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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 12 mai 2024 15 min

« Il y a un effet de locomotive dans l’emploi industriel » selon Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'agriculture

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Votre invité ce matin, Pierre-Hugues, est Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire. Bonjour Agnès Pannier-Runacher. Bonjour Pierre-Hugues Dubois. Et merci d'être avec nous ce matin en studio pour évoquer ensemble les sujets agricoles mais également le sommet de Chousse France. Emmanuel Macron va accueillir aujourd'hui à Versailles plusieurs centaines de chefs d'entreprise pour les inciter à investir en France.

Les premières annonces mentionnent des investissements dans l'intelligence artificielle, la décarbonation, la santé. Côté agriculture, le leader mondial de produits surgelés à base de pommes de terre, McCain, promet d'investir 350 millions d'euros pour moderniser ses usines. La crise latente du monde agricole a démontré l'importance d'investir dans l'agriculture. Y aura-t-il d'autres annonces aujourd'hui qui concerneront le monde agricole ?

1:04
Agnès Pannier-Runacher

Oui, une annonce très importante. Fertigui, 1,3 milliard d'euros pour produire de l'engrais en France. C'est très important parce que c'est un des maillons de la chaîne sur lequel nous sommes dépendants. Nous devons importer des engrais de pays comme l'Ukraine notamment. Donc tout le monde comprendra cette vulnérabilité que nous avons sur ce sujet-là. Nous travaillons évidemment à réduire nos besoins en engrais aussi pour des raisons de qualité des sols et dans le cadre de la transition agroécologique, de réduire notre besoin en engrais synthétique. Mais néanmoins, c'est une excellente nouvelle. Et vous mentionnez McCain. McCain, c'est l'aval de la filière pommes de terre.

C'est un dossier que j'avais porté il y a 4 ans lorsque j'étais en charge de l'industrie. C'est évidemment, ça permet de conforter des centaines d'emplois dans les Hauts-de-France. Mais ça permet aussi de donner des perspectives à ceux qui cultivent la pomme de terre dans les Hauts-de-France.

2:01
Présentateur

McCain a annoncé moderniser ses usines, ce qu'on appelle gentiment moderniser des usines. C'est en réalité les automatiser et donc détruire des emplois ?

2:08
Agnès Pannier-Runacher

Non, pas du tout. C'est surtout les rendre plus productives et les rendre à même de pouvoir, avec des emplois supplémentaires, car ce sont des investissements qui créent des emplois supplémentaires, de pouvoir traiter encore plus de pommes de terre. Il y a 4 ans, les producteurs de pommes de terre envoyaient leurs pommes de terre en Belgique, qui revenaient sous forme transformée, frites, chips, etc. en France. C'était totalement paradoxal. Aujourd'hui, nous faisons en sorte de maintenir toute la création de valeur en France. C'est des emplois et des emplois de qualité.

2:42
Présentateur

Comment on s'assure que ces emplois seront bien créés en France ? Si je vous parle des emplois, c'est qu'on constate une importante disproportion entre le volume des investissements et les créations de postes. Logique, puisque à cause notamment du coût du travail, la France attire beaucoup d'activités à forte valeur ajoutée. Est-ce que ça a des limites, là ?

2:59
Agnès Pannier-Runacher

En fait, ce qui est important, c'est d'avoir des emplois qui soient à la fois accessibles à tous les niveaux de formation. C'est le cas des emplois industriels et qui soient très bien rémunérés. Il faut avoir en tête que dans l'industrie, des emplois qui sont à 2 fois le SMIC, 3 fois le SMIC, c'est très courant. En particulier dans les industries de type métallurgique, un soudeur, un chaudronnier gagne beaucoup mieux sa vie qu'un SMICAR. Et c'est une très bonne chose. Et derrière ces emplois, il y a des emplois induits. Pour un emploi industriel, vous avez 3 à 4 emplois induits sur le terrain.

Ça va être tous les sous-traitants, ça va être aussi tous les services publics en appui d'un certain nombre d'emplois. Et je veux rappeler ce chiffre parce qu'il est très important. Entre 2000 et 2015, la France a détruit 1 million d'emplois industriels. Vous imaginez l'impact sur l'emploi et le rôle dans le chômage de masse que nous avons connu lorsqu'on dit qu'un emploi industriel, c'est 3 à 4 emplois induits. Depuis 2017, nous avons créé plus de 100 000 emplois industriels. Ce n'est pas rien et cela explique notamment la baisse du chômage et l'augmentation du taux d'emploi en France.

4:15
Présentateur

Et il y a un an, il y avait un précédent au Sommet de Chous France, 13 milliards annoncés. Ça ne correspondait qu'à 2 000 emplois. Il en manque près de 2 millions pour atteindre le plein emploi.

4:23
Agnès Pannier-Runacher

Oui, mais comme je vous l'indiquais, il y a un effet de locomotive de l'emploi industriel. Et c'est ça qui est important. Et bien entendu, tous ces emplois industriels qui sont créés par des investisseurs étrangers, c'est aussi des emplois qui entraînent la locomotive française et les PME industrielles françaises. Donc il faut voir l'ensemble de la filière. Ces emplois, ils sont aussi durables. Sécuriser la productivité d'un site industriel, c'est-à-dire s'assurer qu'il ait, avec les meilleurs investissements, la meilleure robotisation, ça a deux éléments. La première chose, c'est que vous sécurisez le site dans la durée.

La deuxième chose, c'est que des conditions de travail fortement améliorées. Il faut aussi penser à ça. L'industrie, ce n'est pas les années 70 avec des corps meurtris à 50 ans. C'est aujourd'hui des industries qui sont robotisées, des conditions de travail qui sont aussi bien meilleures que dans beaucoup d'autres secteurs.

5:19
Présentateur

L'objectif pour l'exécutif, c'est donc l'emploi. Mais quel type d'emploi voulez-vous créer ?

5:24
Agnès Pannier-Runacher

C'est ce que je vous indique. C'est-à-dire des emplois qui sont accessibles du CAP, CAP, Bac Pro, Bac Pro plus 2 ans, BTS, etc. Et des emplois qui sont, en moyenne, beaucoup mieux rémunérés que la moyenne française. Vous savez qu'aujourd'hui, beaucoup de Français sont rémunérés au SMIC. Nous voulons faire en sorte de leur donner des perspectives et l'industrie en donne.

5:49
Présentateur

Et dernier point, d'ailleurs, sur Choose France. La plus grosse annonce pour l'instant revient à Amazon avec un investissement de plus d'un milliard d'euros. De plus de 3 milliards d'euros. Plus de 3 milliards d'euros, pardon. Ce sont des emplois principalement créés dans ces centres logistiques. Des emplois payés au SMIC, là aussi, où Gabriel Attal voulait dé-smicardiser la France.

6:06
Agnès Pannier-Runacher

Alors là, on est dans une autre logique. Amazon, ça fait partie de ces sociétés qui, effectivement, donnent leur chance à des gens qui n'ont pas de formation professionnelle très approfondie, mais qui ont des parcours de carrière. C'est la promesse qu'ils font. Et ce qui est important, c'est de s'assurer que cette promesse soit délivrée. Vous avez des gens qui ont des parcours grâce à Amazon qui leur met le pied à l'étrier. Bien entendu, alors, encore une fois, ce sont des investissements privés. C'est de l'argent privé. Il peut y avoir des soutiens publics à l'appui d'un certain nombre d'investissements.

Lorsqu'il y a des soutiens publics, nous assurons que la réalité du projet est mise en œuvre. Il n'y a pas un euro public qui ne soit versé, qui ne corresponde pas à une dépense réalisée sur le territoire français. Donc, nous ne finançons que des investissements qui sont réellement réalisés en France. Je veux le préciser, c'est important pour ceux qui nous écoutent.

7:07
Présentateur

Nous sommes avec Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire. Le projet de loi d'orientation agricole arrive cette semaine en séance à l'Assemblée. Quelles sont les lignes rouges sur lesquelles vous ne transigerez pas ?

7:21
Agnès Pannier-Runacher

Je crois d'abord qu'il faut dire ce que c'est que ce projet de loi. Ce projet de loi, il répond à des demandes très précises de la part des organisations professionnelles agricoles. C'est un des éléments des 70 engagements pris par le Premier ministre et le Président de la République pour sortir de la crise agricole. Ça n'épuise pas tous les sujets de la crise agricole. Je vais aussi redire une chose. Deux éléments sont assez centrales dans cette crise agricole. Le premier, c'est le dérèglement climatique qui, depuis 5 ans, impacte très fortement les rendements des agriculteurs. Et ce dérèglement climatique ne va pas disparaître la semaine prochaine.

Donc nous devons accompagner les agriculteurs dans la durée. C'est ce que nous allons faire avec des mesures complémentaires. La deuxième chose, c'est ce qui se passe en Ukraine. L'Ukraine, c'est la fermeture de débouchés vers la mer Noire par Vladimir Poutine. C'est une politique qui utilise l'agriculture et l'alimentation comme arme de guerre et qui a des conséquences sur les marchés, augmente le prix de l'énergie et des engrais, écrase le prix des céréales. Et donc là aussi, ça a un impact sur notre agriculture. Le projet de l'orientation agricole répond en partie aux besoins des agriculteurs.

D'abord en posant le fait que l'agriculture, c'est une activité souveraine, fondamentale pour la nation. C'est important de le dire. C'est un besoin de reconnaissance qu'avaient les agriculteurs. Deuxièmement, en prenant des mesures qui facilitent l'installation de futurs agriculteurs. Pourquoi ? Parce qu'un agriculteur sur deux va partir à la retraite dans les 10 ans qui viennent.

8:56
Présentateur

Mais vous mentionnez la guerre en Ukraine et le dérèglement climatique. C'est deux causes sur lesquelles l'exécutif peut quelque chose sur le dérèglement climatique, un peu moins sur la guerre en Ukraine. Les agriculteurs veulent être rassurés. Ce que vous nous dites ce matin, c'est que ce projet de loi ne peut pas totalement les rassurer.

9:11
Agnès Pannier-Runacher

Non, c'est un des éléments. Il y a 70 engagements, je le redis. Et vous avez plusieurs projets de loi qui vont s'enchaîner pour répondre et donner une réponse d'ensemble aux agriculteurs. Un projet de loi sur les phytosanitaires. Un projet de loi sur le revenu des agriculteurs. Le fameux prolongement des états généraux de l'alimentation qui avait conduit à mettre en place des mesures législatives et réglementaires qui permettent de mieux rémunérer les agriculteurs dans l'enchaînement industrie et distribution. Et un certain nombre de textes réglementaires que nous avons d'ores et déjà publiés au journal officiel. Donc c'est une réponse multifacette à une crise qui est elle-même multifacette.

Et le projet de loi sur l'orientation agricole est un élément important de cette réponse. Mais ne constitue pas la réponse globale puisque nous avons d'autres projets de loi, d'autres textes. Je précise une chose, tout ça sera fait et terminé dans l'année 2024. Nous avançons à un rythme très soutenu.

10:14
Présentateur

Et pour autant, vous disiez une crise multifacette, une des facettes de cette crise, c'est aussi les oppositions du monde écologiste. Je pense notamment à ces manifestations ce week-end contre les méga-bassines dans le Puy-de-Dôme. La Confédération Paysanne appelle à un moratoire national sur ces méga-bassines, ces grandes retenues d'eau. Faut-il un moratoire national ?

10:32
Agnès Pannier-Runacher

Absolument pas. La Confédération Paysanne n'est pas du tout représentative sur ces sujets-là du monde agricole. Elle est très largement minoritaire, même si c'est un des syndicats agricoles. Et pourquoi on a besoin de précisément avoir une stratégie en matière d'eau ? Parce que le dérèglement climatique nous l'impose. Et parce que depuis que l'homme est agriculteur, il a toujours géré la gestion, il a toujours géré la ressource en eau. Nous, ce que nous voulons, c'est de la sobriété en eau. Et nous avons fait un plan sobriété eau l'année dernière avec un objectif de diminution de notre consommation d'eau de 10%. L'agriculture fait partie de ce plan.

Mais nous voulons aussi mieux gérer la ressource en eau. Et gérer la ressource en eau, c'est être capable de la stocker lorsqu'on a des précipitations, de la stocker lorsqu'on est à l'aise par rapport à la ressource en eau, c'est-à-dire l'hiver, de façon à la réutiliser l'été.

11:34
Présentateur

Et pourtant, il y a un impact dans l'environnement de ces méga-bassines ?

11:37
Agnès Pannier-Runacher

C'est faux. Alors, je vais être très claire. Des projets de méga-bassines font l'objet d'une autorisation environnementale. Et donc, nécessairement, la prise en compte de l'impact environnemental est réalisée. Donc, il est faux de dire que nous ne regardons pas, je précise ma pensée jusqu'au bout, il est faux de dire que nous ne regardons pas l'impact environnemental de ces projets. C'est même ça qui permet de les autoriser. Donc, soyons très clairs. Nous voulons accélérer sur la gestion de l'eau. C'est une responsabilité politique dans un monde où nous faisons face à du dérèglement climatique. La gestion de l'eau, ça suppose des infrastructures.

Nous les mettons en place et nous les accélérons. Ces infrastructures, elles sont autorisées en fonction de leur impact environnemental. Celles qui ont peu d'impact sont autorisées. Celles qui ont un gros impact ne seront pas autorisées. Les choses sont très claires. Et derrière cela, il est logique.

12:32
Présentateur

Gros impact, ça veut dire quoi ? C'est quoi le critère ?

12:33
Agnès Pannier-Runacher

Vous avez des études d'impact environnemental très précises. Vous savez, en droit environnemental, nous sommes un des pays les plus exigeants au monde. On ne peut pas à la fois nous reprocher d'avoir trop de normes et d'être les plus exigeants au monde en matière environnementale. Et ensuite, nous dire que nous n'avons pas ces exigences-là. Donc moi, je le dis très clairement aux écologistes. Il faut sortir de la caricature du blanc et du noir. Cela affaiblit le pays. Cela malheureusement ne permet pas d'améliorer la gestion environnementale dans notre pays. Parce que nous mettons nos agriculteurs en grande difficulté. Et l'enjeu, c'est aussi de nourrir les populations.

13:10
Présentateur

Dernier sujet, parce que l'agriculture, c'est aussi l'Europe, la politique agricole commune. Parlons de l'Europe. La candidate de votre camp, Valérie, est controversée. Certains lui reprochent de ne pas avoir les épaules ce week-end. Elle a été prise en photo avec des militants d'ultra-droite. Elle invoque un piège. La naïveté est une faute, répond l'écologiste Benjamin Lucas. Selon vous, Valérie Ayet, est-elle le bon choix ?

13:32
Agnès Pannier-Runacher

Oui, c'est le bon choix. Et je trouve cette polémique pathétique. Elle montre à quel point les oppositions ont peu d'arguments à opposer au bilan et au programme de la majorité présidentielle. Nous, on les attend sur le fond. Quel est leur projet pour l'Europe ? Quelles visions ont-ils, justement, des transitions écologiques et agroécologiques que nous devons mener ? Comment souhaite-t-il rendre l'Europe plus forte pour faire en sorte que la France soit plus forte ? Nous, nous avons des propositions très précises, très ambitieuses. Nous avons également un bilan.

Je rappelle que c'est la France qui a entraîné l'Europe dans la reconnaissance du nucléaire, précisément pour apporter une réponse...

14:07
Présentateur

Les oppositions vous répondront que ce n'est pas forcément votre compte à changer d'avis là-dessus, sur le nucléaire.

14:12
Agnès Pannier-Runacher

Moi, je vous répondrai que pour avoir porté la réforme du marché européen de l'électricité, pour avoir porté les textes sur l'électricité, c'est bien la France qui a été à la manœuvre. Et c'est bien la France qui a su imposer un point de vue européen, la Commission européenne et à l'Allemagne. Le reste, c'est la littérature. Parlons du fond. Les polémiques sur les photos et les selfies que prennent les uns et les autres ne sont pas à la hauteur des enjeux. Nous avons un pays agresseur aux portes de l'Europe qui attaque l'Ukraine, qui multiplie les attaques informationnelles et cyber en Europe et les attaques contre les intérêts français et européens en Afrique.

Il est temps de regarder les choses en face et de choisir la liste qui est la mieux à même de défendre l'Europe dans les années qui viennent.

14:53
Présentateur

Merci Agnès Pannier-Runacher d'avoir été ce matin l'invité de la matinale. Je rappelle que vous êtes un ministre délégué auprès du ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire.