Les enjeux du Mondial de l'auto, la concurrence de la Chine, l'avenir de l'automobile... Le "8h30 franceinfo" de François Provost
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Questions et réponses
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- 0:17OuverteRéponse directe
Est-ce que vous partagez le pessimisme de nombreux experts et professionnels du secteur ?
- 1:32OuverteRéponse directe
Est-ce que l'automobile va si mal que cela ?
- 1:46FerméeRéponse partielle
Est-ce que vous allez supprimer d'autres emplois dans les mois et les années à venir ?
- 3:27RelanceRéponse directe
En matière d'électrification, vous êtes un peu à contre-courant ?
- 4:07RelanceRéponse directe
Vous pensez que ce n'est pas conjoncturel lié à la situation en Iran, au prix de l'essence ?
- 4:51RelanceRéponse partielle
Pourquoi les constructeurs s'accrochent comme ça ? Est-ce qu'il n'y a pas une fuite en avant ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:46Invité politiqueChiffre
« 85% des Français ne peuvent pas vivre sans voiture. »
- 0:55Invité politiqueChiffre
« Plus de 80% des Français veulent avoir une voiture, une nouvelle voiture. »
- 1:36PrésentateurChiffre
« 50 000 emplois en moins ces cinq dernières années en France. »
- 1:40PrésentateurChiffre
« Sans doute 75 000 encore supprimés d'ici à 2035. »
- 1:40PrésentateurChiffre
« Vous avez annoncé la suppression de 800 postes d'ingénieurs sur 5500 en France. »
- 2:34Invité politiquePromesse
« On va augmenter, grâce à la popularité de nos voitures électriques, les productions de plus de 25% en France, que je prévois dans les 5 prochaines années. »
- 2:44Invité politiquePromesse
« On prévoit une hausse de nos productions sur les usines françaises de plus de 20% sur les 5 prochaines années. »
- 4:23Invité politiqueChiffre
« Avant le conflit en Iran, déjà autour de 20% de mix électrique. »
- 6:11InvitéChiffre
« 80% des batteries sont fabriquées en Chine, 90% des terres rares nécessaires aux batteries sont raffinées en Chine. »
- 7:30InvitéChiffre
« Il y avait des droits de douane faibles, de l'ordre de 10%. »
- 7:40Invité politiqueChiffre
« Il y a un écart de compétitivité entre, disons, 35%. »
- 13:28Invité politiqueChiffre
« On a en prévision 108 nouvelles normes d'ici 2030. »
- 13:35Invité politiqueChiffre
« Ça veut dire 3 000 euros de plus par voiture. »
- 21:04Invité politiqueChiffre
« Entre 2010 et aujourd'hui, on a perdu 33% des emplois industriels en France sur l'automobile. »
Temps de parole
- Invité politique62 %
- Présentateur19 %
- Invité14 %
- ?5 %
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Bonjour Agathe. Bonjour. Et bonjour François Provo.
Bonjour
Simon, bonjour Agathe. Bonjour François Provo. C'est le plus vieux salon automobile du monde et Renault y est depuis le début, en 1898. Exactement. Le Mondial de l'Auto donc qui ouvre ses portes aujourd'hui au public à Paris, porte de Versailles. D'abord le constat, le tableau François Provo. Est-ce que vous partagez le pessimisme de nombreux experts et professionnels du secteur ? Est-ce que l'automobile va si mal que cela
?
Le salon de Paris, d'abord
on célèbre l'automobile. Donc je voudrais quand même démarrer par une note positive. On est ravis d'accueillir nos clients. On a un stand de 5000 m², on présente 50 modèles, on a plein de voitures électriques, ils marchent bien. Donc oui, l'industrie automobile européenne souffre et je pense qu'on va y revenir. Mais ce que je voulais vous dire et dire à vos auditeurs au départ, c'est que nous savons que 85% des Français
ne
peuvent pas vivre sans voiture. Que plus de 80% des Français veulent avoir une voiture, une nouvelle voiture, que malheureusement le parc automobile il est vieux depuis 11 ans.
Et
donc
les
trois mots clés pour Renault dans ce salon, c'est l'émotion, l'émotion de faire des belles voitures. Électrification, je pense que vous allez me réinterroger sur ce point. Mais aussi pouvoir d'achat parce qu'il faut trouver une solution pour que les Français puissent acheter des voitures.
Vous
allez nous dire effectivement comment vous comptez vous y prendre pour que la majorité des Français puissent continuer à rouler dans les prochaines années et les prochaines décennies. Tout en respectant la planète aussi, en respectant le pouvoir d'achat, etc. Mais pour revenir au tableau, 50 000 emplois en moins ces cinq dernières années en France. Sans doute 75 000 encore supprimés d'ici à 2035. Vous-même chez Renault, vous avez annoncé la suppression de 800 postes d'ingénieurs sur 5500 en France. Est-ce que vous allez supprimer d'autres emplois dans les mois et les années à venir ?
L'industrie automobile vit une transition, mais nous, Renault, on a fait le choix de s'ancrer et de confirmer notre ancrage en France et en Europe. Donc vous vous engagez sur 0
suppression d'emplois ?
On a un
certain nombre d'ajustements, mais le sujet, c'est plutôt l'ambition. C'est-à-dire que la vision du groupe Renault qu'on a déployée à travers notre plan stratégique qui s'appelle Future Ready, c'est de dire qu'on peut montrer qu'en France,
en
Europe, on peut développer
avec
nos ingénieurs, au technocentre,
avec
nos fournisseurs européens.
Sauf
qu
'on crée des emplois dans nos usines. Sauf que j'ai des postes ouverts dans toutes nos usines. Sauf que cette année,
on
va augmenter, grâce à la popularité de nos voitures électriques, les productions de plus de 25% en France, que je prévois dans les 5 prochaines années, qu'on investisse plus de 10 milliards d'euros en France, et on prévoit une hausse de nos productions sur les usines françaises de plus de 20% sur les 5 prochaines années, par rapport aux 5 années précédentes.
Vous, vous voyez le verre à moitié plein,
même si l'industrie ne
retrouvera sans doute jamais ces niveaux d'avant Covid, même s'il y a des postes qui sont perdus, vous dites qu
'il
faut voir les choses de façon positive.
Oui, et
puis
il faut être offensif. Renault, nous développons de belles voitures. Dans nos voitures,
il
y a beaucoup de technologies. Moi, j'entends parfois que les voitures d'origine chinoise sont modernes et
ont
plein de technologies. Venez voir nos voitures. On a un niveau de technologie, que ce soit l'électrification, le software, l'intelligence artificielle dans nos voitures, au meilleur niveau.
Justement, en matière d'électrification, vous êtes un peu à contre-courant, parce que vous, vous faites le pari de l'électrique. Alors, on sait qu'il y a l'obligation européenne d'atteindre 100% de voitures électriques neufs en 2035, une obligation un peu assouplie par Bruxelles. Beaucoup disent que le marché va se contracter, c'est dangereux. Vous, au contraire, vous y voyez une opportunité chez Renault
? Oui,
parce
que
je pense que l'électrification, c'est l'avenir. Alors, c'est l'avenir pour la planète. Mais c'est aussi l'avenir pour nos clients. Tous les clients qui basculent en voiture électrique, ils ne reviennent pas en arrière.
Donc,
tout l'enjeu, c'est d'arriver à convaincre nos clients.
Vous pensez que ce n
'est
pas conjoncturel lié à la situation en Iran, au prix de l'essence qui augmente ? Vous, vous pensez qu'il y a un vrai attrait durable pour la voiture électrique ?
Oui, parce que je pense que nous avons fait des efforts pour, petit à petit, convaincre les Français de passer à l'électrique. Au début, ça a été difficile. Maintenant, on était, avant le conflit en Iran, déjà autour de 20% de mix électrique. Et je pense que les Français, maintenant, ils se rendent compte que, finalement, le budget d'essence devient incontrôlable.
C
'est la troisième fois qu'il y
a
une crise.
Et
que la bonne solution, c'est qu'avec des voitures électriques ou électrifiées, une Clio hybride, par exemple, c'est moins de 4 litres au 100, près de 80% du temps en électrique en ville, eh bien, au moins, on contrôle son budget.
Sauf que les constructeurs, manifestement, se battent pour pouvoir continuer à construire des moteurs diesel et essence. Agathe l'a dit, la Commission européenne a déjà assoupli cet objectif de zéro voiture thermique en 2035 au niveau européen. On est maintenant à 90% d'émissions pour 2035. Paris et Berlin se sont même entendus pour descendre à 80%. Alors, pourquoi les constructeurs s'accrochent comme ça ? Est-ce qu'il
n'y a
pas une fuite en avant ? Moi, je crois que les constructeurs,
ils ne s'accrochent absolument pas. Nous avons énormément investi
pour
adapter notre outil industriel, pour adapter nos compétences. Vous me parliez de la réorganisation de l'ingénierie. Vous vous rendez compte, on a plus de 50% de nos ingénieurs au technocentre qui vont changer de métier pour aller vers l'électrique, vers le software. Donc, les industriels, nous, nous engageons. Nous, nous adaptons et nous le faisons. Alors, pourquoi ces assouplissements ? Quel regard vous portez là
-dessus
? L'objectif de 100% électrique était impossible et n'a aucun intérêt. C'est-à
-dire
la logique européenne de dire que finalement, ce qui fait le bonheur du consommateur européen, c'est plus de réglementation et un libre-échange naïf, ça ne fonctionne pas.
D'ailleurs, on va parler de l'excès de normes que vous pointez aussi. Mais est-ce que c'est réaliste cet objectif, sachant qu'on dépend de la Chine pour les batteries ? 80% des batteries sont fabriquées en Chine, 90% des terres rares nécessaires aux batteries sont raffinées en Chine.
À
quoi bon se lancer dans la course ? Est-ce qu'on n'a pas déjà perdu
?
Non, je ne pense pas. Moi, je ne
pense
pas.
En
tout cas, nous,
Renault... On peut
rattraper ce retard quand on voit les voitures chinoises qui sont moins chères, souvent plus performantes,
même si de moins
en moins.
Elles ne sont pas
plus performantes. Mais elles sont
moins
chères. Je m'inscris en faux. Nos voitures, là, vous me permettez, je vais parler de Renault, nos voitures, elles sont bien plus attractives.
Non, mais à tarif égal.
Nos voitures, elles ont exactement le même niveau de technologie. La seule différence,
c
'est qu'effectivement, l'écosystème chinois
a
une structure de coût qui est entre 30 et 40% inférieure à la nôtre. Mais ça, c'est l'Europe, c'est nos coûts, le coût de l'énergie, etc. Et ça, effectivement, nous, Renault, ça, on ne peut pas le compenser. C'est pour ça que depuis deux ans, j'avais appelé l'Union européenne et la Chine à faire un accord commercial, parce qu'on ne peut pas se satisfaire d'avoir un flux d'importations comme ça de voitures chinoises qui arrivent à des prix canons. Et ça,
ce
n
'est
pas vraiment équitable. Et si tout ça aboutit à encore baisser la production en Europe avec tous les impacts sociaux et industriels, ce n
'est
pas bien. Et donc,
je
pense, vous le savez sans doute, que la semaine dernière, le commissaire Sefcovitch a trouvé un accord avec son
homologue. Le
commissaire européen en commerce pour, justement, des quotas sur les voitures hybrides chinoises en Europe.
Avant,
il n'y avait
pas de droits de douane sur les
importations. Il y avait des droits de douane faibles,
de l'ordre de 10%. Et comme il y a un écart de compétitivité entre, disons, 35%, donc c'est ce qui explique que nos concurrents chinois pouvaient rentrer en Europe des voitures importées. Voiture importée, ça veut dire aucun emploi
en
France, en Europe. Ça veut dire que les ingénieurs dont vous parliez tout à l'heure, il n
'y a
pas d'emploi, ça veut dire aussi que... D'ailleurs,
vous-même, vous transférez
une partie de ces emplois d'ingénieurs
en Chine. Pas du tout, on a fait exactement l'inverse. Nous, ce que nous avons fait, c'est que nous avons décidé de créer un centre de développement en Chine pour apprendre sur les points
où
les Chinois étaient meilleurs que nous. C'est pas un transfert... Et donc,
on l'a fait sur la Twingo, parce que le
point où nos concurrents chinois étaient meilleurs que nous, c'est la vitesse de développement.
Et
on a appris sur la Twingo, qui maintenant est fabriquée en Europe,
et
maintenant, la vision du groupe, c'est de développer toutes nos voitures en deux ans, mais de le faire au technocentre, avec nos ingénieurs français, et avec nos fournisseurs
européens. On va revenir sur la concurrence de la Chine, François Provo, dans quelques minutes, mais d'abord, sur l'électrique, qu'est-ce que vous pouvez dire aux Français ? Vous dites, notre devoir,
c
'est de leur offrir des voitures électriques abordables. Il y
a
un dispositif de location longue durée, le leasing social, une aide du gouvernement, donc plus modeste, pour les aider à acquérir des voitures électriques. Les constructeurs n'en voudraient plus. Ils pourraient s'arrêter, ce dispositif, en 2027. Est-ce que c'est vrai ? Non, non, c'est
pas vrai. Renault a soutien le leasing social depuis le début. Ça a démarré il
y
a quatre ans, maintenant. Nous sommes le plus gros contributeur. Non, je pense que vous faites référence au fait qu'aujourd'hui, nous avons du mal à obtenir suffisamment de batteries d'origine européenne.
Il
y
a
une pénurie de batteries en Europe.
Pas une pénurie, mais c'est vrai que nos marchés, nos voitures, nos modèles marchent super bien. Évidemment, nous, Renault, avant les autres, on a fait le choix de demander à nos fournisseurs de venir s'installer en Europe. Sur notre site de Douai, on a un fournisseur chinois qui investit un milliard et demi d'euros sur le site de Douai pour faire des batteries européennes. Les batteries de la R5, elles sont fabriquées à Douai. Mais tout ça,
c
'est une aventure industrielle. Les Chinois, les Coréens ont mis 15 ans à développer leur filière de batterie. On ne crée pas des gigafactories en un jour.
Et donc, ça remet en cause
le
leasing social ? Ça remet en cause simplement le fait que le leasing social est conditionné à une batterie d'origine européenne.
Et
je trouve que c'est bien
que
les aides publiques soient conditionnées
à
une localisation forte en Europe. Et que moi, je n'arrive pas à en avoir assez
pour répondre à toute la demande. Et peut-être
que c'est moins rentable, le leasing social, que le leasing...
Non, non. C'est vraiment le manque de batteries européennes.
C'est une manière, pardon, Agathe, de faire pression sur le gouvernement aussi, et sur la Commission européenne surtout, pour dire qu'on a besoin de batteries européennes pour soutenir les ménages les plus modestes. Donc, il faut abaisser les normes en Europe. Vous savez,
moi,
je
suis patron de Renault. Donc, mon quotidien, ce n
'est
pas de mettre la pression sur le gouvernement. Moi, mon quotidien, c'est de servir mes clients. C'est d'assurer l'avenir de Renault, l'ancrage en France, en Europe. Donc, le leasing social, c'est bien. Les aides que nous avons en France régulières depuis 5 ans ont permis petit à petit aux Français de s'habituer aux véhicules électriques.
Tout
le monde a dans son entourage quelqu'un qui a une voiture électrique, etc. Et c'est ce qui fait qu'avec la crise en Iran, eh bien, maintenant, les Français se disent « Non, mais là, ça suffit. Mon budget essence n'est pas contrôlable. » Je pense que les Français, ils commencent à faire leur compte et ils voient que l'usage d'une voiture électrique peut être moins cher que de garder une vieille voiture de 12 ans.
En attendant, les Français n'ont plus les moyens de s'acheter des voitures neuves. Et 80% des voitures sont achetées en leasing, c'est-à-dire avec un loyer mensuel. Qu'est-ce que vous proposez chez Renault pour les familles ou les célibataires qui n'ont pas beaucoup de moyens et qui veulent rouler en électrique ? Ils ne peuvent pas s'en acheter une.
Oui, bien sûr. Effectivement, je pense que la bonne solution aujourd'hui, c'est d'acheter une voiture en location avec un financement. Il n
'y a
pas d'autre solution. Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que ça permet d'avoir une Twingo à partir de 99 euros par mois.
Sur
combien de temps
?
Sur 3 ans, 4 ans, 5 ans. Ça dépend des financements. Ça,
c'est votre
premier prix d
'électrique chez Renault ?
Oui,
c
'est le premier prix.
At
Twingo. Mais ça permet aussi d'avoir une voiture familiale comme la Mégane électrique que nous venons de renouveler à partir de 200 euros par mois.
Quand
vous considérez que vous avez une vieille voiture essence, et encore une fois, je rappelle que les Français roulent avec des voitures de plus de 10 ans d'âge.
Donc,
on n
'est
pas prêt à décarboner comme ça. Les Français veulent des voitures récentes. Eh bien, quand vous prenez une voiture essence de plus de 10 ans d'âge, et qu'à cause de ça, vous devez payer plus de 2 000 euros
d
'essence par an, quand vous basculez sur une R5, par exemple, et le coût de
l
'électricité va être de moins de 500 euros, ça fait déjà 1 500 euros d'économie. Donc voilà, petit à petit, les Français font leur compte, et ils voient qu'en partant sur une voiture neuve, une voiture récente, on peut avoir un budget d'utilisation de voitures abordables. Mais en tout cas, ça, je considère que
c'est
la mission de Renault.
Le
8.30
France Info, Agathe Lambret, Simon Le Baron.
Avec
François Provo, directeur général du groupe Renault, on en parlait à l'instant. La principale menace, ou l'une des principales menaces sur la voiture européenne, c'est la Chine. Plus de 20 marques chinoises exposent au Mondial, il n
'y
en avait que 10 lors de la dernière édition en 2024. Symbole de ce marché chinois en pleine expansion. Comment vous expliquez que la Chine, alors qu'elle partait de zéro il y a 30 ans en matière d'automobile, ait pris une telle avance sur nos constructeurs européens ?
Parce que je pense que la Chine, elle a une vraie politique industrielle.
Et
je pense qu'il n
'y
a pas de pays,
la
France, il n'y a pas de continent, l'Europe, qui peut être fort sans une industrie forte.
On n
'a
pas de politique industrielle en Europe
et en France ?
Non, parce que le logiciel, c'était de se dire que finalement, le bonheur du consommateur, c'est un tsunami réglementaire. Vous en parliez, 100% d'électrique. Sur l'automobile, nous, on a en prévision 108 nouvelles normes d'ici 2030. Ça veut dire 3 000 euros de plus par voiture.
Des normes environnementales, des normes en matière de sécurité. Encore
une fois, les normes, c'est très très bien.
Luc Châtel, le président de la plateforme automobile qui vous représente avec les 4 000 entreprises de la filière qui étaient avec nous hier sur France Info, qui co-organise ce Mondial de l'Automobile, il y a un quart, je crois, des ingénieurs chez les constructeurs actuellement qui travaillent
uniquement
sur ces normes. Uniquement sur la
mise à niveau des normes. Donc évidemment, encore une fois, les normes,
c
'est très très bien.
Mais
il n
'y a
pas un autre endroit sur la planète
où
on définit le bonheur des consommateurs et des clients
par
la norme et en définition qu
'ils
doivent acheter telle technologie dans telle condition. Et donc ça, effectivement, c'est le premier point.
Vous demandez un gel sur ces normes.
Oui, en tout cas. Y compris environnementales. Aujourd'hui, on a les normes les plus sévères en Europe. Et puis, vous voyez, les normes. Si à cause des normes, les Français ne peuvent pas s'acheter de voiture, garde une voiture qui a plus de 10 ans d'âge.
Vous
croyez qu'on décarbone
? Vous
croyez que les Français roulent dans des voitures plus sûres ?
Si
au contraire, on prend
les normes telles qu'elles sont. Moi, je ne demande surtout pas une réduction des normes. Mais que pendant 10 ans, par exemple, on se concentre à baisser les prix. À ce moment-là, je vous assure, quand un Français choisit, je ne parle même pas d'une voiture électrique, vous prenez une Clio hybride aujourd'hui, elle émet deux fois moins de CO2 que les Clios précédentes. Les polluants, les autres polluants, nous sommes à moins 90%. Moi, je préférais qu'il
y ait
beaucoup plus vite, beaucoup plus de voitures neuves pour les Français. Ça, ça permettrait concrètement de décarboner et d'améliorer la sécurité.
Et c'est quoi une vraie politique industrielle ?
Une vraie
politique industrielle, c'est de dire que c'est important d'avoir un contexte de compétitivité.
Donc,
c'est les coûts de production, c'est les aides à l'innovation. C'est important de dire que face à l'offensive de certains concurrents, on se protège un petit peu au niveau européen, faire exactement ce que font les autres, faire exactement ce que la Chine a fait il y a 30 ans. Pourquoi la Chine a une industrie moderne aujourd'hui ? Parce qu'il
y a
30 ans, la Chine a dit, écoutez, vous ne pouvez pas apporter des voitures. Si vous voulez rentrer en Chine, il faut amener de la technologie, des emplois fabriqués
chez nous. Donc, du
protectionnisme et de la
préférence
européenne
?
Vous savez, depuis deux ans, je dis la même chose aux autorités européennes. Je le dis d'ailleurs aussi aux autorités chinoises. Je pense qu'il ne faut pas du protectionnisme. Il faut appliquer ce que la Chine a si bien fait il
y
a 30 ans. C'est-à-dire qu'on limite les flux d'importation, parce que ça, ça ne contribue en rien à l'Europe. Mais on dit, moi je n
'ai
pas peur de la compétition, on dit à un concurrent d'origine chinoise, vous venez en Europe, mais à ce moment-là, c'est les mêmes règles. Vous envoyez des Européens, vous utilisez les fournisseurs européens, vous amenez de la technologie.
Ce n
'est
pas ce qui se passe aujourd'hui.
Absolument pas. Parce qu'il y a
des entreprises chinoises qui s'implantent en France de plus en plus. Une entreprise chinoise envisage de s'implanter en France
après cette importe en Europe.
Mes concurrents qui parlent de ça parlent beaucoup. Il n
'y
a aucune production. Aujourd'hui, toutes les voitures viennent importer de Chine.
Et
tant qu'il n
'y
aura pas un système
où
il y a une certaine contrainte et obligation,
et
d'un autre côté, rester ouvert, parce que je pense que l'Europe doit rester ouverte, et que nos concurrents chinois puissent venir s'installer, mais s'installer profondément dans la chaîne de valeur automobile,
et
bien ça fonctionnera pas. Mais vous
dites, les Chinois nous ont en quelque sorte obligés, pour pouvoir pénétrer leur marché il y a 30 ans, à ce qu'on leur donne nos technologies, notre savoir-faire. Est-ce qu'il
n'y a
pas eu une naïveté, ce n
'est
pas une injure de dire que Renault, Citroën, Peugeot sont des vieux constructeurs ? Est-ce qu
'il
n
'y a
pas eu une naïveté des vieux constructeurs, finalement, à l'époque, d'avoir donné tout le savoir-faire aux Chinois ?
Est-ce
que vous le regrettez aujourd'hui ? Je pense pas, parce que
je pense que d'abord, l'important, c'est l'avenir. Et nous, aujourd'hui, chez Renault, on a une organisation, une ambition, qui nous permet non seulement de faire des voitures qu'on considère plus belles, plus attractives, plus émotionnelles, mais dans les voitures Renault, on a toutes les roadmaps technologiques pour être au meilleur niveau. Maintenant, mon seul sujet, je le disais tout à
l
'heure, c'est un sujet de différence de coût avec la Chine. Est-ce
que votre seule option, désormais, c'est de faire comme Stellantis, par exemple ? Vous aussi, vous travaillez avec les Chinois, votre seule option, ce sont les partenariats avec les Chinois
? Non. Non,
je dis clairement que la stratégie de Renault, c'est de montrer qu'en France,
en
Europe, nous pouvons, avec nos technologies, indépendamment de quiconque,
être
au meilleur niveau mondial. Encore une fois, l'ambition de Renault, c'est qu'au Technocentre, on développe des voitures aux deux ans, au meilleur niveau technologique, avec nos fournisseurs. L'ambition de Renault, c'est de produire davantage en France. Et ça, on veut montrer que c'est possible, et je suis certain que c'est possible.
Et pourquoi on ne
fait
pas comme les Etats-Unis, alors des droits de douane massifs, 100% sur les voitures électriques chinoises
?
Parce qu'encore une fois, le protectionnisme, ça n'aide pas à la compétition. Moi, je n
'ai
pas peur de la compétition. Je pense que la compétition, c'est bien, ça nous rend plus forts. Je pense qu'aujourd'hui, Renault, face à cette compétition chinoise, est le seul constructeur non chinois à développer des voitures en deux ans. Toutes nos voitures seront développées en deux ans. Donc, je n
'ai
pas peur de la compétition. Mais il faut quand même un minimum,
pas
trop de naïveté,
et
un
minimum d'ambition industrielle. Vous parlez de naïveté, Stellantis, qui détient notamment Peugeot Citroën, va fabriquer ou fabrique déjà des véhicules pour le compte de son partenaire chinois sur son site de Rennes. Est-ce que c
'est
de la naïveté, pour le coup ? Je ne commence
jamais.
Les
choix de mes compétiteurs. Moi, j'explique à vos auditeurs nos choix, nos choix pour la France, nos choix pour l'Europe. C'est vrai qu'on est clairement un constructeur très européen. On souhaite le rester.
Un mot, puisqu'on parle de la Bretagne sur l'un de vos clients historiques, la fonderie de Bretagne, que Renault a fondée en 1966, à Codan, dans le Morbihan. Aujourd'hui, en redressement judiciaire, notamment à cause de votre désengagement, de l'arrêt ou de la baisse drastique de vos commandes. Les candidats à la reprise avaient jusqu'à cette nuit, minuit, pour améliorer leur offre. Savez-vous d'abord s'il y
a
une offre sérieuse ce matin
? Oui,
je
vais peut-être expliquer la situation, parce que c'est un dossier que nous connaissons bien. En fait, les fonderies de Bretagne, comme l'ensemble des fonderies, voient leur chiffre d'affaires automobile disparaître.
Mais
ça, c'est la conséquence de l'électrification. Mais là, pour le coup... C'est la conséquence des choix politiques de
l'électrification. Vous étiez engagé à les soutenir. Ce
que vous avez fait, 4,5
millions
d'euros ces derniers mois, il
y
a 250 emplois. Est
-ce
que vous pouvez dire qu
'on
va continuer à les soutenir ? Est-ce que ça permet ce matin de trouver un repreneur sérieux ?
En fait, le sujet, c'est que maintenant, il n
'y
a plus de débouchés industriels, automobiles. Et c'est pour ça que le projet de reprise il y a deux ans semblait intéressant, parce qu'en fait, c'était une reconversion des fonderies Bretagne vers la défense. Parce que malheureusement,
il
n
'y
a plus de débouchés automobiles. Oui, fabriquer
des
obus.
Moi,
je suis... Vous savez si ça se fait ? Ça avait l'air sérieux,
en
tout cas suffisamment sérieux pour que le tribunal du commerce valide ce plan de reprise il y a deux ans. Et vous le soulignez, oui, Renault a beaucoup soutenu cette reconversion. Donc moi, je suis triste de voir que visiblement, ce plan de reprise et cette diversification semblent ne pas avoir fonctionné. A priori, il
y a
250 salariés sur le carreau ce matin. Malheureusement, oui, j'en suis bien désolé parce que ce plan de diversification avait l'air sérieux. En tout cas, il a été fortement soutenu par Renault à l'époque. Oui, l'industrie automobile vit une transformation sans précédent. Vous le rappeliez dans votre introduction. Entre 2010 et aujourd'hui, on a perdu 33% des emplois industriels en France sur l'automobile. L'automobile, ça emploie encore
un
million de personnes directement et indirectement. C'est pour ça que je vous parlais de politique industrielle. À un moment, il faut faire des choix.
François Proveau, vous conditionnez vos investissements en France à la stabilité économique, sociale et politique. On est à quelques mois de la présidentielle et la politique du futur président aura forcément des conséquences économiques. En France et pour Renault, que dites-vous aujourd'hui ? On ne
vous
demande pas pour qui vous allez voter, mais est-ce qu'il y a des programmes, des idées qui vous inquiètent plus que d'autres
?
Je pense que c'est important pour un groupe comme Renault qui a un ancrage français très fort, mais qui en plus est
un
peu dans l'esprit de tous les Français. Tout le monde a un peu l'impression que Renault c'est une vraie entreprise française. De dire que, bon, on fait le choix de la France. La France, pour Renault, c'est 20% de notre activité, 20% de nos productions, 40% de nos salariés, la moitié de notre R&D.
Et
donc, c'est vrai que, moi j'appelle tous les candidats à passer du temps sur les sujets industriels.
Encore
une fois, je le redis, il n'y a pas de pays fort sans industrie. À passer du temps pour comprendre comment stimuler et renforcer le poids industriel et singulièrement le poids de l'automobile. Et je pense que c'est mon devoir et c
'est
pour ça que je rencontre, je rencontrerai les candidats pour
leur
donner. Déjà, ils vous ont écouté certainement certains d'entre eux ce matin. le budget examiné aujourd'hui à l'Assemblée, est-ce que vous appelez les députés à le budget ?
Est-ce
que vous dites c'est à le voter ? Est-ce que c'est important que la France ait un budget ?
Bien sûr que
c'est important que la France ait un budget. Bien sûr,
c
'est important parce que comme ça, ça stabilise les choses et nous, Renaud, en tout cas, on a besoin de stabilité. Si je prends un exemple très concret, la hausse des taux, alors qu'il n
'est
pas un sujet que français.
Très rapidement,
s'il vous plaît, il nous reste quelques secondes.
La hausse des taux depuis le début de
l'année
à la stabilité politique et financière. Vous disiez 13 millions d'euros il y a quelques jours.
Vous
avez dit au début de l'interview plus de milliards. Pardon, vous disiez 13 et vous avez dit au début de l'interview
plus de
10. On a investi 13 milliards depuis 5 ans et on va investir plus de 10 milliards dans les 5 prochaines années.
François Provo, directeur général de Renault, merci d'être passé nous voir ce matin juste avant l'ouverture publique à Paris donc de ce mondial de l'auto. Merci Agathe et à demain.
Merci
beaucoup.