François Ruffin - Entretien (Remède à la mélancolie)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:09OuverteRéponse directe
Quel rapport entretenez-vous avec la mélancolie, sachant que vous dites quand je ne fais rien, je déprime ?
- 17:40OuverteRéponse directe
Est-ce que vous parlez la langue des Hauts-de-France ?
- 24:17OuverteRéponse directe
Vous nous avez écrit que vous sortiez de la déprime régulière. Avez-vous déjà apprécié un écrivain de droite ?
- 34:52OuverteRéponse directe
Vous ne vous découragez jamais ?
- 39:03OuverteRéponse directe
Comment décririez-vous cette œuvre ?
- 40:18OuverteRéponse directe
Quel sport François Ruffin faites-vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:28Invité politiqueFait
« J'ai tendance à l'accepter, à accepter cet état de fragilité qui me rappelle ce que j'étais avant. »
- 2:36Invité politiqueFait
« Et c'est en allant rencontrer les gens que ça m'a sorti de la mélancolie. »
- 3:30Invité politiqueFait
« Moi j'ai frôlé le burn-out à l'Assemblée Nationale, et je dis que ce n'était pas par la surcharge de travail. »
- 12:10Invité politiqueFait
« Ce que montre le bouquin de Servigne, c'est l'inverse. C'est qu'on ne se rend pas compte qu'on est dans un océan d'entraide. »
- 28:50Invité politiqueFait
« Donc c'est l'un des grands dirigeants de la résistance. »
- 36:01Invité politiqueChiffre
« Il y a eu 2-3 000 personnes qui ont défilé à Amiens. »
- 37:02Invité politiqueFait
« Et puis en chemin, en fait, si on fait quelque chose et que ça ne marche pas, bah en fait on invente autre chose. »
- 37:12Invité politiqueFait
« C'est une phrase de Roussevest qui disait : Il faut essayer d'abord. »
- 37:16Invité politiqueFait
« Le peuple nous en voudra pas d'échouer, mais il nous en voudra de ne pas avoir essayé. »
- 38:05Invité politiqueFait
« C'est magnifique. »
- 38:10Invité politiqueFait
« Compte tenu de ma position à l'Assemblée nationale, je me suis tourné vers les écrits politiques de Hugo. »
- 38:22Invité politiqueFait
« C'est l'effraction du réel. »
- 38:42Invité politiqueFait
« Il parle de la merde. »
- 39:22Invité politiqueFait
« C'est un copain, Mathieu Collogan, pour rien cacher sur nos affinités. »
- 39:37Invité politiqueFait
« On se dit qu'il va lui arriver un truc de mal au gars derrière. »
- 40:36Invité politiqueFait
« Quand je vais à la bibliothèque municipale, il y a un truc de calme et puis il y a des ressources. »
- 40:47Invité politiqueFait
« Tu vas dans les C, t'as Cavana, t'as Camus. »
- 40:56Invité politiqueFait
« Hier matin avant d'aller à l'Assemblée, j'ai été faire mon footing. »
- 41:31Invité politiqueFait
« Moi je pratique le football. »
- 42:05Invité politiqueFait
« T'es vachement bon en réparation de mobilettes, on va t'aider à réparer des mobilettes. »
Temps de parole
- François Ruffin61 %
- Présentateur28 %
- Invité5 %
- ?2 %
≈ 9,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Journaliste, notre apothicaire de l'âme entre dans le champ politique par la critique des médias. En 99, le journal des Amiens Noirs passe sous silence la délocalisation d'une usine Yoplait. Notre homme répare l'omission en créant Fakir, le journal fâché avec tout le monde ou presque. Malgré sa timidité maladive et son extrasensibilité, il devient le porte-parole des petits et des moyens contre les gros. Comprendre les oligarques et non pas ceux qui partagent un peu trop mon faible pour la raclette. Avec courage et constance, cet empêcheur de gouverner en rond s'attaque aussi bien à la finance qu'à l'indifférence en faisant sortir les gens de l'apathie et de la résignation.
En 2017, il reçoit le César du meilleur documentaire pour son film Merci Patron et siège à l'Assemblée Nationale comme député de la Somme sous la bannière Picardie Debout. Je pense que j'ai un rôle de psychothérapeute politique, affirme celui qui se dit aussi torturé. Député, reporter, détective, essayiste, footballeur, farceur, camarade exalté et obsédé par son prochain. L'homme œuvre sur tous les fronts, se sentant l'héritier d'un devoir de fer. Bonjour François Ruffin.
Bonjour, merci pour votre invitation.
Première question, quel rapport entretenez-vous avec la mélancolie, sachant que vous dites quand je ne fais rien, je déprime
? Je
pense que je l'accueille beaucoup mieux maintenant qu'avant. Le titre c'est remède à la mélancolie, je ne
suis
pas sûr de y chercher des remèdes. J'ai tendance à l'accepter, à accepter cet état de fragilité qui me rappelle ce que j'étais avant. C'est-à
-dire
que maintenant c'est facile de se sentir fort, il y a des gens qui m'aiment bien, tu es entouré de tendresse, d'affection, de tout ça, donc c'est plus facile. J'ai été autre chose, j'ai été dans un étage de grande fragilité où j'avais le sentiment que je n'aurais pas ma place dans le monde. Et les moments de mélancolie, c
'est
le moment où je reprends ça et je pense que savoir qu'on a continué à avoir ça en soi, ça aide dans l'empathie vis-à-vis des gens qui ne sont pas arrivés sur le devant de la scène, qui n'ont peut-être pas la vie qu'ils espéraient et ainsi de suite.
En
même temps, quand on lit Fakir ou les choses comme ça, on voit que le vocabulaire de la mélancolie est assez répandu dans ce journal, malgré le fait qu'il y
ait
beaucoup d'humour. On a l'impression que vous, François Ruffin, vous prenez cette mélancolie et vous l'avez transmué plutôt en colère, qui est plutôt positif, puisque la colère c'est de l'énergie, c'est la pulsion de vie, on est du côté de la vie et pas de la passivité que peut engendrer la mélancolie.
Oui, c'est pour ça que je m'appuie dessus, je ne la refuse pas, je m'appuie dessus, j'essaye de la canaliser et puis d'en faire autre chose qui m'amène à les... Moi je m
'en
suis sorti par le monde de ma mélancolie qui peut-être était plus que de la mélancolie et qui a duré pendant des années parce que j'ai l'impression de ne pas avoir ma place. Et c'est en allant rencontrer les gens que ça m'a sorti de la mélancolie. Les livres ont aidé, ont été un compagnonnage permanent mais par les idées, mais au-delà de ça,
ça
a été la rencontre avec les gens qui m'a sorti du pétrin personnel.
Là vous avez l'impression d'avoir trouvé votre place parce qu'en fait il ne s'agit que de ça, dans une existence humaine, trouver sa place.
Je pense que je m'épanouis, j'ai trouvé un lieu d'expression, exprimer c'est un verbe que j'aime beaucoup, exprimer ça veut dire pousser dehors. Et quand on a l'impression qu'on a plein de choses en soi, de colère, de regret, de remords, de honte, et qu'à un moment on n'a pas d'endroit pour le canaliser et l'éjecter à l'extérieur, que ça soit dans la presse, mais ça peut être un acteur sur les planches, il y
a
des tas de manières d'exprimer et de pousser dehors. Et je pense qu'en fait mon rôle politique aujourd'hui, il est essentiellement celui-là. Il est d'aider les gens à pousser dehors ce qu'ils ont en eux.
Vous vous intéressez aussi en tant que député et en tant qu'homme au burn-out ?
Moi j'ai frôlé le burn-out à l'Assemblée Nationale, et je dis que ce n'était pas par la surcharge de travail, je pense que je suis quelqu'un qui travaille beaucoup et qui suis habitué à beaucoup travailler, mais c'était par le côté artificiel du travail, et le fait d'être sur dix trucs en même temps et de jongler, et du coup de ne
plus
être concentré sur une chose et de le faire bien. Et le fait de faire ma proposition de loi sur le burn-out et de l'apporter pendant un mois avec des auditions, avec des tas de choses intéressantes, ça m'a sorti du burn-out juste parce que j'ai eu le sentiment de faire quelque chose de bien jusqu'au bout.
d'utile.
Et
bien on va passer en vue quelques hommes qui ont fait des choses utiles et qui ont exprimé justement les démons qu'ils avaient à l'intérieur. Dans quelques instants, François Ruffin, vous allez convoquer entre autres Capra, La Fesse, Brel, Cavana, La Littérature, La Langue Picarde, Maurice, Crigel, Valrimont, Des Mythes, Des Farces, Victor Hugo et Mathieu Cologan, juste après un titre de Flavien Berger, Hyper Horloge. Remède à la mélancolie sur France Inter, en compagnie de François Ruffin et d'un ange de seconde classe.
Classique de 1946 adapté d'une nouvelle de Philippe Van Dorenstern, La vie est belle de Frank Capra, François Ruffin, je sais que vous avez horreur quand à la radio on passe un long extrait en anglais, comme vous connaissez cette scène par cœur, puisque vous en parlez souvent dans les médias. Je vous laisse la resituer et dire de quoi il s
'agit.
George Bailey est un banquier sympa. James Stewart, oui. Donc un banquier ruiné.
Bien sûr, puisqu'il est
sympa, il est pauvre.
Voilà. Et du coup, ça mène avec des embrouilles avec sa femme. Enfin, il y a tout qui part en sucette dans sa vie. Il est bourré, il prend sa voiture, c'est un soir de Noël et il neige, et il rentre dans un arbre. Et là, il grimpe sur un pont et il décide de se suicider. Et à ce moment-là, il y a un ange qui apparaît dans son dos, mais c'est un ange de deuxième catégorie. Il n'a pas encore ses ailes, parce qu'il n
'a
pas encore sauvé personne. Donc, l'ange surveille George Bailey, le banquier. George Bailey plonge.
Et
qu'est-ce qui se passe ? On s'attend à ce que l'ange vienne sauver. George Bailey l'empêche de plonger. Et qu'est-ce qui fait l'ange à la place ? Il plonge. Et George Bailey, qu'est
-ce
qu'il fait quand il voit ça ? Boum !
Il
saute, il va sauver l'ange. Il ramène l'ange sur le bord et l'ange, il lui dit, mais t'as vu, je t'ai bien sauvé quand même. Et George lui dit,
mais
attends, qu'est-ce que tu racontes ? C'est vraiment n'importe quoi.
T
'es complètement malade. C'est moi qui t'ai sauvé. Et là, George lui dit, non, non, non, non, non, non. C'est moi qui t'ai sauvé en te laissant me sauver.
Et
je trouve que ça, c'est une morale qui est vachement forte. Et moi, c'est quelque chose qui est vrai dans le gros de mon parcours. Par exemple, Merci Patron, les cures, ils me disaient merci. Donc, les ouvriers du nord de la France dont je contribue à sauver la maison dans
Merci Patron, ils
me
disent merci.
Et moi, c'est eux qui m'ont sauvé aussi. Parce que j'étais vraiment pas bien quand je fais Merci Patron, par exemple. D'ailleurs, le temps lors du tournage de la première scène de Merci Patron ressemble au temps dans La vie est belle de Capra. Parce qu'il neige, c'est une des bourrasques dans tous les sens. Et moi, j
'ai
le moral complètement dans les chaussettes. Et à ce moment-là, je dois faire un numéro de comique. Bah oui, je fais un film comique parce que ça va pas, en fait. Et quand les cures me disaient merci, je dis non, c'est vous qui m'avez sauvé. Aussi, aussi, c'est dans les deux sens. Mais je crois vraiment qu'on sauve en sauvant les autres. En s'impliquant, en aidant les autres, en fait, c
'est
soi-même qu
'on
sauve bien souvent.
Mais François Ruffin, le fait de se noyer comme ça dans les autres pour les aider et se sauver par eux, c'est pas aussi une fuite de soi
?
Je suis pas sûr. Moi, je pense que je me suis non sans regarder le nombril et chercher à introspecter ceci, cela. À un moment, plonger dans le monde pour venir chercher dans le monde des éclats de soi-même. Et peut-être se résoudre. Moi, je dis qu'on fait pas de la politique, on fait pas de la presse,
on
fait pas du cinéma par hasard. C'est parce qu'on a quelque chose à résoudre. Bah, si on le résout par le monde, si on avance avec le monde avec lui, sans nier quels moteurs intimes peuvent se mêler aux moteurs publics, je vois pas ce que ça a de gênant, quoi.
Georges Bailey, dans La vie est belle, c'est aussi un héros sacrificiel. Lui, il rêve d'être explorateur. Et puis, comme il doit reprendre les affaires de son père et puis aider tous ces gens, finalement, il va jamais réaliser son rêve.
Moi,
je
pense que, en tout cas, pour ma part, je l
'ai
réalisé bien. Mais j'aime bien James Stewart, en général, il y a toute une série dans les films de Capra où c'est l'homme qui affronte l'institution. Il y a un film où il affronte les médias, un film où il affronte le Sénat. Bon, évidemment, Mr. Smith au Sénat, c'est l'un de mes autres films occultes où on le voit complètement en trance devant l'Assemblée, essayer de convaincre par tous les moyens possibles, récitant l'annuaire, se mettant en branle pour affronter l'institution. Et en fait, pourquoi ? Pour chercher ce qui reste de l'humanité dans le cœur des hommes qu'il a en face de lui. Pour essayer d'éveiller la conscience, éveiller l'humanité qui peut rester.
Vous savez, souvent, moi, je me retrouve à l'Assemblée et j'ai ce sentiment-là. C'est que quand on est à la buvette de l'Assemblée, il y a des hommes. Et quand on se retrouve dans l'hémicycle, ce sont des fonctions. Et c'est comme s'il y avait une carapace, un blindage qui se mettait. Et comment on essaye de faire péter la carapace, de faire péter le blindage et d'aller chercher l'humanité dans nos interlocuteurs en face. Et c'est souvent désespérant quand même.
Justement, c'est la question que
j
'allais vous poser. Vous ne désespérez jamais parce que là, l'humanité, dans la vie est belle, moi, je pleure à chaque fois que je le vois, puisqu'il
y
a cette humanité bouleversante à un moment, cette entraide. D'ailleurs, vous avez aussi cité l'entraide de Pablo Servigne. On va voir si on a le temps d'en dire un petit mot. Elle est quand même assez rare, cette humanité aujourd'hui.
Justement, ce que montre le bouquin de Servigne, c'est l'inverse. C'est qu'on ne se rend pas compte qu'on est dans un océan d'entraide. Mais c'est tellement généralisé que c'est comme la lettre volée d'Edgar Po qui est sous nos yeux. On n'aperçoit pas toute l'entraide qu'il y
a.
Votre invitation, elle fait partie de l'entraide. La personne qui est venue essayer de régler l'horloge désespérément dans votre studio, ça relève de l'entraide. On baigne tellement dans un océan d'entraide qu'on ne s'en aperçoit plus. Pourquoi ? Parce que l'idéologie dominante, elle vient nous répéter concurrence, concurrence, concurrence. Et il y a autre chose qui peut lier les hommes que la concurrence, la compétitivité, la compétition.
Mais vous ne pensez pas que ça demande malgré tout un exercice ? Ce n'est pas l'élan naturel de l'homme d'être dans l'entraide ?
Justement, c'est l'intérêt du magnifique bouquin de Pablo Servigne, L'entraide.
Et Gauthier
Chappelle, L'entraide,
l
'autre loi de la jungle.
C
'est de montrer que ça peut être au contraire un premier réflexe. Le premier réflexe de l'homme peut être d'aller entraider. Et y compris dans les situations les plus catastrophiques, il y
a
un premier réflexe qui est de l'ordre de l'entraide. Après, ce qui ne
va
plus, c'est que quand on est dans un groupe et qu'on voit qu
'il y
en a qui trichent, qui ne jouent pas le jeu du bien commun et du bien public, en fait, ça décourage très vite tous les autres autour de continuer à être dans la coopération, de continuer à être dans l'entraide. Donc ça veut dire qu'il faut une régulation, il faut qu'il
y
ait peut-être des sanctions qui continuent à inciter à l'entraide. Mais je crois qu'il
y
a les deux en l'homme. Je ne
veux
pas dire qu'il n
'y
a qu'une seule chose, mais on a tellement une idéologie dominante, là, qui est exacerbée ces temps-ci, mais qui existe depuis des décennies et peut-être depuis des siècles, qui pose la concurrence, l'homme est un loup pour l'homme, la guerre de tous contre tous, qu'on n'aperçoit plus tout ce qu'il y a d'entraide permanente dans ce qu'on fait dans nos vies.
Ouvrons l'œil. Toujours terriblement pour ceux qui se font avoir, François Ruffin, pour illustrer l'activité qui vous grise, l'un des sketchs que vous affectionnez, c
'est
l'appel en gare de Monaco, un canular téléphonique de Jean-Yves Lafesse. Vous aimez faire des farces. Et dans Merci Patron, vous appelez une comédie documentaire, vous en mettez en scène de savoureuse. Bernard Arnault a du rire comme une banane, j'imagine. Vous bluffez, vous vous déguisez. Vous n'avez jamais peur de vous faire prendre quand vous faites ces farces, ou même de vous attirer les foudres de quelqu'un que ça ne ferait absolument pas rire ?
Bien sûr que j'ai peur. Je veux dire, de toute façon, on risque toujours le ridicule. Moi, c'est quand même l'un des moteurs de ma vie. Vous savez, en France, depuis le XVIIe siècle, il y
a
une séparation entre la comédie et la tragédie. C'est ta Molière et ta Racine. Et tu n
'as
pas le
droit
de mélanger les deux. Et c'est l'originalité de Shakespeare avec Falstaff d'avoir un personnage qui est farcesque et qui vient amener de la comédie au milieu de la tragédie. Et je trouve que c'est ça qui est beau. J'ai passé des années chez Mermet, moi, à faire des canulars téléphoniques, à imiter Bolkelstein, à faire des tas de trucs marrants. Et je dirais que même aujourd'hui, dans ma démarche politique, moi, je perçois le côté fantaisiste et le côté farce. Aller à la tribune et faire des fausses tirades de Cyrano de Bergerac, ou même le coup du maillot de foot à la tribune de l'Assemblée nationale. Les gens, ils y perçoivent du politique.
Et il y a du politique dans le fait de vouloir représenter à la tribune les petits clubs. Ça, c'est évident. Mais il y
a
aussi un côté, bon, ça ne
s
'est jamais fait, on va faire un truc marrant et puis on va passer un beau moment ensemble. Moi, j'ai fantaisie de mettre dans ma vie un petit brin de fantaisie. Youpi, youpi, quoi. Et donc, voilà. La fesse, ce que j'écoute en voiture avec mes gamins, c'est, voilà, les canulars téléphoniques de la fesse, c'est excellent. Et pour moi, il y
a
une part de fantaisie aussi dans le fait d'amener la fesse sur France Inter parce qu'il n'y a pas toujours le droit.
C'est vrai, mais ce n'est pas la
première fois qu'on le fasse dans l'émission. Vous dites, François Ruffin, je redoute de m'engrisailler à l'Assemblée, de m'entrister, de devenir aussi faussement sérieux que les grandes personnes du Petit Prince. Et j'ai fantaisie, de mettre de la fantaisie dans la vie des gens, pas que dans la mienne. En tout cas, vous maîtrisez parfaitement le champ lexical de la mélancolie. Il y a plein d'occurrences dans tout ce que vous écrivez, ça, je l
'ai
déjà dit. Et pour continuer à parler des farces, j'ai vu votre canular le 1er avril 2018 sur BFM TV. Vous étiez reçue par Apolline de Malherbe et vous lui avez affirmé, mais presque au bord des larmes, que vous alliez arrêter votre carrière.
Elle
a mordu à l'hameçon. Enfin, d'ailleurs, tout le monde a mordu à l'hameçon. Et puis, finalement, vous avez déplié un poisson d'avril.
Avec mes enfants, on avait concocté ensemble le poisson.
Vous
aviez l'air convaincu vous-même de ce que vous racontiez.
Vous aviez l'air totalement
ému. C'est tout le côté comédien.
Et
puis tout ça, évidemment, c'est drôle. Mais moi, c'est vrai. Je parlais tout à l'heure de ma jeunesse. Je pense que je me suis ennuyé terriblement. Et l'un de mes moteurs aujourd'hui, c'est de ne pas m'ennuyer dans la vie. De ne pas retomber dans l'ennui de ma jeunesse. Donc voilà. L'un des biais, c'est quand même l'humour et la fantaisie.
Et encore de la fantaisie qui émaille vos antidotes musicaux. François Ruffin.
Sous-titrage Société Radio-Canada Le tube de
Gloria Guénor sorti en 1978 I Will Survive mais en picard par l'aminoin Jean Caron traduction des paroles par le célèbre picardisant Jean-Marie François. François Ruffin, vous êtes né à Calais,
vous
avez grandi à Amiens dans la Somme que vous représentez en tant que député. Est-ce que vous parlez la langue des Hauts-de-France ?
Je peux bien parler à Tchoppe mais je ne
sais
pas mal le truc. C'est pas mal le truc. C
'est une chanson de bravoure
?
Oui,
oui.
Moi je trouve que
c
'est pareil. Il
y a
un aspect fantaisiste et comique dans le fait de reprendre I Will Survive le tube mondial avec le picard. Mais il y
a
un côté chez le picard de toute façon qui est immédiatement comique. Moi quand je dis que je suis pour la grande picardie socialiste immédiatement ça fait rire qu'on va ravaler la Wallonie. Ou bien vous voyez le symbole des Fatales Picards ce que c'était. C'était une betterave. le symbole Corse mais à la place c'était une betterave et avec un bandeau avec marqué en dessous Picardia Independenza. Il y a ce côté ironique permanence. On ne
peut
pas prendre la picardie complètement au sérieux. Et donc il y a un côté ironique qui peut être source d'humour.
Et
comme promis l'un des pistolets les plus fidèles de l'émission.
J'ai fantaisie
de mettre dans notre vie un petit grain de fantaisie Youpi, youpi Allons au cinéma du quartier Ça serait folie de faire les frais d'une entrée Mais nous verrons la sortie Youpi,
youpi C
'est amusant de voir les gens qui en sortant ont l'air si tristes Oh oh oh si tristes Oh oh ce qu'on s'amuse en buvant d'une limonade Oh là là j'en suis malade
1964 J'ai fantaisie Bobby Lapointe l'une des chansons préférées du chanteur dans son propre répertoire puis ça commence évidemment par quelqu'un qui revient d'une usine François Ruffin
Oui mais qui a goût à la vie et qui se laisse pas enfermer sa vie dans l'usine et qui se demande comment il va mettre de la joie à l'intérieur de tout ça quoi
Est
-ce que c'est vrai qu
'à
l'âge de 6-7 ans vous recopiez les paroles des chansons que vous aimiez
?
Oui de Jacques Brel notamment
Jacques
Brel est-ce qu'il est vrai aussi que vous avez gagné un radio-crochet en interprétant a cappella un titre de Jacques Brel
Oui
c'était Jeff
Et
vous dites aussi Mais je suis l'un des plus piteux chanteurs qui existent ma prof de chant elle me met toujours zéro et suite à un rendez-vous parent-prof elle croyait que je le faisais exprès mes parents lui ont dit mais non non c'est pas pour se moquer de vous et du coup elle me mettait un pour ma bonne volonté
Ah c'est sympa ça c'est l'humanité vous voyez Alors dans une interview vous dites je pense que dans ma relation aux femmes à l'amour à l'empathie il y
a
quelque chose qui m'a été livré par Brel et moi j'ai lu une autre interview de Brel qui dit je n'aime pas beaucoup les femmes car elles sont un peu l'ennemi je ne suis pas misogyne mais je me méfie d'elle profondément je me méfie d'elle parce que j'ai horreur de souffrir
Oui bon c'est pas ce qui m'a livré de mieux sans doute Non c'est pas ça que je retiens mais c'est vrai que il y a quelque chose en permanence désespéré chez Brel mais pas seulement dans la relation aux femmes il y
a
une forte présence de la mort par exemple et en même temps
tout
ça débouche toujours sur de l'énergie c'est plein d'énergie c'est noir mais c'est dit avec une telle tonicité parfois même avec une transe il y
a
une transe chez Brel qui fait que le désespoir est clairement dépassé parce que l'énonciation de désespoir faire de la beauté avec du désespoir c'est le dompter quoi
Et
vous n'avez pas choisi quelqu'un d'anodin puisque à 18 ans il travaillait à l'usine d'emballage de son père et puis il a toujours été aussi dans une entraide quand il a déménagé aux îles Marquise avec son avion il aidait les habitants en faisant des allers-retours pour aller chercher des médicaments livrer le courrier une fois par semaine
Oui je pense qu'en même temps c'était quand même un individualiste Brel aussi c'est comment on compose de toute façon comment on fait pour allier individualisme et société il ne
faut
pas les opposer il faut se trouver se demander le chemin qui permet d'interpénétrer les deux mais moi j'aime bien chez Brel le côté réussir sa folie qu'est-ce qu'un fou c'est un homme qui n'a pas réussi sa folie il faut se demander chacun comment on fait pour réussir notre folie
Vous avez choisi François Ruffin un des titres qui vous donnait envie de retourner au combat et pourtant c'est une chanson d'amoureux éperdus c'est Mathilde de Brel
Ma
mère voici le temps venu d'aller prier pour mon salut Mathilde est revenue Bounia tu peux garder ton vin ce soir je boirai mon chagrin Mathilde
est
revenue Toi la Cernande Toi la Maria Vaudrait peut-être mieux changer nos bras Mathilde est revenue Mes amis ne me laissez pas Ce soir je repars au combat Maudite Mathilde Puisque je trouve là Mon cœur ne t'emballe pas C'est comme si tu ne savais pas Que la Mathilde est revenue
Mon
cœur arrête de répéter Qu'elle est plus belle qu'avant l'été La Mathilde qui est revenue Mon cœur arrête de brinqueballer Souviens-toi qu'elle t'a déchiré La Mathilde qui est revenue Mes amis ne me laissez pas Non, dites-moi, dites-moi Qu'ils ne feront pas Maudite Mathilde Puisque je suis là Mes mains restez tranquilles C'est un chien qui nous revient De la ville Mathilde est revenue
Et
vous mes mains ne frappez pas Tout ça ne vous regarde pas Mathilde est revenue Et
vous
mes mains ne tremblez plus Souvenez-vous quand je vous pleurais dessus Mathilde est revenue Vous mes mains ne vous ouvrez pas Vous mes bras ne vous tendez pas Sacré Mathilde Puisque je te vois là Puisque je te vois là
Remède à la mélancolie sur France Inter Toujours en compagnie de François Ruffin qui vient de nous faire entendre Mathilde de Brel Parlons de littérature François Ruffin Vous nous avez écrit que Vous sortiez de la déprime régulière Par elle Et vous citez Austin, Aragon, Calais, Cohen Dostoïevski, Kessler J'ai lu qu'il y avait aussi Vallès, Tolstoy, Steinbeck Avez-vous déjà apprécié un écrivain de droite ?
Oui, par exemple Solzhenitsyn Qui est plutôt un homme de droite Mais le pavillon des cancéreux C'est une merveille Mais je veux dire Ça m'arrive très très régulièrement Je pense qu'en matière de littérature Je ne commence pas par trancher Et me demander à quel camp appartient Par exemple Il est évident que Céline Est l'un des très grands auteurs De ce siècle Et je dirais que J'apprécie ce que j'appelle Les fils de Céline C'est-à
-dire
ceux qui ont Utilisé l'oralité Il y
a
eu des précurseurs de Céline Henri Calais Et ainsi de suite Dans toutes les traditions du roman populiste Qui ont oralisé l'écrit Mais Céline en est quand même Un point marquant Et il y a des fils de Céline
Vous
dites dans le petit livret Qui accompagne le DVD de Merci Patron François Ruffin Qui s'appelle Mon Jérémy Le commissaire Bernard et moi Que vous avez eu Beaucoup de tentatives D'écriture de roman Que vous qualifiez De lourdes et vides d'imagination J'étais un maudit de la fiction Il me fallait le réel Pour me féconder J'en revenais au journalisme Malgré moi Vous n'essaieriez plus La fiction pure
? Si
si j'essaierai toujours Mais honnêtement Je n'y arrive pas C'est mauvais Pourtant Et je m'en veux de plus en plus Parce que maintenant J'ai des centaines d'histoires J'ai des tranches de vie J'ai tout ça dans la tronche Mais dès que ça doit devenir De la fiction C'est mauvais Et en revanche Je prétends que Quand j'en fais De l'écriture du réel Et bien C'est plutôt pas mal Donc Je ne
sais
pas J'y arrive pas
Là
vous avez choisi Pour l'émission Un livre qui est L'écriture du réel Par Cavana Puisque c'est un ouvrage De 1981 Bête et méchant Ça raconte notamment Les débuts d'Arakiri Après le retour difficile De Cavana en France Sans argent Sans relation Un peu le coeur brisé
Ouais J'étais parti Sur un autre extrait Mais c'est pas grave Ah
non mais là Je vous racontais un peu L'intrigue du livre Vous avez changé de livre Ouais c'est pas grave Mais je vous en prie J
'avais repris un autre Cavana J
'aime bien Quand les choses sont inattendues
Je vous en prie François Ruffin
Non non J'ai repris un autre Cavana C'est le Cavana Sur lequel je suis tombé Et qui m'a fait entrer Dans l'oeuvre de Cavana Et qui Quand c'est à
l
'adolescence C'est à un moment On est une pâte à modeler Et qui Une rencontre littéraire Mais qui transforme votre existence Et c
'est
les premières lignes De l'oeil du lapin je crois J'ai eu une enfance merveilleuse Oui toutes les enfances le sont Mais celle-là plus que beaucoup Et je m'en rendais compte Comment dire J'étais heureux Et je me regardais être heureux Je me racontais mon bonheur Je disais à mes copains Les autres petits ritales de ma rue Qu'est-ce qu'on se marre les mecs Qu'est-ce qu'on a comme peau nous autres Les copains en étaient bien d'accord Ils n'y auraient pas pensé tout seuls Eux se contentaient de vivre Et à pleine mâchoire Mais à partir de là Eux aussi se sont regardés être heureux Du coup il était encore plus heureux Je leur faisais le commentaire du match En somme Se regarder vivre et se la raconter C'est là tout le vice littéraire Quand je suis tombé dans l'oeuvre de Cavana Avec l'oralité de son père italien Dont il transcrit les propos Enfin je suis tombé dans l'oeuvre de Cavana Et c'est certain que c'est l'une des rencontres Qui a bouleversé mon existence
François Ruffin là c'était un extrait Qui touchait à l'enfance Et je sais qu'il y
a
un livre Qui compte beaucoup pour vous aussi C'est la belle lurette de Calais Qu'il écrit à 30 ans en 1935 C'est un récit autobiographique Ou qui décrit le Paris ouvrier artisan Des années 30-40 Et puis il décrit la misère Et lui qui est un bébé Qui dort dans un tiroir Par un couple trop jeune et trop pauvre Ouais
mais avec bonheur C'est un homme qui a une capacité au bonheur Quand même Henri Calais Très
pessimiste aussi
Très pessimiste Mais c'est pas un compteur incompatible peut-être En tout cas qui va aller chercher Les bonheurs de l'existence Quand même ou quoi
En
1934
La
France a l'air
Dans
une situation pré-fasciste
Et
les fascistes se manifestent Et essaient de prendre le pouvoir
Il
y a des forces dans l'armée Qui sont candidats C'est sérieux
Et
dans l'ensemble
L
'état d'esprit n'est pas meilleur qu'aujourd'hui
En
février 1934 C'est la première grande manifestation Où se rassemblent les forces syndicales Et où ils vont dans l'autre sens
Et
en 1936 C'est le Fonds populaire
En
deux ans
Non
seulement vous avez Un recul du fascisme
Mais
d'une certaine manière En France Le fascisme est battu
Mai 2006 Votre entretien François Ruffin Avec la grande figure de la résistance Maurice Crigel Valrimont Dans l'abat si j'y suis De Daniel Mermet sur France Inter Où vous avez été reporter Pendant 7 ans Il meurt quelques mois Après l'interview A l'âge de 92 ans Qui est-il
?
Donc c'est l'un des grands dirigeants De la résistance Mais au-delà de ça C'est un homme Qui a été membre du parti communiste A la libération Et qui en a été viré Et je dis toujours Que je l'aime Pour ces deux raisons-là Et qui a eu le courage Bien qu'on était en viré du PC De ne pas aller au parti socialiste Ou autre Alors qu'il aurait été accueilli A bras ouverts Mais parce qu'il pensait Que ce n
'était
pas là Le moteur de l'histoire Qu'il y avait quelque chose De plus à gauche nécessaire Mais au-delà de ça Je veux dire Quand on rencontre Maurice Crégell-Varimont Quand il nous parle Du front populaire De 1934 De comment il a fonctionné Dans la résistance De la libération Et ainsi de suite Vous recevez un héritage Mais c'est un héritage Qui va au-delà de lui C'est Vous sentez en lui L'homme des lumières Vous sentez en lui La révolution Vous sentez en lui Le front populaire Vous sentez en lui Les communards Et vous Quelque part Sur le fil de sa vie Je le prétends Mais il m'appelait Mon copain Et je sais que Sur le fil de sa vie Il passe un relais Comme à un témoin Et qui dit C'est une histoire Dont j'ai mission De prolonger Que le fil ne soit pas coupé Je sais que j'ai ça Comme sa fille m'a offert Son bureau A son décès Je suis vachement J'ai peu de bien Donc je sois content Mais je suis vachement fier D'avoir le bureau De Maurice Crégell-Varimont Et dans mon parcours Moi je fonctionne Avec des repères On peut dire même Parfois des idoles Des modèles Il y avait Cavana Je l
'ai
eu en portrait Dans ma chambre Le portrait de Vias De Cavana J
'ai eu Platini
Jules Vallès Bourdieu J'ai eu des portraits Comme ça Parce que Ce sont Le matin Vous vous réveillez Vous pouvez être découragé Et boum Vous vous dites Il faut que je sois A la hauteur de ça Et
puis ils vous guident Il
paraît que vous vous dites Qu'aurait fait Maurice Crégell A chaque fois C
'est l'un de mes Jumy Rémini Criquette Il y a des moments Où on ne sait pas Quels sont les choix Quels sont les
choix
Quels sont les choix Ça ne
veut pas
dire Que c'est un saint homme Mais enfin quand même Il a été honnête Vis-à-vis de lui-même Et dans son parcours Voilà Et donc C'est quand même un guide Donc vous gardez en mémoire Et vous dites Qu'est-ce qu'il aurait fait A ce moment-là
Je signale que vous avez publié Chez Fakir Édition Ils nous ont dit Vous êtes fou Entretien avec mon héros Maurice Crégell Val-Rimon C'est sorti en 2013 Et on le trouve toujours Victor Hugo Passera à nous saluer Dans un instant Juste après JS Ondara Saying goodbye
La
mélancolie sur France Inter Avec François Ruffin Il est l'heure de lire Quelque chose de beau Sur Duchuman
Tenter
Braver Persister Persévérer Être fidèle à soi-même Prendre corps à corps Le destin Étonner la catastrophe Par le peu de peur Qu'elle nous fait Tantôt affronter La puissance injuste Tantôt insulter La victoire ivre Tenir bon Tenir tête Voilà l'exemple Dont les peuples ont besoin Et la lumière
Citation consolatoire François Ruffin Lue par Laure Grand Besançon Extrait des Misérables De Victor Hugo Paru en 1862 Vous ne vous découragez jamais
?
Là c'est Comment on fait Pour ne pas se décourager ?
Et
là évidemment C'est une citation Qui nous est apparue Dans un moment De grand découragement C'est Une librairie amiens Qui s'appelle La librairie du labyrinthe Et C'est sur sa carte de vœux En janvier 2016 Il me semble Qu'on reçoit ça Et c'est un moment Où le Front National A été au bord des 50% Dans la région Hauts-de-France Et dans tout le coin Chez nous Et donc Où On est Relativement désespérés Politiquement Et en plus On se regarde Le bout de nos chaussures Quand on prend le train C'est les mecs du Front National Qui parlent ensemble En disant J'ai été collé des affiches Ça a l'air de bien prendre la campagne Et tout ça Et nous on regarde Le bout de nos chaussures Dans le train Parce que C'est eux qui sont sur le terrain C'est eux qui y croient Et donc Dans ce moment De découragement Arrive la citation De Victor Hugo Tenter, braver, persister, persévérer Être fidèle à soi-même Affronter la puissance injuste Et ainsi de suite Donc Ça va être L'un de nos moteurs Pendant toute la période qui suit A commencer par un truc Qu'on a appelé Le réveil des betteraves Le réveil des betteraves Ça a été une réponse Par une manifestation A refuser Cette résignation Cet écœurement Et donc Il y
a
eu 2-3 000 personnes Qui ont défilé à Amiens J'avais fait Une mascotte de betterave On a une mascotte de betterave Et j'avais mis En une du journal Fakir On avait mis A la fois Le réveil des betteraves Avec une betterave en colère Et à côté Victor Hugo Et sa citation Et je pense qu'il est rare Que Victor Hugo Aie été Une telle proximité Avec la betterave Ça c'est mon côté farcesque Et tout ça Mais je pense que Dans toute la période Qui s'est ouverte pour nous A ce moment là Ça veut dire Merci patron Nuit debout Et voir l'élection législative C'est une citation Qui a résonné dans nos têtes En se disant Il faut continuer à essayer Même si on pensait Qu'on perdrait Qu'on n'arriverait pas A faire une grosse manif Qu'on n'arriverait pas A ce que Merci patron Prenne dans le pays Qu'on n'arriverait pas A faire un événement public Derrière Qu'on n'arriverait pas A gagner l'élection Moi je pars toujours perdant
C
'est vrai ? Ouais je pars toujours perdant Comme ça j'ai que des bonnes surprises Mais c'est vrai qu'au départ Je n'y crois pas Alors il ne
faut
pas Que je le dise aux gens Autour de moi
Bah non mais il y a juste
Un million et demi de gens Qui vont entendre Que vous n'y croyez
Mais les gens Ils se disent courage Donc du coup Il faut que
j
'apprenne A pas le dire Mais moi je n'y crois pas Mais ça ne m'empêche pas De le faire Et puis en chemin En fait Si on fait quelque chose Et que ça ne marche pas Bah en fait On invente autre chose Ne pas croire qu'on va gagner Moi ça ne
me
dérange pas A faire le chemin Il faut tenter C'est une phrase de Roussevest Qui disait Il faut essayer d'abord Le peuple nous en voudra Pas d'échouer Mais il nous en voudra De ne pas avoir essayé Donc essayons Moi ça ne me décourage pas De me dire que je vais échouer Et
il
y a
Fitzgerald aussi Qui dit Il faudrait savoir Que les choses sont désespérées Mais tenter quand même De les changer
Bah
voilà C'est le même esprit
François Ruffin Dans le numéro de février Et avril 2018 Du journal Fakir Page 3 Il y a les chiottes d'Hugo C'est vous qui écrivez Sur ses écrits politiques Notamment sur un discours Qu'il n'a pas prononcé Qui s'appelle Les caves de Lille A la demande de l'économiste Adolphe Blanqui Qui a publié une enquête Sur les classes ouvrières En 1848 Victor Hugo Avec des médecins Se rend à Lille Puisque les familles Sont entassées Dans des caves insalubres Et il décrit Les toilettes Et il
y
a quand même Cette phrase sublime Qui montre Qu'on ne peut pas Se disputer avec Victor Hugo Il gagne toujours à la fin Il finit par Les plaies saignantes De ce Christ Qu'on appelle le peuple
Oui
mais c'est magnifique Et donc c'est vrai que Bon bah évidemment Compte tenu de ma position A l'Assemblée nationale Je me suis tourné Vers les écrits politiques De Hugo Pour voir ce qu'il
y
avait Et j'ai découvert ce texte Qui est criant de réalisme Je pense que moi Ce qui heurte souvent Dans mon propos à la tribune Et d'ailleurs je me fais siffler Ou chahuter C
'est le réel
Oui le réel C'est l'effraction du réel Ce qui peut faire mal Aujourd'hui C'est l'effraction du réel Dans sa crudité Dans sa crudité Sa cruauté parfois C'est ça qui peut heurter Et c'est pas le lieu Pourquoi ? Parce qu'il y a comme un décalage C'est toujours Cette notion de farcesque Le décalage entre Le côté cérémonial Et là Hugo qui vient d'écrire Les toilettes des gens Quand même très concrètement Il parle de la merde Il le dit pas comme ça Mais c'est comme ça C'est bien de ça Dont il parle Et je pense que L'une des causes Qui fait qu'il n
'a
pas prononcé Ce discours Alors il y a peut-être Des raisons politiques Mais il y a aussi Des raisons qu'il sentait Combien ça allait Heurter l'auditoire Combien ce discours là Par cette effraction Massive du réel Allait heurter l'auditoire On
peut le retrouver Dans ses écrits politiques
Et
on arrive au dernier De vos remèdes François Ruffin C'est un tableau Du peintre et illustrateur Mathieu Collogan Un peu avant la mort Accidentelle du contremaître Comment décririez-vous Cette oeuvre ?
D'abord c'est un tableau Que
j
'ai chez moi En fait On vous l'a donné ?
Non je l'ai acheté C'est l'un des rares tableaux Que j'ai acheté C'est un copain Mathieu Collogan Pour rien cacher Sur nos affinités Et donc C'est un tableau Où on voit Un ouvrier Manifestement au premier plan Qui regarde de travers Un homme derrière Compte tenu du titre Qui est un instant Avant la mort accidentelle Du contremaître On se dit Qu'il va lui arriver Un truc de mal Au gars derrière Et bon en fait Ce tableau Il a par ailleurs une histoire C'est que comme il est chez moi Et qu'il est quand même assez grand On mangeait avec mes enfants devant Ils avaient beaucoup de difficulté à manger Quand ils étaient moms Vraiment c'était une corvée Et tous les jours Je racontais une histoire différente Sur comment Qu'est-ce qui est arrivé Après cet instant là Est-ce que c'est parce que En fait L'ouvrier est couché Avec la femme du contremaître Et tous les jours Et je m'arrêtais Et je faisais Et à ce moment là Et les gamins me demandaient Qu'est-ce qui se passe à ce moment là Maintenant vous avez les trois bouchées Vous aurez la suite Donc voilà
Vous êtes
une chérasade moderne François Ruffin Bah
quand
il faut Alors vous nous avez dit Donc Mathieu Cologan A découvrir Il est aussi dessinateur de presse Et il est l'auteur d'un roman graphique Manif aux éditions A des spots Et François Ruffin Vous nous avez dit Le jour où j'irai vraiment vraiment mal Il me restera deux lieux La bibliothèque municipale d'Amiens Et le chemin de Hallage Le long de la Somme
Oui Bah je pense que Quand je vais à la bibliothèque municipale Il y
a
un truc de calme Et puis il y a des ressources Il y a des gens qui ont pensé Qui fait que T'as des copains en fait T'as des copains dans toutes les années Tu vas dans les C T'as Cavana T'as Camus Enfin bon bah voilà C'est quand même ce qui fait du bien C'est les copains Et je pense que le sport aussi Hier matin avant d'aller à l'Assemblée J'ai été faire mon footing J'ai vu des grues qui décollaient sur la Somme Tu souffles Parce que tu sais que derrière Il va y avoir du combat Il va falloir calmer ses nerfs Les garder Pas péter un câble dans l'hémicycle Parce que sinon c'est les autres qui ont gagné Donc voilà Et le sport Ca a été quand même l'un de mes ressorts Et l'un de mes ressorts de valorisation aussi C'est comment Un homme sur cette terre On lui donne une valeur
Alors là je suis curieuse de deux choses Quel sport François Ruffin faites-vous Pour aller combattre après comme un samouraï Et puis ensuite la valeur d'un homme
Quel sport ? Moi je pratique le football Mais bon voilà j'ai pu faire du tennis Qu'importe Et la course à pied de manière constante
Constante c'est-à
-dire
là pendant qu
'on
parle Vous êtes en train de faire de la
course à pied Non non
non Je veux dire toutes les semaines je cours Et je pense que ça c'est un truc qui m'équilibre quoi De courir et de me décharger Et de revenir avec des idées qui sont un peu flottantes Bon voilà Mais après ça revient à la question du départ Comment un homme trouve sa place Qu'est-ce qu'il valorise Comment on trouve On accorde une valeur à un homme Où est-ce qu'il est valorisé Et bien il
y
a des gamins Tu vois des gamins traînés sous des abribus
Et
bien peut-être que c'est de dire T'es vachement bon en réparation de mobilettes On va t'aider à réparer des mobilettes Peut-être que c'est de dire Mais toi t'es bon en dessin Tu vas faire du dessin On va trouver ça génial Le beau dessin que tu fais Mais peut-être que c'est la reprise de volet Qui fait à l'entraînement le vendredi soir Qui fait qu
'il
va se dire Je suis pas une merde Parce que quand les gens Ils commencent à avoir honte d'eux-mêmes C'est fini Je sais plus si c
'est
la haute-se Enfin c'est un Ou confucius Je sais plus trop Mais c'est connaître sa honte Soutenir sa gloire Oui on a tous des choses Dont on peut être honteux en soi Mais il faut soutenir La part lumineuse qu'on a en nous Et il faut valoriser chez les autres La part lumineuse Pour qu
'ils
s'accrochent à ça Et qu'ils soient pas dans le retournement du stigmate Et en dire Puisqu'on dit que je suis une merde Je vais me transformer en merde Je vais rien faire de ma vie Et ainsi de suite Comment trouver Comment produire le déclic chez les autres Comment allumer quelque chose Par exemple chez des mômes Qui sont en état de résignation
Mais
donc tout cela Ça tourne autour de la reconnaissance
Oui Puisque
tous les êtres humains Aspirent
à
ça Cette reconnaissance même infime
Tout à fait Oui je pense que Oui c'est la question La valeur C'est la valeur Qu'on accorde à l'autre C'est comment on est reconnu Dans un univers social Et
ça on peut pas se la donner à soi Quand on arrive pas à la trouver chez les autres
Je crois que c'est compliqué quand même C
'est ça le problème
Je
crois qu
'il y a une part On peut être convaincu Qu'on a un talent en soi Maintenant D'ailleurs Il y
a
toute une littérature de ça Moi j'étais fan de la littérature des losers Tu vois Je cite Ily Jibo Mais on peut citer Bukowski Il y en a plein Et où en fait Ils font du beau A partir de tout ce qu'ils ont De plus honteux en eux De leur talent Qu'on écrase
Baudelaire L'alchimie Vous êtes bien d'un remède à la mélancolie Merci beaucoup François Ruffin D'être venu dans cette émission
Merci à vous de m'avoir invité surtout
Vos dernières parutions Un député Et son collab chez Big Pharma Avec Cyril Pocréot Aux éditions Fakir Aux arènes Ce pays que tu ne connais pas Et signalons aussi Votre film Je veux du soleil Réalisé avec Gilles Perret On peut également vous suivre Sur votre chaîne Youtube Chers auditeurs La programmation musicale Les remèdes Comme toujours Sur le site de l'émission J'espère que vous êtes aussi rebondissant Qu'un arrosoir céleste Et dans tous les cas Rendez-vous dimanche prochain A 10h Pour la dernière de la saison
Sous
-titrage
Société Radio-Canada
François Ruffin