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interviewRMC· 15 janvier 2025 8 min

Politique générale : Bayrou a-t-il convaincu?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Sandrine Rousseau, vous êtes députée écologiste de Paris, vous étiez à l'Assemblée nationale hier évidemment pour écouter la déclaration de politique générale du Premier ministre. Censure, ça a été immédiat pour vous, c'est le coup près ?

0:12
Sandrine Rousseau

Oui parce qu'on attendait ce discours de politique générale, on attendait des annonces dans ce discours de politique générale et il n'y a rien eu, mais rien de rien. Et un point qui pose question, parce que moi j'avais l'impression d'avoir un discours de politique générale qui datait ancien, il n'y avait aucun cap politique, la seule chose qui a été un peu annoncée c'est la proportionnelle et le cumul des mandats, mais enfin pardon c'est quand même de la vieille politique tout ça. Et il n'y a pas eu le mot climat, enfin si il a dit une fois le mot climat pour le lier à l'immigration, alors que c'est quand même le défi majeur de notre humanité. Donc pour vous il n'y a rien de rien ?

Ah mais il n'y a rien de rien dans ce discours, et même je vais vous dire que je l'ai trouvé extrêmement mauvais, voilà je vais vous poser le mot. Mauvais ? Ah mais mauvais, mauvais. Mauvais sur le fond, sur la forme surtout. Ah mais incroyable. Incroyable pour quelqu'un qui a eu un mois pour le préparer.

1:01
Présentateur

Un mois pour le préparer, et puis peut-être toute une vie d'ailleurs, parce qu'on sent bien que c'était effectivement quelque chose qui l'attendait particulièrement. Mais Sandrine Rousseau, est-ce qu'ils se sont fait avoir les socialistes ?

1:09
Sandrine Rousseau

Non je pense qu'ils ont tenté quelque chose, et bon ben voilà c'était une différence de tactique, il y a eu plusieurs tactiques. Ils ont bien fait de le tenter quand même ? Oui je pense que voilà, ils s'y sont allés, ils pensaient pouvoir obtenir des choses, moi là je pense que c'était l'humiliation totale à l'issue du discours de politique générale. Parce qu'ils n'ont rien obtenu, et il n'y a même pas eu des miettes, parce que la mission flash, même le terme de mission flash c'est ridicule.

1:33
Présentateur

La mission flash c'est pas ça le résultat, le résultat c'est l'idée d'avoir une vraie organisation avec les partenaires sociaux pour qu'ils se saisissent à nouveau. Et il y a quand même, François Bariot a quand même dit qu'il n'y avait aucun tabou, aucun totem, pas même la question de l'âge de départ. Vous ne lui donnez même pas ce point, pour reprendre l'expression d'Olivier Fork, qui hier dit ça au moins c'est quand même acquis.

1:52
Sandrine Rousseau

Il n'y a pas de suspension, il n'y a pas de vote à l'Assemblée, il n'y a pas, donc c'est une mission flash, mais même le terme mission flash, ça va pas quoi.

2:02
Présentateur

Il y a eu des semaines et des semaines, vous vous arrêtez sur la mission flash, qui n'est que, après par contre on doit être franc et honnête, il y a deux choses, vous ne retenez que la première partie, qui n'est qu'un préalable en quelque sorte, la mission flash c'est pas l'objectif, la mission flash c'est l'idée de demander, en effet l'expression est un peu grotesque, mais c'est l'idée de demander à la Cour des Comptes des chiffres précis pour que tout le monde parte d'une base avec laquelle, une sorte de juge de paix, la Cour des Comptes donne les chiffres, et qu'ensuite les partenaires sociaux, CGT, CFDT et Patronat s'en saisissent, la CGT a dit qu'elle irait au rendez-vous.

2:39
Sandrine Rousseau

Bien sûr, heureusement qu'ils iront au rendez-vous, ils travailleront très bien, mais nous nous demandions la suspension, c'est quand même le minimum, il y a eu des semaines et des semaines de retraite, ça a été la plus grande mobilisation depuis mai 68, c'est ce qui bloque toute la démocratie, on aurait pu avoir une suspension, même, j'avais discuté avec le PS qui me disait que même une suspension de 6 mois, ils étaient prêts à accéder, il n'y a même pas eu ça, il n'y a même pas 6 mois, je veux dire, à quel moment on se moque comme ça des gens qui ont voté, parce que finalement pourquoi on est arrivé en tête au second tour, c'est parce que les gens ont voté précisément pour cela, je rappelle que le nouveau Front Populaire est issu aussi de cette mobilisation des retraites, donc moi je veux bien qu'on humilie nos électeurs en permanence, mais enfin ça suffit, ça suffit, moi j'ai à la fois de l'inquiétude pour la situation, mais aussi une colère, une colère qui monte, ça suffit, ça suffit de ne pas parler d'écologie, ça suffit de ne pas voir les véritables problèmes auxquels sont confrontés les Français, il n'y a pas eu une annonce pour ceux qui n'arrivent pas à manger, il n'y a pas eu une annonce pour ceux qui n'arrivent pas à se loger, et par contre on a le cumul des mandats, mais cette vieille politique je n'en peux plus, je vais vous dire je n'en peux plus, je ne fais pas de la politique pour ça, pour remettre le cumul des mandats, je n'en peux plus, je n'en peux plus qu'il y ait des gens depuis 40 ans qui sont dans la politique qui nous fassent un discours de ce niveau-là, alors qu'on est dans une crise historique de la 5ème République, c'est indigne, c'est indigne de sa fonction, c'est indigne des électeurs et électrices, donc oui j'ai tweeté censure parce qu'il n'y a pas d'autre solution en réalité, mais j'aurais aimé qu'on trouve quelque chose d'autre, j'aurais aimé qu'on soit dans une situation où on réfléchisse à une ligne politique, qu'on réfléchisse à quelque chose par le haut, qu'on sorte par le haut de cette crise, quel est le cap politique de François Bayrou, vous l'avez entendu vous hier, il n'y en a pas un ?

4:24
Présentateur

Quelle solution, Sandra Rousseau ? Non non, j'entends parfaitement, et c'est aussi ça la politique, Heureusement qu'il y a des moments où on s'indigne comme vous le faites, mais je vous pose quand même la question, maintenant on fait quoi ? Vous faites quoi ? Vous n'allez pas censurer une fois, deux fois, dix fois ?

4:41
Sandrine Rousseau

C'est la situation de crise dans laquelle on est, c'est pour ça que moi j'avais proposé aussi, il y avait la pause de la réforme des retraites, il y a une autre possibilité qui aurait consisté à recourir au référendum et d'avoir un vrai débat avec le peuple français sur l'église budgétaire.

4:54
Présentateur

Sandra Rousseau, vous dites qu'il n'y a rien de rien, vous êtes quasiment au bord des larmes, mais quand on regarde, il devait y avoir 4000 suppressions de postes de fonctionnaires, il n'y en aura probablement que 2000, il devait y avoir le déremboursement des médicaments, finalement il n'y aura sans doute pas ce déremboursement majeur, il devait y avoir 5 milliards qui reposaient sur les collectivités locales, de sacrifice des collectivités locales, finalement ça ne sera que 2 milliards, il n'y a quand même pas rien de rien.

5:18
Sandrine Rousseau

Mais prenons les fonctionnaires par exemple, il a fait cette annonce qui est passée un peu inaperçue, mais qui pour moi était absolument lunaire, qui consistait à vendre les bâtiments publics pour financer de l'intelligence artificielle. Moi j'ai compris dans cette phrase, et j'aimerais bien qu'il s'en explique d'ailleurs, qu'en fait il va y avoir de l'investissement de l'intelligence artificielle pour supprimer le nombre de fonctionnaires. Vous savez que l'intelligence artificielle ça va créer un plan social d'une ampleur énorme, ça va créer un nombre de licenciements énorme. Qu'est-ce qu'on fait avec les services publics là-dessus ?

5:50
Présentateur

Mais donc vous voulez passer à côté de l'intelligence artificielle ?

5:52
Sandrine Rousseau

Non, je ne veux pas passer à côté de l'intelligence artificielle, je veux juste qu'on ait un débat sur où est-ce qu'on met l'intelligence artificielle et où est-ce qu'on ne le met pas.

6:02
Présentateur

Ça fait partie des questions que je poserai tout à l'heure à la ministre, on le voit bien.

6:04
Sandrine Rousseau

Vendre des bâtiments publics, le patrimoine de l'État, c'est ça la seule proposition qui a un peu été mise sur la table. Quand vous dites 2 milliards pour les collectivités locales, 2 milliards pour les collectivités territoriales, c'est quand même un effort conséquent, surtout avec la réforme.

6:18
Présentateur

Ça reste un effort très important, mais effectivement, même s'il est moindre qu'avant. J'ai quand même une dernière question, Sandrine Rousseau, vous avez vu que la natalité est en très forte baisse en France, 1,59 enfants par femme. Est-ce que vous estimez que c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

6:31
Sandrine Rousseau

La natalité n'est pas un objectif en soi.

6:35
Présentateur

En fait, je vous le demande si c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle. C'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. Est-ce qu'il ne faut plus d'enfants ? Ou est-ce qu'au contraire, en tant que même économiste, vous vous dites qu'il faut des enfants ? Qu'est-ce que vous choisissez entre ces deux réponses ?

6:46
Sandrine Rousseau

C'est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. C'est le choix des femmes, c'est le choix des couples. Et je pense qu'il faut le respecter. Je pense qu'il n'y a pas une injonction à faire des enfants, comme il n'y a pas une injonction à ne pas en faire. Il faut respecter les choix individuels. Je pense que ce taux de natalité est révélateur d'une inquiétude sur l'avenir. Je partage cette inquiétude sur l'avenir, véritablement. Je pense qu'aujourd'hui, nous sommes 9 milliards d'individus sur la planète. Dans les années 70, nous étions 6. Donc on a énormément augmenté le nombre d'individus sur la planète. Et les démographes nous disaient qu'on pouvait atteindre 11 milliards.

Un chiffre qui est aujourd'hui remis à questionner. Oui, on est entre 10 et 11, mais c'est intenable. Donc voilà, il y a des choix individuels qui sont faits. Je respecte ces choix. Il y a d'autres manières aussi de financer les retraites.

7:31
Présentateur

Merci beaucoup Sandrine Rousseau. Sandrine Rousseau, donc très en colère ce matin, députée écologiste de Paris.