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interviewLEGEND· 6 juillet 2025 106 min

DOMINIQUE DE VILLEPIN RACONTE L’ENVERS DU DÉCOR DE LA POLITIQUE, SA RELATION AVEC JACQUES CHIRAC…

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Aujourd'hui, notre invité, c'est Dominique de Villepin, qui a été ministre de l'Intérieur, premier ministre.

0:05
Dominique de Villepin

À côté de Jacques Chirac, nous regardons les ignoles. Moi, j'étais évidemment plié en deux. C'est drôle, ça. Et Jacques Chirac ne riait pas du tout. Et alors ? Pas du tout. Je me retrouve devant Jacques Chirac, gigantesque, commence la conversation en me disant « Dominique, un jour, nous travaillons ensemble. » Vous le faites bien.

0:24
Présentateur

Est-ce que vous imaginez certaines choses et en prenant vos fonctions, vous avez été surpris de voir à quel point c'était vrai ?

0:30
Dominique de Villepin

Je peux vous dire que dans les secrets de l'État, il n'y a rien sur les OVNI.

0:33
Présentateur

Il y a des Français qui vous aiment et qui vous suivent, ce qu'ils peuvent espérer que vous arriviez peut-être en 2027, tant que candidat.

0:40
Dominique de Villepin

Certains très jeunes se rêvent tout en haut de l'affiche. Moi, je ne rêve pas d'une fonction. Je rêve d'aller au bout d'une mission.

0:51
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue sur Légende. Aujourd'hui, notre invité, c'est Dominique de Villepin, qui a été ministre de l'Intérieur, Premier ministre, ministre des Affaires étrangères. Il a vraiment occupé beaucoup de postes très différents, notamment sous Jacques Chirac, qui va nous raconter son parcours politique, tout ce qu'il a pu voir aussi de l'Intérieur à l'époque. En tout cas, merci d'être là de plus en plus nombreux sur Légende. Tous les mercredis, vendredis et dimanches, vous êtes environ 150 000 à vous abonner chaque mois sur notre chaîne YouTube. Prenez deux secondes pour vous abonner.

Vous pouvez liker la vidéo et puis la petite cloche aussi pour être au courant des prochaines sorties. Et merci de nous écouter en podcast audio si vous faites du sport, si vous êtes en train de nous écouter en train de courir ou alors au travail ou en voiture. En tout cas, merci d'être là de plus en plus nombreux sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts et Amazon Podcasts. Et juste avant de commencer avec Dominique de Villepin, sachez qu'on a lancé le shop de l'émission. Vous êtes nombreux à nous aider à partager et à faire vivre le média partout en France avec notamment le mug, les t-shirts, les suites. On a aussi les autocollants à coller sur la voiture, comme ça on se reconnaît.

D'ailleurs, j'avais dit dans la FAQ, on a fait une vidéo il y a quelques temps, de me faire un petit signe et quand vous doublez des gens qui ont le logo sur leur voiture, de faire le L. Vous êtes nombreux à me le faire aussi régulièrement dans la rue. Donc voilà, merci d'être là de plus en plus nombreux. On va maintenant accueillir Dominique de Villepin. N'hésitez pas à commenter l'émission, à dire ce que vous en avez pensé, proposer des questions aussi parce que parfois on reçoit des invités plusieurs fois. En tout cas, merci d'être là. Et c'est parti avec Dominique de Villepin sur Légende. On y va.

2:10
Dominique de Villepin

Dominique de Villepin sur Légende, mais sans prétention.

2:13
Présentateur

C'est marrant, le jour où on tourne aujourd'hui, on vient de voir le classement des politiques préférées des Français en pourcentage de bonnes opinions. Vous avez eu votre position ?

2:26
Dominique de Villepin

Non, mais vous allez me le dire. Vous êtes premier. Ah mon Dieu.

2:29
Présentateur

Ça fait plaisir quand même, non ?

2:30
Dominique de Villepin

Oui, c'est une surprise, surtout que je reviens de loin. J'ai connu l'enfer pendant longtemps. Donc oui, c'est une surprise agréable.

2:38
Présentateur

C'est l'enfer, la politique. Il y a une partie qui doit être très difficile. C'est en dents de scie ?

2:45
Dominique de Villepin

Il y a une partie qui est très dure et qui demande en permanence qu'on se réadapte, qu'on se remette en cause, qu'on se change. C'est peut-être d'ailleurs un des éléments les plus stimulants de la politique. On ne peut pas se contenter d'être ce qu'on est. Il faut constamment s'adapter à des situations nouvelles, s'adapter à des regards nouveaux, s'adapter à des jugements. Et donc la seule chose qu'on maîtrise à peu près, à peu près, c'est soi-même. Tout le reste vous échappe. Tout le reste, c'est des variables qui changent tout le temps.

3:16
Présentateur

Vous avez été un des plus grands fidèles de Jacques Chirac à l'époque. Vous avez connu la politique, on va dire, avant Internet, avant les réseaux sociaux.

3:22
Dominique de Villepin

Oui, je suis une antiquité.

3:24
Présentateur

Je ne sais pas ce que je te dis. Est-ce que ça change quelque chose ? Vous qui avez vu un peu les deux, ça a été après Premier ministre, enfin ministre de l'Intérieur, vous avez fait beaucoup de postes. On va en reparler après dans votre parcours. Est-ce que vraiment c'est différent de faire de la politique sans les réseaux sociaux ?

3:39
Dominique de Villepin

Oui, c'est un immense changement. Et depuis 18 ans, puisque j'ai quitté la politique active en 2007, et donc revenant depuis un an, deux ans sur la scène politique, je vois les changements. Et les réseaux sociaux ont accéléré la vitesse de tout. On passe d'un sujet à l'autre. Les jugements sont beaucoup plus cruels et beaucoup plus durs, plus violents aussi. Mais en même temps, on a le sentiment quand même aussi de beaucoup d'amnésie. On passe d'une passion à une autre, d'une mise en cause à une autre. Donc on peut compter sur la capacité de zapping de la politique beaucoup plus qu'avant.

Avant, on était ramené à son sujet, à son devoir, et il fallait être capable de répondre, sans compter sur un changement d'opinion. On fait plus attention à ce qu'on dit avec les réseaux sociaux qu'avant, quand on est politique ? Je n'en suis pas sûr. Je n'en suis pas sûr, puisque la trépidation de la vie politique s'accompagne de beaucoup d'amnésie. Donc on peut compter sur le fait que ce qu'on a dit hier sera oublié demain. Il n'y a pas d'esprit de suite. Moi, j'ai fait de la politique à un moment où tout était lié. Et on était renvoyé à ce qu'on avait dit cinq ans avant, ou ce qu'on avait dit sur un autre sujet. Donc il fallait en permanence tirer des fils.

Il fallait être comptable de ce qu'on avait dit ou fait. Aujourd'hui, la plupart de ceux qui vous interrogent n'ont plus aucun souvenir de ce qui s'est passé il y a trois ans, il y a cinq ans. Donc ça donne à la fois plus de liberté, et en même temps, il faut être capable d'accepter des changements de rythme. Il y a des changements de pieds permanents. C'est comme au foot. Tout à coup, il faut vraiment être très sûr de ces deux appuis. Comment vous expliquez 54% de bonnes opinions, numéro un du classement des politiques ? C'est l'aspect le plus confortable de cette situation, c'est que je ne me l'explique pas. Justement, c'est une surprise pour moi.

Je découvre qu'à un moment donné, on est peut-être mieux écouté, mieux entendu. Peut-être parce qu'on s'est tue pendant longtemps. Donc il y a peut-être un régime de faveur qui fait qu'on a un accueil plus bienveillant. Mais je crois surtout qu'on est dans un monde extraordinairement inquiétant, devant des situations très graves, très difficiles. Et peut-être que l'expérience, peut-être que le fait d'avoir le recul, peut-être aussi de parler sans langue de bois, le fait de n'avoir rien à vendre, de n'avoir rien à perdre. Peut-être libre en fait, plus. Oui, plus de liberté. L'âge aide, 71 ans, ça permet... C'est encore jeune. Oui, mais enfin, on en a au compteur.

Donc il est évident qu'on est capable peut-être de s'appuyer sur moins de calculs, moins d'ambitions aussi, ou de différentes ambitions. Ça donne, oui, ça donne peut-être une liberté.

6:23
Présentateur

Numéro 2 du classement, je vais quand même les donner, les 3 premiers, c'est Édouard Philippe, numéro 2. Numéro 3, Jordan Bardella. Après, c'est Ségolène Royal, Jean Castex, Fabien Roussel, François Hollande. Il y a peut-être des amis dans la liste, d'ailleurs, je ne sais pas. Est-ce qu'on a des vrais amis en politique ?

6:38
Dominique de Villepin

On viendra après sur votre parcours. On a des compagnons de route. On peut avoir des amis, oui, ça existe dans tous les milieux.

6:44
Présentateur

Non, mais des vrais amis, pas des...

6:46
Dominique de Villepin

Oui, oui, on peut avoir des amis.

6:48
Présentateur

Par un de votre fils, par exemple. Est-ce qu'on peut avoir des vrais, vrais...

6:51
Dominique de Villepin

Oui, c'est possible, ça peut exister. Mais c'est davantage des compagnons de route, des camarades de jeu, si je puis dire. Parce que la caractéristique de la politique, ce n'est pas la fidélité. La fidélité, c'est rarissime en politique. Et pour une raison bien simple, c'est que chacun suit très souvent son propre intérêt et donc chacun a sa propre boussole.

7:14
Présentateur

Vous avez sorti un livre qui s'appelle Le Pouvoir de dire non. Je vous mettrai le lien si vous voulez le commander dans la description directement de la vidéo sur YouTube. C'est chez Flammarion, chez l'édition Flammarion, chez l'éditeur. Face aux empires sans frontières, il faut refonder une république des lumières, vous dites. Je vous mettrai le lien aussi si vous nous écoutez en podcast audio sur Spotify, Deezer, Apple Podcasts, Amazon Podcasts. Merci de faire de légendes pour les podcasts de France encore au jour du tournage. Merci beaucoup. Je vous mettrai le lien pour commander le livre directement. Pourquoi vous faites un livre ?

C'est vraiment pour partager l'expérience, votre vision du monde aujourd'hui ?

7:44
Dominique de Villepin

Oui, la première étape, quand j'écris un livre, parce que je ne peux pas parler au nom de tous, mais quand j'écris un livre, le premier objectif d'abord, c'est de m'assurer que je suis honnête, au clair avec moi-même. Donc, c'est de clarifier ce que je pense, de clarifier mes engagements, de vérifier aussi qu'un certain nombre d'intuitions peuvent avoir du sens. et modifier, faire la différence. Et après, évidemment, partager. Oui, partager des analyses, partager des constats, partager des convictions, partager des sentiments. Tout ceci fait la responsabilité politique.

8:21
Présentateur

Vous dites une phrase dans le livre, vous dites, Jacques Chirac a été le dernier président de tous les Français. Qu'est-ce que ça veut dire ?

8:29
Dominique de Villepin

La cinquième République s'est ouverte par une figure exceptionnelle, qui a dominé notre vie nationale pendant des décennies. Le général de Gaulle. D'abord parce que cette figure, c'est la figure de quelqu'un qui a libéré notre pays, qui nous a appris à ne pas désespérer alors que tout semblait perdu. Donc, c'est vraiment une figure de référence.

8:52
Présentateur

Un peu paternelle même, et un truc un peu...

8:54
Dominique de Villepin

Oui, bien sûr, paternelle, et comme toutes les figures paternelles, rejetées par certains, parce que trop oppressantes, donnant le sentiment qu'il écrasait la vie politique nationale. Mais il a ouvert une voie dans la cinquième République. Et le président de la République, il le définit d'abord comme un arbitre. Quelqu'un qui est au-dessus des partis, au-dessus des clivages partisans. Au-dessus de la mêlée ? Au-dessus de la mêlée, absolument. Et il est non seulement un arbitre, mais il est le garant de la continuité nationale. Il est celui qui assure la cohérence et la continuité de l'action qui est menée. Et il est aussi l'inspirateur de la nation.

Ce rôle-là, on a vu au fil des décennies, on l'a vu évoluer. Et avec la réforme constitutionnelle de l'an 2000, ramenant le mandat à cinq ans, les choses ont commencé à changer. C'est-à-dire que les figures de présidents de la République ont commencé à vouloir se mêler de tout. Et à partir de 2007, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron sont devenus véritablement les figures de proue de la République faisant tout. Je m'inscris contre ce rôle-là parce qu'on ne peut pas à la fois tout faire et faire l'essentiel. Et faire l'essentiel, c'est ce rôle d'arbitre, c'est ce rôle de garant, c'est ce rôle d'inspirateur.

Et donc, je le dis très clairement, depuis 2007, nous sommes un peu orphelins de cette figure paternelle qui est une figure qui vaut pour tous les Français. Et les présidents de la République successifs, dans les derniers mandats, sont des figures très engagées en politique, mais qui sont d'abord issues d'un clan, d'abord issues d'un parti, et qui représentent donc certains Français plus que d'autres. Je pense qu'il faut revenir à ce caractère primordial, à cette figure. En sorte de cohésion nationale ? Oui, défendre la cohésion nationale à un moment où les choses sont difficiles.

10:42
Présentateur

Pourtant, c'est, je crois, une priorité pour... Non, le président Macron disait que c'est important, la cohésion nationale.

10:48
Dominique de Villepin

Mais ça devrait être une priorité. Mais cette priorité, il ne suffit pas de le dire. Parce que, bien évidemment, tous ces présidents successifs ont de l'expérience, ils ont du savoir-faire, mais il faut l'incarner. Et c'est ce que nous avons vu au fil des crises qui ont marqué les dernières années. Eh bien, cette incarnation, elle devient plus difficile. Et l'image et le rôle du président de la République se brouillent. Eh bien, c'est contre ça que je m'inscris. Et je crois qu'il faut donc revenir à l'esprit des origines de la Vème République.

11:16
Présentateur

Est-ce qu'on bouillonne quand on est Dominique de Villepin aujourd'hui ? Est-ce qu'on a envie d'en revenir ? Est-ce que ça donne envie, justement, de prendre les manettes avec l'expérience et de se dire, tiens ?

11:25
Dominique de Villepin

Ce n'est pas tant qu'on a envie de revenir. Il faut avoir envie quand même, non ? C'est qu'on a la conviction que la France est en difficulté, que la France est en danger, que la France est menacée, la République menacée, l'État menacée. Et donc, oui, on a envie que les choses aillent mieux. On a envie que tous les Français, toutes les Françaises et tous les Français puissent se retrouver sur un chemin où il y ait davantage de consensus. Comment ? Oui, où l'intérêt général puisse redevenir la clé. L'intérêt général, c'est un terme qu'on n'emploie plus. De la même façon, servir la France, on ne l'emploie plus.

Le champ politique est d'abord devenu un champ de force, où chacun essaye de tirer son avantage. Chacun essaye de calculer sa part de marché. Chacun essaye de calculer ce qu'il pourrait gagner sur tel et tel autre électorat. Moi, je n'ai jamais attaché d'importance à tout ça. Je n'ai jamais accordé d'importance à des stratégies de communication. Je crois qu'un homme politique, une femme politique, sont là pour servir toute la nation. Sans diviser, sans mettre en œuvre aucune forme de communautarisme, aucune forme d'esprit partisan. Donc là, oui, je crois qu'il y a un défi à relever, c'est de ramener la politique à sa vocation première, qui est servir les Françaises et les Françaises.

12:47
Présentateur

Ça s'est sendé, la politique, aujourd'hui, par rapport à avant, pour ceux qui nous regardent, qui n'ont pas forcément connu la politique il y a 30, 40 ans ?

12:53
Dominique de Villepin

Vous parliez tout à l'heure des réseaux sociaux. La nature même des réseaux sociaux, la nature même du fonctionnement des plateformes numériques, c'est de couper les Français les uns des autres pour constituer des bulles, des bulles algorithmiques, des bulles cognitives, où on parle à un petit groupe de personnes qui pensent exactement comme nous. Moi, ce que je crois, c'est que la vie, la politique, c'est de parler à tout le monde, qu'ils pensent d'une certaine façon ou d'une autre façon. Mais c'est d'être capable aussi, et c'est ça l'art de la politique, c'est d'arriver à la fin à un consensus, au moins à des compromis qui vont nous permettre d'agir ensemble.

Et chacun acceptant la position de l'autre. Quelque chose de fascinant dans l'évolution de la démocratie, c'est que le système majoritaire, qui est le système choisi par la Sécurité publique, a peu à peu évolué vers un système de 50% plus une voix. Et dès qu'on a 50% plus une voix, on s'estime la majorité, et à partir de là, on se croit en capacité d'imposer à toutes les minorités sa propre règle. Oui, au 49,9%. Et ça, c'est 99%. C'est la démocratie, c'est la loi du nombre. Exactement. Et la loi du nombre, ce n'est pas l'esprit de la démocratie. L'esprit de la démocratie, c'est d'attacher de l'importance aussi à la minorité.

Tocqueville, Montesquieu ont tous défendu l'idée que la loi de la majorité, si on l'appliquait de façon aveugle, conduisait à une forme de dictature de la majorité. Donc, derrière le principe démocratique et la loi majoritaire, il y a un esprit démocratique qui est la prise en compte de tous. Et ça, c'est quelque chose auquel il faut veiller. Ça fait quasiment 20 ans que vous êtes parti de la vie politique.

14:40
Présentateur

18 ans. 18 ans, donc quasiment 2007.

14:42
Dominique de Villepin

Mais à baille.

14:43
Présentateur

J'ai une question, quelque chose que j'ai toujours eu du mal à comprendre. Je vais vous la poser, peut-être que vous avez m'éclairé. Si c'est la démocratie, donc le peuple qui choisit, c'est pour ça qu'il y a eu des républiques, etc. Pourquoi est-ce qu'on ne fait pas plus de référendums ? Typiquement, de référendums même mensuels. Tiens, il y a trois choix aujourd'hui pour tout le peuple français avec une application ou un truc technologique qu'on peut inventer, qui est vraiment bien fait, et on demande l'avis du peuple. Pourquoi est-ce qu'on ne demande plus l'avis du peuple ? Il y a plein de sujets sur lesquels je vois bien que les Français ne sont pas d'accord.

Vous le disiez avant, 90% des gens n'étaient pas d'accord pour la réforme des retraites. Pourquoi ? Après, c'est normal que le chef de l'État choisisse un cap, vous le disiez avant. Évidemment. Donne la boussole, l'azimut, on va dans cette direction. Mais qu'après, les Français aient le choix. Et qu'ils sachent que si jamais on va dans cette direction-là, ça implique par contre, s'il y a un non, ça impliquera ça et ça et ça. S'il y a un oui, mais pourquoi est-ce qu'on ne fait plus de référendums ?

15:33
Dominique de Villepin

Parce que le référendum est un outil d'une puissance inouïe. Le référendum, c'est le peuple qui se prononce. Or, on lui propose, au peuple français, une réforme, on lui propose ce qu'on considère comme étant une avancée. Et cette avancée, parfois, n'est pas le véritable objet de la consultation. Parce que le référendum, il arrive qu'il puisse être détourné par le jeu politique et politicien qui fait que, d'abord, on répond à la personne qui vous pose la question avant de répondre à la question.

Et donc, ce que craignent les présidents successifs depuis maintenant un certain nombre d'années, c'est que désireux de poser une question sur le fond aux Français, eh bien, cette question passe à la trappe. et qu'en fait, le mécontentement, qui très souvent est nourri par l'évolution des années lors d'un mandat, le mécontentement l'emporte et que le non s'adresse directement au président de la République. Oui, qui le prête personnellement. Exactement. C'est pour ça qu'une fois de plus, le risque, c'est que dans un référendum, on ne réponde pas à la question, mais qu'on réponde à l'homme qui pose la question. Et ça, c'est un risque politique que certains ne veulent pas courir.

D'autant qu'on a, au départ, on a l'exemple du général de Gaulle, qui, lui, sur un référendum raté, a décidé de partir. Donc, il consulte les Français, les Français disent non, et il le prend... Personnellement. Exactement. Et à partir de là, il estime qu'il n'a pas de légitimité pour continuer son action. Et donc, il s'en bat et quitte l'Élysée. Et si vous étiez président, vous pourriez utiliser le référendum ? C'est quelque chose que vous trouvez ? Oui. Je pense que c'est un dispositif qui est tout à fait important, parce qu'il permet de faire respirer la démocratie. À intervalles réguliers, on a besoin de ressourcer la légitimité.

On ne peut pas considérer aujourd'hui, même si 5 ans, ça paraît plus court que 7 ans, le septennat, on ne peut pas considérer qu'on a un chèque en blanc. Surtout quand on voit que l'élection présidentielle, elle est souvent contrainte. Ça a été le cas en 2022. C'est-à-dire que le sentiment qu'entre Emmanuel Macron et le Rassemblement national, beaucoup de Français estiment qu'ils n'ont pas le choix, et donc ils acceptent parfois à contre-cœur, mais sans vouloir faire un chèque en blanc, de voter quand même pour Emmanuel Macron. Et le sentiment a pu exister de façon identique en 2002. Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen. Donc le référendum doit nous permettre de ressourcer la démocratie.

Mais il faut arriver à dégager le référendum de la mise en cause du président de la République lui-même. D'où la réflexion que fait aujourd'hui Emmanuel Macron. Est-ce qu'il ne faut pas poser plusieurs questions ? De façon à ce que la réponse ne puisse pas être interprétée comme un désaveu présidentiel.

18:23
Présentateur

Pour reprendre le chemin de votre vie, vous êtes né en 1953. A Rabat, vous avez ensuite déménagé. J'ai appris en travaillant sur votre vie, vraiment, je ne connaissais pas du tout l'histoire. Vous êtes donc parti à Paris, puis au Venezuela, puis à New York. Vous avez vraiment voyagé. Qu'est-ce qu'ils faisaient vos parents dans la vie ?

18:39
Dominique de Villepin

Alors mon père a commencé sa carrière comme entrepreneur. Il dirigeait des filiales de grandes sociétés françaises. Il était chez Pontabousson. Et donc il a commencé sa carrière en Algérie. Il a poursuivi après en Australie, au Maroc, où je suis né. Mon frère aîné est né en Algérie. Et moi-même, je suis né au Maroc. Et puis il a continué jusqu'à que Pontabousson devienne Saint-Gobain-Pontabousson. Et jusqu'à qu'à un moment, il soit pris par le virus de la politique. Et il est devenu sénateur et président de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et du Sénat. On vous voit là. Vous n'étiez pas très vieux.

Non, j'étais même très petit, dans les bras de Radija, qui s'occupait de moi enfant.

19:21
Présentateur

Donc là, un petit peu plus grand. C'est marrant d'avoir les photos aussi. On vous voit grand lire.

19:26
Dominique de Villepin

Oui, avec les lapins en arrière-fond.

19:29
Présentateur

Exactement. Photos de classe à Caracas aussi. Voilà, on zoome sur votre visage. Puis après, à l'aéroport de Caracas, avant de repartir en pension à tous.

19:37
Dominique de Villepin

À 14 ans.

19:38
Présentateur

Vous avez toujours porté un costume.

19:39
Dominique de Villepin

Déjà à l'époque. Oui, mais là, c'était très solennel pour moi. Parce que le départ en pension, dans ma famille, mon père avait été en pension, mon frère est parti en pension. Donc le départ en pension avait une gravité particulière. Parce que la légende familiale, mais qui est un peu plus que la légende, qui est aussi d'ailleurs, en l'occurrence, la réalité, c'était qu'on avait le droit d'être un élève médiocre jusqu'à 14 ans, jusqu'à l'entrée en seconde, mais qu'il fallait se réveiller à l'entrée en seconde. Donc là, c'est le temps des bonnes résolutions. Et il s'agit de remonter la pente, d'abandonner un peu le tennis, le football et le sport pour se consacrer davantage aux études.

20:15
Présentateur

Vous avez accédé à beaucoup d'informations à l'époque, Premier ministre, ministre de l'Intérieur, etc. Vous êtes pessimiste aujourd'hui ou pas ?

20:23
Dominique de Villepin

Je suis inquiet. Je reprends le fil, qui est peut-être le fil conducteur de ma vie. Se réveiller le matin, et la première chose que l'on fait, c'est écouter la radio, regarder quel est le fil de l'actualité, pour être en accord avec le monde. Moi, j'ai grandi avec cette exigence, qui est ne pas pouvoir, ne pas être concerné, même par ce qui se passe à 10 000 kilomètres. Cette idée, et c'est très lié évidemment à la génération auquel j'appartiens, la décolonisation fait que ce qui se passait en Indochine, ce qui se passait en Algérie, la guerre d'Algérie, je l'ai vécu jour après jour. Je me rappelle mon père venant faire des conférences à l'école où j'étais, pour nous raconter les événements.

L'idée que... Là, je parle d'aujourd'hui, là. Est-ce que vous êtes inquiet ? Oui, mais je suis inquiet parce que je vois bien qu'il y a des fils qui sont en train de se rompre. Le fil du droit international. Les frappes qui viennent de se dérouler en Iran, on peut évidemment se réjouir de voir un régime détestable frapper. On peut se réjouir à l'idée que le programme nucléaire iranien pourrait être mis à bas. Reste maintenant à vérifier que tout ça est bien réel. Mais ce qui doit nous inquiéter, c'est que le droit international, qui vaut pour tous et pour tout le monde, partout dans le monde, est mis à mal.

Ce qui doit nous inquiéter, c'est que la fracture entre nous, les pays européens, occidentaux, et le reste du monde, dans lequel j'ai passé une grande partie de ma vie, est en train de s'agrandir, se fosser. Ces fractures sont en train de se creuser. Et ça, c'est inquiétant, parce que les deux tiers des peuples aujourd'hui ne sont pas toujours en accord avec ce que nous pensons et avec ce que nous faisons. Donc nous avons besoin de recréer ce fil commun, cette conscience commune, qui est la seule façon de penser le monde et d'arriver à créer un minimum d'unité et d'harmonie dans le monde.

22:16
Présentateur

Vous êtes optimiste ou pessimiste honnêtement ?

22:18
Dominique de Villepin

Est-ce que c'est rattrapable tout ça, ou est-ce que ça va être compliqué ? L'histoire nous a montré cent fois que la question n'est pas de faire un constat et à partir de là d'être pessimiste ou optimiste. Bien sûr, il y a un chemin. Et ce qui est fascinant aujourd'hui, comme lors de la crise de 2003, c'est que la diplomatie peut régler ce que nous croyons pouvoir mieux régler par la force. Le chemin le plus court, la guerre, ne l'est que rarement. Et la diplomatie aujourd'hui peut nous permettre d'aller jusqu'au bout des inspections, jusqu'à mettre fin à ce programme nucléaire iranien.

La diplomatie peut nous permettre de recréer une société internationale de règles, avec des garde-fous, avec des principes. Et ça suppose de rebâtir ce creuset que sont les Nations Unies. Mais c'est un travail gigantesque. Ce sera le travail aussi de la prochaine génération. Et donc en direction des jeunes, moi je me sens le devoir de partager mon expérience. Nous ne pouvons pas aujourd'hui rester les bras ballants et regarder notre monde se défaire.

parce que si les États-Unis, si Israël peut choisir une action unilatérale, si on peut choisir la guerre préventive, si on peut choisir la politique de changement de régime, pourquoi d'autres, sans doute beaucoup moins intentionnés, ne pourraient-ils pas faire pareil ? Vous voyez bien que nous rentrons dans une société qui risque de se fracturer, qui risque d'être la société du chacun pour soi, la loi du plus fort, la loi de la jungle. Tout ça est extraordinairement dangereux et peut changer profondément nos vies. Le monde vous fait plus peur pour vos enfants aujourd'hui qu'il y a 30 ans ? Oui, je crois que c'est un constat très largement partagé.

23:53
Présentateur

Mais Gérald Darmanin l'a dit ici qu'il n'y a plus de safe place, de zone sans danger en France.

23:59
Dominique de Villepin

Et la plupart de ceux qui sont parents dans la France aujourd'hui ont le sentiment que leurs enfants n'auront pas la chance qu'ils ont eue. Nous avons vécu dans un monde en paix. Nous avons vécu dans une société de règles. Nous avons vécu avec des idéaux de justice, de paix. Tout ça est menacé. Et c'est là où il faut réagir. Et c'est face à cette gravité que j'ai décidé de revenir dans le jeu politique, de faire entendre ma voix, beaucoup parce que j'avais le sentiment qu'il y avait peu de voix qui défendaient cette vision, ces exigences de respect du droit, de respect de la justice, qu'il s'agisse de l'Ukraine, qu'il s'agisse du Moyen-Orient.

24:37
Présentateur

C'est quoi les trois sujets les plus importants si vous étiez président demain ? qui préoccupe les Français ? Vos trois priorités, ça serait quoi ?

24:44
Dominique de Villepin

D'abord, recréer la confiance dans le pouvoir politique et dans la démocratie. Montrer que la politique, ça peut servir à quelque chose. Et c'est en ça que partir du bon pied sur la justice sociale, recréer une solidarité entre les différents Français dans un meilleur partage des richesses, c'est une preuve que l'on peut donner aux Français que nous sommes tous ensemble. Deuxièmement, remettre en ordre les services publics. Quand l'État est affaibli au point où l'école est menacée, où l'hôpital est menacé, eh bien, on se rend compte que c'est notre communauté de partage qui est aujourd'hui mise en cause. Et puis, il faut redonner une fierté à la France.

La France, elle a toujours eu une vocation dans le monde, à dire des choses difficiles, le pouvoir de dire non. Eh bien, depuis Jeanne d'Arc, c'est le rôle de la France que, dans la tempête, de rappeler un certain nombre de vérités, de rappeler qu'on a besoin d'une boussole qui nous rassemble tous. Et donc, remettre la France au premier rang, ne l'oublions pas, on est membre permanent du Conseil de sécurité, on a l'arme de la dissuasion nucléaire. Tout ceci crée des devoirs vis-à-vis de l'Europe, vis-à-vis du monde. Et puis, nous sommes un pays qui a sans doute plus que d'autres une expérience. La tentation de la force et de la puissance.

Nous avons vu combien de siècles de guerre sur notre continent. Nous avons vu Napoléon s'embarquer dans la guerre d'Espagne, s'embarquer dans la guerre en Russie. Avec quel résultat ? Nous avons vu notre pays partir dans la guerre d'Algérie. Nous avons vu que nous pouvions gagner des batailles militaires et pourtant perdre la grande bataille politique. Nous avons vu au fil des dernières décennies la situation de l'Irak, de l'Afghanistan, la situation de la Libye, la situation du Sahel. Moi, ce que je n'accepte plus, c'est que nous ne tirions pas les leçons de l'expérience.

Je n'accepte pas que les Français aient à payer deux fois, trois fois une amnésie générale où on ne se souvient pas de ce qui provoque inévitablement les mêmes conséquences. L'engrenage de la force, c'est un engrenage sans limite. Et ce qui caractérise ce monde, qui est un monde de rareté, et quand on voit en matière écologique que nous sommes en train de franchir allègrement le seuil de 1,5 degré, nous marchons vers 3 degrés. Un dépassement qui aura des conséquences que nous vivons déjà tous les jours. Mais qui aujourd'hui se soucie plus d'une journée, de la chaleur excessive, de la fonte des glaciers ? Tout ça, ce sont des menaces pour le monde entier.

Et ce qui se passe, c'est que ce sont les plus faibles qui payent d'abord. On le voit dans les pays du Sud, on le voit dans ce qui se passe en Asie, ce qui se passe en Afrique. Et donc, nous avons, nous, à porter cette conscience. C'est ça qui fait cette vocation de la France. C'est ça qui fait l'honneur de la France.

27:40
Présentateur

C'est Churchill qui disait un peuple qui oublie son histoire, se condamne à la revivre, je crois.

27:44
Dominique de Villepin

Cette répétition, c'est aujourd'hui la véritable menace pour nous tous. Et c'est aussi le risque d'un grand déclassement. Beaucoup plus que ces grandes peurs qui sont agitées, le grand remplacement. C'est le grand déclassement qui nous menace, sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan international. C'est le risque d'être effacé. C'est-à-dire qu'on n'est plus aussi puissant ? Oui, c'est que notre voix risque de moins en moins d'être entendue. La sécurité, c'est un problème aujourd'hui, quand même. Bien sûr.

28:15
Présentateur

C'est ça. Bien sûr.

28:16
Dominique de Villepin

C'est une vraie peur pour... Mais bien sûr. Mais c'est la question... Sécurité, justice, quand même ? Sécurité, justice, immigration. Nous ne pouvons pas nier ces réalités. La vraie question, c'est qu'elle est... C'est exactement comme la situation du programme nucléaire iranien. La question, c'est quel est le meilleur moyen pour aboutir ? Ce que je dénonce, c'est la tentation qui existe aujourd'hui chez nous, de croire qu'en acceptant une tentation de surenchère à chaque fois, on fait à chaque fois qu'il y a un drame qui se passe dans notre pays, on fait voter une loi. Une loi particulière pour prendre en compte le drame qui s'est passé hier ou avant-hier.

Mais on voit qu'à chaque étape, ce n'est pas suffisant. Ce qui montre bien que c'est par des politiques publiques, par une mobilisation de l'État et de la nation que nous pouvons agir. Vous savez, en matière politique nationale, comme en matière politique internationale, il n'y a pas de raccourci. On croit que la force est un raccourci sur le plan international. On se trompe. Regardez aujourd'hui à quel point, par exemple, à la suite de ce qui s'est passé en Iran, il y a une menace qui s'est accrue. Est-ce que le monde est plus dangereux aujourd'hui qu'hier ? Le monde est plus dangereux. Pourquoi ?

Parce que le message qui a été adressé au monde, en employant la frappe militaire, c'est que les pays qui sont en sécurité dans le monde aujourd'hui sont les pays qui disposent de l'arme nucléaire. Et les pays qui ne l'ont pas, c'était le cas de la Libye, c'était le cas de l'Irak, c'était le cas de l'Iran, pays qui s'avançait vers le seuil. Les pays qui ne l'ont pas, on les frappe parce qu'ils ne l'ont pas. La Corée du Nord, personne ne s'aventure à menacer la Corée du Nord. Donc, on donne un message...

29:57
Présentateur

Parce qu'ils ont la bombe nucléaire.

29:58
Dominique de Villepin

Oui. Non, mais je donne l'info si vous ne le saviez pas. Absolument. Donc, on donne un message à ces États, ce qui risque d'accélérer la prolifération nucléaire, que pour être fort et respecté, il faut disposer de la bombe. Deuxième message, nous le savons tous, dans une société mondiale fracturée, où il y a de plus en plus de crises, et où la guerre crée des États faillis. Regardez au Moyen-Orient, la Syrie, situation d'État faillis, l'Irak, situation d'État faillis, la Libye, situation d'État faillis, le Yémen. Dans ces États faillis, quelle est la première chose qu'on voit apparaître ? C'est ce qui s'est passé en Irak au lendemain de l'intervention américaine.

La première chose qu'on voit apparaître, c'est le terrorisme. Le terrorisme est une maladie opportuniste qui frappe les pays où il y a le plus de vulnérabilités et de fractures. C'est pour ça que nous devons être mobilisés. Car il y a un risque, et je suis inquiet, sur cette menace qui peut à nouveau frapper la France. Si la France a été frappée en 2012, en 2015, dans les années 80, c'est qu'à un moment donné, notre diplomatie n'était pas suffisamment protectrice. Le meilleur bouclier contre le terrorisme, c'est l'unité des Français. Et c'est une diplomatie dont tous les Français soient fiers. Parce que dans ces moments-là, nous ne prêtons pas le flanc à la division.

Et donc, les organisations terroristes ne cherchent pas à défier la politique française.

31:22
Présentateur

Est-ce qu'il y a une cohésion nationale encore aujourd'hui ? Est-ce qu'il n'y a pas plein de France ? L'impression qu'il y a plein de France qui ne se parlent plus. Il y a aujourd'hui la tentation,

31:30
Dominique de Villepin

vous avez raison, la tentation de se diviser, de se fracturer. Il y a le repli sur les communautés. Et pour éviter ça, nous avons la recette. Il y en a plusieurs. La première, c'est la République. Nous sommes tous porteurs d'un peu de la République. Et les grands principes de cette République, la liberté, l'égalité, la fraternité. Est-ce que ça marche, ça ? Il ne suffit pas que ce soit écrit aux frontons des mairies, des préfectures ou des administrations nationales. Il faut le faire vivre. Et c'est en ça qu'il faut être plus exigeant.

Si les choses se défont dans notre pays, c'est qu'évidemment, on le voit dans un certain nombre de quartiers, dans un certain nombre de régions, marquées par la fracture sociale, la fracture territoriale. La République n'est pas assez présente. Elle n'est pas assez forte à travers ses services publics, à travers la présence de forces de police, de gendarmerie. Donc, la République, c'est un antidote. Une République vivante, forte. Une République vivante. Deuxièmement, la culture.

La culture, la capacité que nous avons à nous retrouver autour de la littérature, de la musique, des arts, la capacité que nous avons à nourrir un dialogue en commun, d'avoir en commun un même regard sur un certain nombre de valeurs et sur le monde. La culture est un antidote puissant. La culture, ce n'est pas uniquement la culture de masse, la culture des plateformes numériques. Ce n'est pas uniquement le jeu des réseaux sociaux. La culture, c'est quelque chose qui doit vivre en chacun de nous et qui doit faire que nous nous sentons français les uns avec les autres, pas uniquement les uns à côté des autres.

33:01
Présentateur

Oui, mais regardez la fête de la musique. 350 personnes ont été piquées à la seringue. Il y a eu des voitures brûlées, des baillages. Ça n'a pas rassemblé.

33:08
Dominique de Villepin

C'est la décivilité, ce que certains veulent appeler aussi la décivilisation, avec cette menace nouvelle qui est la menace de la société numérique, de la société technologique, où chacun, une fois de plus, est enfermé dans sa bulle, séparé les uns des autres, soumis à la solitude. On ne dira jamais assez à quel point les ravages de la solitude sont puissants aujourd'hui. La jeunesse, cette multiplication de violences dans les écoles, d'actes de violence ou de délinquance qui sont peut-être moins nombreux, mais commis de plus en plus jeunes et de plus en plus violents.

Tout ceci doit nous montrer l'exigence de mobilisation et la capacité que nous avons à reprendre les problèmes de façon très méthodique. Prenons un exemple à l'école. À l'école, on se soucie souvent des 4-7 ans. Les plus jeunes, ils arrivent à l'école et il s'agit de les faire rentrer de la société. Très souvent, ces jeunes ne s'accrochent jamais à la société, ne s'accrochent jamais. On parle des décrocheurs, mais certains n'ont jamais même l'occasion de s'accrocher aux valeurs républicaines. Et donc, il faut un accompagnement particulier. Le dédoublement, c'est bien. Donner plus de temps aux professeurs pour moins d'élèves, c'est bien.

Mais il faut un accompagnement supérieur pour ceux qui arrivent à l'école ne parlent pas le français, pour ceux dont les parents ne parlent pas français non plus. Alors que vous savez parfaitement, souvent c'est en famille qu'une grande partie de l'éducation s'effectue. Ceux qui n'ont pas cette chance-là, il faut prévoir un accompagnement des enfants plus puissants, mais aussi un accompagnement des parents. La République, c'est la capacité à faire davantage, à faire du sur-mesure, à prendre en compte les situations particulières aussi.

34:52
Présentateur

Elisabeth Borne qui disait qu'il fallait choisir peut-être un métier aux alentours de 4 à 5 ans. Vous avez eu des enfants, 4 à 5 ans, c'est plutôt pas de patrouille, les tortues ninja avec le métier en réalité. Oui. Est-ce que les politiques ne sont pas déconnectées ? Après, vous posez des questions. J'ai cherché sur Internet les phrases toutes faites qu'on a sur les politiques. Je vous les posez, vous allez me dire ce que vous en pensez. Est-ce que parfois, certains politiques ne sont pas trop déconnectés ?

35:15
Dominique de Villepin

Est-ce que c'est un problème ? Le risque de la déconnexion, il est très présent. C'est pour ça que je me suis réjoui, même si c'est à contre-coeur que j'ai dû quitter le service direct de la France. Pour aller devenir avocat,

35:26
Présentateur

d'ailleurs.

35:26
Dominique de Villepin

Pour exercer un métier sans filet, gagner ma vie, tout simplement. À 53 ans, vous l'avez fait, je crois, c'est ça ? Absolument. Oui, en 2007, en quittant Matignon. Et donc, créer un cabinet d'avocats, employer de jeunes salariés, puis après, former un cabinet de conseil, me préoccuper des fins de mois. Ça fait partie des choses, oui, dont il faut avoir la connaissance. Et s'enfermer dans la bulle politique, c'est évidemment un risque ou un handicap. Mais ceci dit, ne généralisons pas, les politiques ne sont pas tous décollectés. Non, mais c'est exactement ça.

Et ce n'est pas parce qu'on ne connaît pas le prix du pain au chocolat qu'on ne connaît pas la souffrance ou la difficulté des Français.

36:07
Présentateur

Alors, les idées reçues sur la politique, les phrases répétées le plus par les Français sur les hommes et femmes politiques. Vous allez me dire, d'après vous, si c'est vrai ou pas, vous qui avez vu de l'intérieur tout ça. À la télé, ils jouent les ennemis, mais ils dînent tous ensemble

36:20
Dominique de Villepin

le soir. C'est souvent vrai. La buvette de l'Assemblée est un exemple frappant. La première fois qu'on va à la buvette de l'Assemblée, ceux-là même qui viennent de s'invectiver dans... De s'engueuler dans la télé. À l'intérieur de l'Assemblée nationale, dans le fond, boivent un coup ensemble et se tutoient. Ça fait partie, oui, des surprises.

36:39
Présentateur

Parce qu'aujourd'hui, on dit, oui, tel homme politique n'a pas voulu serrer la main au Sénat. Ça, en fait, en vrai, à l'extérieur, c'est souvent...

36:47
Dominique de Villepin

Ça peut arriver. Ça peut arriver. Et de ce point de vue-là, les dernières années ont été... Changées. Clivantes, oui. Il y a aujourd'hui des cultures politiques qui sont beaucoup plus clivées qu'auparavant.

36:58
Présentateur

Ils parlent d'écologie, mais ils roulent tous en SUV C'est des phrases qu'on retrouve... Je demandais à l'intelligence artificielle.

37:04
Dominique de Villepin

Je ne suis pas sûr qu'ils roulent en SUV et certainement pas tous avec chauffeur.

37:09
Présentateur

Ils n'ont jamais bossé de leur vie, mais ils nous expliquent comment vivre. Ça, c'est des phrases qui ressortent le plus. Mais vous me disiez, donc, il y a des politiques qui travaillaient aussi à l'extérieur.

37:18
Dominique de Villepin

Il y a beaucoup d'hommes et de femmes politiques qui continuent à avoir une activité de médecin, d'avocat ou autre.

37:24
Présentateur

Ils parlent au nom du peuple, mais ne mettent jamais les pieds dans un supermarché.

37:29
Dominique de Villepin

Pourtant, il faut bien se nourrir. Donc, qu'on aille chez Lidl ou un casino ou chez Leclerc, c'est une obligation. Vous ne pouvez plus faire de courses

37:37
Présentateur

au supermarché.

37:38
Dominique de Villepin

Non, détrompez-vous. C'est toujours possible. C'est d'ailleurs parfois très sympathique de pouvoir rencontrer des gens en dehors des plateaux de télévision ou des schémas organisés. Donc, oui, tous les écarts, tout ce qui vous permet de sortir de la vie politique, ça fait plutôt partie des moments agréables de la vie. gauche ou droite,

37:58
Présentateur

c'est la même chose. Ils sont tous amis en off, comme vous le disiez avant. On peut avoir des amis qui sont à l'opposé de l'échiquier politique. Est-ce que c'est possible ?

38:06
Dominique de Villepin

Alors, moi, mon sentiment, c'est que c'est parfois plutôt plus facile que des plus proches avec lesquels, souvent, on est en concurrence. Bah oui, la plupart, au sein d'un même mouvement politique, la plupart sont en concurrence les uns avec les autres. il n'y a pas de concurrence entre un parti de gauche et de droite. Oui, le grand écart est souvent plus facile à faire. Les gaullistes, par exemple, ont souvent été capables d'entretenir des relations très amicales avec les communistes. D'abord, parce qu'il y a une histoire commune, il y a un parcours, un itinéraire. Et puis, souvent, il y a un certain nombre d'engagements culturels, sociaux, qui peuvent être partagés.

La politique est un panier de crabes.

38:48
Présentateur

Les Français disent de la politique.

38:49
Dominique de Villepin

Vous qui l'avez vu de l'intérieur, est-ce que c'est vraiment un panier de crabes ? Est-ce que c'est très différent de ce qu'on voit dans le milieu médical ? Je ne sais pas si c'est pas. Est-ce que c'est très différent de ce qu'on voit dans la cour de récréation ? Est-ce que c'est très différent de ce qu'on voit dans les milieux culturels ? Je crois qu'il y a un esprit français qui fait qu'on est volontiers capables de se diviser, de se combattre les uns les autres. Donc oui, je pense qu'on est une société qui n'a pas beaucoup le goût du consensus et qui a de plus en plus de mal à se parler. Donc ça, c'est une réalité. La politique, évidemment, l'illustre fortement.

Il y a la culture des uns et la culture des autres. Il y a un jugement moral et de valeur entre les uns et les autres. Chacun s'estime porteur de quelque chose que l'autre n'a pas. Certains se voient comme représentants de l'ordre et de la sécurité des Français. D'autres se considèrent comme défenseurs de l'ordre social. Chacun imagine qu'il a pour lui-même quelque chose que l'autre n'a pas. Et je crois que le début de la politique, c'est quand chacun accepte de penser que l'autre a quelque chose à dire qui apporte quelque chose au débat. Après, il y avait

40:03
Présentateur

des choses personnelles sur certains politiques, précisément. Je vous en pose une ou deux. Vous me direz si vous avez peut-être connu ces gens-là. Est-ce que, par exemple, Charles Pasquois, Charles Pasquois était dangereux physiquement, un peu mafieux, etc.

40:18
Dominique de Villepin

Moi, j'ai très bien connu Charles Pasquois puisque j'ai commencé en politique avec lui.

40:22
Présentateur

Il paraît qu'il avait, je vous dis juste l'anecdote qui est ressortie d'Intelligence artificielle. C'est assez bien fait, c'est assez impressionnant. Il disait qu'il avait un petit calepin sur lui avec des choses écrites sur chaque juge,

40:32
Dominique de Villepin

Oui, je crois que la légende est plus forte que la réalité.

40:34
Présentateur

Au cas où il se faisait arrêter pour dire, je vous donne le calepin, une sorte de bombe atomique sur lui.

40:38
Dominique de Villepin

Je crois que la légende est très au-delà de la réalité. Mais ce qui est vrai et ce qui luce que vous dites, c'est qu'on a tendance à mettre dans les cases les responsables politiques et à considérer que l'image parfois truculente que certains donnent d'eux-mêmes correspond à une réalité. Charles Pasquois était assez différent dans le privé, assez différent de l'image qu'il pouvait donner en public. Mais vous savez, c'est comme les luttes en train de politique. On a beaucoup dit, on a beaucoup parlé de ma rivalité, des combats que j'ai menés avec Nicolas Sarkozy. Mais la vérité, c'est qu'on a fait beaucoup de chemin ensemble.

On s'est combattus, c'est vrai, pendant la campagne de 93-95, donc l'élection de 95. Et puis on s'est retrouvés, c'est moi qui l'ai ramené dans le jeu politique. Et puis j'ai pu apprécier aussi les qualités de l'homme. Et puis nous nous sommes revus au lendemain de toute l'aventure de Claire Stream. Et là, à chaque étape, on a pu découvrir et mieux se connaître. Donc très souvent, la présentation faite par les médias ne retient qu'un aspect. Désaspérité, désagressivité, la réalité est infiniment plus complexe. Et au bout du compte, vous savez, même quand on se combat, on finit par bien se connaître.

Et donc, par être capable d'avoir une relation beaucoup plus riche, beaucoup plus intéressante que ce que d'aucuns imaginent. Oui, puisque le monde

42:00
Présentateur

n'est pas tout blanc ou tout noir, c'est gris finalement. Mais donc, un Charles Pasqua, est-ce que c'était vraiment ça à l'époque de Mitterrand, Tonton Flinguer, je voyais, ça m'a sorti plein de trucs. Est-ce que c'était vraiment un peu plus comme ça à l'époque ?

42:10
Dominique de Villepin

Non, je pense que la réalité est infiniment plus nuancée et que toutes ces personnalités que vous citez sont infiniment plus complexes aussi dans leur personnalité. Charles Pasqua, c'est à la fois le résistant, c'est en même temps l'agent commercial de chez Ricard et c'est aussi l'homme du ministère de l'Intérieur et c'est aussi un homme de fidélité. Il a été pendant très longtemps à Jacques Chirac et en même temps, c'est un homme qui pour certains de sa famille a été perçu comme un traître quand il est passé chez Édouard Balladur. J'ai vécu chacun de ces mamans. Vous avez fait des sacrifices

42:39
Présentateur

avec vos enfants ? Il y a des moments où vous n'avez pas pu assez les voir ? Vous avez arrêté de ne pas assez voir, de rater des anniversaires ?

42:45
Dominique de Villepin

Bien sûr, bien sûr et c'est une immense frustration. Dans toute la période où j'étais à l'Elysée, j'étais littéralement à paix, mangé depuis très tôt le matin. Il n'y avait jamais, ça ne s'arrêtait jamais, pas de vacances, ça continuait. Il fallait toujours être en alerte. Vous savez, les difficultés, les complexités, elles sont sans vacances. Donc, oui, beaucoup de regrets, beaucoup de reconnaissance aussi vis-à-vis de ma famille. Que ce soit Marie-Laure qui était mon épouse ou que ce soit mes enfants. Qui a tenu la baraque, vous voulez dire, pendant que vous êtes prêts ? Oui, oui, mais plus que ça.

Comprendre, ne pas vous en vouloir, vous accompagner parfois, alors même que je sens que encore, encore. La représentation, la politique, les soirées, les machins. Oui, le service, l'exigence. Et si c'est pour la sixième fois un dimanche, on repart à l'Elysée et à nouveau, on passe parfois des heures et des heures jusqu'à très tard parce qu'on n'a pas le choix, parce que c'est comme ça, parce que c'est l'exigence du service. C'est dur de tenir en couple ? Oui, mais je pense souvent à la comparaison avec les médecins.

Les médecins qui sont réveillés au milieu de la nuit, les médecins qui doivent, un dimanche, alors même qu'il y a une fête de famille ou un mariage de personnes très proches, qui doivent partir pour arriver à destination et remplir leur office. Ça, je pense que c'est, oui, à bien des égards une forme de sacerdoce.

44:19
Présentateur

Je voulais qu'on parle un peu plus de perso, de votre parcours pour mieux le comprendre. Vous aviez un grand frère qui s'appelait Eric. Deux ans plus que moi. Voilà, qui est décédé en 1971 et en travaillant sur votre vie, j'ai vu que c'est vous qu'il avait découvert. Il est mort d'une crise d'épilepsie.

44:37
Dominique de Villepin

Oui, il faut être un arrêt du cœur.

44:40
Présentateur

Un arrêt du cœur qui, suite à... C'est ça, il était épileptique ?

44:42
Dominique de Villepin

Il était épileptique, oui, depuis l'enfance, dans des circonstances assez particulières parce que, comme toujours, face à ces maladies, on s'interroge sur les raisons. Et toute mon enfance, j'ai entendu ma mère et ma grand-mère répéter cette phrase qui me glaçait le sang à chaque fois, que l'épilepsie, c'est une maladie qui longtemps a été tenue cachée et qui est assez spectaculaire du fait des crises. On se met à trembler pour ceux qui ne savent pas. Des soubresauts qui agitent le corps. Et j'ai entendu cette phrase qui est, à la naissance, il n'a pas crié.

Et comme ça se faisait à l'époque en Algérie, ma mère a accouché de mon frère aîné à la maison et avec les fers, avec les forceps, et nous pensons que sa tête a pu heurter un des fers à la naissance, ce qui a posé un problème de circulation et d'irrigation du cerveau à ce moment-là. Les forceps,

45:45
Présentateur

c'est pour, en gros, faire passer, parfois, quand il y a un problème,

45:48
Dominique de Villepin

de sortir. Permettre de faciliter la sortie de l'enfant. Comme deux grosses cuillères. Exactement. Qui permettent d'écarter et d'élargir.

45:56
Présentateur

Et qui peuvent faire mal.

45:57
Dominique de Villepin

Absolument. Qui peuvent, dans certains cas, blesser. Vous aviez quel âge

46:00
Présentateur

quand il est parti ?

46:01
Dominique de Villepin

J'avais 20 ans. Nous revenions d'un voyage. Mon frère a passé dans des conditions très méritantes son bac l'année où il est mort. J'étais revenu aux États-Unis. Moi, j'ai eu la chance de passer mon bac avant lui. quand j'avais 16 ans. J'étais en première et j'ai donc fait mon bac en candidat libre. Et j'ai choisi de repartir à New York où habitait ma famille où était mon frère qui, lui, avait décidé aussi de passer le bac alors que les médecins avaient tous dit jamais il ne pourra réussir son baccalauréat. Les médicaments qu'il est obligé de prendre ralentissent trop et ne permettront pas ce passage effectif du bac. Et il a eu son bac avec mention.

46:41
Présentateur

Et comment ça se fait ? C'est vous qui l'avez découvert ?

46:43
Dominique de Villepin

Ce n'est pas vos parents ? Oui. Comment on se remet de ça ? D'abord, on porte en soi la voix d'un être cher. On porte en soi le regard d'un être cher. D'accord. Et c'est une exigence qui vous conduit aussi à tirer les fils. Moi, j'ai très jeune eu la passion de la poésie en particulier de ce qu'on appelle les maudits en poésie. Nous avons nourri ensemble cette passion des mots, cette passion d'une vie qui ne ment pas, de mots qui ne mentent pas, d'une volonté de partage qui est à vif. Et donc, ce compagnonnage que j'ai eu la chance de pouvoir nouer avec mon frère en allant jusqu'au bout du chemin qui était le sien, c'est resté comme un devoir.

je pense que ça a pesé très lourd dans mon choix de servir à l'État, de servir mon pays après, à travers la politique, de m'engager pour le service de la politique étrangère. Il y a là quelque chose qui était très naturellement écrit d'être au service de mon pays et d'être dans le monde puisque c'est la vie qui avait été la nôtre. Ça a changé votre rapport à la mort quand on est si jeune ? Oui, ça a changé une grande partie de ce qui fait le mystère de la mort, le passage, le franchissement du passage. Où est-ce qu'on va ? Oui, et puis surtout l'idée qu'il faut vivre avec, avec cette idée-là, avec cette... Savoir que il faut aussi penser sa vie par la fin.

Et ce n'est pas quelque chose qu'on découvre au dernier moment. Je pense que la mort fait partie de notre vie. Elle est inscrite dans notre vie. Ce qui fait le prix de la vie, c'est justement que cela se termine. C'est ce qui doit être une incitation permanente à vivre mieux notre vie, à être nous-mêmes. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut régler en cinq minutes à la fin en se disant tiens, les dernières minutes arrivent. C'est quelque chose qui véritablement constitue le prix qu'a chaque jour qui passe. Chaque jour qui passe doit avoir d'autant plus intensité que cela va s'arrêter et que cela nous oblige donc à être à la hauteur de ce que nous voulons être.

Vous pensez qu'il y a quoi après ? Votre opinion à vous, chacun à la sienne. Je crois beaucoup et j'ai vécu en Inde. Donc ça m'a beaucoup et j'ai choisi de vivre en Inde avec ma famille. Mes enfants, les deux premiers sont nés aux Etats-Unis. Ma dernière fille est née en Inde. Et l'Inde a été un moment très important pour nous tous c'est très important spirituellement à tout point de vue. D'abord l'immensité de ce pays, l'immensité de ce peuple, la beauté de ce pays et le rapport au temps. Et c'est ce que j'avais déjà constaté dans la passion que j'avais et que j'ai toujours conservée pour l'Afrique. Le temps n'a pas la même valeur. Chaque instant est éternel. Chaque instant ne passe pas.

et il faut être capable en permanence de vivre l'instant. Pas avec la préoccupation de ce qui se passera demain, pas avec la préoccupation. C'est maintenant. Et il y a une sorte de fatalité, parfois même de résignation que l'on sent dans beaucoup de vies en Inde, de résignation devant ce qui vient. À quoi ça sert de s'insurger contre la souffrance, contre la difficulté puisque c'est écrit ? Vous n'avez pas répondu

50:20
Présentateur

à ma question ? Qu'est-ce que vous pensez ? Après, vous avez fait une très belle phrase de politique très longue et vous diluez mais je n'ai pas l'information. Qu'est-ce qu'il y a après ? Vous avez parlé de profiter de la vie, c'est bien, mais ce n'était pas ma question. Ma question, c'est qu'est-ce qu'il y a après ?

50:30
Dominique de Villepin

Vous me présentez l'après comme s'il y avait... Où est-ce qu'on va ? Voilà, vous me présentez l'après comme s'il y avait une friandise ou un joli fruit qu'il s'agissait de cueillir. Moi, je crois que l'après, c'est la somme de tout ce qu'on a fait dans sa vie. Je crois que l'après, c'est le point de départ, ce qu'on était et ce qu'on est arrivé à faire. De ce point de vue-là, il y a une très belle parabole qui est la parabole des talents. La parabole des talents qui fait que chacun d'entre nous a un talent. Certains plus grands que d'autres, mais chacun est comptable de faire fructifier ses talents. L'après, c'est ce que nous pouvons laisser, ce que nous pouvons laisser derrière nous.

Le message, moi, c'est pour cela que j'ai la passion de l'enseignement, la passion de la transmission. L'idée que ce que j'ai pu apprendre, si je peux le partager avec d'autres, si je peux le faire comprendre à d'autres, eh bien, ça, c'est une satisfaction, c'est un accomplissement. L'après, ce n'est pas un temps nouveau forcément qui s'ouvre. L'après, c'est le moment où tout ce qu'on a voulu être devient enfin possible et se réalise.

51:37
Présentateur

Ah, donc vous pensez qu'il y a quelque chose d'après ? Parce qu'en un, vous pensez qu'on se réincarne.

51:40
Dominique de Villepin

Oui, mais comme étant la somme de tout ce qu'on a pu faire, comme étant l'addition de tous ces moments qui nous ont permis de nous changer, de nous métamorphoser. C'est plus un point d'harmonie dans une vie que véritablement le début d'une nouvelle aventure.

51:58
Présentateur

Vous avez fait Sciences Po, puis l'ENA, vous avez fait plusieurs écoles, vous étiez même dans la même promotion, je crois, la promotion Voltaire, je ne sais pas de bêtises à l'époque, c'est ça ? Il y avait Ségolène Royal à l'époque, il y avait François Hollande, il y avait Michel Sapin, enfin, il y avait plein de gens.

52:11
Dominique de Villepin

Mais les vraies études qui ont compté pour moi, ce n'est pas l'ENA où je n'ai pas appris grand-chose, c'est mes études de lettres. Ça, ça a été le moment le plus enrichissant de mes études, que ce soit la littérature du Moyen-Âge, de la Renaissance, que ce soit l'étude des romanciers modernes. C'est véritablement la capacité de rentrer dans un texte et de chercher à comprendre la vérité de ce texte, ce qu'a voulu dire l'auteur, le lien entre le texte et une époque. La littérature m'a sans doute apporté dans toutes mes études le plus grand bonheur. Le reste, après, c'est des outils, c'est des instruments, on apprend le droit, on apprend l'économie, on apprend les relations internationales.

Mais la littérature, c'est ce qui m'a le plus enrichi, ouvert les yeux et de la même façon, tout ce qui va avec la littérature, le beau, les beaux-arts, tout ce qui relève de l'ordre de la culture, tout ce qui éveille et ouvre.

53:13
Présentateur

Pour refaire un résumé rapide de votre parcours, vous avez tellement fait de choses, vous étiez à la direction des affaires africaines, de 80 à 84, premier secrétaire à l'ambassade de France à Washington, après, vous êtes parti de 84 à 89.

53:24
Dominique de Villepin

Entre les deux, j'ai été nommé en Iran. C'est en Iran. J'ai été nommé en Iran en 1984 à un moment qui était un moment assez tragique dans les relations franco-iraniennes et finalement, je n'ai jamais eu le visa que je devais avoir et c'est parce que je n'ai pas pu partir en Iran que j'ai été nommé à Washington.

53:43
Présentateur

Ensuite, le conseiller à l'ambassade de France à New Delhi, on parlait justement avant, 89 à 92, directeur adjoint aux affaires africaines encore de 92 à 95, vous êtes revenu.

53:50
Dominique de Villepin

L'Afrique est un des fils directeurs de mes passions.

53:54
Présentateur

Secrétaire général de l'Elysée, 95 à 2002, c'est vice-président quasiment, secrétaire général du Conseil. C'est un poste qui est un peu méconnu en France mais qui est lexicolaire qui était à l'époque avec Emmanuel Macron. Il avait finalement énormément de pouvoir aussi.

54:07
Dominique de Villepin

Oui, parce qu'on a le bureau à côté de celui du président de la République et on accompagne le président de la République dans tout ce qu'il fait. Donc, on est dans la proximité du président de la République, ce qui ne veut pas dire qu'on puisse tout son sou peser sur les décisions. Donc, on ne prend sans doute plus ce qu'il ne faudrait au secrétaire général. Mais il est là, oui, pour préparer un certain nombre de choix, pour éclairer un certain nombre de choix. Mais c'est au président de la République, bien sûr, qu'il revient de prendre les décisions.

54:36
Présentateur

ministre des Affaires étrangères 2002-2004, ministre de l'Intérieur 2004-2005 et premier ministre ensuite 2005-2007. Donc, vous avez rencontré, c'est en 1980, j'ai noté que vous avez rencontré Jacques Chirac, je voulais parler de la rencontre aussi. À l'époque, il était maire de Paris, je crois, en 1980. Vous avez dit un jour dans une interview que je ne serais jamais entré en politique sans Jacques Chirac, justement. Comment vous le rencontrez ?

54:59
Dominique de Villepin

J'avais été sollicité très tôt quand je suis arrivé au Quai d'Orsay parce que je m'étais engagé au RPR en 1977. Tout le monde connaissait mes idées gaullistes. Et donc, un matin, ma sous-directrice, qui était Marie-Claude Cabana, la femme du secrétaire général de Jacques Chirac à la mairie de Paris, est venue me voir en me disant « Je connais vos opinions gaullistes, est-ce que ça vous intéresserait de conseiller le maire de Paris en matière internationale ? » Comme diplomate, bien sûr, donc avec le devoir de réserve qu'oblige la fonction. Donc, j'ai dit oui et j'ai commencé à écrire des notes, faire des discours pour le maire de Paris.

Et puis, un jour, Alain Juppé, que je connaissais bien parce que lui-même était au fonctionnaire à l'époque, directeur des finances de la ville de Paris, m'envoie un projet de discours de Jacques Chirac en me disant « Le maire de Paris va avoir ton avis sur ce discours, donc merci de nous renvoyer assez vite. » Et je regarde le discours qui était d'actualité puisque ce discours avait trait à déjà l'idée d'une évolution de notre architecture de dissuasion pouvant s'élargir éventuellement à l'Allemagne. Et donc, j'écris en haut du discours « Si le maire de Paris prononce ce discours, il a toutes les chances de devenir un zozo de la vie internationale. » Vous lui dites ça ?

Je mets ça sur le discours et je renvoie le discours et le discours est intercepté par Jacques Chirac qui était pressé de pouvoir mettre une dernière main à son discours et donc il regarde la note un peu surpris et dit à sa secrétaire Madame Esnousse qui était une ancienne collaboratrice de Georges Montpidou et il lui dit « Convoquez Villepin, je veux le voir demain. » Et là, il me convoque et je me retrouve devant Jacques Chirac gigantesque à tout instant en prenant les bûches à côté de lui pour les jeter dans le grand feu de la cheminée de l'hôtel de ville et il commence la conversation en me disant « Dominique, vous le faites bien. » Il y a un truc.

« Le général de Gaulle avait ses René Capitain, Georges Pompidou avait ses amis de la rue d'Ulme, Giscard, ah, Giscard, et bien Giscard n'avait personne. Et moi, je vous le dis, un jour, nous travaillerons ensemble. Et c'est ce qui s'est passé. J'ai évidemment continué à apporter ce que je pouvais apporter de conseil au maire de Paris. » Excusez-moi, il parlait vraiment comme ça ?

57:23
Présentateur

Est-ce qu'il avait vraiment une manière de...

57:24
Dominique de Villepin

Il avait... Même en privé ? Oui, parce qu'il avait constamment le goût d'affirmer avec sa voix sa conviction. Et donc, il prenait son élan et assenait. Même en privé ? Et assenait. Ah oui, en tête à tête. Absolument. Oui, oui. Il était rarement sur le registre calme et tranquille. Même en le connaissant bien, en ayant travaillé des années avec lui, il était toujours comme ça. Il n'était pas toujours sur ce registre. Il pouvait parler évidemment différemment. Mais il avait tendance, quand il voulait soleniser, de prendre un ton, une gravité, une force qui lui donnait cette hauteur, cette stature. Et donc, les années ont passé.

Nous avons continué à travailler sur beaucoup de sujets internationaux. C'est un homme qui était un véritable ogre en matière de culture et d'information internationale. Il bossait beaucoup ? Mais tous les jours, il consacrait plusieurs heures par jour, même comme maire de Paris, à son information en matière internationale. Il voulait tout savoir. Il voulait être informé de ce qui se passait en Afrique, en Asie. Donc oui, c'est un homme qui n'a jamais cessé de faire ce travail de préparation à la fonction présidentielle. Il considérait qu'il y avait un rôle particulier, bien sûr, du président de la République. ça fait partie de l'évolution de la Ve République, le fameux domaine réservé.

Et donc, oui, l'international, les questions de défense faisaient l'objet d'une attention particulière. Vous le voyez en privé ? Il est venu dîner chez vous ? Là, c'est en 1989. Je le reçois à Washington. Je suis directeur des services de presse et de la communication de l'ambassade de France à Washington. J'avais un très bon ambassadeur mais qui n'était pas désireux de prendre de risques sur le plan politique. Jacques Chirac était le chef de l'opposition. Et donc, il m'avait dit « Dominique, vous le connaissez bien, occupez-vous-en ». Donc, j'ai moi qui accompagnais la Maison Blanc, ce Jacques Chirac.

Je me suis occupé de le recevoir, de faire un cocktail à la maison qui lui a permis de rencontrer tous les gens qu'il voulait rencontrer. Donc, ce sont vraiment des liens forts qui se sont noués jusqu'à mon retour en France en 1992 et où là, Jacques Chirac prend le risque après les législatives de 1993 de laisser Édouard Balladur devenir Premier ministre.

59:41
Présentateur

Quel est le moment le plus incroyable que vous ayez vécu en off avec lui où vous vous êtes dit « Putain, il est quand même original ». Est-ce qu'il y a un moment un peu rigolo ?

59:48
Dominique de Villepin

Chaque moment était très fort. Mais parmi les moments qui restent pour moi aujourd'hui, quand je prends le recul, il y avait régulièrement, il rentrait dans mon bureau sans prévenir. Et puis un jour, je reçois un appel de Los Angeles et j'ai un ami qui me dit « Marlon Brando veut te voir ». Et donc, Marlon Brando me dit « Il faut absolument que je vous vois ». Il avait une île, Tétiaroa, en Polynésie française et il se posait la question de transformer cette île en une sorte de laboratoire écologique. Et donc, il me dit « Je viens à Paris pour vous voir » et deux jours après, il débarque dans mon bureau. Et donc, je reçois Marlon Brando. Vous étiez à quel poste à ce moment-là ?

J'étais secrétaire général de l'Élysée. Marlon Brando qui était déjà volumineux, s'écrase dans son fauteuil, ferme les yeux et me dit, je le dis en français, « Mais Dominique de Villepin, vous savez, être à Paris, les yeux fermés, être à Paris, ça ramène dans ma mémoire tellement de souvenirs. » Et là, je vois une larme qui coule. Il me dit « Des femmes ». Et à ce moment-là, la porte arrière de mon bureau s'ouvre. Jacques Chirac rentre. « Ah, Marlon Brando ! » « J'ai vu tout au fil. » Et là, la minute d'émotion, évidemment, a été interrompue par Jacques Chirac. Mais, non, c'est une nature exceptionnelle. Et je regardais régulièrement le soir avec lui le début du journal de 20 heures.

Mais avant le début du journal de 20 heures, et il arrivait régulièrement avant, il y avait les guignols. Et donc, à côté de Jacques Chirac, nous regardons les guignols. Moi, j'étais évidemment plié en deux. C'est drôle, hein ? Et Jacques Chirac ne riait pas du tout. Mais alors, pas du tout.

1:01:35
Présentateur

En plus, il y avait sa marionnette vraiment tout le temps.

1:01:38
Dominique de Villepin

Oui, et c'était l'époque où il était évidemment très souvent moqué. Il regardait quand même. Il regardait, mais il n'y avait pas de satisfaction forte en le regardant. Et ça ne suscitait pas un rire hilarant chez lui. Et donc, ces moments de partage silencieux sont restés comme des moments très forts. comme quand je rentrais sans frapper dans son bureau, c'est un privilège qu'il m'avait accordé. Je rentrais sans frapper dans son bureau et j'essayais de retenir son attention en lui disant les choses de façon un peu massive et abrupte pour qu'il entendre.

Et il me regardait toujours avec un sourire comprenant que si je lui disais des choses qui pouvaient paraître désagréables, c'était par souci de vérité et souci de vraiment ne pas chercher à faire preuve d'esprit de séduction ou d'esprit courtisant mais constamment de lui dire la vérité.

1:02:40
Présentateur

Il y a une histoire d'entrecôte aussi, je crois. Il avait mangé une entrecôte de 800 grammes, une côte de bœuf un matin. C'est vous qui l'avez raconté, je crois, à mon équipe en préparant l'émission qu'il était très tôt et je crois il était vers 10h du matin. Il avait mangé une entrecôte de 800 grammes, c'est quand même beaucoup. Et vous lui dites qu'est-ce que vous allez faire après, M. le Président ? Il vous répond je vais déjeuner, il est l'heure. Oui,

1:03:03
Dominique de Villepin

la chose la plus singulière de son tempérament, c'était quand on décollait pour aller à Bruxelles, par exemple, parfois tôt le matin et on amenait des plats de charcuterie et je le voyais mais alors sur l'andouillette, la saucisse, le jambon fumé, le pâté. Ah oui. Et c'est tout juste si ce n'était pas avec le coup de blanc. Alors c'était davantage la bière mais il avait cet appétit. Mais il avait cette capacité à rester lui-même en toutes circonstances. Je me rappelle

1:03:37
Présentateur

les conseils européens.

1:03:41
Dominique de Villepin

Il arrivait dans les conseils européens. Les conseils européens, ce n'est pas quelque chose de particulièrement sympathique ni fraternel. Il y a les chefs d'État qui sont là les uns à côté des autres et nous nous retrouvons donc systématiquement l'un à côté de l'autre. C'était l'époque où les premiers ministres avaient le droit ou les ministres d'Afrique étrangère avaient le droit de participer. Et donc, comme ministre d'Afrique étrangère, j'étais à côté de lui. Et chaque fois qu'il arrivait, il arrivait avec une sacoche extraordinairement lourde, particulièrement plus lourde que d'habitude. Il ouvrait sa sacoche.

Il sortait différentes boîtes de noix, noix de cajou, différentes noix et il mettait ça devant lui. On savait que les coronas étaient au frais. Il sortait des dossiers volumineux et puis, comme il y avait des entractes assez longs, il y avait aussi les dossiers qu'il passionnait sur le Japon au VIe siècle ou telle calligraphie chinoise qui n'avait pas complètement pu décoder. Et là, il était chez lui. Il éprouvait le besoin partout où il allait et c'est en ça qu'il était vraiment un limousin. Le besoin de recréer d'environnement qui lui était familial. Il était bien quand il était chez lui.

Et il avait cette capacité de mettre à l'aise les gens qu'il recevait et d'être lui-même en toutes circonstances. Il apportait l'apéro, finalement. Il apportait des noix pour tout le monde. Il était soucieux d'apporter ce qui fait le plus défaut dans la vie publique, un peu d'humanité. Il était humain. Il était chaleureux. Il était fraternel. Toujours un mot pour chacun, demandant des nouvelles du membre de la famille dont il savait qu'il avait vécu telle et telle épreuve. C'est vraiment cet attachement à l'homme avant la fonction. Il faisait le salon de l'agriculture à l'époque. Il passait, il les avait

1:05:31
Présentateur

l'adoré.

1:05:32
Dominique de Villepin

Du coup,

1:05:33
Présentateur

il goûtait à tout. Vous l'avez fait avec lui déjà ?

1:05:35
Dominique de Villepin

Je n'ai pas fait le salon parce que le secrétaire général, sa vocation, c'est d'être au piquet. En tant que Premier ministre, je l'ai fait pendant des heures et des heures. Sans lui, mais vous l'avez fait. Bien sûr. En fait,

1:05:44
Présentateur

ce n'est pas facile de goûter à plein d'alcool au bout d'un moment. Non,

1:05:47
Dominique de Villepin

ce n'est pas facile parce qu'on change d'interlocuteur toutes les cinq minutes et à chaque fois, il faut recréer une empathie.

1:05:56
Présentateur

Il faut tenir d'alcool quand on est président sur un discours.

1:06:00
Dominique de Villepin

Oui, surtout lui qui n'était pas un grand amateur de vin. Il goûtait de temps en temps, mais il buvait de trop grandes quantités pour pouvoir boire des alcools trop forts. Sauf le rhum, dont il avait l'habitude de dire le rhum est le seul alcool qui ne rend pas triste. Et il était évidemment très content quand ses amis de Polynésie ou d'ailleurs lui amenaient des bouteilles de rhum qui lui permettaient de temps en temps de...

1:06:29
Présentateur

On voit des photos, il avait un style assez incroyable, il mettait ses pieds sur le siège de devant. Il y a plein de photos, d'ailleurs des tableaux qui sont en vente aujourd'hui. On le voit avec des bandeaux, les pieds en l'air sur le siège en avion, vous l'avez vu déjà. Le naturel, la simplicité. Oui, il était plus vrai que nature. On le voit boire des coups dans les bars avec les gens. C'est une autre époque aussi. Oui,

1:06:49
Dominique de Villepin

mais la clé, parce que certains pourraient penser... C'est mis en scène. C'est quand même un peu de communication, un peu abusif. Non, c'est une nature, j'affirai. C'est un tempérament. C'est une générosité. C'est quelqu'un qui ne joue pas. C'est quelqu'un qui a cette capacité en permanence à donner de lui-même et à partager. Donc oui, l'amour des gens, ce n'est pas quelque chose qui était fin chez lui. C'est une vraie réalité. Il est passé,

1:07:17
Présentateur

un jour, j'étais dans mon landau, pour une petite anecdote personnelle, j'étais au feu rouge, enfin, mes parents étaient au feu rouge, ils me poussaient, j'avais quelques mois. il est passé en voiture avec son cortège et en fait, il est sorti de la voiture. Après, c'est peut-être quelque chose qu'il allait bien faire. Il est sorti de la voiture, mes parents, bouche bée, pourquoi ? Il est venu, il a dit, quel âge il a ? Il a dit, est-ce que je peux ? Il m'a pris, il m'a fait un bisou sur le front, il a dit, beau bébé. Il a reposé le bébé, il a remonté, il a reparté.

1:07:44
Dominique de Villepin

Il savait, et je blague bien sûr, il savait qu'un jour, vous auriez 18 ans et une carte de vote. Oui, c'était la culture d'aller... Mais oui, mais c'est surtout le goût des gens. Moi, combien de fois je l'ai vu rentrer dans mon bureau en me disant, Dominique, on m'a donné une information, j'ai eu le facteur de mon village qui m'a dit que... Et donc, faites attention parce que sur le plan politique, si vous prenez cette décision, vous risquez d'être mal compris dans mon village. Donc, c'est quelqu'un qui en permanence avait le goût de multiplier les informations. Je me rappelle, recevant François Pinault et lui disant « Alors, comment va le petit commerce ?

» À l'époque, François Pinault avait le printemps, je crois, et donc, évidemment, il lui apportait des nouvelles de la consommation, de ce que les gens achetaient, de ce qu'ils n'achetaient pas. Il y avait toujours cette volonté d'être au plus près de la vie des gens, de ce qui faisait la préoccupation des Françaises et des Français.

1:08:40
Présentateur

Le 25 juillet 1995, à l'époque, vous êtes secrétaire général encore de la présidence. Il y a un attentat islamiste qui va faire 8 morts, 117 blessés à la station de RER Saint-Michel-Notre-Dame à Paris. Vous apprenez la nouvelle ? C'est quoi la première chose qu'on fait à l'époque dans une situation pareille ? On avertit le président ? C'est vous qui l'avertissez ?

1:08:58
Dominique de Villepin

C'était le GIA qui avait frappé. Qu'est-ce que c'est que le GIA ? C'était le groupe algérien extrémiste qui a sévi et commis pas mal d'attentats dans cette période, qui avait frappé à la station Saint-Michel, faisant des morts et de très nombreux blessés. 117. Et donc, j'apprends la nouvelle et apprenant la nouvelle, la première chose que je vais faire, c'est voir Jacques Chirac. Et Jacques Chirac me dit qu'est-ce qu'on fait ? Très vite, on se rend compte qu'il faut y aller. Et donc, Jacques Chirac me dit venez avec moi. Et je me rappelle, il était dans sa fameuse C.I., dans sa fameuse Citroën. la voiture avance particulièrement vite pour se rendre à Saint-Michel.

Et je revois son regard, sa gravité, sa concentration. Je revois le poids que cela représente quand on est chef d'État de se dire un drame frappe les Françaises et les Français. Toute la nation est dans l'épreuve. Et il faut que dans ce moment-là, le recueillement, la gravité qui est la mienne, Jacques Chirac, eh bien, ce soit véritablement au nom de la nation, au nom du peuple que je vive cet événement. Et donc, on a été à Saint-Michel. Il y avait un hôpital de campagne qui, sur le parvis de la place Saint-Michel, avait été créé. On est descendu dans le métro. Vous imaginez le spectacle, l'émotion. Vous arrivez alors qu'il y a encore les corps, etc. Oui, bien sûr.

L'émotion que cela représente. Et c'est tout à coup de se dire, ben voilà, la République est menacée, les Français sont menacés. Et il va nous falloir trouver les réponses et faire en sorte que tous les Français, toutes les Françaises et tous les Français puissent se retrouver, communir ensemble dans ce moment tragique.

1:10:53
Présentateur

Il était énervé en off après quand il voit ça, quand vous voyez vous aussi des corps.

1:10:58
Dominique de Villepin

Non, Jacques Chirac est un homme de très grand sang-froid et au contraire, on est renvoyé à son devoir, on est renvoyé à sa responsabilité, on est renvoyé à l'exigence de l'action et de la coordination. Donc, mettre en place une cellule de crise, mobiliser l'ensemble des services nationaux, faire en sorte de pouvoir saisir tous les signaux faibles ou plus forts qui peuvent nous permettre de mieux comprendre et de trouver les clés et à partir de là, d'apporter les réponses indispensables. Est-ce que le terrorisme a changé depuis 1995 ?

Les raisons qui conduisent des individus à agir de façon violente restent souvent les mêmes et les modalités, même si, évidemment, elles évoluent, les techniques peuvent évoluer. Mais fondamentalement, il y a, oui, ce caractère opportuniste du terrorisme qui se... s'appuie sur les moments vulnérables, s'appuie sur les fractures du pays pour essayer de marquer des points. Donc, il y a en permanence à prendre à la fois la réalité de la violence, mais en même temps, l'exploitation de cette violence à des fins de communication, à des fins politiques pour diviser les Français. Et dans ces mécanismes, je crois qu'il y a toujours le même mode opératoire.

C'est envoyer un message avec l'espoir du côté des terroristes qu'ils vont diviser la nation, qu'ils vont monter les Français les uns contre les autres, que tout cela va nous conduire à nous fragiliser. Et donc, c'est là où l'esprit de rassemblement doit être au rendez-vous de la façon la plus forte. Et c'est bien sûr le chef d'État qui, en premier chef, porte cette exigence. C'est ce que nous verrons dans les autres drames que nous avons connus depuis cette date. Est-ce que Jacques Chirac, quand vous buviez un verre

1:12:41
Présentateur

peut-être après le travail, je ne sais pas si vous pouvez prendre un petit temps pour discuter sympathiquement, amicalement après parfois, est-ce qu'il vous a donné des conseils ? Est-ce qu'il vous disait tiens, tiens-toi droit ou prends une fiche comme ça ou porte-t-il discours ? Est-ce qu'il vous donnait des conseils amicaux, bienveillants pour vous accompagner ?

1:12:57
Dominique de Villepin

Non, ce n'est pas quelqu'un, Jacques Chirac, qui n'est pas du tout intrusif. Il était extraordinairement respectueux de tous ceux qui travaillaient pour lui et avec lui, très reconnaissants. Donc c'est un homme qui était capable de témoigner au quotidien de sa gratitude et de sa reconnaissance. Ce n'est pas quelqu'un qui jugeait. Ce n'est pas quelqu'un qui vous mettait dans la situation de vous tester ou de vous faire passer un examen. Moi, j'ai connu des responsables politiques qui, en permanence, voulaient marquer le coup vis-à-vis de collaborateurs qui n'avaient pas donné pleinement satisfaction ou qui n'avaient pas la réponse à telle et telle question suffisamment rapidement.

Jacques Chirac est un homme dans sa pratique du pouvoir incroyablement humble et comprenant quelle était la dureté de la vie de ceux qui l'entouraient. Et donc son mode de commandement, sa façon de commander qui était très inspirée de la longue espérance qu'il avait de la vie politique mais peut-être aussi de son expérience de lieutenant en Algérie pendant plusieurs années ayant connu la guerre. C'est plus l'idée de l'esprit d'équipe. L'idée que ceux qui sont avec lui doivent être ménagés. Il faut prendre en compte leur situation même s'il était évidemment très exigeant et très dur dans... Il n'allait pas vous donner des conseils quoi ? Non.

1:14:08
Présentateur

J'ai vu quand j'ai annoncé à l'équipe que vous veniez il y en a qui ne saviez pas si vous étiez de gauche ou de droite. C'est bon signe. Vous étiez dans un gouvernement avec Jacques Chirac donc un peu plus à droite et encore d'ailleurs ça dépend sur certaines idées parce qu'aujourd'hui la gauche et la droite ne sont pas la même qu'il y a 20 ans. Le monde a changé. Le monde a changé. Vous avez été invité à la fête de l'Huma en 2024 si je ne dis pas de bêtises.

1:14:33
Dominique de Villepin

En 2023 c'était Édouard Philippe qui a été invité.

1:14:35
Présentateur

Voilà, exactement.

1:14:36
Dominique de Villepin

Vous voyez, la fête de l'Huma est très ouverte, très éclectique.

1:14:39
Présentateur

Oui, mais vous êtes très apprécié d'une partie de la gauche aussi. Vous vous situez comment ? Ce n'est pas une question piège c'est juste aujourd'hui la politique a changé comme vous le disiez et la gauche et la droite ont changé, évoluent aussi. Comment vous vous situez-vous ?

1:14:51
Dominique de Villepin

Je n'ai jamais été engagé dans la vie partisane. Je n'ai jamais eu l'esprit de parti au sens j'ai raison, vous avez tort. Donc j'ai toujours pensé que la politique c'était d'essayer de travailler avec ceux qui pensent comme vous mais aussi ceux qui ne pensent pas comme vous et peut-être au premier chef essayer de convaincre ceux qui ne pensent pas comme vous. Donc je n'ai pas une fois de plus cet esprit de partisan qui conduit à se situer dans la vérité d'un camp. Et aujourd'hui encore donc ce qui me guide c'est davantage l'exigence de rassemblement face à la gravité de la situation et des épreuves que nous traversons. J'avais demandé à Sébastien Lecornu le ministre des armées

1:15:28
Présentateur

mais est-ce que quand vous avez pris votre fonction quand vous étiez secrétaire généralisé donc vous accédez à beaucoup d'informations au premier ministre aussi au Quai d'Orsay aussi d'ailleurs ministre des affaires étrangères et au ministère de la défense bien sûr. Est-ce que vous imaginiez certaines choses et en prenant vos fonctions vous avez été surpris de voir à quel point c'était vrai. Vous avez vu des informations est-ce que vous avez découvert des choses en vous disant ah oui ça se passe vraiment comme ça ah oui je ne vous demande pas quoi je ne regarde pas mais est-ce que vous avez appris des choses sur des dossiers en étant vraiment très étonné de ce que vous apprenez.

1:16:00
Dominique de Villepin

non parce que non parce que la nature de l'information dans les allées du pouvoir dans l'exercice du pouvoir ce sont des informations qui très souvent alors à des degrés variables mais viennent éclairer des situations qui ne sont pas axées sur des situations individuelles ce n'est pas des informations sur la vie des gens contrairement à ce qu'on peut croire on a beaucoup glosé et on s'est beaucoup trompé d'ailleurs sur les activités des renseignements généraux mais c'est beaucoup plus le rapport des forces c'est beaucoup plus des situations locales ou nationales ça a beaucoup moins trait qu'on ne le croit et même pas du tout trait à la vie des individus.

Je parlais par exemple il y avait des rumeurs

1:16:50
Présentateur

à l'époque Lady Di avait été finalement

1:16:52
Dominique de Villepin

tué par des services secrets j'ai écouté c'est moi qui ai eu le premier l'information de la mort de Lady Di donc je suis bien placé pour savoir les rumeurs qui ont eu lieu après mais il arrive que des situations comme celle-ci arrivent à des têtes couronnées comme à chacun d'entre nous la banalité de la vie elle a lieu à tous les niveaux et à tous les âges donc oui je sais à quel point il peut y avoir des fantasmes des histoires

1:17:23
Présentateur

ou tel dictateur

1:17:24
Dominique de Villepin

oui mais l'esprit le complotisme s'est beaucoup développé les dernières années les réseaux sociaux jouent beaucoup avec ça mais vous savez la réalité est souvent beaucoup plus prosaïque ah oui

1:17:37
Présentateur

par exemple les ovnis à une époque vous quand vous étiez d'ailleurs en politique il y avait toute une mode des ovnis il y avait plein d'émissions sur le champ naturel

1:17:46
Dominique de Villepin

en matière d'ovnis on a suffisamment à faire avec l'inflation les déficits les drames ici ou là on n'a pas besoin d'en rajouter

1:17:55
Présentateur

il y avait une mode à l'époque il y avait des émissions sur le champ naturel qui cartonnaient à la télé paranormal pardon

1:18:01
Dominique de Villepin

bien sûr mais je peux vous dire que dans les secrets de l'état il n'y a rien sur les ovnis

1:18:06
Présentateur

donc il y a une BD qui a été adaptée en 2010 de Antonin Baudry qui s'appelle Quai d'Orsay

1:18:13
Dominique de Villepin

qui était un de mes collaborateurs au Quai d'Orsay

1:18:16
Présentateur

voilà exactement il vous a posé des questions avec Christophe Lain

1:18:19
Dominique de Villepin

qui est un dessinateur absolument formidable tous les deux plein de talent et donc ils ont réalisé cette BD à l'époque sans me le dire et moi je l'ai découverte une fois qu'elle était écrite

1:18:31
Présentateur

après ils en ont fait un film avec Thierry Larmite adapté est-ce que vous l'avez rencontré pour le conseiller est-ce qu'il vous a

1:18:36
Dominique de Villepin

je connaissais Thierry Larmite mais il n'a pas besoin de conseil vous savez c'est un acteur formidable

1:18:39
Présentateur

non mais sur le rôle parfois il aurait pu vous poser des questions

1:18:41
Dominique de Villepin

mais je crois que là alors là la BD avait suffisamment capté suffisamment d'éléments un peu insolites un peu atypiques pour viser juste donc après il y a des parties prises de scénarios mais la BD était assez juste sur un univers assez particulier que les français connaissent mal qui est l'univers des cabinets ministériels les anti-champs du pouvoir comment vous faites pour mobiliser une équipe d'une trentaine quarantaine de jeunes gens dans la force de l'âge et qui parfois 18h par jour sont sur le pont à donner le meilleur d'eux-mêmes et donc c'est comment vous comment vous les entraînez comment vous leur donnez des raisons de se battre comment vous leur donnez des raisons y compris le dimanche à 11h le soir d'être encore au turbin et encore de donner le meilleur d'eux-mêmes

1:19:31
Présentateur

ça a été quoi vous qui avez fait beaucoup de fonctions très différentes à très haut niveau le moment le plus dur de votre carrière vous vous êtes dit vraiment là c'est dur quand même je tiens mais c'est dur

1:19:40
Dominique de Villepin

il y a toutes les toutes les grandes épreuves toutes les grandes épreuves politiques les manifestations de masse le contrat premier embauche on a fait partie les émeutes des banlieues également en 2005 vous avez connu

1:19:55
Présentateur

avec Zia Desbonas c'est ça ?

1:19:56
Dominique de Villepin

absolument ça ce sont des drames qu'on n'oublie pas qui sont marqués au fer rouge et qui constituent souvent des moments avec des regrets des moments où on se dit la vie de ces enfants bascule et peut-être qu'il aurait été possible de faire autrement donc oui c'est de ce point de vue là la politique elle est cruelle et elle continue de vous agiter de vous réveiller la nuit en vous disant est-ce que j'ai fait tout ce que je devais faire et c'est pareil quand vous gérez une crise comme la Côte d'Ivoire Madagascar Haïti vous êtes en permanence à vous poser la question jour et nuit de est-ce que c'est la bonne décision est-ce que c'est comme ça qu'il fallait faire est-ce qu'il ne faudrait pas corriger au milieu du CPE j'étais hanté par l'idée que faire pour transformer la proposition que j'ai faite et est-ce qu'il est possible de modifier les choses

1:20:52
Présentateur

je voulais parler des enfants avant de terminer deux secondes c'est important crise des banlieues c'est en 2005 donc c'est il y a des boudins on en parlait juste avant ils sont rentrés dans un transformateur pour fuir la police en gros ils couraient ils rentrent dans un transformateur

1:21:07
Dominique de Villepin

ils reviennent ils reviennent d'un match de foot ils traversent les cités et il y a un appel téléphonique d'une personne qui aux abords des chantiers voient ces jeunes gens et qui croient qu'ils sont en train de cambrioler un barraquement ce qui n'était pas le cas et donc l'alerte est déclenchée la police effectivement recherche ces jeunes gens ils se croient eux poursuivis pensent qu'ils sont poursuivis ils se replient sur un transformateur et deux d'entre eux sont électrocutés deux meurent et le troisième est grièvement brûlé et c'est évidemment un drame immense et et et et et et et des maladresses qui sont commises dans l'information que nous donnons sur le moment notamment en reprenant les termes d'un communiqué du ministère de l'intérieur qui indique que c'est à la suite d'un cambriolage d'une effraction que ces jeunes ont été poursuivis donc ça ça oui ça ça il y a le remords d'imaginer qu'il qu'il ait pu avoir une fausse accusation il y a évidemment les esprits qui qui s'échauffent et puis il y a l'enchaînement il y a ce qu'on ne peut pas prévoir il y a à un moment donné le lendemain des émeutes qui démarrent à la suite d'un déploiement policier il y a une grenade malencontreusement lancée à l'entrée d'une mosquée et puis et puis les choses se développent les choses se répandent d'un quartier à l'autre et puis vous vous retrouvez confronté à des gigantesques émeutes qui doivent mobiliser tous les pouvoirs publics là on vous voit en photo en 2006

1:22:49
Présentateur

à Beyrouth quand vous étiez premier ministre vous descendez de l'hélicoptère est-ce qu'en tant que premier ministre à des postes de fonction comme vous avez eu vous avez eu peur pour vous pour votre sécurité à vous votre famille est-ce que quand on atteint ce niveau-là

1:23:02
Dominique de Villepin

on a peur oui sur des théâtres de guerre sur des théâtres de crise quand on va en Afghanistan comme ministre de l'affaire étrangère en Côte d'Ivoire dans certaines circonstances où la crise est forte et vive vous allez au milieu de vous sentez que les esprits sont très fortement échauffés donc oui le risque est là mais il y a aussi le sentiment qui est en quelque sorte l'antidote à la peur qui est le sentiment qui est le sentiment d'être là où on doit être le sentiment qu'on est juste le sentiment qu'on fait ce que l'on doit le sentiment qu'on représente la France et ça ça écarte tout le reste le sentiment d'être juste d'être véritablement dans l'exercice de la fonction qu'on doit exercer dans sa plénitude ça je pense que c'est quelque chose qui vous permet de vous dépasser

1:23:51
Présentateur

quand vous allez quitter Matignon partez votre femme Marie-Laure à l'époque votre ex-femme aujourd'hui mais qui était à l'époque votre femme va venir avec une veste brodée je mets la photo à l'image c'est plus une petite anecdote rigolote mais avec marqué adios ciao ciao bye bye salut sur sa veste vous étiez au courant qu'elle arrivait comme ça

1:24:13
Dominique de Villepin

non elle ne m'avait pas pas prévenu je savais que cette veste existait dans la garde-robe je ne suis pas un adepte de tout ce qui peut ressembler à quelque chose de personnel montré en public mais je dois dire que c'est vrai que les épreuves qu'elle avait traversées à Matignon sa personnalité aussi c'est une artiste sculptrice lui ont permis à ce moment là et c'est très dur vous savez la vie d'épouse pour un homme politique parce que ça conduit souvent à s'effacer ça conduit à s'oublier et donc je trouvais qu'il était tout à fait normal et j'ai donc parfaitement bien compris qu'elle ait eu envie d'adresser ce clin d'œil ce signe dans le fond de ce qui pouvait ressembler à une forme de libération au dernier jour de Matignon

1:24:58
Présentateur

vous n'étiez pas super content de ce que vous avez dit

1:25:01
Dominique de Villepin

j'ai une idée de la fonction qui fait qu'on s'efface derrière la fonction mais je dois dire que j'ai compris si j'ai compris j'ai compris ce qui pouvait l'animer et l'envie qu'elle avait à un moment donné d'être elle-même ce qui n'est jamais facile pour une femme d'homme politique de vivre avec un homme politique non c'est difficile c'est lourd

1:25:21
Présentateur

vous allez avoir trois enfants c'est ça avec elle trois enfants trois enfants Marie-Arthur et Victoire

1:25:25
Dominique de Villepin

absolument

1:25:26
Présentateur

donc vous disiez tout à l'heure

1:25:28
Dominique de Villepin

ce que j'ai fait de mieux dans la vie

1:25:29
Présentateur

vous disiez tout à l'heure que malheureusement vous n'avez pas eu assez de temps parce que vous étiez très pris d'ailleurs votre ex-femme a dit il m'a trompé plusieurs reprises il m'a trompé avec la France à quel point vous étiez à un moment donné pris par autre chose qu'est-ce que vous avez réussi avec vos enfants

1:25:47
Dominique de Villepin

je crois que j'ai réussi à leur transmettre l'héritage qui m'avait été transmis les passions qui ont été les miennes et c'est une science merveilleuse de pouvoir partager avec ses enfants la passion de l'art la passion de la littérature la passion du monde la passion des voyages

1:26:05
Présentateur

ils font quoi aujourd'hui ? ils sont dans la politique

1:26:08
Dominique de Villepin

ou rien à voir ?

Marie l'aîné est peintre et assez exceptionnel dans la générosité de son tempérament de son goût de créer de partager mon deuxième enfant mon fils Arthur est à Hong Kong et il a entrepris dans de nombreux domaines et en particulier il dirige une galerie d'art à Hong Kong toujours la passion de l'art qui les anime tous et un tempérament très indépendant très original aussi et la dernière victoire elle a fait HEC et a choisi le commerce la vie de l'entreprise et donc elle a commencé aux Etats-Unis à New York et elle vient de rentrer en France et elle a la caractéristique d'être très singulière suffisamment singulière pour rester à l'écart à chaque fois de tout ce qui touche à la politique ou à la vie publique

1:27:09
Présentateur

je demande ça à chaque invité est-ce que vous avez raté quelque chose dans l'éducation que vous n'avez pas répété après avec les autres enfants on fait tous des erreurs en tant que parents parfois ça peut être trop d'écran ça peut être trop de

1:27:19
Dominique de Villepin

qu'est-ce que vous avez fait ? ma fille me dit souvent que la première ou le premier c'est celui qui essuie les plâtres c'est souvent celui c'est le pain qui est trop cuit mais c'est vrai qu'on est souvent plus exigeant avec l'aîné on se détend après et ceux qui viennent après bénéficient de l'expérience qu'on a pu avoir comme père ou comme mère et donc plus compréhensif plus accessible parfois capable peut-être aussi de relativiser les choses mais on est souvent plus dur avec l'aîné et c'est quelque chose qu'il faut avoir en tête vous voyez l'Inde avec les enfants l'Inde avec les ces colliers de fleurs absolument inouïes c'est Marie-Arthur c'est ça ?

voilà mais la vie à l'étranger resserre une famille ça conduit à être encore plus proches les uns des autres dans une forme d'affection extrêmement exigeante

1:28:16
Présentateur

on parle de sacrifice mais on ne s'imagine jamais jusqu'à quel point c'est-à-dire que parfois vous pouvez même rater des anniversaires par exemple s'il y a des déplacements il y a des moments où vous appelliez votre femme pour les entendre au téléphone etc ça va jusque-là

1:28:27
Dominique de Villepin

on rate beaucoup de choses on rate beaucoup de vacances on rate des mamans importantes comme les anniversaires alors quand on est en Inde c'est un peu moins grave parce qu'en anniversaire alors que parfois en France c'est un clown qui est invité en Inde c'est un éléphant qui est en général l'invité surprise des fêtes anniversaires donc que pèse le père par rapport à l'éléphant pas grand chose mais oui ça c'est sans doute ce qu'il y a de plus difficile c'est là où on s'en veut c'est là où on se dit qu'on ne fait pas totalement ce qu'on devrait faire mais voilà le devoir exige

1:29:02
Présentateur

il n'y a aucun moment honnêtement où on se dit j'en ai marre je vais arrêter je vais partir avec mes enfants ma femme pendant quelques semaines pour me reposer la politique j'en peux plus rencontrer pas mal d'hommes politiques

1:29:12
Dominique de Villepin

je dois dire même que dans certaines fonctions on compte les jours on est un peu comme le condamné dans sa cellule qui met à la craie des bâtons pour signifier le passage des journées en se disant vivement la quille donc oui ça existe bien sûr c'est parfois très douloureux très difficile très long et on tient parce qu'on croit en ce qu'on fait mais on a quand même envie d'y retourner 20 ans après quasiment oui sans doute pas pour les mêmes raisons et sans doute pas encombrer des mêmes des mêmes des mêmes motivations vous savez quand vous avez 71 ans vous ne cherchez pas à avoir votre photo en haut de l'affiche vous ne cherchez pas à marquer des points pour vous je dirais que à 71 ans on a sans doute appris l'esprit collectif on sait que c'est une équipe qui gagne c'est un pays qui gagne c'est un peuple qui gagne c'est pas soi-même en exergue qui réussit quelque chose d'extraordinaire et qui peut avoir le sentiment d'être génial toutes ces futilités toutes ces fantaisies on les laisse de côté et donc c'est c'est d'abord pour faire gagner l'équipe de France et que quelqu'un d'autre finalement devienne de la tête d'affiche assez peu d'importance mais oui on est dans l'esprit de celui qui veut qui veut le meilleur qui veut conseiller qui veut tirer les leçons des expériences qu'il a vécues qui veut qu'on évite de répéter des erreurs donc c'est plus aujourd'hui l'esprit qui est le mien c'est pas c'est pas tous pour moi c'est tous pour la France

1:30:43
Présentateur

on va y revenir pour terminer dans une minute juste avant affaire Claire Stream pour expliquer en septembre c'est à l'époque en 2004 en fait c'est le début de l'affaire Claire Stream je l'explique en deux trois phrases si je ne dis pas de bêtises c'est une rumeur à la base qui parle d'une liste de personnalités qui aurait des comptes bancaires secrets dans une banque qui sont bourgeoises il y aurait d'ailleurs sur cette liste il y avait Nicolas Sarkozy etc en réalité tout est faux on va l'apprendre après en fait on vous accuse d'avoir su que ces documents étaient faux mais d'avoir laissé être diffusé sans rien dire à l'époque pour salir Nicolas Sarkozy il y a toute une histoire lui aussi vous accuse de vouloir arrêter sa carrière voilà vous êtes officiellement après relaxé en 2011 tout est bien

1:31:25
Dominique de Villepin

deux fois deux fois

1:31:26
Présentateur

et tout ce calme

1:31:27
Dominique de Villepin

d'abord en 2008 et en 2011 pour la deuxième fois comment vous le vivez vous parliez des moments très douloureusement très douloureusement parce que vous êtes atteint dans ce que vous avez de plus profond c'est très difficile de se voir accusé d'être victime de calomnie d'être soupçonné que je ne pouvais pas imaginer au départ et puis il faut se faire à l'idée que certains peuvent imaginer que c'est vrai que Nicolas Sarkozy a pu lui-même se sentir blessé a pu croire qu'il était attaqué et donc il faut très vite comprendre qu'il faut prouver il ne s'agit pas quand vous êtes un homme politique simplement d'être exonéré de ce que vous avez fait au terme d'une enquête vous êtes en situation de devoir prouver que vous n'avez pas fait ce qu'on vous reproche donc en quelque sorte la charge de la preuve elle vous revient il faut démontrer que vous n'êtes pas celui qu'on croit et le simple fait qu'on puisse imaginer que vous l'ayez fait c'est déjà quelque chose il n'y a pas de présomption d'innocence c'est contraire absolument c'est quelque chose déjà de particulièrement dur mais c'est un chemin où il faut se concentrer s'oublier accepter d'être d'être sali accepter de se voir souiller son image son honneur ses intentions sa famille et c'est peut-être ce qu'il y a de plus douloureux c'est que ceux qui sont à côté de vous prennent les coups aussi et ça c'est ce qu'il y a de plus dur voir vos enfants souffrir voir votre épouse elle-même attaquer cette idée que tout à coup tout change vous êtes mis au banc de la société on ne vous parle plus cette idée que il n'y a que l'exil qui peut vous permettre aujourd'hui de rester vous-même donc oui ce sont des longues années à prouver et même quand vous l'avez prouvé quand vous êtes innocenté qu'on a compris que vous ne l'aviez pas fait ce qu'on voulait ça n'intéresse plus après ça voilà ça n'intéresse plus c'est dans ces quelques lignes en bas de page et quand ça arrange tel ou tel dans la vie politique on vous le renvoie à la gueule même quand on sait que les choses sont fausses et j'ai vu au cours des dernières années beaucoup d'accusations fleurir comme cela ah il est payé par machin ah il a à chaque fois les gens savent que c'est faux mais on vous le renvoie comme une assignation et ça c'est peut-être ce qu'il y a de plus douloureux la mauvaise foi le fait de savoir qu'un argument est faux et c'est pour ça que j'ai fait le choix très tôt de passer mon chemin de ne pas en vouloir à ceux qui se livraient à ces comportements de ne pas attaquer en diffamation la dignité c'est de rester soi-même de marcher fidèle à ce que l'on est sans se défendre et je pense que les français sont assez intelligents pour savoir qui dit vrai et qui triche vous disiez vos enfants l'ont mal vécu même de l'intérieur douloureusement vécu douloureusement vécu qui vous voient aux JT aux machins dans une famille voir mis en cause votre père à la télé tout le temps c'est une souffrance la cour de récréation est cruelle voir des amis qui vous insultent insultent votre père vous considère vous-même enfant alors que vous êtes totalement à l'écart de tout ça mis en cause oui la vie est cruelle et évidemment on souhaiterait pouvoir protéger éloigner ces enfants de ce type de souffrance et sans doute la plus belle preuve d'amour qu'ils puissent vous donner c'est de ne pas vous en vouloir vous pardonnez la vie politique c'est de non c'est de me pardonner à moi leur père de les avoir fait traverser cela ça c'est sans doute le plus beau cadeau que mes enfants puissent me faire moi très jeune j'ai compris qu'on ne se bat pas contre un autre on se bat pour quelque chose on se bat au service de quelque chose et la passion que j'ai eu la chance d'avoir par l'exemple qui m'a été donné dans ma famille c'est l'idée que servir c'était se grandir

1:35:21
Présentateur

vous en êtes voulu vis-à-vis de vos enfants à un moment donné dire est-ce que ça vaut le coup de faire ça à ma famille est-ce que quand on a autant de responsabilités parfois on s'en veut

1:35:28
Dominique de Villepin

oui on s'en veut on s'en veut mais c'est là où une famille c'est la capacité de s'écouter de se parler mais j'ai eu la chance d'avoir des enfants qui ont pris le temps de m'expliquer des choses que je ne comprenais pas parce que vous savez les époques changent les situations changent pour ne pas être un boomer mais oui j'explique les nouvelles consommations des musiques des émotions des sentiments des regards qui étaient les leurs qui étaient ceux de leur génération avoir des enfants qui ont la patience de vous expliquer comment se servir de tel et tel outil informatique j'ai eu la chance de bénéficier d'une éducation que m'ont offert mes enfants l'éducation c'est à double sens vous allez devenir avocat à 54 ans 2008

1:36:20
Présentateur

enfin 2007

1:36:21
Dominique de Villepin

c'est pas une petite expérience que de se retrouver pour la première fois en robe avec des jeunes de 23-24 ans

1:36:28
Présentateur

pourquoi vous avez voulu arrêter la politique et partir changer complètement de vie

1:36:32
Dominique de Villepin

alors d'abord je vous dirais la vérité c'est que d'abord j'avais pas beaucoup de choix il fallait réinventer une vie vous êtes en politique ça s'arrête en 2007 vous êtes l'objet de calomnies de suspicions et il faut vous défendre vous savez il n'y a pas beaucoup de mains qui se tendent il n'y a pas beaucoup d'invitations à dîner il n'y a pas beaucoup du jour au lendemain vous voyez le tout s'arrête tout s'arrête et il y a bien des égards vous êtes montré du doigt vous êtes moqué on se fout de vous dans la rue parfois non c'est arrivé oui oui oui bien sûr insulté mais vous savez dans les deux dernières années les harcèlements les insultes les menaces y compris parfois les menaces de mort me visant moi visant mes enfants et ma famille c'est quelque chose qui fait partie du quotidien vous savez il ne faut pas penser que l'homme politique tout est facile et tout est rose on voit souvent la voiture le chauffeur l'office de sécurité mais il y a parfois de l'hostilité il y a parfois de la rage il y a parfois une cristallisation de la colère qui peut se faire et donc il faut passer à travers tout ça et là donc je me retrouve au sortir de Matignon Premier ministre je me rappellerai toujours l'un de mes très vieux amis me regardant et me disant mais dans le fond tu sais faire quoi toi vous vous retrouvez dans cette situation il faut repartir à zéro il faut comme quelqu'un qui vient d'être licencié qui commence dans la vie professionnelle tout doit recommencer et rien n'est facile croyez moi il n'y a pas tous les gens qui vous avaient fait des promesses parce que Dieu sait s'il y en avait des propositions on te propose de venir dans le domaine de l'art président de ceci on te propose de diriger tel think tank là rien et donc voilà il faut compter sur soi-même et donc le métier d'avocat a été c'est vrai a été pour moi une opportunité de nouer avec un monde où je pouvais dans le domaine de la médiation dans le domaine du règlement de certains contentieux et bien faciliter les choses parce que mon métier depuis que je suis tout petit parce que j'ai vécu dans des circonstances familiales qui ont fait que l'angoisse de mon père l'inquiétude familiale fait que j'étais le second et donc j'avais vocation à servir de trait d'union entre mon frère tempérament très fort très difficile et mes parents j'avais vocation à être en quelque sorte le diplomate de la famille et en même temps celui qui pouvait faire rire dans certaines circonstances et donc développer ce goût pour régler des problèmes pour trouver des solutions pour faire preuve d'imagination et donc le métier d'avocat à cet égard était tout trouvé vous avez lancé votre parti politique la France humaniste un mouvement d'idées un mouvement de citoyens un mouvement rassemblant des associations la France humaniste parce que je pense que c'est la France c'est le visage de la France l'humanisme l'altérité l'universalisme c'est ce qui fait que la France c'est pas un pays tout à fait comme les autres et moi j'ai grandi avec cette idée qu'il y avait un destin français et évidemment il s'incarnait ce destin français dans des grandes figures de notre histoire

1:39:35
Présentateur

quand on crée un parti politique on va aller chercher des amis d'autres politiques qui vont venir vous rejoindre pour fortifier ça

1:39:42
Dominique de Villepin

comment ça se passe ?

c'est ça qui est un peu unique pour moi en tout cas parce que je ne l'ai pas connu précédemment même si j'avais créé dans le passé un autre mouvement ce qui est unique c'est l'engouement le sentiment qu'il y a une attente qu'il y a une réception favorable face à cela le fait que dans la jeunesse je sens dans toutes les universités où je me déplace dans tous les déplacements que je fais en province j'étais à Mulhouse il y a quelques semaines j'étais à Marseille à Toulouse je sens qu'il y a un besoin un besoin de confronter ces idées un besoin de penser la politique autrement un besoin de faire de la politique autrement et puis un besoin de s'engager nous sommes dans un moment où à nouveau on veut croire que la politique pourrait changer les choses on veut croire que s'engager ça peut aussi changer les choses et cet engagement il n'est plus que jamais nécessaire si l'on veut être capable d'être à la hauteur de notre ambition française

1:40:42
Présentateur

dans votre livre vous dites j'ai noté la phrase mon premier devoir c'est de faire en sorte d'apporter jusqu'au bout la contribution qui est la mienne c'est quoi le bout du chemin politique

1:40:50
Dominique de Villepin

c'est jusqu'au bout jusqu'au bout de la dernière force de la dernière marche de ce que l'on peut donner à son pays et une fois de plus je ne parle pas là de la dernière marche du pouvoir certains très jeunes se rêvent tout en haut de l'affiche moi je ne rêve pas d'une fonction je rêve d'aller au bout d'une mission d'une mission que je me suis fixé enfant et qui est de servir mon pays

1:41:14
Présentateur

tiens si vous décidez de vous présenter pour 2027 si on lit votre livre on peut retrouver des idées justement dedans

1:41:21
Dominique de Villepin

on peut se nourrir dans le livre il y a oui les convictions qui sont les miennes il y a des pistes il y a des propositions c'est pas un livre de programme c'est un livre qui vise à permettre à chacun de comprendre l'époque que nous vivons et à donner des clés vous voyez nous avons une situation qui évolue en Iran comprendre les enjeux comprendre ce qui se passe car il y a en matière internationale comme en matière nationale des processus donc tout ça c'est permettre à chacun d'avoir des clés pour mieux comprendre les enjeux de notre vie collective et mieux se situer en France et dans le monde quand on est numéro 1

1:41:59
Présentateur

du classement des personnalités préférées politiques des français quand on crée son parti politique à un an et demi de présidentielle on attend quoi pour annoncer qu'on sera candidat

1:42:11
Dominique de Villepin

d'abord on attend que la campagne présidentielle soit lancée que les français se posent la question de cette élection et soient dans cette élection aujourd'hui nous sommes à deux ans d'une échéance et nous sommes à un moment où il y a des besoins fondamentaux qu'il nous faut satisfaire il y a des défis qu'il nous faut relever nous sommes encore dans le temps de l'action politique avant de rentrer dans le temps de l'élection je veux montrer qu'au delà des partis des français très différents et c'est pour cela que la France humaniste est un parti ouvert à tous quels que soient les engagements politiques et c'est un parti auquel on peut adhérer tout à fait gratuitement donc c'est vraiment le souci de montrer par son engagement qu'on peut servir son pays qu'on peut développer de nouvelles idées mettre en place ou penser de nouvelles politiques c'est vraiment essayer de se projeter en pleine citoyenneté dans le monde qui vient comment on se prépare

1:43:14
Présentateur

est-ce qu'on apprend des choses si toutefois vous vous annoncez candidat comment on se prépare

1:43:20
Dominique de Villepin

c'est une gymnastique de tous les instants apprendre apprendre de la personne qui vient vous voir pour vous dire voilà il y a tel problème vous n'y prêtez pas assez attention c'est lire les courriers que vous recevez pour essayer là aussi de s'imprégner de destin personnel de trajectoire personnelle c'est essayer en permanence d'être à l'écoute des problèmes du monde et à la recherche et ça c'est un travail collectif à la recherche des bonnes pratiques des bonnes idées des bonnes politiques qui permettraient d'apporter des réponses aux difficultés qu'éprouvent les français

1:44:01
Présentateur

est-ce que les français qui vous aiment et qui vous suivent ce qu'ils peuvent espérer que vous arriviez peut-être en 2027 en tant que candidat

1:44:09
Dominique de Villepin

le travail que je fais c'est un travail pour essayer d'apporter ma contribution à un débat national et je ne rassemble pas avec l'idée d'en tirer un parti ou d'en tirer un profit je rassemble avec l'idée que c'est la clé d'une réponse pour la France que la république a besoin que chacun d'entre nous à un moment donné s'engage et c'est pour cela que je m'adresse à tous les français une fois de plus quelles que soient leurs couleurs politiques quelles que soient leurs idées quel que soit leur engagement il y a un chemin qui peut nous rassembler et l'unité nous le voyons plus que jamais dans le monde d'aujourd'hui c'est la clé pour avancer et marquer des points dans le monde c'est vrai en football c'est vrai dans la vie merci pour votre réponse

1:44:58
Présentateur

le pouvoir de dire non voilà chez Flammarion si vous voulez aller chercher le livre de Dominique de Villepin je vous mets le lien en cliquable dans la description sur Youtube si vous nous regardez sur Youtube et si vous nous écoutez en podcast audio Spotify, Deezer, Apple Podcast Amazon Podcast merci beaucoup je vous disais tout à l'heure on est encore premier podcast de France aujourd'hui tournage merci mille fois pour ça dans la description de ce podcast je vous mettrai donc le lien pareil pour commander le livre merci beaucoup Dominique de Villepin est venu jusqu'à nous pour passer on a pris le temps de pouvoir aborder

1:45:28
Dominique de Villepin

plein de souhaitons en souhaitant que vous restiez longtemps numéro un

1:45:30
Présentateur

merci beaucoup on va croiser les doigts merci beaucoup à toute l'équipe aussi d'avoir préparé l'émission on se retrouve tous les mercredis vendredis et dimanche sur les jambes je vous embrasse on se retrouve très vite pour une prochaine vidéo ciao tout le monde