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interviewBFM Business — La grande interview· 17 février 2026 23 min

Grande interview - Aurélie Trouvé, députée LFI, rapporteure de la commission sur la prédation des fonds spéculatifs – 17/02

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Vous êtes bien dans le 18-19, mon premier invité c'est Aurélie Trouvé, les députés LFI de Seine-Saint-Denis, ex-présidente de la commission des affaires économiques. Bonsoir Aurélie Trouvé, merci d'être là, vous êtes désormais rapporteur de la commission d'enquête sur la prédation, je cite, des capacités productives françaises par des fonds spéculatifs. C'est vous qui avez choisi cette intitulée, cette commission, comment ça ?

0:28
Aurélie Trouvé

Alors en effet parce que ça fait partie du droit de tirage de la France insoumise, chaque année chaque groupe politique a le droit de proposer une commission d'enquête. Et donc c'est ce cas de cette commission d'enquête qui, il faut bien le dire, n'a jamais fait l'objet d'aucune mission parlementaire. C'est incroyable parce que ces fonds d'investissement, ce sont des dizaines et des dizaines d'entreprises qui ont été ciblées, menacées et souvent mises en faillite par des fonds d'investissement.

0:57
Présentateur

Aurélie Trouvé, on va revenir là-dessus, mais évidemment je voulais évoquer cette minute de silence qui a eu lieu à l'Assemblée nationale après la mort terrible de ce jeune Quentin Déranque à Lyon. Le Premier ministre a eu des mots très durs à l'encontre notamment de Mathilde Panot qui est la présidente de votre groupe et les filles, et qui a dit qu'il fallait peut-être qu'il est temps que vous fassiez le ménage dans vos rangs après cette agression mortelle. Il a dit aussi, est-ce que la rhétorique de la confrontation qui peut infuser dans la société en invitant des dirigeants politiques à la responsabilité ?

Est-ce que vous vous sentez quand même une responsabilité au moins morale et on aurait l'y trouvé ? On vous connaît bien ici à BFM Business, vous êtes une économiste réputée, on est d'accord ou pas d'accord avec vos opinions, mais enfin en tous les cas vous vous exprimez toujours très bien. C'est vrai que la première question qui me vient à l'esprit, la pensée c'est pour ce jeune Quentin Déranque, et puis la deuxième question c'est qu'est-ce que vous faites dans cette galère, on aurait l'y trouvé ?

1:58
Aurélie Trouvé

Alors d'abord je n'ai pas eu l'occasion encore de m'exprimer suite à ce drame terrible, et la première chose que je veux faire c'est exprimer évidemment ma tristesse, ma grande tristesse, suite à ce drame et ma compassion aussi envers les proches de la victime. Et je le dis, ce drame mérite d'abord dignité et retenue. Elle mérite aussi qu'on laisse la justice faire son travail, c'est très important, y compris pour les proches. Et quand je dis dignité et rupture et retenue, je considère que le Premier ministre n'a pas fait preuve de dignité et de retenue dans l'hémicycle. Et je le dis, il n'a pas fait preuve de respect aussi pour les élus de la République que nous sommes, la France insoumise.

Parce qu'un tel drame ne devrait pas être instrumentalisé, utilisé contre la principale force d'opposition parlementaire.

2:43
Présentateur

Vous êtes à l'Assemblée nationale tout le temps, vous voyez bien quand même que parfois vos collègues ont des propos qui peuvent entraîner des actes de violence derrière, traduits de cette manière. On a envie de dire qu'il y a une responsabilité morale non même, quelque part dans cette violence.

3:04
Aurélie Trouvé

D'abord, je veux dire qu'en aucun cas, en aucun cas, cet acte effroyable ne peut être imputé à notre mouvement, la France insoumise. Et je le dis, je suis fière et honorée de faire partie de ce mouvement qui a toujours prôné la non-violence, qui pense que la violence, elle rabougrit. Mais vous voyez bien, la violence des mots, elle existe. Le milieu, les personnes et la bataille politique. Et nous avons toujours porté cela. Vous écoutez mieux que moi Jean-Luc Mélenchon. Tout de suite, nous avons condamné les violences qui ont amené à ce drame terrible.

Et là où je suis choquée, je vais vous dire, c'est que l'amalgame soit fait entre des débats politiques, des débats d'idées, aussi véhément soit-il, et de la violence physique. Et nous, nous ne faisons pas la confusion entre les deux. Mais moi, j'ai entendu les membres du gouvernement aujourd'hui, notamment le Premier ministre, ils n'ont cessé de faire l'amalgame. Et ça, c'est vraiment très dangereux pour la démocratie. Parce que c'est une façon de museler le débat politique. De dire, mais regardez, vous êtes véhément, et peut-être que ça expliquerait des violences physiques. Ça n'a rien à voir.

4:10
Présentateur

Oui, c'est ça que c'était quand même lié à une conférence de Rima Hassan.

4:18
Aurélie Trouvé

Non, absolument pas. D'ailleurs, Rima Hassan est arrivé après. Par contre, effectivement, il y a le collectif Némésis, qui est un collectif d'extrême droite qui était sur place. Et d'ailleurs, nous regrettons que suffisamment de forces de police n'aient pas été mises en œuvre. Parce que depuis un long moment, nous alertions...

4:39
Présentateur

Vous rejetez, on ne va pas faire toute l'émission là-dessus. Mais en tout cas, ce que je vous dis, c'est que...

4:42
Aurélie Trouvé

Vous rejetez toute responsabilité. Le mouvement de la France insoumise ne peut en aucun cas être impliqué dans cette affaire. Voilà, je le dis. Et je le dis aussi, nous laisserons l'enquête suivre son cours. Et la justice, d'ailleurs, désignera sans doute des coupables. Et non seulement nous l'accepterons, mais nous appuierons les décisions de justice qui sont prises. Et c'est bien normal.

5:05
Présentateur

D'accord, ok. C'est vrai qu'on a du mal à vous imaginer là-dedans, Aurélie. Et revenons à nos sujets, à votre sujet, puisque vous êtes plutôt sur les sujets économiques. Je le disais, vous avez été présidente de la commission des affaires économiques. Et donc, avec cette commission dont vous êtes le rapporteur, vous êtes allée à Bercy pour essayer d'avoir des documents sur la vente, notamment une première fois de Biogarant et là sur LMB Aerospice. Qu'est-ce que vous avez trouvé ? Est-ce que la porte était ouverte ou les portes étaient closes ?

5:37
Aurélie Trouvé

Alors, la première fois, les portes étaient amplement ouvertes. Pour Biogarant. Pour Biogarant. Pour la seconde fois, l'MB Aerospice, je vous raconterai. Là, j'ai clairement vécu ce qu'est le verrou de Bercy. Oui. Première fois sur Biogarant, j'y suis allée la semaine dernière parce qu'il se trouve que Biogarant a été vendu avec autorisation du gouvernement. D'accord ? A un fonds d'investissement britannique. C'est quoi Biogarant pour que les Français qui nous écoutent se rendent compte ? C'est en fait un tiers des médicaments génériques consommés par les Français. C'est énorme. C'est un pilier de notre santé qui est aujourd'hui bradé, si je puis dire, à un fonds d'investissement.

Pas bradé, mais en tout cas, qui a été vendu. Vous avez raison parce que c'est vendu assez cher, d'ailleurs. Oui, c'est pour ça que le mot bradé ne paraissait pas le bon mot. C'est plutôt notre souveraineté en matière de médicaments qui est bradé. Par contre, ça a été vendu assez cher, effectivement, à un fonds d'investissement britannique. Ça veut dire que... Il était déjà actionnaire. Il a déjà racheté d'autres sociétés. Un fonds étranger et un fonds d'investissement spéculatif tout court aura la main possible... Enfin, à la main, d'ailleurs, sur le premier fournisseur de médicaments français. Et je vais vous dire ce que j'ai trouvé à Bercy.

Je ne peux pas vous dire les détails, puisqu'on m'oppose le secret des affaires. En tout cas, ce qui est clair, les conclusions que je... On peut en donner le maximum, on va dire les conclusions. Voilà, je vais en donner le maximum. Ce que je peux dire, c'est qu'aujourd'hui, rien dans ce que j'ai pu voir, dans le contrat à l'accord économique que j'ai pu voir, ne me garantit, ne nous garantit qu'il n'y aura pas de délocalisation industrielle dans les cinq ans à venir. Voilà.

C'est-à-dire que dans les cinq ans à venir, Biogarant, qui est maintenant dépendant d'un fonds britannique, peut tout à fait décider de délocaliser la production de médicaments en s'adressant non plus aux 65 entreprises sous-traitantes en France, mais en s'adressant à des entreprises moins disantes en Inde ou ailleurs.

7:29
Présentateur

Il y a des protections quand même. Enfin, ils se sont engagés au moins pendant une certaine période. Eh bien, le problème, c'est celui-ci. C'est celui que vous dites ?

7:36
Aurélie Trouvé

Oui. Sur une certaine période. Le problème, c'est que c'est une période, je n'ai pas le droit de le dire, mais c'est une période très restreinte en nombre d'années. Au bout de ce petit nombre d'années, très petit nombre d'années, bien moins que cinq ans. Trois ? Non, je n'ai pas le droit de le dire. Disons que c'est beaucoup moins que cinq ans. Donc, pour être très claire, un fonds d'investissement, il agit sur cinq ans. Oui, c'est pour ça que je disais cinq ans. Voilà, c'est parce que vous connaissez bien. Vous me dites, est-ce que sur cinq ans, on a garanti qu'il n'y ait pas de délocalisation industrielle ? Ma réponse est non. Je vous l'affirme. Voilà.

Donc, dans les cinq ans, BioGarant pourra s'adresser à d'autres entreprises qui ne sont pas en France pour produire les médicaments génériques.

8:17
Présentateur

Juste pour savoir un peu comment ça se passe, vous arrivez à Bercy, vous avez prévenu de votre visite ? Oui, quelques jours avant, pour qu'ils puissent préparer les documents. Ils ont préparé les documents, on vous a mis dans une salle ? Oui, tout à fait. Tout seul ? Exactement. Et avec tous les documents ? Avec des administrateurs de l'Assemblée nationale. D'accord. Avec tous les documents, vous avez le sentiment quand même qu'ils ont joué le jeu ?

8:35
Aurélie Trouvé

Alors, cette fois-ci, oui. Comme ça, on va voir la différence avec l'autre entreprise qui est LMB Aerospace, qui est aussi un actif extrêmement stratégique. Ça, c'était hier. Première fois que j'y vais, il y a une semaine, donc j'ai le droit à l'ensemble des documents. J'ai même le droit de les prendre avec moi. Pour me répondre à mes questions, j'ai énormément de responsables de Bercy, tant mieux, de la DG Trésor, de la Direction Générale des Entreprises. Tout va bien. D'accord ? Ça, c'est quand Bercy veut bien donner un certain nombre d'éléments. Et c'est comme ça que j'en tire des conclusions très importantes pour les Français.

C'est qu'on va peut-être délocaliser la production de médicaments à cause de l'autorisation du gouvernement. Bien. Hier, j'y vais sur un autre cas. C'est-à-dire la vente de LMB Aerospace, qui vend des outils de refroidissement, des turbines, des ventilateurs. Rien moins que pour les rafales ou des chars militaires. D'accord ? Cette entreprise, elle est vendue à un groupe américain par, là encore, des fonds d'investissement. D'accord ? Je le dis quand même, ces fonds d'investissement, qui sont cette fois-ci français, font une énorme plus-value dans l'affaire. Je ne sais pas si c'est lié à l'autorisation, encore une fois, du gouvernement. Pourquoi une plus-value ?

Parce qu'ils viennent de racheter ? Ah non, alors les fonds d'investissement, là, ils vendent au groupe américain. Ils avaient acheté à LMB Aerospace 200 millions, ils revendent 400 millions quasiment.

10:02
Présentateur

D'accord ? Parce qu'ils ont fait un travail derrière, peut-être, pour le remettre. Alors ? Parce que déjà, c'est bien, vous avez enlevé le mot spéculatif, parce qu'il y a des fonds d'investissement spéculatifs. Et puis, il y a des fonds d'investissement qui ne sont pas spéculatifs, qui rachètent, qui investissent, et puis après...

10:19
Aurélie Trouvé

Je ne vais pas vous reprendre ce que ça veut dire, spéculum. C'est, je fais un pari sur l'avenir. Et donc, je fais un pari de faire un maximum de profits. Donc, ils font un gros profit, mettons. Mais surtout, c'est vendu à un groupe américain. Donc, vous savez que la question de la souveraineté stratégique est posée. D'accord ? Puisque LMB Aérospace passe donc sous droit américain, d'accord ? Avec, là aussi, des gros risques de délocalisation, par exemple, de la production de ces ventilateurs dont on a besoin, quand même, par exemple, pour les rafales.

10:51
Présentateur

Oui. Alors, là-dessus, Roland Lescure, qui a été interpellé, évidemment, là-dessus, j'imagine que vous aussi, vous avez dû lui poser la question, au moins dans l'hémicycle, il dit, mais en fait, il y a déjà Thalès à France. Enfin, je veux dire, il n'y a pas une technologie particulière. Et en plus, il y a déjà d'autres entreprises, des grands groupes français, qui font la même chose.

11:09
Aurélie Trouvé

Eh bien, écoutez, moi, je veux bien croire sur parole le ministre de l'Économie, mais je suis allée à Bercy, hier, justement, pour avoir des réponses. Et là, je vous raconte le verrou de Bercy. J'arrive. Aucun responsable de l'administration de Bercy capable de répondre à mes questions. Il y avait une personne qui n'est pas responsable dans l'administration. Deuxièmement, évidemment, on me dit qu'ils n'ont pas eu le temps de préparer tous les documents, alors qu'ils avaient le même temps que la dernière fois. Et que donc, je n'aurai pas tous les documents. Ce n'est pas grave, j'y retournerai. Mais vous voyez, deuxième verrou.

Troisième verrou, on me dit, vous ne pourrez pas partir avec les documents. Donc, j'étais obligée de tout copier à la main avec les administrateurs. Puis, quatrièmement, pour la petite histoire, au bout de deux heures, comme par hasard, il y avait une nouvelle réunion qui se tenait dans la salle, donc il fallait partir. Voilà, donc c'était assez grossier, j'ai envie de vous dire. Mais manifestement, j'ai des questions. D'ailleurs, beaucoup de députés ont des questions de tout groupe parlementaire. Et les moyens n'ont pas été mis en œuvre pour que j'ai des réponses à mes questions, pour que Bercy, le ministère, réponde à des élus du peuple.

En l'occurrence, une députée qui est rapporteure d'une commission d'enquête parlementaire qui est censée être l'instance la plus puissante en termes de contrôle par l'Assemblée nationale. Et c'est rien moins qu'un actif hautement stratégique pour la défense nationale.

12:27
Présentateur

C'est vrai qu'on s'est tous ici même, on s'est beaucoup interrogés, on a inquiété. Le hautement, c'est stratégique peut-être, c'est peut-être le hautement est un peu... Alors, vous avez raison, c'est ça que j'aurais voulu vérifier,

12:40
Aurélie Trouvé

je ne peux pas. Par contre, ce qui est sûr, c'est que le président Macron a dit sur toutes les antennes, et je ne sais combien de fois, nous avons besoin de relocaliser notre chaîne d'approvisionnement militaire, nous avons besoin de souveraineté stratégique pour notre défense nationale. Et donc, cette décision du gouvernement d'autoriser la vente à un groupe américain d'un fournisseur militaire, là, tout ce que je dis est juste, est absolument incompréhensible. Donc, vous comprenez que moi, en tant qu'élu du peuple, je veuille comprendre ce qui s'est passé. Et donc, là, vous allez y retourner pour avoir vos réponses. Bien sûr. Et puis, par ailleurs, je ferai aussi une audition.

Comme ça, il pourra y avoir l'ensemble des membres de la commission d'enquête, tous groupes parlementaires confondus, qui pourront tenter d'avoir des réponses. Parce que, en l'occurrence, en commission d'enquête parlementaire, tout le monde parle sous serment. Et donc, j'espère avoir des réponses, nous espérons, de la part de Bercy, dans une audition, et aussi de la part de la Direction Générale de l'Armement, puisque, ce que je sais pour l'instant, c'est que la Direction Générale de l'Armement avait demandé des conditions, notamment la participation de la Banque Publique d'Investissement, et que ces conditions ne sont pas remplies.

Et malgré tout, ça a été autorisé, la vente par le gouvernement. Donc, vous voyez bien qu'on a de quoi, quand même, s'inquiéter en tant qu'élu du peuple. Et, encore une fois, je n'ai eu aucune réponse à mes inquiétudes.

13:56
Présentateur

Aurélie Trouvé, moi, j'étais chez Jean Treprise, on en voit, vous savez, ici beaucoup défiler. Est-ce que ce n'est pas un peu paradoxal d'avoir ce discours qu'on entend très bien, en disant, c'est vrai, quand on voit des pépites françaises passer sous pavillons étrangers, on peut se dire, c'est quand même très dommageable. Alors, il est vrai que les entreprises françaises achètent aussi beaucoup d'entreprises américaines, allemandes. Bon, c'est le jeu de l'économie ou du business. Mais, en même temps, vous défendez un budget qui est quand même assez anti-entreprise. Donc, ils ont l'impression d'avoir trois maillons, trois chaînes autour des pieds.

On leur ajoute un truc sur le dos et ils disent, oui, c'est sûr, à un moment quand même assez important parce qu'il y a beaucoup de transmissions d'entreprises en ce moment, de PME, de TI. Et donc, on peut vous dire, est-ce que ce n'est pas quand même un peu contradictoire ce que vous dites ? Vous les défendre d'un côté puis en même temps, vous les pénalisez de l'autre ? Alors, d'abord,

14:53
Aurélie Trouvé

je vais vous dire que je travaille et nous travaillons la France Insoumise avec un réseau de 400 petits chefs d'entreprise. Nous commençons ce travail d'abord parce que nous pensons que nous avons des propositions très fortes qui, au contraire, vont soutenir l'activité des entreprises. Par exemple, nous prenons le fait que dans les marchés publics, nous ayons enfin une préférence claire et nette pour les TPE, PME locales. Je vous donne un exemple. Les polos des gendarmes, vous savez, avec l'argent des contribuables, vous savez par qui ils sont fabriqués aujourd'hui ? Par éminence, qui a répondu à l'appel d'offres du ministère de l'Intérieur.

Et qui, contrairement à ce qu'on pense, n'est plus français. Et surtout, vous savez où ils font fabriquer, les polos de non-gendarmes sur l'argent du contribuable ? Au Bangladesh. Et à cause de ça, il y a une usine d'éminence qui est en train de fermer de textiles dans le Gard. Vous voyez le problème ? Donc aujourd'hui, on a besoin de courage politique et de protection des entreprises. Par rapport à la concurrence déloyale, donc là, il faut par exemple une préférence pour les entreprises, les TPE, PME françaises.

15:58
Présentateur

C'est anti-européen ? C'est-à-dire, c'est un problème avec l'agro-en-arrivée ? C'est là que je vous parle

16:01
Aurélie Trouvé

de courage politique. Parce qu'à un moment donné, oui, pour protéger nos entreprises, il faudra désobéir ou ne pas respecter certaines règles qui les mettent en danger, qui mettent en danger l'emploi et l'activité de ces entreprises.

16:15
Présentateur

J'ai l'impression d'entendre quelqu'un du Rassemblement national aurait-il trouvé, entendez ça, parce que ça, c'est des propos qui dépendent. Vous parlez des petits patrons, vous parlez du Rassemblement national. Oui,

16:25
Aurélie Trouvé

le Rassemblement national, nous n'avons absolument rien à voir, comme vous le savez, puisque je considère que ce parti porte d'abord des propos racistes et que nous sommes peut-être les premiers adversaires et sans doute les premiers adversaires du Rassemblement national. Mais en même temps, c'est intéressant de voir. Mais allons sur le point de vue économique, c'est intéressant. C'est intéressant de voir. Alors, un, deux choses. Même pas sur le plan économique,

16:48
Présentateur

nous nous rejoignons. Oui, mais si, parce que les petits patrons, je recevais Jean-Philippe Tanguy, on voit bien quand même, il y a une petite danse autour des petits patrons qui ont été un peu effrayés par les filles et cette taxe du Kman. Et du coup, ils vont les voir. Et vous, vous avez organisé un no-lock justement avec des petits patrons et qui a fait beaucoup de bruit.

17:09
Aurélie Trouvé

Vous allez nous dire pourquoi. Effectivement. D'abord, je veux dire que je considère que le Rassemblement national est avant tout l'allié du MEDEF qui, par ailleurs, ne représente pas forcément toutes les grandes entreprises. UDP aussi. Non, je considère qu'ils sont avant tout les alliés du MEDEF et que, par ailleurs, surtout, ils ont un programme qui se fait contre les salariés. Nous, on considère que l'entreprise, ce sont des chefs d'entreprise, c'est l'activité et les salariés. Par exemple, ils se sont opposés à la hausse du SMIC, par exemple. Nous, nous sommes pour la hausse du SMIC.

17:43
Présentateur

Parce que c'est eux qui sont responsables du compte d'exploitation.

17:46
Aurélie Trouvé

Et là, vous allez me dire comment fait-on avec les petites entreprises s'il y a la hausse du SMIC ? Est-ce qu'elles vont tenir ? Nous sommes, par exemple, pour une péréquation des cotisations sociales pour que ce soit d'abord et avant tout les grandes entreprises qui portent et bien davantage qu'aujourd'hui la charge sociale. Par ailleurs, je le dis, nous, nous disons aux entreprises, avant tout, ce qu'il vous faut, c'est des débouchés. Donc, il faut relancer la demande, donc il faut relancer les salaires. Et par contre, ce à quoi on va répondre, c'est votre protection mais aussi le fait que vous ayez beaucoup moins de charges privées.

Parce qu'en réalité, les petites entreprises, elles sont victimes des charges bancaires, des charges d'assurance, des charges d'électricité. De l'URSA,

18:30
Présentateur

de tout ce qu'on va à l'aller, c'est très long. Et c'est à ça

18:33
Aurélie Trouvé

qu'on va s'attaquer. Alors que le Rassemblement National, il s'attaque au salaire.

18:37
Présentateur

Juste quand même un point, mais rapidement, parce que j'ai encore une question et on a déjà terminé. Aurélie Trouvé, c'est... Est-ce que quand même, vous avez conscience que vous avez un peu précipité des petites entreprises et des moyennes entreprises avec cette taxe Zuckman qui a fait tellement peur que vous êtes devenu un épouvantail ? Alors pas du tout. En tout cas, le président de l'UDEP, il l'a dit ici même, à votre place.

19:02
Aurélie Trouvé

Le président de l'UDEP, il a refusé de participer à la grande messe de M. Martin, président du MEDEF, en lui disant, mais enfin, notre combat principal, ce n'est pas la taxe Zuckman. Et à juste titre, parce que je vais vous dire, la taxe Zuckman, c'est... Je peux vous dire que c'est quelques centaines de très gros patrimoines qui seraient touchés. Absolument pas les petits patrons. Et il faut arrêter de mettre un signe égal entre le boulanger, le boucher ou même le petit patron de... Là, vous parlez de TPE. Moi, je parle de PME. Oui, mais même de PME. Je veux dire, non, ce n'est pas vrai que la taxe Zuckman va toucher les patrons de PME.

Elle touchera quelques centaines de très grandes fortunes. Ça leur a fait très peur. Parce que... Alors là, je ne suis pas du tout d'accord. Parce que nous, on travaille avec plein de chefs de TPE et PME qui disent, notre problème, ce n'est pas du tout la taxe Zuckman. D'ailleurs, le MEDEF et Patrick Martin ont une bataille qui n'est pas la nôtre. La nôtre, c'est les charges privées, bancaires, d'assurance, les énormes retards de paiement de la part des très grandes entreprises qui nous tombent dessus. Et de l'État. Voilà. Et des collectivités locales aussi, je suis d'accord.

20:04
Présentateur

Il y a un problème là-dessus. Toute dernière question, parce qu'on a déjà dépassé notre temps, sur la représentativité des syndicats. Parce que lors de ce colloque que vous avez organisé avec Jean-Luc Mélenchon, avec des patrons de PME, il y a eu une petite phrase d'Amir Reza Tofighi, qui est le patron de la CPME, qui a dit, il peut y avoir peut-être une loi transpartisane qui soit portée en 2026 sur la représentativité patronale. Alors ça fait un barouf d'enfer. Il a fait une mise au point en disant, nous n'avons pas co-écrit une proposition de loi, mais restons disponibles pour contribuer. Bon, en tous les cas, vous allez vous déposer une loi là-dessus ou pas ?

D'abord, je veux dire que je suis très heureuse

20:43
Aurélie Trouvé

que les présidents de l'UVP, la CPME, aient accepté le débat dans un débat que nous avons organisé avec Jean-Luc Mélenchon et l'Institut de la BOICI. Effectivement, nous avons, lors de ce colloque, discuté de propositions qui pourraient aller dans le sens aussi de ces petits patrons. C'est le cas d'une meilleure représentativité patronale parce qu'aujourd'hui, le MEDEF, de fait, a un droit de veto dans les instances paritaires. Et donc, nous considérons que les petites entreprises, elles doivent être mieux représentées parce qu'elles ont des intérêts spécifiques.

Et même, j'ai envie de vous dire, elles subissent une injustice fiscale parce qu'elles payent beaucoup plus d'impôts que les grandes entreprises. Ce sont les grandes entreprises aussi qui reçoivent l'essentiel des aides publiques. Et nous, on considère que petits et grands patrons n'ont pas tout à fait les mêmes intérêts. Et donc, vous allez d'ailleurs à une proposition de loi de votre part ou pas ? Tout à fait. Nous sommes en train de la travailler, d'ailleurs avec Adrien Clouet également. Nous travaillons cette proposition de loi et nous le ferons de toute façon aussi en dialogue avec ces organisations de petits patrons. Pourquoi ? Nous prenons le temps de la travailler.

Vous savez, nous travaillons avec sérieux. Donc, quand nous considérons qu'elle est bien prête et bien discutée aussi avec ces organisations de petits patrons,

21:58
Présentateur

nous la présenterons. Quand est-ce que le projet de nationalisation sur Darcelor qui est au Sénat, qui va être discuté au Sénat par Fabien Guay, qu'on connaît bien ici, sénateur communiste, quand est-ce que ça va arriver à l'Assemblée nationale ? Alors,

22:13
Aurélie Trouvé

au Sénat, c'est le 25 février. Donc, je veux dire quand même que cette proposition de nationalisation d'Arcelor Mittal, une telle loi n'avait pas été votée à l'Assemblée nationale depuis 1982. Et si ça a été voté à la majorité des députés sur proposition de la France insoumise, c'est qu'il y a une absolue nécessité. Donc, je me réjouis que ça arrive au Sénat le 25 février et après, ça sera de la responsabilité du gouvernement de l'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée

22:37
Présentateur

et j'espère qu'ils le font. Ils ont dit qu'ils allaient investir 1,3 milliard dans un four électrique. Donc, l'État, ils n'ont pas les moyens de mettre 1,3 milliard. Alors, juste une chose,

22:46
Aurélie Trouvé

un seul four électrique, ça représente uniquement un tiers de la production d'acier de Dunkerque. Autant vous dire que ça ne résout rien au problème de la souveraineté en matière de production d'acier.

22:57
Présentateur

Merci Aurélie Trouvé. Donc, rendez-vous est pris. On a vu qu'il y a quand même beaucoup de rendez-vous. Merci beaucoup d'avoir été avec nous à député L'Épil et donc rapporteur de cette commission sur l'appétit prédatif des fonds spéculatifs. Et j'espère revenir. Merci. Merci beaucoup.