2027 : François Ruffin a-t-il une chance ?
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« Le meeting de Ruffin se déroulait à Lyon et il a réuni un peu plus de 2000 personnes. »
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« Jordan Bardella avait été un assistant parlementaire fantôme au Parlement européen. »
- 5:06Invité politiqueChiffre
« Les métiers concernés étant entre autres tous les métiers du lien et du soin, les métiers ouvriers qualifiés et non qualifiés, les métiers de livraison, d'entretien, d'encaissement. Le tout concernant selon sa directrice de campagne Sophie Yetpoliant, environ 1,4 million de personnes. »
- 6:19Invité politiquePromesse
« Prime défiscalisée de 1000 € pour les salariés à son arrivée à l'Élysée. »
- 6:52Invité politiquePromesse
« Organiser des états généraux de la fiscalité pour remettre à plat la redistribution de l'impôt en France. »
- 6:52Invité politiquePromesse
« Mettre en place une clause broyeur payeur pour contraindre les entreprises à payer une grosse somme en cas d'accident du travail. »
Temps de parole
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Bon, alors il en est où François Ruffin ? Samedi après-midi, François Ruffin, député de la Somme, président du parti de gauche debout et candidat à l'élection présidentielle de 2027 a réalisé à Lyon son premier grand meeting de campagne. Je dis premier grand meeting parce qu'en réalité, ça fait un an que François Ruffin enchaîne les meetings et les réunions publiques en plus petit comités, mais là c'était le meeting de lancement de campagne, la démonstration de force. Et du coup, pour que vous ayez pas besoin de le faire, je me suis fait le meeting, les 2 heures de meeting, en prenant plein de notes pour vous en faire une vidéo.
Résultat, ça fait 3 jours que j'ai sa chanson de campagne dans la tête. Ce truc est horriblement efficace, je n'arrive pas à le sortir de mon cerveau. Enfin bref, dans cette analyse politique, on analyse le récit politique de François Ruffin, son idéologie, sa stratégie électorale et on se demande si tout ça a une chance de marcher à la présidentielle.
[musique] [musique] [musique]
Bon déjà, parlons un peu statistique. Le meeting de Ruffin se déroulait à Lyon et il a réuni un peu plus de 2000 personnes. J'aurais eu tendance à dire que pour Lyon, c'est pas un chiffre forcément ouf, mais dans la mesure où Rufin l'a revendiqué comme plutôt satisfaisant sur ses réseaux sociaux, j'imagine que c'était pas mal. En tout cas, sur les images, la place avait l'air remplie et ça c'est important pour créer une dynamique. Si les caméras avaient filmé une place à moitié vide, ça l'aurait pas trop fait.
Ensuite, Ruffin a visiblement musclé son jeu déjà parce qu'il était assez à l'aise dans l'exercice, en tout cas plus qu'avant, et aussi parce qu'il a abordé des sujets sur lesquels il se savait attendu et critiqué. Il a parlé de féminisme, il a parlé d'antiracisme, il a glissé un sous-entendu sur les violences policières, il a parlé de Gaza et de génocide. Dans la foule, il y avait aussi un drapeau LGBT plus et un drapeau palestinien qui était bizarrement placé juste à côté de la tribune, histoire qu'on les voit bien. C'est bien hein d'avoir montré qu'il était pas complètement mué sur ces sujets-là. Ça lui est souvent reproché.
Et justement, ça donnait un petit peu un côté rassurez-vous, je suis de gauche. Pour ce qui est de ses adversaires, il a tiré une balle sur LFI en ne comprenant pas ou en faisant semblant de ne pas comprendre le concept de Nouvelle-France, sous-entendant que c'était divisé les Français entre Nouvelle-France et Vieille France. C'est dommage parce que s'il avait fait un effort, le concept de Nouvelle-Fance, il aurait pu se l'approprier parce qu'après tout, les personnes précaires travailleures et travailleuses qu'il entend défendre, c'est la Nouvelle-France aussi. Mais bon, je suppose que c'était risqué de tenter de piquer un concept à Mélenchon.
Mais bon, à ce compte là, il aurait aussi pu ne pas en parler et esquiver le sujet. D'autant plus que j'ai bien senti que dans le public, au moment où il l'a abordé, ça a pas trop applaudi. Il a aussi eu des balles pour le Parti socialiste dont il a critiqué les tambouilles de parties permanentes, mais aussi le retour des vieux éléphants néolibéraux comme François Hollande et bien sûr Raphaël Gluxman. Mais il a quand même surtout critiqué le RN et Jordan Bardella. Il a rappelé que le RN a été fondé par des anciens SS, que Bardella actuellement mange dans la main des grands intérêts financiers français pour essayer de se vendre comme le chouchou du système médiatique et économique.
Et il a bien insisté sur le fait que Jordan Bardella avait été un assistant parlementaire fantôme au Parlement européen, ce qui fait toujours plaisir à entendre. Pour ce qui est du récit politique de François Ruffin, il ne vous surprendra pas parce que c'est celui sur lequel François Ruffin axe toutes ses campagnes politiques depuis qu'il est en politique, le travail. Il a parlé de travail pendant tout le meeting et s'est même mis en scène comme un candidat passant un entretien d'embauche avec des travailleurs et des travailleuses qui lui posaient des questions.
Ces recruteurs étaient désignés par leur profession et même sur le site officiel de Debout, si vous voulez rejoindre les de boutistes, vous devez d'abord indiquer votre métier et vous pouvez indiquer que vous êtes sans emploi. Bruffin articule tout autour de la question du travail et il a ce truc pas idiot de politiser à chaque réunion publique l'organisation de la réunion publique en question en faisant applaudir les petites mains, les bénévoles dont il donnent les noms et en rappelant que même le verre d'eau qu'il boit entre deux prises de parole a nécessité du travail.
Et en fait, à chaque fois qu'il a abordé un sujet lié aux luttes sociales récentes, il les a toujours relié à la question du travail. Quand il a parlé d'écologie, c'était pour le relier aux emplois que créé une planification écologique étatique, par exemple avec la rénovation des passoirs thermiques ou encore avec l'installation d'infrastructures énergétiques renouvelables. Quand il a parlé d'antiracisme et de féminisme, c'était pour le relier au métiers du lien pour lesquels il a rappelé que les femmes et les personnes issues d'une immigration récente y sont surreprésentées, ce qui est pertinent.
Limite ici son angle mort c'est de pas avoir parlé du travail domestique parce que la répartition des tâches dans le couple où les femmes en font en général plus que les hommes, c'est aussi une question féministe et aussi que du coup Ruffin a toujours eu un côté fétichisation du travail qui masque le fait que pour beaucoup de gens on n'aime pas particulièrement travailler. C'est juste qu'on vit dans un monde où tu as rarement d'autres choix que de travailler pour vivre. Mais c'est aussi vrai que comme la plupart des gens travaillent où ont travaillé, c'est pas idiot d'accès sa campagne sur le fait de créer de meilleures conditions de travail et de mieux rémunérer le travail.
Et c'est donc pas pour rien que l'axe principal du programme de François Ruffin, le premier à avoir été détaillé avec toute une batterie de mesure pour l'instant, c'est la création d'un statut spécial pour les travailleurs et travailleuses essentiels avec une garantie d'un droit à la retraite anticipée, un plan de formation nationale, un droit à se former en maintenant intégralement son salaire, un droit à la formation professionnelle et bien sûr un relèvement généralisé des salaires notamment via un SMIC remonté à 1700 €.
Les métiers concernés étant entre autres tous les métiers du lien et du soin, les métiers ouvriers qualifiés et non qualifiés, les métiers de livraison, d'entretien, d'encaissement. Le tout concernant selon sa directrice de campagne Sophie Yetpoliant, environ 1,4 million de personnes. Et c'est donc assez astucieusement que François Ruffin a recycler un terme peu utilisé en France pour qualifier son idéologie politique, le travaillisme. Alors, le travaillisme, c'est une idéologie, une doctrine politique encrée à gauche et dont l'objectif est de créer de meilleures conditions de vie et de travail pour les personnes qui travaillent.
Et ça a l'avantage pour Rufin de pas être ultra situé politiquement à gauche. Les partis travaillistes dans le monde ont pu être successivement marxistes ou non marxistes, révolutionnaire ou réformistes, socialistes ou socio-démocrates. Et aujourd'hui, les partis travaillistes qui existent dans le monde se situent sur le même axe que les partis qui se revendiquent socio-démocrates, c'est-à-dire entre le centre droit et la gauche.
Et ça correspond à ses bien à Ruffin qui tout populiste de gauche qu'il soit reste plus antilibéral que fondamentalement anticapitaliste, même s'il parle du capitalisme dans son meeting et même s'il est conscient que l'application de son programme créerait un rapport de force avec le capital, que ce soit le capitale français qui a acquis beaucoup de privilèges sous Macron et ne veut pas les perdre ou le capital international qui risquerait de voir d'un mauvais œil le retour à des politiques protectionnistes et souverainistes.
Et tout comme Mélenchon, Ruffin affirme qu'en cas d'arrivé au pouvoir, il ne pourra pas gouverner et appliquer son programme s'il n'y a pas une grosse mobilisation sociale derrière lui pour la pression au gouvernement. Ça se traduit tout de même par un certain nombre de mesures, notamment souverainistes en matière économique.
Taxe aux frontières, barrière douanière et quotas d'importation sur une centaine de produits stratégiques, commande massive par les services publics et autres organismes publics de matériel français pour relancer l'industrie, sans compter l'augmentation du SMIC, l'indexation des salaires sur les prix, mais aussi la taxation des héritages et des gros dividendes, mais aussi une mesure bien populiste avec une prime défiscalisée de 1000 € pour les salariés à son arrivée à l'Élysée, présentée comme mesure d'urgence pour le pouvoir d'achat.
Il a aussi parlé d'organiser des états généraux de la fiscalité pour remettre à plat la redistribution de l'impôt en France, ce qui est un petit peu flou, même s'il a été assez clair jusque-là dans les paroles et dans les actes sur l'imposition plus importante des foyers les plus riches, de mettre en place une clause broyeur payeur pour contraindre les entreprises à payer une grosse somme en cas d'accident du travail. Et bien sûr, il reprend, comme tout le reste de la gauche désormais la mise en place d'un référendum d'initiative citoyenne sans oublier le petit bonbon, la fermeture de CS. Il y a aussi des angles morts dans son meeting. Par exemple, il a assez peu parlé de démocratie.
On sait pas trop ce qu'il pense en matière de démocratie au travail ou de démocratie dans les institutions. Est-ce que Ruffin est pour la 6e République ? Est-ce que Ruffin défend la participation des salariés au conseil d'administration des entreprises ? On sait pas. Mais au-delà de ces promesses de campagne qui s'inscrivent comme pour tout le reste de la gauche électoraliste quelque part entre la social-démocratie et le socialisme démocratique, ce qu'il propose n'est pas particulièrement différent de ce que proposent aussi les socialistes, les écologistes et bien sûr les insoumis.
Donc finalement, qu'est-ce qui différencie un François Ruffin d'une marine Tondelier, d'une clémentine ou d'un Olivier Fort ? Après tout, comme dirait l'autre, c'est juste une noisette de plus.
Et bah au risque de vous surprendre peut-être pas parce que justement aujourd'hui la stratégie électorale de toute une partie de la gauche au sens large hein de tous ceux qui se revendiquent de gauche donc ça inclut Hollande, Gluxman mais aussi Fort Autin ou encore Tondelier c'est de mobiliser surtout l'électorat de gauche existant grâce à un vote barrage antimélenchon au premier tour puis de mobiliser l'électorat de centre droit grâce à un vote barrage antibardella au second tour et c'est une stratégie de merde. C'est probablement le meilleur moyen de faire gagner Bardella en 2027. C'est la stratégie qui a fait perdre Camala Haris aux États-Unis contre Trump.
C'est la stratégie qui a fait perdre les péronistes contre Miley en Argentine deux fois. C'est une stratégie qui ne fonctionne pas ou en tout cas qui ne fonctionne plus parce qu'elle ne suscite pas d'adhésion, parce que l'extrême droite est très puissante médiatiquement et numériquement et aussi parce qu'il y a une lassitude vis-à-vis des discours modérés. Non seulement c'est une stratégie perdante sur le court terme pour 2027, mais c'est aussi une stratégie perdante sur le long terme.
Parce que même si un candidat ou une candidate de gauche réussissait à l'emporter grâce à ça en 2027, il serait obligé de der avec la droite pendant 5 ans pour pouvoir gouverner et l'extrême droite en sortirait encore plus renforcé en 2032. Et Rufin semble être l'un des seuls à gauche à avoir compris quelle est la bonne stratégie à adopter pour 2027. L'autre étant Mélenchon. Cette stratégie est simple, c'est la campagne de terrain et de proximité.
L'idée c'est d'envoyer des milliers de militants et de militantes pour aller partout en France faire du phing, du tractage, du porte-porte, des réunions publiques, bref, aller parler aux gens en vrai, écouter leurs inquiétudes et proposer des débouchés à leur revendication en ciblant particulièrement les abstentionnistes. Non seulement cette strate est la seule qui est montrée une vraie efficacité face à la stratégie de l'extrême droite qui consiste à saturer l'espace médiatique et numérique de leur propagande, mais c'est aussi la seule qui permet de faire augmenter le socle de la gauche au premier tour de la présidentielle.
La différence entre Mélenchon et Rufin, c'est simplement qu'il ne visent pas les mêmes abstentionnistes. Mélenchon cible les abstentionnistes des quartiers populaires urbains, précaire, souvent jeune, souvent issu d'une immigration récente, mais aussi victime de racisme, de violences policières et de mauvaises conditions de vie et de travail. Tandis que Rufin visent les abstentionnistes des villes moyennes et des zones rurales et périurbaines. Souvent plus âgé, plus blancs aussi, mais tout autant victime de mauvaises conditions de vie et de travail. des gens qui ne votent pas ou qui ne votent plus mais qui de fait ne votent toujours pas pour le Rassemblement national.
Même si j'imagine que son objectif c'est aussi d'essayer d'aller piquer des voix au RN en parlant à ses électeurs de leurs conditions de travail. Et attention hein, je vous vois venir, je suis pas en train de dire que Ruffin est super. Je suis juste en train de dire que sa stratégie électorale peut être pertinente. Ça ne vaut pas adhésion. Bon après, il y a toujours une inconnue hein, c'est que la campagne de terrain et de proximité, ça fonctionne quant à les effectifs militants et les moyens de la mettre en place. La France insoumise a les effectifs et les moyens de mettre en place ce genre de campagne. Est-ce que Rufin les a ? Et ben on va voir sur ce moi je vous laisse. À la prochaine.
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