Bruno Retailleau : la droite en quête d'incarnation
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L'élection de Bruno Retailleau à la tête des Républicains est un symptôme, symptôme de l'évolution de la droite, de la droite dite républicaine en tout cas ce sont les Républicains et c'est pourquoi j'ai souhaité vous inviter Frédéric Rouvillois, bonjour vous êtes professeur de droit constitutionnel vous avez publié de nombreux ouvrages de droit constitutionnel vous avez publié aussi l'histoire de la politesse je vais donc essayer d'être très poli avec vous je vous dis dans Causeur et puis on vous doit aussi un dictionnaire du conservatisme aux éditions du Cerf et je crois que vous êtes en train de remettre à jour la notice de Bruno Retailleau quelques mots avant qu'on reprenne cette histoire de la droite peut-être quelques mots sur Bruno Retailleau
écoutez Retailleau c'est vraiment et c'est pour ça qu'il a peut-être séduit autant les électeurs de LR c'est vraiment je dirais l'idéal type du conservateur on dirait sur tous les plans si vous voulez on peut pas on peut pas faire plus même si lui-même dans son il avait une sorte d'ouvrage de livre programme qui s'appelle Refondation qui est publié en 2019 dans lequel il explique que il a jamais revendiqué l'étiquette de conservateur mais il a besoin de la revendiquer en fait les choses sont tellement évidentes sur tous les plans depuis je dirais sa naissance et depuis ses premières années depuis les presque 5 décennies qu'il a passé aux côtés de Philippe de Villiers puis de son aventure donc au sein de LR il est vraiment celui qui a à tous égards je dirais du point de vue même de l'éthique du comportement sur un plan vestimentaire sur un plan sur un plan culturel incarne vraiment cette dimension conservatrice qui effectivement pendant longtemps a été un petit peu enfin à LR n'était c'est moins qu'on puisse dire pas dominante mais qui effectivement depuis l'apparition du macronisme qui a absorbé on va dire la gauche de ce courant de pensée semble devenir effectivement l'élément moteur de ce courant
on a donc l'habitude d'avoir les différentes familles de la droite notamment cette fameuse répartition qui est faite par René Raymond entre la droite légitimiste la droite orléaniste et la droite bonapartiste on a l'habitude de ça mais justement j'aimerais revenir à l'origine Frédéric Rouvillois s'il fallait définir ce qu'est la droite que diriez-vous est-ce qu'il faut repartir à la contre-révolution est-ce qu'il faut repartir au contraire à cette bourgeoisie qui selon Tocqueville a fomenté cette révolution puisqu'il y a une ruse de l'histoire pour Tocqueville et pour Marx aussi
d'ailleurs vous rappelez que historiquement le droit en fait c'est le côté où vont se mettre les amis du roi ceux qui soutiennent finalement les droits et les pouvoirs du roi Louis XVI au sein de l'assemblée on va dire de l'hémicycle donc au tout début de la révolution donc c'est un petit peu un peu par hasard et aussi un peu le fait que le terme droite dans notre culture occidentale et notamment française la droite c'est le côté du droit finalement c'est le bon côté c'est à droite de Jésus que se trouve le bon larron et voilà dans notre représentation du monde voilà droite c'est bien gauche en latin je vous rappelais que c'est sinistère donc ce qui est sinistre et donc si vous voulez effectivement d'emblée en France il y a cette espèce de dichotomie droite-gauche les uns qui sont du côté du roi les autres du côté du peuple ou du moins de la révolution et à partir de là effectivement on va se construire non seulement effectivement des courants opposés mais également une réflexion d'un côté la réflexion révolutionnaire de l'autre côté ce qu'on appelle la réflexion contre-révolutionnaire une école contre-révolutionnaire qui a donc ses soeurs de gloire et ses grands et ses grands maîtres mais qui a aussi un je dirais presque un enracinement local et de ce point de vue la Vendée par exemple c'est un peu le lieu voilà c'est un peu la Vendée à beaucoup d'égards c'est un peu la mec de la droite de la droite contre-révolutionnaire de la droite conservatrice et le fait que Retailleau non seulement vienne de Vendée mais d'un petit village dans lequel sa famille est installée depuis toujours dont son père a été maire où il est né où il a vécu etc un village qui a été entièrement détruit et rasé par ce qu'on appelle les colonnes infernales en 1793 donc par les les troupes de la révolution française qui voulaient éliminer les ennemis politiques et intellectuels de la révolution tout ça fait de lui effectivement un personnage tout à fait voilà c'est une sorte de symbole de ce point de vue là bon il y a un ancrage chouant si je vous suis bien
mais cet ancrage chouant ne en fait pas je crois un anti-républicain en tout cas on n'a pas entendu de discours anti-républicain et monarchiste chez lui alors justement comment cette droite là va s'insérer dans la république à quel moment cela intervient donc j'imagine que c'est antérieur à la naissance de Bruno Retailleau est-ce qu'il faut remonter à la troisième république pour avoir l'inscription de cette droite là
écoutez écoutez oui on peut évoquer effectivement le Léon XIII le ralliement on en a parlé avec l'élection du nouveau pape donc le ralliement donc des royalistes à la république à la demande de Rome en disant Rome disant que le Vatican disant que finalement au fond la question des institutions n'est pas très importante l'important c'est d'être de rester dans le dans le jeu politique pour ne pas créer une sorte d'opposition de dichotomie ceci dit ce qui facilite les choses et je pense notamment au cas de Retailleau au cas de Philippe de Villiers d'ailleurs qui a été son mentor qui ne sont pas les mêmes cas qui ne sont pas je dirais il y a des ressources et des dissemblances fortes c'est à dire qu'effectivement la psychologie de ces deux personnages est radicalement différente il y en a un qui est effectivement génial ultra créatif mais assez brouillon finalement tandis que l'autre au contraire est très mesuré méticuleux on pourrait dire bourgeois mais au sens culturel du terme si vous voulez donc ce qui a permis la chose que vous évoquez c'est le fait aussi que le mot république est un mot extraordinairement incertain et que lorsque Retailleau naît en 1960 vient d'arriver au pouvoir le général de Gaulle qui a mis en place une constitution qu'il décrit lui-même le général de Gaulle comme une monarchie républicaine ou comme une république monarchique ce que beaucoup lui reprochent d'ailleurs et donc au fond c'est dans cette république là qui n'en est pas forcément une au sens classique du terme que se situe Bruno Retailleau voilà on peut être autrement dit on peut être à la fin du 20ème siècle et au début du 21ème siècle en république et républicain sans l'être tout à fait et même sans l'être du tout qui sont les penseurs
de cette droite là qui est-ce que vous situeriez alors évidemment on peut prendre des gens très violemment contre révolutionnaires d'ailleurs très violents tout court comme de maître est-ce qu'il faut prendre des gens plus modérés mais à mon avis qui sont plus éloignés de cette famille là comme Tocqueville bref qui choisir Frédéric Rouvillois
écoutez c'est pas très facile pour ce qui est de Retailleau si vous voulez c'est pas très facile de vous répondre dans la mesure où lui-même ne se rattache pas expressément volontairement peut-être d'ailleurs à un penseur ou à un autre pensant imaginons peut-être que ce serait un petit peu délicat ou d'assumer l'héritage de ces derniers au-delà de Retailleau le cas de Retailleau est quand même très très intéressant et c'est pour ça que j'y reviens et j'insiste là-dessus mais il y a un penseur un immense écrivain auquel il fait très souvent référence et auquel il a avec lequel il a eu beaucoup d'échanges et qui de ce point de vue là est très intéressant et significatif c'est Solzhenitsyn Solzhenitsyn que lui et Philippe de Villiers ont fait inviter en Vendée pour inaugurer le monument à la mémoire justement des victimes de la Vendée Solzhenitsyn que Giscard d'Estaing dans le fureur de Retailleau avait refusé d'accepter comme exilé politique en France et Solzhenitsyn c'est de ce point de vue là c'est le je dirais un passeur assez intéressant entre une pensée de la droite plus radicale effectivement peut-être en France maître en Russie Dostoevsky etc et effectivement la droite redigérée par quelqu'un comme Retailleux qui assume finalement à la fois cette tradition et aussi une modernité qui ne récuse pas
ça lui fait un point commun aussi avec Hervé Mariton qui incarne cette droite là plus libérale et qui cite souvent qui s'étend intéressé à Solzhenitsyn mais alors justement Frédéric Rouvillois si on prend Solzhenitsyn c'est très intéressant ce que vous dites parce que Solzhenitsyn c'est par exemple le discours de Harvard en 1978 le déclin du courage avec donc son idée d'une crise spirituelle de l'Occident qui a sacrifié ses valeurs spirituelles au profit du matérialisme et c'est ça qui m'intéresse parce que cela signifie que cette droite là ça n'est pas du tout une droite orléaniste alors là ce n'est pas du tout une droite j'allais dire toquevillienne mais c'est peut-être plus compliqué que cela mais en tout cas ce n'est pas une droite qui considère que le libéralisme et le capitalisme est la mesure de toute chose et le but à atteindre politiquement et c'est même une droite qui va se retrouver en porte-à-faux par rapport à ces tueriféraires de l'argent
oui à beaucoup d'égards effectivement si on reprend la classification de René Raymond entre la droite orléaniste et bonapartiste il est clair que cette droite là se situe en un sens du côté d'une droite légitimiste donc beaucoup plus enracinée ancrée traditionnelle etc et d'autre part assez méfiante effectivement à l'égard de la société de consommation du primat de l'avoir sur l'être c'est pas du tout la droite de Valéry Giscard d'Estaing ah ça n'est pas du tout la droite ni de Nicolas Sarkozy ni de si tant est qu'il y appartienne celle d'Emmanuel Macron si vous voulez Emmanuel Macron c'est clair Giscard d'Estaing Salé aussi relativement et ses ancêtres comme Jean Monnet aussi relève quand même très largement me semble-t-il j'ai écrit un bouquin là-dessus il y a quelques années d'une tradition saint-simonienne et donc mais vous considériez
que que Macron avait enterré le saint-simonisme
ah non non au contraire non non qu'il avait réel qu'il avait véritablement plutôt ressuscité justement et mis en oeuvre sur tous ses plans et aussi dans son discours notamment dans son ouvrage dans son livre programme qui s'appelle Révolution en 2016 auquel répond d'ailleurs Retailleau dans son livre Refondation en 2019 c'est pas un hasard voilà ils appartiennent Giscard et Macron très clairement à cette dimension-là qui est on va dire celle d'une droite orléaniste Retailleau c'est clairement effectivement une droite légitimiste même si la question de la monarchie ne se pose pas ou pas directement mais voilà on est tout à fait dans un autre champ à la fois culturel et spirituel et politique etc.
et de ce point de vue-là vous me demandiez à qui on pouvait penser alors il est un petit peu sulfureux aussi mais je pense que Patrick Buisson a joué un rôle assez important aussi dans la construction intellectuelle peut-être de Bruno Retailleau je vais vous laisser le situer alors dans ce cas-là
Patrick Buisson parce que bon ce qu'il a écrit est tellement tortueux je pense à son histoire de l'érotisme pendant l'occupation où là on a vraiment à faire je pense qu'il faut convoquer la psychopathologie pour comprendre ce texte
je ne suis pas du tout d'accord avec vous moi je trouve que c'est un très grand livre d'histoire des mentalités pour quelles raisons ? parce que dans la vie humaine et dans la construction de l'homme il y a cette dimension érotique qui est voilà ça va de soi
mais quand Buisson fait du féminisme l'un des ennemis de la résistance c'est quand même assez pervers
en construction vous savez ça fait deux bouquins qui sont chacun 800 pages avec environ 10 000 notes c'est un livre savant aussi on peut le voir aussi on peut le résumer en trois lignes mais je crois que ça ne se ligne pas à ça
vous savez les journalistes Frédéric
vous pensez que Retailleau achète cela je veux dire non mais Patrick Buisson n'a pas fait que cela et l'ancrage vendéen volontaire de Patrick Buisson et la réaction justement de Retailleau à la mort de Patrick Buisson en 2023 me semble tout à fait montrer qu'il y a quelque chose entre les deux
Frédéric Rouvillois on se retrouve dans 20 minutes on fera de la politique on évoquera cette fois-ci dans l'échiquier entre Laurent Wauquiez donc le perdant de cette élection Bruno Retailleau Edouard Philippe et puis aussi les autres droites et notamment celui qui incarne aujourd'hui le renouveau de la droite à l'échelle mondiale autrement dit Donald Trump on verra comment les placer vous serez rejoint par la journaliste Asilise Lecor il est 8h sur France Culture 6h30 9h les matins de France Culture Guillaume Erner suite à l'élection de Bruno Retailleau on retrace l'histoire de la droite l'histoire intellectuelle de la droite avec vous Frédéric Rouvillois vous êtes professeur de droit public à l'université de Paris cité on vous doit notamment un dictionnaire du conservatisme aux éditions du Cerf on a évoqué un certain nombre de familles de la droite notamment des familles intellectuelles de Joseph Demestre à Patrick Buisson en passant par Solzhenitsyn puisque vous avez dit qu'il y avait une forme de proximité intellectuelle entre Bruno Retailleau et la doctrine de Solzhenitsyn et nous accueillons Asilise Lecor journaliste rédactrice en chef des pages opinion du JDD on vous doit notamment l'enfant et l'avenir de l'homme paru aux éditions Albin Michel mon camarade Jean Lémarie évoquait dans son billet politique justement une polémique traditionnelle entre la droite et la gauche les activités dites ludiques en prison je crois qu'elles sont principalement dites ludiques par la droite et de réinsertion par la gauche Asilise Lecor vous vouliez réagir ?
Oui alors il est certain que s'il s'agit de faire du kart ou de faire des massages on peut se questionner sur l'utilité que cela peut avoir pour la réinsertion il n'empêche que les points qui ont été soulevés à savoir que oui il y a un problème dans notre pays sur la façon dont on réinsère ceux qui ont été détenus qu'il y a une surpopulation carcérale et que les conditions dans lesquelles sont détenus les prisonniers français sont indignes d'un pays riche d'un pays comme le nôtre mais c'est marrant parce que j'ai l'impression qu'il faut choisir un camp il n'y a toujours pas de voie du milieu de troisième voie et c'est évidemment certains essaye de créer des troisièmes voies oui depuis longtemps mais c'est difficile dans ce pays voilà Darmanin rebondit comme le font aujourd'hui tous les politiques dessus en disant moi je veux une politique de fermeté sauf qu'en fait qu'est-ce qu'on voit en réalité qu'il ne peut pas agir qu'il n'a pas la capacité d'agir donc quelle image aussi ça renvoie ça renvoie toujours cette impossibilité pour les politiques d'appliquer ce qu'ils souhaitent appliquer même quand ils veulent être fermes alors parmi justement les familles de la droite puisqu'on a l'impression que cette élection à la tête des républicains justement elle s'est faite sur des discours de fermeté puisque aujourd'hui ce sont principalement des discours votre regard justement à Zilise Lecor sur la manière dont s'est déroulée cette élection et puis surtout sur son résultat qu'est-ce qu'il signifie cette victoire importante de Bruno Retailleau il semble que ça a été une élection de terrain pour le coup qu'ils ont été vraiment chacun à la rencontre de leurs électeurs Bruno Retailleau s'est sûr bénéficié de sa place au gouvernement il a pu se faire connaître je dirais aussi en tant que personnalité dans l'action parce que jusque-là on se souvient il a été d'ailleurs battu par Éric Ciottier à la dernière présidentielle LR dernière élection pour la présidence LR et on avait un peu cette image du petit vendéen un petit peu peu charismatique ringard on ne lui faisait pas confiance pour agir là en tout cas il a su s'imposer en tant que personnalité la question qui demeure c'est avec qui est-ce qu'il pourrait conduire une élection pour la présidence de la République française et sur quelle base parce que le travail n'a toujours pas été fait dans l'ensemble de la droite d'ailleurs on dit la droite le candidat de la droite mais de quelle droite on parle Frédéric Rouvillois votre point de vue Retailleau-Wauquiez qu'est-ce que ça signifie s'agit-il de la victoire d'une représentation de la droite ou de deux personnalités
Alors tout d'abord comme le laissait entendre Aziz Lecour à l'instant effectivement être élu par 120 000 militants enfin 120 000 adhérents encartés c'est pas du tout la même chose que de se présenter devant 40 millions d'électeurs et effectivement la vraie question c'est celle de la vraie vente si j'ose dire qu'est-ce qu'il va comment on va faire après maintenant effectivement pourquoi les électeurs LR ont-ils aussi massifisé relativement préféré l'un à l'autre certes il y a peut-être la dimension de terrain sauf que elle aurait dû peut-être aller dans l'autre sens notamment dans la mesure où Wauquiez a beaucoup plus occupé le terrain semble-t-il notamment des fédérations pour essayer de faire valoir son propos Retailleau ayant par définition beaucoup moins le temps et l'occasion de le faire Alors sur quoi
s'est jouée l'élection ?
Écoutez moi les deux sont très estimables mais je pense que Wauquiez a une image qui est peut-être plus brouillée plus brouillonne plus incertaine venant au fond d'une d'un centre droit assez libéral assez je veux dire au début il est quand même c'est quand même il est très proche de voilà ou plutôt européiste etc au début
au début il était proche de Jacques Barraud oui c'est ça éloignée par la suite asidise le corps alors je crois que Laurent Wauquiez malheureusement souffre d'une image insincère et donc ça pèse également au sein du parti LR c'est à dire que ça veut dire quoi insincère parce que c'est ce que l'on entend souvent à son propos mais qu'est-ce que ça veut dire qu'en réalité il n'est pas perçu comme un véritable homme de droite qu'il a des convictions fluctuantes parce qu'il faudrait interroger aussi ce terme qu'on entend alors il y a quelque chose de l'incarnation en effet est-ce que sa parole est performative est-ce qu'on croit en ce qu'il dit c'est le premier point est-ce qu'à la tête de la région Ronalp est-ce qu'il s'est montré oui d'ailleurs ses soutiens ceux qui travaillent avec lui en Ronalp sont vraiment derrière lui avec force donc c'est pour ça qu'en effet à ce niveau-là il avait des soutiens simplement médiatiquement ça ne prend pas et puis il a attendu ces dernières années le bon moment pour sortir du bois donc il a été très absent il a pensé que son moment allait être celui de la dissolution pour pouvoir exister au sein de l'Assemblée nationale et on voit bien qu'il peine à le faire puisque c'était imprévu mais une partie de la droite LR a rejoint le gouvernement aujourd'hui sans se confondre totalement avec la Macronie et ça c'est plutôt une force pour Rotaio c'est qu'il a réussi il est parvenu à maintenir ce cordon sans se faire totalement inspirer par Renaissance donc ça c'est assez fort et puis je crois qu'il y a quand même la dimension même si j'insiste c'est très minoritaire dans le pays mais chez LR c'était le cas par exemple d'un François-Xavier Bellamy les conservateurs ont un poids c'est à dire qu'ils ne pèsent pas grand chose au niveau national mais ils sont respectés par les adhérents LR et donc par les chapeaux à plumes qui sont pour la majorité pourtant assez de droite disons libérale
Jean-Limari il y a une question de style aussi certainement puisque les deux hommes les deux élus sont très proches sur le fond qu'il s'agisse de l'immigration où on l'a vu ces derniers mois des critiques contre les juges voire contre l'état de droit quelquefois sur le fond pas grande différence sur la forme rien à voir Bruno Rotaio homme très poli très policé il a certainement dû aussi marquer des points sur ce terrain là auprès des électeurs LR c'est important la politesse Frédéric Rouvido
je dis ça parce que vous avez fait une histoire de la politesse la police
on rigole toujours de la veste rouge de Laurent Wauquiez et effectivement on se dit ou de la veste
de Marine Tondelier
absolument c'est pas une veste pour Laurent Wauquiez la parca rouge c'est un parca aigle c'est ça non c'est un parca rouge alors qu'on se dit la seule fois que Rotaio a dû mettre une veste rouge il n'est pas le seul homme politique maintenant à mettre des swatchs parce que les gens sont prudents les seules fois que Rotaio a dû mettre des vestes rouges c'était lorsqu'il y avait des chasses à coups ou éventuellement à la fin du Vendée Globe mais voilà c'est pas le même type c'est une veste verte c'est un barbour
qu'on met là on sent la droite sociale mais malgré tout c'est aussi une autre conception c'est à dire une manière de faire de la politique qui est ou fait semblant ou reprend les codes d'une forme de politesse ou bien désuète ou bien retrouvée je ne sais pas d'ailleurs comment puisque Michel Barnier avait aussi essayé d'incarner ce style là
oui mais là encore voilà enfin il y a un côté un petit peu grand bourgeois chez Michel Barnier qui ne passait pas forcément aussi bien que voilà au fond Rotaio a un côté France éternelle si j'ose dire enraciné dans son petit village de Saint-Malo-du-Bois dont son père a été mère c'est l'homme vraiment de l'enracinement et de ce point de vue là de la stabilité de la fidélité à mon sens à une vision qui n'a pas changé du tout depuis son plus jeune bon mais Asilis Lecor
vous qui êtes journaliste au JDD donc qui incarnez cette nouvelle génération de journalistes de droite est-ce que vous ne trouvez pas que cette droite là reprend les anciens codes alors qu'aux Etats-Unis par exemple il y a une droite toute nouvelle je ne pense même pas tellement à Donald Trump je pense plutôt à J.D. Vance qui incarne une forme de droite alors je vais la résumer en un mot la différence principale entre Bruno Rotaio et J.D. Vance c'est que J.D.
Vance veut faire la révolution Bruno Rotaio semble ne pas vouloir la faire et puis quand bien même voudrait-il la faire je ne sais pas si on le croirait capable de la faire oui en effet je ne pense pas qu'il souhaite la faire c'est d'ailleurs le propre du conservateur c'est que le conservateur croit qu'il y a un progrès possible il ne recherche pas le progrès en lui-même il veut préserver ce qu'il y a de bon à préserver dans la société et dans notre héritage J.D. Vance pour prendre plus généralement la droite américaine aujourd'hui il y a en effet je trouve une difficulté par exemple J.D.
Vance va énormément se revendiquer de son catholicisme or quel rapport entre la doctrine sociale de l'église et le libéralisme qu'il prône par ailleurs associé à la figure d'un Elon Musk en France on sait bien qu'un tel libéralisme ne peut pas advenir on n'en est pas du tout à dire état zéro aujourd'hui on en est simplement à vouloir rétablir un peu l'ordre dans les dépenses de l'état vous voulez dire qu'on est plus modéré en France à droite évidemment on n'est pas du tout de culture libérale alors je sais que c'est un peu le fantasme à droite aujourd'hui tout le monde considère que la droite française doit devenir afouériste comme Javier Milei en réalité afouériste c'est une sorte de néologisme afouéra vous savez il faut couper tout ce qui est en trop dans les dépenses de l'état or on avait bien vu déjà avec François Fillon certainement aurait-il été élu s'il n'avait pas eu ses affaires mais il y avait un problème qui était posé par ce qu'il proposait économiquement aujourd'hui est-ce qu'on peut défendre des dépenses moindres notamment pour la santé et l'hôpital public la droite ne peut pas se permettre de défendre une telle position elle ne peut pas être responsable de la casse sociale on parlait d'incarnation justement François Fillon c'était assez terrible je trouve comme symbole parce que on avait a priori en apparence un homme sérieux intègre etc et puis le Barbour était doublé de visons en réalité et le vison était offert par Bourgie donc c'était compliqué oui mais en réalité on le savait Sarkozy disait toujours il aime trop l'argent vous imaginez Sarkozy qui le disait donc voilà Retailleau n'a pas en tout cas je ne sais pas je parle sous le contrôle de Frédéric Rouillois mais ce type de péché dans sa besace il se trouve qu'il est d'ailleurs resté et ça montre aussi peut-être sa posture en tant qu'homme il est resté fidèle à François Fillon sur ses positions aussi conservatrices jusqu'au bout et il a payé très cher même personnellement humainement cette trahison puisque ça a été très dur pour lui après et il s'est d'ailleurs retiré chez lui en Vendée pour se remettre de cette aventure vous nous garantissez Frédéric Rouillois que Bruno Retailleau n'aime pas l'argent vous savez qu'il a de vilaines chaussettes comme Mitterrand disait au sujet de Bérégovoy
écoutez je vous le garantis pour autant que je puisse le savoir je ne suis pas dans le secret des vieux mais effectivement voilà c'est sans doute cette dimension-là aussi je pense qui a pu plaire à la franche conservatrice de LR et lui assurer ses quasiment 75% de réussite mais sur le côté révolutionnaire
l'absence est-ce que c'est bien d'avoir une droite qui est rétrograde ce n'est pas un jugement de valeur c'est un jugement de fait par rapport à cette droite alors là vraiment qui combine une partie du transhumanisme une partie qu'on voit à l'oeuvre aux Etats-Unis
mais il y a voilà je pense d'abord qu'effectivement il est fidèle à un des grands principes du conservatisme qui est le bon sens le retour au réel comme disait Gustave Thibon et d'autre part on m'a demandé l'autre jour s'il avait un programme je ne sais pas s'il a un programme avec un petit P ou un grand P mais je pense qu'il a une pensée et au fond ça suffit et c'est même plutôt mieux que d'avoir un programme auquel on ne croit pas qu'est-ce qui le distingue
ce Bruno Retailleau son programme son positionnement du Rassemblement National puisque l'une des principales questions qui va se poser à droite c'est de savoir comment les républicains peuvent s'oppositionner entre d'un côté Édouard Philippe et de l'autre le Rassemblement National je ne sais pas Jordan Bardella Marine Le Pen depuis tout à l'heure on parle de la figure de Bruno Retailleau ce qui est très intéressant pour essayer de le connaître et de le comprendre mais en réalité cette figure de l'homme providentiel il faut peut-être cesser avec essayer de comprendre en effet où en est la droite dans sa recomposition aujourd'hui depuis l'élection d'Emmanuel Macron et en fait je dirais même à partir du moment où François Fillon a perdu la présidentielle cette famille qui englobait les sensibilités classiques de la droite qui pouvaient être à la fois orléanistes légitimistes et avec voilà plutôt un pan libéral ils ont un pan plutôt conservateur parvenaient à coexister tout cela a volé en éclats notamment avec Emmanuel Macron et aujourd'hui LR avec le départ ensuite pour les législatives et la dissolution du mois de juin le départ d'Éric Ciotti autour du Rassemblement National fait que LR est condamné à être un satellite un satellite soit actuellement de Renaissance ou du Rassemblement National donc se pose la question de l'avenir d'un parti véritablement de droit qui serait un parti donc si derrière Bruno Retailleau un parti conservateur quelle est sa possibilité ensuite pour accéder au pouvoir ça je crois que c'est extrêmement minime mais ce n'est pas la seule chose qui compte ce qui compte aussi dans le débat démocratique c'est que puissent exister différents courants de pensée du moins au premier tour pour qu'ils puissent s'exprimer exister dans le débat intellectuel également sauf qu'aucun parti à droite ne fait cet effort aujourd'hui même le Rassemblement National qui est on pourrait dire un parti populiste nationaliste populiste de droite c'est très brouillé déjà on ne sait pas qui sera le candidat en effet si c'est porté par Marine Le Pen on a une image plus populiste mais on voit bien qu'ils avaient ce double jeu oui Marine Le Pen c'est l'élu du Pas-de-Calais c'est quelqu'un qui est une fibre sociale d'ailleurs je pense qu'elle est absolument sincère sur ce positionnement mais aujourd'hui ils savent que pour parce qu'elle a aussi une image d'héritière élevée à sa prime oui mais je pense qu'elle a suffisamment rompu avec son père et par ailleurs on voit bien que c'est ce qui les bloque aujourd'hui pour dépasser ce plafond de vert c'était de faire l'inverse de Sarkozy à savoir ils avaient les classes bourgeoises et il fallait à l'UMP les classes populaires Sarkozy est parvenu à cela le RN c'est l'inverse il a les classes populaires et il lui faut les classes bourgeoises qu'est-ce que vous en pensez Frédéric Rouvillois Bruno Retailleau par rapport au RN
écoutez la difficulté d'une réponse à votre question c'est que le RN on ne sait pas très bien ce que c'est en définitive il y a effectivement des personnalités moi je vais vous expliquer ce que c'est c'est-à-dire oui mais en dehors de France Culture
le rôle de France Culture est de savoir
absolument mais
on peut dire par exemple que le positionnement du Rassemblement National moins conservateur que Bruno Retailleau
c'est plutôt qui à la rigueur oui
par exemple sur les questions de Mœurs Bruno Retailleau s'est exprimé de manière assez forte sur la question de la fin de vie pas le RN et une rupture justement je me dirais dans les pages opinions du JDD d'une grande tribune le JDD est plus au fait que France Culture de Jordan Bardella il y a 2-3 semaines j'ai pas la date exacte en tête alors il disait quoi mais c'était au moment de leur meeting avec Marine Le Pen leur meeting commun et à mon grand étonnement Jordan Bardella a proposé une tribune où c'est très transparent il s'oppose à l'euthanasie c'est à dire il faut plus de soins mais pas je retire ce que j'ai dit sur la question ça c'est intéressant ça se dit beaucoup Marine Le Pen elle est mal à l'aise sur ces sujets le Rassemblement National est extrêmement divisé Jordan Bardella fait le choix d'aller vers une catégorie minoritaire les conservateurs jusque là le Rennes disait ça ne nous rapportera rien électoralement et lui il se dit je vais incarner la droite je veux avoir un éthos de droite et donc voilà je ronds avec cette filiation plus populiste justement parce que pour moi le Rennes avait en partie donc avec la question des femmes la question de l'IVG la question du divorce la voix de Marine Le Pen n'était pas celle de Marion Maréchal et donc on avait affaire à un Rennes qui était beaucoup moins conservateur que Bruno Retailleau sur ces questions là
oui oui c'est pour ça que je vous dis à l'instant c'est pas le RN en général c'est qui au RN finalement Jordan Bardella étant peut-être effectivement une sorte de intermédiaire entre Marion Maréchal et Retailleau on va dire
Jean Lémarie Jordan Bardella croit à l'union des droites il croit à l'union des droites et il ne faut pas oublier cette photo il y a quelques mois à côté de laquelle il posait la photo du livre de Nicolas Sarkozy il tend des mains il envoie des signaux régulièrement les différents pans de la droite l'intéressent il pense en termes de reconstruction de futur de la droite il pense en termes de pont là c'est une différence il faut effectivement quand on regarde l'ERN voir non seulement quoi mais qui qu'est-ce que vous en pensez
Zidis Lecors est-ce qu'une union des droites est possible je rappelle qu'il n'y a pas que deux composantes il y en a au moins trois parce qu'il y a aussi Edouard Philippe oui et puis quelle limite donc on met à la droite si Edouard Philippe est la droite pourquoi est-ce qu'on irait pas jusqu'à Gabriel Attal voilà je m'interroge et de la même manière le RN bon parti de droite c'est compliqué encore une fois parti nationaliste certes mais est-ce que c'est un parti populiste ou est-ce qu'ils feront ce travail-là pour en effet incarner l'union des droites possible c'est un peu le fantasme qu'il y a toujours eu ce fantasme de l'union des droites ça paraît aujourd'hui impossible à l'égard simplement des personnalités qui composent les différents partis il se trouve que Jordan Bardella pense que c'est la carte qu'il doit jouer lui il a peut-être une sensibilité qui est un peu plus en effet on a souvent dit identitaire liée à son histoire puisqu'il a grandi on le sait il est souvent un petit blanc de banlieue disons pour prendre une image et donc voilà sur l'aspect identitaire immigration on sait où il se situe je ne suis pas certaine qu'il ait des convictions profondes mais il est aussi une figure de projection pour beaucoup d'électeurs de droite et donc il se dit aujourd'hui si je peux être une figure de projection pour les catégories plutôt bourgeoises d'ailleurs c'est le seul qui a autrement progressé au Rassemblement National chez les retraités et ça c'est assez nouveau les retraités ne faisaient pas confiance au Rassemblement National avant les dernières législatives et donc Jordan Bardella peut espérer en effet être un candidat de droite là encore je pense qu'il y a du travail parce qu'on a du mal en effet contrairement à Bruno Retailleau à identifier réellement ce en quoi il croit et il risque peut-être de subir le même sort qu'un Laurent Wauquiez un mot de conclusion Frédéric Roubillois
la conclusion c'est que c'est
ou bien c'est l'union ou bien c'est celui qui va dépasser les deux autres pour l'horizon Oui
la conclusion c'est que effectivement ce choix des militants des adhérents LR est quand même très important très révélateur très significatif et que peut-être que ça ouvre une possibilité à cette union des droites qui jusqu'alors avait l'air un peu fantomatique
Aziz Lecor vous iriez jusqu'à parier sur Bruno Retailleau ou bien vous considérez que les républicains viennent de loin si on prend le score de Valérie Pécresse Aujourd'hui bien malin celui qui pourra prédire qui incarnera la droite vous mouillez pas on aura alors prenons Gabriel Attal Édouard Philippe Éric Ciotti qu'est-ce qu'il fera est-ce qu'il va défendre Bruno Retailleau est-ce qu'il va rester auprès de Marine Le Pen qui sera d'ailleurs le candidat du rassemblement national est-ce que ce sera Jordan Bardella ou Marine Le Pen ça changera tout vous oubliez reconquête reconquête qui pense que le rassemblement national va être écartelé entre Jordan Bardella Marion Maréchal bien sûr il y a aussi cette dimension-là qui entre Éric Zemmour et Sarah Gnafou il faudrait qu'ils se mettent d'accord déjà tous les deux puisqu'ils ont chacun leur ambition aujourd'hui c'est quand même difficile d'avoir une boule de cristal un mot très rapide de conclusion Frédéric Rouvillois là-dessus
écoutez je pense que Retailleau en tant que penseur catholique pensera sans que la Providence il pourvoira
merci Frédéric Rouvillois je renvoie à votre dictionnaire du conservatisme aux éditions du Cerf Asilise le corps l'enfant et l'avenir de l'homme c'est aux éditions Albain Michel le 8h45 le journal d'Anne Lorchouin et mes camarades Saltiel et Comos c'est dans un instant
Bruno Retailleau