Eh, M. Roux de Bézieux (MEDEF), vous nous menez dans le mur !
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 80 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15Jean-Luc MélenchonFait
« le seul créateur de richesses était le travail. »
- 1:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« la richesse d'un pays, c'est la quantité de travail produite par un individu, multipliée par le nombre des personnes qui travaillent »
- 4:00Jean-Luc MélenchonFait
« sous Macron ils ont permis que cette première heure supplémentaire ne vaille que 10% de plus que la 35e. »
- 5:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« la productivité des travailleurs français est la plus élevée d'Europe »
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Bonjour, j'ai l'intention de répondre à quelqu'un que je prends très au sérieux, qui est le patron du Medef, monsieur Roux de Bézieux, qui a fait un discours dans lequel il a développé ses vues sur ce qu'il y a lieu de faire aujourd'hui. Je prends le personnage au sérieux parce qu'il l'est, et quand je lis ses interviews, quand je lis ses textes, je vois qu'on a affaire à quelqu'un qui a une pensée globale, avec laquelle je ne suis pas d'accord, comme lui n'est pas d'accord avec la mienne, mais au moins ça permet l'échange, l'argumentation, ce n'est pas juste des jérémiades sur les impôts et les charges sociales ce qui est le disque rayé du patronat depuis 45 ans. Je ne me rappelle pas une période où ils aient arrêté, mais c'est pour ça que je dis 45 ans pour vous faire un paquet quoi !
Voilà, alors monsieur Roux de Bézieux est intervenu sur la manière de sortir, pour les Français, de la difficulté dans laquelle est leur économie dans l'ensemble. Et monsieur Roux de Bézieux a déjà dit une chose au moins qui m'importe, il a dit que le seul créateur de richesses était le travail. Bon, c'est bien, pour le patron du Medef de dire un truc pareil, bon ils ne nous saoulent plus avec le capital et je sais quoi parce que le capital, il en faut, eux le présentent comme du travail accumulé mais ce n'est pas que du travail accumulé.
C'est de l'accumulation pour certains et le reste pour les autres. Donc le capital ne produit rien, ce qui produit c'est le travail humain avec l'aide des machines qui elles-mêmes forment une partie du capital, mais c'est le travail humain, vous mettez une machine, elle ne produit rien toute seule, même si vous mettez un robot, il faut le fabriquer le robot, donc de toute façon il y a un moment ou un autre où il y a le travail humain. Alors que dit monsieur Roux de Bézieux ?
Avec quoi je suis en désaccord absolu, il dit la chose suivante : "J'ai ouvert le débat sur le temps de travail au niveau de l'entreprise", ça c'est son texte, "travailler plus, que n'avais-je pas dit, au pays des 35 heures ! " Bon, c'est gentil de rappeler qu'on est le pays des 35 heures mais depuis que les 35 heures ont été adoptées par le gouvernement de Lionel Jospin, par l'Assemblée nationale sous le gouvernement de Lionel Jospin, ils se sont arrangés pour en détricoter complètement le contenu, quand vous dites "35 heures c'est la durée légale du travail", d'accord mais personne ne travaille 35 heures dans ce pays, la moyenne c'est encore les 39 heures. Bon alors, et pourquoi ?
Ben parce qu'il n'y a aucune raison que ça ralentisse cette extension du temps de travail, salarié, parce que le temps de travail ce n'est pas que le travail salarié, il y a tout ce que vous faites chez vous, c'est aussi du travail. Pourquoi les 35 heures sont devenues très… comment dire… c'est une évocation quoi ! Parce que la 36e heure, pour qu'il y ait 35 heures, il faut que la 36e heure, première heure supplémentaire, PAM ! elle coûte plus cher.
Mais progressivement ils ont rabaissé ça, ils l'ont rabaissé rabaissé et sous Macron ils ont permis que cette première heure supplémentaire ne vaille que 10% de plus que la 35e. Bon, à ce tarif-là on n'embauche pas quelqu'un de plus, on fait travailler le même le plus longtemps possible. Donc quand on parle du pays des 35 heures, il faut se souvenir qu'on ne parle plus de 35 heures réellement travaillées par les gens, parce que c'est ça qu'ils essayent de faire croire, qu'on se la coule douce, que personne ne fout rien dans ce pays.
Non, c'est pas vrai, d'abord personne ne fait 35 heures et deuxièmement… ben si il y en a qui le font mais… deuxièmement, ces 35 heures sont dans la loi, il faut qu'elles y restent hein, mais d'une manière plutôt indicative que réelle. Après il dit : "depuis j'ai cru entendre certains responsables politiques parler de travailler davantage". Alors, ça c'est pas mal comme il s'y prend, parce qu'il dit : "j'ai cru entendre certains responsables politiques" il ne s'agit pas de moi hein, il s'agit de la droite qui, eux, veulent travailler davantage.
C'est pas mal parce qu'il fait comme si c'est pas lui qui posait le problème, donc si il y a des gens qui veulent vous faire travailler plus, vous savez à qui vous adresser, c'est directement à la droite, les Républicains tout ça, et aux macronistes, c'est eux qui veulent faire suer le burnous. Lui, Roux de Bézieux, tranquille il dit : "Ah ben moi je… Puisque vous en parlez, parlons-en ! " Et il dit "travailler plus, travailler davantage, je pense qu'il faudra rouvrir le débat, notamment quand on arrivera au moment des retraites".
Ah ah ! donc la question des retraites c'est pour faire travailler les gens plus longtemps, pas davantage dans le mois, dans la semaine, dans l'année… plus longtemps ! Et pour quoi faire s'il vous plaît ?
Quel est l'intérêt de faire travailler des gens plus longtemps dans la vie ? Alors on se pose la question parce que nous, on vous répondrait : "on voit bien l'intérêt de ne pas le faire", parce que si vous obligez les gens à rester au travail, à cause de l'âge de la retraite, plus longtemps, vous les mettez pas au travail, ils sont au chômage et ils sont de plus en plus au chômage donc tout ce que ça fait, c'est créer une charge pour la société pour indemniser le chômage de ces personnes et puis pour la société, vue comme une communauté humaine, ben c'est des gens qui n'ont plus de paye à la fin, puis à un moment donné, c'est "fin de droit", donc ils sont jetés dans la pauvreté et dans le néant social. Donc monsieur de Bézieux devrait y réfléchir et répondre à cette question.
Lui aussi, on peut penser qu'il a des parents, des gosses etc., c'est sûr il a une famille comme nous, donc qu'est-ce qu'on fait de tout ce monde-là ? On leur dit "ben écoutez, débrouillez-vous, mourrez, c'est plus notre affaire" non, on ne peut pas !
Donc monsieur de Bézieux, il faut que vous compreniez que quand on s'occupe de gouverner un pays, on est obligé de se poser ce genre de questions, on ne peut pas le limiter à : "le temps de travail productif, c'est le seul qui compte dans la vie et tout le reste ça ne compte pas". D'autant qu'après ça vous avez dit quelque chose monsieur, qui n'est pas vrai, vous avez dit : "je le dis très simplement ici" écoutez bien les gens, "la richesse d'un pays, c'est la quantité de travail produite par un individu, multipliée par le nombre des personnes qui travaillent", la richesse d'un pays c'est le travail (le travail produit, la quantité de travail) par une personne multiplié par le nombre de personnes. Et il dit monsieur de Bézieux, : "tout le reste c'est de l'i-dé-o-lo-gie".
Ah ah, non, c'est ce que vous racontez là qui est de l'idéologie parce que ce n'est pas vrai, la richesse d'un pays ce n'est pas la quantité de travail faite par quelqu'un c'est la quantité de richesses qui ont été produites. Et cette quantité de richesse ne dépend pas du nombre d'heures que travaille chaque personne, parce que sinon le pays le plus riche d'Europe ça devrait être la Roumanie, parce que c'est là bas que les gens travaillent le plus longtemps ou sinon la Bulgarie. Donc je me permets de faire respectueusement remarquer, monsieur le patron des patrons que le travail sans machine produit moins de richesses pour le pays que le travail avec des machines et que des machines de très bonne qualité produisent plus de richesses que des machines de mauvaise qualité, et un travailleur bien formé et en bonne santé produit plus qu'un travailleur qui ne sait pas faire marcher la machine et qui est malade.
Autrement dit, la vraie richesse d'un pays dépend de la bonne santé et de la qualité du travail qui est mis en œuvre, c'est la raison pour laquelle aujourd'hui la productivité des travailleurs français est la plus élevée d'Europe c'est eux qui bossent le mieux et c'est pas grâce à vous parce qu'ils bossent le mieux parce qu'ils sont formés, à l'école publique, ça c'est les impôts et tous les trucs qui font pleurer les grands patrons d'habitude, c'est des impôts, c'est des charges comme ils disent, d'accord ? C'est ça et deuxièmement c'est les machines et les machines ce n'est pas vous, pourquoi ? Parce qu'au cours des dix dernières années, vous avez augmenté, vous les patrons, vous les fonds de pension et tout ça, vous avez augmenté la part distribuée aux actionnaires de 70%, mais les investissements pour acheter des machines tout ça vous les avez réduit de 5%, autrement dit la vraie richesse d'un pays c'est vous qui la détruisez, parce que vous mettez pas assez de machines pour bien produire, parce que vous maltraitez les gens, qui sont malades, parce que vous sabotez leur école, parce que vous ne voulez pas payer les services publics, et parce que enfin, vous raconter des trucs qui ne correspondent pas à la réalité.
Donc, je pense que ceux qui ont écouté ça, alors je vais relever tout de suite parce que je connais la musique, on va entendre ça maintenant partout, les mêmes vont prendre un air très inspiré, vous savez l'avantage d'avoir mon âge, c'est que j'en ai tellement vu défiler des dirigeants qui racontent n'importe quoi que ça me fait rire maintenant. Par exemple je me rappelle des années qui disaient : (ton pontifiant) "les bénéfices d'aujourd'hui ce sont les investissements de demain qui donneront les emplois d'après demain". Il y a jamais autant de chômage !
Les bénéfices vous avez goinfré ça, tout est parti dans la sphère financière rien ne reste pour la production, c'est un bobard, et ça a duré des années. Il y en a une autre bien bonne, tiens, que je vais vous refaire c'est : "avant de distribuer la richesse il faut la produire". Ben oui, c'est le cas ; elle est produite, non ?
Vous n'êtes pas en train de nous dire qu'on produit plus rien. Donc on produit, on doit distribuer de la richesse autrement parce qu'elle est déjà produite et que vous prenez la plus grosse part, donc si vous en donner une part plus importante aux gens, devinez ce qu'ils vont faire, deviner ce qu'ils vont faire. Est-ce qu'ils vont aller courir acheter des actions, de l'or, je ne sais pas quoi ?
Non, ils vont aller acheter des choses pour la vie de tous les jours, et vous savez ce qu'ils font là ? Ils suivent vos consignes c'est vous qui leur avez dit : " il faut consommer". Eh beh, très bien ils sont d'accord, donnez les sous.
Macron leur a dit pareil, "il faut consommer" parfait, on va consommer, donnez-nous les sous. Donc moi, monsieur de Bézieux, je pense que là vous n'avez pas marqué un point avec moi, même on peut dire que c'est moi qui marque le point en ce moment. Alors comme quand même vous, vous êtes plus malin que les autres, parce que vous dites : "donc le débat "travailler davantage", nous l'aurons au moment des retraites." Vous avez prévu qu'il y aura un débat sur les retraites vous ?
Vous savez comme moi qu'il n'y en aura pas, d'accord, donc j'en déduis que c'est pas votre urgence, cette histoire de temps de travail, de retraite et du reste et vous n'avez pas tort parce que c'est vraiment perdre son temps de se lancer dans une histoire pareille aujourd'hui. Alors vous dites : "pas maintenant, la priorité c'est la relance". Banco ça me va, la priorité c'est la relance, comment on fait, comment on l'organise, où on met les sous pour faire quelque chose qui ait du sens ?
Que ce ne soit pas de l'argent jeté par les fenêtres comme ça, des aides de l'État par ci, par là, de tous les côtés, des impôts au moins encore, il a inventé ça monsieur Castex ! C'est même pas original et ça marche pas ça fait… ça dure depuis une éternité, mieux vaut qu'il y ait les sous qui rentrent dans la caisse puis qu'on les mette au bon endroit, à développer des productions, par exemple dans le textile, monsieur de Bézieux, on a parlé de ça un moment donné parce que c'est vrai qu'il y a des patrons qui se sont auto-organisés, à un moment donné pendant la crise, pour produire des masques. Bon, si vous étiez tombé sur moi pour gouverner le pays, je n'aurais pas attendu que vous vous y mettiez, d'abord ce n'est pas non plus fabuleux le résultat, je préfère le dire, c'est bien, c'est bien que ça ait été fait mais ce n'est pas fabuleux.
On aurait réquisitionné et évidemment que les patrons auraient été d'accord pour faire ça, donc moi j'ai pas de doute… Alors je termine parce qu'il faut pas que ça dure deux heures ce truc. Alors après, qu'est ce que vous dites ? Et vous dites : "pas non plus en 2022", donc on en déduit qu'il va falloir parler du temps de travail avant 2022, il vaut mieux pour vous parce que celui qui est là il a la même vision que vous, monsieur Macron, donc si vous essayez de faire travailler le gens 70 heures, comme lui il est plutôt du côté de la finance, il s'en fout hein, il ne comprend pas de quoi il s'agit, il sera d'accord avec vous.
Mais alors attendez ! Là c'est le mieux, monsieur de Bézieux, et là je suis très fâché parce que vous dites : "nos amis européens", vous gagneriez à nous dire lesquels, "les fourmis généreuses de l'Europe du Nord qui ont contribué au plan européen, nous demanderons des comptes sur les réformes" Alors là monsieur de Bézieux, je ne sais pas qui vous prépare vos fiches mais là, vous n'êtes pas au courant, parce que les fourmis généreuses il n'y en a pas ! Les pays qu'on appelle frugaux, pour pas dire radins, égoïstes et en plus voyous, parce que c'est des pays qui accueillent les multinationales de nos pays pour qu'elles payent moins d'impôts chez eux.
Donc ils ramassent eux, en impôts, des sous qui devraient être chez nous. Alors vous osez appeler ça des "fourmis généreuses" ? Mais c'est une bande de radins qui nous a fait les poches et comme monsieur Macron a négocié n'importe comment, le résultat c'est que eux tous vont moins contribuer au budget demain qu'avant.
C'est ça que vous appelez fourmis généreuses ? Ils vont payer moins mais ils vont recevoir autant. Par conséquent on ne peut surtout pas appeler ça des fourmis généreuses, on peut appeler ça une bande de détrousseurs, de coupeurs de route, voilà !
Non non non, donc vous vous trompez complètement, quant à savoir s'ils vont nous demander des comptes sur les réformes, écoutez-moi bien, peut-être qu'ils vont en demander à vous ou à d'autres, mais à moi ils ne sont pas près de le faire, parce que je ne vois pas pourquoi on rendraient des comptes aux Hollandais et je ne sais pas qui, qui viendraient voir comment les français s'y prennent. On fait comme on veut et c'est grâce à ça qu'on est devenu une grande puissance et j'y ajoute : pas grâce à vous ! Parce que vous avez laissé se désindustrialiser le pays, je ne dis pas vous, monsieur Roux de Bézieux mais le Medef, vos prédécesseurs et tout ça là.
Voilà, vous croyez que j'ai oublié moi, avec mon âge je ne peux pas oublier, monsieur Tchuruk qui était "LE grand homme" du patronat français et qui disait : "Notre rêve ce sont des entreprises sans usine, avec un carnet de commandes et une licence". Cette pagaille vous en êtes responsable, vous et les dirigeants néolibéraux depuis maintenant plus de trente ans, et maintenant il faut qu'on change tout ça. Alors j'espère bien que le moment venu, vous donnerez le coup de main quand même pour qu'on y arrive – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -
Jean-Luc Mélenchon