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Conférence de presseLe Média (sur YouTube)· 15 janvier 2020 8 minActualité / polémiqueSécuritéTransports

L'ÉTAT ABANDONNE LA SÉCURITÉ DES PONTS, DANGER IMMINENT

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Michel DagbertChiffre
    « On estime qu'il y aurait entre 200 000 et 250 000 ponts. Parmi eux, le rapport recenserait plus de 25 000 ponts en mauvais état et posant des problèmes de sécurité. »
  • 4:00Michel DagbertChiffre
    « Il y a à peu près 10 % de ce patrimoine qui, aujourd'hui, peut présenter des pathologies à différents degrés. »
  • 5:00Christian TridonChiffre
    « Il faudrait investir tous les ans 1,5 % de la valeur neuve des ponts. Pour ça, on arrive proche de 3 milliards. »
  • 6:00Michel DagbertChiffre
    « Le rapport explique que l'État devrait soutenir le budget pour la surveillance et l'entretien des ponts à hauteur de 120 millions d'euros. Il n'en a investi actuellement que 45 millions. »
  • 9:00Christian TridonFait
    « Quand ils ont 43 ans, même s'ils étaient encore là, il faut les changer. »
  • 10:00Michel DagbertFait
    « Si rien n'est fait, de nouvelles catastrophes pourraient voir le jour, et pourraient causer de nombreuses victimes. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Un pont métallique de 150 mètres de long, littéralement fracassé, englouti dans le Tarn emportant avec lui plusieurs véhicules. Tout le monde prenait ce pont, moi, mes amis, tous les jours, minimum 5 fois par jour. On prend le pont comme si c’était quelque chose d’habituel, au final on voit qu’on n’est pas en sécurité.

Ces événements se sont déroulés au matin du 18 novembre, près de Toulouse. Un drame qui a emporté avec lui un camion, une voiture, et surtout deux vies. Les ponts en France seraient-ils en train de se dégrader ?

Depuis la catastrophe du Pont Morandi, survenue le 14 août 2018 à Gênes, en Italie, beaucoup ont commencé à s’interroger sur l’état de nos ouvrages. Nous nous sommes rendus au Sénat, pour rencontrer Michel Dagbert. Sénateur du Pas-de-Calais, il a déposé, en juin dernier, un rapport sur la sécurité des ponts en France.

Et le constat n’est pas très rassurant. Nous nous sommes tout simplement permis de faire ce constat que bon nombre de ces infrastructures ont été réalisées dans les années 1950 à 1970 pour la plus grande partie d’entre elles. Elles sont donc vieillissantes et dans la décennie qui vient elles vont présenter pour certaines d’entre elles un certain nombre de pathologies.

Aujourd’hui, nous n’avons pas une vision pleine et entière, ni une connaissance exhaustive de nos ouvrages d’art. C’est bien ce qui nous a le plus surpris, en parcourant le rapport. Il est en effet impossible d’avoir un recensement exhaustif du nombre de ponts en France.

Ainsi on estime qu’il y aurait entre 200 000 et 250 000 ponts. Parmi eux, le rapport recenserait plus de 25 000 ponts en mauvais état et posant des problèmes de sécurité. Il y a à peu près 10 % de ce patrimoine qui, aujourd’hui, peut présenter des pathologies à différents degrés.

Il faut impérativement que nous soyons en capacité de les identifier, de les répertorier. Si le recensement est un problème, la vétusté des ouvrages en est un encore plus grave. Christian Tridon est président du Syndicat national des entrepreneurs spécialistes de travaux de réparation et de renforcement des structures, le STRRES.

Depuis 40 ans, il se charge de faire un suivi de l’état des ouvrages d’art en France. On construit beaucoup d’ouvrages depuis les années 1950. C’est pas le pont du Gard qui nous pose des problèmes le pont du Gard il a 2000 ans...

Moi c’est les ponts depuis les années 50. Si on ne les entretient pas bah...

Parmi ces ponts, certains sont très fréquentés. C’est le cas du viaduc de Gennevilliers. Placé sur l’Autoroute A15, il relie les communes de Gennevilliers et d’Argenteuil.

Environ 130 000 usagers l’empruntent chaque jour. Le pont de Gennevilliers est un pont qui, justement, de par le trafic qu’il supporte, et la pathologie qu’il a connue, sur le mur de soutènement d’ailleurs, c’est le mur de soutènement qui est en cause là, au pont de Gennevilliers, présentait un risque de contagion, si je puis dire, sur l’ouvrage lui-même. Ce n’est pas le pont de Gennevilliers, c’était le mur de soutènement du remblai, à l’approche du pont. 42 ans ou 43 ans… On l’avait oublié, complètement.

Heureusement un riverain s’est aperçu que le mur était parti, que le remblai derrière s’était mis en talus comme ça, et qu’au-dessus il y avait une dalle en béton qui commençait à basculer. Un peu plus, on pouvait avoir une trentaine de voitures dans le trou quoi. Comment est-il possible que les choses aient pu se dégrader à ce point ?

La principale raison invoquée, c’est le manque de moyens. Il faut savoir que les ponts sont gérés par trois acteurs selon leurs catégories : L’État, les départements, et les communes. Nous avons affaire en la matière à une multitude d’ouvrages.

Ca va du petit pont dans notre campagne profonde jusqu’à des importants viaducs qui voient passer un trafic très conséquent. Sur ces grands ouvrages qui sont pour la plupart en gestion de responsabilité de l’État, et gérés par l’État, nous avons une vision plutôt précise de ce patrimoine et de l’état de santé de ce patrimoine. Là où les choses sont plus compliquées c’est lié aux nombreux transferts qui se sont faits, notamment les transferts de voirie de l’État vers les départements, des départements parfois vis-à-vis du bloc communal.

Et du bloc communal vis à vis des intercommunalités. Le problème, c’est que c’est l’État lui-même, le principal financeur de nos collectivités. En 2017, c’est 63 milliards d’euros qui leur ont été consacrés.

Une baisse conséquente, 8 milliards, par rapport à 2012. Ces manques en terme de financement ont-ils eu un impact sur la gestion des départements et des communes ? Le président du STRRES a son opinion sur le sujet.

Il n’y a plus sur le terrain tout ce qu’on a connu à une époque, avec des spécialistes qui étaient dans les départements, dans les subdivisions un peu partout. Il y a eu une décentralisation qui a été faite, et on a supprimé la DDE, la direction départementale de l'équipement. Il y avait un ministère de l’équipement, après il y avait tout un ensemble de choses et puis jusque sur le terrain vous aviez un ingénieur ou un technicien qui était toujours proche d’un maire.

Tout ça n’existe plus. Pour remédier à cette situation, le rapport sénatorial préconise un Plan Marshall, c’est-à-dire que l’État soutienne financièrement les collectivités. Un plan qui, selon les sénateurs, devrait s’étaler sur 10 ans.

Nous demandons que très vite le gouvernement réfléchisse à un Plan Marshall de soutien financier, budgétaire, des moyens budgétaires, pour soutenir les collectivités dans le défi qui va durer pour les 10 années qui viennent. Le rapport explique que l’État devrait soutenir le budget pour la surveillance et l’entretien des ponts à hauteur de 120 millions d’euros. Il n’en a investi actuellement que 45 millions.

Pour le président du STRRES, ces 120 millions ne suffisent toujours pas. Bon, ils ont proposé un Plan Marshall, il y a des sommes, elles sont faibles. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faudrait investir tous les ans 1,5 % de la valeur neuve des ponts.

Pour ça, on arrive proche de 3 milliards. Il faudrait 3 milliards tous les ans sur la table, à dépenser pour faire de la surveillance, du diagnostic, de la réparation. Pour Christian Tridon, la question va au-delà de la simple question financière… Il en va de la sécurité de tous les usagers qui empruntent nos routes et nos ponts.

L’enjeu est là. Quand ils ont 43 ans, même s’ils étaient encore là, il faut les changer. En aéronautique, un moteur d’avion, on le détermine pour tant d’heures.

Et on ne se pose pas la question au bout de tant d’heures, si c’est 2000 ou 3000 heures, j’en sais rien, on ne regarde pas s’il est encore bon ou pas, on le change. Pourquoi on le fait pour un avion, on ne le fait pas pour un ouvrage où il y a autant de passagers ? S’il y a un pont qui est en insécurité, qui risque d’entraîner des gens dans le vide c’est pas une question d’argent.

C’est une question de sécurité, de sécurité publique. Soit on a pas d’argent, on n'a vraiment plus d’argent, et à ce moment-là on coupe la route hein. On interdit aux gens de passer.

C’est un choix politique L’état global des ponts laisserait-il craindre une catastrophe de grande ampleur, ici en France ? Michel Dagbert, en évoquant la récente catastrophe de Toulouse, alerte du danger. Il a été vu en 2017, il y a eu des interventions qui ont été faites, c’est un pont qui est suivi.

Ce que je dis c’est que s’il peut y arriver un désordre de cette nature, un accident de cette nature, avec des pertes de vies humaines, sur un pont qui est contrôlé et entretenu, quid des ponts qui ne le sont pas ? Mais pourquoi a-t-il fallu attendre le drame de Gênes pour que les autorités publiques se posent enfin les bonnes questions ? Il a fallu une catastrophe, pour qu’on s’intéresse au sujet...

Tant qu’il n’y a pas de morts c’est pas très intéressant pour la presse. On joue les pompiers. On a tellement de retard sur l’entretien, qu’aujourd’hui c’est difficile de passer au préventif.

On est toujours sur du curatif. Et des catastrophes comme ça, il va y en avoir d’autres, c’est exponentiel La situation est urgente. A tel point que si rien n’est fait, de nouvelles catastrophes pourraient voir le jour, et pourraient causer de nombreuses victimes.