Budget 2025, grippe, violence contre les soignants... Le "8h30 franceinfo" de Yannick Neuder
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Bonjour Yannick Noder, hier François Bayrou a donc échappé à la censure grâce aux socialistes, c'est désormais l'EPS qui dicte la politique du gouvernement, c'est ça ?
Je ne le dirais pas comme ça, je pense que l'EPS qui est un parti de gouvernement entend ce que l'ensemble des français souhaitent, ils veulent, quelles que soient les idées politiques des uns et des autres, et particulièrement dans le secteur qui est le mien, la santé, qui n'a pas de couleur politique, de pouvoir répondre aux besoins des français, et je crois que c'est une stabilité gouvernementale qui est finalement mise en place pour pouvoir doter la France d'un budget, dont le budget de la sécurité sociale, c'est ça la conclusion et les enseignements de ce qui s'est passé hier.
Vous dites une stabilité gouvernementale, mais alors François Bayrou il a quand même payé le prix fort, il y a beaucoup de concessions qui ont été faites, je vais en citer quelques-unes, Contribution sur les hauts revenus, hausse de la taxe sur les transactions financières, taxation sur le rachat d'actions, surtaxe provisoire sur l'imposition des grandes sociétés, rationalisation du crédit d'impôt recherche, est-ce que vous êtes à l'aise avec tout ça ?
Je crois que malheureusement on est dans une situation financière terrible, on a 3000 milliards de dettes, quel que soit le gouvernement, il faut faire face à cette situation-là, donc c'est un équilibre subtil entre répondre aux besoins des français qui sont finalement fondamentaux sur la sécurité, l'éducation et naturellement la santé.
L'homme de droite que vous êtes n'est pas gêné par cette hausse de taxes ?
L'homme de droite il est responsable aussi de pouvoir justement pouvoir assurer des services publics, de pouvoir prendre soin des français, tout en ayant quand même en fait une rigueur budgétaire, parce que si on ne fait absolument pas attention non plus aux comptes publics, eh bien on va perdre toute notre crédibilité.
Ce n'est pas vraiment de la rigueur budgétaire, puisqu'on a pu lire ici ou là des estimations sur les concessions de François Bayrou, alors il y a notamment les emplois d'enseignants, mais il y en a d'autres, 3 milliards d'euros, les concessions de François Bayrou aux socialistes.
Mais moi je vais prendre le budget de la sécurité sociale. Si rien n'est fait, nous aurons un trou de la sécurité sociale à 28 milliards. Donc il ne faut pas non plus raconter de mensonges aux français. Ce n'est pas sur un exercice budgétaire que vous pouvez résorber le trou de la sécurité sociale. Donc il faut une stabilité politique pour justement avoir des programmes financiers de pluriannualité sur plusieurs années. Donc en fait il faut apporter cette stabilité au niveau du Parlement.
La stabilité vaut plus de taxes et vaut plus de dépenses ?
Non, de toute façon il y aurait, quel que soit le gouvernement, il n'y a pas de recette magique. Il faut bien un moment, si on ne veut pouvoir pas renier sur notamment des biens fondamentaux et des solutions qui sont extrêmement importantes et qui sont plébiscitées par les français, je reviens encore sur la santé, c'est en gros pas d'économie sur le dos de la santé des français. Donc effectivement il faut pouvoir trouver des financements.
Adrien en parlait à l'instant, il y a un abandon de la suppression des 4000 postes dans l'éducation nationale. Pourtant on voit que le nombre d'élèves baisse là aussi, ce n'était pas cohérent de baisser aussi le nombre d'enseignants ?
Moi je suis ministre de la santé, pas de l'éducation nationale. Donc je ne vais pas commenter les sujets qui sont en dehors de mon périmètre.
Il faut donner quand même un gouvernement qui est censé avoir une forme de solidarité.
Je crois que c'est ça aussi le compromis, c'est de pouvoir face à ce parlement où d'ailleurs il n'y a aucune majorité, quel que soit le gouvernement, ça ne change pas la configuration du parlement. C'est de pouvoir trouver les sujets qui sont de priorité nationale pour en tout cas répondre aux besoins des français. Moi ce week-end je serai dans ma circonscription, je suis très attaché aux élus locaux et à la population, notamment ma circonscription. Les français sur le terrain, entre guillemets, ne veulent plus de toutes ces joutes politiques. Ils veulent de la stabilité pour pouvoir voir un certain nombre de sujets avancés, santé, sécurité, éducation. C'est ça la priorité.
François Bayrou a aussi lâché, entre guillemets, sur la réforme des retraites. Le fameux conclave sur cette réforme s'ouvre aujourd'hui et pour trois mois autour de la table, donc les partenaires sociaux et les patronats. Pour bien comprendre, parce qu'il y a eu, comme on dit aujourd'hui dans le nouveau vocabulaire, des bouger ici ou là, même s'il n'y a pas d'accord, ce sera, quoi qu'il arrive, soumis au parlement ?
Je crois que ça a été confirmé et je crois que c'est quelque chose d'important que le parlement joue tout son rôle, mais rien que son rôle dans cette situation-là. Et je crois qu'on peut se satisfaire, quelles que soient là encore les idées politiques des uns et des autres, qu'il y ait ce dialogue avec l'ensemble des partenaires sociaux. Donc moi, je ne peux que confirmer qu'effectivement, on peut être que pour le dialogue avec les partenaires sociaux. Par contre, il faut quand même ne pas oublier les réalités et la situation financière.
Et justement, si la mesure d'âge est détricotée, on sait que vous êtes là encore un homme de droite que vous soutenez, y compris certains chez vous, d'ailleurs, parlent plutôt d'une retraite à 65 ans, on se souvient de François Fillon. Si cette mesure d'âge est détricotée, qu'est-ce que vous faites ? Vous quittez le gouvernement ?
Je crois qu'on n'en est encore pas là. On va laisser déjà les trois mois se faire. Elle peut ne pas l'être ? Je ne sais pas. Il faut regarder. Il y a des mesures qui doivent probablement peut-être faire bouger les lignes. Je pense que sur la pénibilité, sur les carrières longues, on voit bien que le rapport au travail a aussi changé sur les nouvelles générations. Et puis la pénibilité. Moi, je vais encore reprendre le sujet que je connais mieux, l'hôpital. Vous ne demandez pas à quelqu'un une aide-soignante ou à une aide-soignant de 58, 59 ans qui est en 3,8, de pouvoir faire le même réglement.
Et donc la mesure d'âge, ce n'est pas une priorité ?
Je dis qu'il faut pouvoir mettre de la flexibilité. Mais je vais laisser surtout mes collègues ministres qui sont dans ce secteur-là mener le dialogue social. J'ai beaucoup à faire avec la santé, l'hôpital et les soins de ville.
Justement, on va en parler puisque le projet de loi de finances de la sécurité sociale revient au Parlement le 23 janvier. Là encore, il y a eu quand même beaucoup de renoncements par rapport au texte présenté par Michel Barnier. Je vais en citer quelques-uns. Donc, fini le déremboursement de certains médicaments, fini la hausse du ticket modérateur, à l'attrape aussi la baisse de remboursement par l'assurance maladie des consultations chez le médecin. Le secteur de la santé devait faire 5 milliards d'économies. Ce ne sera pas du tout le cas. Est-ce qu'il y aura même des économies ?
Je pense que l'idée de la santé, ce n'est pas de dépenser plus, c'est de dépenser mieux et surtout dans l'intérêt de la santé. Mais pas d'économiser. Là, c'est de dépenser moins en l'occurrence. Non, je dirais que pour pouvoir économiser, il faut pouvoir réformer notre système de santé, en ville ou à l'hôpital, et moi je n'oppose jamais les deux. On a besoin d'une réforme du système de santé, de faire confiance davantage aux professionnels de santé. Je pense que la confiance doit être réassurée. Moi, je veux être un ministre de la Santé qui prend soin des Français, des patients, mais aussi qui prend soin de ses personnels soignants.
Pardon, je me permets de reformuler la question d'Alice Bouillaguet. Il n'y aura pas d'économie sur le budget de la santé ?
Il y a toujours des mesures d'efficience parce qu'on peut, à budget identique, soigner mieux. Et je pense que notre système...
Donc ça veut dire pas 5 milliards d'économies, budget identique ?
Pas 5 milliards d'économies. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas sur un budget que vous résorbez les déficits de la sécurité sociale. Et nous avons besoin de réformer notre système de santé. Nous avons besoin de former plus de soignants. On forme globalement le même nombre de soignants qu'en 1970, alors que nous sommes 15 millions de Français en plus, avec une population qui a vieilli, qui a beaucoup de problèmes de santé, et puis un rapport au travail qui est différent. Donc on doit former plus, on doit restructurer, et on doit ouvrir des lits. On le voit bien avec...
Donc quand même, si je résume, on n'en est même pas à... Enfin, 5 milliards d'économies, on ne les aura pas, mais pas d'économies du tout, en fait. Vous êtes les gagnants du budget de François Bayon ?
Non, on ne peut pas dire pas d'économies du tout.
Combien ? Juste si vous pouviez nous... Non, mais on n'a pas de chiffres.
Est-ce qu'on est en milliards ou en centaines de millions ? Je crois que c'est plutôt en centaines de millions, il faut arrêter les fantasmes, même parce que dans le budget de la sécurité sociale, je rappelle qu'il y a 5 branches, et donc la branche retraite est un poids certain dans le budget de la sécurité sociale. Moi, je crois surtout qu'on est là aussi pour rassurer, il y a aussi beaucoup d'autres difficultés dans le système de santé, il y a beaucoup d'épidémies, ça ne vous a pas échappé. On parle également aussi.
La grippe, chikungunya, la situation de Mayotte, le M-Pox, donc on a toutes ces situations très urgentes sur ces sujets épidémiques, il y a la violence vis-à-vis des soignants qui est inadmissible, avec une tolérance zéro, et la seule chose que l'on peut apporter au niveau des soignants, avec des meilleures conditions de travail, parce que la véritable force richesse de notre système de santé, c'est ces soignants.
Je reviens juste sur les chiffres, donc on ne comprend pas d'économie ou peu, mais est-ce que...
Pas d'économie sur le dos de la santé des Français. C'est ça le message de ce matin. Ça ne veut pas dire qu'on ne va pas réformer le système.
Est-ce que vous allez dépenser, parce que dans les mesures cédées aux socialistes, il y a notamment, j'en parlais, la hausse, le fait qu'il n'y ait pas de hausse du ticket modérateur, le fait qu'il y ait l'augmentation des tarifs hospitaliers, ça, vous l'avez chiffré ?
Oui, c'est à peu près chiffré. Après, c'est donc des éléments du discours de politique générale. Je rappelle, et vous l'avez bien dit, que le PLFSS attaque le loi de financement de la sécurité sociale, va faire aussi son cheminement au Parlement. Donc moi, je vais voir aussi comment le Parlement veut amender, modifier cette proposition de loi de finances. Donc c'est pour l'instant que c'est un point de départ. Nous verrons au terme de l'examen parlementaire.
Mais est-ce que, par exemple, mieux encadrer le transport sanitaire ?
Je crois que, je vous l'ai dit, il y a des mesures d'efficience qui peuvent être faites sur tous les secteurs. Je crois que le poids du transport sanitaire n'est pas le même. Vous ne pouvez pas modifier la prise en charge du transport quand vous habitez dans une métropole, que vous avez un métro, que vous avez un tramway, ou dans un territoire très rural comme le mien. Pour un certain nombre de patients, la chimiothérapie, la radiothérapie, la dialyse, il est hors de question de supprimer le transport pour ces patients. Parce que sinon, ça sera un renoncement aux soins. Donc on n'est pas un gouvernement qui veut que les patients renoncent aux soins, bien au contraire.
J'entends votre point, mais du coup, j'ai du mal à voir. Vous parliez, à défaut d'économie, vous parliez d'efficience. Où est-ce que vous voulez trouver ces mesures d'efficience ?
L'efficience, ça peut être aussi parfois d'éviter que des examens soient réalisés plusieurs fois. C'est de décomplexifier les parcours de soins. Parfois, vous êtes obligé de passer dans différentes étapes.
Mais ça, ce n'est pas des mesures dans le projet de loi de financement.
C'est des mesures quand même qui sont en lien avec la Caisse nationale d'assurance maladie pour améliorer le parcours des patients, pour trouver des solutions plus rapides, pour éviter des délais d'attente. Quand quelqu'un est en arrêt maladie et qu'il attend malheureusement d'avoir un examen, c'est de l'indemnité journalière. Donc il faut quand même regarder tout ça dans la totalité.
Un mot rapidement, vous parliez à l'instant des arrêts maladie. Le gouvernement Barnier envisageait un rallongement d'un délai de 1 à 3 jours de carence des arrêts maladie pour les fonctionnaires. Donc ce n'est plus d'actualité, vous nous le confirmez.
Moi je dis surtout que c'est au ministre de la fonction publique de mener ces discussions-là.
Mais c'est quand même dans la fonction publique hospitalière que la durée des arrêts maladie apparaît la plus longue.
Alors je pense, il y a différentes choses. Il y a beaucoup de personnes qui ont comparé...
C'est en moyenne 10 jours.
Et c'est 10 jours dans le privé. Voilà, après il faut aussi peut-être regarder. Le personnel soignant est soumis aussi à forte tension. Donc je ne dis pas qu'il n'y a pas à regarder ces sujets-là. Des efforts à faire là-dessus ? Mais je pense qu'on a un système hospitalier qui est très tendu en ce moment. Et ce n'est certainement pas forcément le meilleur moment pour envisager ces sujets-là. Donc il y a un vrai sujet d'attractivité au travail, d'attractivité de la fonction hospitalière, de l'hôpital public, mais aussi de l'hôpital privé. C'est des métiers qui sont extrêmement en tension. Donc on doit encore s'appuyer sur nos soignants et leur favoriser les conditions de travail.
Parce que, je le redis, la volonté c'est de pouvoir ouvrir plus de lits. Mais il faut aussi proposer de bonnes conditions de travail à nos soignants. Des bonnes conditions et surtout une bonne protection dans l'exercice de leur mission.
Génique Noderre, vous restez avec nous. On va parler notamment effectivement de la grippe. Juste après le fil info, 9h moins le quart. Maladie, Magali Homo.
Les hôpitaux publics à Marseille n'ont pas assez de place pour conserver les corps des défunts. C'est pourquoi une grève débute ce matin à l'appel de forces ouvrières. Le syndicat dénonce des chambres mortuaires saturées. Un camion frigorifique a été installé sur le site de la Timon. La direction assure travailler à des solutions. Le cabinet de sécurité israélien doit se réunir aujourd'hui après la finalisation cette nuit des derniers détails d'un accord pour une trêve à Gaza et la libération des otages. Emmanuel Macron au Liban. Sa dernière visite, c'était il y a 5 ans lors de l'explosion du port de Beyrouth.
Cette fois, le chef de l'État vient pour apporter son soutien aux nouveaux dirigeants du pays. Joseph Aoun vient d'être élu président la semaine dernière. 5%, la Chine a enregistré l'année dernière sa plus faible croissance depuis trois décennies hors période Covid. Le pays voit par ailleurs sa population baisser pour la troisième année consécutive. Il compte désormais 1,408,000,000 d'habitants. Le monde du cinéma en deuil. David Lynch, le réalisateur américain de Mulholland Drive, Elephant Man ou encore Twin Peaks, s'en est allé à l'âge de 78 ans à cause d'une maladie pulmonaire. Il avait reçu la palme d'or à Cannes en 90 pour Sailor & Lula.
Nicolas Cage, à l'affiche justement de ce film, salue un génie singulier, l'un des plus grands artistes de cette époque.
On retrouve Yannick Noder, ministre chargé de la Santé et de l'accès aux soins.
La grippe, on en parlait à l'instant. Cette épidémie progresse en France. Elle est plus sévère d'ailleurs que d'habitude. La tendance, c'est quoi ? Le pic sera atteint dans une dizaine de jours. Vous nous confirmez ce pic ?
Est-ce qu'on pourrait, il faut être extrêmement prudent sur ces questions de pic ? On voit une certaine stabilité qui est en train d'apparaître, une stabilité relative et je pense encore une fois à tous les soignants qui font face à cette épidémie. On voit par contre que ça circule bien en ville, notamment chez les enfants, chez les moins de 4 ans. Donc on voit qu'il y avait aussi un décalage entre les différentes régions.
Il y a plus de décès en région PACA et en Normandie. Comment vous l'expliquez ?
C'est très difficile. Moi, pour l'instant, je ne commenterai pas ces chiffres parce qu'il faut déjà attendre que ces chiffres soient stabilisés. On a là, malheureusement, des chiffres qui viennent surtout de structures, de structures hospitalières ou notamment des EHPAD. Donc il faut voir au global. Ce qui est surtout important de dire, c'est qu'il faudra voir quelles sont les mesures à prendre. Et c'est pour ça que, vous allez dire, je prêche pour mon cas, mais c'est surtout pour la santé des Français, c'est qu'il faut une certaine stabilité. Et la grippe 2026, dans mon ministère, elle va s'organiser d'ici quelques semaines. Donc il faut tirer les conséquences de cette épidémie.
Naturellement, il y a beaucoup trop de morts, bien entendu. Mais il faut pouvoir aussi organiser la future campagne de vaccination, de gestes barrières. Et je crois que si aussi cette épidémie est très forte, au-delà des différents variants qui composent cette souche de grippe, il faut aussi pouvoir remettre les gestes barrières qu'on a un peu oubliés depuis le COVID et discuter de la vaccination.
On va parler justement de la vaccination, d'abord sur la situation en elle-même. La situation à l'hôpital, il y avait 86, 87 plans blancs déclenchés ces derniers jours. Est-ce que ce chiffre est stable ? Est-ce que la situation est encore ponable ?
Pour l'instant, il est à peu près stable. Je n'ai pas le chiffre exact, ça varie de jour en jour. Mais on peut dire un petit peu moins d'une centaine de plans blancs. Il faut faire attention aussi dans ce qu'on qualifie de plans blancs. Mais c'est vrai qu'il y a une tension sur le système hospitalier. Et c'est bien pour ça que si on veut pouvoir desserrer cette tension, il faut pouvoir rouvrir des lits. Mais pour pouvoir rouvrir des lits, il faut former des soignants. Donc c'est ça ma priorité. C'est pour ça qu'il faut inscrire l'action du gouvernement et de mon ministère dans la durée.
Et ce n'est pas en changeant de ministre de la Santé tous les 4 mois, avec des idées de 4 mois, qu'on peut avoir ces mesures de long terme.
Le plan blanc, je reprécise, c'est notamment déprogrammé des opérations. Mais la grippe, c'est tous les ans.
C'est tous les ans.
Pourquoi ce manque d'anticipation ?
Et je pense que dans la façon dont vous le dites, vous traduisez bien l'énervement des Français, des soignants, en disant mais qu'est-ce qu'ils font puisque c'est chaque année la grippe. On a l'impression qu'on découvre. On n'est pas surpris. Je crois qu'il faut pouvoir remettre ces sujets de santé publique au devant de la scène. Il faut rappeler le lavage des masques. Ça paraît complètement fou, mais je crois que c'est quand même des enseignements qu'on a un petit peu tendance à avoir oubliés pendant la période Covid. Je rappelle que pendant la période Covid, il y avait beaucoup moins de grippe, beaucoup moins de gaz conterri. Donc il faut rappeler ces gestes barrières.
Et puis il faut évoquer le sujet de la vaccination. On est dans un système de droit.
La plupart des patients qui arrivent aux urgences ne sont pas vaccinés. Comment vous pouvez inciter les Français à le faire ?
Je crois qu'au pays de Pasteur, c'est quand même assez étonnant qu'on ait finalement, pas une forme de réticence, mais en tout cas qu'on n'a pas finalement autant envie de se vacciner que ça. Donc je pense qu'on a vraiment besoin d'avoir des mesures pédagogiques. Les soignants sont en première ligne parce que je crois qu'on fait confiance à ces soignants. Donc il y a déjà un premier travail sur la vaccination des soignants.
Seuls 10% des 2 millions de soignants sont vaccinés contre la grippe aussi. Comment est-ce qu'on peut obliger, s'il faut d'ailleurs le faire ?
C'est la mission que j'ai donnée à la Haute Autorité de Santé. C'est effectivement de faire le point de cette situation-là. De voir s'il faut se poser cette question de savoir s'il y a une obligation vaccinale pour les soignants. Ça ne serait pas raisonnable au vu des chiffres.
Elle ne veut pas la Haute Autorité. Elle dit oui, c'est mieux s'ils sont vaccinés, mais elle ne va pas le rendre obligatoire.
La Haute Autorité, si vous me permettez, je viens de la mandater pour que justement on fasse un point sur cette situation. Mais on ne peut pas, ministre de la Santé, je suis...
Ça veut dire que vous rediriez aux soignants comme ceux qui, pendant le Covid, ont pu être amenés à démissionner des hôpitaux, etc. Si vous n'êtes pas vacciné contre la grippe, vous partez. Ce n'est pas ce que je vous ai dit.
Ça marche comment, une obligation vaccinale ? Déjà, je dis qu'il fallait se poser cette question-là. Je n'ai pas parlé d'obligation vaccinale, mais je pense qu'il faut attendre les conclusions de la Haute Autorité de Santé. Avoir ce discours, parce que je veux être en ministre de la Santé, qui protège aussi les soignants. Et la vaccination, pardon, je rappelle qu'elle protège, parce que 80% des patients qui sont en réanimation, et ça, vous pouvez très bien être soignant, contracter une grippe sévère, et aussi en réanimation, pardon, votre statut de soignant ne vous protège pas contre les formes graves. Eh bien, il faut surtout dire que la vaccination protège, protège.
Mais je n'arrive pas à comprendre ce que vous nous dites ce matin, c'est-à-dire...
Moi, je vous le dis très clairement...
Vous dites, ça serait mieux, mais vous ne voulez pas aller jusqu'à la vaccination obligatoire pour les soignants.
Non, je ne vous ai pas dit ça. Vous me posez la question de savoir s'il y a une question d'obligation vaccinale. Je vous dis que ce n'est pas une question taboue, que ce n'est pas ce matin sur France Info que je vais vous répondre à cette question, mais que je me mets dans toutes les conditions, mais je reviendrai, je reviendrai, je mets toutes les conditions, c'est-à-dire de pouvoir prendre l'avis de la Haute Autorité de Santé, d'avoir ce dialogue-là avec les soignants, parce que moi, ma priorité, jusqu'à la prochaine épidémie de grippe, donc on a un petit peu de temps... Donc dans un an, vous vous attendez un an avant ? Non, pas un an, mais on a... A l'automne prochain ?
Exactement, pour que d'ici l'automne prochain, on puisse avoir une stratégie beaucoup plus agressive sur la vaccination des soignants, mais aussi d'une façon générale sur l'ensemble.
Pardon, Yannick Noderre, je suis peut-être un peu naïf, mais je ne vois pas comment, si on n'oblige pas les soignants à se vacciner, comment on peut les inciter, parce qu'ils ne veulent pas se faire vacciner. On a entendu des reportages de soignants qui nous disent qu'ils ne veulent pas, ils n'y sont pas forcés, donc ils ne le font pas.
Non, mais il faut renforcer les campagnes d'explication, de prévention, probablement favoriser aussi l'aller vers, je le fais. N'oublions pas quand même qu'il y a encore 15 jours, j'avais la blouse sur les épaules et que dans mes propres services, nous proposons des séances de vaccination dans les services, au plus proche des soignants. Donc il faut favoriser toutes les conditions de vaccination et puis si jamais ce n'est pas écouté, nous verrons s'il faut aller plus loin.
Un dernier mot sur ce sujet, les médecins, le syndicat AMG France notamment, demande de permettre aux médecins de stocker un certain nombre de vaccins dans leur cabinet pour en cas de, s'il convainc un patient de se faire vacciner, pouvoir faire le vaccin immédiatement.
Alors ça me permet de, on a beaucoup parlé de la vaccination des soignants, moi je veux aussi parler de la vaccination des plus fragiles. Je pense qu'on a des stratégies vaccinales très importantes à déployer, notamment dans les EHPAD. Il faut qu'un maximum de patients qui sont les plus fragiles puissent se faire vacciner et puis je pense notamment à tous les patients qui sont très fragiles avec des maladies chroniques, des affections longue durée. On pourra aussi envisager des droits. Non, des droits et des devoirs, mon souci immédiatement n'est pas le stockage et on discutera avec l'ensemble des professionnels libéraux comme hospitaliers.
Il faut que le maximum de personnes puissent stocker. Donc naturellement, si on veut pouvoir vacciner, il faut un peu de stockage, délocaliser pour fluidifier le parcours de la vaccination. Mais vous ne m'avez pas entendu sur le sujet. Je pense que sur les patients les plus fragiles qui sont porteurs de maladies chroniques, il faut aussi se poser la question du droit et des devoirs. On est tous très attachés à notre système de santé, à notre système de sécurité sociale. Comment moi, patient porteur d'une maladie chronique, je peux le protéger, je peux aider mes soignants. Une forme d'obligation aussi. Je ne l'ai pas dit non plus, mais une très forte incitation.
Je pense que c'est aussi important que ce message passe auprès des patients les plus fragiles. Encore une fois, il ne s'agit pas d'obliger, mais surtout de faire prendre conscience et aux soignants et aux patients que la vaccination protège. Et on ne l'a peut-être pas suffisamment dit.
Un mot aussi sur ce qui se passe en ce moment à Marseille. Il y a un mouvement de grève qui a démarré ce matin dans les services mortuaires saturés des hôpitaux de Marseille. En clair, il n'y a pas assez de place pour stocker les défunts. À l'hôpital de la Timone, des agents ont dû se résoudre à conserver des corps dans des salles non réfrigérées en se servant de la climatisation. Vous comprenez cette grève ?
Bien entendu, je ne connais pas cette situation exacte, mais on ne peut pas se satisfaire que malheureusement, quand on a des décès dans le respect du deuil et dans le respect de la prise en charge de ces personnes, on ne peut pas se satisfaire qu'elles ne soient pas prises dans de bonnes conditions. Après, je ne suis pas complètement sûr que c'est de mettre un mouvement de grève en pleine épidémie qui va favoriser la prise en charge des patients et la situation d'une façon générale. Donc oui, je comprends cette situation et je ferai toute la lumière sur ce point-là. Sur la grève, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur moyen d'y répondre actuellement.
C'est une grève en forme d'alerte aussi de la part des soignants.
D'ailleurs, si vous me permettez, j'utilise votre radio pour pouvoir bien informer tous ces personnels que je prends bien le point que cette situation n'est pas acceptable, mais ce n'est pas le moment, malheureusement, de freiner l'efficacité de notre système de santé.
Vous avez évoqué en début d'entretien la violence vis-à-vis des soignants et face à cette multiplication d'agressions, vous promettez plus de fermeté dans la condamnation des agresseurs. Concrètement, ça va se traduire comment ? Ça va être des peines minimales, des peines planchées ?
C'est tolérance zéro parce que ce n'est pas acceptable quand vous portez secours, soins, assistance à des personnes de vous faire taper. Je suis allé à Anne-Masse. J'ai trouvé une équipe soignante que je remercie encore, mais qui illustre malheureusement à peu près...
Anne-Masse, la semaine dernière, effectivement, des personnels soignants sont faits agressés dans un service d'urgence.
Donc, c'est intolérable. Tolérance zéro. Je suis en lien avec le ministre de l'Intérieur et le garde des Sceaux puisque nous partageons cette vision de tolérance zéro. Après, il faut pouvoir mettre des moyens en place. On voit bien qu'il y a eu une proposition de loi par un député, Pradal, qui était très intéressante. Malheureusement, l'instabilité politique n'a pas permis que cette proposition de loi...
C'est quoi ces moyens ?
Alors, ces moyens, ce n'est pas forcément que des moyens. C'est de pouvoir alourdir déjà les peines, de pouvoir créer un délit d'outrage vis-à-vis des soignants et puis surtout de pouvoir rendre obligatoire la déclaration de ces violences et puis surtout de protéger les soignants en rendant anonyme l'établissement. Ça, vous soutenez ça ? Moi, je soutiens ça, que les établissements puissent se substituer aux soignants pour éviter la peur de porter plainte, pour éviter les représailles vis-à-vis de soi-même, vis-à-vis de sa famille, de ses enfants.
C'est une proposition de loi qui va être reprise ?
Moi, je souhaite qu'on le reprenne et la question des peines planchées, si un des moyens pour mettre en place cette tolérance zéro que nous appelons tous de nos voeux vis-à-vis de l'agression des soignants et de la protection des soignants doit être le moyen, eh bien, il faudra en discuter. Mais pardon, là, ce n'est pas mon champ. Il y a un garde des Sceaux, il y a un ministre de l'Intérieur qui vont pouvoir parler de ce sujet-là. Mais nous sommes calés sur cette tolérance zéro à l'échelon du gouvernement. Merci beaucoup. Merci Yannick Noder, ministre délégué en charge de la Santé,
d'avoir été l'invité de France Info ce matin.
Yannick Neuder