Bruno Retailleau - Le Barbier du matin du 29/05/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bruno Retailleau, bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Et bienvenue au Vendéen que vous êtes sous ce temps atlantique. Océanique. Océanique. Il fait beau en Vendée, beaucoup plus que vous ne le pensez. Toujours beau en Vendée, c'est toujours un département agréable à visiter. Hier, la tempête était à l'Assemblée nationale avec cet incident du drapeau palestinien brandi par Sébastien Delogu, député LFI. Qu'est-ce que ça nous dit de la stratégie de la France insoumise ?
Ça nous dit que LFI, c'est l'honte de la République. C'est la brutalisation du débat public, c'est l'hystérisation de l'Assemblée nationale. C'est la communautarisation aussi, puisqu'on voit bien que derrière tout cela, il y a un objectif électoraliste. Il drague l'électorat musulman. Je me souviens très bien qu'en 2019, le 9 novembre précisément, ils avaient défilé, battu le paix parisien à côté des islamistes à l'époque. Le CIF qui a été dissous depuis. Donc les choses sont très claires. Ils contestent nos institutions avec un renversement des valeurs.
Lorsque là encore, ils défilent pour dire que la police qui est un bouclier, qui nous protège, que la police tue, tout cela est déplorable, tout cela est consternant.
Mais ça marche. Dans les sondages, Manon Aubry est au-dessus de son score de 2019. Écoutez, rappelez-moi son score.
6,2. Elle est à 8. Elle est à 3 fois moins que ce que déjà faisait M. Mélenchon au présidentiel.
Mais elle avait fait 6 et il a fait 22 à la présidentielle. Donc enterrer Mélenchon, c'est peut-être un peu...
Je ne dis pas que j'enterre M. Mélenchon. Je pense que par ses outranches, il a choisi les outranches. Il a choisi le communautarisme parce qu'il pense justement que les 400 000 voix, il peut les obtenir dans les quartiers. Voilà. J'entendais l'autre jour Jérôme Fourquier dire voilà 400 000 voix, c'est à peu près 6 ou 7 pour 60 000 bureaux de vote. Donc il essaie d'aller chercher ces voix-là avec les pires expédiants. C'est terrible parce que c'est la République qu'on est en train d'esquinter.
Ça marche dans la rue. On a vu Sciences Po, des universités. On voit depuis deux soirs de suite à Paris, à Marseille, des manifestations. 4 000 personnes hier à Paris.
Oui, bien sûr, mais il y a un réseau. Mais bien sûr, il y a un réseau. 4 000 personnes, c'est beaucoup, mais ce n'est pas les 60 millions de Français. Voilà, c'est tout. Donc on voit bien qu'aujourd'hui, de toute façon, derrière cette brutalisation du climat politique, il y a cette violence. Il y a le recours à la violence. On est y compris d'ailleurs dans les assemblées. C'est de plus en plus difficile d'échanger des arguments. Pas le Sénat. Heureusement, le Sénat aujourd'hui reste à côté de cela. Mais on échange des invectives. On fait des happening. Ce n'est pas le lieu.
Et je pense que le président de l'Assemblée a eu raison d'obtenir la sanction à travers la décision du bureau de ce député qui avait brandi ce drapeau palestinien. Ce n'est pas le lieu dans nos assemblées. Au contraire.
Il y a un invective et un invective. Dire cet import à propos d'un député juif, en l'occurrence David Guiraud, contre Meier Habib, ça a un certain sens quand même. C'est un sens antisémite.
Mais d'ailleurs, derrière les filles, évidemment, il y a le masque de l'antisionisme. Mais derrière ce masque-là, il y a de l'antisémitisme. Il y a eu un grand basculement, un grand renversement. Jadis, vous qui êtes historien, vous le savez parfaitement. Il y avait, à l'habitude, c'était l'extrême droite qui était dépositaire de ce fonds antisémite. Vous avez Valat contre Blum en 30 minutes. Exactement. Par exemple, on peut en citer bien d'autres. Et le grand basculement, c'est qu'aujourd'hui, c'est l'extrême gauche qui est le propagateur, le principal propagateur en France, notamment de l'antisémitisme, sous prétexte de l'antisionisme.
La NUPES en bloc a refusé de voter la sanction contre Delogu hier parce que la NUPES veut la reconnaissance de l'État palestinien. La NUPES, donc le PS, Olivier Faure, a commis une faute. Il a couvert, par ce vote-là, les outrances de LFI. Donc, malgré leur distinction dans la campagne européenne, la NUPES continue sous domination LFI ? Bien sûr. En tout cas, à l'Assemblée, oui. La reconnaissance de l'État palestinien, Emmanuel Macron dit qu'il n'y a pas de tabou, mais je ne veux pas d'une reconnaissance d'émotion. Est-ce que vous, Léa Ler, vous êtes sur cette ligne ? Oui à deux États, donc oui, un jour à un État palestinien reconnu, mais pas tout de suite.
Bien sûr, c'est la ligne gaulliste, c'est notre ligne. Simplement, ce que je veux dire, c'est reconnaître aujourd'hui un État palestinien, ce serait donner le point au Hamas. Ce serait accepter, finalement, que cet État est une paternité islamiste. Ce n'est pas possible. Je veux simplement rappeler à nos auditeurs et au-delà que le Hamas veut l'éradication d'Israël. Que le Hamas lutte tout simplement pour avoir un seul État qui serait un État islamique, islamiste même, du Jourdain à la mer Méditerranée. C'est ça, la réalité. Est-ce qu'on veut donner la main, justement, à cette idéologie mortifère ?
Moi, non. La réalité, c'est aussi les victimes civiles dans les actions militaires israéliennes à Gaza et notamment à Rafa. Que faut-il ? Il faut cesser le feu immédiat. Israël se trompe de tactique sur le terrain ?
Je pense que M. Netanyahou, depuis le début, s'est beaucoup trompé. Et avant, d'ailleurs, le programme du 7 octobre, bien sûr. Simplement, moi, je reconnais à Israël le droit de se défendre parce qu'Israël a été attaqué de la pire des façons. Mais je lui reconnais aussi un devoir. Le devoir de respecter le droit international. Le devoir de protéger, autant que faire se peut, les populations civiles. Et ce qui s'est passé est inacceptable, bien entendu. Est-ce que c'est le cas ? Est-ce qu'on a l'impression que le droit international est respecté ? Ou est-ce que vous avez des doutes ? En tout cas, quand il y a des doutes, il faut des investigations.
Et je pense qu'Israël est un pays démocratique. Je lui fais confiance, d'ailleurs, pour prendre un maximum de précautions. Je me souviens, d'ailleurs, que lorsque nous sommes nous-mêmes libérés du nazisme, on a beaucoup bombardé, vous savez, à Dredd et bien ailleurs, y compris à Saint-Malo, y compris en Normandie. Donc, il y a eu des victimes par milliers, par milliers en France. C'est le Hamas qui a commencé cette guerre. C'est le Hamas qui a fait de Gaza, aujourd'hui, un enfer. Et c'est au Hamas qui revient que le cessez-le-feu soit obtenu, simplement en libérant tous les otages. Je m'étonne encore que l'extrême-gauche parle souvent de cessez-le-feu.
Je ne l'entends jamais parler, notamment des otages, qui vivent un calvée, pour ceux qui sont encore vivants. Vous imaginez, depuis des mois, psychologiquement, la souffrance, peut-être physiquement aussi.
L'élection européenne approche, c'est le 9 juin, dans une douzaine de jours. Votre candidat, François-Xavier Bellamy, est plus offensif depuis quelques temps. Est-ce que ça peut marcher ? Est-ce qu'il y a une marge de progrès pour vous ?
Je pense que oui, c'est toute la question de notre espace. Très franchement, François-Xavier Bellamy fait une campagne qui est brillante. Je me souviens, vous citiez tout à l'heure, et les filles, il a eu le courage, d'ailleurs, physique, de se rendre à Sciences Po. Contre Louis Boyard. Exactement, contre M. Boyard. Moi, franchement, ça m'a fait du bien. De même que ce qui m'a fait beaucoup de bien, c'est son coup de gueule, après l'autre happening, cette espèce de show, de médiatique show, qui a consisté à opposer M. Bardella et le Premier ministre l'autre jour. C'est une démocratie confisquée, réduite à un face-à-face que les Français ne veulent pas.
Plus de 50% des Français récusent, d'ailleurs, ce face-à-face. Et François-Xavier Bellamy, je pense qu'il fait une bonne campagne. Il a un bon bilan, il a un bon projet. Il est porteur, en fait, du seul projet européen qui peut fonctionner. M. Bardella ne veut pas d'Europe. Mme Le Pen avait applaudi au Brexit. Et M. Macron veut une Europe qu'aucun peuple,
pas plus que les Français ne souhaitent, une Europe fédérale. Mais cette Europe, elle est dans la majorité actuelle. PPE plus Renew, ça a fait une majorité au Parlement ? Non, non, non, non, pas du tout.
Pas du tout. Je veux vous rappeler que sur beaucoup, beaucoup de textes, Renew s'est allié avec la gauche, avec les écologistes, contre le PPE. Contre le PPE. Renew a voté, nous a créé beaucoup de difficultés, notamment sur le nucléaire. Il a voté toutes les stupidités de la décroissance, avec M. Canfin, qui sont en train de mettre à genoux notre agriculture, qui a été pourtant un des fleurons, d'ailleurs, au niveau français et européen. Donc, non, non, je pense que les choses que porte M. Bellamy, c'est une Europe qui permet de défendre les intérêts de la France et qui permet à l'Europe de progresser en accordant les volontés nationales au projet européen.
Mais une partie des électeurs disent, face au risque que vous dépeignez, c'est-à-dire l'islamo-gauchisme, l'insécurité, il faut plus dur que Bellamy, il faut barder là. Une sorte de vote utile radical ?
Vote utile ? Attendez, en 2014, vous avez une bonne mémoire, 2014, le Rassemblement national est premier aux élections européennes. 2019, à nouveau premier. Vote utile ? Non, c'est le vote inutile. Ils n'ont pas fait bouger un point, une seule virgule d'un seul texte.
En Europe ? Ils sont inutiles.
Mais en France, ils existent. Mais ils existent. Vous me posez la question du vote utile. C'est le pire des votes inutiles. Voilà, c'est ce que je veux dire. Moi, il ne faut pas que les Français se trompent. Et je vois bien que dans ce face-à-face entre la Macronie et le leutpénisme, il y a une sorte de courte échelle. D'ailleurs, M. Macron, qu'il arrête, y compris à l'étranger, en Allemagne, de transformer la scène allemande en scène de politique intérieure française, ça ne se fait pas. Quand ils disent mauvais, c'est cela ? Bien sûr, il était en campagne. Et plus il organise ce face-à-face, ce duel avec M. Bardella, plus M. Bardella monte dans les sondages.
Donc, si j'avais un conseil à lui donner, je n'ai pas de conseil à lui donner. Il est intelligent, il est talentueux. Mais qu'il se taise.
Alors, le lendemain des élections européennes, nous risquons la gueule de bois démocratique. La gueule de bois démocratique, c'est une expression de Gérard Larcher. Vous aurez peut-être le disjoint des conseils à donner à Emmanuel Macron parce qu'on sent venir la tentation d'une coalition parce que ce pays ne peut pas aller à volo pendant trois ans. LR plus Renaissance, ça fait une majorité.
C'est Sacha Guitry qui parlait des conseils. Vous connaissez bien Sacha Guitry. Il disait que les conseils, c'est comme les coups de pied au derrière. Ça fait plaisir qu'à celui qui les donne. Bien. Il est clair que la gueule de bois risque, le dit se joint, d'advenir. Simplement, moi, je suis un démocrate. Et j'ai une vision gaullienne des institutions. Et quand il y a un blocage, parce qu'aujourd'hui, il y a un blocage en France, il y a un blocage, notamment à l'Assemblée nationale, où on ne peut pas faire passer de textes forts et notamment de réformes, tant soit peu substantiels, je pense qu'il faut... C'est le recours à la démocratie, au peuple.
On retourne devant les électeurs.
Bien sûr.
C'est la dissolution. C'est la dissolution. Rien ne dit que de cette dissolution sortirait une majorité acceptable, sauf dans certains sondages, une majorité RN.
Alors, il serait temps d'imaginer une coalition. Mais pas avec la politique que mène M. Macron aujourd'hui. M. Macron, est-il prêt à faire une nouvelle politique ? C'est-à-dire qu'est-il prêt à assumer une révolution pénale, avec des courtes peines, avec l'abaissement de la majorité pénale ? Est-il prêt, sur le plan de l'immigration, à autoriser, à favoriser un référendum sur la question migratoire ? Est-il prêt à débureaucratiser l'État ? Est-il prêt à faire une sélection à l'université ? Est-il prêt à changer le modèle de l'école publique qui est en train de devenir un modèle inégalitaire ? Je ne le crois pas.
C'est votre programme pour la prochaine présidentielle que je viens d'entendre là. C'est un programme pour l'instant qui sera sans doute plus détaillé. Mais ce sont nos convictions. Et moi, je pense, voyez qu'en politique, ce qui désespère les Français, c'est les jeux d'appareils. C'est les manœuvres de couloir. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours préféré les choix de l'isoloir aux arrangements de couloir. Et je pense que notre boussole à nous, ça doit être nos convictions. Ça a toujours été ma ligne de conduite. Parfois, c'est vrai, on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais au moins, le matin, on se regarde devant la glace.
Donc, s'il faut, il faudra provoquer cette dissolution en reversant le gouvernement, comme en 1962.
Écoutez, en tout cas, moi, je suis sénateur. Donc, c'est aux députés de prendre ces décisions. Simplement, moi, je ne parle plus de monsieur de censure parce que soit on en parle et on l'a fait, sinon on arrête d'en parler.
Alors, il y a un texte qui échappe au jeu d'appareil. C'est le texte sur la fin de vie. Vous êtes très offensive, très critique, très vigilant. Quand ce texte viendra au Sénat, il sera mis en morceaux parce que la droite sénatoriale n'en veut vraiment pas ?
Non. D'abord, le Sénat ne déchiquette pas les textes. Le Sénat les amendes. Le Sénat a toujours une position où on essaie de prendre un peu de hauteur. Simplement, c'est un mauvais texte. Ça n'est certainement pas un texte de fraternité. Je pense que la fraternité, c'est soigner, c'est accompagner, c'est soulager la souffrance, c'est tendre la main et n'en pas donner la mort. Je pense que ce texte-là, malheureusement, et on l'a vu de façon spectaculaire, je l'ai toujours dit, les textes sociétaux obéissent à une grande loi. Vous entrebâillez la porte, elle finit grande ouverte.
Les députés, en moins de 5 jours, ont fait ce que le Canada a mis 8 ans à faire, ce que la Belgique a mis 22 ans à faire.
C'était une commission spéciale, ils vont redébattre.
Bien sûr, mais on pose un cadre, on essaie de dire qu'il y aura des critères, etc. Et puis tous les cadres sautent les uns après les autres. Là, l'euthanasie devait être l'exception, elle devient un choix. L'euthanasie n'est pas un soin, elle entre dans le code de la santé publique. Ça devait être une phase terminale avec un diagnostic à court et moyen terme. s'est effacée au profit d'un point, d'une expression qui ferait rentrer beaucoup, beaucoup de maladies chroniques. Donc on va dans une société terriblement individualiste où il sera plus facile de demander la mort que de demander des soins.
Parce qu'aujourd'hui, la Cour des comptes nous le dit, la moitié des Français qui vont mourir, qui auraient besoin d'être soulagés dans leur souffrance, n'ont pas accès aux soins palliatifs. Il faudra quand même une loi pour ceux qui ne sont pas concernés par la loi Kles-Leonetti. Mais ils le sont.
La Corée de Huntington, la maladie de Charcot.
Mais non, j'ai beaucoup de contacts avec des médecins. La plupart me disent qu'il peut y avoir d'abord, il y a des solutions neurologiques qui s'attaquent aux causes de la douleur. Et puis il y a des sédations, pas la sédation nécessairement continue jusqu'à la fin, mais des sédations proportionnées, nocturnes, temporaires.
Eh bien, vous viendrez nous en reparler au moment du Sénat. Bonne journée, Bruno Retailleau. Merci beaucoup.
Merci beaucoup, Christophe Barbion. On vous retrouvera demain matin, 7h45. Votre invité sera Benjamin Haddad, député Renaissance de Paris.
Bruno Retailleau