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interviewC à vous (sur YouTube)· 29 janvier 2025 16 min

La France et l’Algérie au bord de la rupture diplomatique ? Jean-Noël Barrot s’exprime - C à Vous

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Vous êtes le chef de notre diplomatie. Vous vous dites disponible pour aller parler à Alger pour dialoguer. Pas de réponse pour l'instant.

Est-ce que vous savez quelle est la bonne méthode et est-ce que vous savez s'il y en a une après la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en juillet dernier, cause sacrée pour le Maroc et pour l'Algérie? On a choisi le Maroc. A-t-on la moindre chance de renouer avec l'Algérie? - J.-N.Barrot: Il n'y a pas de "good cop, bad cop".

Chacun est dans son rôle. Le ministre de l'Intérieur est chargé d'assurer l'ordre public sur le territoire. Lorsqu'il identifie, interpelle des influenceurs qui appellent au crime, au meurtre, sur les réseaux sociaux, c'est normal qu'il fasse preuve de fermeté.

Mon job, c'est de trouver des solutions et de faire en sorte que nos 2 pays, l'Algérie et la France, 2 grands pays de la Méditerranée, voisins, puissent surmonter cette période de tension et revenir aux efforts qu'ils avaient initiés en 2022 pour dresser une stratégie de coopération, qui a été signée par les 2 présidents... - P.Cohen: 2022, E.Macron était allé à Alger à la rencontre du président... - J.-N.Barrot: Cela définissait les termes de notre coopération.

Que l'on pense à la migration, à l'économie, au reste, c'est par la coopération qu'on obtient les meilleurs résultats. J'en veux pour preuve qu'à partir du moment où nous avons signé cette déclaration d'Alger en 2022, qui était dans l'intérêt des 2 pays, nous avons multiplié par 3 le nombre d'éloignements d'Algériens en situation irrégulière en France. La coopération, même sur la question de l'immigration irrégulière, ça fonctionne.

Evidemment, juste un point important...

Ca revient beaucoup dans les images projetées...

Il y avait un point de départ de ce redémarrage de la relation avec l'Algérie, qui était la question de la mémoire. C'est pour ça que le président de la République a demandé à B.Stora, un grand historien, de faire ce travail de mémoire, et à partir de là, de commencer à initier un certain nombre de reconnaissances.

La dernière, c'était le 1er novembre, avec la reconnaissance de l'assassinat de Larbi Ben M'hidi. On traite les questions mémorielles. Et ensuite, comme on a fait avec d'autres pays de la Méditerranée, dont le Maroc, on s'engage dans une coopération franche dans laquelle chacun a ses intérêts.

Mon job est de défendre les intérêts des Français. - A.-E.Lemoine: Le dialogue existe?

Vous avez émis le souhait de vous rendre à Alger et pas de réponse. Le dialogue est officiellement interrompu. - J.-N.Barrot: On est dans une situation de tension qui empêche la tenue d'un dialogue serein, y compris sur des sujets...

Vous me posiez la question sur l'accord de 68 vis-à-vis de l'Algérie...

En 2022, les Algériens et les Français ont dit qu'il fallait peut-être le faire évoluer une 4e fois. Mais il faut que les conditions se stabilisent et qu'on revienne à une forme de normalisation. J'appelle les Algériens à mettre de côté cette surenchère qui n'est ni dans l'intérêt de l'Algérie ni dans celui de la France. - P.Cohen: Donc il faut laisser un peu de temps et il n'y a rien à faire pour l'instant? - J.-N.Barrot: Je ne dis pas qu'il n'y a rien à faire.

Lorsque les intérêts français sont atteints, s'ils continuent d'être atteints...

Nous serons bien obligés d'en tenir compte. C'est pour ça que le président de la République et le Premier ministre ont demandé aux membres du gouvernement d'y réfléchir, pour les suites à donner et les mesures à prendre. Il y aura une réunion bientôt.

Mais plus généralement, si on se projette au-delà de l'horizon de la semaine ou du mois, nous avons besoin de retrouver une relation sereine et équilibrée pour défendre nos intérêts et tirer le maximum de notre relation avec ce pays voisin. - A.-E.Lemoine: Ces tensions se déroulent sur le fond d'un débat toujours aussi passionné en France sur la question de l'immigration, avec notamment la polémique sur l'expression employée par F.Bayrou de "sentiment de submersion migratoire".

Des propos qu'il n'a pas reniés mais qu'il a nuancés dans une réponse écrite lue cet après-midi devant les sénateurs. Il y expliquait que c'était le devoir de la France d'accueillir correctement ceux qui viennent dans notre pays, que la question, c'est la panne de l'intégration, tout en rappelant qu'il était impossible d'écarter ce que les Français éprouvent et expriment quand ils disent leur sentiment de submersion migratoire. Il n'empêche que les mots ont choqué.

Vous auriez employé cette expression empruntée à l'extrême droite? - J.-N.Barrot: Il faut bien entendre ce que le Premier ministre a dit, d'abord chez vos confrères de LCI, ensuite à l'Assemblée hier et aujourd'hui au Sénat....

Sa vision est très claire. Il dit d'ailleurs que l'immigration doit permettre de trouver des solutions pour un certain nombre de secteurs, d'entreprises. Quand on est élu, comme je le suis, d'un territoire comme les Yvelines, on est en permanence interpellé par des entreprises, des artisans, qui ont besoin d'obtenir la régularisation d'un certain nombre de travailleurs.

Ca, F.Bayrou le reconnaît parfaitement. En même temps, il dit clairement que nous ne pouvons nous satisfaire de la situation sur le front du contrôle de l'immigration irrégulière.

La reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière n'est pas accomplie dans la plupart des cas. Et cela donne à nos concitoyens que l'Etat est défaillant. Parfois, dans certains territoires, il y a le sentiment que cette défaillance de l'Etat conduit à ce sentiment de submersion, en tout cas d'une disproportion...

C'est ce terme qu'il avait utilisé le premier... c'est faire beaucoup mieux et travailler de manière beaucoup plus efficace pour intégrer celles et ceux qui entrent de manière légale sur notre territoire, et agir beaucoup plus résolument et efficacement pour éloigner les étrangers en situation irrégulière. - A.-E.Lemoine: Aux Etats-Unis, D.Trump parle d'invasion.

C'est un fantasme sur lequel il fonde sa politique migratoire en promettant de lancer le plus grand programme d'expulsion de l'histoire américaine. Une politique qui, si elle est menée à bout, aura des conséquences bien au-delà des frontières américaines? - J.-N.Barrot: Je ne crois pas.

Je ne me sens pas du tout, pour ma part, influencé par les positions de D.Trump. Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent qu'il faut une immigration zéro ou qu'il faut réduire la présence, réduire l'immigration comme un problème majeur qui mettrait en cause l'identité française...

Mais je suis convaincu que si nous ne parvenons pas à résoudre nos problèmes d'intégration et d'éloignement des étrangers en situation irrégulière, d'autres viendront avec des solutions beaucoup plus radicales, comme celles que portent monsieur Trump, qui, cette fois-ci, placeront le pays devant une impasse. - E.Tran Nguyen: Parmi les solutions radicales de D.Trump, il veut annexer le Groenland.

Samedi dernier, il a répété qu'il obtiendrait ce territoire autonome danois et que Copenhague finirait par céder. Hier, la Première ministre danoise était à Paris pour demander à l'Europe d'être solidaire avec son pays. ... - E.Tran Nguyen: C'est le signe qu'il faut prendre ces menaces au sérieux?

Est-ce que l'Europe saura résister à D.Trump s'il va jusqu'au bout de ses menaces? - J.-N.Barrot: Ce qui est clair, c'est que les frontières de l'Europe ne sont pas négociables ni à l'Ouest, ni à l'Est, ni au Nord, ni au Sud.

Nous avons, avec les autres pays européens, des liens de solidarité très forts. Alors, nous devons la pleine solidarité. C'est pour ça que le président de la République a reçu la Première ministre pour faire le point sur la situation.

Ensuite, il faut aussi dépasser certaines des déclarations de D.Trump pour comprendre véritablement où se situe le problème et d'où lui vient... - E.Tran Nguyen: Quel est l'enjeu derrière... - J.-N.Barrot: Voilà.

Il y en a plusieurs. Il y en a un très important: la sécurité dans l'Arctique. Le dérèglement climatique conduit à l'ouverture de nouvelles voies navigables sur les pôles, en particulier au pôle Nord, ce qui peut provoquer, pour l'Europe comme pour les Etats-Unis, des enjeux de sécurité nouveaux, en particulier l'accès à certaines grandes puissances comme la Russie ou la Chine, qui, dans la période récente, ont montré une certaine hostilité vis-à-vis de l'UE au travers de la guerre d'agression russe en Ukraine ou du soutien à la guerre d'agression russe en Ukraine.

Donc il n'est pas tout à fait surprenant que les Américains et les Européens commencent à se poser des questions. Est-ce que ça doit passer par une redéfinition des frontières? Absolument pas.

De toute façon, même si le Groenland est un territoire rattaché au royaume du Danemark, son avenir est aussi entre les mains du peuple groenlandais, qui sera amené à se prononcer sur cette question. Personne ne peut dicter au peuple groenlandais ce qu'il lui appartient de faire. C'est aussi à l'UE de pouvoir montrer au peuple groenlandais...

Ou de pouvoir l'amener à avoir une certaine fierté, un sentiment d'appartenance à notre Union, qui doit être plus forte qu'elle n'a pu l'être par le passé dans un moment de grand désordre mondial... - P.Cohen: L'Ukraine est entrée dans une période cruciale.

Chacun se demande quelles seront les initiatives de Trump, qui avait promis de régler le conflit très rapidement, mais ce sera au moins pour plusieurs mois. V.Poutine a pris les devants en proposant des discussions avec l'Ukraine à des conditions particulières. ... - P.Cohen: Donc il veut bien négocier avec Trump, il veut bien qu'il y ait des Ukrainiens, mais pas Zelensky...

C'est acceptable ou une façon de retarder encore d'éventuelles discussions? - J.-N.Barrot: C'est intéressant, en tout cas, de l'entendre parler de négociations et même de paix.

Ce n'était pas tout à fait le cas il y a encore 10 jours de cela. A mon avis, ce n'est pas tout à fait indépendant de l'ultimatum que lui a fixé D.Trump. "Ou tu viens à la table des négociations, ou alors je vais déployer tout l'arsenal de sanctions, de tarifs qui sont à ma disposition pour te forcer à le faire." En revanche, il est impensable d'imaginer une négociation à laquelle les Ukrainiens ne participeraient pas.

Les Européens non plus. C'est quand même les Ukrainiens qui se battent aujourd'hui. Si on veut atteindre une paix, encore faut-il que les Ukrainiens y consentent et qu'ils cessent les combats.

Comment voulez-vous imaginer une négociation dans laquelle ceux qui se battent sont exclus? Ils ne cesseront pas de combattre s'ils ont l'impression qu'une paix leur est imposée. Quant aux Européens, c'est notre sécurité qui est en jeu.

Aujourd'hui, ce sont les Ukrainiens qui se battent. Je ne vais pas dire à notre place, puisque c'est leur territoire agressé par la Russie...

Mais ils se battent en notre nom. Chaque fois que la Russie grignote une partie du territoire ukrainien, la Russie se rapproche de nous. C'est donc nous qui allons devoir veiller, cette fois-ci et une bonne fois pour toutes, à dissuader la menace de se déplacer un peu plus vers l'Ouest.

L'Ukraine, ça fait maintenant longtemps qu'on en parle. En 2014 déjà, il y a eu des cessez-le-feu. En 2015 aussi.

Mais tout ce qui a été fait à l'époque n'a pas suffi à dissuader V.Poutine. Si on veut que la paix soit juste mais qu'elle soit durable, et c'est à mon avis l'intention de D.Trump, il faut impliquer les Européens, qui joueront un rôle décisif pour garantir la paix. - A.-E.Lemoine: Un mot sur l'état des relations diplomatiques entre la France et les Etats-Unis.

B.Haddad, le ministre délégué chargé de l'Europe, se rend pendant 5 jours à Washington et Boston. Aucune rencontre n'est prévue avec l'administration Trump.

Pourquoi? Ce n'était pas le moment? Vous préfériez établir vous-même le contact? - J.-N.Barrot: Il a été invité à une conférence à Harvard, à laquelle il va participer.

C'est très utile pour faire entendre la voix de la France et de l'Europe. Cependant, pour ma part, j'ai échangé ce lundi avec mon homologue M.Rubio, que j'ai invité à venir la semaine prochaine à Paris pour participer à une réunion que nous organisons sur la Syrie et son avenir.

Ce sera l'occasion de faire un point de l'ensemble des sujets. Nous en avons un certain nombre, à commencer par l'Ukraine, la Syrie, bien sûr, mais aussi le Liban, le Proche-Orient et bien d'autres. - P.Cohen: Un mot...

On ne l'a pas évoqué tout à l'heure...

Vous avez des nouvelles récentes et fraîches de B.Sansal? Il est sorti de l'hôpital pour retourner en prison.

Il a été soigné mais il est retourné en prison. Est-ce que vous avez accès à des contacts soit de la part des autorités, soit de la part de proches de B.Sansal en Algérie? - J.-N.Barrot: Merci de rappeler que notre compatriote B.Sansal est aujourd'hui en détention dans une prison algérienne.

Nous sommes très préoccupés par les conditions de sa détention mais aussi par sa santé. Il a dû être soigné ces dernières semaines. Sa famille peut lui rendre visite une fois par semaine.

C'est ainsi que nous avons des nouvelles de lui. Jusqu'à présent, les autorités algériennes ont refusé la protection consulaire. C'est ce qui est en général de droit lorsque vous êtes un Français à l'étranger et détenu.

L'ambassadeur ou le consul peut vous rendre visite. - P.Cohen: Son avocat français n'a pas eu le droit non plus. - J.-N.Barrot: Donc par son avocat algérien, par sa famille qui lui rend visite régulièrement, nous avons des nouvelles.

Nous espérons que sa situation puisse avancer. J'en profite...

Même si ça peut paraître un peu éloigné à certains...

J'en profite pour vous dire que ce sujet des otages, des personnes détenues arbitrairement autour du monde, est une question qui est sans doute la plus lourde à porter quand on exerce mes fonctions. - A.-E.Lemoine: Ca concerne aussi 3 Français détenus en Iran. - J.-N.Barrot: On arrive au millième jour de leur détention arbitraire.

Ce sont des otages d'Etat en Iran dans des conditions que nous connaissons à peine, tant nous avons peu accès à eux. Ils ont été forcés à des aveux factices. Ils sont dans des cellules éclairées jour et nuit et sans doute amenés à dormir sur le sol.

Ils n'ont que des accès très limités à leur famille, dans des conditions qui ne leur permettent pas de s'exprimer. Nous espérons très vivement, et nous l'avons dit aux autorités iraniennes, leur libération prochaine. Il y a également O.Grondeau, qui a eu le courage de dire les conditions de sa détention au risque qu'elles s'aggravent.

Nous avons adressé des messages très fermes aux autorités iraniennes. J'ai appelé ce lundi l'UE à prendre à son tour des sanctions à l'encontre des responsables de cette détention arbitraire. Je finirai en disant, parce que c'est important de le savoir, que l'accompagnement à nos otages ou ex-otages ne s'arrête pas le jour de leur libération.

J'ai échangé par lettres interposées avec ceux

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