AVANT SON INTERPELLATION PAR ISRAËL, ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC GABRIELLE CATHALA DEPUIS LE HANDALA
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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Comment allez-vous Gabriel Catala ?
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On a craint une attaque israélienne. Comment l'équipage a-t-il vécu cette panne ?
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Comment justifier en 2025 le blocage de l'aide humanitaire à Gaza ?
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Pourquoi Emmanuel Macron repousse-t-il la reconnaissance de l'État palestinien ?
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La France pourrait mettre en place un pont aérien humanitaire. Pourquoi ne le fait-elle pas ?
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Que dites-vous à ceux qui qualifient le Handala d'opération symbolique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:00Gabrielle CatalaFait
« Emmanuel Macron a annoncé reconnaître la Palestine en septembre. »
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Pour ne rien rater de nos programmes, n'oubliez pas de vous abonner à nos deux chaînes YouTube, le Média TV et le Média 24-7, et d'activer la cloche. Nous avons une invitée exceptionnelle en direct depuis un lieu dont les communications ont été coupées hier soir, Gabrielle Catala, députée de la France Insoumise. Elle est à bord du Andala, ce bateau humanitaire qui fait partie de la flottie pour la liberté en route vers Gaza.
Alors que les Nations Unies alertent sur une famine sans précédent dans la bande de Gaza où des enfants meurent de faim, vous le savez certainement, cette flottie tente d'acheminer de l'aide médicale, alimentaire et de première nécessité à une population civile à bout de souffle après quasiment deux ans de guerre et de blocus. Et c'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron a annoncé que la France allait reconnaître en septembre l'État de Palestine à la tribune de l'ONU. Une déclaration solennelle mais qui interroge comment reconnaître un État tout en laissant se poursuivre le génocide de sa population.
Pourquoi attendre septembre pour reconnaître l'État palestinien ? Gabriel Catala est avec nous. Bonjour et merci d'avoir accepté de témoigner dans ces conditions.
Tout d'abord, comment allez-vous Gabriel Catala ? On a cru à un moment donné perdre totalement la connexion avec votre bateau. On a craint une attaque israélienne.
Écoutez, tout va bien. L'équipe est toujours très soudée en forme. Hier, effectivement, nous avons eu tout à coup cette panne qui était extrêmement inquiétante, d'autant plus qu'on était survolé par au moins quatre drones tournoyés autour du bateau.
Donc on s'est dit que c'était sûrement Israël qui avait coupé le wifi, coupé Internet pour nous perturber parce qu'on aurait pu soit être arrêté tout de suite, soit souvent ils font ça les premières nuits pour nous atteindre psychologiquement, pour nous empêcher de dormir, pour nous fatiguer. Finalement, tout est rentré dans l'ordre. C'était une panne Starlink qui a duré un petit peu plus de deux heures.
Mais là, on reste focalisé sur notre mission. Vous le savez, on est très proche. On arrive proche du lieu où le Madeleine a été intercepté illégalement et où son équipage a été kidnappé en juin.
Et on ne sait pas à quel moment on risque d'être intercepté. Nous, notre but, c'est toujours d'arriver à Gaza. Je rappelle que c'est possible puisque les flottis de la liberté, ils existent depuis 2008.
Et en 2008 et 2009, plusieurs bateaux ont réussi d'aller à Gaza. Bien sûr, ce n'était pas du tout la même situation. Il n'y avait pas de génocide.
Il avait déjà ce blocus illégal, inhumain, contraire aux droits internationaux. Mais il n'y avait pas la situation de famine actuelle qui est abominable et face à laquelle la France est malheureusement impuissante. Donc, on est surtout complice.
Donc, nous, on reste focalisé sur… On pense à Gaza, on pense au génocide, on pense aux enfants palestiniens, on pense à tous ces gens qui vivent des souffrances extrêmes. Et c'est ça qui nous guide, qui guide notre mission. Les risques qu'on encourt ne sont rien par rapport à la souffrance et aux risques qu'encourent chaque jour les palestiniens.
Oui, vous venez de le dire, votre mission est d'autant plus nécessaire qu'actuellement, c'est aussi la famine qui tue à Gaza. L'ONU évoque des enfants qui meurent littéralement de faim, une famine généralisée dans la bande de Gaza. Philippe Lazzarini, le chef de l'Agence des Nations Unies pour les Réfugiés, dit que les habitants de Gaza ne sont ni morts ni vivants, ce sont des cadavres ambulants.
Je propose aussi à nos spectateurs de voir des images qui peuvent être terribles. Les plus sensibles doivent éviter peut-être de les regarder, notamment la une de Libération ou encore d'autres images dans les hôpitaux à Gaza. 110 organisations alertes, il faut de toute urgence mettre fin au siège, ouvrir les points de passage terrestre, rétablir l'accès à la nourriture, l'eau et aussi aux fournitures médicales et mettre en place le cessez-le-feu permanent.
Comment, Gabriel Catalan, peut-on en 2025 justifier encore ce blocage de l'aide humanitaire ? Eh bien, l'inhumanité, l'Occident et l'impérialisme américain nous montrent toute son inhumanité. Ce blocus, il était immonde déjà en 2007, il était de plus en plus sévère en 2023, puis en 2024.
Et finalement, il nous montre la complicité de l'Occident avec ce génocide et le racisme de l'Occident. Un Occident qui ne considère pas les vies arabes, les vies palestiniennes comme ayant la même valeur que les vies des Blancs et les vies des non-musulmans. Et c'est ça qui est terrifiant.
Et c'est pour ça que, vous l'avez dit en introduction, Emmanuel Macron a annoncé reconnaître la Palestine en septembre. Il avait dit reconnaître en juin, il avait annoncé en avril la reconnaître en juin. Je ne comprends pas pourquoi il repousse toujours cette décision, une décision qui est insuffisante et qui aurait dû être mise en place depuis 21 mois maintenant et même depuis toujours, puisque c'était une promesse de François Hollande en 2012.
Jacques Chirac aurait dû aussi le faire. Donc, il a choisi peut-être de se dire que là, vu l'ampleur du génocide et surtout le vote de la Knesset qui a voté une résolution mercredi prévoyant l'annexion totale et la colonisation totale de la Cisjordanie, qu'il fallait faire une annonce pour ne pas montrer que sa diplomatie est si défaillante que ça. Mais il faut savoir que cette annonce de reconnaissance de l'État palestinien, elle est insuffisante dans le sens où, déjà, elle est très tardive.
Mais surtout, quand on lit le communiqué qui est associé à cette reconnaissance, M. Macron parle d'un État palestinien complètement désarmé. Donc, moi, je me demande comment on peut respecter un État souverain, on peut vouloir la souveraineté de la Palestine et l'empêcher d'avoir une armée.
Les Palestiniens ont le droit d'avoir une armée, c'est une question de souveraineté. Et comment pourrait-on accepter qu'Israël soit toujours surarmée pour menacer les Palestiniens et que la Palestine, pays qui serait souverain, n'ait rien ? Ensuite, il n'y a aucune mesure pour essayer de faire pression sur Israël et pour stopper le génocide.
M. Macron pourrait décréter un embargo sur les armes. Il pourrait mettre en place et mettre à l'ordre du jour au Conseil de sécurité des Nations Unies des résolutions pour sanctionner Israël.
Il pourrait mettre en place des sanctions économiques et financières. Il pourrait peser de tout son poids pour que l'accord UE-Israël d'association soit suspendu. Et ça, pareil, il ne le fait pas.
Et je crois que cette annonce tardive ne doit pas faire oublier toute la complicité de M. Macron et de la France. Depuis 21 mois maintenant, rappelons-nous que la France a donné au début son blanc sain, un soutien inconditionnel à Israël, alors que les massacres ont commencé dès le 7 octobre au soir.
Donc il faut continuer à faire pression sur M. Macron pour qu'il reconnaisse immédiatement la Palestine. Oui, parce qu'en fait, ça semble assez contradictoire, vous venez de le dire.
Cette annonce intervient alors que la France a du mal à condamner fermement Israël, à empêcher Netanyahou de survoler son territoire. La France a du mal à le faire. Donc effectivement, on est dans une certaine contradiction d'Emmanuel Macron.
Oui, c'est très contradictoire. Et puis finalement, reconnaître l'état de Palestine, bien sûr, c'est quelque chose que nous on demande et c'est très important. Mais ce n'est pas la mesure principale pour stopper le génocide.
La mesure principale, c'est des sanctions très fermes, financières, diplomatiques, économiques à l'égard d'Israël, que la France peut prendre seule, sans le cadre européen. Après, c'est déjà bien qu'on fasse pression, notamment les USA par la voix de Marc Rubio ont déjà répondu en disant que c'était irresponsable de la part de M. Macron.
Il est évident qu'Israël et les États-Unis vont faire pression sur la France pour qu'elle renonce à cette reconnaissance. Mais j'ai bon espoir que d'autres pays suivent la France, le Royaume-Uni, d'autres pays européens, et que ça entraîne un certain nombre de reconnaissances en cascade. Et encore une fois, c'est quelque chose qui est très attendu par les diplomates palestiniens, l'autorité palestinienne depuis toujours.
Donc c'est un premier pas, mais un premier pas malheureusement insuffisant et qui ne doit pas être utilisé par M. Macron pour se racheter une âme dans la situation parce qu'encore une fois, il ne fait rien de concret pour stopper ce génocide. Vous êtes, Gabriel Catel...
La France pourrait aussi d'ailleurs...
Oui, allez-y. Non, j'allais terminer. Non, je disais, la France pourrait aussi mettre en place un pont aérien humanitaire avec son armée, avec l'aide du ministère des Affaires étrangères pour qu'un pont aérien et des bateaux puissent être acheminés de l'aide humanitaire jusqu'à Gaza.
Et ça, pareil, elle ne le fait pas. Donc moi, je vois que chaque jour, il y a une classe, l'équivalent d'une classe qui meurt. Chaque jour, il y a au moins 28 enfants qui meurent.
Selon l'UNICEF, là, les chiffres augmentent avec la famine. Donc c'est une classe d'enfants qui disparaît par jour en Palestine et il n'a plus le temps pour des paroles qui ne sont pas suivies d'actes. Vous êtes députée française, Gabriel Catala, à bord d'un bateau humanitaire en route vers un territoire en guerre avec un gouvernement israélien sous enquête de la Cour pénale internationale.
Certains disent que l'inaction des États pousse les citoyens et les élus comme vous à prendre des risques. Cette flottise, vous venez de le rappeler, mais c'est surtout l'échec de la diplomatie internationale. Oui, bien sûr.
Moi, j'aimerais ne pas être sur ce bateau. J'aurais préféré que la France prenne toutes les mesures, que l'Union européenne prenne toutes les mesures qu'elle peut et que nous n'en soyons pas là. Mais force est constater qu'il faut que les peuples se lèvent, les élus, les syndicalistes.
Rappelons-nous que ce sont des syndicalistes au port de Fosse-sur-Mer ou à l'aérobore de Roissy qui ont bloqué des convois, des cargos et des cargaisons d'armes vers Netanyahou, vers son armée génocidaire et que la France continue à livrer tous les jours des pièces de mitrailleuses, etc. à en fabriquer, qu'elles sont destinées à l'armée génocidaire de Netanyahou et que le ministre des armées ment quand il dit qu'il ne sait pas où vont ses armes. Parce que, selon le disclose, l'ambassade de France à Tel Aviv avait bien confirmé qu'elle était incapable de suivre l'acheminement et de savoir ce que deviennent ses livraisons.
Donc, il faut prendre des mesures de rétorsion extrêmement fermes pour qu'Israël cesse ce massacre. Et il n'y a pas que la France. 30% des armes de l'Union européenne qui sont livrées vers Israël sont livrées par l'Allemagne, qui est aussi un pays complice du génocide, un allié d'Israël, et dont la capacité à livrer des armes est la première d'Europe, bien loin, bien sûr, derrière les États-Unis, puisqu'il y a un bateau qui part tous les deux jours des États-Unis pour aller vers Israël.
Et ce qui est effrayant, c'est le fait que deux nations d'extrême droite qu'on dit être des soi-disant démocraties, donc Israël et les États-Unis, puissent mettre à genoux comme ça le reste du monde et empêcher qui que ce soit d'agir, même si des pays font leur part. Moi, je vois l'Afrique du Sud qui a lancé la procédure à la Cour international de justice, l'Espagne qui a arrêté de livrer des armes ou de laisser transiter des armes par son pays, qui a reconnu la Palestine avec la Slovénie, l'Irlande, la Norvège. Et c'est pour ça que la France, elle, ne suit pas du tout une trajectoire exemplaire sur le sujet.
Notre diplomatie est défaillante. Et d'ailleurs, le monde expliquait que la France attendait finalement que Netanyahou quitte le pouvoir pour pouvoir essayer de davantage appuyer et de stopper ce massacre. Netanyahou, ça fait 16 ans qu'il est au pouvoir.
Il ne va pas partir comme ça, puisque une majorité de la société israélienne valide ce qui se passe, valide ce massacre, valide la colonisation et le génocide. Les manifestations qu'on voit, elles prennent de l'ampleur en Israël, ceux qui sont opposés au génocide, elles sont encore extrêmement faibles face à l'ampleur d'un crime qui est commis à quelques kilomètres de Tel Aviv. Voilà.
Gabriel Catala, que dites-vous à ceux qui affirment que le Handala est une opération symbolique sans réel effet sur le terrain ? Eh bien effectivement, d'un point de vue humanitaire, c'est symbolique, nous le disons nous-mêmes, nous savons que ce que nous transportons ne servira pas à arrêter une famine. Nous transportons 800 kilos de lait infantile, de produits d'hygiène, de nourriture pour les enfants, puisque notre mission est dédiée aux enfants, et c'est toujours mieux que rien.
Et c'est toujours ceux qui ne font rien, qui reprochent à d'autres d'essayer de faire quelque chose de symbolique. Nous, notre mission, elle est avant tout politique. Nous sommes là pour visibiliser le génocide, pour montrer que des peuples se lèvent, pour dire que nous devons briser ce blocus humanitaire et pour arriver jusqu'à Gaza afin de le briser.
C'est ça, notre premier but. Et donc, nous ne sommes pas, pour comment parler, un bateau humanitaire. Nous sommes une mission pacifique et politique, portée par un certain nombre de personnes avec des profils différents.
À bord de ce bateau, il y a des avocats, un syndicaliste, des ingénieurs, des militants pour la paix, des influenceurs. On est deux députés et on essaye de représenter un petit peu la diversité des personnes qui se mobilisent et qui s'opposent à ce génocide. Vous le disiez tout à l'heure, vous êtes à quelques kilomètres de l'endroit où le Medlin s'est fait arrêter, les occupants kidnappés par l'armée israélienne.
Est-ce qu'actuellement, dans ce que vous pouvez vivre là depuis quelques jours, vous vous sentez en danger ? Est-ce que vous vous sentez menacé par Tzal ? Alors effectivement, on ne peut que se sentir menacé vu les drones qui tournoient autour de nous et ce qui s'est passé pour les précédents bateaux.
Parce que je rappelle qu'en 2010, l'armée israélienne a tué 10 militants sur un bateau qui s'appelait le Marmara. Il y a eu d'autres bateaux attaqués par des drones. Le Conscience, l'équipage du Medlin a été kidnappé.
Donc on ne peut que s'inquiéter. Mais nous sommes tous très soudés et je pense qu'il ne faut pas se laisser envahir par le stress, etc. On sait ce qu'on risque.
On sait que les risques que nous encourons ici sont bien moindres que ceux que vivent chaque jour les Palestiniens. Et c'est ça qui nous aide à garder le cap. Il y a eu des tentatives d'empoisonnement, on en a parlé, de cordes autour de l'hélite pour vous empêcher de partir, en tout cas au départ.
Vous êtes 18 au sein de cet équipage. On est 21. Comment le reste de l'équipe vit cette traversée avec toutes ces tentatives d'intimidation ?
Le reste de l'équipe, encore une fois, comme on est très solidaires entre nous, très sereins, très soudés, tout le monde sait pourquoi il est ici, quel sens ça a pour toutes les personnes qui sont à bord. Et nous savons que nous sommes d'ici pour les Palestiniens, que nous sommes regardés par des millions de gens qui nous envoient des messages de soutien, des messages affectueux, et qui nous aident tous les jours à tenir, qui nous encouragent. Et on ne veut pas être héroïsés ou présentés comme des personnes extraordinaires, puisqu'encore une fois, je le répète, ce que nous faisons n'est rien par rapport à la souffrance et à tout ce qu'endure le peuple palestinien depuis des décennies, et surtout depuis le 8 octobre 2023.
Donc là, si tout se passe bien, vous devriez arriver dimanche, c'est ça, à Gaza ? Oui, nous devrions arriver dimanche à Gaza et nous arriverons demain, en milieu de journée, à l'endroit où le palestin a été arrêté. Très bien.
Gabriel Catala, merci beaucoup d'avoir été avec nous pour cet entretien en direct du Andala. Merci à vous, en espérant que tout se passe bien pour vous jusqu'à dimanche. Merci encore.
Merci à vous. Merci beaucoup. Merci à vous.
Merci, à bientôt. Merci à vous de nous avoir suivis. Très bonne journée sur le Média.
Gabrielle Cathala