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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 18 juillet 2023 22 minComplaisantFond programmatiqueEnvironnement & énergieNumériqueÉconomie & entreprises

Françoise Gaill : "Les fonds marins pour supporter le changement climatique"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 1:09OuverteRéponse directe

    Ces grands fonds marins, à quoi ça ressemble, à quelle profondeur, où sont-ils situés ?

  • 2:58OuverteRéponse directe

    Décrivez-nous un peu ce que vous avez découvert lors de votre expédition.

  • 4:56OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'il recèle, ces grands fonds marins, qui attirent les convoitises des industriels ?

  • 5:34OuverteRéponse directe

    Expliquez-nous pourquoi on en parle aujourd'hui, ce qui se joue lors du sommet de Kingston.

  • 8:27OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on sait déjà quel pourrait être l'impact d'une exploitation si on venait à creuser ?

  • 10:23OuverteRéponse directe

    Quelles conclusions vous en avez tirées, vous les scientifiques, sur les impacts d'une telle exploitation ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:54InvitéChiffre
    « Cet ensemble profond représente à peu près deux tiers du volume de l'océan. »
  • 2:08InvitéChiffre
    « 25% du carbone, ou plus, est absorbé par l'océan. »
  • 6:12InvitéFait
    « Les 36 pays du Conseil de l'autorité internationale des fonds marins doivent voter, dans les jours qui viennent, l'autorisation de mettre en place la première mine sous-marine. »
  • 11:01PrésentateurFait
    « On enlevait la faune sur des petites parcelles de 30 cm² pour voir à quel rythme elle reviendrait. »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Invité 227 %
  • Invité 326 %
  • Présentateur20 %

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0:00
Invité

C'est l'un des derniers endroits encore préservés sur la planète, une zone que même les scientifiques ne connaissent pas encore totalement, loin de là. On vous emmène ce matin dans les entrailles des océans, à la découverte des grands fonds marins, un territoire encore vierge de toute activité humaine, mais sous la menace de l'exploitation minière, catastrophe écologique selon les ONG. Et l'avenir de ces abysses océaniques se joue en ce moment, lors d'un grand sommet international en Jamaïque. Et pour en parler ce matin sur Inter, nous recevons trois invités. Bonjour François Seguel. Bonjour.

Vous êtes océanographe, directrice de recherche émérite au CNRS, membre de la plateforme Océans et Climat. Avec nous aussi en duplex, Sabine Roude-Bézieux. Bonjour. Bonjour. Présidente de la Fondation de la Mer qui réunit depuis ses débuts des scientifiques, des navigateurs, des responsables associatifs ou encore des entrepreneurs. Et enfin, toujours en studio avec nous, David Vall. Bonjour. Vous êtes écrivain, dramaturge. Vous avez participé à une expédition sous-marine en 2017 et vous en avez tiré un livre, La vie profonde, aux éditions Arthaud, une ode aux abysses. On va y revenir.

Alors d'abord, pour bien comprendre de quoi parle-t-on François Seguel, ces grands fonds marins, à quoi ça ressemble, à quelle profondeur, où sont-ils situés ? En principe, grands fonds marins, à partir de 200 mètres, on parle des abysses. 200 mètres de profondeur. Mais ça va en principe aussi jusqu'à plus de 10 000 mètres de profondeur. Donc, en gros, quand on parle des fonds marins, quand on est scientifique, on parle d'entre 1 000 et 3 000 mètres de profondeur. Et ceux qui vont nous intéresser aujourd'hui sont situés en dehors des zones de souveraineté des États, dans cette zone un peu floue, un peu internationale des mers.

En quoi représente-t-il un enjeu majeur pour la Terre, notamment pour la biodiversité ? Il y a deux aspects. Il y a l'aspect aussi climat. C'est-à-dire que cet ensemble profond représente à peu près deux tiers du volume de l'océan. Et c'est ce qui permet aussi d'avoir ce qu'on appelle un puits de carbone. Donc, pour le changement climatique... Absorbé du carbone. Tout à fait. 25% du carbone, ou plus, est absorbé par l'océan. Et cet ensemble-là représente une richesse, en tout cas, et qui nous permet aussi de pouvoir supporter le changement climatique. Et la deuxième chose, c'est que dans ces grands fonds, vous avez une diversité de paysages insoupçonnée.

Vous pouvez avoir des plaines abyssales, des déserts, et vous pouvez avoir des montagnes qui sont absolument incroyables. Certaines sont simplement des monts sous-marins, et d'autres sont des cheminées, des volcans, qui sont, vous l'avez vu, tapissés d'animaux insensés. Très grands, géants, de toutes les couleurs. Mais la plupart du temps, ce sont des déserts abyssaux. Et alors, David Vall, vous les avez approchés de près, ces abysses. Je crois, vous, à 1700 mètres de profondeur dans le cadre de votre expédition. Décrivez-nous un peu ce que vous avez découvert.

3:06
Présentateur

Alors, nous, ce que nous observions dans le cadre de l'exposition Momarsat, de l'expédition et d'exploration Momarsat, c'était effectivement ces fameuses sources hydrothermales, ces oasis inattendus qui se sont développés autour de fumeurs noires, de cheminées hydrothermales, qui exhalent des fluides sulfurés à plus de 360 degrés Celsius. Ces environnements abritent des formes de vie extrêmement étranges. Et on les a découvert, ces formes de vie, en 1977, au large des Galapagos. C'est-à-dire, neuf ans après qu'on a posé le pied sur la Lune, on a découvert l'espace et puis on a découvert les abysses. Cela veut dire quelque chose de l'inaccessibilité de ces environnements marins profonds.

Pour les décrire, d'abord, il y a plusieurs formes d'oasis hydrothermaux, selon qu'on se trouve dans le Pacifique ou l'Atlantique. Moi, ce que j'ai vu, je l'ai décrit dans le livre.

3:59
Invité

C'était près des Açores.

4:01
Présentateur

C'était vraiment sur la dorsale atlantique, entre Europe et Amérique. On y voit des animaux très étonnants, des crevettes, des profondeurs qui sont habitées de symbiotes, qui leur permettent de manger, de digérer à leur place. On voit des poissons chimères, on voit des plaines de bactéries qui ressemblent à des prés fleuris. On est sous l'eau, mais les cheminées fument. On voit de la fumée. Tout nous décentre, tout est changé, tout est transformé. Il est très difficile pour un écrivain, d'ailleurs, de décrire ces environnements marins profonds. On dispose de fort peu d'analogies pour les décrire. De plus, on les voit la nuit. C'est un sous-marin qui descend à notre place.

Il n'est pas habité, mais nous avons les images retransmises sur des écrans. Donc, on ne sait pas si on contemple le fond de la mer ou les profondeurs de l'espace. Dans l'imaginaire collectif, c'est un peu 20 000 lieux sous les mers de Jules Verne.

4:56
Invité

Alors, on le disait, réserve de biodiversité, mais aussi d'autres éléments, des métaux, des métaux rares, qui intéressent de plus en plus les industriels, les géants miniers en particulier. François Seguel, qu'est-ce qu'il recèle, ces grands fonds marins, qui attirent les convoitises des industriels ? Il y a toutes ces précipitations minérales qui sont à la fois des sulfures de fer, mais aussi de cuivre, du lithium, du cobalt, un certain nombre de métaux rares, qui sont en concentration particulièrement intéressante pour les industriels, potentiellement. Sabine Roux-de-Bézieux, vous avez sonné sur ce sujet l'alerte depuis plusieurs mois.

Alors, expliquez-nous pourquoi on en parle aujourd'hui. Ce qui se joue là, d'ici fin juillet, lors du sommet de l'autorité pour les fonds marins à Kingston, ce sera un peu qui tout double, si j'ai bien compris, pour l'avenir de ces fonds océaniques. En effet, vous venez d'entendre l'avis des scientifiques qui vous explique que les fonds sous-marins et la vie sous-marine sont l'avenir de l'humanité, de la vie sur Terre. Or, nous assistons aujourd'hui à un tournant qui peut être gravissime, comme si on n'avait rien appris de nos erreurs du XXe siècle.

Les 36 pays du Conseil de l'autorité internationale des fonds marins doivent voter, dans les jours qui viennent, l'autorisation de mettre en place la première mine sous-marine pour aller extraire ces terres et métaux rares. Vous voyez les dégâts que peuvent commettre ou créer des mines à terre. Imaginez puissance 10, 100, 1000, la même chose sous l'océan.

Et un petit pays de 10 000 habitants, c'est un peu plus que la population de la ville de Chamonix, par exemple, s'est donnée comme ambition, on pourrait trouver mieux, mais s'est donnée comme ambition d'être le premier pays à sponsoriser une entreprise, en l'occurrence canadienne, qui va exploiter ces ressources, ces terres et métaux rares sous l'océan. Et c'est très inquiétant parce que seulement un tiers du Conseil peut donner cette autorisation et ouvrir la porte à une dévastation irréversible de ces ressources marines, de cette vie marine dont on ne connaît encore pas grand-chose. Parce que jusqu'à maintenant, on avait des missions d'exploration de cette zone.

On pourrait passer donc là à de l'exploitation minière. C'est-à-dire que clairement, on va creuser. Alors il y a toute une série de pays qui effectivement ont des contrats d'exploration. La France en a plusieurs sur ces fameuses dorsales océaniques pour aller comprendre comment fonctionne la vie sous l'océan, comprendre les phénomènes biogéochimiques qui s'y déploient. Et l'étape suivante, et d'ailleurs c'était la mission de l'Autorité internationale des fonds marins, c'est de permettre l'exploitation. Et quand cette autorité a été mise en place en 1994, on n'avait pas encore complètement conscience de la dégradation de l'état de la planète.

Je vous rappelle que le sommet de Rio, c'est 92, donc deux années avant. Et donc cette autorité s'était créée pour exploiter. Or aujourd'hui, avec les débuts de connaissances que nous avons, nous sommes bien conscients que l'exploitation n'est absolument pas raisonnable puisque nos capacités d'extraction aujourd'hui, nos techniques, vont commettre ou créer des dommages irréversibles. Alors justement là-dessus, Françoise Guel, est-ce qu'on sait déjà quel pourrait être l'impact d'une exploitation si on venait à creuser, à racler le plancher océanique ? Non, on n'a pas l'ensemble des données pour ça, puisque justement un des problèmes qu'on a, c'est la méconnaissance de ces écosystèmes.

Mais on peut avoir des hypothèses. Par exemple, le fait de racler quelque chose peut mettre en suspension un certain nombre d'éléments et ces éléments peuvent affecter la vie d'un certain nombre d'espèces. Par exemple, ceux qui sont des filtreurs, comme les moules que vous avez pu voir dans les fonds sous-marins, peuvent être très impactés par ce genre de choses. Mais il peut y avoir aussi la mise en suspension d'autres éléments qui peuvent être propices à des pathologies particulières. Et puis, il peut y avoir aussi des émanations d'autres substances, des gaz éventuellement, qui peuvent aussi affecter la composition du milieu chimique.

Et cet ensemble-là entraîne une modification de l'habitat de l'ensemble des espèces qui est dommageable. Et pour l'instant, on n'a pas de données suffisantes pour dire non, non, il n'y a rien à faire. Ce n'est pas risqué. Dans l'état des connaissances, il est risqué justement d'y aller sans informations supplémentaires. Vous parliez de ce rôle d'absorption du carbone. Est-ce que ce rôle-là pourrait être impacté aussi si on affectait, si on touchait ces fonds marins ? Oui, tout à fait. Vous pouvez avoir des remontées comme ça de masses de carbone qui peuvent être diffusées dans l'ensemble de l'océan compte tenu aussi de la circulation océanique.

C'est-à-dire que cette circulation peut entraîner non pas à côté, mais très loin dans l'ensemble de l'océan des modifications de l'état de cet océan. On comprend bien que c'est le cœur battant de l'océan qui est en jeu là. David Wall, c'était justement aussi l'un des buts de votre expédition en 2017, savoir quels pourraient être les impacts d'une telle exploitation. Et alors, quelles conclusions vous en avez tirées ? Les scientifiques que vous avez accompagnés en ont tiré à l'époque ?

10:36
Présentateur

Alors, moi je ne suis pas scientifique, je suis écrivain, mais effectivement, étant sur le bateau, j'étais en immersion dans le laboratoire d'écologie bintique dirigé par José Sarrazin. Et nous étudions la faune des profondeurs sous l'angle, hélas, déjà de leur résilience, alors que l'on vient de les découvrir. Et ce qu'on peut dire, les expériences consistaient à ce que vous disiez, Françoise, à défauner une toute petite partie. C'est-à-dire qu'on enlevait la faune sur des petites parcelles de 30 cm² pour voir à quel rythme elle reviendrait. On enlevait la faune comme s'il y avait eu un rejet de sédiments de boue toxique, etc., juste à côté.

Et les résultats en 2022, 5 ans plus tard, montrent que la faune, sur ces petits quadrilatères, sur cette petite superficie, n'est toujours pas revenue. Ces espaces se résilient extrêmement mal parce que la stabilité y est très grande.

11:27
Invité

Sabine Roux-de-Bézieux, on l'a dit, ces espaces regorgent de métaux rares, manganèse, cobalt, cuivre, nickel, qui sont indispensables aujourd'hui, notamment pour nos téléphones portables, mais aussi, et là c'est un enjeu pour les années à venir, pour toutes les énergies dites décarbonées, notamment pour les batteries de voitures électriques. Est-ce que là, on n'arrive pas un peu à un paradoxe ? C'est-à-dire qu'on a besoin de ces métaux rares pour nos voitures électriques, et d'un côté, il faut bien aller les chercher quelque part, et ils sont notamment dans les fonds marins.

C'est bien l'enjeu, et c'est pour cela que la Fondation de la Mer s'engage, non seulement auprès des autres ONG, de toutes ces coalitions qui sont très actives à Kingston dans les négociations, mais aussi auprès des entreprises. Pourquoi ? Parce que ces terres et métaux rares, effectivement, elles sont les ressources lors d'aujourd'hui, mais il y a des alternatives. Aujourd'hui, on voit bien que certaines entreprises développent des solutions sans terres et métaux rares, notamment pour les aimants dont on a besoin pour les éoliennes, des aimants qui n'ont plus besoin de terres et métaux rares. On développe aussi des solutions de recyclage.

Il faut savoir que sur les 37 terres et métaux rares qui existent dans la nomenclature, il y en a 34 dont le taux de recyclage au niveau mondial est inférieur à 1%. Donc, avant d'aller mettre des milliards dans l'exploitation hypothétique et extrêmement dangereuse de terres et métaux rares au fond de l'océan, mettons-les dans le développement d'innovations pour s'en passer, d'une part, et d'autre part, dans du recyclage systématique de ce qu'on appelle aujourd'hui la mine urbaine. Vous voyez, on parle de mine sous-marine potentiellement, mais moi, j'aime bien parler de mine urbaine.

Ce sont tous nos téléphones portables, nos ordinateurs qui traînent dans nos placards et dont nous n'avons rien fait. Vous évoquiez cette réunion de Kingston et cet enjeu sur la décision qui devrait tomber d'ici à la fin juillet. Une vingtaine d'ONG, mais aussi d'États, se sont positionnés pour un moratoire, une pause totale, on ne touche pas au fond marin. Parmi ces États, il y a la France, la France deuxième domaine maritime mondial. Est-ce que ça peut changer la donne, cet engagement français, qui est d'ailleurs assez récent ?

Effectivement, il y a quelques années, un certain nombre d'États et notamment des îles dans le Pacifique se sont engagés pour demander un moratoire, une pause de précaution, voire une interdiction complète de l'extraction de terres et métaux rares au fond de l'océan. La France a rejoint le mouvement en deux temps, d'abord lors de la conférence de l'océan à Lisbonne en juillet dernier, puis plus clairement à la COP 27 à Charmelchec en octobre, quand le président de la République a annoncé qu'il s'engageait pour que la France demande une interdiction complète, donc non seulement un moratoire ou une pause, mais une interdiction complète.

Aujourd'hui, on a 20 pays qui ont demandé soit un moratoire, soit une interdiction, dont le plus récent le Canada, ce qui est intéressant parce que l'entreprise qui demande à exploiter ces terres et métaux rares est une entreprise canadienne, donc on voit les paradoxes dans les différents pays. Donc on a 20 pays qui sont engagés, mais ce n'est pas suffisant, on a 168 pays qui sont membres de l'autorité internationale des fonds marins, donc le mouvement est lancé, mais il va falloir l'accentuer, et c'est bien pour cela que des fondations comme la Fondation de la Mer et des centaines d'ONG autour de la planète s'engagent pour mettre la pression sur les opinions publiques.

Ce moratoire, il a des chances d'aboutir dans les 10 jours à venir ? Alors, c'est la grande question. Si j'étais capable de vous dire oui, je me réjouirais avec vous, mais aujourd'hui, on ne sait pas. On voit bien que les opinions publiques poussées par les ONG sont en train d'évoluer et d'influencer leur gouvernement, mais on a des pays proches de nous, comme la Norvège par exemple, ou même les Royaumes-Unis qui sont assez ambigus, qui poussent pour une exploitation de ces ressources minières. Donc, il y a un vrai motif d'inquiétude. Françoise Guel, certaines entreprises font déjà des tests, on l'a bien compris.

Certaines affirment qu'elles peuvent essayer de prélever ces métaux rares sans toucher au milieu. Est-ce que ça, c'est crédible ? Est-ce qu'on peut leur faire confiance ? J'en doute. J'en doute. Je ne vois pas comment on pourrait ramasser quelque chose sans perturber l'habitat dans lequel on fait cette action. Et je pense qu'aussi, de toute façon, on n'a même pas idée des conséquences sur le fond que ça pourrait avoir. Il n'y a pas seulement les écosystèmes, il y a aussi tout ce qui est le sous-sol sur lesquels ces animaux reposent qui va être perturbé. C'est-à-dire que ce n'est pas seulement la biodiversité, mais c'est l'ensemble du système physique et chimique.

D'autant, David Vall, vous le disiez tout à l'heure, que c'est une zone très difficile d'accès. Donc, quand on y va, c'est un peu comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C'est extrêmement fragile, tout ça.

16:30
Présentateur

C'est extrêmement fragile. Moi, je suis extrêmement choqué du sophisme qui vise à dire que pour la révolution écologique, la transition environnementale, on va aller exploiter et déranger un des derniers environnements intacts de notre planète. Ça ressemble plus à une révolution industrielle qu'à une transition environnementale. C'est vraiment... Cette transition environnementale, elle va passer bien sûr qu'il faut de l'innovation technologique, mais elle doit être au service de nouveaux usages et de nouvelles cultures. Elle ne doit pas décider avant tout d'aller bouleverser des environnements qui, en plus, touchent vraiment à quelque chose d'extrêmement important.

Dans ces environnements marins profonds, on a découvert la vie telle qu'on ne l'imaginait pas. Elle sert à modéliser la vie extraterrestre. Elle est une source de connaissances inépuisables.

17:20
Invité

Des animaux qui se sont adaptés à ce milieu sans lumière. Exactement.

17:24
Présentateur

Sans lumière, avec une chronobiologie extrêmement différente, dans une stabilité exceptionnelle. Enfin, c'est vraiment une des merveilles du monde se trouve dans le fond de nos océans. Françoise Gaëlle, là-dessus ?

17:35
Invité

Oui, d'ailleurs, il y a quelque chose d'assez intéressant par rapport à la biodiversité. C'est le fait que, pour ce qui est des nodules polymétalliques, ce sont dans les déserts océaniques qu'on les trouve. Et on a montré qu'au bout de dix ans, si on a prélevé quelque chose, rien ne pousse, rien ne revient. C'est vraiment, ça continue à être altéré. Alors que, dans les sources hydrothermales, c'est tout à fait le contraire. C'est-à-dire, la temporalité est l'inverse de ce qui se passe dans les plaines abyssales. C'est une vitesse des processus, mais qui est absolument magnifique. Et donc, si on a une action sur ces derniers, la vitesse de cet ensemble va entraîner un cataclysme écologique.

Et en ce sens-là, c'est vraiment dommageable. Alors, basé sur ce constat, une question sur l'appli France Inter de Katia. Peut-être pour vous, Sabine Roux-de-Bézieux. Qu'est-ce qu'on peut faire à notre échelle pour protéger l'océan et ses profondeurs ? Peut-être éviter de changer de portable tous les ans, déjà ? Alors, c'est une bonne question. Effectivement, la sobriété dans sa propre consommation, des efforts pour le recyclage.

Et puis, vous engager avec des associations, des fondations qui mettent leur poids auprès des gouvernements, des organisations régionales, comme pour nous l'Union européenne, et puis des organisations internationales à l'ONU, puisque l'autorité internationale des fonds marins dépend de l'Organisation des Nations unies. Donc, on peut agir. On voit bien comment on a entraîné une chaîne de pression auprès des États. Et donc, chacun peut agir. L'actualité aussi brûlante, si je puis dire, concernant nos mers, concernant nos océans, Françoise Guel, ce sont ces canicules estivales qui sont aussi marines désormais. Température record en ce moment dans l'Atlantique Nord.

Avec quelles conséquences dès maintenant ? Les conséquences sont diverses, mais en tout cas, ne serait-ce que par rapport au déplacement des populations vagiles, ce qu'on appelle, comme les poissons, dans des zones qui sont beaucoup plus fraîches, ça veut dire aussi des conséquences sur l'économie, sur la pêche, sur les populations côtières. Et puis, il y a d'autres aspects qui sont l'attaque par ce phénomène physique de l'équilibre des écosystèmes plutôt bintiques, qu'on n'a pas encore complètement analysées, mais qui entraînent des modifications de paysages. Comme sur Terre, finalement. Il y a un lien entre canicules sur Terre et canicules marines, tout ça se passe en même temps ?

Est-ce qu'il y a un cercle vicieux d'entraînement entre les deux ? La composante commune, c'est-à-dire l'atmosphère qui va entraîner des conséquences, ça va beaucoup plus vite dans l'océan que sur Terre, en principe, parce que les échanges entre la surface de l'océan et l'atmosphère sont beaucoup plus dynamiques. Mais je pense que dans l'avenir, on a intérêt aussi à, pas seulement instaurer des interdictions, mais essayer de développer la recherche pour modéliser cet ensemble-là. Je pense qu'un océan durable ne sera important et à accepter que si on modélise la connaissance qu'on peut avoir et qu'on a des trajectoires de comportement.

C'est pourquoi nous sommes un certain nombre à défendre l'idée d'un IPOS, International Panel for Ocean Sustainability. David Vall, comment vous êtes revenu ? Dans quel état d'esprit vous êtes revenu de votre expédition en 2017 ? Affolé ? Apaisé ?

21:17
Présentateur

Soucieux, mais avant tout émerveillé, parce que jamais je n'aurais pensé que, encore une fois, je ne suis pas scientifique, qu'un jour, il me serait donné, il me serait offert. Et j'ai accepté ce cadeau avec une très grande humilité de pouvoir découvrir parmi les territoires inexplorés de notre planète, les derniers territoires inexplorés de notre planète. Donc, je suis revenu plein d'un sentiment, ça a été l'éveil d'une conscience aussi, ce voyage, où l'on s'aperçoit qu'en fait, nous formons quand même un tout, que ce monde est un tissage délicat entre les espèces qui l'habitent et que notre survie, à nous, être humains, dépend de la survie de ceux qui vivent dans ces fonds abyssaux.

22:00
Invité

Merci beaucoup à tous les trois, David Valls. Je rappelle le titre de votre livre, La vie profonde, c'est chez Arthaud, Sabine Roude-Bézieux à la tête de la Fondation de la Mer et Françoise Guel, océanographe au CNRS. Merci d'avoir répondu à l'invitation d'Inter ce matin. Sous-titrage ST' 501