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Audition parlementaireAssemblée nationale (sur YouTube)· 20 mai 2026 119 minActualité / polémiqueImmigration & asileSécuritéJusticeEurope & international

🔴 Une géographe et un journaliste-documentariste devant la commission d'enquête

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 19 %Attaque 34 %Défensif 43 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 86 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:00OuverteRéponse partielle

    Combien de temps en moyenne un migrant passe-t-il sur les côtes avant de traverser ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que la jungle correspond à un campement informel actuel ?

  • 5:00OuverteRéponse directe

    Quel est le prix moyen d'une traversée vers le Royaume-Uni ?

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Comment les passeurs recrutent-ils les barreurs des bateaux ?

  • 7:00OuverteRéponse directe

    Avez-vous eu des difficultés à obtenir des données sur les interceptions ?

  • 8:00RelanceRéponse directe

    Les accords du Touquet désignent-ils le littoral comme espace de contrôle migratoire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:00Julien GoudichotFait
    « Depuis 2015, l'état sanitaire des camps il a pas beaucoup changé. L'insalibrité y est toujours présente. »
  • 7:00Julien GoudichotFait
    « Les démantellements se succèdent et se ressemblent depuis 10 ans que que je peux les observer. »
  • 9:00Julien GoudichotFait
    « Les personnes sont réveillées au petit matin, plusieurs fois par semaine et forcé de quitter les lieux. »
  • 11:00Julien GoudichotFait
    « Ce que je peux dire c'est que depuis 2015 l'état sanitaire des camps il a pas beaucoup changé. »
  • 21:00Julien GoudichotFait
    « On est passé d'une organisation relativement artisanale à une forme d'industrialisation du passage clandestin. »
  • 25:00Julien GoudichotFait
    « Les violences sexuelles sont véritablement présentes et installées et très violentes quand on accepte de faire le témoignage. »
  • 45:00Camille MartelFait
    « Mon travail de thèse porte sur la production de frontières qui survient en réponse au phénomène de maritimisation des migrations dans le détroit du pas de Calais sur la période de 2016 à 2024. »
  • 0:00Fait
    « les réseaux de passeurs pouvaient faire de la publicité sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

dans dans quelques minutes. Et nous allons donc débuter par le témoignage de monsieur Julien Goudichotud et je me dois de vous présent de vous préciser pardon monsieur Goudichot que cette audition est retransmise sur le site de l'Assemblée, elle est ouverte à la presse et que l'article 6 de l'ordonnance du 17 novembre 1958 relative à l'organisation de nos assemblées parlementaires impose que les personnes qui sont auditionnées est dans le cadre d'une commission d'enquête et bien se doivent de prêter serment de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Et donc pour cela, je vais vous demander d'allumer votre micro, de lever la main droite et de dire "Je le jure".

Je le jure. Je vous remercie et donc je vous cède tout de suite la parole pour un propinaire après lequel je poserai quelques questions et je transmettrai la parole à madame la rapporteur qui aura sûrement beaucoup de questions à vous poser. Euh tout d'abord, je vous remercie de me donner la parole aujourd'hui.

Donc pour faire une petite présentation, je suis journaliste indépendant. Depuis 2015, j'ai consacré une grande partie de mon travail à la réalisation de plusieurs enquêtes dans le Nordp Calé pour diverses chaînes de télévision française et étrangère ainsi qu'à la rédaction d'un ouvrage plus récemment donc en 2023. Ce que je peux dire c'est que depuis 2015 l'état sanitaire des camps il a pas beaucoup changé.

L'insalibrité y est toujours présente. L'accès à l'eau et la nourriture, ça reste compliqué voire même entravé de temps en temps. Les démantellements se succèdent et se ressemblent depuis 10 ans que que je peux les observer.

Les personnes sont réveillées au petit matin, plusieurs fois par semaine et forcé de quitter les lieux. En réalité, ça se traduit par un simple mouvement de quelques mètres pendant quelques heures avant que ces personnes reviennent s'installer. Il arrive que les tentes, les duvet, parfois même leurs effets personnels ou leurs papiers soient confisqués finissent dans une bene.

Cette stratégie que je considère un peu comme une tentative d'épuisement ce que c'est ce que j'ai pu observer, elle a pas porté ses fruits. Aussi intense soit-elle en disant quand on regarde le chiffre du nombre de passages, c'est quand même assez parlant. Euh j'ai pu constater que même elle avait pour effet inverse de motiver davantage les personnes à traverser cette mer au plus vite pour quitter cet endroit et même prendre encore plus de risque.

Euh ils appellent parfois la jungle de calé l'enfer sur terre. Plusieurs fois ils m'ont dit en premier Julien sur la route c'était la Libye le pire en deuxème c'était Calé. Bon, je pense c'est les songeur.

Je je ferai pas de comparaison entre la libé parce qu'il n'y en a pas vu l'enfer que vivent les personnes là-bas. Mais ça laisse sonur. Euh pour que lore ce chapitre des démantellements, je garde quand même le souvenir d'une bande de h soudanés que j'ai filmé un soir.

Euh ils avaient été démantelés le le matin même pour la deuxè ou troisème fois de la semaine. Cette fois-ci, on leur avait pris leur duvet, leurs tentes, leurs effets personnels. Ils avaient plus que la simple tenue qu'il qu'il portaiit sur eux.

Ils avaient prévu de partir. Donc ça accéléré un petit peu les choses. On s'est retrouvé à Boulogne sur Mer.

Ils avaient une embarcation qu'ils avaient caché, un moteur qu'ils avaient enterré. Quand on est arrivé sur place, l'embarcation avait disparu. Le moteur avait disparu aussi, vraisemblablement découvert par les autorités.

Et ils ont commencé à se concerter. Et en se concertant, ils se sont dit plus jamais on va pas retourner dans la jungle. C'est pas possible.

On a plus rien. On ne retournera pas dans la jungle. Ça fait trois fois que la police vient nous voir cette semaine.

Ce soir, on part. Ils se sont mis à creuser à se creuser la tête et au bout d'une demi-heure, ils ont aperçu un pédalo dans une enceinte nautique à Boulogne sur Mer. Ils ont décidé d'aller aller piquer ce pédalo et ils se sont jetés en mer à 8 sur ce pédalo.

La moitié des jeunes étaient mineurs. Ils ont disparu dans le noir. Évidemment, ils ont chaviré au bout de quelques heures.

Le pédalo a coulé. Ils se sont raccrochés à ce bout de plastique comme il le pouvait et Dieu merci, ils ont été secourus par les les les autorités parce que heureusement notre manche est quand même bien gardée et bien surveillée. Mais la motivation première de leur départ à bord de ce pédalo, c'était de ne plus revenir dans cette jungle où vous avez été démantelés 3 jours consécutivement.

Pour revenir à mon travail, depuis près de 10 ans, il se concentre sur les routes migratoires du nordpalé et particulièrement sur les traversées clandestines de la Manche, leurs évolutions, les réseaux de passeurs qui les organisent, mais aussi les conséquences humaines, territoriales et sécuritaires qu'elles produisent. Qu'est-ce qui se joue derrière ces traversées ? les logiques d'exil, les stratégies des réseaux criminels, les mécanismes de passage, les réponses policières, mais également les trajectoires humaines des migrants eux-mêmes.

Pour ce faire, j'ai rencontré beaucoup d'acteurs de ces filières criminelles spécialisés dans le trafic humain et j'ai décidé d'embarquer avec une cinquantaine de passagers dans l'une de de dans l'un de ces canaux pneumatiques pour documenter de l'intérieur. Ce que j'ai observé au fil des années, c'est une transformation extrêmement rapide et profonde de cette frontière. Lorsque j'ai commencé à travailler sur le sujet, les tentatives de passage vers l'Angleterre, ça se faisait par voie terrestre.

D'abord les camions qui étaient sur des parkings d'autoroute, le port de Calé, ensuite le site SNCF qui était pris d'assaut toutes les nuits et puis les feries. Les réseaux essayaient alors de franchir une frontière physique et industrielle. Mais progressivement, tous ces espaces se sont sécurisés, ils se sont fermés et avec le temps, les dispositifs de surveillance se sont multipliés.

Donc les caméras, les grillages, les murs bétonnés comme on a pu le voir et les sites sont devenus de véritables forteresses. La ville, elle ressemble vraiment par endroit une espèce de courte promenade de prison. Parfois, on se promène, on se sent un petit peu oppressé sur l'autoroute.

Je pense à ces immenses murs bétonnés et guéris qui me font penser un peu au mur que j'ai pu voir en 6 Jourdanie. assez étrange. Euh ce que j'ai pu voir, c'est qu'à chaque fois qu'un espace devenait plus difficile d'accès, les stratégies en fait, elles se déplacent ailleurs.

La concentration, elle se porte sur notre un autre endroit. Et c'est ça véritablement le problème qu'il faut regarder en tête à calé. On ne résout pas un problème depuis 20 ans mais on le déplace, on le réinvente.

Chaque forme de passage se réinvente. Chaque forme de passage se déplace. Et c'est donc dans ce contexte que sont apparu les traversées clandestines que nous connaissons aujourd'hui.

Au départ, ça paraissait inimaginable. L'idée que des centaines de personnes traversent la manche à bord d'embarcation, ça semblait irréaliste et puis ça s'est installé progressivement jusqu'à devenir véritablement une banalité aujourd'hui du paysage frontalier. Le bateau en fait, c'est devenu une forme de camion jetable.

Euh au départ, c'était des camions qui étaient aménagés. Il faut aménager un camion. un camion, il était précieux pour ses réseaux de passeur.

Le camion, il passe, on le suit, il va en Angleterre, il revient, il faut lui donner une bonne raison de traverser cette frontière. Euh il faut que il a une marchandise. Donc le camion, il est précieux, il fait des mouvements, il faut qu'il ait une excuse pour passer d'un côté et dans le finalement c'est un le bateau, c'est un camion jetable.

On le met à l'eau, il traverse, on le jette à la poubelle et puis il a convoyé des personnes. Donc on se euh ça a un coût économique mais c'est beaucoup plus rentable. Et puis de toute façon, un camion ça peut être arrêté.

On arrête les passagers, on les descend, on les ramène. La traversée est est annulée. Le bateau c'est pas annulé.

Une fois qu'il a l'eau et qu'il part, il traverse et puis on ira jusqu'au bout. [raclement de gorge] Euh et donc c'est l'une des grandes spécificités cités de cette frontière maritime puisqu'elle place en permanence les autorités dans une tension entre logique de contrôle et impératif de préservation de la vie humaine. Euh quand une embarcation transport 60 ou 70 personnes navigas de l'eau, un simple mouvement de panique et ça peut provoquer un naufrage.

Aujourd'hui, on parle beaucoup d'interpellation en mer. Alors, s'il s'agit d'interpeller un taxibot dans lequel il y a 5 personnes qui remontent la côte pendant plusieurs heures avant d'aller chercher les 60 qui attendent sur une plage, bon, je peux l'entendre bien que ce ne soit pas une situation sans risque, mais si ce qui est envisagé, c'est d'interpeller des embarcations remplies de 60 ou 70 personnes en pleine mer, alors là, on aura un problème majeur parce que là, il y aura des naufrages. Euh je pense que c'est important de regarder ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée parce que c'est des pratiques qui sont mise en place et je pense à la Tunisie sur laquelle j'ai enquêté l'année dernière avec mon collègue David Matéi où là-bas il pratique les interpellations en mer.

Bon ben effectivement le taux d'arrivée en Italie, il a considérablement baissé voire chuté mais par contre il y a un prix à payer et le prix à payer c'est des centaines à minimat voire des milliers de personnes qui sont mortes parce que les personnes qui sont dans ces bateaux elles ne veulent pas s'arrêter elles continuent leur route et quand elles croisent des autorités elles disent "Non, non, on ne s'arrête pas." Elles continue, elle fonce et donc les autorités sont obligées de venir au contact de ces bateaux, voir de venir les bousculer pour les contraindre à s'arrêter. Et donc quand on a des embarcations remplies comme ça, ben ça donne lieu à à un naufrage.

Je me souviens du témoignage d'un policier que j'avais croisé en en 2019 euh qui me parle de ces traversées et qui me dit euh voilà donc c'est c'est le début en 2019 où les bateaux commencent à partir un peu. des petits zodiaques qui sont remplis déjà trop et qui me dit les premières interpellations, les interceptions mè on s'est approché du bateau, on a barré la route, on les a arrêté, les gens ont été plutôt coopératifs, on les a intercepté comme on intercepterait une un bateau de de narcotraafiquant et il me dit au bout d'un mois, on s'approche de d'une embarcation et là les passagers enlèvent leur gilets de sauvetage et les jettent à l'eau. il commence à prendre les enfants, les mettre à cheval sur les boudins et dire "On a des enfants, on a des enfants.

Si vous nous barrez la route, on va chavirer, on va tomber à l'eau et on s'arrêtera pas." Et donc là tout de suite, c'est une autre logique qui s'est posée euh à ces policiers. C'est c'est une situation qu'il ne connaissaient pas.

Donc ils sont restés un petit peu éberlués et puis ils ont laissé passer ces embarcations. C'est ce qui arrivera demain quand on va vouloir arrêter des embarcations qui seront pleines en route vers le Royaume-Uni. Euh je me souviens euh dans l'embarcation dans laquelle je me suis retrouvé, les gens étaient formels.

On ne s'arrêtera pas. On ne reviendra pas Calé, on ne reviendra pas d'un Kerk. On ne reviendra pas dans cet enfer.

On ira de l'autre côté quitte à y la à y laisser la vie. C'est juste juste des propos que je rapporte, hein. Euh d'ailleurs dans l'embarcation, on scrutait tous les autres bateaux qu'il y avait autour de nous.

Est-ce qu'il est anglais ? Est-ce qu'il est français ? S'il est français, on ne veut rien avoir à faire avec lui.

S'il est anglais, on continue. Quand l'hélicoptère nous survolait, c'est un hélicoptère français. L'ord été donné : "Ne levez pas les bras.

Ne levez pas les bras. On continue de naviguer. Il ne faut pas qu'il vienne secourir nous secourir." Donc il y a il y a une un choc enfin une confrontation qui qui a lieu en mer et qui rend ces interceptions difficiles à mon sens.

On sent que l'on arrive un jour à un drame. Voilà. Euh ce que j'ai pu euh observer exalement, c'est que plus on sécurise notre littoral, plus les départs s'éloignent.

Euh encore une fois, si on compare avec ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée, il est très facile de voir que pendant un temps, par exemple au Maroc, les les traversées avaient lieu à Tanger à une distance des côtes qui étaient raisonnables. Plus on a fermé, plus les réseaux se sont déportés sur la côte allant dans d'autres régions distantes de centaines de kilomètres en Mauritanie, plus récemment vers les Canaries. Les modèles de bateau qu'ils utilisent, ils sont sensiblement identiques au modèle de bateau que l'on retrouve dans le nord et ce sont des zodiaques qui font plusieurs centaines de kilomètres avant d'arriver en Europe.

Pourquoi ça n'arriverait pas chez nous ? Moi, je pense que ça va arriver. Euh aujourd'hui, les taxibotes, ils partent depuis la Normandie.

Il y a quelques semaines, les Taxibotes, ils sont partis depuis Diep ou Petito, je sais pas, une ville un peu avant. Le temps qu'il remonte toute cette côte, le taxibot, ça équival à une bonne centaine de kilomètres avant qu'il récupère les passagers. Une fois qu'il a récupérer les passagers, il en fait 30 ou 40 de plus.

On est déjà à 150 km fait par ce Taxibot. Demain, si on trouve une solution, qu'on intercepte les taxibotes et que l'on vient mettre un bâton dans les roues de ce système, euh les passeurs vont tout simplement se dire "Bon ben, puisque les taxibotes ça ne suffit plus, on va traverser directement les côtes de la France distantes de l'Angleterre au maximum depuis la Bretagne, ça fait même pas 200 km. Je pense que plus on sécurise un endroit, plus les départs vont s'écarter.

C'est ce qui est en train d'arriver et on va avoir lieu euh ils vont avoir lieu des traversées qui s'opèrent de la pu la France, la Bretagne, la Normandie avec des trajectoires qui feront un tout droit vers l'Angleterre parce que bon les eaux anglaises ont y est au bout de 100 km. Euh la logistique, elle est euh moindre hein pour ce changement de stratégie hein. C'est quelques bidons d'essence en plus, quelques passagers en moins.

Pour le l'argent que ça rapporte et le les bénéfices qui sont engrangés par ces réseaux, croyez-moi, on on va y arriver si jamais euh si jamais euh c'est les taxibotes sont interceptés. Euh ce que j'ai pu observer au fil des années, c'est la transformation également extrêmement rapide de ces réseaux de passeur. On est passé d'une organisation relativement artisanale à une forme d'industrialisation du passage clandestin.

Avant organiser une traversée, ça demandait une logistique qui était quand même qui était quand même ennuyeuse. Il fallait euh se fournir de l'essence, fallait avoir un moyen de locomotion, fallait aller acheter un bateau à quelqu'un sur le Boncoin, parler en français, anglais pour acheter le zodiaque du papi qui a fini de pêcher, qui l'a mis en vente. Euh il fallait possiblement disposer de papiers pour pouvoir circuler, acheter une voiture.

Donc en 2018-29, je me rappelle de ces groupes de de de d'exilés qui s'organisaient par eux-mêmes dans la jungle. Et c'était un petit peu euh le casque de la Banque de France hein pour eux. Ça mettait 2 mois 3 mois pour arriver avir la voiture, à cheminer le matériel et il y en a certains qui ont eu des idées.

Apparemment certains d'entre eux seraient aujourd'hui à la tête de ces réseaux de passeur parce qu'ils se sont tellement creusés la tête en 2018-29 que une fois qu'ils ont eu les papiers qui sont passés de l'autre côté, ils en ont fait un business. Dans les années qui ont suivi donc les Kurdes qui avaient des papiers et qui s'étaient organisé à deux trois copains ont formé des le début [raclement de gorge] de ces filières. À l'époque le passeur il venait à Calé, il venait en voiture, il rencontrait un peu les passagers.

Je me rappelle de passeurs qui rentrent dans la jungle, des passagers qui qui se jettent sur lui, les mains jointes pour lui supplier de de faire les traverser. Je me rappelle d'un passeur qui m'a autorisé à le suivre un soir sur une plage pour voir comment il embarquait les gens. Euh ben le passeur, il venait sur la plage, il venait, il garait sa voiture, il trouvait un moyen de de venir dans les bois, il s'adressait à au passagers, il leur donnait des consignes, il leur disait "Il faut s'asseoir comme ça, il faut faire comme si il faut faire ça." Le bateau était livré par une autre voiture, le passeur il est là.

Aujourd'hui, le phénomène il a explosé, le passeur, il est plus là. Maintenant, ce qui se passe, c'est que une partie de la logistique s'est spécialisée et elle peut être commandée à distance. On est d'entré dans une forme d'ubérisation de la traversée.

Euh les réseaux, ils fonctionnent pour certains comme des plateformes logistiques criminelles capable de fournir des traversées qui des traversées clés en main. C'est-à-dire qu'il existe des numéros de téléphone aujourd'hui qu'on appelle et on peut se faire livrer un kit de la traversée euh moyennant entre 10 et 15000 €. C'està-dire qu'on appelle, on dit "Bah moi, ce sera cette plage là.

Voilà, c'est ce soir-là cette météo, je veux commander. Vous avez une voiture qui vous amène des gilets, de l'essence, euh le moteur, le bateau, absolument tout. il y a plus besoin de se creuser la tête à acheter où est-ce qu'on va pouvoir commander ?

Et donc du coup bah ça donne euh le champ de possibilité et ça ouvre les portes à n'importe qui entre guillemets de devenir passeur. J'ai vu des gens qui ont débarqué sur le campement sans un sous, qui savaient pas comment faire pour aller en Angleterre, qui se posaient des questions et qui ont commencer à travailler pour des réseaux en tant que petite aidant de à mettre les bateaux à l'eau, gagner un petit peu d'argent, recruter des passagers et qui se sont mis à économiser pour avoir arriver à avoir la somme de 10 ou 15000 € et commander leur propre bateau. Bah au bout d'un an ou deux, ces mêmes personnes que j'ai vu arriver sans rien, ben je les ai vu commencer à brasser des dizaines de milliers d'euros et devenir sombrer dans l'ultraviolence avec l'ambition de devenir des plus grands passeurs que les grands passeurs qu'ils avaient côtoyés.

Euh l'industrialisation industrialisation, elle a profondément modifié la structure des réseaux. Les commanditaires, ils restent souvent très loignés des lieux d'embarquement. Ils contrôlent tout depuis des pays tiers.

Ils ont un téléphone posé sur un bureau chez eux et ils communiquent avec leurs petits exécutants. Euh finalement, c'est devenu comme une espèce de de course ipique à laquelle on assiste dans les PMU. On regarde nos les chevaux courir et on attend de voir qui va franchir la ligne d'arrivée.

C'est exactement pareil. Ils sont derrière leur ligne téléphonique. Ils attendent de voir lequel va passer.

Euh il y en a un qui m'a dit il y a pas longtemps dans Kerk c'est comme un un casino géant. Il a comparé ce business à un casino. Euh vous avez la boule rouge et la boule noire.

Vous misez la boule rouge, vous perdez votre somme, vous perdez votre somme. Par contre quand vous gagnez, vous doublez pas votre somme mais vous la multipliez par 4 ou 5. Donc ça a le don de rendre fou et d'exciter énormément les gens qui prennent part à ce business.

Les gens sont ennemis sur les camps, les passeurs, mais ils sont également amis. Les jours de départ, ils communiquent sur le littoral, ils s'appellent, euh, ils ont des stratégies. Toi, montre ton groupe, fais-les sortir comme ça la police va venir là où tu es.

À ce moment-là, j'enverrai mon bateau comme ça ils vont venir mais j'aurais envoyé mon bateau, il passera et toi tu pourras partir. Des gens qui se tirent dessus dans les camps sont amis les jours de départ. Euh, j'aimerais évoquer également un autre aspect qui est souvent mal compris, celui des crevaisons d'embarcation qui est vu comme une solution.

Alors, crever une embarcation, ça ne revient pas à détruire le bateau que des migrants auraient eux-mêmes économisé pour acheter. C'est-à-dire que quand on crève une embarcation, on crève pas l'embarcation que les gens apportent et puis ils se disent "Ah tant pis, on a perdu, on s'en va et puis on on va demander l'asile en France ou alors on va se mettre à l'abri." Dans la majorité des cas, les gens qui ont investi dans cette traversée, l'argent est mis en dépôt, il est pas encaissé.

L'argent est encaissé dans le patient une fois que le bateau arrive en Angleterre. Donc si les gens sont crevés le bateau, ils vont attendre que le passeur leur fournisse un autre bateau ou alors ils vont s'adresser à un autre passeur. En réalité, ce que ça crée la crevaison d'embarcation, ça apporte un coût au portefeuille du trafiquant.

Le trafiquant, je vais dire une bêtise. Mettons, il a 50000 € il peut acheter trois kits de la traversée. Euh, c'est des témoignages qui m'ont été rapportés.

Bon, il me dit Julien, il y en a le premier a été crevé. Bon, pas de chance, il me reste deux essais. Le deuxème encore crevé et le troisème il est vraiment nué parce que c'est son dernier c'est son dernier essai.

Donc il veut qu'il soit rentable le bateau. Donc dans les traversées d'après et ben il met plus de passagers et il remplit plus l'embarcation. et un espèce de de de de truc de de système pervers, c'est le serpent qui se mort la queue.

On crée une embarcation pour sauver des gens et l'embarcation de d'après, ben elle se retrouve plus chargé que l'embarcation d'avant. Je sais pas comment il faut voir les choses. Voilà, c'est juste quelque chose qui existe. [grognement] Euh il y a aussi pour revenir à ce sujet des crevaisons de une embarcation, il y a celles qui ont lieu au bord de l'eau.

Donc récemment, il y a eu des images qui ont fait qui ont fait débat sorti par la BBC où on voyait des effectifs de police crever d'embarcation qui étaient déjà un niveau avancé dans l'eau euh et qui pouvrait courir un risque. Donc ça fait des bas parce qu'il y a il y en a qui disent "C'est bon, c'était pas assez loin, on peut les crever à ce niveau-là. Euh il n'y a pas de danger.

Euh je veux juste rappeler qu'aujourd'hui en fait des gens meurent étouffés dans les bateau parce que il montent dans ces d'embarcation à un niveau de de nombre de personnes qui est démesuré, ils s'entassent à un niveau tel qu'il ne peuvent plus bouger et ils meurent étouffés. Alors imaginez si on crève une embarcation à un niveau tel où les gens sont entassés et que ils doivent s'affoler et sortir d'un bateau dans lequel ils sont bloqués. ils s'enfoncent littéralement dans un espèce de je pas que je peux comparer à un sac poubelle où ils vont se marcher dessus.

Alors évidemment quand ils ont de l'eau jusqu'aux chevilles, on peut se dire ça va mais quand ils ont de l'eau jusqu'à la taille entassés comme ils sont, ça va suffire pour que pour qu'il y a des drames. Statistiquement ça finira par arriver. Est-ce que ça arrivera à la 15e embarcation crevée ou à la 150e ?

J'en sais rien. Mais il y aura un drame, c'est sûr et certain. Quand les embarcations partent en mer et qui montent dedans, elles dérivent aussi le temps qu'on fiche un coup de couteau dedans et que l'embarcation elle dérive ne serait-ce que de 5 ou 10 m, c'est suffisant pour qu'ils aient de l'eau jusqu'au coup et que une fois enfoncé dans l'eau, ben finisse par se noyer.

Voilà, je pense que faut réfléchir à à cette forme de d'interception également, je pense euh pour revenir à cette frontière géographique. Donc c'est un lieu qui se transforme qui transforme profondément les territoires. Le nord c'est devenu un espace de surveillance permanent.

Il y a maintenant un drone qui vait toute la nuit au-dessus des habitations, les habitants qui se plaignent, des caméras partout dans dans toutes les les petites villes, des patrouilles, des contrôles dans les gares tous les jours, les militaires qui sont sur les quai de chaque gare le jour de départ sur les routes, dans les transports. Donc tout ça, ça modifie le l'environnement quotidien des des habitants. Les départs qui cédent désormais sur une bande de littoral d'environ 150 km, toujours plus loin. des villages qui connaissent qui connaissaient autrefois pas du tout le sujet migratoire ou qu'il connaissaient qu'à travers les médias qui voi désormais arriver des groupes entiers aujourd'hui porteurs de gilets de sauvetage dans les bus dans les trains.

Les gens les les portent littéralement maintenant comme si c'était un manteau, comme si ça faisait partie de leur de leur tenue vestimentaire et se balade dans les villages comme ça. Ça paraît absurde voire même parfois drôle mais c'est en réalité extrêmement choquant. et puis les habitants qui voient maintenant bah des des des gens en état d'hypothermie marcher dans les rues au retour de leur traversée pour retourner à la gare comme ça.

Donc maintenant il y a des mobilisations euh il y a des effets humains, des mobilisations de la population. On a des habitants qui sont très choqués, qui ont monté des associations ou alors qui ont fait des espèces de mouvements pour venir en aide à à ces naufragés le matin. Donc ils mettent de l'essence dans leur voiture malgré leur faible revenu, distribuent des sandwichs.

Je pense à Osmos 62 ou ou Palexil, les associations qui étaient présentes dans le euh dans le Calazi qui maintenant font de plus en plus de kilomètres pour venir en aide à ces personnes. Je pense à Utopia 56 évidemment. Euh je pense, j'ai également vu euh les comportements de force de l'ordre qui sont sur le littoral.

Euh pour plusieurs policiers m'ont confié le sentiment d'avoir l'impression de vider l'océan à la petite à la petite cuillère. Euh les policiers qui interviennent en bord de mer se félicitent d'arriver à stopper les les bateaux le matin. Je les comprends hein.

Il voit leur mission un moment où ils ont potentiellement sauvé la vie de de plusieurs dizaines de personnes. Seulement, ils me disent que le lendemain ben il recroisent ces mêmes personnes cachés dans les mêmes bois retenter cette traversée. il recrèvent l'embarcation puis le surlendemain, il recroisent exactement les mêmes personnes à qui il finissent par dire bonjour et changer des mots et avoir des relations avec ces gens et à les appelé par leur prénom.

Et donc là au bout d'un moment, bah il y a un espèce de sentiment amer qui vient s'installer dans leur travail et ils ont l'impression bah parfois de servir à rien et qu'ils vont inévitablement voir ces mêmes personnes prendre la mer et à la fin ils en sont à à espérer qu'ils arrivent de l'autre côté en Angleterre. Euh certains témoignages de policiers que j'ai recueilli faisaient état de comportement virulents envers les exilés et d'autres décrivent au contraire des policiers profondément marqués humainement par ce qu'il voi mais déterminés à appliquer leur mission. Faut faut le reconnaître euh le souligner le féliciter.

Parfois beaucoup arrivent sur le littoral avec absolument aucune connaissance du sujet migratoire. Ce sont des policiers, des CRS, des escadrons de gendarmerie qui viennent d'autres villes euh qui n'avaient jamais entendu parler de ce sujet et à qui l'ont dit il faut arrêter les voitures, il y a des bateaux, il faut arrêter les bateaux, les passeurs sont dans les groupes. Donc évidemment, ils se disent "Oui, oui, il faut le faire." Et puis quand ils en viennent à s'intéresser profondément au sujet parce qu'ils le font en dehors de leurs heures de service et ben je ces personnes sont curieuses, vont voir sur les camps, discutent sans préciser la nature de leur fonction avec des associatives, des journalistes et d'autres personnes et et s'intéressent à à ce qu'il se passe.

Beaucoup m'ont dit que c'était une mission unique qu'ils avaient eu dans leur carrière, absolument unique en plus de 10 ans de de carrière avec des conséquences psychologiques durables après certaines interventions ou des naufrages. Je pense au travail des enquêteurs euh qui démentellent les réseaux euh de passeur, qui demandent énormément de temps et qui euh se révèle parfois être un véritable sac de nœud juridique parce que euh ce sac de nœud juridique qui entravait ralenti les enquêtes car les réseaux opèrent à cheval sur différents pays, différentes frontières, différentes lois qui sont pas du tout les mêmes d'un pays à l'autre. Je prends l'exemple de l'Allemagne qui stock les bateaux et les moteurs et qui fournit ses kits de traversée.

Bon ben la loi allemande, elle interdit pas foncièrement de vendre des ces espèces de kits de la traversée. Il faut arriver à prouver que ces vendeurs ont véritablement l'intention de fournir des réseaux de trafiquants qui vont se se se donner à cœur de de d'envoyer des des migrants entre le la France et l'Angleterre. Tant que c'est pas prouvé, les enquêteurs, ils peuvent identifier des lieux, ils ont pas le droit de perquisitionner.

Ils se retrouvent constamment confrontés à ces lois à pouvoir identifier des lieux des personnes, mais ne pas pouvoir intervenir. Les réseaux sont au courant. Demain, quand cette loi changera, les réseaux se décaleront sur le pays d'à côté euh qui propose des lois qui sont sensiblement identiques. [raclement de gorge] Euh ça signifie aussi pour les enquêteurs qu'il faut parfois laisser les filières travailler, fonctionner pour identifier tout le monde.

Donc on est capable d'identifier plusieurs personnes de ces filières et pouvoir potentiellement arrêter des traverser. Mais on les laisse faire parce qu'il faut arriver à à identifier toutes les personnes. On pourrait arrêter de traverser mais on laisse faire parce que il faut porter véritablement un coup et démanteler toute la filière parce que s'il n'y a ne serait-ce qu'une personne à un niveau médiant moyen de cette filière qui échappe aux interpellations, elle remontera le réseau en un claquement de doigt parce que les plages appartiennent à cette filière.

Exactement. Voilà. Donc il y a quand même de très belles affaires hein qui sont euh qui sont réalisées hein.

Je pense dernièrement la la pave de coquel qui a quand même interpeller un trafiquant en prison qui continuait d'organiser son réseau avec un téléphone. Donc depuis sa prison, il continua à organiser traversé des dizaines et engranger des centaines de milliers d'euros. Voilà, ils l'ont arrêté en prison.

Donc preuve en est que même à distance et même emprisonné, ce business est rentable et durable. dans une autre affaire, ils ont interpellé une dame il y a pas longtemps euh africaine qui fournissait des passagers africains au réseau Kurde. Euh, elle avait également monté un espèce de petit réseau de prostitution dans la jungle.

Donc, on pouvait euh aller voir des prostituées euh africaines dans la jungle. C'est prostitué travailler pour pouvoir se payer une traversée. Voilà, lors de la saisie du matériel téléphonique informatique, les enquêteurs ont constaté des transactions de plusieurs millions d'euros.

Plusieurs millions qui sont insais. Bon, ils se sont quand même consolés en saisissant une centaine de milliers d'euros et en interpellant plusieurs personnes importantes de ce réseau. Mais ces millions ils circulent.

Euh aujourd'hui, les trafiquants qui sont interpellés à la tête de réseau qui font 8 ans de prison, faut en faire la moitié et les sommes, on entend jamais de millions d'euros qui sont saisis parce que c'est payé à l'étranger, ça transite par des canaux obscurs et c'est encaissé et réinvesti à l'étranger. Voilà. Donc on en a quelque chose qui est exactement comme le narcotrafic qu'on pourrait comparer à Dubaï et ce genre de filière et qui tend à penser que on pourra jamais stopper ce système qui est ben ma fois finalement trop bien fait hein.

Certains trafiquants me disent même au curdistan iakien en fait les les gens sont corrompus pour qu'on les laisse continuer de d'opérer et réinvestir leur argent dans dans de la pierre. Euh les réseaux sont évidemment remplacés en un claquement de doigt. Euh tout le monde fait la queue pour devenir passeur, pour parler un peu grossièrement comme ça.

Euh je pense à un ancien passeur qui est sorti de prison après plusieurs années et qui me dit "Je ne reconnais plus la jungle à l'époque." Donc c'était quand même un passeur qui avait une aura et une une activité très importante dans leur pas de calé qui gérait les camions et qui étaient à la tête d'un énorme réseau. Il est sorti de la jungle, il m'a dit "Je reconnais plus personne.

Il n'y a que des jeunes de la ville de laquelle [raclement de gorge] je viens qui sont dans dans àer qui veulent tous devenir passeurs et il brasse plus d'argent que j'en ai jamais brassé avant d'aller en prison. Ils sont tous armés, ils se tirent dessus, ils se font la guerre. Il me dit "Moi à l'époque ça se passait pas comme ça.

On avait des armes, on se menaçait, on se tirait de temps en temps dessus. Maintenant les gens se tuent, hein. Le taux d'homicide bah il est quand même quand on se penche dessus, il est il est relativement important.

On en a quand même plusieurs par an. Alors maintenant, il a baissé un peu parce qu'ils ont compris qu'il fallait pas se tirer dans la tête mais dans les jambes. Alors les blessés par balle dans les jambes à Dunker qui en a quand même aussi énormément.

Euh les scènes qui me sont décrites par les gens dans les camps de gens qui hurlent à la mort parce qu'ils ont pris des balles dans les jambes, personne ne dit rien parce qu'ils ont peur d'appeler la police. Faut que ce soit quelqu'un. Les gens qui sont abattus à bout portant avec des cadavres qui aent pendant quelques heures avant qu'on appelle les pompiers.

C'est des scènes de violence qui sont extrêmement choquantes et qui sont véritablement invisibles. Les armes sont apparemment partout. Euh les violences et également les violences sexuelles.

Je pense à un monsieur en relation avec des des des passeurs qui que j'ai vu il y a quelques semaines qui étaient fatigué, qui avait la mine un peu défaite et je lui dis "Mais ça va, ça va pas ?" Il me dit "J'ai passé une nuit compliquée. Quand je lui demande pourquoi, il me dit euh écoute, à deux tentes de moi, il y avait une dame dans une tente.

Euh pendant la nuit, il y a des passeurs de d'un clan ils ont débarqué, ils ont ouvert la tente et puis ils l'ont violé et on entendait tous les bruits, les bruits des coups, les bruits des viols toute la nuit pendant de longues minutes voir des heures. Personne dit rien parce que tout le monde ne pense qu'à passer, traverser, aller au bout de sa mission. Mais ce sont des choses qui arrivent.

Voilà, les violences sexuelles sont véritablement présentes et installées et très violentes quand on accepte de faire le témoignage. Les gens ne parlent pas, les gens ne parlent jamais parce ça sous couvert, il y a même des personnes qui tombent enceintes en Angleterre, des propos qui m'ont été rapportés de personnes qui tombent enceintes par leur bourreau. Euh à mes yeux, la réponse uniquement franco-britannique, elle atteint aujourd'hui ses limites parce que les conséquences humaines, logistiques et sécuritaires, elles dépasse largement le littoral nord.

Le problème, il disparaît pas, il prend simplement une autre forme. Euh je m'interroge sur l'efficacité réelle de cette logique au regard du nombre de morts, nombre de personnes qui continuent malgré tout de traverser à l'évolution de de ces réseaux. Euh j'ai parfois le sentiment qu'on alimente mathématiquement avec les chiffres de de ces investissements faits par l'Angleterre, un phénomène qui devient toujours de plus en plus vaste et structuré.

Euh le littoral, c'est devenu un espèce de gestion permanente de crise, mais une crise qui dure depuis plus de 20 ans, c'est pas une crise pour moi, c'est c'est un système qui est qui est installé. Euh j'ai également pu observer, je suis allé en Angleterre et j'ai pu observer ce qui se passe de l'autre côté de la frontière au Royaume-Uni. Euh ça me paraît important parce que dans l'imaginaire l'Angleterre elle joue un rôle central dans ses traversées.

Beaucoup de personnes partent avec une vision vision idéalisée du Royaume-Uni. Elles pensent y trouver rapidement un travail. Bon ben le fait est que c'est quand même le cas.

Rejoindre des proches, gagner de l'argent et reconstruire une vie. Alors dans certains cas, pour ne pas dire la majorité parce que c'est quand même une réalité, ça fonctionne. Bon, si on dit qu'il y en a une personne sur deux qui arrive à cette situation, ça laisse enfin c'est déjà suffisant pour motiver toutes les personnes aller l'autre côté et tenter leur chance.

Euh quand on lit les chiffres de ceux qui obtiennent l'asile, bah on comprend que les gens puissent être motivés. Moi, j'ai rencontré des personnes qui étaient dans mon bateau qui aujourd'hui ont fait des regroupements familiaux qui m'envoient des photos de leurs filles qu'ils ont réussi à faire venir depuis l'Iran ou le Kurdistan qui sont maintenant installés dans des universités, qui font des études, qui parlent parfaitement anglais, des gens qui ont fondé des familles qui sont dans une maison, qui ne dépendent plus de l'aide euh des anglais et euh et qui du coup bah se disent "Ouais, oui, oui, ça valait le coup" et qui continuent à transmettre les messages aux autres en disant "Tu peux venir, ça vaut le coup." [raclement de gorge] Euh le Royaume-Uni, c'est un pays qui est perçu comme l'attente.

Elle est supportable. Il y a ce système de en attendant que c'est-à-dire qu'en attendant d'obtenir l'asile ou d'avoir une réponse pour ses papiers, on est logé dans un hôtel. En attendant d'avoir cette réponse d'asile, on est logé nous. en attendant que on va aussi pouvoir travailler illégalement parce que là-bas c'est un peu une forme de culture.

Voilà, l'économie anglaise est pas véritablement contrôlée sur le le travail au noir. Le en attendant que ben finalement il est il est vachement [grognement] plus attractif. Euh quand on a été sauvé de de l'entre embarcation et qu'on est arrivé à Douvre, je me rappelle que les les passagers sur mon bateau, certains m'ont dit "Je sais pas ce que je viens faire ici.

Je sais pas pourquoi je vais en Angleterre. Ça me plaît pas l'Angleterre. Mais le problème c'est que en France on peut pas travailler.

Vous nous laissez pas l'opportunité de travailler. On peut pas. Moi, si vous me laissiez l'opportunité de travailler, je serais resté en France.

L'Angleterre, j'ai pas envie d'y d'y aller. Ça ça m'intéresse pas. J'aurais préféré rester de l'autre côté.

Voilà. Euh donc la partie informelle de l'économie, la manœuvre repose machin, le trafic humain que l'on voit dans le nordpalé, bah il continue en Angleterre. Euh je me rappelle au pied de l'hôtel où sont hébergés les exilés, voir de gros 44 venir quand je demandais aux exilés, c'est qui ?

Il me dit "Ben ça, c'est celui qui propose du travail." Donc il y avait des personnes qui venaient en 44 et qui proposaient du travail, qui venaient recruter 5 ou 10 personnes pour la semaine pour les amener sur plusieurs chantiers. Et donc ils se battaient littéralement entre eux pour pouvoir être embauché par cette personne qui les a embauché.

Donc le trafic humain, il est présent dans leur pas de calé mais il continue là-bas et on le laisse faire. le le le cette économie du travail, elle continue là-bas et il y a un trafic avec des mafias et des personnes qu'ils appellent des boss entre eux. Voilà. [soupir] Euh j'ai rencontré également des personnes qui ont été désillusion désillusionnées ou qui ont reçu une réponse défavorable à leur demande d'asile.

Alors pour certains, la réponse à ce rejet, elle a été de vouloir traverser la manche dans l'autre sens et revenir dans la en France ou dans un autre pays en Europe puisque l'on ne voulait pas d'eux. J'ai même accompagné certains d'entre eux pour faire ce chemin inverse en en nous cachant dans des camions et revenir clandestinement d'Angleterre. Euh le contrôle à la frontière a été euh quasi nul, très facile.

Euh ça laisse à à imaginer le nombre de personnes. La semaine dernière encore, il y en a un qui m'a dit qu'il était revenu dans l'autre sens avec h personnes. Bon, c'est facile.

Ils ont payé 500 € chacun. Euh il y a des filières qui opèrent là-bas qui ouvrent pour l'instant qui ne sont pas à un prix très cher, mais ça va tout le temps tout porte à croire que ça va monter. J'en ai croisé un autre aussi euh lui c'était le plus spécial.

Alors lui il a fait la demande de l'asile en France mais comme en France ça met trop de temps pour avoir une réponse à cette demande d'asile, il a pris un bateau pour aller en Angleterre et il a fait une il a déposé une demande d'asile également en Angleterre. Comme ça, il a multiplié ses chances, une en France, une en Angleterre. Le premier qui donne un rendez-vous pour donner lieu à cette demande d'asile, bah il va honorer ce rendez-vous.

Le premier qui donne une réponse favorable, il restera dans ce pays. Voilà, celui plus rapide, ben sera le pays dans lequel il restera. Donc je le croise en Angleterre et lui, il cherche à monter dans un camion.

Je demande pourquoi. Il me dit "Ben, j'ai reçu une convocation en France pour pour ma procédure de demande d'asile. Donc je vais à cette convocation, on sait jamais, peut-être que ils vont me donner les les papiers et puis si c'est reporté à plus tard, ben je reprendrai un bateau et je retournerai en Angleterre." Cette personne était déjà en Angleterre depuis un an et demi.

Elle travaillait, elle avait pu envoyer de l'argent à sa famille. Voilà. Donc il y en a une autre que j'ai croisé pareil qui avait traversé, qui lui ne voulait pas demander l'Asil en Angleterre mais qu' avait demandé en Allemagne parce qu'il avait de la famille mais était quand même allé en Angleterre pour travailler euh gagner de l'argent et l'envoyer à sa famille. sans compter toutes ces OQTF, ces personnes sous QTF que j'ai rencontré qui parlaient un français parfait qui avait qui travaillit dans une boulangerie, une pâtisserie ou dans une boucherie avec un employeur et qui ont reçu QTF et donc pour pas déranger cet employeur, créer de problèmes ou faire de vagues sont allés à Caler sans savoir du tout ce qu'elles avaient y faire là, mais se sont dit voilà, on m'a dit non.

Donc bah je vais de l'autre côté, ça fait 3 ans que je suis ici, je parle français, j'avais trouvé un travail, j'avais une promesse d'embauche et et ce sont pas des exceptions. Des personnes comme ça, j'en ai croisé beaucoup. Alors, ça montre que les trajectoires migratoires sont beaucoup plus complexes qu'on l'imagine.

Euh les parcours, ils deviennent circulaires, instables, faits, d'aller-retour, de déception, de stratégies de survie permanente. Ce que j'ai compris au fil du temps, c'est que la traversée, c'est pas forcément la fin de l'histoire pour beaucoup. C'est juste une étape supplémentaire dans un exil plus long, plus incertain.

Euh je pense qu'il faut regarder non seulement le nombre d'interpellations, le nombre d'mentellement, mais aussi les conséquences humaines territoriales et maritimes produites par les politiques mises en œuvre. J'insiste sur le fait qu'il faut se concentrer sur ce qu'il se passe de l'autre côté de la Méditerranée parce que pour moi c'est un exemple concret du futur qui nous attend en France. Alors ces dernières années, l'Angleterre, elle a donné 374 millions, je sens de 2014 à 2022 pour lutter. 541 entre 2023 et 26.

Là, on parle de 700 millions. Bon, moi j'ai le sentiment qu'en fait on est en train d'alimenter un monstre mathématiquement et que si on regarde ce nouveau financement en discussion, je doute que l'on arrive à un résultat probant. Voilà.

Je vous remercie. Très bien. Je vous remercie pour cet exposé très exhaustif.

Madame Camille Martel nous a rejoint. Vous êtes docteur en géographie et vous, comme je l'ai dit tout à l'heure en votre absence, vous avez soutenu au début de ce mois de mai une thèse de géographie donc à l'université Le Havre Normandie dont le sujet était Manch et Mire du Nord, le sauvetage dans la frontière. Donc euh euh nous allons vous entendre mais au préalable je dois vous rappeler comme je l'ai dit tout à l'heure que nos auditions sont retransmis sur le site de l'Assemblée ouverte à la presse et que vous devez prêter serment de dire toute la vérité rien que la vérité enfin la vérité toute la vérité rien que la vérité.

Donc je vais vous demander d'allumer votre micro de lever la main droite et de dire je le jure je le jure. Je vous remercie. Donc je vous donne la parole tout de suite pour le propos prouéliminaire.

Je vous remercie monsieur le président, madame la rapporteure. Je vous prie de tous et toutes bien vouloir m'excuser pour ce retard et ces délais. Euh je vous remercie également pour cette audition qui représente une opportunité singulière de partager des résultats de mon travail doctoral.

Donc comme vous l'avez dit, j'ai soutenu très récemment en mai une thèse qui s'intitule Manch et mer du Nord le sauvetage dans la frontière. J'ai commencé ce travail académique en septembre 2021, soit à une période où la situation des traversées maritimes migratoires en Manche et Mire du Nord et la réponse apportée par les autorités françaises à cet enjeu demeurait relativement peu visibilisée. Donc je salue cette initiative de commission d'enquête qui permet de recueillir recueillir la parole de certains acteurs clés.

Mon travail de thèse porte sur la production de frontières qui survient en réponse au phénomène de maritimisation des migrations dans le détroit du pas de Calais sur la période de 2016 à 2024. Ce que j'appelle ici maritimisation dont vous avez sûrement déjà abondamment parlé, c'est donc le passage de traverser par camion, fer l'eurotunnel à des traverser par embarcation pneumatique qui sont indépendantes des infrastructures existantes et régulières de transport. Et ce mode de passage est donc devenu le mode d'entrée irrégulière détecté au Royaume-Uni à partir de 2020.

Comment en suis-je arrivé à travailler sur ce sujet ? En 2021, après mon master en droit humain et action humanitaire à Sciencesp Paris et un stage de fin d'étude à SOS Méditerranée, je postule à une offre de thèse portée par Arnaud Banos. Ce géographe du CNRS est également sauveteur bénévole à la SNSM au Havre et dans les ONG en Méditerranée.

Son point de vue croisé l'a conduit à pouvoir penser les enjeux de ce phénomène de traverser dans le détroit du pas de Calais dès ses prémisses et à présentir donc la nécessité d'un travail académique pour visibiliser ce sujet. Le projet qu'il pense à ce moment-là vise notamment à quantifier les traversées, anticiper leurs évolutions et questionner l'adaptation du système de sauvetage français à ces interventions. Je me suis approprié ce sujet en mobilisant des approches issues des études critiques des frontières, plaçant cet enjeu au cœur de dynamique d'externisation, de frontièisation, d'invisibilisation et en l'abordant notamment par une approche ethnographique.

Au commencement de mon travail de thèse se trouve un étonnement. Alors que les traversées maritimes augmentent très rapidement, il apparaît que la doctrine française vis-à-vis des traversées est de les prendre en charge en mer selon des objectifs de sauvetage et non de lutte contre l'immigration clandestine qui prend alors place sur l'espace terrestre uniquement. Cette priorisation différencie l'espace du D3 du Pas de Calais d'autres frontières maritimes françaises et européennes.

L'espace maritime français y est dès lors tenu en dehors du contrôle frontalier prenant une place spécifique dans la frontière migratoire externalisée. Il n'en demeure pas moins que les eaux territoriales françaises sont littéralement traversées par le passage de frontière. Face à cette singularité, j'interroge dans ma thèse la manière dont les traversées maritimes ont transformé la frontière franco-britannique et en retour ce que la frontière fait aux pratiques de sauvetage.

Donc à la différence d'autres frontières où la participation des pratiques d'interception maritime au contrôle migratoire a été étudié où l'externalisation implique des pays du nord global et du sud global. Nous sommes donc ici face à une situation se déroulant entre deux pays du nord global. Il est ainsi important de noter que la France dispose d'un système de secours en mer structuré préexistant la question des traversées maritimes de personnes migrantes.

Ce système de secours en mer dont les moyens sont regroupés sous le nom de la fonction garde-côte a pour particularité d'être un système mixte à la fois civil et militaire, professionnel et bénévole puisque l'association de la SNSM est associée à cette fonction pour la mission de sauvetage en mer. Le D3 du Pas de Calais a à cet égard une forte tradition de sauvetage maritime. C'est dans cette région connue pour ces conditions difficiles de navigation qu' ont été créées les premières sociétés humaines de sauvetage à Boulogne sur Mer puis Calais et DINerk il y a de cela 200 ans.

Brièvement, je me permets dans ce propos liminaire de vous évoquer les méthodes sur lesquelles se fondent mes résultats afin d'expliquer d'où je parle aujourd'hui. J'ai mobilisé dans mon travail une approche à la fois quantitative et qualitative. J'ai collecté les données officielles relatives aux interventions françaises et britanniques vis-à-vis des embarcations en mer et à Terre pour celles qui étaient disponibles publiquement.

Ces publications ont en effet évolué durant ma période d'étude et j'ai cherché d'une part à étudier ces évolutions de mise en chiffre et de publicisation et d'autre part à trouver d'autres sources d'information comme par exemple celle des données AIS de déplacement des navires impliqués qui permettent de combler certains des vides identifiés. En parallèle, j'ai adopté une approche ethnographique multisituée auprès des softurs et softs françaises en mer et sur le littoral de fin 2021 à début 2024. Après une période de participation observante pour me former aux pratiques de sauvetage au sein de la station SNSM du Havre, j'ai pu me rendre à plusieurs reprises dans les villes de Berk et de Dinkerc où j'ai été accueilli par les bénévoles des stations NNSM de ces villes.

Dans ces périodes de terrain de 2022 et 2023, faute d'alerte, je reste principalement à terre et réalise des entretiens auprès des softsurs bénévoles, les suivant également dans les leurs activités quotidiennes où leur vécu quotidien sur le littoral les amène à croiser les pratiques de contrôle migratoire à terre. En 2022 et 2023, j'ai également la possibilité d'assister aux premières formations au sauvetage de masse en contexte migratoire à destination des bénévoles SNSM et des marins étatiques. Les marins de la marine nationale, des douanes ou des affaires maritimes, s'ils ont parmi leur mission le sauvetage en mer, n'était en effet pas formé à ces sauvetages de masse.

C'est par l'intermédiaire de ces formations que j'obtiens la possibilité d'embarquer à bord d'un navire étatique fortement impliqué dans ses sauvetages, le patrouilleur dounier Jacouard Fourmentin basé à Boulogne surmer. Fin 2023, je réalise deux embarquements de cinq et jours avec deux équipages différents de ce patrouilleur. Ces embarquements me per me permettent notamment d'observer directement embarquer deux opérations de sécurisation jusqu'aux eau britanniques.

Donc la spécificité de la situation de la frontière maritime émergente dans le détroit du Pas de Calais tient donc, je le disais, notamment dans le fait que l'espace maritime n'est pas supposé être concerné par les politiques d'externalisation. Dans le contexte de de l'externalisation européenne du contrôle migratoire en Turquie par exemple ou en Libye, les services maritimes de sauvetage de ces pays tiers sont explicitement financés pour réaliser des missions d'interception maritime. Dans le Détroit du Pascalis, cette distinction entre les activités et les espaces terre mè a été posée dans la directive permanente du préfet maritime de la Manche et Mire du Nord du 23 novembre 2018.

Selon celle-ci, la lutte contre l'immigration clandestine se déroule à terre tandis qu'en mer, le sauvetage prime car des interceptions forcées sont considérées trop dangereuse au vu de la précarité des embarcations. Toutefois, cette singulaire singulière distinction n'a tout de suite n'a pas tout de suite été explicite sur le plan des accords d'externalisation. En effet, le plan d'action conjoint franco-britannique de janvier 2019 contredit d'abord cette doctrine.

Selon ce plan, les autorités maritimes assure, je cite, une présence renforcée et permanente en mer afin d'intercepter les traversées illégales. Cette volonté d'intercepter fait long feu. Quelques mois plus tard, un indome à ce plan conjoint revient sur cette dimension.

Les mesures dissuadives restent à terre tandis qu'à MER, ce sont les détections et les escortes de personnes qui sont mises en avant. Donc, est-ce que à ce moment-là l'approche du préfet maritime a pris le pas sur les négociations entre les gouvernements français et britanniques ? Il est possible que cette spécificité de la zone du D3 du Bascaletis ait aussi été affirmée par le bas par les acteurs impliqués sur zone.

Lors de mon enquête de terrain auprès des douiniers, certains ont m'ont raconté avoir pu au début des traversées sans pouvoir exactement dater la période recevoir l'ordre de réaliser des interceptions de force. Constatant la mise en danger engendrée, ils ont fait remonter ses difficultés à leur hiérarchie. C'est selon eux ce qui a participé à créer et à mettre en œuvre cette doctrine de non interception.

En parallèle, les bénévoles de la SNSM ont aussi fait savoir au moment où les stations étaient grandement impliquées que leur rôle n'était pas de faire la police en mer. Ainsi, il semble que la diversité des acteurs français maritimes, qui ne sont pas uniquement des acteurs militaires a permis de mettre en œuvre cette doctrine qui met en avant le sauvetage par rapport au contrôle. Cette doctrine a par ailleurs été fin 2021 défendue par le gouvernement français face au gouvernement britannique dans un contexte postbre Brexit.

On peut également la voir comme une manière d'affirmer un certain type de souveraineté étatique. Dans un contexte d'immigration, la France défend avant tout la mise en œuvre du droit international maritime et du sauvetage et la protection des vies humaines face à un voisin britannique qui a souhaité étendre à la mer ses activités de contrôle migratoire avec la fameuse politique des pushbacks qui n'a pas été mise en œuvre. Néanmoins, si le sauvetage est avant tout priorisé dans l'espace maritime, celui-ci est traversé par le contexte migratoire, impactant fortement l'organisation des secours en mer.

Les traversées par embarcation précaire se sont multipliées impliquant un plus grand nombre de personnes par embarcation passant de 12 personnes en moyenne en 2020, 27 personnes en 2021 jusqu'à 54 personnes en moyenne en 2024 et la moyenne dépasse les 60 personnes pour ce début d'année. Ce type d'intervention requètent des matériels, des moyens maritimes, mais aussi des savoirs et techniques spécifiques. Or, au début de l'essort des traversées, faute de connaissance ou d'équipement approprié dans un contexte de sous-dimensionnement des moyens maritimes face au nombre de traversées, les équipages étatiques ont par moment fonctionné par essai erreur, ce qui a pu mettre en danger les personnes en détresse comme les membres des équipages eux-mêmes.

Fin 2020, un douier se met lui-même à l'eau pour servir de bouée humaines à cinq personnes tombées à l'eau sans gilet. Au niveau des stations SNSM début 2022, les cinq stations du nord et du Pas de Calais ont chacune des manières différentes d'approcher les embarcations. Elles sont par ailleurs elles-mêmes à à l'initiative pour faire face aux limites de leurs canaux en terme en terme de taille face au nombre grandissant de personnes embarquées.

Cela passe dans un premier temps par leur décision d'emporter des radeaux de survie périmés, puis par des initiatives de sauveteur de développer d'autres moyens en 2023 et en 2024 en expérimentant des boué et des rampes innovantes. Par ailleurs, le dispositif de sauvetage en mer, soit les navires dédiés en permanence à être engagés pour des opérations de sécurisation et de sauvetage, c'est aussi construit progressivement. Ainsi, si seuls deux à trois navires étaient impliqués dans le dispositif étatique dédié aux traversées en 2021, ce n'est qu'à partir de 2022 de la fin de l'année.

Donc, concomite concommitamment aux révélations concernant l'enquête sur le naufrage du 24 novembre 2021 que le dispositif a été étauffé de deux navires supplémentaires. Par ailleurs, en 2024, l'augmentation rapide du nombre de décès impliqués dans les traversées, 72 personnes ainsi décédées, ne comp pas les personnes disparu, n'a pas conduit à une évolution de du nombre de navires composant le dispositif de sauvetage maritime. Il faut également noter que les navires affraités par l'État arrivés sur zone au cours de l'année 2023 sont des navires privés qui sont entièrement dédiés au sauvetage de personnes migrantes et ont donc été fortement impliqués dans cette mission.

Le navire MINC et le Ridince ont ainsi réalisé un/art des opérations de sauvetage de personnes migrantes dans les eaux françaises en 2024. Or, les capacités opérationnelles de ces deux moyens ont été discutées par les softeurs et saufteuses que j'ai pu rencontrer sur mon terrain, notamment quant à leur tirant d'eau et à leur vitesse. Le dispositif est à cette période redevenu dépendant des vedettes et des canaux de la SNSM.

Par ailleurs, les équipages de marins qui travaillent dans ces deux navires n'ont pas spécifiquement été recrutés pour les leurs compétences de sauvetage et les enquêtes publié dans le monde et la voie du nord durant ces derniers jours montrent des enjeux suscités par la privatisation de cette mission de mission de sauvetage. Ainsi, ces éléments tendent à montrer certains impacts de la dimension migratoire sur la mise en œuvre des obligations de sauvetage française dans les eaux territoriales témoignant d'un certain degré de frontiérisation de ces eaux. La pratique de sécurisation est aussi une dimension particulière du dispositif français.

Elle matérialise une frontiè de la limite qui sépare les eaux britanniques et les eaux françaises puisque cette pratique se termine à proximité de cette limite. Elle a été soulignée par les acteurs que j'ai pu rencontrer comme étant essentiel à la sécurité maritime dans une dans cette zone qui est une zone de dense circulation du trafic maritime mondial. La pratique de sécurisation permet de signaler au navire de commerce la présence de petites embarcations et permet une par la par la proximité donc d'un moyen maritime d'une embarcation une intervention rapide des moyens français en cas de dégradation urgente d'une situation.

Tous les équipages que j'ai rencontrés m'ont fait état de telle dégradation rapide qui suscitait une intervention immédiate alors qu'ils étaient en train de sécuriser donc une embarcation qui jusque-là avançait sans problème. Durant une période en 2022. Les autorités françaises ont souhaité diminuer cette pratique de sécurisation impliquant des moyens maritimes physiques et privilégier une surveillance à distance avec des moyens aériens.

Le naufrage duce décembre 2022 en est potentiellement une conséquence et il semble que suite à cela, les pratiques de sécurisation impliquant des moyens maritimes soient redevenues la norme. Je te souhaitais ici souligner que si les Britanniques n'ont pas réussi à imposer aux Français des interceptions forcées dans les eaux françaises, ils mettent par ailleurs en œuvre une forme de pression sur les acteurs français maritimes, surveillant leurs agir par des moyens aériens et imposant des seuils acceptables entre pratiques de réduction de risque en mer et pratiques qu'il qualifieraient d'aide au passage. La maritimisation des migrations a également engendré le développement d'une frontière terrestre étalée le long du littoral au-delà des points de passage en ferri ou en train.

Depuis l'essort des traversées, ce sont donc des forces humaines et des véhicules qui ont largement été financés par le Royaume-Uni afin de détecter les traverser à terre et de les empêcher. Ces patrouilles terrestres et leur champ d'intervention a pendant la période d'étude glissé vers les espaces maritimes et aquatiques. L'objectif principal de ces patrouilles est d'empêcher les traverser.

Toutefois, elles sont aussi recouvertes d'un discours humanitaire qui les rend difficilement contestable. Cette fusion des pratiques sécuritaires avec des justifications humanitaire a été observé à de nombreuses frontières où la traversée met à risque les vies humaines, que ce soit en Méditerranée, à la frontière entre le Mexique et les États-Unis ou dans les Alpes. Or, cette justification paraît contestable.

De manière à la fois directe et indirecte, les pratiques répressives sur le littoral peuvent mettre en danger les personnes migrantes de manière directe lorsque la menace de crevaison produit des effets de panique ou lorsque des outils de maintien de l'ordre sont déployés à proximité de rivière ou de la mer à l'instard de l'usage de gaz lacrymogène comme ce fut le cas lors des tentatives de départ de Juma Alassan ou de Sarah Alashimi tous deux décédés de manière indirecte également car de nombreux travaux académiques tendent à montrer que les pratiques d'empêchement de traverser conduisent les personnes à prendre plus de risques et ainsi ne sauve pas les vies humaines. En Méditerranée, une étude récente de Zambiasi et Albarossa publiée dans le Journal of Economic Geography en 2024 et mobilisant des données statistiques montre comment l'augmentation des pratiques d'interception maritime libyen en Méditerranée centrale a a pu conduire à un report de traversée vers la route des Canaris au large de l'Afrique de l'Ouest. Or, cette route migratoire est connue pour être l'une des plus meurtrières autour de l'Europe.

Cette étude fait écho à de nombreuses autres qui montrent que plutôt d'empêcher des passage, les mesures sécuritaires induisent avant tout des changements de route. À l'échelle du littoral du pas de Calé, les routes se sont en effet déplacées plus au sud par exemple ou ou une traversée plus longue est impliquée. De même, la technique des départs en taxibat est une conséquence directe d'adaptation aux pratiques répressives qui prennent lieu sur les plages.

Or, le danger de la technique de départ en taxibat est mobilisé pour justifier l'extension des pratiques d'interception des forces de l'ordre vers la mer. Ces interceptions qui sont testées depuis fin 2022 font l'objet d'une directive officielle depuis 2023. Or, depuis cette période, il semble que les conditions minimales de sûreté pour réaliser des des interceptions de force aient été élargies, questionnant la manière dont ces interventions auraient en effet pour objectif principal la sécurité des personnes.

Ces évolutions mettent en avant les tensions entre le sauvetage en mer et la lique. Les pratiques de lique et et montrent de la manière dont les pratiques de lique ont en effet des conséquences sur le les pratiques de sauvetage en mer. Ces tensions surviennent également au moment des débarquements et peut-être que je pourrais être amené à développer plus ces points si vous m'en laissez l'occasion.

Je vous remercie. Merci madame Martel pour ce travail scientifique. Euh j'aurais quelques questions à vous poser avant de de de passer la parole à à madame la rapporteur.

Je m'adresse d'abord à monsieur Goudichud. Euh et même madame Martel, peut-être pouvez-vous répondre avec les données que vous avez pu recueillir. Je m'interroge sur le comment en moyenne un candidat au passage en Grande-Bretagne ou enfin au Royaume-Uni combien de temps il passe sur les côtes de la Manche ou de la mer du Nord avant de réussir à passer euh si ça se compte en jour ou en semaine.

Voilà. Est-ce que vous avez une idée tous les deux par rapport à vos travaux euh d'évaluation du temps passé en moyenne par un migrant pour pour pour franchir la frontière ? Enfin pour franchir la frontière que qui est qui est la mer du Nord ou la Manche.

Euh monsieur Goudicha, à plusieurs reprises, vous parlez de la jungle. Euh alors, est-ce que c'est parce que votre expérience, elle est du temps où la jungle existait puisqu'elle a été démantelée ou est-ce que pour vous euh un campement euh correspond à eu à à à une jungle ? Euh j'aurais d'autres questions notamment euh euh puisque vous avez fait la traversée, ça veut dire vous avez euh payé euh des passeurs pour la traversée, savoir combien ça vous a coûté euh pour euh obtenir le cette possibilité de traverser. euh comment la prise de contact avec les passeurs s'est fait pour euh vous assurer cette euh traversée et si de votre expérience personnelle de la traversée bien il y avait des passeurs sur le bateau où comme vous en avez parlé où on a eu de nombreux témoignages sur le bateau, notamment le barreur, c'était quelqu'un qui voulait passer, qui a obtenu une réduction pour pour passer.

Pour répondre à votre question, oui, je j'appelle la jungle n'importe quel petit campement informel que l'on trouve. Alors aujourd'hui, la particularité, c'est qu'il y a des jangles un peu partout et notamment en fonction des réseaux de passeur, il y a la jungle principale de Dankerc, la jungle principale de Calé, mais on trouve de petites jongles disséminées du côté desquiens ou dans les bois où les passeurs mettent leur leur passagers avant le jour du départ. Euh la nouvelle particularité, c'est que vous avez une partie des personnes qui viennent dans cette jungle avant le départ qui peuvent y rester.

Alors soit ils ont de la chance et puis même pas une semaine après ou même pas le une fois le lendemain, le bateau passe, ça marche, il traverse. Soit aujourd'hui, je dirais quelques semaines, vraiment pas plus de quelques semaines. Là où avant on avait des gens qui restaient un an, un an dans la jungle quoi.

C'est pour ça qu'il y avait autant de personnes. La nouvelle particularité, c'est aussi c'est qu'il y a aussi il y a aussi des personnes qui ne sont pas dans la jungle. C'est-à-dire que ces personnes, elles restent dans des villes alentour, peut être Paris, Lyon, Marseille, quoi que ce soit ou d'autres villes.

Et quand le passeur a réussi à faire passer un bateau, il passe un coup de téléphone aux autres passagers qui attendent. Ils leur disent "C'est bon, vous pouvez venir." Les gens viennent et restent et prennent part dans les tentes qui sont mises à disposition par le réseau.

Il y a aussi un autre cas de figure, il y a [grognement] des gens qui viennent uniquement le jour de la traversée. Donc ces gens restent à Paris ou restent ailleurs. Quand on entend un passage de 1000 personnes en une nuit et qu'on sait que sur un camp, il y a on compte aller 1000 personnes mais qu'on voit que le lendemain, il y a encore la moitié du camp qui est là, ben on se doute bien qu'il y a des gens qui sont venus d'ailleurs.

Et le long du littoral, ça m'arrive souvent de trouver des des tickets de train du jour même où j'ai filmé des gens qui qui embarquaient en mer. Donc à gare du Nord, les jours de Belle Météo, on voit une population qui est différente pour se rendre dans le nordp de Calé. Alors le prix de traversée, la traversée, il est différent en fonction des nationalités.

Euh les passeurs, ils établissent un prix de la traversée en fonction du pouvoir d'achat du pays environ environ. Donc pour les Africain, on tourne autour de de 1000 entre 1000 et 1300 €. Euh les Iraniens, on va vers du 2000 €.

Kurdistan irraakien 1500. Les passagers qui vaut de l'or, qui valent de l'or, ce sont les Vietnamiens et les Albanais qui [grognement] eux payent environ 4 ou 5000 € la traversé. Euh moi, il se trouve que je suis resté longtemps sur la jungle de Dunker pour sympathiser avec ses réseaux.

Euh j'ai pu faire une première tentative de traverser en 2020 où là j'étais en contact direct avec la tête de réseau qui a tenu à ce que je ne paye pas. Mais là dans que j'ai pu rencontrer que le Molman enfin la personne qui était entre les deux. Et donc il y avait tellement de personnes qui travaillaient sur cette traversée, les gens qui mettaient à l'eau, le min chef qu'en fait c'était pas possible de pas payer.

J'étais obligé de payer symboliquement. Donc ils m'ont quand même fait un prix entre guillemets et donc j'ai payé entre 3000 et 3500 € pour faire cette traversée. Voilà, c'est le voyage le plus cher que j'ai payé pour aller en Angleterre.

Euh [raclement de gorge] ensuite, vous m'avez demandé sur les prises de contact sur les prises de contact, comment ça s'est fait ? C'est sur le terrain même et s'il y avait des passeurs sur le bateau ou bien c'était des petites mains passé. Euh sur le [grognement] terrain en fait, je suis resté longtemps.

Euh faut dire que je je sortais un petit peu du lot de de la fon journalistique que les que les gens ont l'habitude de voir défiler, rester une journée ou deux avec des voitures de location. Moi, j'étais avec mes mes vieux habits, ma toile de tente, ma voiture un peu cabossée et puis je suis resté plusieurs mois, j'allais de temps en temps aider les associations et donc je suis devenu un petit peu familier de cet environnement et euh et donc quand on devient familier, ben on éveille un peu moins de de craintte et je suis devenu copain avec des personnes qui opéraient à un niveau très bas dans le réseau, des personnes qui arrivaient qui étaient presque contraintes à travailler. payer pour les réseaux pour mettre à l'eau les bateaux, les gonfler et qui essayent de m'introduire avec des personnes.

Alors ça a été très compliqué hein parce que moi je cachais pas le fait qu' qu'il allait devoir falloir que je paye. Mais les réseaux il me rappelle un qui me dit non il y a au moins tous les passeurs savent quitter, ils sont 10 ou 15. Ils ont tous dit que tu auras beau payer même 20000 € ils te mettront jamais sur un bateau parce que c'est trop de risque.

Ils ne veulent pas mettre de policiers sur un bateau et ils ne veulent pas qu'il arrive un accident. Un par téléphone m'avait même dit "Tu te rends pas compte dans les embarcations, les gens sont des animaux. Euh tu ne sais pas ce qui se passe dans les embarcations.

Il y a des bagarres, il y a des gens qui sont jetés à l'eau. Tu pourrais le jeter à l'eau. Si on te jette à l'eau et qu'il y a une requête, je serai arrêté.

Donc je veux pas te mettre dans mon bateau." Ça a été vraiment compliqué. C'est vraiment le fait de payer la traversée, c'était vraiment, j'ai envie de dire que c'était presque un bonus he parce que c'est pas compliqué.

Demain, vous pouvez arriver dire que vous voulez payer, vous allez avoir du mal à vous faire accepter, hein. Ensuite, les gens qui barrent le bateau, non, ce sont évidemment pas des passeurs. Ce sont des gens qui sont recrutés euh sur les compétences qu'ils ont ou qu'ils auraient eu auparavant à avoir barré des bateaux.

Euh les passeurs n'ont aucun intérêt à mettre à monter eux-mêmes dans le bateau parce qu'ils doivent continuer de travailler sur le camp. Euh donc il cherche des personnes qui ont déjà barré des bateaux. Pour ça ils savent qu'il y a des arrestations qui peuvent y avoir des pannes d'emprisonnement.

Donc il s'adressent au plus faible. Évidemment bah on va voir bien souvent les Soudanais, les Africains ou les gens d'Afrique de l'Ouest qui ont déjà piloté des bateaux et on leur demande pour preuve une vidéo sur leur téléphone. Voilà.

Donc je me rappelle dans une de mes embarcations, il y avait un Égyptien qui avait montré une vidéo de lui en train de piloter un bateau, je sais pas où. Ensuite, c'était un soudanais qui était fier de nous montrer sa traversée entre la Libye et l'Italie. Donc les passeurs là, c'est bon, il s'est piloté, tu vas payer.

Soit il avait le voyage gratuitement, soit il donnait les 3 francs 6 sous qu'il avait dans sa poche et quelques centaines d'euros en complément de de barrer le bateau. Euh aujourd'hui, c'est ce qui va arriver pour les taxibotes parce qu'on va arrêter les taxibotes et on commence à juger les gens qui sont à la barre de ces taxibotes. Là, on a vu un souané qui vient de prendre un truc comme un an de prison, il me semble.

Je veux pas dire de bêtises hein, mais il y a pas longtemps. Voilà. Bon, ça m'étonnerait que le soudanais soit quelqu'un qui opère avec les réseaux curdes et qui pilote des bateaux à tire la rigo et qui en tire bénéfice.

Évidemment que non. C'est quelqu'un une fois que le réseau a construit le bateau, gonflé le truc et tout, ils les ont mis à quatre ou cinq dedans. Ils ont dit "Tu pilotes, tu prends le GPS et tu vas récupérer tous ces gens sur cette plage." Donc ça va être instrumentalisé comme ça, je pense pour la suite.

D'accord. Merci. Donc je me tourne vers vous madame Martel.

Euh donc la la première question, donc la même chose sur scientifiquement, est-ce que vous avez une statistique ou une idée ? Donc si si si si même si c'est pas scientifique par rapport à ce que vous avez vu sur le temps de présence sur sur les sur les côtes avant de avant avant de de faire la traversée. La deuxième question que je voulais vous poser, c'est est-ce que vous avez eu des difficultés à obtenir les informations dont vous avez vous aviez besoin sur les chiffres d'interception, les coûts engagés, les modalités opérationnelles et cetera. est-ce que toutes les données euh ont été compliquées à obtenir pour votre pour votre thèse.

Et puis la 3è question, je suppose que vous avez étudié les textes et donc les accords du Touqué et les accords successifs. Je voulais avoir un peu votre analyse sur le fait que bon les accords du Touquet c'est la sécurisation et le fait que la frontière est bien du côté français notamment pour pour les ports. Sachant que pour le tunnel sous la manche c'était déjà un accord précédent.

Euh est-ce que finalement le fait que la frontière s'était tendue sur l'ensemble du littoral pour vous ça relève de quel texte exactement ? J'ai le sentiment que c'est pas vraiment le les accords du Touquet, mais les les les comment les accords postérieurs bilatéraux qui en fait petit à petit on fait de la frontière non plus seulement sur le territoire français au niveau du port ou du tunnel mais mais bien sur l'ensemble du littoral. Merci bien.

Merci pour ces questions. Euh concernant le temps donc passé par les personnes sur le littoral avant de parvenir à à aller en Angleterre, euh j'ai pas je n'ai pas ces données là. Je n'ai pas connaissance qu'il y ait des données qui existent.

Euh pour avoir des données suffisantes, il faudrait faire des des enquêtes représentatives du côté britannique. Euh comme comme l'a dit monsieur Goodich, je pense enfin de de ma connaissance, c'est un temps qui peut être très variable entre les personnes qui sont bloquées pendant une longue durée sur le littoral et les personnes qui y passent uniquement le jour de leur départ. Et euh cela dépend à la fois de donc de facteurs financiers, de leur accès au réseau et de facteurs météo. cette cette ce manque de données là pour moi il pointe vers une autre donnée à laquelle on n pas accès qui est l'effet de dissuasion en fait de des pratiques qui sont enfin des politiques sécuritaires qui sont mises en œuvre sur le littoral puisque en fait on a donc le le chiffre sur lequel enfin les données sur lesquelles se basent les gouvernements français et britanniques pour mesurer le succès de leurs pratiques sont un taux d'empêchement qui met en relation des interceptions individuelles et des arrivées vers le Royaume-Uni, mais les interceptions individuelles évidemment peuvent se répéter à plusieurs reprises pour les mêmes personnes.

Et donc le seul chiffre qui dit quelque chose en terme de nombre de personnes, c'est celui des arrivées vers l'Angleterre. Il y a absolument rien qui enfin en tout cas on a pas de données qui nous permettent de savoir à quel point c'est les échecs répétés ou non des traversés donnent lieu à des abandons de de ces tentatives là. Euh et par ailleurs, j'ai l'impression que dans les articles de presse que j'ai pu lire, il y avait euh enfin, il était il y avait des témoignages de personnes qui avaient tenté à multiples reprises les traverser.

J'ai l'impression que ça peut aussi ressortir d'un effet de biais euh de personnes qui sont bah par définition plus longtemps sur le littoral et donc peut-être plus accessible pour ces journalistesl. Pour votre deuxème question, concernant les difficultés à obtenir des informations au cours de ma thèse, je dois dire qu'il y a eu en effet de multiples endroits, enfin et un un peu à toutes les toutes les échelles de ma thèse, j'ai fait face à des temporalités plus ou moins longues d'accès à certaines données. Quand j'ai parlé de mes terrains ethnographiques, c'est j'ai n'ai pas mentionné mais les deux se sont déroulées dans le cadre de convention. l'une avec donc la SNSM, l'autre avec les douanes et et donc avec la SNSM, ça a présupposé de voilà tout ce temps d'acclimatation de d'acculturation aux pratiques de sauvetage en mer avant de de pouvoir justement avoir cette opportunité d'observer les opérations de sauvetage.

Et pour les douanes, il m'a fallu en tout 9 mois euh donc sur un un temps de thèse qui est enfin qui donc les contrats durent 3 ans. 9 mois, c'est très long pour avoir accès à à ces données-là. Euh mais pour le coup, une fois que j'ai eu ces accès, je n'ai pas eu je n'ai pas eu à faire face à de des blocages importants de la part des acteurs sovfteurs.

Euh en tout cas, j'ai bénéficié d'une grande confiance euh à la fois des douaniers et des sauveteurs de la SNSM qui étaient très volontaires pour me partager leurs connaissances, leurs histoires concernant des sauvetages passés. Euh ensuite, concernant concernant les d'autres difficultés d'information, j'ai j'en profite pour [rires] faire une demande au ministre des affaires étrangères. Euh j'ai fait une demande auprès de la commission d'accès aux documents administratifs pour avoir accès à justement euh certains plans, conjoints, arrangement administratifs qui ne sont pas disponibles publiquement euh à ce jour encore.

Euh cette demande est restée lettre morte et donc il aurait fallu faire euh euh appel devant un tribunal administratif pour avoir accès à ces documents, ce que je n'ai pas eu le temps de faire durant ma thèse. Et donc pendant ma teste, j'ai pu bénéficier de d'autres initiatives réalisées par d'autres personnes qui visaient justement à avoir accès à des documents qui n'étaient pas publics comme le journaliste Alexandre Lchnet du journal Politico qui a eu accès à à au poste des dépenses des crédits de HST euh pour les il me semble jusqu'à entre les années 2020 et 2022 ou 2023. euh donc documents qu'il a pu me transférer.

Euh et par ailleurs, j'ai moi-même aussi cherché à avoir des données sur les interceptions terrestres qui ne sont pas donc des données qui euh sont publiées quotidiennement. Ça a changé donc pendant ma la période de ma thèse puisque à partir de début 2024, d'avril 2024, le Royaume-Uni a commencé à publier publiquement donc les les le nombre hebdomadaire des interceptions terrestres réalisées par les autorités françaises. Donc donc une une donnée qui leur est communiquée par les forces de l'ordre française.

Et donc j'ai cherché à me rapprocher de des services du ministère de l'intérieur pour avoir accès à à ces données-là et aussi comprendre comment elles étaient calculées. Ce qui m'a permis notamment de de découvrir que parmi ces chiffres de d'empêchement se trouvait le nombre de personnes secourues en mer. Donc on voit ici encore une instance de fusion entre le sauvetage et la lutte contre l'immigration clandestine où à un moment opportun donc ces chiffres peuvent être utilisés pour démontrer au Royaume-Uni l'efficacité des contrôles français alors qu'il s'agit pour le coup de d'intervention de sauvetage qui ne relèvent pas d'interception qui font suite à une demande d'assistance des personnes.

Donc voilà, ça c'est donc ça tout cela a représenté des processus assez longs où j'ai dû naviguer entre différentes personnes, enfin essayer d'avoir des contacts et pour me permettre d'avoir accès à ces données là. Euh un dernier exemple si je si je peux concerne les avions de surveillance. Euh donc il y a il y a depuis depuis 2022 deux avions de surveillance qui sont financé par donc l'État français sur les crédits en DURSTST euh qui sont basé au Touquet.

Euh et durant ma thèse, j'ai été face à une confusion euh assez constante et qui perdure encore aujourd'hui entre ces avions et l'avion de Frontex euh qui survole également la zone avec euh le fait que souvent en fait on on réfère à à ces avions comme étant tous de l'ordre de Frontex alors que certains euh sont en effet affraités par l'État français. et euh et j'ai eu connaissance du fait que des élus locaux avaient les mêmes difficultés à avoir des informations sur qui était à l'origine de ces avions et de ses patrouilles, ce qui pose à mon sens un enjeu également de de contrôle démocratique sur ces pratiques qui sont mises en œuvre sur le littoral puisque le sujet des nuisances sonores induites par les patrouilles des avions est un sujet très récurrent sur le littoral. Et donc face à cette sorte d'invisibilisation empêche aussi de de d'avoir une discussion sur quelles sont les fins de cet avion, enfin à quoi sert en fait ces patrouilles aériennes qui sont par ailleurs aussi souvent décrites comme humanitaire alors que en effet elles se situe plutôt sur la terre et pas dans l'espace maritime.

Et concernant la 3è question sur le mon étude des textes de l'externalisation euh et l'extension de la frontière au-delà donc des points déterminés dans les accords du Touquai, dans le protocole de Sangat, donc à la fois les gares et les terminosées. Il n'y a pas de à mon sens de enfin de ma compréhension d'accord franco-britannique qui désigne le littoral comme relevant d'un lieu de contrôle migratoire. En en revanche, les accords donc Sanders de 2018 associent fortement la France à cette véléité de lutter contre l'immigration clandestine.

Et c'est donc suite à cela dans le contexte de l'émergence des traversées migratoires maritimes que tous les donc suite aux accords de 2018 sur ma période d'étude donc jusqu'à 2024, il n'y a pas eu d'accord de texte juridique entre la France et le Royaume-Uni. Il y a une uniquement des déclarations conjointes et ces déclarations conjointes donc qui n'ont pas donc le même statut par définition, celle-ci, elle désigne le littoral comme étant le lieu le lieu où se peuvent se dérouler les contrôles migratoires. Mais donc ça n'a pas fait l'objet d'une convention ou d'un traité bilatéral entre la France et le Royaume-Uni.

C'est plutôt de l'ordre de ces déclarations là. Si je peux permettre de de de vous demander un peu plus si je comprends bien, ça veut dire que cette extension de frontière sur notre littoral n'existe pas réellement mais que elle dépend uniquement finalement des accords financiers. C'est-à-dire que si nous faisons les contrôles sur le territoire français, sur les côtes française, h la Grande-Bretagne euh paye les fonds sandurst à la France pour effectuer ses contrôles, mais que juridiquement la frontière n'est pas fixée sur les territoires français.

C'est c'est bien ça. J'ai j'ai bien compris ce que vous vouliez dire. H alors il faudrait retrouver la phrase exacte dans le traité de Sandst qui donc désigne la participation de la France à la lutte contre l'immigration clandestine.

Mais en effet, il n'y a pas de de spécification géographique dans ce traité qui désignerait l'ensemble du littoral comme un espace de contrôle de frontière. C'est cette ces pratiques, elles sont de l'ordre de l'administratif. Euh elles ne font pas elles ne sont pas une obligation juridique à laquelle la France s'est engagée.

Euh à mon sens, donc elles sont cohérentes en fait avec cet ensemble d'accord, cette architecture de l'externalisation qui a lieu depuis les années 90 parce qu'elle s'adapte en fait à ces traversées mais elle n'y a pas eu d'espace désigné comme tel. Euh voilà, formellement. Très bien.

Je vous remercie madame la rapporteur. Merci à à tous les deux. Puis vous avez déjà abordé beaucoup des sujets que je souhaitais sur lesquels je souhaitais vous questionner.

Donc on a gagné un peu de un peu de temps. Monsieur Goodichot, je veux bien quand même que parce que vous avez écrit sur la traversée que vous avez effectué, pas seulement dessus mais aussi sur la traversée. Euh je veux bien quand même que vous décriviez cette traversée à laquelle vous avez participé et surtout parce que vous vous parliez du regard que les passeurs pouvaient avoir sur les personnes qui tentaient de passer en disant que parfois ils pouvaient se comporter comme des animaux.

C'est les termes que euh qui ont été qui ont été utilisés. Euh je veux bien votre regard euh sur comment se passe la traversée. Je crois qu'elle a duré pour vous 4 ou 5 heures.

Qu'est-ce qui se passe pendant cette traversée ? Quels sont les sentiments qui traversent les personnes euh qui sont qui sont à bord ? Ça c'est la première chose.

Je voulais savoir si vous avez une sorte d'estimation. On vous embête à chaque fois avec des chiffres et des évaluations, mais c'est aussi le travail qu'on s qu'on s'est fixé sur ces filières de passeur qui se sont ouvertes pour un retour vers vers la France ou en tout cas vers l'Union européenne. Est-ce que ça vous pouvez le quantifier ?

Euh deuxième chose et troisème question, c'est sur les personnes qui vivent sur le littoral. Dans vos écrits, vous parlez par exemple de Brigitte, cette dame qu'on a vu des fois dans des documentaires de des reportages qui chargent les portables des personnes exilé mais qui fait pas que ça. Est-ce que elle est simplement une exception ou elle incarne, je dirais pas tout mais au moins une partie de la population du littoral ?

Est-ce que voilà, vous avez quelques données là-dessus. Et puis madame madame Martel, vous évoquez les fonds Sanders dans le cadre des renégociations pour 2026-2029. À nouveau, le sauvetage ne fait pas partie euh de la ventilation de de ces fonds.

Est-ce que vous avez déjà un regard sur le fait que ça soit ça ne soit pas inclus dedans ? Mais est-ce que ça rejoint l'une des l'une de vos phrases qui dit qu'en dépit du droit international et dans un objectif de performance de frontière ferme, les actions de sauvetage en manche risquent de ne plus être considérées comme un devoir mais comme un acte de charité susceptible d'être suspendu. Est-ce que vous y voyez un lien ?

Et du coup, je fais même le lien avec le rapport Botorel dans lequel il préconise d'ériger une vraie garde une vraie force garde-côte et exonérer le plus possible la SNSM de ces opérations de police des frontières qui s'éloignent du sauvetage en mer bénévole. Fin de citation. Je précise que je suis en désaccord avec cette phrase, mais euh au regard en tout cas de ces trois trois questions que je vous pose, en fait, c'est une et même qui rejoint la confusion qui peut s'opérer et que vous que vous examinez dans dans votre thèse.

Mais ce que je veux savoir, c'est vous faites une photographie d'une période. Moi, je voudrais savoir comment vous voyez la suite au regard de des transformations déjà qu'il y a eu sur la période que vous avez examiné. Euh alors pour vous décrire cette traversée, c'est pour y prendre la nuit hein.

Euh je vais quand même revenir. Il y a eu deux tentatives. Euh la première tentative, elle est pas anodine parce que quand nous avons commencé à prendre la mer euh durant cette première tentative, on était trop dans le bateau et il y a de l'eau qui rentrait directement.

On s'est retrouvé avec de l'eau directement. au niveau des des mollets. Au bout de même pas une minute, on a commencé à naviguer péniblement.

Alors déjà en montant dans le bateau, à l'époque c'est c'était euh les passeurs ne faisaient pas monter les femmes et les enfants d'abord. Donc on a tous sauté en même temps. [soupir][souffle coupé] On s'est tous marché dessus et j'ai marché sur un enfant.

Voilà, j'ai marché sur quelque chose, une femme criait, attiré ce qui ressemblait à un sac à dos et puis quand j'ai levé les pieds, c'était un enfant qu'elle a repris dans les bras. L'enfant avait les yeux ouverts, était choqué mais bon, apparemment il a pas eu bien tiré. Ensuite, quand nous avons commencé à prendre l'eau et que nous avons commencé à partir en mer, il y a deux jeunes qui étaient assis en face de moi qui ont accusé la dame assise à côté de moi qui était deux jeunes afghans qui ont dit "La dame africaine à côté de toi, elle est trop grosse, à cause d'elle, on va couler, il faut la jeter à l'eau." Et donc les deux jeunes se sont rués sur cette dame en me demandant de l'aide et ont commencé à la tirer pour vraiment la jeter à l'eau mais sans aucune hésitation.

Sans aucune hésitation. Donc euh finalement leur entreprise enfin ils ont abandonné leur entreprise, ils se sont rassiés, on a commencé à repartir en mer et puis le bateau a coulé au bout de 50 ou 100 m et Dieu merci, on avait pied. Si c'était arrivé au bout de 100 m ou 500 m ou s'il y avait eu le même problème en mer, je pense qu'ils auraient pas hésité une seule seconde et que ça serait passé.

Aujourd'hui, j'ai plein de témoignages de gens en Angleterre que je recroise qui me racontent leur voyage et qui me disent "Bah, il y a deux qui sont tombés à l'eau quand on a fait le voyage." Et bon, mais vous l'avez vous en avez parlé de ça, vous avez appelé ce cour non, on a rien dit. Si on en parle à l'arrivée, c'est des problèmes, c'est une garde à vue, c'est un interrogatoire, c'est une enquête probable.

Donc il y a un espèce de tabou sur les gens qui tombent à l'eau, les gens qui sont jetés à l'eau, les problèmes qui peut y avoir pendant cette traversée et vraisemblablement beaucoup plus de morts que qu'on l'imagine. Pendant cette seconde traversée, euh on était beaucoup donc le le les réseaux avaient explosé, ressemblaient plus du tout à ceux qui m'avaient mis à l'eau 2 ans auparavant. Ils étaient extrêmement structurés.

Il y avait plusieurs petites mains qui amenaient des passagers recrutés. Euh, il y avait un homme de l'ombre qui faisait ça de loin, qui contrôlait de loin, un livreur qui est venu en voiture qu'on a attendu, qui a apporté un bateau. On était censé être 45.

C'était ce qui était le chiffre qui était communiqué au passeur. Au final, quand on est arrivé sur la plage, on s'est tous compté, on était 52. Pourquoi on était 52 ?

On se posait la question. Mais parce que les petites mains qui maintenant opèrent sur la plage sans contrôle euh de de de d'une hiérarchie et et du passeur et du boss qui reste loin, mais les petites mains, elles recrutent en douce sur les camps des passagers et elles les amènent au dernier moment sur la plage et elles ont empoché leur argent directement qu'elles se sont mises dans la poche. Donc ça ça fait partie des raisons pour lesquelles aujourd'hui les embarcations sont surbondées, c'est parce qu'il y a énormément de d'intermédiaires et de petites mains qui apportent tris 4 5 passagers.

Et donc le passeur pense envoyer un bateau de 50 personnes et puis au final ben c'est 65 personnes qui se retrouvent à partir en mer. Donc bon, on était 52. Euh avant de partir la police elle était pas loin. [grognement] Donc moi, j'imaginais, bon ben, c'est c'est fichu, la police, elle est à côté.

Euh, ils ont dit non non, c'est pas fichu, la police, elle est là-bas. Il faut juste qu'on court jusqu'à l'eau. On va toucher l'eau et que on aura gagné, la police ne pourra plus intervenir.

Donc, il y a un jeu du chat, de la souris de proximité. Il faut courir plus vite que les forces de l'ordre. Une fois qu'on a qu'on arrive, le drone était au-dessus de nous, baissé d'altitude, tourner autour de nous et puis finalement les les trois quatre personnes ont installé le moteur, euh nous ont sauvé d'embarquer, ont mis le barreur derrière le moteur, ils ont dit "Tu vois les lumières rouges là-bas ?

Go tu fonces." Et donc on est parti dans la nuit en visant les lumières de cette espèce d'antenne qu'il y a à Dour et on est parti avec ça comme GPS et puis des téléphones portables sur lesquels on regardait quand on avait du réseau, vers où on on naviguait euh dans la nuit noire vraiment en regardant autour de nous est-ce qu'il y a un navire, est-ce qu'il y a pas de navire ? Très vite le l'embarcation a pris l'eau.

On s'est retrouvé avec de l'eau jusqu'aux chevilles et puis après jusqu'au mollet. Euh les passeurs avaient tout prévu parce qu'on avait des sauts. Donc l'ordre a nous a été donné des des cop donc on s'est mis à écoper et on s'est jamais arrêté d'écoper du moment où on est monté dans le bateau jusqu'au moment où on est arrivé, on a été récupéré par les secours.

Je sais pas jusqu'où l'eau serait monté si on avait pas écoupé. Voilà. Est-ce qu'il y avait un trou ?

Est-ce que c'était nos habits plein d'eau qui se sont vidé ? Impossible de savoir euh pendant cette traversée, il y a plusieurs nationalités qui sont présentes dans l'embarcation qui parlent pas la même langue. Tous ne parlent pas anglais.

Ils reste souvent entre eux. Donc les Kurd iakiens sont entre eux, les Iraniens sont mis entre eux, les Africains et cetera, les Afghans. Euh parfois, il faut prendre des décisions dans le bateau.

Et quand les gens ne sont pas d'accord ou qu'il y a deux communautés qui sont pas d'accord, ben il y a des problèmes qui émanent de ces décisions à prendre. Euh, il y a des bagarres qui éclatent dans les bateaux. Moi, j'ai déjà entendu parler de coup de couteau et de gens qui sont jetés, de coup de point, ça arrive souvent.

Euh, on est parti en pleine nuit. Euh, l'eau était assez calme quand on est parti, mais la météo avait prévu de bouger dans la matinée et c'est ce qui s'est passé. Euh, au départ, les passagers étaient assez rassurés.

Je dirais même qu'il y avait une atmosphère soudée dans le bateau. Bon, on était une même équipe et puis très vite quand la météo s'est levé il y a des décisions qui devaient être prises et tout le monde n'était pas d'accord. Il y en avait qui ont commencé à avoir peur et Yanis c'est fini moi je veux arrêter, il faut qu'on rentre d'autres Yanis.

Non non non, on continue, on va là-bas. Donc il y a des insultes qui pouvaient partir dans le bateau et des tensions qui pouvaient éclater euh assez vite. C'est c'était inquiétant parce que vraiment on sentait que c'était palpable et que quelqu'un vraiment pouvait finir par-dessus bord.

Et je pense sincèrement que que ça arrive. Ensuite donc on a navigué, on a pris de plus en plus l'eau avec des vagues qui passaient par-dessus. Euh l'essence s'est mélangé euh à l'eau qui stagnait dans le bateau.

Donc il y avait cette peur des brûlures. Euh il y en avait qui voulaient absolument fumer. Donc il recevait des coups pour pas fumer.

Peur que le bateau prenne feu. On voyait passer ces espèces de les feries qui qui acheminaient les les personnes qui allaient faire un séjour touristique en Angleterre avec des personnes qui étaient sur le pont et qui nous voyaient dans l'eau. Certains faisaient des signes de bras en pensant être secouru, mais d'autres leur disaient d'arrêter.

Les féries continuaient leur route parce que je pense que croiser ce type d'embarcation est devenu bah de très banal. Euh le voyage a duré entre 5 et 6h. [grognement] On est passé par des tas d'émotions.

On a été content, on a chanté quand l'eau était calme et puis on a pour certains pleuré, prié. Quand l'eau était plus agitée, on s'est serré les coudes, on a discuté. Voilà, j'ai des tas de souvenirs.

La personne qui était assise à côté de moi connaissait mieux mon appareil photo que moi et me donnait des conseils sur comment je devais filmer parce qu'elle avait fait des études de cinéma en Iran. Donc, on se retrouvait à parler caméra tous les deux. Euh quand l'hélicoptère français est venu nous survoler, il y a eu un sentiment un petit peu de qui avait pour but de nous rassurer parce qu'on savait qu'on était observé puis il est parti et donc on s'est de nouveau senti abandonné et on a continué.

Le bateau s'est plié, le plancher a craqué. Euh le le le l'enfant qui était dans l'embarcation avait un gilet de sauvetage qui était trois fois trop grand pour lui. Certains n'en avaient pas.

Certains ne voulaient pas en mettre. [soupir] Euh oui, j'en avais un. J'avais le privilège, on m'en a donné un.

Même deux, on voulait m'en donner à un moment donné. Pr euh j'avais aussi des personnes qui étaient chargées de ma protection dans le bateau. Donc j'avais une quinzaine de personnes autour de moi qui était chargé de ma protection au cas où certains veulent me jeter à l'eau.

Euh il y a eu un accrochage avec des Albanais qui voulaient pas être filmé et qui m'ont clairement fait comprendre que si je l'ai filmé, ils en avaient rien à faire de qui j'étais et ils allaient me jeter par-dessus bord. Puis j'avais mon staff d'irien qui les ont dissuadé. Puis bon au final ça s'est ça s'est bien passé.

Quand on est arrivé dans les eaux anglaises, on y arrivait vraiment à vue d'œil, hein. On sortait les téléphones, ça captait, ça captait pas, le point se déplaçait et réapparaissait. Et puis finalement, on a jugé qu'on était dans les eaux anglaises.

Là où d'autres jugaient qu'on y était pas, il disait "Non, non, onappelle pas, on continue, on continue, on continue." Donc pareil, il y avait des des gens qui étaient pas d'accord et des altercations qui commençaient à éclater. Et puis finalement, on s'est résolu résout à à appeler les autorités les autorités anglaises.

Et là, c'est devenu un espèce de chaos parce que tout le monde a sorti son téléphone et dans la même embarcation, il y a peut-être quatre ou cinq personnes qui ont appelé les autorités anglaises. Il y en avait qui parlaient pas du tout anglais et qui se contentaient juste de hurler dans le téléphone. Help, help, we are in the sea, we will die.

C'est tout ce qu'il pouvait dire hein, sans donner de de de coordonnées. Donc, j'imagine le castetê de l'autre côté quand on reçoit cinq appels d'une même embarcation avec des gens qui hurlent en disant qu'on va mourir sans pouvoir donner de localisation. Euh ce jour-là, il me semble qu'on est à peu près un peu moins de 10 embarcations à avoir franchi à être arrivé en Angleterre.

Si les 10 embarcations, il y en avait entre cin ou six qui appelaient de la même manière que nous au même moment pour être secouru. Ça doit être compliqué. Euh la communication était sans cesse couper parce qu'on captait pas et donc on rappelait et à chaque fois c'était le le même processus.

On est dans la mer, on est tant de personnes, il y a des femmes, des enfants, on est près d'un bateau de telle couleur et puis c'était coupé. On rappelait. Allô, vous êtes qui ?

On est là, on est truc au bout de 4 c fois, il y avait un euh un découragement he qui avait gagné les les passagers. Certains disait "C'est fini, ils nous ont abandonné, ils viendront pas nous chercher." Euh c'est foutu.

Puis finalement, on a fini par avoir une communication avec quelqu'un qui a dit "OK, vous bougez pas." Ça s'est joué à pas grand-chose. On voit un bateau sur lequel il y a marqué "CM, il est pas loin de nous, on a des gilets rouges, on est tant de personnes, on voit pas les coordonnées GPS.

OK, on va vous repérer. Voilà, j'avais une fusée de détresse que j'ai tenté d'allumer. Euh il on l'a allumé dans le mauvais sens.

Elle a failli mettre le feu à l'embarcation donc elle a fini dans l'eau et puis euh j'avais pris avec moi une balise de détresse qui donne nos coordonnées GPS. Voilà, que j'ai déclenché. Donc les coordonné des GPS ont été envoyés euh au secours et puis euh donc ils sont venus nous chercher au bout de ouais d'une demi-heure une demi-heure 45 minutes.

Cette demi-heure elle est longue parce que 30 minutes à se demander s'ils vont venir s'ils nous abandonnent ça donne lieu à une imagination débordante hein. Les gens se disent "C'est fini, il y a trop de gens en Angleterre, on va couler. Moi je suis sûr mon pote mon pote Armed il a jamais donné de nouvell c'est sûr il a coulé il est mort et il y a plein de bateaux pareil et donc c'est pareil les tensions elles remontent d'un cran il y a des le bateau bougent asseyez-vous d'autres s'agitent se lèvent font des des signes de bras et puis finalement on a fini par avoir une ce bateau de la RNL qui est l'équivalent de la SNSM qui est venu nous chercher.

Il y avait d'autres bateaux des de des forces anglaises de la Borderfos qui eux étaient déjà plein de d'autres passagers. Euh le bateau de la RNA quand il est il s'est approché, les quatre le membres de l'équipage qui était là, ils se sont rapprochés. Ils étaient pas à l'aise hein, ils ont les yeux grand ouverts, ils disent "Mon dieu, bon qu'est-ce qui va se passer avec cette embarcation ?

Comment ils vont monter à bord ?" Donc ils s'approchent, ils donnent des consignes, ils essayent de se coller à l'embarcation. Tout le monde dit "Oui, oui, oui, oui, pas de problème, pas de problème." Mais dès que le bateau des softteurs est collé à notre embarcation, c'est l'anarchie quoi.

Les les les gens sautent de de passe du du boudin au bateau des softteurs de de tous les côtés, là où l'ordre avait été donné de passer simplement par un corridor, un par un, les femmes et les enfants d'abord. Non non, tout le monde saute sur le bateau de tous les côtés et on imagine pareil que il doit y avoir des gens bah qui tombent à l'eau dans la statistique de tous ces gens qui sont récupérés qui passent entre le bateau et des softteurs et le nôtre hein. Il y avait quand même de la houle, il y avait des écarts de de de de 1,50 avant de pouvoir monter et tout le monde est monté finalement sur le bateau puis les femmes et les enfants sont passés en dernier.

Voilà, quand on est passé de l'embarcation à l'autre, il y avait je dirais 20 cm d'eau dans la nôtre et puis on a abandonné notre bateau en pleine mer et voilà, on s tous tombé dans les bras, on a pleuré, on était content que ce soit terminé et puis tout le monde se disait enfin ça y est, c'est fini. C'est vraiment le sentiment qu'il y avait à bord. C'est fini.

Ça y est, le voyage est fini. Voilà. Oui, pardon.

Merci. Euh alors, vous m'avez posé plusieurs questions sur donc les évolutions concernant le dispositif de sauvetage en mer, ses éventuels financements par le Royaume-Uni et des précoinisations ou des mes interprétations pour la situation dans le futur. Alors déjà, je voudrais signaler que il y a déjà eu des financements qui se rapprochent enfin qui sont connecté au au sauvetage en mer puisque en fin 2024, il y a eu un panton de débarquement qui a été financé à Calais.

Donc cela montre que les financements standards peuvent ponctuellement être utilisés à des fins de qui participent à l'activité de de sauvetage en mer. Euh maintenant concernant le financement, l'utilisation de ces fonds pour financer des activités de sauvetage, je dans mon terrain, j'ai été j'ai eu beaucoup de discussions avec donc des sauveteurs de la station de Dquerkc, de la SNSM qui ont fait part, je me permets d'en parler puisqu'ils ont en parlé aussi publiquement, de leur volonté de pouvoir bénéficier de ces fonds-là pour se financer un canau de sauvetage qui serait davantage approprié à l'emport, enfin qui aurait une capacité d'emport approprié au à des embarcations qui peuvent maintenant emporter 60 voire 100 personnes. Euh et je pense que cette volonté de la station d'inquerc, elle elle illustre avant tout les difficultés des bénévoles à s'autofinancer et le fait qu'ils ont une vraie volonté de avoir des moyens qui soient adaptés à cette problématique.

Ça c'est vraiment quelque chose qui me semble important de souligner, c'est que quand on questionne les stations, enfin en tout cas moi les deux dans lesquelles j'ai fait mes terrains d'enquête, donc à Ber et à Dinquer qui a cette attache à cette mission de sauvetage là car elle correspond en fait à la raison d'être de la SNSM de selon eux et enfin voilà historiquement également de porter secours à toute personne en en détresse en mer. H donc cet enjeu de finance euh il il est à mes yeux important euh puisque euh donc le fait que les les moyens de sauvetage ne se situent en dehors de du champ semble légitimer le fait de d'octroyer des moyens financiers plus moindres à cette mission là. Alors, je voudrais reconnaître qu'il y a une des moyens considérables qui sont toutefois mises en œuvre, enfin avec la mise à disposition donc de moyens de la marine nationale, des douanes, des affaires maritimes, de la gendarmerie maritime euh et également donc cet affraitement de deux navires privés.

Euh mais toutefois, si on regarde justement cette cet affraitement spécifique là qui donc euh constitue les deux seul navires de qui sont uniquement dédiés donc à cette missionlà, euh c'est quand même paradoxal de constater que ce ne sont pas des bateaux qui sont les plus adaptés à cette mission de sauvetage en mer et que il semble que dans le le recrutement de ces navires aient pesé davantage les critères financiers que le fait de satisfaire les prérequis puisque ils sont factuellement en de ça des pré PR requis qui avait été listé dans le marché public concernant le tirando et à la fois la vitesse qui pouvait être maintenue autour de 10 nœud. Euh ça contraste fortement en fait avec les moyens qui sont alloués dans des contextes où l'externalisation implique les espaces maritimes et par exemple avec des situations en Turquie ou en Libye où l'Union européenne finance des navires euh pour réaliser des interceptions et qui sont alors des navires très performants. Donc on voit bien que dans cette situation, c'est le sauvetage qui est mise en œuvre par rapport au contrôle migratoire, on n pas les mêmes allocations de d'argent, pardon.

Ce qui voilà pointe cette dimension de parents pauvre du sauvetage en mer. Euh la question de est-ce que les sauvetages les moyens de sauvetage français devraient pouvoir bénéficier de des fonds sandur c'est une question épineuse. à mon sens au vu de des pressions répétées sur la période d'étude enfin sur la période d'étude de ma thèse réalisé par les les britanniques sur les moyens français en mer et à terre pour que l'espace maritime soit inclus justement dans ces lieux de pratique répressive.

Cela impliquerait de d'établir des gardes fous pour être sûr que c'est la l'interprétation française de la détresse et du droit maritime qui continuerait d'être mise en œuvre. H concernant la question de de la nécessité éventuelle de d'avoir une garde côte qui serait encore unique. Là encore, il faut faire enfin je pense que c'est une question à prendre avec de la nuance parce que à la fois avoir un corps de garde-côte qui serait un corps unique et donc qui ne reposerait pas sur différentes administrations qui ont chacune leur propre hiérarchie pourrait faciliter une uniformisation des pratiques donc à la fois l'apprentissage donc des pratiques de sauvetage par les membres de ces différentes institutions, leur formation et également le fait que des matéri matériaux adapté au sauvetage puisse être voilà équitablement réparti entre les moyens des différentes administrations.

En on a un exemple de garde-côte civile qui réalise des sauvetages en Europe qui est le corps de la SASMAR en Espagne qui est donc un corps de navires qui sont qui sont notamment des navires qui sont adaptés au sauvetage avec des équipages qui sont formés spécifiquement à cette mission. Euh toutefois, ce qu'on constate, c'est que dans le contexte des migrations maritimes vers les Canaries, cette ce corps civil, il a connu d'importantes pressions et des réorientations concernant sa mission. Donc il part enfin c'est l'exemple de l'Espagne témoigne d'un d'une convergence des pratiques maritimes des États européens vers une forme de militarisation de la gestion des des traversées de personnes migrantes.

Et concernant le fait que la la SNSM conserve un rôle dans cette mission là comme je vous l'ai dit. Donc c'est quelque chose auquel les soft auxquels j'ai été confrontés sont très attachés. C'est en effet cohérent avec donc les raisons d'être de la SNSM.

Et ce que j'ai pu voir également, c'est que ces ces bénévoles là ont un une possibilité de parole. ce sont des habitants du littoral. Donc ils ont également la capacité en fait de de diffuser une certaine information enfin voilà de la connaissance sur qu'est-ce qui est en train de se passer en mer, d'informer leur les habitants qui habitent autour des stations puisque ils sont dans une dynamique bénévole en fait de faire valoir leurs opérations de sauvetage euh auprès des des habitants locaux.

Euh et donc c'est l'occasion pour eux de partager justement parmi leur euh toutes leurs activités ces activités particulières-là de de sauvetage euh qui euh qui fait que à mon sens c'est important qu'il qu'il y ait des acteurs notamment de la société civile qui puissent participer euh dans cette zone-là aux activités de sauvetage. Toutefois, la SNSM n'est pas bien que ce soit une association indépendante, elle n'est pas complètement en dehors des institutions. déjà son intervention est euh estou contrainte et coordonné enfin elle se déroule uniquement lorsque le cross lie en joint et par ailleurs, ce que j'ai pu également constater pendant ma période d'étude, c'est que le sujet migratoire est un sujet sensible pour lequel leur capacité d'expression a pu à certains moments être plus compliqué qu'à l'égard d'autres sauvetages. et concernant les éventuelles transformations durant les auditions précédentes, il a été notamment mention que des navires de Frontex, de l'agence Frontex pourraient venir à être impliqués dans cette zone-là.

Et de la même manière que les financements britanniques pourraient peut-être changer les la manière dont le sauvetage est priorisé dans les eaux française, je m'interroge sur ce que l'implication de cette agence pourrait engendrer dans cette zone puisque pour jusqu'ici seul un avion donc est déployé par l'agence. Euh mais dans mes échanges donc avec des membres du ministère de l'intérieur m'a été formulé le fait que les quelques agents qui étaient donc lié à cette enfin qui était présents sur le littoral actif ou connecté en tout cas de par cette activité de surveillance se questionnent fortement sur la raison pour laquelle la France ne faisait pas d'interception forcée. Donc l'implication de de l'agence pose question en terme d'importation de pratiques qui surviennent à d'autres frontières maritimes européennes dans cet espace du D3 du Pascal.

Merci beaucoup monsieur De Floriant. Merci. Merci monsieur le président.

Monsieur Goudicha madame Martel merci de votre présence parmi nous. Je me présente, je suis Marc de Florence. Je suis le député RN de de Calé du Calésiei. [grognement] Je voudrais évoquer avec vous, monsieur Gouichot, si vous le permettez, la question du business de l'immigration qui est un des trafics les les plus juteux au monde avec le trafic de drogue, le trafic d'armes et cetera et qui repose sur les mêmes ramifications, des ramifications locales que vous avez évoqué à la fois dans les campements et entre les campements, des ramifications régionales sur l'ensemble de littoral, des ramifications nationales puisque la traversée, vous l'avez rappelé, elle commence dès la gare du Nord, voire dès l'arrivée sur le territoire français à Vintimi ou à Banuls [grognement] européenne.

Vous avez évoqué également les filières notamment allemande qui est la filière logistique des trafiquants. Vous avez évoqué également ces ramifications internationales avec le déboucher au Royaume-Uni et également les pays d'origine des des migrants ainsi que la base arrière financière des têtes de réseau. Je voulais savoir si vous étiez revenu, si vous étiez remonté jusqu'à ces ces bases arrières dans laquelle dans lesquelles les les têtes de réseau de trafic cachent l'argent sale issu du du trafic d'êtres humain.

Et si euh euh en quelque sorte euh on a on a des des moyens d'action euh qui seraient utilisable dans ces pays qui sont qui sont dans la souveraineté y compris intérieure et et fragile euh parce que le les seuls qui sont intervenus enfin l'intervention tension pour pour tuer ces pour neutraliser cette tête de réseau, elle nécessiterait d'utiliser des moyens régaliens qui sont à la limite du droit international. [grognement] Euh et puis euh vous avez évoqué également, je voudrais avoir votre avis sur le sur le fait que l'ouverture de voie légale euh pour la traversée de la Manche euh et c'est également valable madame Martel, peut-être que vous voudrez euh en parler euh ne sera que ne fera que reporter l'attention des réseaux de trafic qui vont de toute façon se diriger vers le gain et le profit vers d'autres endroits, notamment en Méditerranée. Donc, est-ce que l'ouverture de voie légale à laquelle je suis opposé politiquement en Manche Mire du Nord ne ferait pas que reporter l'attention les moyens financiers et matériels des réseaux de trafiquants vers la mer Méditerranée notamment où les moyens de sauvetage sont moins moins performants que que dans la Manche et où la mer est encore plus encore plus dangereuse.

Voilà voilà les deux les deux sujets que je vous propose d'aborder. Monsieur Goodichot ou ma vous commencez ou madame Martel comme vous le voulez. Madame Martel, merci pour vos questions.

Eu, alors de mon côté, ma thèse a n'a pas vraiment pris, enfin je me suis pas je n'ai pas réalisé d'ethnographie d'entretien auprès de des activités enfin des des passeurs et donc je n'ai pas développé ma connaissance sur la manière dont ces réseaux peuvent se repositionner à d'autres routes. Je n'ai pas connaissance. Je me demande enfin voilà, c'est une question ouverte aussi de est-ce que je me demande s'il y a des études qui existent pour montrer que la fermeture d'une route engendre des déplacements de ces réseaux sur sur d'autres endroits ?

Ce que je peux dire, c'est qu'à l'échelle du de D3 du pas de Cala, l'ouverture de voie légale pourrait justement mettre fin à ce à ce trafic là en en effet asséchant les les manes financières qui sont issus de des personnes qui n'ont pas d'autre d'autre choix que de ressortir à ses voies irrégulières pour atteindre le Royaume-Uni. Voilà donc une réponse succinte mais monsieur Goodichou alors non je n'ai pas pu remonter ses filières pour pouvoir voir où est-ce qu'il cachait tout cet argent et ça reste un sujet qui est très tabou même pour ceux qui gagnent le plus d'argent ils veulent jamais dire combien ils ont gagné c'est quelque chose enfin ils veulent pas éveiller de jalousie entre eux et cetera euh est-ce que ces réseaux se reporteraient sur d'autres frontières alors les réseaux qui prédominent dans le nord pas de calé, c'est des réseaux kurdes. Ils opéreraient pas en Méditerranée.

Ceux qui opèrent en Méditerranée, ce sont des réseaux locaux et africain, donc des gens qui qui connaissent ce territoire. Donc non, les réseaux cures n'opérerait pas là-bas. Ils ont une activité en Grèce, en Turquie, puis sur des frontières qui bordent leur territoire.

Euh en revanche, tout l'ouverture de voie légale porterait un un coût financier, c'est sûr, à ces réseaux parce que ils sont structurés dans cette partie-à. C'est des gens qui naviguent en Europe. Euh non, l'ouverture oui porterait un coup sérieux à leur à leur à leur économie.

Euh quoi d'autre ? Il y a j'ai une Oui, j'ai j'ai deux questions complémentaires pour vous, monsieur Gouich, vous qui vous êtes [grognement] j'allais dire immergé. il ces réseaux ont tout intérêt à ce [grognement] que l'Angleterre continue de financer euh cette militarisation de la frontière parce que ces réseaux s'alimentent de ça.

Ils s'alimentent de cette sécurité pour déporter leur zone de départ, pour trouver d'autres stratégies et pour devenir meilleur face à un autre réseau. Cette militarisation et ce financement de cette frontière, c'est c'est véritablement là de ça qu'il s'alimentent pour continuer à faire prospérer leur leur business. D'accord.

Merci. Euh vous qui vous êtes immergé, j'ai deux questions. Euh les associations nous ont dit que les réseaux de passeurs pouvaient faire de la publicité sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok.

Est-ce que vous en avez connaissance ? Et la deuxième chose, c'est quand nous sommes allés aussi sur place, les associations nous ont raconté que il arrivait assez régulièrement que des candidats au passage euh arrivent sur le sur site en pensant être hébergé éventuellement dans un hôtel ou en tout cas dans des bâtiments endur et quand ils arrivaient, ils cherchaient ces hôtels ou bâtiments endur et et en fait il découvrait que il se retrouvait sur ces campements de fortune euh que nous avons évoqué que vous qualifiez de de de jungle et nous avons vu d'ailleurs un certain nombre d'entre eux arriver avec des petits bagages cabines et donc il semblerait que les réseaux de passage ont un discours pour les apâ tout à fait différent de la réalité de ce qui se passe sur le terrain puisqueon voit bien que quand ils sont sur sur ces bateaux de fort fortune, il n'y a absolument pas la place pour prendre quelques bagages que ce soit. Donc, est-ce que vous qui vous êtes immergé, vous confirmez que il y a il y a le discours avant le passage et la réalité du passage et qui est aussi ces formes de publicité entre guillemets qui est faite pour les candidats au passage ?

Alors oui, j'ai vu cette publicité sur TikTok et sur les réseaux sociaux qui faisaient la la promotion de cette traversée. Oui, c'est assez c'est assez étrange. Euh je sais pas à quel point ça marche, à quel point ça convainc les gens.

J'ai l'impression qu'ils fonctionnent plutôt par bouche à oreille et puis ils sont au courant. Euh ensuite, évidemment le le la la promotion qui est faite du passage pour les les les candidat, c'est quelque chose d'extrêmement facile. C'est du 100 %, c'est garanti.

Il y a pas beaucoup de monde dans les bateaux. Euh vous serez hébergé et puis bon, la plupart ne sont pas dup quand même. Ils savent très bien qu'ils vont quand même sur un campement parce qu'ils se sont renseignés, qu'ils ont d'autres personnes qui sont passées par là avant eux.

Donc des gens qui arrivent en pensant trouver un hôtel, trois étoiles et finalement une toile de tente. Je pense qu'il y en a il y en a pas beaucoup mais peut-être que ça arrive. Euh il y en a qui viennent avec un peu d'argent et qui prennent tout simplement des chambres d'hôtel aussi aux alentours en attendant d'être appelé par le par le passeur.

Voilà. Euh cette promotion, elle évidemment elle est mensongère le jour du départ. Il y a beaucoup souvent des passagers qui se plaignent et donc ça ça devient un problème pour les espèces de petits passeurs qui sont chargés de faire euh régner la loi et de de de calmer euh la foule parce que quand il y a 50 personnes et qu'il y en a 10 qui dit "Ah non, moi je on m'a pas dit que je dormirai dans les bois 2 jours d'affilé, on m'a dit que j'aurai à manger, c'est quoi ce bazar ?

On m'a pas dit qu'on partirait en pleine nuit. On m'a pas dit qu'on monterait à temps. Et donc, il peut y avoir certaines fois des rébellions là où les petits passeurs interviennent et peuvent user de la violence pour dire "Non, non, maintenant tu c'est fini, tu la boucles et puis tu embarques dans ce bateau." Il y en a certaines fois aussi qui veulent pas monter, qui veulent pas monter parce qu'ils ont peur et qui sont véritablement poussés à monter parce que il faut qu'ils arrivent de l'autre côté.

Il faut que les chiffres soient remplis, il faut que l'argent arrive à destination. Ce que j'ai remarqué aussi, c'est qu'il y en a plein qui qui étaient pas contents, qui insultaient ses passeurs qui qui étaient mec content du service entre guillemets qui était rendu. Mais une fois arrivé en Angleterre, ils étaient contents, tout est oublié.

Et donc finalement, ils envoyaient un message après leur passeur. Il les remercient. Bon, c'était pas facile et tout ça, mais merci, merci.

Et puis il communiquait leur contact au prochain qui avait prévu de venir. Fait bon, ça va être un peu compliqué mais au moins il a pas menti. Au moins on est vraiment arrivé en Angleterre.

Très bien, il me reste à vous remercier 15h2 et donc nous avons eu 2h d'audition. Merci beaucoup à vous d'être venu jusqu'à nous. Merci pour vos explications et la précision de vos réponses.

Et donc je suspends la séance et nous nous retrouvons jeudi matin pour les auditions suivantes. Merci.