Marc Ferracci, ministre et ami du président Macron
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Questions et réponses
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Vous êtes à l'origine de la réforme du Code du Travail, les ordonnances Macron. Qu'en dites-vous ?
- 0:51OuverteRéponse directe
Les ordonnances sont-elles déséquilibrées ?
- 1:15OuverteRéponse directe
Votre père critique vos ordonnances. Est-ce que cela vous concerne ?
- 1:29OuverteRéponse directe
Ces ordonnances visaient à simplifier le droit du travail. Pourquoi cette approche ?
- 2:08OuverteRéponse directe
Votre famille se revendique de gauche. Vous êtes-vous éloigné du communisme ?
- 2:58OuverteRéponse directe
Comment définiriez-vous la gauche dont vous vous revendiquez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37Invité politiqueFait
« Vous êtes à l'origine de la toute première réforme qui a été adoptée sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, la réforme du Code du Travail, les fameuses ordonnances Macron. »
- 1:24Invité politiqueFait
« Quand il critique ses ordonnances, c'est un peu vous qui critique, d'une certaine façon ? »
- 1:39PrésentateurFait
« Ces ordonnances partaient d'un constat assez simple, c'est que le droit du travail est trop compliqué dans notre pays et qu'il faut que ce soit les acteurs de terrain, à la fois dans les entreprises et dans les branches, qui s'en saisissent et qui le produisent. »
- 2:20PrésentateurFait
« les ordonnances, effectivement, ont été perçues comme une réforme qui pensait plutôt vers la droite, plutôt vers la flexibilisation. »
- 2:34PrésentateurFait
« on a créé le compte personnel de formation »
- 3:27Invité politiqueFait
« Votre père a milité au Parti communiste jusqu'au début des années 80. Votre grand-père était une figure de la résistance communiste en Corse. »
- 3:57PrésentateurFait
« je n'ai jamais franchi le pas d'un engagement au sens où je n'ai jamais été encarté dans un parti avant le parti En Marche, qui est devenu le parti Renaissance. »
- 4:08PrésentateurFait
« Ces discussions, elles m'ont plutôt ramené vers le champ de la social-démocratie, de cette gauche raisonnable que j'évoquais à l'instant. »
- 5:42PrésentateurFait
« Elles ont été simultanées. »
- 5:44PrésentateurFait
« on s'est rencontrés quand on préparait tous les deux à Sciences Po des concours administratifs, et notamment le concours de l'ENA. »
- 8:07PrésentateurFait
« Avant de participer à toutes ces réformes, j'étais effectivement professeur d'université. »
- 9:55PrésentateurFait
« La réforme de l'apprentissage, c'est une réforme formidable, mais qui réclame aussi des ajustements. »
Temps de parole
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Il s'est d'abord fait connaître comme économiste, puis conseiller de plusieurs ministres et enfin député. Marc Ferracci est un ami très proche d'Emmanuel Macron. Il vient d'être nommé ministre délégué chargé de l'industrie. Je vous propose de découvrir ce numéro inédit de la politique aînroite, puisqu'il a été enregistré trois jours à peine avant l'annonce du nouveau gouvernement. Bonjour Marc Ferracci. Bonjour. Alors vous êtes à l'origine de la toute première réforme qui a été adoptée sous le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, la réforme du Code du Travail, les fameuses ordonnances Macron.
Ces ordonnances, elles ont été critiquées à l'époque par un chef d'entreprise qui se revendique de gauche. Je vous propose d'écouter ce qu'il en disait, c'était au micro de nos collègues de France 3.
Les ordonnances, je les regarde avec un œil forcément critique. Pourquoi ? Parce que je trouve que la première version est assez déséquilibrée. Quand vous avez trois organisations d'employeurs qui applaudissent, c'est tous les syndicats peu ou prou qui critiquent, parfois sévèrement, parfois avec plus de nuances, vous vous dites que la flexibilité est sans doute au bout du chemin et que la sécurité pour les salariés l'est un peu moins.
Alors ce chef d'entreprise, c'est votre père, Pierre Ferracci, qui a fondé un cabinet de conseil aux syndicats dans les comités d'entreprise. Quand il critique ses ordonnances, c'est un peu vous qui critique, d'une certaine façon ?
Il a son point de vue. Et vous savez que dans une famille, on peut se retrouver sur l'essentiel et avoir quelques points de divergence sur des sujets, certains importants, comme celui des ordonnances et du droit du travail. Ces ordonnances partaient d'un constat assez simple, c'est que le droit du travail est trop compliqué dans notre pays et qu'il faut que ce soit les acteurs de terrain, à la fois dans les entreprises et dans les branches, qui s'en saisissent et qui le produisent.
Et on avait avec ces ordonnances l'idée de développer la négociation collective, de simplifier aussi pour les chefs d'entreprise, mais aussi pour les salariés, un certain nombre de procédures, et notamment les procédures de licenciement.
Oui, mais là vous rentrez sur le débat de fond. Mais moi ce qui m'intéresse, c'est l'histoire de famille qui peut y avoir derrière, parce qu'ils se revendiquent de gauche, vous aussi. Et là, ils vous reprochent en quelque sorte d'avoir mis en place, d'avoir créé une réforme de droite, trop à droite.
Vous savez, pour répondre à cette question, il faut justement aller sur le fond. Pourquoi ? Parce que les ordonnances, effectivement, ont été perçues comme une réforme qui pensait plutôt vers la droite, plutôt vers la flexibilisation. Mais à côté de cette réforme, en même temps, si je puis dire, on a fait d'autres choses. On a créé des outils nouveaux pour protéger les salariés, on a créé le compte personnel de formation, on a investi des sommes qui n'avaient jamais été investies dans la formation des chômeurs. On est allé dans la protection en même temps qu'on avait libéré un certain nombre d'initiatives. Et donc, moi je suis très à l'aise avec ça.
Et c'est un point de divergence sur ce sujet. Mais j'ai également participé à des réformes qui ont lutté contre la précarité, avec le fait qu'on pénalise les entreprises qui abusent des contrats courts, par exemple. Alors, bonus, malus. Exactement.
Comment définiriez-vous la gauche dont vous vous revendiquez ?
C'est une gauche qui a les pieds dans le réel, une gauche raisonnable, une gauche qui ne balaye pas sous le tapis des problématiques essentielles comme la responsabilité budgétaire, la maîtrise des comptes publics, une gauche qui veut changer la vie des gens, mais sans se payer de mots et sans aller dans la démagogie.
Alors, si on revient à votre famille, votre père a milité au Parti communiste jusqu'au début des années 80. Votre grand-père était une figure de la résistance communiste en Corse. Vous-même, le communisme, ça ne vous a jamais tenté ?
Moi, j'ai eu dans ma jeunesse des amitiés et beaucoup de discussions politiques avec des gens qui appartenaient à la gauche et parfois au Parti communiste. Là, on voit votre grand-père à l'image. Tout à fait. Mais je n'ai jamais franchi le pas d'un engagement pour ce parti. D'ailleurs, je n'ai jamais franchi le pas d'un engagement au sens où je n'ai jamais été encarté dans un parti avant le parti En Marche, qui est devenu le parti Renaissance. Donc non, j'ai trouvé ma voie assez vite. Cette voie, je l'ai trouvée durant mes études, en discutant avec différentes personnes.
Et ces discussions, elles m'ont plutôt ramené vers le champ de la social-démocratie, de cette gauche raisonnable que j'évoquais à l'instant. Mais ça n'empêche pas que nous avions, avec mon grand-père, des discussions politiques, des discussions passionnées. Et en réalité, on se retrouvait généralement sur l'essentiel, les valeurs de la République. Moi, je suis très fier d'une chose, c'est que mon grand-père a eu l'honneur de voir son nom accolé à celui du lycée de Bonifacio, dont il est originaire en Corse, parce qu'il, vous l'avez dit, était un résistant. Et à l'occasion de cette cérémonie, il y avait des gens d'horizons politiques très différents.
Il y avait Fabien Roussel, le chef du Parti communiste français. Il y avait des gens de droite, il y avait des gens de gauche. Et au fond, ce que ça dit, c'est qu'on peut se retrouver collectivement, et moi j'ai toujours cherché à le faire dans mon environnement familial, sur l'essentiel, même quand je peux avoir des désaccords sur le fond, parfois.
Alors, vous êtes d'abord fait connaître en tant qu'économiste, spécialiste du marché du travail, et puis est venu le temps de l'engagement en politique. Il est directement lié à un homme, Emmanuel Macron. Alors, on vous présente souvent comme son meilleur ami, au point que vous avez été témoin de vos mariages respectifs. Là, on vous voit en arrière-plan, à l'occasion du mariage d'Emmanuel Macron avec Brigitte. Macron, et lui-même était présent en tant que témoin à votre mariage. On voit l'image ici. Est-ce que cette amitié, elle a précédé la connexion politique ?
Elles ont été simultanées. Simultanées parce qu'on s'est rencontrés quand on préparait tous les deux à Sciences Po des concours administratifs, et notamment le concours de l'ENA. Et à ce moment-là, les discussions amicales étaient indissociables des discussions politiques, parce qu'on baignait dans cette ébullition d'idées, dans cette ébullition de savoirs qui nous portait vers la science politique, qui nous portait vers la politique au sens large. Et donc, en réalité, on parlait de politique quasiment tout le temps. Et l'affinité amicale, elle s'est aussi construite avec une affinité politique. Et c'est quelque chose dans lequel je me retrouvais.
Je me retrouve d'ailleurs toujours en grande partie.
Alors, on dit souvent qu'il est difficile d'entretenir des liens d'amitié en politique. En ce qui vous concerne, vous êtes mis au service d'Emmanuel Macron en 2017. Est-ce que ça a modifié la nature de votre relation ?
Ça n'a pas modifié le fondement amical de la relation, mais forcément, parce que nos vies changent, la relation change. Moins de disponibilité. Quand vous êtes candidat, puis président de la République, évidemment, vous n'avez pas autant de temps que vous en aviez pour vos amis, pour vos proches. Mais on a continué, évidemment, à avoir une relation très forte. Parfois, une relation de travail, parce que moi-même, je me suis investi dans l'action gouvernementale, après 2017. Et nous avons toujours été, évidemment, en contact, à la fois pour des questions de fond, des questions liées à nos réformes.
Vous gardez quand même l'ami Emmanuel Macron ?
Écoutez, je crois. Ça ne sert pas à changer. Vous le tutoyez encore ? Bien sûr, oui, on se tutoie. Et je pense qu'on a toujours autant d'affection l'un pour l'autre. Mais il peut nous arriver aussi de ne pas être d'accord sur certains sujets, notamment des sujets de fond. C'est-à-dire que le pouvoir peut mettre à l'épreuve le lien d'amitié ? Non, je ne pense pas que le pouvoir mette à l'épreuve le lien d'amitié. Mais la connexion et le compagnonnage politique, il n'est pas forcément éternel, parce qu'on a le droit de changer d'idée. Et il y a peut-être un jour des sujets qui feront que je prendrai des distances ou on prendra des distances l'un avec l'autre sur le plan politique.
En revanche, la relation amicale, je pense qu'elle restera.
Alors, vous avez inspiré plusieurs réformes. Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, on a cité la réforme du Code du Travail, on a cité celle des bonus-malus sur les contrats courts. Il y a aussi eu l'assurance-chômage, la formation professionnelle, l'apprentissage. Finalement, être l'ami du président, c'est l'idéal pour un économiste. Ça permet de mettre en pratique tout son travail de recherche théorique.
C'est vrai. Avant de participer à toutes ces réformes, j'étais effectivement professeur d'université. Je le suis toujours, d'ailleurs, statutairement. J'ai beaucoup travaillé sur ces sujets de travail, emploi, de formation professionnelle, d'apprentissage. Et j'avoue que c'est un véritable privilège.
C'est une sorte de laboratoire en conditions réelles que vous avez là ? C'est plus qu'un laboratoire.
C'est plus qu'un laboratoire, puisqu'on fait des réformes à l'échelle du pays, on change la vie des gens. Parfois, on a besoin d'amender les choses parce qu'on ne fait pas tout bien dès le départ. Mais c'est un véritable privilège parce qu'on a toujours cette frustration quand on est un universitaire, je l'ai été pendant des années, d'être simplement un conseiller du prince, d'être simplement dans la préconisation et pas dans l'action. Moi, j'ai eu la chance, on y a quelques-uns à l'avoir été, dans cette aventure politique. J'ai eu la chance d'être un universitaire qui a mis les mains dans le cambouis, qui a participé aux réformes, qui a pris aussi des coups, et c'est l'un des coups.
Et moi, j'en suis très content parce que c'est une expérience extraordinaire.
Oui, mais justement, on reproche parfois aux universitaires d'être un peu hors sol. Vous, vous vous êtes coltiné au réel, on va dire, en préparant le programme économique d'Emmanuel Macron en 2017, en étant conseiller de Muriel Pénicaud ensuite, puis de Jean Castex à Matignon, puis en devenant député. Vous êtes cogné au réel parfois ? Je m'y suis cogné, très clairement. Au point de réaliser que vous aviez peut-être fait, pris la mauvaise direction ?
C'est arrivé, c'est arrivé. Sur des sujets précis ? C'est arrivé qu'on se rend compte que des réformes n'ont pas atteint leur but. Par exemple ? Vous voyez, le compte personnel de formation, qui je pense est une fabuleuse réforme qui émancipe les gens, qui leur donne la possibilité de se former à leur propre initiative. C'est une réforme qui doit être amendée sur certains aspects, parce qu'elle coûte cher et parce que l'argent qu'on dépense pourrait peut-être être mieux utilisé ailleurs. La réforme de l'apprentissage, c'est une réforme formidable, mais qui réclame aussi des ajustements.
Ce qu'on apprend au fond quand on se frappe le réel, on se cogne au réel, comme vous le disiez, c'est qu'il n'y a pas de jardin à la française. Quand on essaye de changer la vie des gens, quand on essaye de faire des réformes, de faire voter des lois, c'est rare qu'on tombe tout de suite sur la bonne solution.
Vous dites ça et en même temps, il y a une critique qui remonte de la part de vos adversaires, c'est qu'ils vous jugent parfois trop dogmatiques. Comment vous l'expliquez-vous ?
Peut-être que j'ai un fond, un fond lié à mon passé et ma profession d'universitaire. J'aime bien transmettre et parfois, il peut m'arriver, je le confesse, il peut m'arriver de transmettre avec peut-être trop de certitudes. J'ai quand même remis en question, je pense, beaucoup de mes certitudes depuis que je suis en politique. Je sais que la vie politique, ça n'est pas la vie universitaire, que ce qu'on met dans des rapports, dans des articles scientifiques, on ne le traduit pas forcément facilement dans la vie des gens avec des projets de loi et surtout de manière très concrète dans leur existence et dans leur quotidien.
Donc ça, je pense que c'est aussi ce que moi je dis à mes collègues universitaires. Je leur dis, ayez un peu de mensuétude pour les hommes et les femmes politiques parce qu'ils font un travail que parfois vous pouvez trouver un petit peu trop superficiel, sur le fond, mais qui en réalité est extrêmement difficile parce qu'écouter les gens, être dans cette forme d'empathie constante que nous devons à nos concitoyens, c'est quelque chose qui n'est pas à la portée de tout le monde. Tout le monde n'est pas fait pour être homme ou femme politique. Et arriver à mêler une approche et une vision qui est celle d'un universitaire avec cela, c'est quelque chose de difficile.
Je ne suis pas sûr d'y être parfaitement parvenu, mais en tout cas, c'est ce que j'essaie de faire dans ma vie aujourd'hui.
On va passer à notre quiz pour conclure. Donc le principe, c'est que je vais commencer des phrases et que vous allez devoir les compléter. Être député, c'est renoncer à ?
Une partie de sa vie de famille. Oui. Et ça, c'est une souffrance ? C'est une frustration, mais c'est une frustration qui est faite de manière assumée, qui est consentie de manière assumée et dans le dialogue avec ma femme et mes enfants.
Si le Paris FC monte en Ligue 1,
je... Je fais une grosse fête parce que je suis effectivement un des participants à cette aventure sportive.
Avec votre père, sur... Voilà.
Consistant à essayer de créer un autre club de foot professionnel à Paris, en Ligue 1. Et je pense surtout que j'essaye de transmettre les valeurs de ce club. Des valeurs d'ouverture, des valeurs d'inclusion. Donc, si le club monte en Ligue 1, j'essaierai de faire la promotion des valeurs d'un club qui n'est pas tout à fait comme les autres. Enfin, parfois, quand je vois Cyrano allongé sur le canapé, je me dis... Alors, Cyrano,
c'est mon chat. Oui, j'en parle parce qu'on le voit souvent sur les réseaux sociaux.
Vous postez des photos de lui. C'est un compagnon qui apaise énormément. D'ailleurs, on voit avec des poils aussi longs que tout le monde a envie de le caresser et qui, dans les moments de violence par lesquels on passe parfois quand on est en politique, permet de se retrouver un peu avec lui et avec soi-même.
Merci beaucoup, Marc Ferraci, d'être venu dans La Politique et moi.
Marc Ferracci