Motion de Censure contre le gouvernement - Discours de Mathilde Panot
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Madame la Présidente, Madame la Première Ministre, collègues, Il est logique que le refus de la confiance récolte la défiance. Nous voici enfin de retour en démocratie parlementaire. Pour résumer, vous avez été nommé par le Président de la République en mai. Puis, au lendemain du naufrage des législatives, vous lui présentiez votre démission. Le Président vous a maintenu en poste, et ce, alors même que vos idées sont minoritaires dans le pays. Vous ne tirez donc votre légitimité ni des élections législatives, ni même du Parlement, à qui vous n'avez pas demandé s'il vous faisait confiance pour conduire la politique de la nation.
En d'autres termes, vous êtes, à cette fonction, une anomalie démocratique. Vous avez, la semaine dernière, longuement parlé. Une heure et demie de déclarations alternant truisme, flagornerie, clin d'œil appuyé et subtil à certains de mes collègues, vaines tentatives de diviser la NUP, mots creux dont la Macronie raffole, territoire, égalité des chances, des destins, bâtir ensemble, avancer, pour mieux emballer une ligne ultra-libérale qui ne vous a jamais quitté. Car oui, votre déni de réalité continue. On trouve dans votre discours une ressemblance frappante, avec celui d'Emmanuel Macron sur son programme présidentiel en mars. Sauf que c'était déjà il y a quatre mois.
Depuis, vous vous êtes engouffré dans une ellipse temporelle pour effacer votre défaite. Votre déclaration, c'est l'insoutenable continuité de votre projet entre auto-satisfaits site et congratulations. Vous prononcez, Madame la Première Ministre, cinq fois le mot compromis, mais pas l'ombre d'un regret des cinq années passées. Pourtant, vous stimulez un rétro-pédalage. Votre ministre de l'Intérieur dans la presse nous dit que la situation, je cite, « consiste à corriger sans doute un certain nombre de choses programmatiques, de comportements que nous avons eus ». Vous-même, Madame la Première Ministre, nous dites, les Français nous demandent d'agir et d'agir autrement.
Ils nous invitent à des pratiques nouvelles. C'est là que la grande énigme commence. De quelles pratiques parlez-vous ? Quelles sont ces choses programmatiques à corriger ? Il n'est pas une mesure que vous ayez renié dans votre déclaration. Votre arrogance vous empêche toute forme de désaveu. Cette même arrogance a précédé votre débâcle. Alors, voici venu le moment de vérité. Cette motion de défiance tiendra lieu de clarification politique.
Puisque vous n'avez rien changé sur le fond, que votre programme de malfaisance sociale et écologique est intact, ce vote permettra de distinguer ceux qui souhaitent servir de béquille à ce pouvoir, ou font semblant de s'y opposer de ceux qui portent une réelle alternative pour le pays. À ce sujet, le porte-parole de votre gouvernement, comme vous, Madame la Première Ministre, parlait de motion de posture. Comme toujours, vous inversez la responsabilité. Sachez, Madame la Première Ministre, que défendre la démocratie n'a rien d'une posture. Cela échappe peut-être à votre pensée complexe, vous qui, pendant cinq ans, avez méprisé la démocratie.
Vous, qui avez gouverné pendant la pandémie sous état d'urgence sanitaire, par un conseil de défense couvert par le secret défense. Vous, qui avez eu pour seule réponse à toutes les manifestations de colère du peuple, la matraque. Aux Gilets jaunes qui demandaient le référendum d'initiative citoyenne et une vie digne, ce furent 32 éborgnés, 5 mains arrachées et la mort de Zineb Redouane. Aux Guadeloupéens qui demandaient des moyens de santé, des mesures contre la vie chère et le droit à l'eau, ce fut l'envoi du GIGN et du RED. Aux écologistes qui luttent pour la survie de l'humanité, c'est une pluie de procès et de perquisition.
C'est savoureux venant de vous qui avez confondu le Parlement avec la Chambre d'enregistrement des désidératas du Président. Le temps où vous considériez la démocratie comme accessoire est révolu. A l'inverse d'une posture, cette motion de défiance sert à démasquer les impostures. Car oui, elle tient lieu de clarification. Ceux qui ne voteront pas cette motion de défense seront les partisans de votre politique. Avec vous, aucune mise à contribution des plus riches ni des grandes multinationales. Pourtant, 100% des entreprises du CAC 40 ont reçu des aides publiques. L'année dernière, les deux tiers ont battu leur record de profits.
Leurs actionnaires vont recevoir plus de 80 milliards d'euros. Dans votre projet de loi de finances rectificatives, vous leur faites encore cadeau de 8 milliards d'euros sans contrepartie sociale, écologique ou d'égalité de genre. A vous entendre, les incantations suffisent. Vous nous dites, Madame la Première Ministre, le pouvoir d'achat est un combat collectif. J'attends des employeurs qui le peuvent, qu'ils prennent leurs responsabilités. En d'autres termes, aucune contrainte ne pèsera sur les entreprises. Mais à l'inverse, les allocataires du RSA, eux, auront désormais des devoirs en contrepartie de leurs droits.
Par conséquent, ceux qui ne voteront pas cette motion seront les partisans de votre politique pour les riches et du RSA conditionné à des heures d'activité gratuite. Avec votre loi pour voir d'achat, vous alignez les exonérations de cotisations. Avec les primes prévues, vous donnez des miettes aux salariés en lieu et place d'augmentation de salaire. Donc ceux qui ne voteront pas cette motion seraient d'accord avec la mise en sac de la sécurité sociale et la stagnation des salaires. Le plus risible, c'est que vous agitez à tout bout de champ la menace de la dette tout en liquidant méthodiquement les recettes de l'Etat. Quand on veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage.
Avec toutes ces mesures, vous privez la puissance publique de milliards d'euros pour mieux justifier ensuite votre infâme réforme des retraites. J'en conclue que ceux qui ne voteront pas cette motion seront les partisans de la retraite à 65 ans. Vous singez l'Etat stratège en annonçant la renationalisation d'EDF. En réalité, c'est la dernière station avant le dépôt de bilan. Votre politique énergétique hasardeuse a précipité notre fleuron national au bord de la faillite. Le groupe pourrait être endetté de 70 milliards d'euros à la fin de l'année. Comme toujours, vous socialisez les pertes et vous privatisez les profits.
Avec vous aux manettes d'EDF, plus rien ne vous empêche d'enclencher le plan Hercule, cher à Emmanuel Macron. Alors, quelle ironie de voir ceux qui jouent les défenseurs de l'industrie et de la souveraineté nationale à longueur de journée s'apprêter à cautionner cette gabegie. En d'autres termes, ceux qui ne voteront pas cette motion seront d'accord avec la destruction de notre principal outil de planification énergétique. Emmanuel Macron disait récemment que le quinquennat sera écologique ou ne sera pas. Vous avez donc choisi, il ne le sera pas. Là encore, il y a les mots et les actes.
Les mots, c'est vous, Madame la Première Ministre, lorsque vous dites « Nous serons la première grande nation écologique à sortir des énergies fossiles ». Les actes, ce sont vos députés européens qui votent le projet de taxonomie pour inclure le gaz et le nucléaire dans les énergies vertes. Les actes, c'est votre gouvernement qui propose dans la loi Pouvoir d'achat un article en faveur du gaz de schiste américain. Les actes, c'est ce cadeau à Total Energy et à Engie qui n'auront même pas à souffrir d'une étude d'impact environnemental et rien sur la sobriété énergétique ou le développement des énergies renouvelables.
Ceux qui ne voteront pas cette motion seront donc les complices de votre inaction climatique. Alors certes, il y a une chose sur laquelle vous êtes revenus. C'est la déconjugalisation de l'allocation en dillet à l'UKP. On saura pour la prochaine fois qu'il vous faut refuser une mesure six fois avant que vous ne déniez l'examiner. Peut-être était-ce pour faire oublier une séquence désastreuse où vous invitiez une femme porteuse de handicap à reprendre le chemin du travail ou simplement un acte de courtisanerie, la seule chose que vous semblerez concéder aux oppositions. Pour résumer, qui est d'accord ici pour poursuivre la politique de casse et d'injustice sociale ?
Qui est d'accord avec le retour du pass sanitaire ? Avec la destruction de nos services publics, de notre système d'éducation ou de santé ? Qui est d'accord avec le président des lobbys qui roule pour Uber ? Car non, Madame la Première Ministre, vous n'avez pas changé, ni sur le fond, ni même sur la forme. Je me souviens d'une époque récente, pendant l'entre-deux-tours, où certains d'entre vous parlaient opportunément de valeurs communes avec Jean-Luc Mélenchon. Depuis, vous êtes aux abois. Vous peinez à dissimuler votre alliance objective avec l'extrême droite, alors vous renvoyez dos à dos ce que vous appelez désormais les extrêmes. Malgré tout, vous vous improvisez arbitre des élégances.
Nous serions des zadistes, des brailleurs. Vous sointez le mépris. Et lorsqu'un pouvoir est bien mal en point, il ne recule devant rien. La semaine dernière, la Macronie et ses épigones ont déployé une ingénierie de mesquinerie pour éviter que l'on parle de l'essentiel. Peut-être était-ce votre intention pour masquer votre lune de miel avec le Rassemblement national, consommé aux yeux de tous. Monsieur Darmanin souhaite expulser les étrangers ayant commis des actes graves. Marine Le Pen applaudit des deux mains. Madame la Première Ministre, on ne récolte jamais impuniment les soutiens de ce côté-là de l'hémicycle.
Mais voici un bon aperçu de ce dont vous êtes capables pour maintenir à tout prix votre pouvoir et votre cap contre le peuple. Ce vote mettra au jour ceux qui veulent livrer la guerre sociale et écologique avec vous et ceux qui mèneront la bataille contre vous. Collègues, choisissez. Je vous remercie. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.
Mathilde Panot