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AutreLCP (sur YouTube)· 13 juin 2026 12 minActualité / polémiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationSantéÉconomie & entreprises

Cadmium : Benoît Biteau veille au grain | Circo

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 9:00Benoît BiteauChiffre
    « On sait que le coût est dérisoire, puisqu'il est évalué à deux euros par hectare et par an pour un agriculteur. »
  • 11:00Benoît BiteauFait
    « Si la compétitivité de l'agriculture en France est menacée pour un surcoût de deux euros par hectare par an, il faut vraiment se poser des vraies questions. »
  • 5:00médecin lanceur d'alerteFait
    « Depuis 1993, le centre international de recherche contre le cancer a mis le cadmium comme cancérogène, mutagène, reprotoxique avéré. »
  • 6:00médecin lanceur d'alerteFait
    « Le cadmium est un perturbateur endocrinien. Il agit sur nos reins, notre foie ou encore notre pancréas. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bienvenue dans "Circo", l'émission de la rédaction où nous suivons les députés sur leur terrain. Dans ce numéro, on va s'intéresser au cadmium. C'est un métal lourd qui a été classé cancérogène il y a 30 ans.

Il est présent dans les engrais phosphatés et on le retrouve presque partout : dans le pain, dans le chocolat, dans les céréales. Notre équipe a suivi Benoît Biteau. Il est député écologiste de Charente-Maritime.

C'est un des départements les plus exposés en France. Et son combat, c'est d'essayer de réduire drastiquement les taux autorisés dans notre pays. Cadmium, un député qui veille au grain.

C'est un reportage de Maïté Frémont, Raphaël Lizambard et Manuel Audinet. Musique --- -Salut. -CA VA ?

Très bien, et toi ? -La forme. -Tu veux peut-être voir le jardin ? -Oui, montre-moi. -Gérard vit ici depuis 26 ans, à une quarantaine de kilomètres de La Rochelle.

Il adore jardiner, mais depuis trois ans, c'est terminé. -On a été intoxiqués par le cadmium. -Ce retraité ne peut plus manger aucun fruit et légumes de son potager, car la terre de Gérard est contaminée.

Elle affiche des taux en cadmium bien au-dessus de la normale. -Regardez, j'ai plein d'arbres fruitiers, il ne faudrait pas que je mange les fruits. J'ai un abricotier, des cerisiers. -Vous pouvez pas mettre les poules... -Je ne peux même pas...

J'en avais quatre, cinq poules. On a été obligé de les donner parce qu'on ne peut pas consommer les oeufs. C'est terrible.

Non, non, c'est pénible, vraiment. On ne peut plus utiliser la terre. C'est fini. -Si la terre de son jardin est particulièrement contaminée, c'est parce que pendant des années, une usine d'engrais phosphatés était installée juste à côté de sa maison.

L'usine, on la voyait quand il y avait encore les cheminées. Les vents nous ramenaient très souvent des odeurs malsaines, d'oeufs pourris. C'était très désagréable.

Ca bouffe un peu la vie. -Surtout qu'on est bien là. -Oui, on est bien. -Dès que j'avais été élu député, vous m'avez alerté avec un dossier conséquent.

En vrai, je suis sur le sujet depuis 2019, que je suis député européen, on avait déjà des études scientifiques qui montraient la menace que représentait le cadmium sur notre santé. -Face au taux de contamination dans sa terre, l'Etat a recommandé à Gérard de rapidement faire une prise de sang. -Alors ça, ce sont les analyses de ma femme et de moi, où on peut lire les taux de cadmium supérieurs à la normale.

Moi, j'ai 0,8. Et le taux minimum, c'est 0,25. Et là, ma femme, 1,5.

Très élevé. -Même hallucinant. -Alors vous recevez ça, vous vous dites, bon, là, il y a vraiment un problème. -Gérard et un collectif de riverains ont décidé de porter plainte contre l'Etat. -On vous dit : "Ca va être difficile de vivre là où vous avez mis 20 ans pour construire votre maison et la payer." C'est fou, c'est fou. -Mais moi, je ne peux qu'être en colère quand on a ça sur la table.

Parce qu'il y a urgence. On ne peut plus différer le moment de protéger la santé des plus jeunes et des plus démunis. Et des plus démunis ! --- -Si le député est autant en colère, c'est que son département est l'un des plus touchés par la contamination au cadmium.

Sur cette carte, les teneurs de la Charente-Maritime explosent. Dans ces champs, on a déversé des engrais phosphatés en grande quantité pour doper les cultures. Mais au-delà de la Charente-Maritime, c'est bien toute la France qui est contaminée, car elle se fournit en engrais à 80 % au Maroc, un pays dont le sol est très riche en cadmium.

Le problème, c'est que le cadmium est nocif pour notre santé. -Tant qu'il me restera quelques neurones, j'essaierai de comprendre. -Ce médecin est un lanceur d'alerte sur le cadmium.

Depuis 30 ans, il tente d'éveiller les consciences. -Depuis 1993, le centre international de recherche contre le cancer a mis le cadmium comme cancérogène, mutagène, reprotoxique avéré. Il n'y a pas de sujet ni de discussion, il n'y a pas à dire qu'il faut encore une autre étude.

Non, ça a été déjà démontré en 1993. -Le cadmium est un perturbateur endocrinien. Il agit sur nos reins, notre foie ou encore notre pancréas.

Associé à d'autres polluants, l'effet cocktail serait explosif. -Là, les médecins ont essayé d'alerter, de faire du lobbying auprès du gouvernement pour dire que le cadmium, c'est une bombe à retardement, ça peut être aussi important que l'amiante. Mais bien sûr, bien sûr. -Il y a un an, ils ont fait une tribune très remarquée. -Donc arrêtez, s'il vous plaît.

Prenez les bonnes décisions en responsabilité. Donc il y a urgence à légiférer pour protéger les gens. Il y a d'autant plus urgence qu'on n'a pas de capacité à se détoxifier.

C'est pas vrai. On aurait un médicament en disant : "Très bien, vous prenez la pilule magique, vous allez pisser le cadmium et demain ça ira très bien." On ne sait pas faire ça. -Les arguments du médecin, Benoît Biteau les connaît bien et en est convaincu.

Il vient de faire voter une proposition de loi pour faire baisser les seuils de cadmium dans les engrais phosphatés de 90 à 40 milligrammes. Et ce, dès le 1er janvier 2027, contre l'avis du gouvernement qui défendait un calendrier moins rapide pour protéger les intérêts des agriculteurs. -Cette loi protège aussi les agriculteurs parce qu'en vérité tous ces agriculteurs ont utilisé des engrais phosphatés sans avoir la connaissance, l'information du taux de cadmium dans les engrais phosphatés.

Ils ont utilisé des engrais pour réussir leur production de céréales surtout. Et en même temps, alors c'est à la mode depuis 2017, mais en même temps, ils ont contaminé leur sol avec du cadmium sans le savoir. Et normalement, ce texte aurait dû être voté à l'unanimité.

Ce qui est incroyable, c'est que ce ne soit pas le cas. Musique Qu'est-ce que tu veux, toi, espèce de pot de colle ? Qu'est-ce que tu veux, toi, espèce de pot de colle ?

Il paraît que mes animaux ne me reconnaissent plus. Parce que je suis député et que je ne mets plus les pieds à la ferme. -Avant d'être un député, Benoît Biteau est surtout un paysan, ingénieur agronome de formation et adepte du bio. -Alors ici on a trois vieilles vaches.

Celle qui est au fond a 19 ans, les deux-là ont 17 ans. Et un jeune taureau de deux ans. Et puis on a quelques Baudets du Poitou, il y en a 17 sur cette ferme.

L'intérêt c'est de faire pâturer des ruminants comme les vaches, avec des monogastriques comme les Baudets, de manière à avoir une prairie qui naturellement est riche en protéines, en énergie, sans avoir recours à des engrais. C'est un moyen de contourner les engrais. Depuis 20 ans, il n'y a plus aucun entrant qui rentre sur cette parcelle, que ce soient des engrais ou des pesticides. -Sur ces terres, le député a choisi de se passer complètement d'engrais phosphatés.

Ses animaux lui fournissent un engrais naturel et il fait pousser des arbres pour nourrir sa terre. -Mon grand-père a acheté ici en 1931. Bientôt 100 ans.

Mon grand-père, né au XIXe siècle, avait des pratiques agricoles où il cohabitait avec les arbres, où il avait des cultures pérennes qu'il pouvait cohabiter avec des cultures annuelles. Et c'est ces pratiques-là qui faisaient que le phosphore ne partait pas très loin en profondeur, remontait et était rendu disponible pour les plantes cultivées en surface. -Passer au bio, une solution efficace pour se débarrasser totalement du cadmium dans nos assiettes ?

C'est ce que pense Emmanuel Marchand, qui lui aussi utilise les mêmes techniques que le député, celles de l'agroforesterie. -SALUT. -Ca va ? -Oui, et toi ? -Tu dois être heureux de ce moment... -Heureux et claqué. -Sur ses 82 hectares, Emmanuel Marchand fait pousser des légumineuses.

Aucun engrais phosphaté n'entre sur ses terres. Et pourtant, il sait que le cadmium est sans doute présent dans ce qu'il produit. -On hérite du passé.

Moi j'ai repris la ferme en 2010, une ferme qui était paternelle, en tout cas portée par mon père, et qui était en conventionnel, donc avec des engrais phosphatés à l'époque. Donc on peut imaginer qu'il y a encore des résidus de ce passé-là. -Si t'apportes pas de phosphate extérieur, à priori, très vite, tu fais baisser ton taux de cadmium dans ta ferme. -C'est de l'ordre de quelques années, un peu comme... -C'est très vite.

A partir du moment où on n'apporte plus d'engrais phosphatés, très vite on fait baisser le taux de cadmium dans les produits de ton sol. -Pour lutter contre le cadmium, d'autres options existent. Comme se fournir en engrais phosphatés en Finlande ou en Slovaquie, dont les taux de cadmium sont très bas.

Et puis, il y a aussi la solution de la dépollution. -Aujourd'hui, maintenant qu'on a voté, on peut continuer de travailler avec le Maroc, avec une méthode de décadmination qui est très efficace, et les Marocains nous disent eux-mêmes qu'ils seraient déjà en capacité de fournir des engrais phosphatés à moins de 20 milligrammes, donc c'est la preuve que la méthode fonctionne. On sait que le coût est dérisoire, puisqu'il est évalué à deux euros par hectare et par an pour un agriculteur, donc c'est pas ça qui va mettre en difficulté, la compétitivité de l'agriculture, c'est que dalle.

Deux euros par hectare par an, c'est rien du tout. Si la compétitivité de l'agriculture en France est menacée pour un surcoût de deux euros par hectare par an, il faut vraiment se poser des vraies questions. -Oui, comparativement, l'augmentation du fioul touche bien plus en termes d'euros que par hectare par an. -Et les engrais azotés. -Le député en est convaincu, nettoyer les terres est possible et surtout, il y a urgence.

Tout ce qui s'accumule dans nos campagnes suit le cycle de l'eau, d'abord dans les fleuves, puis dans l'océan. Or, les coquillages sont particulièrement sensibles aux contaminations de l'eau, ce qui pourrait s'avérer catastrophique pour l'économie de la région. -Ah dis donc ! -Ouais, loupé.

Bon attends, mais moi je la gaspille pas. -Bon, les huîtres, elles, elles encaissent. La question n'est pas si c'est nocif pour les huîtres.

Mais si ça l'est pour ceux qui les mangent ? -Tu as quand même parlé de 600 entreprises. -Oui. -Ca mérite d'être protégé.

Et ce qu'on dit sur ces entreprises, c'est qu'elles portent une production identitaire, authentique, emblématique de notre bassin. -Bien sûr. -Tout le monde connaît l'huître de Marennes-Oléron.

Donc on ne peut pas se permettre d'hypothéquer l'avenir d'une filière aussi florissante au motif qu'on n'aurait pas pris soin de l'eau sur le bassin versant. Ce n'est pas possible. -Si la proposition de loi de Benoît Biteau a été adoptée en première lecture, son parcours législatif est loin d'être fini.

C'est aujourd'hui au Sénat de s'en saisir. Musique douce ---