Marc Fesneau - L'interview politique du 04/05/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Marc Fénault, vous êtes député du Loir-et-Cher, président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée Nationale, vous avez également été ministre des relations avec le Parlement, puis de l'agriculture, on va bien sûr parler de politique française, mais d'abord la situation au Proche-Orient, Donald Trump a déclenché l'opération entre guillemets liberté, les Etats-Unis vont aider les navires bloqués dans le détroit d'Hormuz à en sortir, et l'Iran prévient que ça peut être une violation du cessez-le-feu. Est-ce que vous êtes inquiet ou plutôt optimiste sur une sortie relativement rapide du conflit ?
Ça fait deux mois qu'on dit qu'on va avoir une sortie rapide du conflit, donc reprenons les choses dans l'ordre, le détroit d'Hormuz n'était pas bloqué jusqu'à ce que M. Trump n'intervienne, on va faire à la fin d'une victoire, ce qui est simplement le rétablissement de situation classique et normale, je rappelle que les mers sont généralement ouvertes, c'est le droit international qui le dit, l'Iran évidemment a fait un choix d'une autre nature, mais reconnaissons que le président Trump a du mal à sortir du bourbier dans lequel il s'est mis lui-même, c'est pas le bourbier dans lequel l'ont mis les autres, c'est lui-même qui a décidé de se mettre dans cette situation-là.
Est-ce que c'est de nature à apaiser les choses ? Parce qu'il y a deux éléments dans cette affaire-là, un, laisser passer des bateaux porteurs de carburant, en tout cas de pétrole, et puis deuxième élément, est-ce que c'est de nature à réactiver la guerre avec l'Iran ? Alors j'ai que comprendre que le 1er mai, le président Trump avait dit que les opérations militaires étaient terminées. Absolument. Si c'est pour les reprendre le 3 mai, c'est assez grotesque.
Oui, parce qu'il a jugé que la reprise des opérations était, je cite, une possibilité dans la foulée.
Une possibilité. Donc tout ça, c'est le mot à la mode un peu, mais je reconnais que le mot est assez parlant. Quels sont les buts de guerre en fait ? Qu'est-ce que veut le président Trump ? Ça permettrait quand même peut-être d'engager une négociation et que d'autres partenaires, peut-être que le président Trump seul, puissent travailler une solution. Parce que si c'est la destruction du régime, manifestement c'est assez compliqué, alors que pourtant un certain nombre d'entre eux ont déjà disparu, à commencer par le premier chef d'entre eux. Est-ce que c'est la gouvernance et la démocratie en Iran ? Est-ce que c'est simplement les voies maritimes et le pétrole ?
Enfin bon, bref, on ne sait pas quelles sont les voies. Donc le problème de tout ça, c'est que ça donne de l'ératicité au marché, au marché pétrolier, au marché financier, et que ça, pour le coup, ça a des conséquences directes, non pas en Iran, mais partout ailleurs.
Justement, vous craignez les conséquences pour les Français de ce choc pétrolier, même si le ministre de l'Économie, Roland Lescure, avait regretté d'avoir employé ce mot ?
C'est un choc pétrolier, de toute façon. La question, c'est la durée de ce choc. Le choc pétrolier, tel qu'on l'avait entendu dans les années 70, c'était un choc durable du prix du pétrole. Est-ce que ça va être durable ? C'est la question. Est-ce qu'on va être dans une situation où le prix du baril de pétrole va baisser au niveau qui était celui avant la guerre ? C'est ça, la seule question. Si c'est un conflit qui dure et qu'on s'inscrit dans la durée, on va avoir un problème, manifestement, de prix du carburant, et ça, les Français l'ont déjà sous les yeux, et deuxièmement, d'inflation. Parce que le pétrole, c'est du plastique, c'est des engrais.
Donc ça se remet dans toute la chaîne de consommation de chacune et chacun d'entre nous. Donc ça devient compliqué, effectivement.
C'est un cercle vicieux qui peut s'enclencher, effectivement. Dans ce contexte, il y a une question qui s'est posée, celle des profits des pétroliers, après la publication des bénéfices trimestriels très spectaculaires de Total. Résultat net à 5 milliards d'euros, bon de 51% par rapport à la même période de 2025. Les oppositions proposent de surtaxer les profits. LFI veut même nationaliser. Mais Sébastien Lecornu, le Premier ministre, l'a dit la semaine dernière, « Je refuse le total bashing ». Il a raison.
Cette propension qu'on a en France à mettre au pilori nos leaders de luxe, nos leaders pétroliers, on est le seul pays du monde, je crois, qui, à ce point-là, passe son temps à taper sur ses leaders et ses fleurons, industriels, commerciaux, autres. Je trouve que c'est assez agréable de faire ça. Deuxième élément, je mets de côté la nationalisation. Je voudrais savoir quel est l'argent dont disposent M. Mélenchon et ses amis pour nationaliser une structure, quoi qu'il valorisait, à 150 milliards. 150 milliards, c'est la moitié d'un budget annuel. Avec quel argent on va faire ça ? Pourquoi faire ?
Je rappelle d'ailleurs que l'État est en partie déjà actionnaire de Total et donc touche des dividendes. Donc qu'est-ce que ça change ? Sachant que, par ailleurs, l'essentiel des activités de Total, et je réponds à votre question, ce sont des activités qui sont extra-nationales. Donc les super-profits que fait Total, ce n'est pas des super-profits sur le dos des Français. Ce sont des super-profits, s'il y en avait, ou des profits exceptionnels qui sont liés à ces activités mondiales. Donc on répartit comment cette charge-là ? Parce que les 2 ou 3 milliards supplémentaires de profits pour le premier trimestre, ils sont liés à une activité mondiale, pas à une activité nationale.
Et j'ajoute, si on est honnête, que Total, dès le début de la crise, a décidé de mettre en place une politique de plafonnement des prix. C'est le seul qui l'est fait. Puis on a décidé de plafonner autour de 2 euros le super et un peu plus le gasoil. Donc on ne peut pas dire que Total lui-même, sans qu'on lui demande et sans qu'on le force et sans qu'il y ait de coercition, n'ait pas fait lui-même le geste de ce plafonnement qu'il a décidé d'ailleurs de prolonger. Je pense que c'est ça le plus efficace. Parce que ça, ça fait quelques centaines de millions d'euros, mine de rien, 10 ou 20 centimes sur la totalité de ce que distribue Total dans ces stations. Ce n'est pas complètement rien.
Donc c'est plutôt comme ça qu'il faut ouvrir, je pense. Le reste, c'est de la démago facile de comptoir, si je peux me permettre cette expression.
Alors, vous citiez Jean-Luc Mélenchon. Justement, il a mis fin à un suspense insoutenable hier soir. Totalement insoutenable. Au voteur de TF1. Il sera candidat pour la quatrième fois consécutive. Et un de ses arguments de vente essentiels, si j'ose dire, c'est qu'il assure qu'il sera le meilleur candidat contre l'ERN et que l'ERN n'est même pas assuré avec lui d'être au deuxième tour. C'est un bon argument ?
Ça veut dire qu'il prend des voix au ERN ? Ça veut dire donc qu'il a peut-être des théories qui seraient ressemblantes de celles du ERN ? Donc ce n'est pas la peine de nous vendre qu'il ait le meilleur produit contre l'ERN si sa stratégie, c'est d'aller prendre des voix au ERN ? Il y a quelque chose qui dysfonctionne dans le raisonnement. Deuxième élément, Mme Le Pen elle-même le dit, je crois, le meilleur candidat pour elle, c'est M. Mélenchon.
Ça vous inquiète, un deuxième tour, Mélenchon Le Pen ou Mélenchon Bardella ?
Je ne sais pas si le mot « désolé » est assez puissant. Ça me navre. Si c'est le choix qu'on offre à la France que celui d'avoir M. Mélenchon, Mme Le Pen qui chacun dans leur registre sont des populistes et des extrémistes et emmènent le pays au chaos, au vrai chaos, c'est-à-dire au chaos européen, au chaos mondial et au chaos de la crédibilité du pays, au chaos, y compris financier, quand on entend les théories de M. Mélenchon, mais d'ailleurs quand on entend aussi, si on regarde bien ce que dit Mme Le Pen. Donc ce qu'on doit s'éviter, c'est ça. On a le droit d'avoir autre chose comme choix que Mme Le Pen ou M. Bardella ou Mme Le Pen ou M. Bardella ou M. Mélenchon.
Je pense que c'est notre devoir à nous, responsables politiques, c'est de s'éviter ce choix-là. Parce que ça, ce n'est pas un choix, c'est une catastrophe. Et donc l'argumentation que va nous faire M. Mélenchon toute la campagne qui est celle de dire « je suis le meilleur rempart », etc. est une argumentation qui est fallacieuse. La question d'ailleurs n'est pas d'être seulement le rempart à Le Pen. La question c'est d'être le rempart à la crise qui vient, à la crise économique, à la crise géopolitique. Et je ne vois pas des théories de M. Mélenchon ou de Mme Le Pen quelque chose qui nous sort de cette crise.
Alors toujours sur la présidentielle, un sondage à RIS Interacteur vient de sortir. Il confirme que Jordan Bardella est le grand favori du premier tour, autour de 35%. Et il place Édouard Philippe en assez bonne position, 19% contre Gabriel Attal, 14%. C'est le meilleur candidat pour la majorité, l'ex-majorité sortante, Édouard Philippe ?
Mais alors d'abord c'est à date, et il faut toujours se défier des sondages. Pour avoir fait 5 élections présidentielles, je sais qu'il faut faire attention aux sondages du mois d'avril ou du mois de mai.
Le favori du mois d'avril, un an avant l'élection,
n'est rarement élu. C'est parfois une situation même dangereuse, et je crois que d'ailleurs Édouard Philippe s'en défie, mais le vrai sujet c'est pas seulement d'être le meilleur candidat du camp présidentiel, le vrai sujet c'est d'être le meilleur candidat pour, un, rassembler les Français, et deux, gagner au deuxième tour. Pour ça, on arrive à construire un projet, c'est pour ça que je persiste à dire depuis des semaines que le sujet d'abord c'est de savoir ce que nous, centristes, avons à dire, de regarder quel est le candidat qui le portera le mieux et qui est capable d'élargir, en gros pour faire simple, des sociodémocrates aux républicains de droite.
C'est là que se trouve l'espace du candidat de premier et premier et second tour sans doute. Et donc c'est à ça qu'il faut travailler, et pas seulement à dire quel est le meilleur successeur ou celui qui pourrait succéder à Emmanuel Macron dans le champ qui est celui de ceux qui ont accompagné Emmanuel Macron à partir de 2017. Sinon je pense qu'on est dans un champ qui est trop restrictif.
Alors, vous évacuez un peu la question, de la personne, mais il y en a quand même un paquet. J'ai compté neuf candidats potentiels, il y en avait dix, mais hier il y a Elbron Pivet. Ça fait au moins huit de trop. Oui, Elbron Pivet a dit que elle ne serait pas candidate justement parce qu'elle ne voulait pas rajouter à la confusion. On citait Edouard Philippe-Gabriel Attal, il y a aussi Gérald Darmanin, il y a Elbron Pivet, Rohr Berger, Elisabeth Borne, on peut rajouter Jean Castex, François Bayrou dont vous êtes proche, Bruno Le Maire. Comment vous organisez tout ceci ?
Il faut une primaire ? Mais c'est pour ça que je refuse, vous avez raison de répondre aux questions de personnes parce que je pense que si on commence par rentrer par les questions de personnes, on va finir par faire un casting et par faire une primaire dont j'ai toujours dit que je ne voyais pas à quoi elle aboutissait sauf à radicaliser les positions des uns et des autres et à être obligé de se distinguer tellement qu'à la fin, il est impossible de rassembler ensuite. On l'a vu dans plein d'occasions, cette affaire de primaire, c'est une forme de radicalité qui s'organise sur son propre noyau.
Puis après, il faut parler aux Français quand même parce que la question, ce n'est pas de parler à ces 100 000 militants, 50 000 militants ou 10 000 militants. La question, c'est de parler aux Français. Moi, je pense qu'il faut d'abord se dire quel est le projet et se dire quel est le candidat qui nous paraît, nous, hommes et femmes du centre, ne plus répondre au projet. Puis après, laissons passer les mois qui viennent, c'est-à-dire septembre, octobre, novembre. Là, on commencera à voir, y compris par les voissons d'agir, quel est celui qui semble se détacher. Mais on a un redoutable enjeu, c'est d'être haut au premier tour et d'être capable de gagner au deuxième tour.
Et pour ça, je répète, il faut qu'on ait un rassemblement large. La question, ce n'est pas seulement les neuf candidats, c'est qu'est-ce que disent les autres qui sont du champ républicain, au Parti Socialiste et au LR. Parce que c'est avec eux que devra se produire le rassemblement.
Et la situation n'est pas plus claire, ni au PS, ni au Réunion.
Ni chez les LR. Je ne suis pas sûr que la désignation par Bruno Retailleau ait soldé complètement la question de qui est le candidat pour les LR. De même à gauche, puisqu'il y a au moins trois ou quatre candidats qui se réclament de cet espace-là. Donc, dans l'intervalle, plutôt que de donner le spectacle affligeant, et je me réjouis de tous ceux qui disent, écoutez, en responsabilité, le sujet, ce n'est pas ma candidature, le sujet, c'est qu'est-ce qu'on fait et qu'est-ce qu'on dit pour la France et qu'est-ce qu'on dit aux Français.
Je pense que, dans l'intervalle, le mieux est de ne pas te parler de personne et de parler de fond, parce que les Français qui nous écoutent, ils ont un sujet de pouvoir d'achat, ils ont des craintes sur la désindustrialisation, ils ont des craintes géopolitiques, ils veulent savoir quelle est la place de la France en Europe, ils ont des craintes sur les questions climatiques, ils ont des craintes sur les questions sécuritaires, ils ont aussi la volonté, sans doute, que le pays se rassemble et ne se fracture pas. Or, c'est la proposition Mélenchon-Le Pen, cette proposition-là.
La semaine dernière, une majorité de députés ont voté pour la publication du rapport sur l'audiovisuel public, rédigé par le rapporteur de la commission d'enquête Charles Aloncle, député UDR, proche d'Éric Ciotti. Donc, il sera rendu public aujourd'hui, ce rapport, mais votre groupe, le Modem, s'est abstenu et vous avez, vous déploré, je cite, un rapport à charge. Pourquoi ?
On a eu le sentiment, alors on s'est abstenu pour une raison simple, c'est que si nous avions voté contre ce rapport, ce qui était notre propension, puisque le rapport, pour ceux qui l'avaient lu, nos deux parlementaires, Erwal Malanan et Sophie Met, avaient considéré que le contenu était nul et non avenu. Mais si nous avions voté contre, le rapport n'aurait pas été publié. Ce matin, on dirait complot, on nous cache des choses, il y a des tas de choses qui n'ont pas été exprimées. On t'avoue, on t'avoue. Donc, le mieux, c'est de se donner quand même l'attitude de voir le rapport, que tous les Français voient le rapport et qu'ils voient au fond la vacuité du rapport.
Pourquoi on critique ce rapport ? Parce que c'est un rapport à charge. La démonstration de M. Hallon depuis les premiers jours de sa commission d'enquête et même à la création de sa commission d'enquête, c'est de démolir le service public de l'audiovisuel. Bon, il a le droit de ne pas aimer le service public, il n'y a pas besoin d'une commission d'enquête pour le faire. Ça aboutit à quoi ? De, il faut privatiser, il faut privatiser, il faut privatiser. Est-ce que pour autant, ça doit nous exonérer de travailler sur ce que doit être l'audiovisuel public ? Est-ce qu'il n'y a pas des synergies, des économies à faire ? Est-ce qu'il n'y a pas, comme partout, des économies à faire ?
Moi, je pense que oui, mais la difficulté de ce rapport, c'est que maintenant, il rend toute opération de travail un peu, pas obsolète, mais il l'obère par la qualité d'un rapport qui est quand même mis en doute par tous ceux qui...
Il y a quand même des points, il soulève des points très justes.
A priori, je ne l'ai pas lu puisqu'on n'a pas le droit de le lire, comme vous savez, j'ai eu des rebonds par un certain nombre de gens. Ce qu'il souligne des points de capacité d'économie qui puissent être faites, je n'ai aucun problème avec ça, mais le rapport au démarrage, il n'était pas là pour ça, il était là pour aller à charge. Et moi, je trouve que quand une commission d'enquête est instrumentalisée comme ça, en fait, on desserre la commission d'enquête et on desserre même ce que doit être le principe d'un parlementaire qui est celui du contrôle de l'argent public. Donc, c'est nul et non-avenu et nous, on va faire nos propositions.
Merci, Marc Rénaud, d'avoir répondu aux questions de Radio-J et très bonne journée à vous. Merci beaucoup, David. On vous retrouvera demain à 7h45. Votre invité sera Céline Hervieux, député PS de Paris.
Marc Fesneau