleurs, le vice-président
de
Maduro a aucun
pouvoir.
Et ils ont décidé de composer avec le régime en place, ce qui complique les choses. Il faut assurer la sécurité, la stabilité. Il faut répondre à l'impatience des Vénézuéliens qui ont souffert pendant toutes ces années, les 8 millions qui attendent de rentrer. Donc la tâche est immense. Donc que d'abord, Donald Trump essaye de digérer l'action qu'il vient de mener, qu'il essaye de réussir, ce n'est pas gagné. Ce n'est pas gagné. Mais je voudrais quand même revenir sur le Groenland qui nous
intéresse
aujourd'hui.
50
000 Groenlandais. Oui, mais si je vous ai bien entendu, il faut être même prêt à envoyer des troupes au Groenland. Ça, ça va effrayer Trump. C'est une provocation.
Anne
-Sophie Labix, le but,
c
'est de montrer
aux
Américains, à l'administration Trump,
que
nous ne transigerons jamais. Mais est-ce qu'il va nous croire ? Il est beaucoup plus puissant que nous. Il
méprise. Ne
sous-estimons pas nos capacités et ne surestimons pas les capacités de Donald Trump. Donald Trump, il a plié devant les Chinois quand les Chinois lui ont dit « les terres rares, c'est fini
». Il
a plié devant les Canadiens quand les Canadiens ont expliqué à Donald Trump que les arpents de neige du Canada, jamais. Et nous, on a quoi ? Eh bien nous, on a notre détermination, on a notre histoire, on a nos principes. C'est
moins concret,
on a les terres rares. Vous savez, dire « jamais nous ne reconnaîtrons la mainmise des États-Unis au Groenland ». Vous prenez la responsabilité de casser l'alliance atlantique, c'est un coup très lourd pour les États-Unis. Ne l'oubliez pas.
Et pour nous,
comment on ferait sans l
'OTAN se
défendre
?
Bien sûr, mais c'est pour cela que la responsabilité qu'il prendrait sur le plan politique est immense. Et Donald Trump, il a des élections mid-terms au mois de novembre. On voit que son intervention, on veut les yeux là, elle n'est pas immensément populaire aux États-Unis. Donc Donald Trump a des contraintes politiques. Nous, nous avons, nous avons un devoir historique. Et il s'agit dans cette situation-là de ne pas mollir et de ne pas penser que les principes qu'on doit défendre au Groenland peuvent nous permettre d'être plus efficaces en Ukraine. C'est une immense erreur
tactique,
stratégique et de responsabilité internationale. Trump nous menace, mais dans le même temps, Emmanuel Macron a réussi à associer les États-Unis hier lors de la réunion de la coalition des volontaires à les pays qui soutiennent l'Ukraine, qui sont prêts à intervenir pour soutenir l'Ukraine. Les États-Unis sont prêts à participer aux garanties de sécurité en cas de cesser le feu en Ukraine. C'est un énorme progrès.
Vous
en êtes sûr ?
Je
vous pose la question,
ce n'est
pas
une
affirmation. Madame Lapix, dans ce domaine, rien n'est sûr. Nous sommes devant même pas un bout de papier. Parole,
parole.
Il faut se réjouir de cette étape. Mais tout commence
dans
cette négociation par un si. Si la Russie accepte de signer un accord de cesser le feu. Et il y
a
un deuxième si. Si les États-Unis, demain, après-demain et le surlendemain, ont encore envie
de
tenir la parole ou ce que l'on croit être la parole américaine donnée par M. Serge Ruiztkoff et donnée par M. Jared Kouchner. Tout ça, avouez-le, est encore très hypothétique. Et c'est pour cela que je le dis clairement, en matière internationale, on ne lâche jamais la proie pour l'ombre. Parce que dans trois jours, dans huit jours, regardez ce qui vient de se passer, l'arraisonnement par les États-Unis du bateau, du pétrolier russe, le marinera.
Ils disent qu'il n'est pas
russe. Ils disent qu
'il
n
'a
pas de pavillon maintenant. Ça crée
une
très forte tension entre la Russie et les États-Unis. Ça veut dire que la capacité des Américains à tordre le bras de la Russie devient peut-être plus hypothétique. Et ça veut dire que la Russie, qui n'a jamais montré le moindre signe de vouloir avancer en Ukraine, n'est peut-être pas prête non plus à faire les concessions nécessaires. La parole, les principes. On se dit que le monde a changé depuis votre discours en 2003. À l'ONU, vous étiez opposé à l'intervention de l'armée en Irak. Mais après tout, vous n'aviez pas empêché l'intervention de
l
'armée américaine. Non, mais on a empêché le pire. C'est quoi le pire ? C'est qu'on soit en
brigadé
? Le pire,
c
'est la confrontation des civilisations qui aurait résulté d'un bloc occidental uni contre le monde arabe. Et donc, ne sous-estimons pas l'importance des principes. J'entends dire qu
'il
faut être pragmatique, le réalisme, il faut être efficace.
On a du
mal à croire que le droit international fonctionne encore quand les plus grandes puissances ne le respectent pas. Et pourtant, à la fin, c'est toujours le droit international qui gagne. Et c'est en l'occurrence la France qui gagne parce que,
à
la fin,
l
'Afghanistan, fiasco. L'Irak, fiasco. Libye, fiasco. Le Sahel, fiasco. La position française a posé une doctrine qui est que des interventions sans objectif politique, de façon inconsidérée et unilatérale, créent davantage de problèmes
que
le recours au droit. Cette référence-là, elle est dans la tête de tous les dirigeants du monde. Et ce n'est certainement pas la France et les dirigeants français ou les aspirants des dirigeants français qui doivent aujourd'hui lâcher. Le monde, de ce point de vue-là, n'a pas changé. Ce qui était vrai en 2003 reste vrai en 2026. Vous avancez chaque jour un peu plus vers une candidature à la présidentielle. Est-ce qu'une élection, ça peut se jouer sur l'international, sur la grandeur de la France, de ce vieux pays ? Nous en reparlerons lorsque je serai... Non, mais est-ce que ça peut se jouer là-dessus aussi ?
Ma conviction, c'est qu'on ne peut plus séparer aujourd'hui l'international du national, pour une raison très simple. Les forces impériales qui dominent aujourd'hui le jeu international, de façon très négative, Etats-Unis, Russie, Chine et autres, se doublent de forces illibérales, populistes, qui sont en parfaite complicité avec ces forces impériales, et liées à des forces oligarchiques, technologiques, médiatiques, qui dominent le jeu mondial. Et ces forces,
elles
ont pour caractéristique aujourd'hui de vouloir le démantèlement
de
l'état de droit, de l'état social, et donc, ils participent des mêmes objectifs. Quand Donald Trump
mène
le combat contre les universités, contre la science, contre les médias, contre la justice, eh bien, le parallèle est exactement le même de ceux qui aujourd'hui disent, en France, à la droite républicaine, ou au Rassemblement national, les principes, ce n
'est
pas important, l'état de droit n'est ni intangible, ni sacré, c'est le même discours. Et ça conduira au même résultat, c'est à la fin, la destruction de tout l'héritage de notre état, de notre état social, et de notre état nation. Merci beaucoup, Dominique de Villepin, d'être venu dans RTL Soir.