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interviewBFMTV· 2 juillet 2024 21 min

Choix des désistements, quel Premier ministre? L'interview de Manuel Bompard en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Présentateur

BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.

0:08
Manuel Bompard

Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Manuel Bompard. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le coordinateur de la France Insoumise et vous êtes d'ailleurs député réélu, réélu dès le premier tour des Bouches-du-Rhône. Je voudrais d'abord qu'on fasse un point avec vous sur le nombre de députés sortants ou de qualifiés qui finalement se désisteraient.

Vous faites partie de ceux qui, très vite après les résultats de dimanche soir par la voix de Jean-Luc Mélenchon, avaient annoncé que vous demandiez à tous les candidats du nouveau Front populaire qui seraient arrivés en troisième position dans des circonscriptions où le RN aurait la possibilité d'être élu, de se désister. Est-ce que tout le monde a répondu présent ?

0:50
Présentateur

Oui, bien sûr. C'est une règle et un principe qui est un principe constant pour nous depuis plusieurs élections, depuis l'existence de la France Insoumise, de dire au deuxième tour, pas une voix pour le RN, pas un siège de plus pour le RN. Et effectivement, dans les situations dans lesquelles le RN est arrivé en tête et le candidat du nouveau Front populaire, et en l'occurrence de la France Insoumise, est arrivé en troisième position, nos candidats ont décidé de retirer leur candidature.

1:18
Manuel Bompard

Donc c'est clair, net, est-ce que vous avez le chiffre ce matin du nombre de candidats qui se désisent ou du nombre de candidats qui seront donc présents ?

1:25
Présentateur

C'est-à-dire entre 40 et 50 à peu près de candidats qui ont fait le choix de retirer leur candidature. Il y a 32 candidats du nouveau Front populaire qui ont été élus dès le premier tour. Nous étions, avant ces désistements, qualifiés dans à peu près plus de 400 circonscriptions au second tour. Et comme il va y avoir entre 50 et 100 désistements, si je prends le nouveau Front populaire de manière générale, on va dire que nous serons entre 300 et 350 candidats qualifiés pour le second tour.

1:53
Manuel Bompard

Candidats qualifiés et présents donc au second tour. Du côté des candidats macronistes, il y a eu une certaine confusion. Une partie ont dit tout sauf le RN. Une autre partie, comme notamment Édouard Philippe ou Bruno Lomère, ont dit aucun insoumis, c'est-à-dire ni des voix pour le RN ni pour LFI. Et certains ont dit que ce sera au cas par cas. Qu'est-ce que vous, vous constatez sur le terrain ? Est-ce qu'il y a désistement ou pas ?

2:17
Présentateur

D'abord, je constate comme vous une certaine forme de cacophonie dans le discours médiatique sur le sujet. Maintenant, j'observe que dans un certain nombre de circonscriptions, les candidats macronistes, quand ils sont arrivés en troisième position, ont décidé de se retirer, y compris face à des candidats de la France insoumise.

Mais il y a encore, puisque c'est jusqu'à ce soir, 18h, la date limite de dépôt des candidats, il y a encore un certain nombre de cas, j'en comptabilise en ce qui concerne la France insoumise, une bonne dizaine, dans lesquels, pour l'instant, les députés macronistes ont annoncé, soit n'ont rien annoncé, soit ont annoncé la volonté de se maintenir, et donc mettent en danger le résultat de dimanche, et ouvrent la possibilité à l'extrême droite de pouvoir disposer d'une majorité absolue dimanche.

3:02
Manuel Bompard

Il y a un cas, par exemple, c'est celui de Leïc Signor. Leïc Signor, il est porte-parole du parti macroniste. Il a annoncé hier soir qu'il ne se retirerait pas dans la circonscription, où Louis Boyard, de la France insoumise, est aussi opposé à un candidat RN. Qu'est-ce que vous en dites ?

3:18
Présentateur

Je vous dis, comme pour l'ensemble des cas, qu'il me semble que dans la situation dans laquelle on est aujourd'hui, je crois qu'il y a un enjeu de clarté, et que cette clarté, elle doit s'appliquer partout. Vous avez donné ce cas-là, je peux en donner d'autres. C'est le cas en Dordogne, c'est le cas dans les Côtes d'Armor, c'est le cas dans les Alpes de Haute-Provence. Il y a un certain nombre de situations, je ne vais pas toutes les lister ici sur ce plateau, dans lesquelles j'appelle le camp macroniste à faire preuve de la même clarté que celle dont nous avons fait preuve depuis dimanche soir.

3:49
Manuel Bompard

Vous dites que c'est uniquement pour faire battre le RN, pour empêcher le RN d'accéder à une majorité absolue, ou est-ce que c'est aussi pour donner une majorité de gauche à ce pays ?

4:02
Présentateur

Non, bien sûr, on est dans une élection législative. L'enseignement du premier tour de ces élections législatives, il y a une chose qui est certaine, c'est que les macronistes ne sont pas en capacité de continuer à gouverner le pays.

4:13
Manuel Bompard

Mais Raphaël Luxman, il dit qu'il y a une autre chose qui est certaine, c'est que la gauche n'aura pas la majorité.

4:16
Présentateur

Ça, c'est lui qui le dit. Moi, sur la base des chiffres que je viens de vous donner, il me semble que nous sommes qualifiés dans suffisamment de second tour, et si en plus on comptabilise les 32 victoires au premier tour, la possibilité pour le nouveau Front populaire de pouvoir disposer d'une majorité pour gouverner ce pays dimanche, elle est encore sur la table. Mais elle nécessite, c'est vrai, par exemple, que le tiers des électrices et des électeurs qui ne se sont pas déplacés dimanche dernier se mobilisent. Et donc moi, je profite de ce plateau ce matin pour rappeler à la mobilisation.

Certes, on a eu une participation plus importante que celle qu'on avait pu observer en 2022, c'est à peu près deux tiers des électrices et des électeurs qui se sont déplacés. Mais ça veut dire qu'il reste un tiers ? Il en reste un tiers. Et un tiers, c'est beaucoup. C'est à peu près 16 millions d'électrices et d'électeurs. C'est bien davantage que le résultat du Rassemblement national au premier tour de ces élections législatives.

5:04
Manuel Bompard

C'est intéressant, ça veut dire que vous, vous dites, là, on n'est pas juste dans non-ORN, on est aussi en train de constituer potentiellement demain, une majorité de gauche et donc un gouvernement de gauche. Raphaël Glucksmann, je dis ces mots hier soir, il a dit, attendez, soyons sincères, il n'y aura pas de majorité de gauche. Il a même répété, il a dit, la gauche n'aura pas la majorité, point barre.

5:24
Présentateur

Écoutez, ça c'est son point de vue et il a le droit de le penser, mais si vous voulez...

5:27
Manuel Bompard

Oui, mais presque, c'est comme si c'était une manière de dire aux gens, bon, vous pouvez voter pour nous, puisque de toute façon, il n'y a zéro chance qu'on y accède.

5:33
Présentateur

Écoutez, moi, j'appelle les gens à voter pour nous parce que je pense que les gens ont intérêt à ce qu'on y accède. Parce que la question qui est quand même posée dans cette élection, l'élection, c'est quand même la confrontation de différents projets d'un point de vue démocratique, et après, les Françaises et les Français tranchent. Et donc, la question que je pose à tout le monde, c'est, est-ce que lundi prochain, vous préférez avoir à la tête du pays un gouvernement qui va s'engager pour abroger immédiatement la réforme des retraites d'Emmanuel Macron et prendre la direction, revenir vers la retraite à 60 ans ?

Ou est-ce que vous proposez, est-ce que vous voulez un gouvernement qui, comme l'a avoué M. Bardella la semaine dernière, est prêt à ce qu'on parte à la retraite à 65 ou 66 ans ? Ça, c'est des questions très concrètes. Est-ce que vous préférez avoir un gouvernement qui va augmenter les salaires, qui va bloquer les prix sur les produits de première nécessité ? Ou est-ce qu'au contraire, vous voulez un gouvernement dirigé par M. Bardella, qui petit à petit a abandonné l'ensemble de ses promesses en matière de pouvoir d'achat ? Est-ce que vous voulez, je m'arrête là, un gouvernement...

6:30
Manuel Bompard

Non, non, mais on peut continuer, mais c'est vrai que j'ai l'impression que, et d'ailleurs, c'est notre vie à tous les Français depuis des semaines maintenant, on a l'impression qu'on joue à, c'est presque action ou vérité, c'est tu préfères ça ou tu préfères ça, et on a l'impression...

6:42
Présentateur

Franchement, Apolline de Malheur, excusez-moi, je ne joue pas... Mais pas de problème, pas de problème,

6:45
Manuel Bompard

mais je trouve qu'on se retrouve dans ce système où, quand Raphaël Luxemann dit ça hier... Mais c'est une élection ! Alors, nous aussi, on va être sincères, comme le dira Raphaël Luxemann.

6:54
Présentateur

Mais c'est une élection, dans une élection, c'est normal qu'on mette sur la table les différents projets politiques.

6:57
Manuel Bompard

Tout à fait, tout à fait, Manuel Bompard. Mais c'est vrai qu'en vrai... Donc je ne joue pas, je présente les projets qui sont les nôtres. Vous l'avez entendu comme nous, quand Raphaël Luxemann dit hier, soyons sincères, il n'y a pas aucune majorité à gauche, aucune possibilité de majorité à gauche, on a presque envie de traduire et de dire qu'il a l'air de dire, non mais vous inquiétez pas, il y a zéro risque qu'on arrive au pouvoir.

7:17
Présentateur

Franchement, si vous voulez poser des questions à Raphaël Luxemann, invitez-le, mais...

7:21
Manuel Bompard

Bien sûr, mais vous, c'est comme ça que vous l'avez entendu ?

7:23
Présentateur

Non, moi, voilà ce que j'ai à vous dire. Moi, je ne suis ni triste, ni content du résultat du premier tour. Je suis dans la bataille. Je suis dans la lutte pour essayer de faire en sorte que oui, l'extrême droite ne s'empare pas du pouvoir, mais aussi qu'il y ait un gouvernement du nouveau Front populaire pour changer la vie des gens. Et ce n'est pas un jeu. Et précisément, dans une élection, c'est normal qu'on se pose cette question. Je pense aux 3,3 millions de personnes en France qui ont une double nationalité.

Je pense que pour eux, le fait de savoir s'il y a un gouvernement du nouveau Front populaire qui va faire en sorte que tout le monde puisse continuer à vivre tranquillement dans ce pays, ou un gouvernement du Rassemblement national qui va interdire à ces binationaux d'avoir accès à un certain nombre d'emplois.

8:05
Manuel Bompard

C'est une angoisse vitale. C'est une angoisse vitale. Bien sûr.

8:09
Présentateur

Et c'est la raison pour laquelle nous avons eu des paroles qui sont des paroles de clarté totale sur le fait qu'il ne peut pas être question de favoriser l'arrivée au pouvoir du Rassemblement national parce que c'est une remise en cause d'un certain nombre de principes qui sont élémentaires, essentiels, d'un point de vue républicain.

8:24
Manuel Bompard

Manuel, bon, pardon, les histoires de désistement, il y a aussi cette question de deux insoumis qui parfois se retrouvent opposés les uns aux autres au deuxième tour. Là, vous ne vous désistez pas.

8:34
Présentateur

Mais là, en l'occurrence, il n'y a aucun risque que l'extrême droite puisse s'emparer du pouvoir. En l'occurrence, la question que vous posez, elle concerne deux circonscriptions. Tout à fait, tout à fait.

8:42
Manuel Bompard

Deux circonscriptions. À Paris et à Montreuil,

8:44
Présentateur

qui sont deux circonscriptions dans lesquelles il y a une opposition au deuxième tour entre deux candidats qui se revendiquent de la gauche. Donc, les électrices et les électeurs trancheront, mais il n'y a aucun risque, en quelque sorte, de favoriser l'action du pouvoir d'Alexandre. Alors, c'est précisément deux circonscriptions,

8:56
Manuel Bompard

dont celle, en effet, du sortant Alexis Corbière, qui arrive premier à Montreuil avec 40,2% des voix. Il appelle à ce que la candidate investie officiellement avec le tampon LFI, Ali Ben Ali, qui, elle, a obtenu 36,4% des voix, donc derrière lui, se retirent pour pas qu'ils se retrouvent à s'affronter l'un l'autre au deuxième tour. Honnêtement, c'était pas le moment d'enterrer la hache de guerre ?

9:20
Présentateur

Mais comme je vous l'ai dit, et je peux vous le redire si vous voulez, il n'y a dans ces deux circonscriptions aucune menace. Non, non, j'ai bien compris.

9:25
Manuel Bompard

Ce ne serait pas pour faire menace. Ce ne serait pas pour...

9:27
Présentateur

Et pourquoi empêcher les électrices et les électeurs de se prononcer sur le sujet qu'ils se prononcent ?

9:31
Manuel Bompard

Et pourquoi est-ce que ce ne serait pas le moment aussi de se dire, finalement, on se réconcilie ?

9:37
Présentateur

Mais, madame, moi, je ne suis pas fâché. Ce n'est pas le sujet. Il y a deux candidats sur ces circonscriptions qui ont été investis officiellement par la France Insoumise et donc par le nouveau Front Populaire. Et puis, il y a d'autres candidats qui ont choisi de maintenir leur candidature face à ces candidats investis officiellement. Il y a eu un premier tour. Il y aura un deuxième tour. Mais honnêtement, on parle de deux circonscriptions sur 177.

9:58
Manuel Bompard

Oui, mais elles sont tout à fait symptomatiques parce que Alexis Corbière comme Raquel Garrido ont dit hier qu'ils avaient le sentiment que LFI n'était plus une organisation démocratique dans ce fonctionnement-là.

10:10
Présentateur

Oui, mais bon, ça, ce n'est pas la première fois qu'ils le disent. Et donc, il faut qu'ils en tirent les conclusions. C'est-à-dire que s'ils ne sont pas à l'aise à la France Insoumise, pourquoi ont-ils demandé l'investiture de la France Insoumise ? Il va donc y avoir un duel fratricide. Mais ce n'est pas fratricide. Écoutez, il y a une élection. Et une élection, ça permet aux électrices et aux électeurs de trancher. Ils vont le faire. Maintenant, franchement...

10:29
Manuel Bompard

Clémentine Autain, elle a rajouté hier, elle est toujours, pour le coup, sous l'étiquette LFI, mais elle s'est adressée à la presse, aux côtés de Raquel Garrido, d'Alexis Corbière et de Mme Simonnet. Et elle a dit les luttes internes ont été tranchées par les urnes. Les électeurs ont infligé un camouflet, c'est son mot, à la décision prise par Jean-Luc Mélenchon à l'égard d'Alexis Corbière et de Daniel Simonnet.

10:53
Présentateur

Écoutez, d'abord, ce n'est pas la décision prise par Jean-Luc Mélenchon. Elle a été prise par qui, la décision ? Par le comité électoral de la France Insoumise, en consultation avec les militants de la France Insoumise dans ses circonscriptions, qui ont considéré, et c'est quand même encore le droit dans une organisation démocratique, justement, de pouvoir choisir librement les candidats qui avaient envie d'investir. Maintenant, je vais vous dire franchement les choses... Non, mais en fait, c'est étonnant... Attendez, attendez, je peux terminer juste une phrase d'Apolline de Maniphe, si vous voulez bien. Allez, allez, allez.

11:20
Manuel Bompard

Vous êtes étonné quand même par la façon dont ils sont adressés à la presse hier ?

11:27
Présentateur

Ils ont quand même organisé et ce sont des députés de chez vous. Je suis étonné qu'ils l'aient fait.

11:31
Manuel Bompard

Une conférence de presse hier soir.

11:33
Présentateur

Eh bien, moi, ce n'est pas ma priorité dans cette semaine. Et moi, ce que je peux vous dire, c'est ce que fait la France Insoumise cette semaine. La France Insoumise cette semaine, l'ensemble des députés qui, par exemple, ont été élus au premier tour, se déploient, vont en soutien de nos candidats qui sont confrontés au second tour au Rassemblement National dans un certain nombre de circonscriptions. Moi-même, à l'issue de cette interview, je vais aller dans l'ISER, puis dans le Rhone pour aller aider des candidats et des candidats. Voilà ce qu'on fait tous. Et les militantes et les militants de la France Insoumise, ils se déploient aussi, ils se déplacent.

Ils vont dans d'autres circonscriptions pour essayer de favoriser la victoire d'un maximum de candidats du nouveau Front Populaire. Et je pense que c'est ça qui devrait monopoliser et consacrer l'essentiel de notre énergie.

12:11
Manuel Bompard

Il y a quand même une chose très surprenante que Raquel Garrido a dit hier. Elle a dit qu'on avait estimé visiblement chez LFI qu'elle n'était, je cite, pas assez représentante des quartiers. Ça veut dire quoi ?

12:21
Présentateur

Je ne sais pas, c'est à elle qu'il faut poser la question.

12:22
Manuel Bompard

Elle dit, nous ne serions pas assez représentatifs des quartiers populaires. Je fais partie pourtant des quelques personnes dans l'hémicycle qui sont immigrées. Elle est franco-chilienne. Elle dit, nous mettre en opposition. Les racisés, les immigrés, c'est très malsain.

12:36
Présentateur

Franchement, Apolline de Malheur, moi j'appelle à un peu de cohérence. J'ai entendu toutes les critiques sur la France Insoumise de ces personnes. Donc je me demande dans ce cas-là la raison pour laquelle il y a trois semaines, ils se sont plaints de ne pas avoir été investis par la France Insoumise. Vous voyez ?

12:49
Manuel Bompard

Vous dites au fond, ça veut dire qu'ils n'aiment pas la France Insoumise ? Ils n'aillent pas demander à ce qu'on les souvient ?

12:52
Présentateur

C'est leur liberté. Mais dans ce cas-là, il ne fallait pas demander à ce que la France Insoumise les investisse. Est-ce que ça veut dire

12:57
Manuel Bompard

que vous estimez aujourd'hui que quelqu'un qui n'est pas personnellement racisé ne peut pas incarner l'antiracisme ?

13:04
Présentateur

Je n'ai jamais estimé ça. Par contre, il me semble évident que du point de vue de la représentation parlementaire, et ce n'est pas vrai que pour la France Insoumise, mais pour le pays lui-même, on a une représentation parlementaire qui aujourd'hui n'est pas suffisamment à l'image du pays, que ce soit du point de vue de ses catégories sociales, du point de vue de ses origines.

13:22
Manuel Bompard

Est-ce qu'on peut porter la lutte contre le racisme quand on n'est pas racisé ? J'en veux pour preuve la phrase de Rima Hassan qui était à Montreuil pour le meeting commun. Elle avait eu cette phrase « L'antiracisme a besoin de voix incarnées et non pas de porte-parole éloignées des réalités. Cette époque du porte-parole-là est révolue. Tout ce qui est fait sans nous est fait contre nous. »

13:41
Présentateur

Je suis d'accord avec cette phrase, bien évidemment, que pour lutter contre des oppressions et il y a des personnes qui sont particulièrement bien placées pour le faire, c'est celles qui les subissent au quotidien. Ça ne veut pas dire qu'une personne qui ne les subit pas ne peut pas y être sensible ou ne peut pas contribuer à la lutte contre ces formes d'oppression. Mais si je vous posais la question autrement et si je vous disais que est-ce que vous trouverez ça normal qu'une assemblée soit 100% masculine et que donc on considérerait qu'elle pourrait lutter facilement contre le sexisme ou contre le machisme, vous me direz à juste titre que ce serait un problème.

14:14
Manuel Bompard

J'espère que les hommes peuvent porter les mêmes combats de la femme.

14:16
Présentateur

Et pour autant, ça n'empêche pas que les hommes puissent se battre aussi sur ce sujet. Emmanuel Bonpart,

14:20
Manuel Bompard

est-ce que vous pourriez gouverner avec Gabriel Attal ? Je vous pose la question parce que hier soir, il a dit qu'au fond, il y avait plusieurs options, pas seulement une majorité RN ou une majorité de gauche, mais qu'il y avait aussi l'idée d'une sorte de majorité plurielle. C'est sans le mot, on l'écoute.

14:35
Locuteur non identifié

Il y a un troisième chemin qui est celui que je défends, qui est celui d'avoir une assemblée nationale plurielle au sein de laquelle nos candidats sont présents pour protéger les Français des hausses d'impôts, protéger les Français des projets de division. Donc, éviter que le Rassemblement national ait une majorité absolue, ça passe dans certaines circonscriptions, poignées de circonscriptions, par des désistements de nos candidats pour empêcher le Rassemblement national d'avoir cette majorité absolue. Maintenant, désistement ne veut pas dire ralliement. Chiche ?

15:06
Présentateur

Non, d'abord, je vais dire que moi, je suis dans une campagne, je l'ai dit tout à l'heure, où l'objectif, c'est d'avoir une majorité pour pouvoir gouverner avec un gouvernement du nouveau Fonds populaire dimanche. Donc, c'est quand même ça, aujourd'hui, l'enjeu, en tout cas pour cette semaine. Pour le reste, je vais vous dire un principe très simple, très clair. Les Insoumis ne gouverneront que pour appliquer leur programme, rien que le programme, mais tout le programme.

15:28
Manuel Bompard

Donc, quand Gabriel Attal renonce à la dernière minute dimanche soir, quelques heures avant qu'il ne soit minuit et donc que la réforme de l'assurance maladie ne s'applique, vous prenez, mais est-ce que ce n'est pas justement une manière de vous dire, regardez, on peut faire un pas vers vous, faites un pas vers nous ?

15:44
Présentateur

qu'il, par exemple, décide d'abroger la réforme des retraites. S'il veut faire des pas, moi, tous les pas, je les prends.

15:52
Manuel Bompard

Mais ce ne sera pas des pas, là, c'est-à-dire que vous voulez qu'il adopte votre programme ?

15:55
Présentateur

Non, mais ce n'est pas moi que je ne veux pas, je ne demande pas. Gabriel Attal, il est disqualifié. Non, mais attendez, Gabriel Attal n'est pas en mesure d'être Premier ministre demain. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est les électrices et les électeurs qui l'ont dit. Là, il dit, un gouvernement qui ne va pas faire de hausse d'impôt, dit-il. Vous savez très bien ce que ça veut dire quand M. Gabriel Attal parle de hausse d'impôt de manière extrêmement mensongère, d'ailleurs. Ça veut dire, par exemple, qu'il s'oppose au rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune. Lui, il appelle ça une hausse d'impôt.

Il fait croire aux gens qu'ils vont être concernés par cette hausse d'impôt alors que ça concerne les milliardaires de ce pays. Donc moi, par exemple, je ne mets pas, je ne mets pas participé à quelque gouvernement que ce soit qui ne rétablit pas de la justice fiscale, qui ne met pas en œuvre une politique de répartition des richesses autre que celle qui a été mise en place par Gabriel Attal et par Emmanuel Macron lui-même. Donc il faut être, moi je crois, à la cohérence, à la clarté, à la sincérité dans une campagne électorale. Voilà le programme que nous présentons aux électrices et aux électeurs. Nous sommes prêts à gouverner sur la base de ce programme.

16:48
Manuel Bompard

Il y en a certains en effet et sur les questions, ça a été d'ailleurs la première réaction aussi du gouvernement de chiffrer votre programme, celui du RL. On est les seuls à l'avoir chiffré. Et puis Jordan Bardella qui, interview après interview, vous accuse de vouloir, je cite, « libérer les prisonniers ». Il dit qu'il a vu dans votre programme que vous libéreriez 20% des détenus dès les premières semaines au nom d'une régulation carcérale. Qu'en est-il vraiment ?

17:16
Présentateur

Non mais en fait, avant de vouloir être Premier ministre, M. Bardella devrait commencer par apprendre à lire. Je pense que ça fait partie quand même de la...

17:23
Manuel Bompard

Ça ne fait pas partie de votre programme ? Vous ne libérerez pas 20% des prisonniers ?

17:26
Présentateur

Ça fait partie de la base. Mais il multiplie les fake news. Donc il dit ça. Je l'ai entendu dire qu'on voulait désarmer la police. A-t-il dit ? Pourquoi ? Parce que dans notre programme, nous disons par exemple qu'en manifestation, il y a un certain nombre d'outils qui sont utilisés, qui sont dangereux. Et oui, j'assume par exemple de dire qu'en manifestation, quand on va manifester, ça a été le cas par exemple des Gilets jaunes, on n'y va pas pour repartir avec un œil en moins ou avec une main en moins. Oui, donc il y a des sujets sur le fait de mettre en place une politique de maintien de l'ordre qui ne mette pas en danger les manifestantes et les manifestants.

Personne n'a jamais dit que nous allions libérer 20% des détenus. Il n'y a aucune proposition dans notre programme sur ce sujet. Bref, il dit juste n'importe quoi. Donc que les gens consultent notre programme et vous verrez qu'il ne faut pas en croire ce que dit M. Bardella.

18:14
Manuel Bompard

Toujours un doute quand même sur la question de qui pour être Premier ministre. Vous dites que vous appelez à ce qu'il y ait une majorité pour la gauche, donc un gouvernement, donc un Premier ministre. Sophia Chikirou, hier à la sortie de l'Assemblée nationale, a dit à nos confrères de TF1 que ce sera soit Mélenchon, soit un autre insoumis. L'accord, c'est que le Premier ministre soit issu de Noron.

18:30
Présentateur

Non, mais d'abord, première étape, finir le deuxième tour de ces élections. Je vais vous répondre, ne vous inquiétez pas.

18:37
Manuel Bompard

Ensuite, dans l'hypothèse

18:38
Présentateur

d'une majorité absolue pour le nouveau Front populaire. Il y aura donc un gouvernement du nouveau Front populaire. Ce gouvernement sera nécessairement un gouvernement de coalition dans lequel l'ensemble des composantes seront représentées. Et oui, le principe de base sur lequel nous avons travaillé depuis le début, ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est Olivier Faure. Le premier qui l'a dit, c'est qu'un gouvernement de coalition est toujours dirigé par un ou une première ministre qui est issu de la composante qui sera la plus nombreuse dans la coalition.

19:02
Manuel Bompard

Il a dit autre chose, Olivier Faure. Il a dit que le choix se ferait par vote.

19:05
Présentateur

J'ai vu. Mais écoutez, les deux ne sont pas incompatibles. C'est-à-dire que ça peut être une personne issue du groupe majoritaire. Mais bien évidemment, ça doit se faire en accord avec toutes les composantes pour qu'un gouvernement puisse voir le jour. Mais ça dépend de ce que ça veut dire.

19:19
Manuel Bompard

Quelle modalité vous allez désigner ?

19:21
Présentateur

Mais forcément, par de la discussion, parce que vous voyez bien qu'on ne va pas se livrer le ridicule de faire en quelque sorte une primaire de premier ministre au sein de notre groupe majoritaire.

19:32
Manuel Bompard

Tout simplement à bulletin secré. Mais il y en aura forcément

19:34
Présentateur

un à la fin. Je vais vous dire pourquoi il y en aura forcément un à la fin, puisque comment ça fonctionne s'il y a effectivement un gouvernement du nouveau Front populaire ? C'est le président de la République qui doit proposer à une personne d'être premier ministre. C'est la personne que vous allez proposer. Et ensuite, il y a un vote de confiance.

19:46
Manuel Bompard

Oui, mais ça, c'est toute la semaine. Mais au sein des Insoumis et au sein du Front populaire, il n'y aura pas de vote. On l'a bien compris.

19:52
Présentateur

Je n'ai pas dit qu'au sein des Insoumis, il n'y aurait pas de choix par un vote des parlementaires. Bien sûr qu'il peut y en avoir un. Mais je dis que la proposition, elle sera forcément issue du groupe le plus nombreux. Et ensuite, elle devrait se faire en accord avec les autres composantes. Mais en fait, c'est très clair. Si on ne veut pas, comme c'est le cas depuis trois semaines, alimenter... Quand Olivier Faure dit

20:09
Manuel Bompard

qu'il faut qu'il y ait un vote, vous ne répondez pas. Oui, bien sûr. Je vous ai dit qu'il y aurait un vote de confiance. Oui, mais le vote de confiance, ce n'est pas celui-là qui parlait. Ce n'est pas celui-là qui parlait.

20:16
Présentateur

Moi, je parle de celui-là. D'accord, mais ce n'est pas celui-là qui parlait. Franchement, il faut prendre les choses étape par étape. Première étape, et j'en profite pour m'adresser aux électrices et aux électeurs. Non, je ne leur dis pas. On verra bien. Je leur dis le sujet, c'est quel programme vous voulez pour gouverner ce pays. Et ensuite, il y aura une équipe, un gouvernement qui sera respectueux des différents membres de notre coalition qui mettra en œuvre ce programme. C'est ça le plus important.

20:36
Manuel Bompard

Merci, Manuel Bompard, d'avoir répondu à mes questions. Merci à vous. C'est un coordinateur de la France Insoumise et député réélu des Bouches-du-Rhône. Il est 8h53 sur AMCB FM TV.

Choix des désistements, quel Premier ministre? L'interview de Manuel Bompard en intégralité — Manuel Bompard · Pourquijevote