Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewJean-Luc Mélenchon· 30 mai 2026 17 min

Introduction des journées économiques internationales de l'Institut La Boétie

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mesdames, messieurs, je m'adresse à vous en dépit des apparences en tant que coprésidente de l'Institut Tiens, tu veux bien parce qu'il me pèse, merci, la Boessie qui organise cet événement avec la Fondation européenne pour le peuple et je voudrais m'en orgueillir de me considérer comme un contributeur à la pensée commune davantage que pour le rôle que comme personnage politique, je peux remplir sur la scène d'une manière générale. Je te remercie Antoine d'avoir précisé qu'une réunion qui commence à 10h10 est peut-être considérée comme une réunion qui commence de bon matin. En tant qu'homme du soir, j'approuve ce genre de formule et ça me réconforte de savoir qu'elles sont utilisées.

Je commence d'un mot pour saluer la mémoire de quelqu'un qui a été une grande figure des intellectuels français de ma patrie, Edgar Morin qui nous a quitté hier à 104 ans mais qui à 102 ans était de nouveau engagé sur la première ligne du combat pour le respect des droits du peuple et contre le génocide à Gaza. Et c'est une pensée émue parce que Edgar qui n'avait pas du tout cette idée là au départ dans sa théorisation de la complexité avait servi de prétexte à la social-démocratie pour tirer de la théorie de la complexité comme principal résultat que rien ne pouvait être envisagé parce que tout était trop compliqué. Ce qui n'était pas le cœur de sa pensée loin de là.

C'était même exactement le contraire. Essayer de comprendre la complexité pour pouvoir intervenir sur elle. Alors, mon propos est donc une contribution au déroulement de la journée en tant que coprésident avec Clémence Geté de l'Institut Laboi.

Je voudrais à ce sujet et pourquoi avons-vous voulu qu'on le faire, c'est que nous sommes le lendemain de l'anniversaire du 29 mai 2005 et rien ne résume mieux la séquence politique et historique de la civilisation européenne que l'intervalle qui s'est déroulé. Naturellement 2005 n'était pas le début de l'ordolibéralisme. Certainement non, mais il devait en être le couronnement.

C'est-à-dire qu'à la faveur d'un texte nommé constitution, on aurait constitutionnalisé des règles euh politiques, des règles économiques, indiquant cela qu'il est impossible de séparer la géopolitique de l'économie. Point sur lequel je vais revenir dans un instant. Mais au moment où cela fut mis en déil libération, le peuple français qui regimb a accepté fut accusé d'être une armée de retard à terre voire de quasi fasciste qui refusaient l'Europe.

Le peuple français n'a pas refusé l'Europe, il a refusé l'ordolibéralisme et il a été suffisamment inspiré pour le faire avec force et créer une courroie d'entraînement qui permit ensuite que le peuple hollandais, c'est-à-dire pour finir deux des peuples fondateurs de l'Union européenne disent non à ce texte mais non pas à l'Europe. Cela va de soi, mais il faut toujours le rappeler. Et bien à partir de là, tous ceux qui ont voté oui ont pris un engagement qui a été plus ou moins tenu de ne faire de programme politique que conforme au nouveaux traités dont ils avaient proposé l'approbation.

Tentez si bien que le premier résultat politique de cette adhésion et de cette défense, c'est que les deux partis qui en France organisaient l'alternance politique et qui s'étaient voué au oui et à leur da libéralisme ont été écrasés et ont quasi disparu de la scène, c'est-à-dire le parti socialiste français qui a fait 1,67 aux dernières élections euh et euh la droite qui a fait moins 200, je crois, je me rappelle plus très bien, le parti républicain réorganisant, commençant par volatiliser la scène politique et mettant en obligation d'une recomposition générale qui est en cours en ce moment. Mais en attendant, il faut en retenir la leçon, c'est que 21 ans après, l'ordolibéralisme a été nié, remis en cause et détruit par ceux-même qui en avait ordonné l'application méthodique et systématique dans notre pays, c'est-à-dire les États-Unis d'Amérique qui au bout du compte étaient les vainqueurs de la guerre froide et qui imposaient un modèle réputé, unique et sans alternative possible. Et c'est des États-Unis d'Amérique qu'à la place du libre échange de la concurrence libre et non faussée, la première puissance militaire du monde a déclaré qu'elle fixait les prix de toute une série de produits qu'elle apporte. car que peut-elle faire d'autre qu'importer vu qu'elle a détruit son propre appareil productif avec la même méthode que celle qu'ils ont recommandé aux autres en confiant à l'autre bout du monde le soin de tous les travaux manufacturiers sans lesquels il y a pas d'humanité possible pour la raison qu'il y a pas d'économie, qu'il y a pas de production et qu'il y a pas d'échange.

Tout ce toutes ces évidences ont été en quelque sorte dénoué en 21 ans. Aujourd'hui, l'ordolibéralisme est mort et la conséquence est que les partis qui portaient ce discours comme cœur de leur doctrine sont morts ou vont mourir avec. Et nous voyons qu'ils n'ont absolument rien à proposer à la société.

Mais je ne le dis pas par esprit de concurrence, voire même de compétition avec eux, mais pour faire observer que c'est la première fois qu'on voit une désorganisation politique, maîtresse du monde, n'avoir aucune promesse civilisationnelle à présenter à l'humanité. Auparavant, les États-Unis d'Amérique, le libéralisme d'une manière générale se prétendait être les porteurs d'une idée, d'un avenir pour l'humanité, la démocratie, la bienveillance, le doux commerce. euh qui aurait organisé les relations humaines et dirigé toute l'humanité vers un progrès sans fin.

Et tout ça s'est effondré. Et s'il faut faire une référence quelconque à la période dans laquelle nous sommes en train de vivre nous autres ici en France, nous l'observons. Ceux qui sont nos adversaires idéologiques, nos contraires idéologiques n'ont rien à proposer.

Or, les sociétés humaines ne peuvent pas vivre autrement que dans un cadre qui rassemble la différence des êtres humains, un cadre qui les unifie. un cadre religieux. Ce fut l'ancien régime un cadre politique, c'est depuis le début de la République dans notre pays.

Et ce cadre n'a pas encore été donné. Celui que nous apercevons, nous le voyons s'avancer. Nous ne savons pas comment ils vont le formuler politiquement, mais nous envoyons les acteurs.

C'est cette espèce de transhumanisme grotesque qui voudrait qu'à un moment ou à un autre, l'être humain, son corps, son esprit, tout ce qui le constitue en tant qu'être humain deviendrait lui-même sujet de marchandise, producteur de marchandise et dont le futur serait lié exclusivement aux techniques qui le mettraient en œuvre pour le remplacer. C'est ce qu'en France, je ne sais pas comment on dit ailleurs, on a baptisé le transhumanisme qui est aujourd'hui principalement porté par les grands porteurs des entreprises numériques des États-Unis d'Amérique. Il est donc, si vous me permettez, ce cette petite liaison un peu audacieuse pour quelques-uns d'entre nous, il est frappant, je m'en assuré tout à l'heure, que si au 19e siècle le manifeste communiste paraît en 19 1840 qu'on a conclu quoi 8.

Voilà, parce que lui il disait 47, moi 49. Euh donc c'est 48. Voilà.

En 1848, l'église avait pris du retard qui était l'organisatrice alternative de la pensée commune puisque Rome Novarom Léon X date de 1891 et qui est le manifeste de la doctrine sociale de l'église. cette fois-ci, elle a une main d'avance sur tout le mouvement ouvrier et sur notre famille idéologique puisque c'est elle qui la première s'explique sur le risque que représente pour l'humanité son devenir et ses techniques dans l'encyclique qui vient de paraître et que nous aurons bientôt l'occasion de commenter parce que rien qui vient de l'esprit ou qui va à l'esprit ne nous intéresse pas et nous voulons être en dialogue avec absolument tout ce qu'il pense du moment qu'en effet ses pensées. Le transhumanisme est là, mais à défaut et pour occuper la scène, nous avons autre chose.

La faillite de l'autorité qui devient un autoritarisme et avant toute chose la préoccupation essentielle de disperser, de diviser le peuple, c'est-à-dire le racisme qui essentialise les différences qui existent entre les êtres humains pour empêcher leur action commune. Voilà le bilan de situation. Le capitalisme ne propose plus rien comme idée.

Aucune force politique issue de la volonté de son maintien ne propose quelqu'avenir que ce soit. Et euh les idéologies qui surgissent de cette situation sont des idéologies qui empêchent l'unité du genre humain de se réaliser alors que le nombre pousse à cette à cette unité. Et il est frappant que ce soit à ce moment-ci précisément que le droit international qui était en quelque sorte l'expression de ces avancées progressive imparfaite de la communauté humaine se donnant des lois soit mis en cause et s'effondre sous les coûts d'un soi-disant comité pour la paix de monsieur Trump et la négation de tous les droits internationaux et les droits humains dans le génocide et la guerre qui est menée maintenant selon le bon vouloir de deux pays et d'aucune aucun mandat et aucune règle.

Ceci m'amène à revenir sur le point que notre pensée de Rénénavant ne peut plus faire comme si il y avait d'un côté la géopolitique et de l'autre l'économie. C'est une seule et même chose. Les rapports de force à l'intérieur de l'économie capitaliste mondiale ne peuvent pas être dissociés du déroulement de la pratique de cette économie.

Par conséquent, surplombe la scène, l'empire finissant des États-Unis d'Amérique qui sont dans une grave et terrible crise de domination. qui n'a pas commencé avec monsieur Trump mais qui a commencé déjà à être exprimé par monsieur Biden et avant lui par Barack Obama lui-même lorsque il désignait la Chine comme l'adversaire systémique euh des États-Unis d'Amérique avant que le G7 et les autres organismes de cette nature ne viennent répéter servilement et PSI avant pro syndrome du perroquet notamment en Europe où on est très doué pour répéter des choses qu'on ne comprend pas notamment dans les élites qui la dirigent. Voilà. comment euh à cet instant la cette contradiction structure la scène géopolitique et donc elle structure évidemment la scène économique et elle structure la scène économique parce que la scène économique débouche sur un conflit que les États-Unis d'Amérique ont perdu.

C'est eux qui ont dit qu'il n'y avait pas de solution de marcher à la compétition avec la Chine. Ce qui affirmé deux choses. Premièrement, que le rapport à la Chine est nécessairement celui d'une compétition et non pas d'une coopération.

Et deuxièmement que comme il y a pas de solution de marché, seule la force et la violence viendrai à bout de cette contradiction. Nous qui avons une lecture critique du capitalisme, nous n'avons jamais cessé de penser que le capitalisme en tiendrait entretiendrait continuellement une une contradiction interne. Nous sommes les enfants de cette contradiction.

C'est parce que le capitalisme a déclenché deux guerres mondiales que des gens comme nous existent. qu'existe le mouvement communiste, qu'existe sa victoire en 1917, qu'ensuite existe après 1945 euh la large famille qui occupait un/ers de l'humanité, mais aussi tout le mouvement socialiste mondial, en particulier euh en Europe, la dite Europe de l'Ouest étant dominée par cette sociale-démocratie. Par conséquent, nous savons qu'il n'est pas capable de faire autre chose que de conduire à la guerre.

Et de nouveau, nous sommes dans cette période. Si bien que la fin du néolibéralisme va de soi puisqu'elle correspond à un retour de l'État pour organiser un modèle économique qui sans lui n'existerait pas. Ce modèle économique, c'est celui de l'économie de guerre.

L'État est donc présent de deux manières. d'un côté pour aller à la guerre, relancer des économies qui sont en faillite. Je pense par exemple en Europe à l'économie allemande qui se tourne d'un seul coup vers l'économie de guerre, prétendant faire la première armée conventionnelle d'Europe sans que personne nous ait dit pour faire la guerre à qui et dans quel genre de guerre on compte on compte le faire. et la France évidemment, les deux pays étant maintenant frappés dans une marche à la stagflation dont il pourrait ne pas ressortir et vivant sous la pression qu'exerce les États-Unis d'Amérique et la Chine sur le noyau central, 20 % de l'économie mondiale, 25 % qui est l'Union européenne.

Toutes les données de la réflexion politique sont donc modifiées par ce changement de situation. Et c'est pourquoi ce que vous allez nous en dire au fil de cette journée va être pour nous une matière première. mais de de première importance.

Alors, [grognement] l'ordre économique né de la décision de ne plus créer de valeur d'échange au dollar en valeur matérielle de 1971 par les États-Unis d'Amérique, suivi de la décision de s'accorder avec les Chinois, vous produisez à bas prix, nous vous achetons et l'argent que vous gagnez, vous le recyclez dans les dettes de l'État nord-américain. Ce circuit est en train de se bloquer. Ce monde fini.

La question qui est posée, c'est pas de savoir s'il va finir, il est fini. La question est de savoir qu'on passe, comment on passe à l'étape suivante. Une branche de l'alternative et l'économie de guerre, l'autre branche est la planification écologique.

Car aucun d'entre nous ne dit qu'il faut qu'il y ait une économie. Évidemment, en France, on a l'habitude de dire une bêtise qui se porte très bien dans le beau monde, qui est dire il faut d'abord produire avant de distribuer, hein. Et nous font ce reproche quand nous proposons des changements.

Alors, nous leur disons, "Rappelez-nous à quel moment on a arrêté de produire et d'abord qui c'est qui produit dans ce pays. C'est pas vous qui parlez, c'est tous les autres qui travaillent et qui sont derrière [raclement de gorge] leur leur poste de travail." Voilà pourquoi d'un côté l'économie de guerre, de l'autre la planification écologique.

D'un côté on va répondre à l'impasse du capitalisme, de l'autre on va répondre à l'impasse de l'humanité. Et l'impasse de l'humanité c'est que ça plaise ou pas, le changement climatique et l'extinction de la biodiversité sont en cours. Et donc la question est de savoir si on s'en fout chacun pour soi ou bien si on va essayer de s'en tirer tous ensemble.

Il y a donc deux modèles et dans les deux modèles, le libre échange, la concurrence libre et non faussé sont éliminés comme des moyens qui ne sont pas en état de répondre à la question posée. Le retour de l'État pour nous aussi, nous le faisons dans l'idée de la compréhension des échecs qui ont été les nôtres dans le passé. C'est évidemment que la question première qui doit être posée est celle de la capacité de la société d'entrer en dialogue, d'entrer s'il le faut en opposition ou d'entrer en contribution avec la décision de l'État.

C'est pourquoi la planification écologique est une planification par définition démocratique. Quant à nous républicains, jusqu'au bout, euh nous pensons que la structure de base de cette nouvelle forme de la démocratie est la commune, les comités de quartier, c'est-à-dire l'organisation réelle de la population dans son milieu urbain qui est d'or etén avant son écosystème politique. Voilà présenter en quelques mots comment nous voyons se présenter le tableau auquel nous voulons répondre.

Alors James et et et toi Émilian, vous allez commencer à répondre mais je dis un mot juste peut-être pour lancer quelques petites provocations qui aident à réfléchir puisque comme vous le savez depuis démocrite, je partage avec lui la théorie de la conflictualité et je pense comme lui que le combat est le père du futur. Donc pourquoi pas commencer sérieusement à parler de ce dont il faut parler ? Ce n'est pas parce que les États-Unis vont entrer en guerre et sont entrés d'une certaine manière en guerre avec la Chine que nous devons nous interdire terrorisé de peur d'être mal vu l'idée que il y a une alternative à la guerre avec la Chine, c'est la coopération et que évidemment la coopération ne veut pas dire la soumission.

Nous n'avons nullement l'intention de faire la Chine en France, pas plus que nous n'avions avant l'idée de faire les USA en France qui nous paraît largement plus dégoûtant. Mais en tout cas, pour moi, euh l'idée est donc posée. Si nous voulons régler le problème de la de la guerre qui est commencée, il nous faut créer les conditions de la paix.

Et les conditions de la paix, c'est notamment de faire en sorte que la première puissance manufacturière ne nous dévore pas tout vif, tout simplement parce que nous serions incapables de produire nous-mêmes quoi que ce soit ou de résister à quelques compétitions, je dirais technique. Nous sommes forts, nous sommes puissants, nous avons les moyens de créer un rapport équilibré. fus avec la Chine elle-même.

Et nous pensons qu'il y a des raisons de croire que ce type de coopération est possible, que le monde entier n'est pas intéressé que par la domination, la violence, la guerre et le dernier mot à voir sur tous les autres que cette espèce de vieille ressucée de l'âge néocolonial ne correspond plus à aucun des désirs des peuples dans lesquels nous vivons et que nous prétendons administrer. Voilà pourquoi avant tout, tout en posant des questions angoissantes, pour ma part, je ne perds pas une seconde de l'optimisme qui m'anime. Merci pour votre attention. [applaudissements]