Édouard Philippe : personnalité préférée des médias pour 2027 ?
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C'est l'heure de la chronique de Bélir, votre programme hebdomadaire avec Bélir Nabli, professeur des universités en droit public et cofondateur de chronique en collectif engagé dans le débat public. Également auteur de multiples ouvrages dont l'État, droit et politique aux éditions Armand Collin et relations internationales aux éditions Pédonne. Bélir Nabli nous livre son expertise une fois par semaine sur la politique nationale et internationale dans cette émission qui analyse sans détour deux faits majeurs de l'actualité. Édouard Philippe est-il le sympathique futur successeur d'Emmanuel Macron qu'on nous vend ?
Vous avez sûrement, vous aussi, été abreuvé par ces sans-piternelles classements des personnalités politiques préférées des Français, souvent trusté par l'ancien Premier ministre qui est évidemment déjà candidat à l'élection présidentielle de 2027. On le voit aussi distiller régulièrement ses prises de position dans des interventions médiatiques savamment organisées où il est rarement mis en contradiction ou confronté à son propre bilan politique. Que vaut vraiment ce macroniste de droite, Pléonasme, prêt à tout pour prendre le lead du bloc central ? On en parle dans quelques instants. On évoquera aussi Gaza, la trêve signée entre Israël et le Hamas, est-elle une vaste tromperie ?
Depuis dimanche dernier, le cesseux-feu est entré en vigueur avec la libération d'otages israéliens et palestiniens. Mais combien de temps durera cette trêve ? On le verra. Donald Trump lui-même émet déjà des doutes sur la suite. Voilà pour le sommaire. Salut Bélir.
Salut, Caprice.
Alors, on le sait, Edouard Philippe s'est déjà déclaré candidat à la présidentielle 2027. C'était le mois de septembre dernier. Mais son projet présidentiel reste encore creux. Dans une interview qu'il a donnée samedi dernier aux Parisiens, voici ce qu'il disait.
Je suis en train d'y travailler et je ne suis pas de ceux qui lâchent des idées ou des projets qui ne sont pas suffisamment mûris. Et puis, la période politique actuelle ne permet plus de grandes transformations jusqu'à la prochaine échéance présidentielle. Il n'y a pas de majorité, pas de mandat clair.
Alors Bélir, on a quand même un peu de mal à comprendre son projet. C'est la continuité du macronisme qu'il nous prépare ?
En fait, tu l'as souligné, on a l'impression d'avoir affaire à un produit commercial, à quelque chose qui est fabriqué notamment par le système médiatique et qui devrait s'imposer à nous comme une évidence. Et c'est vrai que ça nous rappelle d'autres produits marketing, notamment Emmanuel Macron qui a été poussé, boosté par le système médiatique. Mais ce que je trouve intéressant avec Édouard Philippe, c'est le contraste entre ce qu'il est vraiment, au moins politiquement parlant, et une apparence, une vitrine qu'il essaye ou qu'on essaye de nous vendre. La vitrine, quelle est-elle ?
C'est finalement un personnage, comment dire, dynamique, relativement jeune, qui est susceptible d'être transgressif. Rappelle-toi, tu dois le savoir, mais il a commencé à militer au PS au tout début de son parcours, en tous les cas en tant que jeune étudiant. Et donc il a commencé au PS, il s'est intéressé au mouvement au courant rocardien. Et puis finalement, comme souvent chez ceux qui commencent au PS en passant par la case Sciences Po et Na, on bifurque. On bifurque, on analyse le marché de l'offre politique et s'il y a une opportunité plus significative du côté de la droite, c'est le choix qui sera fait, effectivement.
Et c'est le choix qu'il a fait en finalement s'inscrivant dans les pas de M. Juppé, qui d'une certaine manière rappelle le personnage de M. Philippe. Donc on a l'impression d'avoir affaire à un profil relativement classique, mais qui a été vendu sous un apparat qui est censé relever d'une certaine modernité. Alors modernité, non seulement parce qu'il a goûté à la gauche, mais qu'il a choisi à la droite, mais qu'il a su également, notamment durant la campagne présidentielle de 2007, faire campagne naturellement pour Alain Juppé, mais tout en signant, je ne sais pas si tu t'en rappelles, des chroniques pour Libération, donc un pas à gauche.
Bref, il a cultivé lui-même cette ambiguïté, cette ambivalence qui était censée finalement être un trait de spécificité, une forme de capacité à parler à la gauche en vérité. Et c'est en cela que j'en reviens à ce qu'il est vraiment, d'un point de vue de son identité politique. Il est d'un grand classicisme. C'est un homme de droite, au sens où il répond à au moins deux traits significatifs pour un homme de droite.
Il le disait d'ailleurs en 2018 ou 2019 qu'il était lui-même plus libéral qu'Emmanuel Macron. En fait, il a toujours revendiqué son étiquette, son appartenance à cette famille politique de droite.
Oui, plus libéral. Après, ça dépend de ce qu'il entendait par là, au sens politique ou au sens économique du terme. Mais là où ce qu'il a en partage avec Emmanuel Macron, et c'est en ce sens que j'ai tiqué sur le mot libéral, c'est qu'il est à la fois libéral, au sens économique du terme, mais très étatiste, au sens où il croit dans l'autorité et dans l'ordre, dans l'autorité de l'État et dans l'ordre social, conservateur. Et on s'en souvient notamment dans sa manière de gérer à la fois la crise des gilets jaunes et la crise sanitaire.
La question de la liberté ou des libertés publiques ou des libertés individuelles était manifestement secondaire dans son esprit, par rapport notamment à tout ce qui relevait de l'ordre social, sanitaire, l'ordre public, avec cette volonté d'incarner une valeur, celle de l'autorité, l'autorité de l'État. Et ça, il a vraiment joué de cette volonté d'incarnation de l'autorité de l'État, vraiment dans le prolongement du discours macroniste aussi. Et donc, c'est un homme de droite classique de ce point de vue-là. Il a un héritage assumé et en même temps, cette singularité qu'il essaie de cultiver, notamment à cause d'une apparence qui s'est imposée à lui.
Il fait ce qu'il peut avec cette apparence-là, mais il essaye aussi d'en faire un avantage, de cultiver une singularité en essayant de mettre en avant certaines qualités humaines, notamment en forme de courage, de faire face à la maladie, ce qui n'est pas rien, en rendant publique également cette difficulté-là. Et donc, on a cette alchimie qui semble prendre, si on jette un coup d'œil, si on prête une attention particulière aux enquêtes d'opinion, dans la mesure où c'est l'une des personnalités politiques les plus appréciées à droite. Et ce n'est pas rien lorsqu'on essaye, lorsqu'on entretient une ambition présidentielle.
Parce que, je voudrais terminer sur ce point, derrière son identité politique ancrée à droite, il a aussi ce très distinctif des personnages de la Ve République qu'il croit dans son destin personnel.
Et puis, il a un bilan politique. Ces enquêtes d'opinion qui s'adressent souvent à des personnes qui, peut-être, ne maîtrisent pas son bilan politique, et ses échecs prennent surtout en compte une certaine aura, qu'il aurait comme ça de sympathie naturelle.
Oui, mais ce n'est pas propre à sa personne, je pense. Je pense que ce qui a peut-être marqué, ce qui a pu ancrer la sympathie que tu soulignes, c'est le fait qu'il a incarné une forme de sérénité pendant la gestion de la crise sanitaire. Une sérénité qui contrastait avec, comment dire, une forme de malaise et d'angoisse qui transparaissait dans les prises de position et prises de parole du président de la République. Ce contraste-là a incontestablement marqué les esprits et joue aujourd'hui en sa faveur.
Alors, lui pourtant, Edouard Philippe ne se prive pas pour critiquer la gestion économique actuelle. comme dans C'est à vous, l'émission C'est à vous, le 9 janvier, où il pointe les défaillances budgétaires de la France. On l'écoute.
C'est très personnel, mais pour moi, le budget intelligent, c'est d'abord un budget qui remet la France dans le bon sens. Le bon sens, c'est interrompre cette courbe que je crois mortifère pour le pays, d'un endettement qui s'accroît année après année et d'un déficit budgétaire qui n'est pas contenu.
C'est ce à quoi s'attaquait Michel Barnier.
On va terminer l'année 2024 avec un déficit de l'ordre de 6,1, en tout cas au moins 6%. Il y a beaucoup de gens que ça n'inquiète pas parce qu'ils vous disent qu'au fond, la dette, on ne la rembourse jamais, que tout ça, c'est des chiffres. Moi, je crois que c'est très inquiétant. Je pense que la situation financière du pays est très inquiétante. Je pense que nous sommes en train, par notre incapacité à régler un certain nombre de problèmes, de placer la France de demain, mais pas de demain dans 30 ans, la France des 10 ans qui viennent, dans une situation de contrainte absolue.
Et que donc, nous devons replacer le budget dans le bon sens, c'est-à-dire dans le sens d'une réduction du déficit.
La 50 milliards d'économies proposées par le gouvernement Bayou.
C'est beaucoup, mais on ne fera pas de miracles.
Bélier, il y a quand même un petit peu de suffisance de la part de quelqu'un qui a occupé des fonctions politiques importantes, Premier ministre entre 2017 et 2020, et aujourd'hui qui est maire du Havre.
Incontestablement. D'un côté, on retrouve là vraiment quelque chose de très important pour les personnalités de droite, parce que ça leur permet notamment de se distinguer finalement de l'extrême droite et incarné par le RN. Il y a une telle convergence idéologique, comme je le répète souvent, que parfois on se demande qu'est-ce qui les distingue. Eh bien là, on a le très distinctif. C'est les questions de finances publiques, la question de la dette et une obsession chez les personnalités classiques, d'Horizon, des macronistes et de LR, qu'on ne retrouve pas forcément au RN.
Donc, c'est important pour eux de cultiver cette distinction-là, au moins pour mettre en avant une sorte de gage de sérieux vis-à-vis d'un électorat classique de droite. Et en même temps, effectivement, tu as raison, on ne peut pas dire que sa manière de gérer les finances publiques, tant à Matignon et pire encore à la mairie du Havre, soit exemplaire.
On a là une posture de donneur de leçons en matière de respect de l'équilibre budgétaire, de l'impératif de lutte contre la dette publique, qu'on n'a pas pu, enfin qu'on ne peut pas lui reconnaître en tant que responsable politique et responsable du budget de l'État, mais aussi et surtout, je dirais presque, en tant que responsable du budget de la ville du Havre, qui a été régulièrement fustigée et vilipendée par la Cour des comptes régionales, notamment, qui est compétente pour sa ville. Et jusqu'à aujourd'hui, je veux dire, c'est une ville qui accuse, sous les mandats successifs de M.
Édouard Philippe, une dette publique conséquente, qui n'est pas là pour soutenir ou illustrer son discours. Donc, on a là aussi également un très important, un contraste entre le discours que peuvent tenir un certain nombre de responsables politiques et, finalement, le bilan de leur action. Le bilan de leur action. Et ce contraste-là, pour le coup, est peu payé, peu coûté pendant une campagne présidentielle.
Et il faut dire aussi qu'Édouard Philippe est sous le coup d'une enquête du parquet national financier pour prise illégale d'intérêts, notamment à la mairie du Havre, si je ne me trompe pas. Pour prise illégale d'intérêts, une enquête qui a l'air de passer totalement sous les radars de ces interventions médiatiques récentes.
C'est vrai. Tu as raison. Parce que ce n'est pas qu'une affaire. Il a une série de... Il a un dossier judiciaire. C'est un personnage politique qui connaît une série de poursuites judiciaires, notamment devant la Cour de justice de la République pour, notamment, sa gestion, la crise sanitaire. Mais plus largement, et là, c'est un élément très important dans sa personnalité, si on ne revient pas beaucoup dessus, c'est que lui-même semble prendre tout cela à la légère. Et ça, ça envoie à une forme de défiance qu'il a vis-à-vis de tout ce qui a trait à l'exemplarité ou discours sur l'exemplarité des responsables politiques.
Il n'accepte pas, notamment, premièrement, la loi sur le cumul des mandats. Il voudrait qu'on revienne dessus. Il voudrait cumuler, notamment, sa fonction actuelle de maire avec la fonction de député et donc ne plus avoir à avoir le choix, cumuler à l'ancienne, comme les vieux barons de droite, mais aussi à gauche, comme on a pu le connaître. Donc il voudrait revenir dessus. C'est plus largement aussi la question du conflit d'intérêts. C'est un homme qui, depuis qu'il a fini ses études, à la sortie de l'ENA, a fait des va-et-vient, voire a cumulé des fonctions publiques et privées.
Il a connu, donc, déjà ce qu'on appelle le pantouflage, puisqu'il a commencé au Conseil d'État, puis il est devenu avocat, où il a pu exploiter, finalement, son expérience. C'est le carnet d'adresses qu'il a pu constituer grâce à ses fonctions de haut fonctionnaire, de magistrat public. Et puis, ensuite, il a cumulé en tant que responsable...
Enfin, une fois qu'il est devenu élu, ou après sa fonction de Premier ministre, il n'a pas hésité à franchir le rubicon du secteur privé, en étant d'abord chez Areva, en tant que, finalement, lobbyiste de cette entreprise française spécialisée dans l'énergie nucléaire, mais également, aujourd'hui, comme membre du Conseil d'administration d'Atos, qui est une grande entreprise du numérique, une grande entreprise française du numérique. Donc, lui, il ne voit jamais le problème de ce point de vue-là. Et je dirais même qu'il s'était opposé, alors pas frontalement, parce qu'il était quand même Premier ministre, mais à la loi sur l'exemplarité de 2017. Il n'était pas très chaud.
C'était la première loi du mandat présidentiel d'Emmanuel Macron. Et ce n'était vraiment pas sa tasse de thé. Et je vous renvoie notamment à sa première déclaration de patrimoine qu'il a remplie avec une très, très grande légèreté, au point d'être repris par la haute autorité à la transparence de la vie publique, en disant que ça n'aille pas. Mais il a répondu toujours par la même posture, la même défiance vis-à-vis de ce type de contraintes. Donc, il y a là, encore une fois, on retrouve ce contraste dont je te parlais. D'un côté, un personnage qui donne une apparence sympathique, dans la mesure où il n'est pas brutal, il n'est pas vindicatif.
Mais en même temps, on retrouve une forme de rigidité idéologique qui renvoie finalement à des vieilles pratiques politiques incarnant une baronnie qu'on pensait fit de terminer.
Et je précise donc qu'il est sous le coup d'une enquête du parquet national financier pour être complet pour prise illégale d'intérêt, détournement de fonds publics, favoritisme et harcèlement moral, juste pour être complet. C'est pas mal, en effet. Parce que ça fait quand même beaucoup. On se souvient de sa gestion assez libérale de la France qui a provoqué, à la naissance du mouvement des Gilets jaunes, tu en parlais, notamment le maintien de la taxe carbone. Je te propose de regarder une vidéo assez éloquente qui date de 2021. Édouard Philippe est l'invité des mardis de l'ESSEC.
Et devant ce parterre qui est tout sauf de gauche, il explique comment il poussait toujours plus loin les mesures antisociales pour voir si la population finalement pouvait aller réagir ou non. On regarde.
En 2017, on fait les ordonnances travail. Moi, je me dis, quand on fait les ordonnances travail, ça va être terrible. Parce que je me souviens de la loi travail, deux ans avant. Unifestation monstre, tension maximale. On fait les ordonnances travail et ça passe. On fait la réforme de la SNCF. On met fin au statut. On ouvre la concurrence. On s'attend à des blocages complets. Et on ne les a pas tant que ça. Il y a des grèves, mais ça passe. On dit qu'on va pouvoir entrer dans les universités, dans l'enseignement supérieur, sur le fondement d'une orientation sélective. Si vous avez suivi l'actualité politique des 20 ou 30 dernières années, vous savez que c'est une bombe. On le fait.
Il y a des universités qui sont occupées. On les désoccupe. Et ça passe. Et donc, vous vous dites, au fond, même quand ça crispe, si, un, on a un programme qui dit ça, et deux, on considère que c'est bon pour le pays, il faut y aller. Et donc, on y va. Et on fait la taxe carbone à un rythme beaucoup plus rapide que ce qu'elle avait été engagée, en sachant que c'est un rythme très rapide. Et on ne voit pas que ce qui est passé auparavant ne va plus passer, et que la taxe carbone, et peut-être d'autres mesures, cristallise le mécontentement et la colère que j'évoquais tout à l'heure.
Voilà. Il chute sur le mécontentement. En avant, quand même, qu'il y a un mécontentement, mais on le voit, qu'il y a une espèce de cynisme naturel chez le personnage. On pousse la population le plus loin possible dans ces retranchements pour voir jusqu'où on peut adopter des mesures autoritaires.
C'est ça. Soit on s'attache à l'arrogance qui transpire de ses propos, soit on s'attache peut-être aussi à une forme de surprise de sa part par rapport à la faiblesse des contre-pouvoirs en France. Et c'est ça qui est important, je pense. Il ne devrait pas, ni lui, ni nous, se réjouir de cette situation-là, parce que c'est aussi une vérité. Il y a la faiblesse des corps intermédiaires, qu'il s'agisse des syndicats traditionnels ou des ONG humanitaires et autres, qui sont neutralisés par, finalement, un pouvoir qui n'hésite pas. Lorsqu'il dit ça crispe, mais ça passe. Mais ça ne passe pas tout seul, à un moment donné. On en voit, comme il le dit, les CRS.
Donc, à un moment donné, il y a le recours à la force publique, y compris face à des mouvements sociaux, y compris face à des mouvements étudiants. Donc, voilà, tout ça n'est pas très fluide, n'est pas très libéral. C'est un réflexe autoritaire, où, encore une fois, on retrouve une valeur première, celle de l'autorité de l'État qui doit s'imposer coûte que coûte, jusqu'à un moment où, comme il dit, ça va au-delà de la crispation, parce qu'effectivement, la crise des Gilets jaunes, ça atteint un seuil paroxystique, dans la mesure où il y a une confrontation très rude, très brutale. Et ce que je trouve aussi intéressant ici, c'est, finalement, tout ce qui a trait sur...
Enfin, à travers un discours aussi, comment dire, brutal, d'une certaine manière, il y a un tableau qui nous dresse sur l'état de notre démocratie, où, finalement, la volonté même d'une minorité, mais au pouvoir, peut s'imposer. Et ça nous renvoie à une technique qu'il a utilisée, qui est devenue, j'allais dire, populaire au sens de célèbre, tout le monde la connaît, c'est l'article 49.3.
C'est aussi un Premier ministre qui n'a pas hésité à utiliser l'article 49.3, qui, comme on le sait tous maintenant, est un instrument légal, constitutionnel, mais qui, dès lors, qu'il est utilisé de manière quasi systématique, pose un vrai problème démocratique, parce qu'il ne permet pas aux parlementaires de s'exprimer, de sanctionner un texte par un vote, et donc donner l'impression d'un débat parlementaire d'une certaine manière neutralisé. Et donc, ça crée de la frustration, de la frustration démocratique qui ne touche pas seulement les élus, ça touche aussi les citoyens, dès lors qu'il y a une majorité contre le texte en question.
Et donc, la normalisation, la banalisation de l'article 49.3, 49.3, pardon, porte une vraie responsabilité sur l'état du sentiment de dégoût démocratique qui anime beaucoup de nos concitoyens.
Alors, sur son positionnement politique, il est un peu dans la droite ligne de celui des macronistes, quand il s'agit de renvoyer dos à dos Rassemblement national et LFI, comme durant son allocution au second tour des législatives de l'année dernière des élections législatives. Je vous propose d'écouter.
Je considère par conséquent qu'aucune voix ne doit se porter sur les candidats du Rassemblement national ni sur ceux de la France insoumise, avec lesquels nous divergeons non pas seulement sur des programmes, mais sur des valeurs fondamentales. En cohérence avec cette position, je proposerai aux candidats à horizon arrivés troisième qui pourraient, par leur présence au second tour, sans espoir de victoire, favoriser l'élection d'un candidat des extrêmes, de se retirer au profit des candidats des partis avec lesquels nous partageons les mêmes exigences démocratiques et républicaines.
On voit qu'il a acquis cette technique des macronistes d'essayer de nous faire croire que le Rassemblement national et la France insoumise seraient à peu près les deux faces d'une seule et même médaille. Est-ce qu'il va s'inscrire dans cette logique macroniste, tu penses, pour la prochaine présidence ?
Ce n'est pas que macroniste, c'est vraiment un trait commun du discours du bloc droitier ou du bloc bourgeois de droite en ce sens où on retrouve premièrement cette assimilation de LFI à l'extrême droite et inversement, je dirais même pas seulement LFI mais également les écologistes et une partie des socialistes dès lors qu'en fait ils n'acceptent pas la doxa de la droite donc il y a une assimilation mais en même temps il y a un mouvement idéologique incontestable de convergence entre l'extrême droite qui soi-disant rejetée et assimilée à la gauche et une convergence entre ce bloc de droite et l'extrême droite et pour illustrer le caractère comment dire fictif de cette assimilation en ce sens où elle masquerait derrière une convergence entre la droite et l'extrême droite même Edouard Philippe a rencontré Marine Le Pen et c'est des fameux dîners entre lui et Marine Le Pen c'est pas lui qui l'a divulgué ça a été divulgué on l'a appris il a dû se justifier la seule raison qu'il a avancé c'est que finalement il était prêt à discuter avec toute personne enfin tout responsable politique en tant que républicain démocrate même s'il ne partageait pas les convictions de Madame Le Pen y compris pour finalement connaître ses positions sur tel ou tel point mais sauf que ses positions on les connaît je ne pense pas qu'un responsable politique d'une telle expérience m'éconnait s'ignore le discours du Rassemblement National donc si la rencontre c'est bien qu'il y a une raison substantielle à ce type de rencontre le fait même de vouloir connaître en tant que personnalité un tel adversaire politique ça s'inscrit aussi dans un agenda qui n'exclurait pas d'une manière ou d'une autre une alliance qui pourrait notamment se traduire par une abstention par un acte d'omission etc.
mais je veux dire par là que derrière l'assimilation entre le RN et le LFI il y a en réalité une appétence une proximité à la fois idéologique et stratégique du bloc bourgeois comme on dit maintenant vis-à-vis du RN donc il faut relativiser cette assimilation
on voit ce qu'est devenu sa famille politique d'origine les républicains qui maintenant convole en juste nos avec le rassemblement national du moins la partie siotiste des républicains ah non pas seulement siotiste justement et pas seulement puisque si on prend monsieur Retailleau
encore une fois la différence entre siotiste et les autres siotiste n'a pas changé de discours siotiste n'a pas changé de discours sauf vis-à-vis du RN mais d'un point de vue tactique mais au-delà des éléments tactiques son discours de fond n'a jamais changé ces dernières années sauf que ces dernières années il était à la tête des LR donc aujourd'hui il n'est plus à la tête des LR il est à la tête d'un mouvement politique qui a fait alliance avec le RN mais outre cet acte politique sur le fond il n'y a aucun changement et c'est en cela qu'il faut véritablement distinguer les stratégies des uns et des autres et le discours des uns et des autres sur le plan du discours il n'y a aucune enfin il n'y a aucune différence substantielle entre LR incarné aujourd'hui par la ligne Retailleau-Vauquier et de l'autre le RN aucune sauf encore une fois je le répète la question des finances publiques
en tout cas Edouard Philippe n'hésite pas à draguer un certain électorat de gauche notamment des sociodémocrates il n'hésite même pas à invoquer des figures socialistes je te propose de regarder un exemple
je voudrais citer un autre homme qui n'est pas un homme de droite comme moi mais quelqu'un qui a compté dans mon parcours intellectuel même si je ne l'ai jamais rencontré parce qu'il n'a jamais eu l'occasion de le rencontrer c'est Pierre Mendes France et Pierre Mendes France avait cette phrase qui me paraît toujours valable qu'il a connue il a dit un pays qui ne maîtrise pas ses comptes c'est un pays qui s'abandonne et c'est la vérité
alors il y a une espèce de récupération de figure d'une figure socialiste comme Pierre Mendes France est-ce que c'est l'objectif c'est d'aller chercher peut-être la partie un peu sosten sociodémocrate qui serait tentée d'ouvrir un petit peu plus au centre voire à droite
ça renvoie à son propre parcours je te l'ai rappelé il a commencé quand même chez les rocardiens donc il y a chez lui également cette fibre sociale démocrate mais qu'on peut comprendre à travers cette obsession j'allais dire pour l'équilibre des comptes publics
il termine par ça notamment
voilà et ça c'est enfin on peut trouver ça relative secondaire je veux dire dans la bataille idéologique et culturelle qui saisit notre qui saisit le politique aujourd'hui mais en réalité ça reste enfin c'est de plus en plus important notamment pour se différencier pour différencier ces animaux politiques et lorsqu'il donc invoque la mémoire et la personnalité de Pierre Ménès France il aurait pu aller jusqu'au bout et invoquer la personnalité de Michel Rocard sauf que Michel Rocard et c'est en cela que c'est intéressant combien se revendiquent de Michel Rocard et on trahit finalement tout un pente son héritage Michel Rocard ce n'était pas que le sérieux et la rigueur budgétaire une forme d'orthodoxie c'était aussi une rigueur morale et éthique une rigueur morale et éthique Michel Rocard n'a rien à voir avec toutes les poursuites judiciaires ou n'aurait rien à voir avec toutes les poursuites judiciaires que tu as rappelées s'agissant d'Edouard Philippe et par exemple quelqu'un comme Manuel Valls revendique aussi cette genèse cette finalement origine cette filiation mais Michel Rocard et Emmanuel Macron également et je rappelle que Michel Rocard lorsqu'on lui a posé la question en relatif off de savoir s'il reconnaissait une filiation entre lui et le macronisme il a été pour le moins dubitatif il n'a pas été il n'a pas voulu être désobligeant mais il n'a pas assumé cette filiation donc il y a beaucoup de personnalités politiques qui essayent de jouer de tel ou tel héritage pour essayer de cultiver une forme de richesse politique du point de vue du bagage de l'héritage mais ça ne serait ça ne serait ça ne peut pas masquer l'identité fondamentale de ces responsables politiques là et Edouard Philippe en l'occurrence comme il aime à le rappeler est d'abord un homme de droite mais qui aime qui aime à jouer le jeu de la triangulation on en a déjà parlé tu sais c'est le fait d'être bien identifié dans un camp politique mais sans hésiter pour autant à essayer de gratter des voix des idées issues du camp politique adverse pour essayer d'élargir son spectre donc c'est ce qu'il tente avec à l'esprit également pourquoi pas un aboutissement j'ai parlé de la possibilité de tendre la main à l'extrême droite un jour on ne sait jamais mais en même temps il tente également de tendre la main notamment l'aile droite de la gauche si j'ose dire incarnée aujourd'hui par Raphaël Glucksmann je rappellerai qu'au soir du second tour de l'élection non pas des élections si des élections européennes juste après l'annonce de la dissolution il y a eu un échange téléphonique entre Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe et les discussions n'étaient pas de nature littéraire
affaire à suivre et on verra ce qui se passera jusqu'à la prochaine présidentielle de 2027 et donc cette candidature déjà déclarée d'Édouard Philippe on passe à Gaza 15 mois après le début des bombardements israéliens une trêve est donc entrée en vigueur à Gaza avec la libération d'otages mais aussi ces images toujours frappantes de ruines de la bande de terre qui a été littéralement rasée par l'armée israélienne vous pouvez le voir sur ces images plusieurs centaines de camions aussi chargés d'aide humanitaire ont pu pénétrer dans la clave palestinienne afin de soulager la population palestinienne Bélir ces images sont assez terribles est-ce qu'on peut véritablement croire à cette trêve à se cesser le feu
alors d'abord c'est intéressant de voir ces images puisqu'on ne les voit pas dans la plupart des médias mainstream donc il ne faut pas hésiter à les diffuser ensuite elles viennent attester de la gravité de la situation humanitaire et de la gravité des accusations judiciaires dont font l'objet à la fois l'état d'Israël qui est poursuivi pour génocide devant la cour internationale de justice et ses dirigeants en particulier Benjamin Netanyahou qui lui est poursuivi pour crime de guerre et crime contre l'humanité devant la cour pénale internationale donc j'en profite pour souligner que la trêve ne met pas fin ou ne suspend pas les poursuites ni l'instruction devant la cour internationale et les poursuites devant la cour pénale internationale ça c'est très important parce que ça aura au moins le mérite d'inscrire ce conflit d'une nature exceptionnelle dans un temps relativement long et ne pas tenter de tourner la page même si a priori on ne risque pas de la tourner aussi facilement mais on va y revenir
on a très peu entendu parler de ces poursuites justement dans les médias ces derniers jours
oui mais c'est ça qui est intéressant même si les médias ne prêtent pas attention à cette dimension juridique et judiciaire ces dimensions existent le travail des juges le travail judiciaire est réalisé il prendra le temps qu'il faudra c'est un temps long par définition mais il va donner la mesure aussi de ce qui s'est passé il y a les images qui vont rester il y a ce travail là et puis bien sûr encore à plus long terme le travail des historiens c'est très important parce que tu sais bien la frustration que crée finalement le traitement médiatique unique de ce conflit dans la mesure où encore une fois les palestiniens sont invisibilisés déshumanisés et donc finalement ce sentiment que leur souffrance n'existe pas elle est elle relève d'une forme de chimère ou de quelque chose de inconsistable
et cela s'est observé encore dans ces libérations parallèles c'est qu'il y avait une façon d'humaniser et de personnifier les otages du côté israélien alors qu'on parlait de prisonniers de la part des palestiniens sachant que parmi ces prisonniers il y avait des personnes qui étaient des mineurs il y avait des personnes qui évidemment avaient été retenues sans procès sans aucune forme de jugement et cela a été très peu souligné aussi
d'un côté on ne pouvait que saluer et comprendre le soulagement autour de la libération des otages israéliens mais de l'autre il y a de quoi s'interroger sur encore une fois cette incapacité à mesurer la souffrance des palestiniens prisonniers souvent de manière abusive c'est-à-dire sans fondement beaucoup des palestiniens qui ont été libérés sont des femmes et des mineurs qui souvent étaient sous le coup du régime administratif qui prévoyait donc des emprisonnements sans perspective assurée d'un procès sans motif sérieux et donc avec une situation factuelle qui mérite le parallèle à un moment donné avec une forme de prise d'otage de la part de l'état d'Israël à travers ce régime juridique qui a été créé qui n'est pas digne encore une fois d'un état de droit qui n'est pas digne d'un état de droit et donc malgré cette réalité-là il y a cette capacité encore des médias mainstream à ignorer cette part d'injustice qui structure pourtant ce conflit israélo-palestinien Il y en a un
qui émet des doutes sur cette trêve et c'est rien de moins que le nouveau président des Etats-Unis écoutons-le
Dans quelle mesure êtes-vous confiant de votre capacité à maintenir le cessez-le-feu à Gaza ?
Je ne suis pas confiant ce n'est pas notre guerre c'est leur guerre mais je pense qu'ils sont affaiblis d'un autre côté
j'ai eu des images
de Gaza cela ressemble à un immense site de démolition
cet endroit
doit être reconstruit différemment
Ce n'est pas notre guerre c'est leur guerre en parlant d'Israël qu'est-ce que cette déclaration dit de l'implication que va avoir Donald Trump est-ce qu'il va vraiment imposer la paix ou est-ce qu'à un moment donné il va juste laisser faire ?
D'un côté oui on retrouve des éléments de langage qui traduisent la vision du monde de Donald Trump à savoir que finalement tout ce qui n'intéresse pas directement les intérêts des Etats-Unis ne doivent pas impliquer les Etats-Unis une forme d'isolationnisme qui est réaffirmé à travers cette déclaration et qui est en filigrane dans son slogan général America First sauf qu'on attend là la limite de ce discours parce qu'indirectement eu égard à l'implication politique diplomatique militaire financière des Etats-Unis auprès d'Israël forcément forcément ce conflit les intéresse et les concerne d'ailleurs mécaniquement le soutien conditionnel des Etats-Unis auprès d'Israël affecte l'image des Etats-Unis son soft power et inversement inversement alors que les Etats-Unis font la démonstration de leur capacité à imposer d'une certaine manière une trêve ça se répercute sur les Etats-Unis parce que ça traduit un leadership dont Joe Biden ou l'administration Biden a été incapable d'incarner donc c'est en cela que Trump a d'une certaine manière intérêt à cultiver une implication en démontrant sa capacité à imposer sa vision des choses et donc un leadership américain d'autant plus que si on prend un peu de recul on comprend bien que incontestablement les Etats-Unis sont impliqués du point de vue des intérêts qui sont engagés dès lors qu'on a même un regard régional par rapport à ce conflit
des intérêts stratégiques avec la confrontation contre l'Iran notamment
il y a d'un côté une volonté israélienne d'impliquer les Etats-Unis dans un conflit direct avec l'Iran et la question qui se pose c'est de savoir si l'administration de Trump cédera sur ce point en soutenant ou en participant à une telle confrontation directe et de l'autre et de l'autre il y a la question des relations avec l'Arabie Saoudite qui est un autre allié stratégique des Etats-Unis avec un Mohamed Ben Salman donc le prince héritier qui partage une vision cynique des relations internationales transactionnelles donnant donnant qui aboutit notamment à une marginalisation de la question palestinienne dans sa vision des choses mais qui en même temps cultivant une forme de pragmatisme ne peut pas ignorer l'état de son opinion publique et notamment aussi une volonté d'incarner un leadership dans le monde arabo-musulman qui fait qu'il ne peut pas ignorer totalement la question palestinienne résultat le processus de normalisation avec Israël est neutralisé paralysé et pour le relancer puisque rappelons que les accords d'Abraham avec la perspective d'aboutir à la normalisation israélo-saoudienne les accords d'Abraham ont été sponsorisés par l'administration Trump durant le premier mandat donc avec naturellement dès lors qu'il y a une implication de cette nature c'est qu'il y a une dimension financière commerciale économique derrière pour faire du Moyen-Orient finalement un grand marché américain ou tous les cas où les investisseurs américains pourraient trouver des intérêts à agir donc oui il y a matière à ce que Donald Trump s'investisse ou se réinvestisse dans ce dossier
et notre Netanyahou s'est réjoui de l'arrivée de Donald Trump au pouvoir on a l'impression qu'il est satisfait de ce résultat et qu'il préfère de fait avoir un républicain avoir Donald Trump à ses côtés et si on est dans sa logique guerrière ça veut dire qu'aujourd'hui les Etats-Unis vont peut-être continuer de l'accompagner s'ils décidaient de reprendre les hostilités
oui on peut s'interroger sur une telle finalement satisfaction de Benjamin Netanyahou parce qu'on ne voit pas très bien la différence avec l'administration Biden qui n'a à aucun moment exprimé une volonté de limiter les marges d'action les projets de Benjamin Netanyahou avec aucune sanction aucune velléité coercitive bref un soutien conditionnel sur le plan diplomatique avec des vétos au conseil de sécurité politique au sein de la vie publique américaine et financière et militaire surtout puisque si cette guerre est si meurtrière et si longue c'est parce que les Etats-Unis continuent à fournir finalement les armes nécessaires à de tels crimes internationaux donc il y a une responsabilité directe on ne voit pas très bien en quoi il pouvait relativiser le soutien de l'administration Biden et en quoi l'arrivée de l'administration Trump constitue en soi une plus-value si ce n'est du point de vue corps électoral de Donald Trump on retrouve notamment ces évangélistes qui sont vraiment sionistes donc des chrétiens sionistes qui constituent un noyau dur de l'électorat Trump et qui constitue d'une certaine manière une garantie du soutien de Trump à Benjamin Netanyahou et à Israël et en même temps il y a une telle imprévisibilité à travers la personne de Donald Trump une telle obsession pour les intérêts propres des Etats-Unis que si à un moment donné il perçoit une contradiction entre les intérêts américains et les intérêts d'Israël contradiction qu'il est possible d'identifier on peut se demander en quoi les Etats-Unis ont intérêt notamment à intervenir militairement contre l'Iran s'il voit une contradiction il n'hésiterait pas suivant encore une fois le logiciel Trumpiste à accuser une fin de non recevoir à l'encontre de Benjamin Netanyahou donc voilà il y a différentes options différentes hypothèses par rapport à des acteurs particulièrement cyniques de part et d'autre et dont finalement les considérations qui peuvent nous nous animer le respect du droit international le respect finalement des droits de l'homme toutes ces considérations là ne sont pas du tout à l'ordre du jour nous pèserons moins que jamais et c'est en cela aussi que nous entrons dans une nouvelle ère pour le moins glaçante
l'administration Biden était allée jusqu'à s'attaquer à la cour pénale internationale qui donc tu le disais a instruit donc des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahou est-ce que Trump sera dans la même logique vis-à-vis de tous ceux qui essayent de s'en prendre à Israël ?
Alors au-delà même de savoir s'il s'agit de défendre Israël Trump a une posture particulièrement critique et défiante à l'égard de tout ce qui a trait au multilatéralisme de l'ONU à la CPI en passant même par l'Organisation mondiale du commerce tout ce qui est multilatéral tout ce qui est multilatéral il n'y croit pas parce qu'il considère que c'est de nature à distiller relativiser la puissance américaine même le droit international du coup bien sûr puisque le droit international est fondé sur la souveraineté des états et donc leur égalité lui il constate que les états-unis il prend acte que les états-unis sont la première puissance mondiale il veut que ça se traduise sur le plan commercial sur le plan des relations internationales donc il veut imposer des rapports de force bilatéraux où il s'imposerait mécaniquement je dirais sur le plan tant commercial que sur le plan diplomatique et tout ce qui a tout ce qui pourrait constituer un contre-pouvoir y compris donc les mécanismes classiques du multilatéralisme onusien pour lui ce sont des obstacles injustifiés
alors la fin du Hamas c'était l'objectif d'Israël du gouvernement Netanyahou est-ce que c'est vraiment possible on le voit que le Hamas n'a pas disparu malgré 15 mois de bombardements de frappes de trac le mouvement est toujours présent est toujours là continue de recruter est-ce que ce n'est pas l'argument ultime qui va briser ce cessez-le-feu et continuer la mécanique du massacre
je pense que la trêve est une source de frustration pour Benyamin Netanyahou parce que elle révèle l'échec de sa stratégie dès lors que pour mémoire il avait affiché d'emblée pour objectif de guerre si j'ose dire l'éradication du Hamas or au soir même de l'entrée en vigueur ou au matin même de l'entrée en vigueur de cette trêve le Hamas a fait la démonstration de son existence de sa survivance si j'ose dire en argant d'une certaine manière Benyamin Netanyahou dans la mesure où ils ont eux-mêmes les gens du Hamas organisé finalement cette transition notamment pour que les otages puissent être libérés en démontrant également à la fois leur présence et leur contrôle du territoire en démontrant également que les effectifs demeurent ils ont été amoindris le Hamas est incontestablement affaibli du point de vue de l'arsenal militaire dont il était doté et du point de vue des effectifs mais pour paraphraser ou rappeler les paroles restantes de l'ancien maintenant secrétaire d'état américain Anthony Blinken ce qu'il a perdu en homme le Hamas l'a récupéré par de nouveaux recrutements parce que peut-être que il est là enfin il est là la principale défaite israélienne c'est que la disproportion de sa réaction de la réaction de l'armée israélienne donc l'appareil d'état l'appareil militaire a suscité une mobilisation populaire côté palestinien alors ambivalente parce que il y a eu aussi des au sein de la société Gazaouine une souffrance dont certains ont pointé l'origine à savoir finalement un acte l'acte de transgression qui a représenté l'attaque terroriste du 7 octobre et puis progressivement ce qui va rester ce qui existe déjà c'est finalement au-delà enfin au-delà de l'acte de transgression l'acte l'attaque il y a l'acte de résistance et l'acte de résistance lui est mobilisateur il nourrit le rayonnement l'aura à la fois symbolique et politique du Hamas dans un espace politique palestinien marqué par le vide d'une autorité officielle ou de l'autorité officielle qui est censée incarner l'autorité palestinienne au moins même en Cisjordanie où l'autorité palestinienne est vidée de sa substance elle est elle est rejetée elle est délégitimée elle est neutralisée et donc la seule perspective pour les palestiniens c'est de travailler à une unité nationale une union nationale avec différentes composantes politiques de la souveraineté palestinienne ce qui amène à à nouveau a souligné l'impossibilité d'éradiquer le Hamas parce que même dans cette entreprise politique d'incarnation d'un gouvernement d'union nationale palestinien qui aura notamment peut-être à gérer la suite à Gaza il est aujourd'hui impensable de voir le Hamas hors de ce jeu hors de cette reconstruction ce qui aboutit à deux options soit Israël n'accepte pas un tel un tel statu quo d'une certaine manière et ce serait un motif du point de vue de Benjamin Netanyahu de reprendre la guerre soit au contraire il y a un rapport de force interne tel que le Hamas réussit d'une manière ou d'une autre à participer à l'avenir de Gaza et de la Palestine en général
et la reprise du massacre serait encore une fois la poursuite de ce bilan absolument désastreux 47 000 morts selon le ministère de la santé
largement
sous-estimé d'après notamment dit Lancet il faut le rappeler aussi ce massacre ce génocide établi par de nombreuses ONG aujourd'hui a été passé au vu au su de tout le monde la communauté internationale malheureusement se montrant impuissante totalement impuissante l'Europe la France notamment on arrive peut-être si on l'espère à la fin de quelque chose qui marquera pendant très longtemps cette période dans l'histoire de la région du Moyen-Orient
pas seulement de la région non seulement comme tu le dis c'est une séquence qui affaiblit le système international tous les mécanismes qui ont été prévus après la seconde guerre mondiale pour soit éviter la guerre soit éviter le recours à la force et protéger les les civils ce qu'on appelle le droit international humanitaire protéger les civils en contexte de conflits armés mais plus largement au-delà de la faillite du système onusien du fait du comportement des grandes puissances y compris occidentales il y a l'état de nos démocraties qui qui ont des démocraties qui ont dévoilé également à travers cette séquence leur leur faiblesse à travers des représentants à travers des représentants dirigeants qui ont participé activement un soutien conditionnel aux crimes internationaux qui ont été commis à Gaza je dirais même pire c'est l'état de la vie démocratique du débat public puisqu'on a assisté concomitamment à ce qui se passait à Gaza à des restrictions de liberté collective et individuelle notamment la liberté d'expression dès lors des manifestations de soutien ou de solidarité avec le peuple palestinien étaient affichées il y avait le risque de faire l'objet d'une garde à vue pour des motifs injustifiés et plus largement même dans le débat public on a un certain nombre de responsables politiques de l'extrême droite jusqu'à une certaine gauche qui ont affiché un soutien conditionnel à Israël pour certains contraires contraires aux valeurs qu'ils affichent je rappelle notamment les dernières déclarations de Jérôme Gage qui encore une fois dévoile que ce type de posture de responsables politiques qui mettent en avant l'universalisme pour en réalité incarner une forme d'occidentalisme pour ne pas dire communautarisme
député socialiste Jérôme Gage merci beaucoup Bélir pour cette nouvelle chronique Sous-titrage Société Radio-Canada
Édouard Philippe