Alexandre Ouizille : « Un quatrième Premier ministre issu du socle commun est inimaginable »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Alexandre Ouizi, merci d'être avec nous, vous êtes sénateur socialiste de l'Oise. On va évidemment longuement revenir sur la crise politique, mais d'abord on va regarder trois unes de la presse régionale qu'on a sélectionnées. On les regarde ensemble, d'abord c'est la une de la Voix du Nord, une voix porteuse des idéaux de la France, et cette photo de Robert Badinter, et les mots d'Emmanuel Macron hier soir lors de l'entrée au Panthéon de Robert Badinter. La deuxième une, c'est celle du bien public, un espoir historique pour le Proche-Orient.
Israël et le Hamas qui ont signé hier la première phase d'un accord sur le cessez-le-feu à Gaza, une libération d'otages après de fortes pressions de Donald Trump. Et puis la dernière une, c'est celle de la République du Centre, autre sujet, médecin à la campagne, opération reconquête, consulter un généraliste dans un délai bref ou prendre rendez-vous chez un spécialiste devient de plus en plus compliqué, d'autant plus dans les zones rurales qui souffrent du manque de professionnels de santé. Quelle une avez-vous envie de commenter ?
Bon, les trois unes sont extrêmement importantes et revêtent des enjeux particulièrement centraux pour notre pays.
C'est vrai que moi j'étais hier à la cérémonie d'hommage à Robert Badinter, et en tant que socialiste aussi, évidemment je trouve que c'était un hommage absolument sublime, magnifique, qui a retracé la vie et les combats de Robert Badinter contre la peine de mort en France, puis pour l'abolition universelle de la peine de mort, contre aussi ce qui a été moins été dit hier, vous savez, ces juridictions d'exception, notamment Cour de Sûreté de l'État, qu'il a contribué à supprimer, pour aussi l'abrogation de la dépénalisation de l'homosexualité, qui était ce vestige honteux de Vichy, qui était encore dans nos lois en 1982.
Donc j'ai trouvé que c'était une très belle cérémonie, un grand républicain. Des mots très justes du président de la République, je dois dire, j'ai trouvé que le discours aussi revenait sur le combat contre l'antisémitisme dans notre pays, qui est toujours vivace, en comparant les années 20, qui étaient les années de naissance de Robert Badinter, et nos années 20, qui sont aussi des années de résurgence de l'antisémitisme dans notre pays. Et donc j'ai trouvé que c'était en effet vraiment une très belle cérémonie.
Emmanuel Macron qui a promis de porter le combat pour l'abolition universelle de la peine de mort, et de prolonger ainsi le combat de Robert Badinter.
C'est vrai que c'est la position du quai d'Orsay depuis toujours, et de la diplomatie, enfin depuis toujours. En tout cas depuis l'abolition, le quai d'Orsay, et Emmanuel Macron le prolonge, est en effet engagé dans ce combat diplomatique de la France pour l'abolition universelle de la peine de mort.
Un mot, puisque hier la tombe de Robert Badinter au cimetière a été profanée, qu'est-ce que vous avez ressenti en apprenant ça ?
Beaucoup de dégoût, beaucoup de dégoût, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? En fait, il y a des gens...
Ça démontre la modernité de son combat, c'est-à-dire qu'il y a toujours des gens pour rejeter ce combat qu'on pense humaniste et partagé.
C'est sûr que... J'ai un père qui a milité dans les combats abolitionnistes et qui me disait toujours avec beaucoup de fierté que la peine de mort est morte de sa belle mort, mais ça n'a pas été pavé de rose. Et d'ailleurs, c'est un débat qui est toujours vivace dans la société. Si on va au bout de la vérité, en effet, c'est quelque chose qui est toujours sulfureux. Et donc, je ne sais pas d'ailleurs les raisons. Est-ce que c'est pour la peine de mort ? Est-ce que c'est par... Enfin, je ne sais pas si aujourd'hui les raisons sont connues, je ne crois pas, à ma connaissance, ou si ce n'est pas anti-sémitisme, on ne sait pas les raisons de tout ça.
Toujours est-il qu'évidemment, il y a quelque chose de répugnant le jour où la nation rend hommage à Robert Badinter à venir profaner, évidemment, ça tombe.
On va parler de la crise politique et on a appris ce matin qu'Emmanuel Macron avait lancé dans la nuit une invitation au chef de parti qu'il va donc recevoir à 14h30 hors LFI et ORN. Alors, il l'a lancé à 2h du matin.
Oui, j'ai le droit de dormir, c'est pour ça que vous l'avez assez gentil.
Donc, il est reçu à 14h30, sauf le RN, sauf la France insoumise. On imagine que le Parti socialiste va y aller. Qu'attendez-vous de cette rencontre ?
Ce qu'on attend, c'est ce que nous disons quand même maintenant depuis un certain nombre de temps, c'est de dire que maintenant, il faut changer de moment. Il faut un Premier ministre de gauche qui sait et qui saura qu'il n'a pas de majorité absolue à l'Assemblée nationale et qui est prêt à des compromis et d'abord avec des compromis avec ceux avec lesquels le Front républicain s'est formé. À la vérité, où en est-on ? Soit on montre que ce Front républicain que nous avons formé peut fonctionner avec un gouvernement de gauche qui passe un accord de non-censure avec ceux qui ont fait ce Front républicain.
Pour vous, c'est la condition, un gouvernement de gauche ?
Soit je finis, soit on donne raison à Marine Le Pen à dire que tout ça ne vaut rien, que donc, vous voyez ce que je veux dire ? Et dans ce cas-là, c'est pavé la route de Marine Le Pen vers l'Elysée. Et évidemment, nous demandons à un Premier ministre de gauche, enfin quand même, même vous, vous le disiez avec une certaine ironie dans la voix tout à l'heure en disant, ou un quatrième Premier ministre du socle commun. Ça semble inimaginable, incompréhensible. J'ajoute que les temps ont changé pour le socle commun.
Quand je vois, pardon, le vice-président des Républicains dire hier soir qu'il préfère voter, que lui, voterait RN contre la candidate socialiste en Tarn-et-Garonne s'il était habitant de la circonscription, enfin, comment les macronistes peuvent accepter ça ? Ils partagent cette idée-là ? Non, ils ne la partagent pas. Et d'ailleurs, évidemment, il y a des Républicains au Sénat, moi que je croise, qui sont choqués ici par la ligne de Bruno Retailleau. Et donc, vous voyez bien que ce socle commun, en fait, il n'a plus les valeurs communes qu'il pouvait, a priori, l'habiter. On voit qu'elle se délite.
Et c'est-à-dire que vous, vous pourriez trouver des compromis avec le LR ou vous dites, vu leur position de ces derniers jours, c'est plus possible ?
Moi, je dis que les compromis, il faut d'abord les chercher avec ceux qui ont fait Front Républicain, je l'ai toujours dit comme ça. Après, si le LR trouve que ce qu'on fait est bien, tant mieux, parce qu'en fait, on est dans cette situation. Mais il y a quand même quelque chose qui a changé. Pour moi, les LR sont quand même passés de l'autre côté de la barrière avec ce qui s'est passé ces deux derniers jours. Et je crois que c'est un fait politique majeur qui a été trop peu souligné. La déclaration de Bruno Retailleau, puis celle de son vice-président hier, deux points, ça fait une ligne.
Donc je pense que maintenant aussi, moi, j'aimerais savoir si, ici au Sénat, ailleurs dans le pays, il y a des Républicains qui vont prendre la parole pour dire qu'ils n'acceptent pas ce qui est en train de se passer au sein de leur parti, cette espèce de renversement d'alliance à mots couverts qui est en train d'avoir lieu, parce que je crois que c'est important aussi pour la suite. Qu'est-ce qui se dessine pour la suite ? Est-ce que cette union des droites dont les Émouréens rêvent, dont les Marayons Maréchal rêvent, etc., est-ce qu'ils vont y céder, bradant l'héritage gaulliste, bradant l'héritage chiracien, ou est-ce que ce ne sera pas le cas ?
Et on voit que la pente est en train de glisser sévèrement et que la dérive est en cours.
Est-ce que cet après-midi, il pourrait sortir un accord sur le fond ? Est-ce que vous pensez que les socialistes, les écologistes et les communistes pourraient se mettre d'accord avec le socle commun sur un budget, sur la réforme des retraites, on en parlera plus tard ?
Écoutez, moi je pense que d'abord là, la question et l'urgence, c'est la nomination d'un Premier ministre.
Donc pour vous, c'est le qui avant le quoi ? C'est-à-dire que si c'est un Premier ministre qui n'est pas de gauche, ce ne sera pas la même chose ?
Ce n'est pas le qui avant le quoi, nous en discuterons en bureau national, permettez que là pour l'instant, nous ce que nous revendiquons, c'est le changement. Donc nous on essaie de faire concilier deux exigences, la stabilité du pays et le changement. Pour le changement, il faut un Premier ministre de gauche. Pour la stabilité, il faut trouver l'accord de non-censure avec ceux qui ont fait Front Républicain. Donc c'est ça que nous appelons…
Il peut très bien avoir un budget de compromis, pas forcément porté par un Premier ministre de gauche, si vous tombez d'accord sur le budget.
Nous, en tout cas, on y regardera. On y regardera et c'est une décision qu'on devra prendre ensemble. Parce que si vous voulez, la surdité d'Emmanuel Macron à l'aspiration au changement du pays, ce n'est pas non plus un petit sujet. Donc on y regardera ensemble, collectivement, entre socialistes en bureau national. Ce qui est sûr, c'est que malgré tout, il y avait eu quelques changements qui étaient importants. La suspension de la réforme de retraite, Olivier Faure l'a dit. Est-ce que c'est un enfumage ou est-ce qu'ils y sont prêts ? Le changement de trajectoire budgétaire, ce n'est pas un petit sujet.
Ça permet d'éviter beaucoup du musée des horreurs qui avait été présenté par François Béroux, puisque ça permet de ralentir le rythme de consolidation, d'éviter la crise pour les entreprises, d'éviter la crise aussi d'une augmentation du chômage par une consolidation trop brutale. Donc tout ça, nous y regardons.
Mais est-ce que Sébastien Lecornu a raison quand il dit qu'à l'issue de ses consultations, il a trouvé qu'il y avait une majorité absolue contre la dissolution ?
En fait, moi, je trouve que la formule est rapide. Si c'est pour faire le plan Béroux, il y aura dissolution. C'est évident. C'est-à-dire qu'en fait, il y a une majorité de gens qui sont prêts à travailler, mais nous, nous avons toujours dit le fonds. Mais ça, ça se jouera au Parlement.
Vous avez le termoscopi ici, le président de la Cour des comptes, ce matin, il dit que dans les délais impartis, c'est impossible de présenter un autre budget que celui qui a été présenté hier au Conseil des finances publiques. La copie de base, elle ne peut pas être différente.
Que la copie de base, que le texte présenté, ce soit une chose. Après, vous savez bien, vous connaissez le processus parlementaire. Il y a des amendements gouvernementaux, puis il y a des amendements tout court. Les amendements gouvernementaux ne sont soumis à aucun gage, il n'y a aucun problème constitutionnel. Donc en fait, la question, c'est l'accord politique. Et donc la question, ce n'est pas ce qui a été déposé et analysé par le Haut Conseil des finances publiques. C'est l'accord politique que nous pourrions conduire si nous étions au gouvernement sur le budget. C'est ça qui compte.
Et donc ça, ça se construit, en revanche, dans le temps qui vient et jusque dans la discussion parlementaire, peut-être. Mais moi, je crois que pour le coup, il ne peut pas y avoir rien dans une déclaration de politique générale de qui que ce soit. C'est-à-dire que si nous sommes, il faut que nous montrions aussi ce que nous voulons faire. Vous voyez ce que je veux dire ? On ne va pas s'en tenir à une copie déposée en urgence parce qu'il faut tenir des délais constitutionnels alors qu'il y a une crise ouverte dans le pays depuis une semaine. Il faut aller au fond des dossiers.
L'autre clé du débat, c'est la réforme des retraites. La gauche demande une suspension de la réforme Borne qui n'y est elle-même pas opposée, mais sans l'accord d'une partie de son camp et encore moins de la droite. C'est votre éclairage. Quentin, qu'est-ce qu'une suspension de la réforme des retraites signifierait exactement ?
Déjà rappelez que la réforme portée par Elisabeth Borne a repoussé l'âge de départ à la retraite depuis le 1er septembre 2023. L'âge légal de départ en France est passé de 62 à 64 ans, mais pas pour tout le monde, uniquement pour les personnes nées à partir de 1968. La réforme était progressive pour ne pas être un coup près pour les personnes se rapprochant de la fin de leur carrière professionnelle. Ainsi, pour les personnes nées avant 1968, la réforme se faisait par étapes. Les salariés nés en 1962 doivent aller jusqu'à 62 ans et 6 mois pour partir avec un taux plein. Ceux nés en 1963 jusqu'à 62 ans et 9 mois. Ce nés à partir de 64, l'âge serait de 63 ans.
S'il devait y avoir une suspension de la réforme Borne, on s'arrêterait a priori à cette étape. Suspendre, ça voudrait dire que les personnes nées à partir du 1er janvier 1964 partiraient à 63 ans, expliquait une experte mercredi dans Les Echos. Selon le syndicat de la CFDT, pas moins de 600 000 personnes seraient concernées et pourraient ainsi partir plus tôt. Attention, on a bien dit que cela ne signifie pas un retour en arrière et un retour à l'âge de 62 ans. On s'arrêterait simplement là où la réforme en était.
Alors, combien coûterait une telle suspension ?
Le coût de ce changement s'élèverait à pas moins de 3 milliards d'euros en 2027, a dit Sébastien Lecornu. La Cour des comptes avait travaillé sur une suspension à 63 ans. Au moment où vous vous rappelez de l'ouverture du conclave, la Cour parlait d'un coût de 13 milliards d'euros par an pour les finances publiques en 2035, avec en fait une double dégradation selon la Cour des comptes sur le régime des retraites à hauteur de 5,8 milliards d'euros et également une perte additionnelle de recettes publiques de 7,2 milliards en raison des carrières plus courtes qui provoquaient donc des recettes fiscales plus faibles.
À plus court terme, un arrêt de la réforme coûterait entre 500 et 600 millions d'euros dès la première année, a dit cette semaine le sénateur Alain Millon, interrogé par PublicSénat.fr. Alexandre Rousille, on a lu les inquiétudes de la droite, de l'échiquier politique sur les conséquences sur les finances publiques de cette suspension de la réforme des retraites. Est-ce que vous reconnaissez que cette suspension a des conséquences très lourdes pour les caisses de la Sécurité sociale ?
Écoutez, en fait, déjà revenons à la réforme borne. Pourquoi nous nous la contestons ? Nous la contestons parce qu'elle est profondément injuste, elle fait peser sur tous ceux qui ont commencé à bosser tôt, l'effort sur les retraites. Moi, par exemple, qui ai fait des études jusqu'à 24-25 ans, 25 plus 42, ça fait 67. Donc, je ne suis absolument pas concerné. Tous les cadres, tous ceux qui ont fait des études supérieures, ils ne sont pas concernés. Et on faisait porter tout l'effort, tout l'effort sur ceux qui ont commencé à bosser tôt avec la mesure d'âge. Donc, nous, nous y sommes opposés.
Je note quand même au passage que nous demandons notre position à nous, c'est l'abrogation de la réforme borne. Vous voyez, nous, on veut revenir à 62 ans. Mais parce qu'on est prêt à faire un compromis politique, je veux dire, la suspension, c'est déjà pour nous un compromis politique. Donc, c'est déjà, enfin, j'aimerais quand même que les gens le comprennent bien.
Vous nuancez déjà votre position en disant suspension et pas abrogation.
Non, oui, exactement. C'est-à-dire que lorsque nous avons, en janvier dernier, discuté ce point, la suspension, c'était déjà un point milieu. Donc, si vous voulez, c'est le premier point.
On reporte à 2027 le débat de fond sur ce qu'il faudrait faire avec la retraite.
Mais ça me semble, en fait, si vous voulez, il y a quoi ? Il y a le problème d'une réparation démocratique de ce qui s'est passé. Il y a des milliers de gens, des centaines de milliers, des millions de gens qui ont posé des journées de grève et qui ont vu une réforme s'imposer dans la brutalité d'un 49-3. Ce débat, je discutais avec Frédéric Dhabi de ça. Il était étonné de me dire que c'est une des seules réformes pour laquelle, au cours du temps, la colère ne faiblit pas. L'opposition ne faiblit pas. Parce qu'aussi, les conditions d'adoption ont compté. Donc, ça, c'est les raisons poétiques.
Vous êtes un parti de gouvernement. Est-ce que vous pouvez financer une telle suspension et à terme, une abrogation ? On disait 13 milliards d'euros par an en 2035.
Mais attendez, 13 milliards. Après, la question, ce n'est pas est-ce que le régime de réforme des retraites, il ne faut pas travailler avec les partenaires sociaux, avoir sa pérennité à long terme avec une autre potentielle réforme des retraites. Mais 3 milliards d'euros en 2027, rendez-vous compte, on vient de dire déjà que la trajectoire a été modifiée. La modification de la trajectoire, c'est 10 milliards d'euros. Donc, il y a la place, évidemment, évidemment qu'il y a la place pour cette réparation démocratique et la suspension. C'est un choix politique. Et je reprends les mots du président du groupe socialiste, Boris Vallo.
Il faut que les macronistes comprennent qu'évidemment, un compromis, ça va leur faire mal. Il faut qu'ils renoncent à une partie de leur politique économique. Vous avez le scalp d'une mesure. Non, mais ce n'est pas le scalp. Ce n'est pas une question de scalp. C'est une question que s'ils croient qu'il y a des accords de non-censure qui sont possibles d'un côté ou de l'autre sans qu'il y ait un changement de politique économique, ils se fourvoient complètement. Évidemment qu'il faut un changement de politique économique et évidemment que la réforme des retraites, qui a été l'un des plus grands mouvements sociaux de ce pays depuis très longtemps, elle rentre dans l'équation.
Merci, Quentin. On continue. Évidemment, on va voir l'actualité dans nos régions. C'est avec nos partenaires de la presse régionale. On va à Montluçon, dans l'Allier, où on retrouve Julien Pépineau, responsable de l'agence de la montagne à Montluçon. Julien, on va parler d'un autre sujet avec vous. Cette semaine, il y a le sommet de l'élevage de Cournon d'Auvergne. Il s'achève aujourd'hui. Et c'est un peu comme le Salon de l'agriculture. C'est un événement qui attire beaucoup de politique.
Oui, effectivement, puisque c'est devenu le deuxième événement pour la profession, qui attire donc son lot de personnalités politiques. Ma question, du coup, est comment trouver le bon équilibre entre préoccupation des agriculteurs qui ressortent lors de ces rendez-vous et puis une actualité nationale qui est celle qu'on connaît et qui est forcément sujet à de nombreuses questions.
Et Julien, justement, vous avez une question.
Oui, tout à fait. C'est comment trouver l'équilibre entre l'actualité nationale riche et donc aussi les questions des agriculteurs qui surgissent lors de cette occasion.
Oui, peut-être. Pour répondre à Julien, évidemment qu'on a un sujet. C'est-à-dire que quand vous n'avez pas de gouvernement, quand vous avez un ministre de l'agriculture démissionnaire, quand le système est largement bloqué, c'est difficile d'apporter les réponses.
Moi, ce que je peux dire, mais c'est une réponse évidemment de portée générale sur ce que nous nous portons, c'est qu'on peut et on doit demander de la qualité à nos agriculteurs et notamment sur l'élevage, sur les conditions de l'alimentation, mais qu'en revanche, on ne peut le faire qu'en n'acceptant pas des accords commerciaux internationaux qui les mettent en concurrence avec des gens qui ont des pratiques que nous ne tolérons pas nous-mêmes. Donc, à la vérité, et ça renvoie à ce qui a pu se passer sur les quotas de bœuf, pour le CETA, enfin, ce qui a pu se passer sur tout un tas de choses que nous avons acceptées.
À la vérité, c'est que si nous demandons aux agriculteurs de faire de la qualité, nous ne pourrons pas les mettre en concurrence avec des pays qui n'en font pas. Ça, c'est le fondement, nous, de ce que nous pensons sur les questions agricoles.
Mais par exemple, sur le Mercosur, Emmanuel Macron, il est opposé au traité tel qu'il est prévu à l'heure actuelle. Pourtant, il risque de rentrer en vigueur. C'est-à-dire que la France, elle perd cette bataille.
Mais attendons de... Enfin, s'il est vraiment... Alors déjà, il n'était pas opposé. Je vous rappelle le débat que nous avons eu dans l'hémicycle sur ce qu'a pu être le CETA, etc., entre les uns et les autres. Mais surtout, sur le Mercosur, s'il est opposé qu'il fasse ratifier le Parlement que le Parlement est contre.
Non, mais la Commission européenne a scindé le texte en deux pour pouvoir échapper justement à cette ratification par le Parlement.
Et vous avez raison. Il y a une bataille qui se met au niveau national et il y a une bataille qui se met au niveau européen. Il y a deux batailles qui se mettent en même temps.
Un dernier mot juste sur la crise politique. Est-ce que vous attendez une prise de parole d'Emmanuel Macron ? Est-ce qu'il doit s'exprimer ? C'est évident quand même.
Je veux dire, la Constitution fait du Président de la République, c'est l'article 6 de notre Constitution, le garant des institutions. Les institutions sont en train de dysfonctionner gravement. Il en est le garant. Donc évidemment qu'il faut qu'il s'exprime. C'est attendu de lui. Et c'est même honnêtement assez étrange qu'une crise ouverte depuis 70 heures, 72 heures maintenant, le Président ne se soit pas encore exprimé. Donc évidemment qu'il faut que le Président de la République s'exprime.
Merci Julien. Merci d'avoir été avec nous. La Une de la montagne, c'est le sommet de l'élevage. Le cheval prend les rennes. C'est à la une de votre journal. Alexandre Ouizi, ce 10 octobre, c'est la journée mondiale de la santé mentale. Et ce qui était, il y a encore peu de temps, un tabou, les de moins en moins, le burn-out chez les élus locaux. Et c'est l'une des premières à avoir brisé ce tabou de la santé mentale. Des élus, c'est la mère d'Aubervilliers, Karine Franclé. Elle s'était mise en retrait pendant plusieurs mois après un burn-out. On l'écoute.
Je pense que c'était en juin, en juin 2024, où un matin, je n'étais plus capable de marcher. Je n'arrivais plus. Je n'arrivais plus à me lever. Tout paraissait insurmontable. Que ce soit les petites choses du quotidien, il y a des mois, je n'arrivais plus à venir à la mairie. C'était trop. J'étais dans le déni. J'étais toujours dans le même mécanisme. C'est un coup de mou. Je suis fatiguée. Ça va passer. Quand on se repose un petit peu, ça repart. C'est pas reparti.
Cette interview, elle est retrouvée dans le reportage de Jérôme Rabier-Mer au bord de la crise de Nair. Il est diffusé cet après-midi à 16h30 sur notre antenne. On va justement poursuivre sur ce sujet. On va en Gironde. Bonjour Stéphane Delpera. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire de Saint-Médard-en-Jal. C'est dans la métropole bordelaise. On vient d'entendre la maire d'Aubervilliers raconter ce qu'elle a vécu, raconter son burn-out. Est-ce que c'est un sentiment que vous avez aussi vécu, vous ou des maires qui vous entourent en Gironde ?
Il y a un sentiment de lassitude. C'est évident. On a plus de 1500 démissions de maires depuis les dernières élections. On a des agressions en forte progression, plus 30 % l'an dernier, 3 000 agressions. Et on sent bien que la colère qui existe dans le pays, le malaise qui existe dans le pays, il se tourne aussi en partie vers les maires. Il y a également le phénomène des réseaux sociaux. De plus en plus de maires sont prises à partie en permanence, insultées, calomniées, menacées.
Et donc, il est évident que si on ajoute à cela une situation nationale très compliquée, sans visibilité, une réduction forte des moyens des collectivités territoriales suite aux réformes de ces dernières années, la complexité, la lourdeur des procédures auxquelles nous sommes tous les jours confrontés, l'impatience de nos concitoyens, eh bien oui, c'est certain qu'il y a une certaine lassitude. Les études ont montré que 60% des maires actuellement en fonction avaient songé à un moment ou à un autre à démissionner. Donc, on voit bien que la situation s'est quand même sérieusement aggravée.
– Je vais faire, je vous redonne la parole, évidemment, Stéphane Delpera, mais réagir, Alexandre Louisi, à ce que vous venez de dire. Ces difficultés croissantes pour les élus locaux, Stéphane Delpera le disait, il y a la question des réseaux sociaux qui aggrave la question de la santé mentale des élus, puis il y a la crise politique, il y a le manque de moyens, il y a les exigences des habitants.
– Oui, c'est vrai que moi, je me balade évidemment, j'ai près de 700 communes dans l'Oise, donc je vois les élus locaux et quand même aussi beaucoup les élus des petites communes. En fait, si vous voulez, qu'est-ce que c'est qu'un maire d'une petite commune ? C'est quelques adjoints, une secrétaire de mairie et la préfecture qui vous envoie des listes de course à l'infini à faire. Donc, d'ailleurs, c'est aussi pour ça qu'il y a peu d'actifs dans les conseils municipaux. Il y a beaucoup de jeunes retraités qui continuent leur engagement comme cela parce que c'est une telle charge qui vient en plus que c'est très difficile à concilier avec la vie. Donc ça, on le voit très nettement.
Donc, je pense qu'il y a plein de choses à faire du point de vue de la santé des élus. Il y a aussi peut-être du côté de l'État une forme de déburocratisation. Je donne un exemple juste pour plaisanter mais qui pour moi est significatif. Lors des dernières élections sénatoriales, les petites communes doivent élire un grand électeur ou parfois trois grands électeurs. Pour élire un grand électeur, il y a eu un document de 120 pages qui a été envoyé par la préfecture alors qu'en fait, qu'est-ce que c'est ? C'est un conseil qui se réunit. Il lève la main, il dit tu peux y aller, tu ne peux pas. C'est ça la réalité.
Et vous aviez 90 pages de documents pour vous expliquer comment vous envoyez un grand électeur pour voter au sénatorial. C'est un micro-exemple mais c'est un exemple qui est révélateur aussi de l'impression de il faut bien faire. En même temps, pour bien faire, c'est compliqué parce qu'il y a une surabondance aussi qui arrive à tout niveau. Il y a des demandes de subventions à faire avec un nombre très éclaté d'acteurs donc la région, le département, l'État. Bref, c'est compliqué d'être un élu local aujourd'hui.
Et puis il y a en effet ce qui remonte beaucoup aussi chez nous c'est parfois la virulence de certains le fait d'interpeller avec violence des élus sur les réseaux sociaux alors qu'on peut aller voir le maire en mairie c'est quand même toujours plus sympathique. Donc vous voyez, il y a tout ça en effet qui rentre en compte et c'est vrai qu'on le ressent. Après, il y a quand même beaucoup de gens vaillants et qui adorent leur mandat je ne veux quand même pas non plus noircir le tableau et Stéphane, j'en suis sûr, en est un.
Voilà, donc je veux dire il y a aussi cette joie de l'exercice du mandat de faire des choses d'ouvrir une école de refaire une classe voilà, il y a tout ça aussi qui est en ligne de compte
et les maires, ils agissent aussi pour la santé mentale de leurs habitants c'est votre cas Stéphane Delpera vous, en tant que maire comment vous prenez en compte la santé mentale de vos habitants et quelles actions vous menez pour l'améliorer ?
C'est un problème de santé publique majeur aujourd'hui et en effet, je rejoins Alexandre on a, nous, élus beaucoup de satisfaction donc on n'est pas les plus à plaindre mais en revanche, je pense aux maires solos, aux horaires décalés je pense aux aides soignantes aux infirmières je pense à tous ceux qui travaillent dans des conditions difficiles aujourd'hui dans leurs entreprises dans les services publics les policiers qui sont souvent agressés bref, il est évident que nous devons prendre en charge cette question il y a malheureusement une explosion des tentatives de suicide chez les jeunes et notamment les jeunes femmes moi j'ai discuté avec l'hôpital de Bordeaux avec lequel nous avons un partenariat il y a eu 37% de hausse des demandes d'hospitalisation depuis le Covid donc nous, on a pris le problème à bras le corps on a un partenariat avec Cynthia Fleury qui est une spécialiste de ces questions sur le prendre soin on a créé un centre municipal de santé avec des médecins salariés de la ville une psychologue une infirmière psychiatrique en soins avancés un partenariat avec l'hôpital Charles Perrins où nous accueillons des psychiatres et des infirmiers et puis un climat de soins dans la ville c'est aussi une ambiance notre société elle est sous tension elle est brutalisée en permanence par le système économique qui impose une pression forte aux salariés dans les entreprises dans les services publics où les moyens se réduisent et puis une espèce de manque de perspective d'avenir, de confiance qui fait que les gens sont stressés, en colère et ont tendance à multiplier les agressions entre eux et donc il faut vraiment que nous élus locaux nous arrivions à faire baisser la tension nous sommes en première ligne mais il faut que l'Etat nous accompagne il y a beaucoup d'annonces de com autour des journées mondiales des grandes causes nationales mais la réalité c'est que les moyens de l'Etat ne sont pas au rendez-vous aujourd'hui et que malheureusement si on entend ce que dit l'ancien gouvernement des missionnaires sur ces questions on n'est pas sorti de l'auberge
non mais moi je m'inscris exactement ce qui vient d'être dit dans l'Oise nous avons à Clermont de l'Oise un grand CHI donc en effet un hôpital qui traite des questions des questions psychiatriques et ce que décrit Stéphane est très juste c'est à dire qu'il y a quand même globalement une augmentation de la pression une fatigue d'être soi liée à une culture d'entreprise qui se durcit donc ça tout ça on le constate aussi et je vois que le fait que les élus locaux s'en saisissent me semble en effet tout à fait déterminant et je savais que Stéphane faisait tout ça donc je trouve que c'est extrêmement important
Merci Stéphane D'Alpera Merci pour votre témoignage Merci à vous Maire PS de Saint-Médard-Angeal en Gironde Merci d'avoir été avec nous Merci Alexandre Louisville Merci à vous Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat
Alexandre Ouizille