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Podcast / conversationLe Figaro (sur YouTube)· 5 septembre 2026 14 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsCulture, médias & sportNumérique

Macron : ce que son ancienne plume raconte de la vie à l’Élysée

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi avoir écrit un roman allégorique sur l'Élysée plutôt que de tout dire explicitement ?

  • 0:43OuverteRéponse directe

    Quelle idéologie avez-vous perçue dans les ministères et les discours à l'Élysée ?

  • 1:24OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous a frappé dans la vie de cour à l'Élysée ?

  • 2:03OuverteRéponse directe

    Pourquoi est-il si compliqué d'écrire pour un président ?

  • 2:43OuverteRéponse directe

    Comment avez-vous travaillé avec Emmanuel Macron sur ses discours ?

  • 3:19OuverteRéponse directe

    Quels sont les principaux discours que vous avez écrits pour lui ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:43Fait
    « C'est un discours dont j'ai écrit une base mais que le président a beaucoup retravaillé parce que c'est un sujet qui lui tenait à cœur. »
  • 1:24Fait
    « L'égalité consiste à nuire principalement à nuire également à tout le monde. »
  • 2:03Fait
    « On se perd parfois en dénonçant les noms, les adresses et en réfléchissant à la manière de transmettre mon expérience. »
  • 2:43Fait
    « Vous êtes dans une position finale d'une grande chaîne où chacun essaie de pousser des mots qui dans la bouche du prince deviennent des décisions. »
  • 5:25Fait
    « J'avais un sens très profond, un désir très profond de servir le plus grand nombre, un sens du bien commun. »
  • 8:55Fait
    « Il faut d'abord flouter. Qu'est-ce que ça veut dire ? Alors, moins c'est précis, euh moins vous donnez d'idées. »
  • 10:17Fait
    « Les gens ont l'impression qu'un discours de 45 minutes c'est plus important et plus impressionnant qu'un discours de 10. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur

Astrid Roucher, cétait intéressant d'entendre le président parler de la langue française parce que vous y revenez beaucoup à travers votre roman mais vous avez contribué à ce discours également. Oui, c'est un discours dont j'ai écrit une base mais que le président a beaucoup retravaillé parce que c'est un sujet qui lui tenait à cœur. Donc c'est pas le discours où j'ai le plus mis ma patte mais c'est un sujet qui me tient à cœur. Alors euh votre livre se veut un compte philosophique en imaginant le monde du pouvoir sous l'angle insulaire avec des îles et des archipeles euh dont l'île lisait. Euh pourquoi n'avoir pas voulu tout dire explicitement ?

J'ai l'impression que j'ai tout dit, mais j'ai l'impression qu'on dit mieux parfois en disant moins. J'ai l'impression qu'on se perd parfois en dénonçant les noms, les adresses et en réfléchissant à la manière de transmettre mon expérience et de partager ce que j'avais vu. Je me suis dit que l'allégorie était finalement ce qui me permettait de dire le plus explicitement parce qu'on ne se perdait pas justement dans les méandres et qu'on gardait la la subscientifique moelle de ce que j'avais vécu. L'égalité consiste à nuire principalement à nuire également à tout le monde dit votre personnage principal.

C'est euh ce que vous avez perçu à travers justement euh l'idéologie un peu diffuse euh qui euh circule dans les ministères à l'Élysée et dans les discours qu'on est euh contraint soit de lire, soit d'écrire, soit de reprendre. Oui, c'est une idéologie sociale que j'ai vu beaucoup dans les en terme d'éducation et de transmission de la culture, l'idéologie d'un nivellement par le bas. Et on croit que les Français sont amoureux de liberté et en fait pas du tout. C'est Tokville qui dit ça.

Ils sont tellement amoureux d'égalité qu'ils sont capables de menoter quelqu'un et le museler pour diminuer son privilège et empêcher le voisin d'avoir mieux euh si ça nous fait sentir moins puissant, moins fort, moins intelligent. Et c'est une idéologie délétaire, je pense. Quand on commence à ouvrir votre livre, ce qui frappe votre personnage principal, c'est la vie de cours. C'est ce qui vous a frappé aussi ? Oui, c'est frappant. Surtout quand on lit, vous ne vous y attendez vraiment pas. Vous n'aviez pas lu Saint-Simon avant.

J'avais lu Saint-Simon, j'avais lu La Brière que j'aime beaucoup et qui souvent me consolait quand je voyais des phénomènes de cours un peu affligeant de les retrouver, je me disais bon bah il y a un temporel un temporel courtisan à travers les siècles et de retrouver cette cette critique chez la bouillère, c'était très consolant. Euh je m'y attendais, c'est différent de le voir en acte et je venais d'un monde qui lui était très universitaire, qui était sur le temps long et qui était qui avait ses propres comportement de cours, mais peut-être pas aussi concentré et peut-être pas aussi euh théâtraux. Hm euh pourquoi est- si compliqué d'écrire pour un prince ? Parce qu'on peut pas tout dire.

Euh parce qu'il y a des choses qui sont doivent rester tacites, parce qu'il faut doser les silences et parce que vous êtes un peu le senseur. Vous êtes dans une position finale d'une grande chaîne où chacun essaie de pousser des mots qui dans la bouche du prince deviennent des décisions. Donc les gens essayent de vous faire dire des choses en vous disant en en pensant qu'une fois qu'elles seront prononcées par le prince, elles seront actées et elles seront des elles auront force de de loi ou en tout cas de programme. Et donc du coup, vous êtes voilà, vous devez administrer des tensions et des pressions pour produire un discours qui soit performatif et qui ne et qui soit court.

C'était ma grande préoccupation ne pas faire trop long. Alors avec Emmanuel Macron, comment vous avez fait ? J'ai fait comme j'ai pu. Comment vous avez survécu surtout ? [rires] Après, c'est pas mes discours, c'est toujours moi je fais toujours une proposition que le président retravaillait, complétait agençait. Il toujours. Imagine et et rallongé. Imagine, il rallongeait parfois parfois il sabret. y compris des passages dont j'étais très euh dont je devais faire mon deuil et que parfois je recopiais juste pour le plaisir sur un carnet parce que je voulais pas avoir écrit pour rien et voilà, il mettait à sa pâte.

Euh quels sont les euh quels sont les discours les principaux discours que vous avez écrit pour Emmanuel Macron ? Euh j'ai fait beaucoup de discours historiques et mémoriels. Euh le discours de Notredame de Paris, le discours de commémoration des attentats euh du 7 octobre, du 13 novembre. Euh beaucoup de discours aussi du cycle de la Seconde Guerre mondiale, donc le déparquement du 6 juin, la Libération de Paris, le plateau d'églière, Strasbourg, des hommages, beaucoup de diplomatique aussi.

Euh à chaque fois qu'il y avait un déplacement du président en Angleterre, aux États-Unis, euh dans tous les pays du monde, je me suis transformée en guide du routard ambulant et j'ai des bonnes connaissances sur ce qui se passe en Papoisie, Nouvelle- Guinée et euh et en dans les dans les pays d'Asie euh divers et variés. Beaucoup de voilà de scientifiques, nucléaires, tous les réformes industrielles euh s'accompagnent d'un discours à chaque fois. Quels étaient les plus durs à écrire ?

Euh les discours les discours sur des sur des corps euh les discours où il y a quelqu'un est mort en mission par exemple euh le décès des orpailleurs, le décès de soldats français, les attentats, les entat du 7 octobre très douloureux euh sur un conflit où chaque mot était vraiment arraché au silence et on sentait qu'il pesait son poids de larme de part et d'autre. Et euh là, j'écrivais vraiment sur des œufs. Euh quelles ont été les plus simples à écrire ? les plus simples euh peut-être les les sujets historiques qui avaient déjà été fait plusieurs fois et donc il y avait pas d'enjeu, le terrain était balisé. H euh comment on écrit avec la contrainte du en même temps ?

Euh en fait, c'est une contrainte à mon avis qui est dialectique et qui puis au plus profond de l'esprit français qui est toujours de montrer euh la part de lumière et la part d'ombre, la thèse, antithèse, synthèse. Donc ça s'accorde assez bien à la formation littéraire que universitaire que j'ai reçu. Alors, comment justement euh une littéraire et une universitaire se retrouve un peu égaré euh comme les votre principage votre personnage principal sur la couverture du livre dans la cour de l'Élysée ? C'était surprenant sur le coup parce que j'avais un peu mis de côté le monde politique en me disant que je n'irai pas à ma place.

Rétrospectivement, j'ai quand même toujours aimé les sujets extrêmement variés. J'étais à science, j'ai fait du droit, j'ai fait l'eur de l'art. J'avais un sens très profond, un désir très profond de servir le plus grand nombre, un sens du bien commun.

Euh donc cette proposition qui m'a été faite parce que la plume de l'époque Sophie Valon était débordée par un grand nombre de discours mémoriels et du coup a chercher un une aide du côté de l'école d'Imbal supérieure qui était une formation don dont elle venait et donc du coup elle savait que c'était compatible avec le le traitement de dossiers très variés de rédaction de notes de fiches de synthèse de manière intensive et c'est comme ça que ça m'était proposé mais presque par hasard.

Est-ce que vous sentiez un peu dans la peau du personnage d'Alice et Elmer, le film avec euh Fabrice Lucini qui représente justement une intellectuelle qui est là pour à la fois écrire des discours mais également fournir des idées euh à un idil qui est qui en fin de en fin de mandat et surtout en panne d'idée. Pas du tout puisque le président a ses propres idées, il y en avait beaucoup. Euh donc je n'avais pas l'impression de faire du bouche à bouche intellectuel à quelqu'un qui qui manquait de souffle. En revanche, j'ai beaucoup euh de pris à cœur ce travail de proposer des idées. Donc en cela peut ressembler au film parce que je lisais beaucoup.

J'essayie de rencontrer des gens qui avaient pensé ce sujet, des édils de locaux, des gens de terrain, voilà, de m'inspirer des plus grands. Et c'est la chance quand on est plume, c'est que vous passez vos idées mais surtout vous passez les idées des autres et donc vous essayez d'être un un rabatteur de bonnes idées et de gens qui ont qui ont la France à cœur. H est-ce long de faire cours ? C'est très long de faire cours. Euh spontanément, on a tendance à être diffus et du coup, c'est un effort permanent d'essayer de contracter un texte. Et la plupart du temps, mon travail quand je recevais des EDL diffus de de 40. Alors les EDL, ça y est, vous êtes tombé dedans.

Ça s'appelle les éléments de langage. Exactement. On va C'est un EDL de dire le mot EDL. Exactement. Et c'est votre marchau de bravoure je trouve. C'est votre attaque en règle mais justement très élégante mais absolument cruel de ce que vous appelez la novel langue et vous vous écrivez justement à un moment lesffet comme on se parfois on se on se passe lesffet comme une patate chaude passée de bouche en bouche dans un flot de salive sans que ne fû jamais mordu la chair du sujet. J'étais pas tendre. Non, mais c'est une réaction épidermique à Trop de mots. [rires] Trop de mots.

Alors, justement et vous faites à un moment, alors ça c'est absolument désopilant, le un précis de jargon technocratique à l'usage des néophites et des béoiens. Et là, vous donnez des conseils, c'est quasiment un décalogue. D'abord, vous conseillez de flouter. Exactement. Alors, je précise, ce sont des anticonseils. C'est les visiblement les principes qu'utilisaient les auteurs de ces EDL qui morpilaient et qui je répète que les EDL sont les éléments de langage, donc c'est-à-dire les les termes qu'il faut utiliser dans un discours ou dans un acte de communication pour faire passer un message. Exactement. Les consignes qui me sont donnés. Et donc, il faut d'abord flouter.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Alors, moins c'est précis, euh moins vous donnez d'idées. Plus c'est brumeux, impressionniste, plus vous ressortez de là en vous disant "Mais mais qu'est-ce que j'ai entendu finalement ?" Euh plus c'est apprécié euh par le commanditaire et le destinataire en général. Et ça vous est vraiment arrivé ça ? Oui, ça m'est arrivé de lire des paragraphes qui m'étaient fournis par des ministères où je lisais 25 lignes et puis je m'arrêtais en me disant "Mais qu'est-ce qu' veut dire ?" Rien. C'était des bonnes idées, des des valeurs, des concepts, des phrases, quatre mots pour en dire un seul.

Et moi, j'essayais de contracter humblement, j'essayais de faire bah de faire cours. Deuxème conseil, piroueté. Ah, l'esquive, ça c'est un sport national, de ne pas prendre le sujet à corps et de ne pas dire ce qui ce qui par exemple euh tellement d'exemples. Ah bah ouais. Quel est celui qui vous vient spontanément à l'esprit ? Il y a des mots par exemple qui font peur. Si je prends par exemple le sujet un sujet mémoriel, le mot sacrifice fait très peur. Donc on va essayer de de le paraphraser. Euh il constat d'échec aussi. Les gens ont beaucoup de mal avec un constat d'échec.

Au lieu de dire bah ce planl n'a pas réussi, on va dire que le processus é encore en cours et appelé à porter des fruits à confirmer sa fertilité dans les années qui viennent. Est-ce que le mot immigration suscite le la pirouette ? L'immigration ne suscite pas la pirouette. En revanche, euh les enjeux que ça relève, les dont ça relève, les difficultés que ça peut poser, là pour le coup, on va pirouetter. Mais c'est plutôt dans les conséquences que va être la pirhouette que dans le que dans le concept lui-même. Autre conseil allongé. Ah oui, toujours parce que vous si vous endormez quelqu'un, il sera peut-être moins vigilant et puis ça vous donne une importance vraiment ça.

Ça ou et ça ça vient des ministères ou ça vient des conseillers ? Je veux être très créel et je veux dire que ça vient aussi des médias parce qu'il y a une nécessité de présence permanente sur les réseaux sociaux et presque un bras de fer autant de paroles. Les gens ont l'impression qu'un discours de 45 minutes c'est plus important et plus impressionnant qu'un discours de 10. Euh vous dites déstructuré aussi. Alors ça je sais pas si c'est voulu ou si ça participe de ce flou mais il y a pas de plan. [rires] En lieu et place de structure, scander les grands concepts par brochette de 3 avec un bonus si ces concepts n'appartiennent pas au même plan logique ou sont inclus les uns dans les autres.

Alors vous commencez par bruyère, orchidée, conifè parce que vous aimez beaucoup les surtout les orchidées. Je pense qu'il appé une pétence particulière mais alors plus subtile dignité, égalité respect. Exactement. vous mettez des valeurs ensemble euh qui ne sont pas du même plan logique qui euh se euh qui en fait se superposent parce que le respect c'est euh reconnaître une certaine dignité à quelqu'un. Euh l'égalité ça peut être l'égalité de respect. Donc c'est des mots qui ne sont pas euh structurants euh mais qui sont jolis et mis bout à bout bah ça fait un joli collier de perle. Alors autre morceau de bravoure néologisé.

Là, c'est un peu cruel pour le président, hein, parce que là, vous employez des termes déceptifs, agiles. Euh, franchement, on pense à un certain candidat en 2017 qui accédait euh cette année-là à l'Élysée. C'est un enfant de sa génération. Donc je pense qu'il a voulu parler à ses électeurs ou rendre des gages à une certaine mode verbal. Moi je me méfie des modes et en particulier en ce qui concerne la langue. Si vous n'avez pas assez d'imagination pour inventer totalement rajouter des s aux indénombrables. Par exemple, vous dites les solidarités ou les territoires. Les personnels Exactement. Les personnels soignants effectivement les incivilités, les proximités.

Polarisé, pathétiser et votre dernier conseil hypnotisé. générale, essa de susciter une émotion autour du discours, une espèce de magie qui va vous permettre d'éviter de vous engager. Est-ce que les mots ont vraiment du pouvoir Astrid Rouchet ? Parce que finalement la meilleure stratégie n'est pas celle de la parole rare comme l'avait théorisé d'ailleurs un ancien conseiller de l'Élysée, Jacques Pillan, conseiller de François Mitteran et de Jacques Chirac. Taisez-vous et on vous écoutera. C'est ce que préconisait d'ailleurs une ancienne conseillère Nicolas Sarkozi qui n'a pas suivi. Alors je vais faire du en même temps. Les mots sont un pouvoir, j'espère. En tout cas, ça a été mon métier.

Je pense que les mots ont des fonctions que je développe dans le livre, mais de lien, de transparence, d'explicitation. L'exécutif, je pense surtout dans la 5e République a un aspect un peu monarchique d'incarnation et l'incarnation, on est quand même dans une aire de la parole passe par l'expression. Après, il faut rarefier la parole, ça j'en suis persuadé. Il faut la rendre plus incisive et plus efficace. On prête à bossuer euh la formule la vraie éloquence se moque de l'éloquence, c'est aussi votre point de vue. Euh, je pense que sans éloquence, un discours est inaudible. Hm.

Le roman est un mensonge qui dit la vérité, disait Cocto, et qui a un peu d'esprit et d'humour se répétera ou plus exactement se délectera à la lecture de la plume et le prince. C'est fin, c'est léger, c'est profond, c'est subtil. C'est un chef-dœuvre d'esprit français et c'est absolument à lire. Merci beaucoup. On se retrouve demain, même heure, même endroit.

14:03
Non speech

[musique]