Un manque de visibilité pour les personnes handicapées ? - INTERVIEW POLITIQUE - DAMIEN ABAD
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 25 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:01OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a des tabous en France ? Est-ce que la question du handicap est un sujet de tabous ?
- 1:48OuverteRéponse directe
Vous vous aviez poussé un coup de gueule en 2019 sur l'accessibilité, notamment du métro, des transports. Est-ce que les choses ont évolué ?
- 1:56RelanceRéponse directe
Est-ce que vous, qui êtes de droite, qui défendez le libéralisme économique, les entreprises, vous comprenez que pour des entreprises, ce soit compliqué de se mettre aux normes lorsqu'on est, par exemple, profession libérale ?
- 3:46OuverteRéponse directe
Et pour faire changer les mentalités, selon vous, faut-il normaliser le regard sur les personnes handicapées ? Ou faut-il, au contraire, promouvoir, privilégier, peut-être même imposer des quotas ?
- 3:58OuverteRéponse directe
Par exemple, quand la gauche parle beaucoup de reconnaissance, de privilèges, est-ce que vous, c'est quelque chose qui vous parle ?
- 5:39RelanceRéponse directe
Pourquoi est-ce que c'est quelque chose qui crispe beaucoup la droite, la question des privilèges ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:00Locuteur 3Fait
« Ce n'est pas normal qu'il y ait encore des enfants handicapés qui ne sont pas scolarisés en France. »
- 0:04Locuteur 3Fait
« C'est un scandale d'État absolu. »
- 0:08Locuteur 3Fait
« Ce n'est pas normal qu'on se retrouve encore avec des personnes handicapées qui sont exclues parfois de certains emplois. »
- 1:30Locuteur 3Fait
« le gouvernement a réduit l'allocation adulte handicapé lorsqu'une personne handicapée vit en couple. »
- 2:25Locuteur 3Chiffre
« on a 3% des stations de métro qui sont aujourd'hui accessibles »
- 5:16Locuteur 3Fait
« Moi, je suis aujourd'hui le seul député en situation de handicap à l'Assemblée nationale. »
- 7:21Locuteur 3Fait
« Une personne en situation de handicap, elle a moins de chances qu'une personne valide de trouver un travail. »
- 7:29Locuteur 3Fait
« c'est financé par ce qu'on appelle la GFIP, qui est un fonds qui est payé justement par les entreprises, qui ne respecte pas l'obligation légale d'embauche des personnes handicapées. »
- 9:51Locuteur 3Fait
« La loi contre séparatisme, elle vise à lutter notamment contre l'islamisme radical. »
- 13:15Locuteur 3Chiffre
« J'ai gagné avec 78% des voix »
- 13:35Locuteur 3Promesse
« Mme Le Pen ne sera pas élue présidente le temps prochain. C'est une certitude. »
- 15:02Locuteur 3Fait
« Je considère qu'il y a une écologie dogmatique de la sanction qui est incarnée par une certaine frange des verts. »
- 17:23Locuteur 3Fait
« la lutte contre le changement climatique elle ne bougera pas dans Iota. »
Temps de parole
- Locuteur 367 %
- Locuteur 431 %
≈ 2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Ce n'est pas normal qu'il y ait encore des enfants handicapés qui ne sont pas scolarisés en France. C'est un scandale d'État absolu. Ce n'est pas normal qu'on se retrouve encore avec des personnes handicapées qui sont exclues parfois de certains emplois.
Attends, pause. C'est quoi le Créomédia ? On est une équipe qui vous propose du contenu vidéo respectant trois piliers. Le débat, l'ouverture d'esprit et la pluralité des opinions. Notre but, faire réfléchir et permettre la libre circulation des idées. Bonne vidéo.
Je ne vais pas mal, mais rassurez-vous, Un jour, je ne manquerai pas de mourir.
Monsieur Abad, bonjour. Bonjour. On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle interview politique pour Le Crayon. Nous sommes à l'Assemblée nationale, puisque vous êtes député de l'Ain et président du groupe parlementaire Les Républicains. J'aimerais parler aujourd'hui de handicap, de votre travail parlementaire, sur les sujets de laïcité et les sujets de bioéthique, et puis de la droite. Avec une première question, peut-être, pour commencer. Est-ce qu'il y a des tabous en France ? Est-ce que la question du handicap est un sujet de tabous ?
Bonjour. Merci beaucoup pour votre invitation. Bienvenue ici à l'Assemblée nationale. Oui, bien sûr qu'il y a encore des tabous. Bien sûr qu'encore toutes les mentalités n'ont pas évolué. Et bien sûr que le handicap, malheureusement, n'est pas encore au-devant de la société française. Et au-devant aussi des responsables politiques. Et je voulais prendre un exemple très concret. Il y a encore quelques semaines, on avait un débat à l'Assemblée nationale sur la question de l'allocation adulte handicapé. Puisque vous savez qu'aujourd'hui, le gouvernement a réduit l'allocation adulte handicapé lorsqu'une personne handicapée vit en couple.
Ça veut dire qu'en gros, vous créez une situation de dépendance financière et affective à l'égard d'une personne valide. Donc, vous voyez le travail et le boulot qu'on a à faire. Et oui, il y a encore malheureusement des sujets tabous.
Vous vous aviez poussé un coup de gueule en 2019 sur l'accessibilité, notamment du métro, des transports. Est-ce que les choses ont évolué ? Est-ce qu'en même temps, vous qui êtes de droite, qui défendez le libéralisme économique, les entreprises, vous comprenez que pour des entreprises, ce soit compliqué de se mettre aux normes lorsqu'on est, par exemple, profession libérale ? Je pense à quelqu'un de ma famille qui est chirurgien dentiste et à qui on impose de mettre aux normes son cabinet pour quelqu'un qui ne reçoit pas forcément souvent des personnes en fauteuil. Comment est-ce qu'on tranche sur ces questions-là ?
Bon, d'abord, je l'avais poussé un coup de gueule, effectivement, puisqu'on a 3% des stations de métro qui sont aujourd'hui accessibles, ce qui est un scandale absolu. Je rappelle que la RATP, c'est quand même une entreprise publique qui a des responsabilités, il y a des engagements à tenir et que sur l'accessibilité, on n'y est pas. Je sais bien que c'est difficile. Je suis dans un département en l'un qui est un département rural dans lequel vous avez des mairies, des cabinets médicaux, des commerces pour qui rendre accessible, ça coûte cher. Mais on n'a pas le choix. Et ça concerne tout le monde.
Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que l'accessibilité, ça ne concerne pas simplement les personnes handicapées, ça concerne tout le monde. Ça concerne le jeune qui s'est fait mal au foot le dimanche, ça concerne la maman qui est enceinte, ça concerne le couple qui a une poussette, ça concerne la personne âgée qui a des difficultés de déplacement. Et donc, c'est ça qu'il faut changer aujourd'hui. C'est d'ailleurs de faire de l'accessibilité et du handicap une opportunité et non pas un fardeau. Et donc, pour cela, il faut encourager le mouvement. Et moi, je souhaite que les entreprises s'engagent. Et d'ailleurs, ceux qui s'engagent aujourd'hui, ils en tirent des bénéfices.
Parce que la réalité, c'est qu'un commerce aujourd'hui qui n'est pas adapté aux personnes handicapées, c'est un commerce qui perd une partie de sa clientèle. Un cabinet dentaire qui n'est pas adapté aujourd'hui perdra une clientèle demain. Donc, il faut qu'on arrive à faire évoluer les mentalités, à faire changer les choses et surtout à comprendre que l'accessibilité, ce n'est pas une option. Ce n'est pas une option. C'est un devoir et c'est une responsabilité de chacune et de chacun. Et tout le monde doit s'y mettre. Les entreprises comme les pouvoirs publics.
Et pour faire changer les mentalités, selon vous, faut-il normaliser le regard sur les personnes handicapées ? Ou faut-il, au contraire, promouvoir, privilégier, peut-être même imposer des quotas ? Êtes-vous partisan plutôt du fait de ne pas voir le handicap ou, au contraire, de le mettre en avant ?
Non, il faut à la fois ne pas s'enfermer dans le handicap, mais en même temps, lui donner une visibilité. Vous savez, aujourd'hui, il y a beaucoup de personnes handicapées qui se sentent invisibles, invisibles à l'égard de la société parce qu'elles ont le sentiment de ne pas être considérées. Et donc, la première des choses, c'est déjà la considération et le respect. La personne handicapée, elle n'attend ni la pitié ni la compassion. Elle attend simplement de pouvoir vivre comme les autres, de pouvoir travailler comme les autres, de pouvoir avoir une vie sociale comme les autres, de pouvoir être éduquée comme les autres.
Et ce sont ça, les enjeux, aujourd'hui, qu'on doit porter dans la société française. Et aujourd'hui, ne le conteniez pas. Ce n'est pas normal que vous ayez encore des enfants handicapés qui ne sont pas scolarisés en France. C'est un scandale d'État absolu. Ce n'est pas normal qu'encore, on se retrouve avec des personnes handicapées qui sont exclues parfois de certains emplois. Donc, il y a des choses à faire. Alors, les quotas, ça a un avantage, ça a un mérite, c'est que ça lance un mouvement. Après, le quota, il ne peut pas être définitif. Mais moi, je ne suis pas défavorable dans certains cas parce que c'est ce qui permet de lancer un mouvement.
Bon, vous connaissez aujourd'hui un journaliste télé qui est en situation de handicap ?
Il y avait quelqu'un qui tweetait beaucoup sur le football mais qui est mort d'ailleurs récemment. Il n'est pas effectivement employé.
Un grand acteur de cinéma ? Un grand producteur ? La vérité, c'est qu'il y en a très peu. Alors que nous sommes 6 millions. Et donc, c'est ça aujourd'hui qu'il faut changer. Même en politique. Moi, je suis aujourd'hui le seul député en situation de handicap à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas normal. Et donc, c'est ça qu'il faut changer et qu'il faut faire évoluer. Donc, s'il faut passer dans un premier temps par des quotas, pourquoi pas pour faire bouger les choses ?
Par exemple, quand la gauche parle beaucoup de reconnaissance, de privilèges, est-ce que vous, c'est quelque chose qui vous parle ? On parle beaucoup de validisme, faire prendre conscience aux personnes qui sont valides que justement, il y a des questions d'accessibilité. Pourquoi est-ce que c'est quelque chose qui crispe beaucoup la droite, la question des privilèges ?
Non, mais ce n'est pas une question qui crispe la droite. La réalité aussi, c'est qu'il faut pouvoir accompagner les personnes handicapées. Ce n'est pas des privilèges. C'est simplement les accompagner dans la vie de tous les jours et avoir un soutien financier, un soutien moral, un suivi qui soit plus important, plus adapté. Quand, par exemple, vous êtes en recherche d'emploi, moi, j'estime que c'est normal qu'une personne handicapée, elle ait un parcours personnalisé plus adapté, qu'elle ait un accompagnement qui soit plus fort. Ce n'est pas un privilège. C'est redonner l'égalité des chances à tous. L'enjeu pour nous à droite, c'est l'égalité des chances.
Et l'égalité des chances, ce n'est pas l'égalitarisme. L'égalitarisme, c'est considérer que tout le monde doit gagner pareil au même moment partout. Ça, ça n'existe pas. L'égalité des chances, c'est de dire à chacun « Vous allez pouvoir tous réussir. Vous n'aurez pas tous le même salaire, vous aurez tous la même possibilité d'avoir le même salaire. » C'est ça la différence entre la droite et la gauche.
Mais du coup, quand, par exemple, des personnes qui se revendiquent de l'antiracisme ou du décolonialisme vont parler de la question des femmes noires, par exemple, qui subissent plus de discrimination que des femmes blanches, qui subissent plus de discrimination que des hommes blancs. Est-ce que vous, vous considérez qu'il y a des échelles entre des personnes qui sont en situation de handicap versus une femme musulmane voilée qui aura des difficultés à avoir un emploi ? Comment on se positionne comme ça ? C'est quoi votre rapport à ces questions-là ?
Bien sûr qu'il y a des discriminations qui sont plus fortes en fonction de la couleur de la peau, en fonction de la situation du handicap, en fonction de plein de choses. Et comment on classe ça, alors ? Est-ce qu'on doit classer ? Non, mais je ne pense pas que ce soit de classer. C'est de corriger cela. Aujourd'hui, il faut être clair. Prenons l'exemple du handicap, puisqu'on est là-dessus. Une personne en situation de handicap, elle a moins de chances qu'une personne valide de trouver un travail. Alors même que ça coûte moins cher à l'employeur. Et que l'employeur, parfois, ne le sait pas.
Par exemple, s'il faut adapter un siège, s'il faut faire des travaux, etc., c'est financé par ce qu'on appelle la GFIP, qui est un fonds qui est payé justement par les entreprises, qui ne respecte pas l'obligation légale d'embauche des personnes handicapées. Et donc, c'est ça qu'il faut expliquer. Mais aujourd'hui, il faut être clair. Quand vous recevez deux CV, un employeur, aujourd'hui, il privilégiera encore, malheureusement, souvent la personne valide et au détriment de la personne handicapée. C'est ça qu'il faut changer.
Petite question, effectivement, sur ces sujets-là. Est-ce que la langue qui décrit les choses, qui façonne notre représentation du monde, vous considérez qu'elle influe, que les euphémismes qu'on utilise aujourd'hui, par exemple, en disant personne en situation de handicap ou personne handicapée plutôt qu'handicapée, c'est une évolution positive ?
Moi, je savais, ça ne me pose pas de problème qu'on dise personne handicapée ou handicapée. Je pense que, voilà, je peux comprendre que ça puisse se heurter certains. Et donc, c'est toujours mieux d'utiliser quelque chose qui rassemble tout le monde, donc personne en situation de handicap ou personne handicapée. Mais ce n'est pas ça qui fait changer le fond des choses. La réalité, ce n'est pas parce qu'on va changer les mots qu'on va changer la vie concrète des personnes handicapées. Moi, j'attends autre chose que ça. J'attends une prise de conscience majeure. J'attends que le handicap soit une priorité politique majeure.
Je dis même souvent, le jour où on aura gagné, c'est le jour où il n'y aura plus de secrétariat de ministère des personnes handicapées parce qu'on aura compris que le handicap irrigue l'ensemble de la société et que quand on fait une loi sur l'école, une loi sur le climat, une loi sur l'environnement, une loi sur le social, eh bien, on a ce réflexe handicap. C'est la première chose que j'ai faite quand je suis arrivé ici à l'Assemblée nationale en 2012.
La première chose que j'ai faite, c'est d'inscrire un volet handicap dans chaque loi pour qu'on ait ce réflexe handicap, pas simplement quand on fait une loi pour les personnes handicapées tous les 10 ans, mais qu'à chaque fois qu'on fait une loi, on est ce réflexe handicap et qu'on n'exclut pas les personnes handicapées des personnes valides.
Donc, pour revenir un peu sur le travail parlementaire actuel, vous êtes notamment engagé sur la question aussi de la loi qu'on appelle séparatisme aujourd'hui pour conforter les principes républicains. Elle est beaucoup décriée par la gauche comme stigmatisant les personnes musulmanes, les musulmans.
J'ai un peu l'impression, avec les polémiques qu'on a encore eues récemment sur une assesseuse qui porte le foulard, qu'on est complètement obsédé par les musulmans et qu'en fait, on n'arrive pas à tout simplement faire comme on le fait ou on devrait le faire avec les personnes handicapées, c'est-à-dire les voir comme des êtres humains, les intégrer dans la société sans être obsédés par leurs pratiques ou tout simplement par leurs êtres. Comment vous réagissez à ça ?
D'abord, la loi contre séparatisme, ce n'est pas une loi contre les musulmans. Il faut être très clair là-dessus. La loi contre séparatisme, elle vise à lutter notamment contre l'islamisme radical. Et moi, je ne fais pas la confusion entre les deux, contrairement au Rassemblement National. Et c'est pour ça que, ni de près, ni de loin, jamais je soutiendrai les idées du Front National. Parce que le Front National, il considère par exemple que quand un élu va rendre visite dans une mosquée, il considère que c'est mal parce qu'il considère qu'un musulman est un terroriste potentiel. Ce n'est pas ma conception des choses et ce n'est pas ma vision de la société française.
Mais la réalité aussi qu'il faut dire, c'est que quand il y a une dérive, quand il y a un islamisme radical, il faut être intransigeant. Il faut se donner les moyens politiques d'agir face à cela. Et d'ailleurs, la communauté musulmane a besoin aussi de ça. Mais que par contre, moi, je comprends tout à fait et je n'ai aucune difficulté à ce qu'on puisse avoir des différences entre nous, y compris vestimentaires. Il n'y a pas de difficulté là-dessus. Et c'est pour ça d'ailleurs que je ne suis pas de ceux qui pensent que le voile et la question du port du voile est l'alpha et l'oméga de la politique d'intégration en France.
Je considère simplement qu'on a le respect des institutions, le respect de la République française et que quand on bafousse là, qu'on soit musulman, français ou peu importe, la réalité, c'est qu'on est sanctionné. Et donc, ça, c'est une grande différence. Mais vous avez raison. Je trouve qu'aujourd'hui, il y a une stigmatisation excessive dans le débat actuel politique.
Et j'estime aussi qu'il y a beaucoup de confusion, beaucoup d'amalgame et que finalement, à la fin des fins, eh bien, on n'arrive pas à ses objectifs politiques finales, c'est-à-dire à lutter de manière absolue, forte et intransigeante contre l'islamisme radical, qui est un fléau, et dans le même temps, permettre l'intégration de toutes celles et tous ceux qui veulent s'intégrer dans la société française.
Du coup, la droite, la droite qui n'est pas la droite du Rassemblement national, la droite qui n'est pas l'extrême droite, quelle est aujourd'hui sa force et sa chance ? Est-ce qu'elle est morte comme la gauche ? Au contraire, est-ce qu'elle renaît ? Est-ce qu'elle n'est pas du tout morte et qu'elle existe de manière persistante ?
Elle n'a jamais été aussi vivace dans les idées. Le grand paradoxe aujourd'hui, c'est quoi ? C'est que la France n'a jamais été aussi à droite et nous, aussi éloignée du pouvoir.
Mais justement, est-ce que ce n'est pas à droite comme plutôt du côté de l'extrême droite ?
Non, non, je ne crois pas à ça. Je ne crois pas à ça. Les gens, ils n'ont pas envie d'une guerre civile. On n'est pas là-dedans.
L'extrême droite, c'est la guerre civile.
Mais l'extrême droite, quand vous faites une confusion entre le musulman et le terroriste islamiste, je suis désolé, ce sont les ingrédients, en tout cas des tensions dans la société française et des fractures dans la société française. C'est pour ça que nous devons combattre. Mais nous devons combattre sans, et c'est là où je reproche à la gauche, sans angélisme. Il faut regarder la réalité en face. Il y a des choses qui se passent aujourd'hui. Il y a des violences qui se passent. Il y a une réalité qui est celle-là. Et celle-là, il ne faut pas la nier. Il ne faut pas la renier.
Parce que si on la nia et la renie, c'est comme ça qu'on antagonise les positions et c'est comme ça qu'on radicalise la société française. Donc moi, je suis de ceux qui pensent aujourd'hui qu'on a des actions à mener, une politique d'intégration à avoir, une politique d'immigration, si on discutait, si vous voulez, à avoir. Mais je trouve qu'on prend mal ce débat. Et que ce débat-là, il mérite beaucoup plus de profondeur et d'analyse et de point de vue que ce que l'on a aujourd'hui où on jette des anathèmes, où on bipolarise un peu et on fracture la société française.
Est-ce que typiquement, la peur du Rassemblement national et de l'extrême droite est vivace aussi chez les partisans, les adhérents des Républicains, ceux qui les soutiennent ? Je pense à Renaud Muselier dans la région PACA. Est-ce que les gens ont soutenu Renaud Muselier, par exemple, parce qu'ils avaient peur du Rassemblement national ou au contraire, est-ce que vous pensez qu'on adhère aux idées des Républicains du coup ?
Moi, je pense qu'il ne faut pas avoir peur du Rassemblement national. Moi, je l'ai combattu dans mon canton. J'ai gagné avec 78% des voix et je ne leur ai fait aucun cadeau. Parce que la réalité, c'est qu'il faut bien montrer aux gens que le Rassemblement national, il ne résoudra aucun problème. Il vit des problèmes des Français. Donc, ils n'apportent pas de solution. D'ailleurs, Mme Le Pen est incapable de sortir la moindre solution. Et puis, la deuxième chose que je pense que les électeurs du Rassemblement national ont compris, c'est que Mme Le Pen ne sera pas élue présidente le temps prochain. C'est une certitude.
Et que donc, en fait, voter pour elle, c'est la meilleure assurance vie pour faire réélire Emmanuel Macron. Et je pense qu'ils sont en train de le comprendre. Et que donc, le vote du Rassemblement national n'est plus un vote anti-système, c'est un vote d'impasse politique. C'est un vote d'échec politique. Et que donc, c'est à nous de démontrer aujourd'hui et c'est à nous d'expliquer à tout le monde qu'elle doit être la droite. Et la droite, elle doit assumer ses convictions. Elle n'a pas besoin de courir après le Rassemblement national, ni d'ailleurs après la République en marche. Elle doit être elle-même.
Porter des convictions sur l'autorité, sur les sujets qu'on a parlé, sur la question de l'égalité des chances, sur les solidarités, sur l'ascenseur social, sur le mérite, sur le travail, sur l'effort, sur tous ces sujets qui irriguent la société française, qui sont nos valeurs, qui sont nos convictions et qui sont largement partagées par les Français.
Dernier sujet, parlons un peu d'écologie et d'économie, puisque vous êtes engagé sur ces sujets-là. Mais en même temps, je vous ai entendu parler, sur France Inter, d'une écologie de gauche et d'une écologie de droite. Vous disiez l'écologie de droite, c'est une écologie qui n'oppose pas la nature et l'homme versus une écologie de gauche. Est-ce que vous avez l'impression qu'aujourd'hui, alors qu'on a une inertie du climat qui fait qu'on a une situation, même si on arrête de polluer aujourd'hui d'émettre des gaz à effet de serre, on aura encore dans 20, 30 ou 50 ans les effets de ce qu'on a émis aujourd'hui.
Et est-ce qu'on peut vraiment se permettre de parler d'écologie de droite et de gauche alors qu'on est dans une urgence carbone ?
Je ne considère pas qu'il y a une écologie de droite et une écologie de gauche. Je considère qu'il y a une écologie dogmatique de la sanction qui est incarnée par une certaine frange des verts. Et je considère qu'à côté de ça, on doit apporter une écologie, nous, de l'innovation et de la responsabilité. Et c'est ça la grande différence. Et moi, je considère que l'écologie est trop importante pour la laisser à un seul parti politique. L'écologie, elle doit concerner tout le monde. Au jour d'aujourd'hui, les jeunes, quand ils nous écoutent, ils ont le sentiment que s'ils veulent faire un vote écologique, il faut forcément qu'ils votent vert.
Et moi, ce que je veux leur dire, c'est que non, on peut voter à gauche, on peut voter à droite et vouloir défendre l'écologie. Il ne s'agit pas de mettre un bulletin Europe, écologie, les verts pour dire ça y est, j'ai ma conscience écologique. Absolument pas, parce que l'écologie, elle doit irriguer tous les partis politiques. Et je suis un de ceux à droite qui plaide le plus pour cela et qui fait des propositions très concrètes sur cela et qui sort à droite même des zones de confort sur un certain nombre de sujets.
Mais quand la droite défend et les républicains défendent le libéralisme économique, par exemple, on sait bien que les entreprises, elles n'évoluent pas toutes seules. Typiquement sur la question du plastique. Si on laisse jusqu'en 2025 ou en 2022, ça dépend des sujets, des objets en plastique, aux entreprises pour évoluer, on sait bien qu'elles feront les choses plus ou moins au dernier moment, alors que les entreprises qui sont pourtant innovantes, ça doit être leur ADN. Si on leur impose, par exemple, du jour au lendemain ou à quelques mois d'échéance de cesser d'utiliser des couverts à usage unique, vous ne pensez pas que ça leur permettra de changer ?
C'est un très bon exemple. Alors, si je vous suis, demain, on supprime le plastique. Et qu'est-ce qu'on dit aux femmes et aux hommes qu'on va sauver grâce au cœur karmat qui fait en plastique ? Non, pas tout le plastique, mais il y a certains sujets à y aller. Oui, mais ce n'est pas ce que vous venez de dire. Donc, je termine là-dessus. Ensuite, qu'est-ce que vous dites à tous les gens qui se font opérer et 90% des ustensiles dans les blocs opérateurs ce sont du plastique ?
Il faut une sélection différenciée des sujets. Merci. Quand on parle des cotons-tiges ou des couverts en plastique,
ce n'est pas la même chose. Voilà, là, vous avez raison. C'est exactement ce qu'on veut faire. C'est-à-dire, ce n'est pas l'écologie de l'idéologie. L'idéologie, il vous dit qu'il faut sortir du plastique. Vaste blague. Vaste blague. Moi, qu'est-ce que je dis ? Il faut recycler le plastique. Il faut rendre le plastique intelligent marrer le débat en disant 1. on va interdire le plastique 2. ce sont les méchantes entreprises qui produisent le plastique qu'on va sanctionner et taxer. Vous allez faire quoi ? Vous allez fracturer la société française et la lutte contre le changement climatique elle ne bougera pas dans Iota.
Parce que vous aurez divisé les Français entre eux et même le monde entre eux. Non, la vérité, c'est qu'on doit pouvoir construire des choses. Et moi, je suis par exemple débuté d'Oyona. À Oyona, on est dans ce qu'on appelle la Plastique Valley. Ce que je veux demain, c'est qu'on soit dans la Green Plastique Valley. Pourquoi ? Parce que ça veut dire qu'on peut faire du plastique ressourcé, biosourcé, équilibré. Quand on me parle par exemple du bio, moi je suis à fond pour le bio. Mais quand on importe le bio, on regarde le bilan carbone de ce qu'on importe. Donc ce qu'il faut, c'est une approche pragmatique. Il y a ceux qui balancent des slogans et il y a ceux qui sont dans les actes.
Moi, je suis de ceux qui sont dans l'action, dans le concret et pas dans l'idéologie.
Lorsqu'à apporter peut-être un score carbone comme sujet à l'Assemblée nationale comme il y a sur la gestion par exemple.
Il y a plein de choses à faire. Il y a plein de choses à faire sur les circuits courts, sur le localisme, sur la restauration. On ne parle pas des forêts en France mais c'est dramatique ce qui se passe dans nos forêts actuellement. Moi, je suis dans un département forestier. Il faut qu'on se batte tous pour replanter des sapins. Ça, c'est un enjeu concret. La question de l'eau, la question de la récupération des eaux de pluie, la question des espaces naturels sensibles, c'est ça l'écologie. C'est l'écologie au quotidien, au concret. Et là où moi je vous rejoins, c'est que c'est la première des préoccupations et ça doit être la première de nos priorités politiques.
C'est un enjeu tellement fondamental.
On va aller vers la fin de cette interview. J'aimerais vous poser les deux questions qu'on pose à tous nos invités. D'abord, est-ce que vous avez une recommandation de personnes que vous regarderiez dans l'interview politique assises à votre place pour un prochain épisode ?
On va inviter Nicolas Sarkozy.
Avec plaisir. Nicolas Sarkozy, si vous nous écoutez, vous viendrez. Et puis, dernière question. Que vous inspire la phrase « Trace tes contours » qui est le slogan de notre média Le Crayon ?
Je trouve que c'est une belle phrase parce que c'est prendre son destin en main, parce que c'est considérer qu'on peut nous-mêmes définir les contours de notre vie et c'est parce que je pense qu'il n'y a rien de plus important qu'un crayon. Parce qu'un crayon, on peut effacer quand on se trompe, on peut corriger et puis surtout, on peut écrire et construire son avenir. Et c'est ça qui est important. Et donc, prenez votre destin et votre avenir en main et ne laissez pas les autres décider à votre place.
Merci Damien Abad.
Merci beaucoup.
J'espère que cette interview vous aura plu. N'hésitez pas à nous faire savoir en commentaire si c'est le cas, à la partager, à vous abonner évidemment à la chaîne et puis on se retrouve bientôt pour une prochaine interview. C'était Jules Paul Crayon. Ciao.