Bruno Fuchs - L'interview Politique du 18/09/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et ce matin, Bruno Fuchs, le député modem du Haut-Rhin, est au micro de David Rovodallone. Bonjour, messieurs.
Bonjour, Bruno Fuchs, président de la Commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale, membre du modem, Rudy le disait, et donc proche de François Bayrou. Pour commencer, donnez-nous des nouvelles du Premier ministre, de l'ex-Premier ministre désormais, sèchement battu quand même la semaine passée lors du vote de confiance et remplacé par Sébastien Lecornu. Ça va ? Il n'est pas trop déprimé, François Bayrou ?
Moi, je l'ai trouvé plus combatif que jamais, parce que la raison pour laquelle aujourd'hui tous les Français doivent être engagés, c'est remettre la France sur les rails en réduisant la dette et l'effet de la dette, c'est-à-dire tous les investissements qu'on ne peut pas faire, puisqu'on doit rembourser une grande partie de nos bailleurs. C'est de l'argent qui ne va pas aux investissements. Et donc, moi, je l'ai trouvé extrêmement combatif. D'ailleurs, il fera une rentrée politique, une histoire politique, lors des universités d'été, ici une dizaine de jours.
Alors, il paraît même que c'était dans le Calvados, lundi dernier, à l'occasion des journées parlementaires du Modem, vous y étiez, je crois, il a expliqué, selon la presse, je cite, « Est-ce que Lecornu sait où il va ? » La réponse est sûrement non. Ce n'est pas très sympa, non ?
Écrit comme ça, ce n'est pas sympa. Moi, j'y étais, je vais vous dire ce qui a été dit, mais ce n'est pas la presse, en l'occurrence. C'est la personne qui est de l'intérieur, va balancer à la presse, le Camar enchaîné, des infos qui sont inexactes. Après, le Camar les reprend, ça ne fait pas une réalité.
Donc, il n'y a pas d'eau dans le gaz entre Bayrou et son succession ?
La passation de commandes, en tout cas de postes, c'est plutôt bien déroulé. Je pense qu'au contraire, on veut toujours annoncer, c'est toujours bien de faire annoncer des conflits les uns avec les autres. Je pense qu'aujourd'hui, l'urgence dans laquelle on est nécessite que l'on dépasse les éventuels petits clivages entre les uns et les autres. On a des urgences absolues à régler. Je pense qu'il ne faut pas rester dans les querelles de personnes.
Alors, il paraît même qu'il ne lâche rien, François Bayrou, et qu'il travaille pour la suite, je cite, pour jouer un rôle en vue de 2027. Il va être très présent dans les prochaines semaines, les prochains mois ?
C'est 2027, forcément, parce que c'est une échéance politique. Mais l'échéance, c'est l'idée de demain matin. Je vous l'ai dit, l'échéance principale, c'est la question de la dette, de tout l'argent qu'on est obligé de rembourser à nos créanciers, à nos bailleurs, et principalement des bailleurs étrangers. Donc, c'est ça l'urgence. Et bien évidemment, c'est son combat. C'est le combat, entre autres, bien sûr, du mouvement démocrate duquel je fais partie. Et bien évidemment, cette façon de vouloir peser sur le cours des choses, c'est notre engagement. Et c'est pour ça qu'on sera présents, bien sûr, en 2027. Mais je ne sais pas si vous parlez d'échéance personnelle.
En tout cas, aujourd'hui, le combat, il n'est pas personnel. Il est au-delà de ça.
Alors, Sébastien Lecornu, troisième Premier ministre en 15 mois depuis la dissolution de juin 2024. Il n'est pas sûr de faire passer son budget et de passer l'hiver, Sébastien Lecornu. Qu'est-ce que ça vous inspire, cette situation politique totalement bloquée, cette assemblée où vous siégez, mais qui est divisée en trois blocs inconciliables et irréconciliables ?
Je suis très critique et très déçu face à la façon dont les parlementaires vivent leur vie de parlementaire. L'idée, ce n'est pas de défendre sa position. L'idée, ce n'est pas de défendre son poste. L'idée, ce n'est pas de défendre uniquement son parti. L'idée, c'est de défendre la France et les intérêts de la France. D'abord, il y a la façon de faire, notamment à l'extrême-gauche où, entre guillemets, ils bordélisent l'Assemblée nationale. C'est une façon d'affaiblir cette institution. Mais c'est délibéré, à mon avis. Ce n'est pas du tout juste une façon de ne pas savoir se comporter. Je pense qu'il y a une stratégie derrière d'affaiblir les institutions.
Et puis ensuite, vous voyez dans les communes, les différents partis arrivent à s'entendre. Bien sûr, la plupart des communes, on arrive à gérer la commune, quel que soit le parti politique. Au Parlement européen, tous les partis politiques, la plupart, et dans la plupart des cas, travaillent ensemble. Il n'y a qu'en France où les députés, à partir d'un parti politique, veulent faire pression trop fortement sans tenir compte de l'intérêt général. Et là, moi, je ne suis pas fait de politique avant 2017, justement parce que je ne voulais pas mettre la main dans les partis politiques et dans les logiques politiciennes et partisanes.
Et là, je dois avouer que je suis extrêmement déçu de la façon dont ça se passe. Aujourd'hui, le pays est pris en otage. Il est pris en otage par des logiques partisanes.
Contenu de cette situation, de ce pays pris en otage, est-ce qu'il peut s'en sortir, Sébastien Lecornu ? Est-ce qu'il va réussir là où François Bayrou a échoué, c'est-à-dire à faire adopter un budget pour la France ?
Eh bien, il faut que l'ensemble des partis, en tout cas que l'on dit républicains, comprennent que leur intérêt, c'est de remettre la France sur les rails. Si vous aviez, s'il échouait, admettons qu'il y ait une dissolution, vous avez à ce moment-là deux mois de campagne électorale, pas de budget pour la France, pas de gouvernement qui soit capable de gérer, à part les affaires courantes, les affaires de la France. Vous imaginez dans quel chaos on va être ?
Tout ça pour une discussion sur laquelle, pas quelques milliards, ce n'est pas important, mais sur laquelle on est à peu près d'accord sur l'importance de faire des réductions de dépenses publiques et d'augmenter un certain nombre de recettes. Voilà, c'est les points d'équilibre. On joue sur 20 milliards à peu près aujourd'hui. Je ne dis pas que c'est impossible, que c'est possible facilement, mais admettons qu'il y ait une dissolution, un échec de Sébastien Lecornu. Les conséquences pour la France seraient bien au-delà, économiques, financières, que ces 20 milliards-là. Donc je pense qu'il faut trouver à nouveau un peu de responsabilité.
Et on a été élu pour gérer les affaires de la France, pas pour gérer les affaires de son propre parti ou ses propres stratégies personnelles.
Alors aujourd'hui, très grosse journée de mobilisation syndicale, 900 000 manifestants attendus dans toute la France selon les services de police, 80 000 policiers et gendarmes déployés sur le territoire avec la crainte d'éventuels débordements et d'infiltrations par les black blocs. Après le mouvement bloquant tout de la semaine dernière, en attendant les agriculteurs, voire les patrons dans les prochains jours, il y a quand même un climat un peu inquiétant dans le pays, non ?
Oui, mais tout le monde est inquiet, bien évidemment, inquiet de sa propre vie quotidienne. 40% des Français sont à découvert tous les mois de 411 euros. Donc c'est quelque chose, on voit bien, au quotidien qui est difficile. Donc chacun est inquiet. Il est normal de vouloir exprimer son inquiétude et peser donc sur les décisions politiques qui vont être prises dans le sens qui est le leur. Donc cette expression-là, elle paraît tout à fait légitime et logique. Ce qui est moins logique et légitime et condamnable, c'est le blocage du pays. Le pays a besoin de créer plus de richesses, plus de croissance et plus de richesses.
par, si on veut prendre des exemples, on crée 15% de richesses en moins que l'Allemagne chaque année, 30% de richesses en moins que les Pays-Bas chaque année. Et donc la France s'appauvrit chaque année. Donc plus on est, moins on est riche, plus on s'appauvrit, moins on peut distribuer et plus le modèle social est difficile à financer. Donc la question principale, c'est créer de la richesse en France. Donc bloquer le pays, ça n'a pas de sens. Dans ce sens-là, les manifestations, elles, elles veulent exprimer un point de vue.
Et dans ce sens-là, c'est plutôt important que ce point de vue des Français soit entendu et puisse peser sur les décisions budgétaires qui vont être prises dans les semaines qui viennent.
Alors je le disais, vous êtes président de la commission des affaires étrangères à l'Assemblée. Quelques questions sur la situation internationale. La tension monte dangereusement sur le front Est de l'Union européenne après l'intrusion de drones russes dans l'espace aérien de la Pologne puis de la Roumanie, deux pays membres de l'OTAN. On a assisté à des grandes manœuvres entre la Russie et la Biélorussie sur la frontière occidentale de la Biélorussie et de la Russie. Ça ressemble à une démonstration de force et à une série de provocations de plus en plus outrancières. Est-ce que vous êtes inquiet ?
Bien sûr, je suis inquiet depuis très longtemps. Et inquiet d'abord parce que la stratégie d'Alain Poutine, aujourd'hui, on voit bien, est de l'extension de ce conflit. Et tous ceux qui ne croyaient pas qu'on était menacés aujourd'hui voient bien que ce conflit risque de s'étendre, frontière Est notamment de l'Europe. Et puis surtout inquiet et déçu des déclarations du président Trump lorsqu'il était en campagne de régler la question en 24 heures. Mais qu'aujourd'hui, si le président Trump prend des sanctions très fortes vis-à-vis de la Russie et arme fortement l'Ukraine, le conflit s'éteindra et s'arrêtera assez rapidement.
Le problème, c'est qu'il ne semble toujours pas disposer à en prendre. Voilà. Donc on a un président Trump qui, aujourd'hui, est complètement illisible, en tout cas, dans ses positions. Et ça laisse la possibilité à Vladimir Poutine de jouer sa propre stratégie. Donc on est encore trop en défensif et on n'a pas repris la main sur la stratégie. On répond au coup que nous propose Vladimir Poutine. Donc oui, je suis inquiet.
Justement, en l'absence d'un soutien franc et massif de Donald Trump, est-ce que l'Union européenne est suffisamment forte ? Est-ce qu'elle a suffisamment de rapports de force ? Puisque Vladimir Poutine ne comprend que cela. Pour l'arrêter, ça ne semble pas être le cas pour l'instant.
Non, on ne peut pas l'arrêter. Mais en revanche, aujourd'hui, l'organisation que l'Europe met en place est beaucoup plus efficace qu'elle ne l'était. On arme beaucoup plus, on finance beaucoup plus. Et puis politiquement, on est plus en accord aujourd'hui. Il y a quelques divergences, certes, mais anglais, allemand et français sont bien plus alignés aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a quelques mois et quelques années. Donc oui, cette incapacité de président Trump à proposer une solution, à amener l'Europe à mieux s'organiser et être plus puissante qu'elle ne l'a été. Mais ça veut dire des moyens financiers, des moyens militaires, qu'il faut encore du temps pour mettre en place.
Alors, le président Emmanuel Macron va reconnaître l'État de Palestine. Ce sera la semaine prochaine à l'occasion de l'Assemblée générale de l'ONU. C'est une décision qui mène à une crise diplomatique d'une intensité rarement atteinte avec l'État d'Israël. Est-ce que c'était le bon moment ?
Je pense que c'était le bon moment. D'abord, pour deux raisons. D'abord, c'est une logique historique française, une position française qui a été exprimée par De Gaulle Ier, qui a créé un cercle vertueux. Reconnaissance d'un État de Palestine et puis, bien évidemment, reconnaissance par l'ensemble des pays de la région et de l'ONU de l'État d'Israël, ce qui assure une paix, en tout cas, et une sécurité bien plus renforcée pour l'État d'Israël. Et c'était le moment, je pense, parce qu'aujourd'hui, la situation à Gaza est absolument insupportable. Et donc, il faut faire une pression très forte, non pas sur l'État d'Israël, mais sur le gouvernement Netanyahou.
Parce qu'aujourd'hui, ce gouvernement, c'est un peu plus isolé et a une stratégie complètement funeste, notamment à Gaza. Et à terme, ça met en danger bien plus fortement l'État d'Israël que d'avoir une situation pacifiée, une reconnaissance, une dynamique, donc, de l'ensemble des pays de l'ONU qui reconnaîtront l'État d'Israël. Je pense que la sécurité d'État d'Israël est une sécurité dans laquelle l'ensemble des pays de la planète reconnaît l'État d'Israël et assure le fait qu'il n'y aura plus d'attaque contre l'État israélien et contre les Israéliens.
Alors, dans ce contexte, Olivier Faure, c'est le premier secrétaire du PS, il a appelé à afficher le drapeau palestinien sur les mairies lundi prochain, le jour, justement, de la reconnaissance prévue par la France de l'État palestinien. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Je pense que là, on a la petite politique politicienne française dans des rapports entre Luc Mélenchon et M. Faure et donc, ce n'est pas digne, en tout cas, du débat. Voilà, c'est indigne de proposer ça, notamment en ce jour du 22 qui est un jour très important pour les Juifs.
Merci, Bruno Fuchs et à bientôt sur Radio-G. Merci.
Et merci à tous les deux. Demain, à 7h45, nous retrouvons Paul Amard pour sa semaine politique. Dans un instant, sur Radio-G, un nouveau journal. Bon réveil.
Bruno Fuchs