Agression d'un maire en Isère: l'interview en intégralité de la ministre chargée de la Ruralité
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En France, 72 heures après la violente agression d'un maire et son fils en Isère, le suspect a été interpellé hier. Un litige l'opposé à la municipalité sur des questions de travaux réalisées sans autorisation. Une enquête a été ouverte pour tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l'autorité publique.
Et une énième agression qui pose une nouvelle fois la question de la protection des élus locaux, surtout en milieu rural. Quelle réponse de l'État ? On en parle avec vous, Françoise Gattel. Vous êtes ministre chargée de la ruralité. Madame la ministre, alors on sait qu'il y avait une loi en 2024 qui a durci les sanctions pour les agresseurs des élus. Est-ce que l'arsenal législatif est suffisant ou est-ce qu'il faut aller encore plus loin dans les sanctions ?
Bonjour, oui, l'arsenal législatif est suffisant, c'est-à-dire les sanctions existent. Il y a aussi un plan de protection des élus qui a été mis en place avec la gendarmerie et les procureurs. Maintenant, je pense que ce que nous avons à mener, c'est un vrai combat républicain pour réaffirmer que la fonction de maire est une fonction qui est permise à tous les citoyens qui le souhaitent. Mais c'est une fonction en quelque sorte sacrée. Je crois qu'on est émus, on s'indigne, mais il faut qu'on continue à agir. Et c'est l'intention du gouvernement. Les sanctions doivent être exemplaires.
On a à venir un texte sur le statut de l'élu qui n'est pas un texte de privilège, mais qui est un texte pour faciliter et sécuriser l'engagement des élus. Les élus locaux et les maires, particulièrement dans les petites communes, ils font preuve d'un engagement de devoir. Ils sont à la manœuvre à chaque fois qu'il y a des difficultés. Les inondations, les feux, on vient de le voir dans l'eau, quand des gens sont dans des vraies difficultés pour aider à trouver un logement, faciliter la scolarisation des enfants, sont des citoyens engagés. Et moi, je souhaite que ce statut de l'élu soit voté définitivement par le Parlement avant les prochaines élections municipales.
C'est vraiment une détermination du gouvernement.
Vous parliez du statut, mais aussi des sanctions. Votre collègue du gouvernement, Yannick Noder, ministre de la Santé et député de l'ISER, où a eu l'agression, se dit favorable aux peines planchées pour les agresseurs d'élus. Est-ce que vous-même, vous êtes en faveur de cette mesure ?
Je pense qu'il ne doit y avoir aucune impunité, aucune complaisance. Les maires ne sont pas au-dessus des lois, mais ils sont égaux devant la loi, comme tous les citoyens. Et aujourd'hui, les agressions d'élus ressemblent aux agressions de policiers, de soignants et d'enseignants. On est tombé dans une ornière démocratique. Et je pense qu'il faut rappeler la notion de respect, parce que ces agressions, ça suffit, parce que ça met en danger tout simplement la démocratie. Comment va-t-on encourager des élus, des citoyens à s'engager ? Et je pense qu'il existe des peines qui ont été durcies et renforcées par une proposition de loi que j'avais portée avec le ministre François-Noël Buffet.
Appliquons cela, réfléchissons à la nécessité de faire bouger les choses. Mais il faut aussi éduquer, c'est-à-dire il faut faire comprendre à chacun que le maire, il est le maire de tout le monde, que vous ayez voté pour lui ou pas. Il veille sur tous et il veille sur tout. Et que vraiment, je pense qu'à côté des sanctions, il faut former les élus à la gestion des conflits. On a commencé à le faire avec la gendarmerie et c'est très utile. Moi-même, en tant que conseillère municipale, j'ai participé à ces formations, puisqu'on est dans une société qui est devenue aujourd'hui un peu violente et très agressive. Il faut éduquer.
Et vraiment, je vois avec intérêt le nombre de maires, y compris dans les communes rurales, qui ont créé des conseils municipaux de jeunes, qui organisent des journées citoyennes, qui permettent à des jeunes qui ont entre 16 et 18 ans de faire des petits travaux dans leur commune par le biais de l'argent de poche. Tout ça, ça participe de la sensibilisation et de la conscience que chacun doit acquérir de l'importance de la fonction de maire.
Le ministère de l'Intérieur, madame la ministre, avait publié en mai dernier les chiffres du nombre d'agressions l'année dernière, en 2024. Regardez, c'est des chiffres assez impressionnants, 2501 faits recensés. C'est une moyenne de 48 atteintes par semaine. Et selon ce rapport, 82% des atteintes touchent un exécutif local. Des maires, des adjoints, des conseillers municipaux. Que faut-il faire, justement, pour que ces maires soient plus armées à réagir, notamment face à ces agressions qui se multiplient ? Je rappelle qu'en 2016, ce nombre de faits recensés s'élevait à 317. C'est 8 fois supérieur 10 ans plus tard.
Absolument, vous avez raison. Le phénomène est un phénomène d'ampleur. On tombe dans une ordinaire démocratique très grave. Mais comme je l'ai dit, les maires et les élus locaux sont agressés. Pourquoi ? Parce qu'ils sont... Le président du Sénat disait à portée d'engueulasse, sauf qu'aujourd'hui, ils sont à portée de coups. Et que je crois que c'est une société toute entière qui a basculé dans la violence. Vous voyez les soignants qui sont agressés.
Mais il faut renforcer la présence des policiers, par exemple, dans les zones rurales, notamment, qui sont les plus exposées ?
Alors, il faut savoir que la gendarmerie entretient un lien particulièrement fort avec les maires euros. Aujourd'hui, chaque maire a un correspondant dans une gendarmerie. Les élus donnent leurs coordonnées téléphoniques s'ils souhaitent à la gendarmerie. S'il y a un souci, ils appellent. Ils sont directement identifiés. Et puis, je crois qu'il faut former les élus à une relation qui s'est délitée avec nos concitoyens, quelle que soit la taille de la ville. C'est vrai à la ville comme à la campagne. Et je pense que, vraiment, il est urgent d'agir. Ça suffit. Et il faut être extrêmement volontaire sur le sujet. C'est l'intention du gouvernement.
Et c'est plus qu'une intention parce qu'on l'a déjà fait avec les parlementaires, on l'a fait avec les associations d'élus, avec les gendarmes. Donc, les choses sont là. Il n'empêche que la vie, elle se déroule ainsi. Quelqu'un qui est mécontent, qui juste est très énervé, non pas contre le maire, mais parce qu'il a quelque chose de compliqué dans sa vie, il va taper, c'est le cas de le dire, sur celui qui est là, qui incarne à la fois la République, la solidarité, et que l'on considère comme responsable de tout. Donc, il faut vraiment qu'on ait des actes extrêmement forts pour changer ces choses et ramener du respect dans notre société et de la considération.
Donc, il faut vraiment qu'on ait des actes extrêmement forts pour changer ces choses.
Françoise Gatel