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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 18 mai 2020 51 minAutoproduitFond programmatiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalSantéEnvironnement & énergie

France et Allemagne unies pour une relance européenne face à la crise.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 11:01OuverteRéponse directe

    Qui remboursera les 500 milliards d'euros du fonds de relance ? Comment sera réparti cet argent ?

  • 13:02OuverteRéponse directe

    Que représente la souveraineté technologique ? Cela inclut-il un changement de politique vis-à-vis de Huawei ?

  • 15:03RelanceRéponse partielle

    Le texte sur les dépenses est vague. Quels secteurs seront prioritairement aidés ?

  • 17:04OuverteRéponse directe

    L'UE ressortira-t-elle renforcée de la crise malgré les dérives autoritaires en Pologne et Hongrie ?

  • 19:05OuverteRéponse directe

    Quand les déplacements sans restriction seront-ils possibles dans l'UE et Schengen ?

  • 21:06OuverteRéponse directe

    Quels sont les signes positifs de soutien de l'Italie ? Quel sera le coût pour l'Allemagne ?

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

... (...) -E.

Macron : Bonjour à toutes et tous. Vous allez bien ? (Les propos d'A.

Merkel sont traduits) -A. Merkel : Mesdames et messieurs, je suis très heureuse d'avoir eu l'occasion d'avoir aujourd'hui une visioconférence avec le Président français Emmanuel Macron. C'est devenu entre nous une habitude depuis le début de cette pandémie.

Mais aujourd'hui, nous allons avoir également le plaisir de pouvoir tenir une conférence de presse avec vous tous de manière à ce que vous puissiez poser des questions aussi bien en France qu'à Berlin. Je vous salue donc depuis Berlin. Aujourd'hui, nous avons parlé de la contribution que la France et l'Allemagne peuvent apporter pour arriver à dépasser la crise de la Covid.

Cette crise est très certainement la crise la plus importante à laquelle ait été exposée l'Union européenne depuis sa création. Et bien sûr, il faut trouver des réponses qui soient adaptées. La coopération dans ce domaine de la France et de l'Allemagne est donc très importante.

Nous avons notre amitié franco-allemande mais nous savons aussi que nous sommes 27, bien sûr. Si la France et l'Allemagne donnent une impulsion, c'est certainement quelque chose qui va permettre de favoriser la prise de décision commune ensuite à 27, nous pourrons ainsi sortir renforcés de cette crise du Covid. Les ministres des Finances, avec notre approbation, viennent de proposer un paquet de garanties dans le cadre de la BEI et dans le cadre du mécanisme européen de stabilité avec un programme choix qui permettra de financer le chômage partiel.

C'est une 1re contribution très importante. Nous allons faire en sorte que ces mesures soient mise en oeuvre très rapidement. Mais bien sûr, nous avons aussi besoin de plus : d'un fonds de relance. "Recovery Fund".

Et nous nous sommes interrogés pour savoir quelle forme donner à ce fonds de relance. Nous en avons discuté très longuement. L'objectif, c'est que la France et l'Allemagne sortent renforcées, consolidées, ainsi que l'Union européenne de cette crise.

Nous savons que l'impact de la Covid est différent entre les pays de l'Union européenne, et c'est pourquoi la cohésion est très importante. Il nous faut donc des mesures de relance économique si nous voulons pouvoir repartir. Il faut donc que ce fonds de relance apporte une contribution importante qui permette aux différents pays de l'Union européenne de réagir en fonction de leurs besoins.

Pour cela, il faut un effort colossal, et nous sommes prêts à le fournir du côté français et allemand. L'Union européenne doit faire preuve de cohésion, il faut que nous reprenions le dessus rapidement et c'est pourquoi nous voulons avoir un fonds qui soit, bien sûr, limité dans le temps, mais 500 milliards d'euros sont prévus. Il ne s'agirait pas de crédits, il s'agirait de dépenses budgétaires qui seraient attribuées aux secteurs et aux régions les plus touchés par la Covid.

Nous sommes convaincus que ces mesures sont justifiées, qu'elles sont nécessaires. Il est important que l'Union européenne mette de l'argent à disposition. Et ça, pendant plusieurs années budgétaires.

Il faudra bien sûr ensuite rembourser cet argent. Cela devra être, bien sûr, en accord avec les traités européens, avec les règles budgétaires européennes, et que ce soit aligné aussi sur les budgets nationaux. Donc ce "Recovery Fund" doit être fondé sur une base juridique sérieuse.

Il faut respecter l'autonomie, bien sûr, des parlements nationaux. Mais nous allons structurer ce fonds. Premièrement, la commission va emprunter de l'argent, et ensuite, par le biais du fonds de relance, nous pourrons intégrer tout cela dans le budget 21-27, et nous aurons donc davantage de moyens, 500 milliards de plus, pour, dans le cadre du budget, apporter une réponse aux difficultés des secteurs les plus touchés et des pays les plus touchés.

Cet effort est indispensable, nous en sommes convaincus. Et cela permettra de garantir la cohésion de l'Union européenne mieux que nous n'avons pu le faire jusqu'ici. Au-delà de cela, nous travaillerons à garantir la viabilité de l'Union européenne dans les années à venir, c'est-à-dire que nous resterons fidèles au Green Deal à la digitalisation de la lutte contre les catastrophes, et que nous créerons une nouvelle dynamique pour les années à venir.

Et c'est ce que veut souligner notre initiative franco-allemande. Nous voulons aussi avoir tout un travail sur la protection sanitaire. Tout d'un coup, je suis extrêmement contente de voir que nous pouvons aujourd'hui vous annoncer ensemble cette initiative franco-allemande.

C'était quelque chose qui était indispensable, indispensable pour que nous apportions notre contribution à l'avenir de l'Union européenne. Au-delà de cela, nous aurons, bien sûr, une conférence des pays membres de l'Union européenne avec le Parlement européen et la Commission pour parler de l'avenir de l'Union. Nous devons, bien sûr, parler de tout ce qui nous a fait prendre conscience des insuffisances de l'Union européenne.

Peut-être que cela inclura des modifications des traités. Pour le moment, ce qu'on vous présente, ce sont les réponses à court terme à la Covid. Par la suite, bien sûr, il y aura des réponses à moyen et à long terme, il faut les élaborer.

Voilà ce que je voulais vous dire. Je donne maintenant la parole à M. le Président. -E.

Macron : Merci beaucoup, madame la chancelière, chère Angela Merkel. En effet, nous avons eu l'occasion aujourd'hui et ces dernières semaines d'avoir de nombreux échanges et discussions pour approfondir nos positions communes et bâtir cet accord franco-allemand dans un contexte inédit qu'Angela Merkel vient de rappeler. La crise que nous vivons est inédite et elle implique, elle impose une réponse qui, pour être efficace doit être collective et d'abord européenne.

Parce que, et ça, nous l'avons dit l'un et l'autre depuis le début de cette crise, le virus ne connaît pas de frontières et a touché toute notre Europe. L'Europe, il faut bien le dire et avoir cette lucidité a été sans doute mise en défaut au début de cette crise. D'abord parce que la compétence sanitaire n'est pas une compétence communautaire, et donc nous ne devons pas demander à l'Union européenne ce qui n'est pas de sa compétence.

Aussi parce qu'il y a eu des réflexes nationalistes en particulier sur la gestion des frontières y compris à l'intérieur de l'espace Schengen. Et nous devons à cet égard tirer toutes les leçons de cette pandémie. Angela Merkel vient de le rappeler.

Je partage totalement ce qu'elle vient de dire à cet égard aussi. Ensuite, nous devons aussi dire que des actions remarquables au niveau européen ont été conduites. Je ne veux pas oublier les gestes de solidarité très concrets qui ont donné de l'Europe un visage humain.

Cette solidarité a sauvé des vies. L'Allemagne, la Suisse, le Luxembourg, l'Autriche, ont accueilli près de 200 patients français. L'Allemagne comme la France ont apporté et livré beaucoup de matériel à l'Italie et plusieurs autres pays.

Et cette solidarité, c'est aussi cet esprit européen. C'est l'Europe qui a fonctionné. Nous avons eu aussi une réponse économique et monétaire très forte dès le début de la crise.

La Banque centrale européenne a agi dès la mi-mars de manière massive, adaptée, et a permis d'éviter une crise financière de court terme et l'écartement des taux d'intérêt entre les pays européens. La Commission européenne a très tôt su lever les règles qui auraient pu nous contraindre en matière budgétaire ou en matière de concurrence, et a permis au niveau national d'apporter des réponses sectorielles qui étaient absolument indispensables. Cette réponse, très importante, a été aussi accompagnée, je le disais, de manque, d'égoïsme, de retard.

Je pense à la question des frontières. Je n'ai sur ce sujet aucun tabou, et la France en coordination avec l'Allemagne a poussé activement avec succès pour une fermeture stricte des frontières extérieures de l'Union européenne mais à l'intérieur de l'Europe. C'est à nos yeux différents non pas par naïveté, mais par souci d'efficacité, car nous devons être à la hauteur de notre histoire et ne céder à aucune démagogie.

Nous avons posé des restrictions à toutes nos frontières y compris avec l'Allemagne car cela était nécessaire. Nous l'avons fait de manière coordonnée. Nous avons constamment échangé avec la chancelière Merkel.

Nous n'avons pas fermé ces frontières à toute circulation et nous avons laissé en particulier nos 350 000 travailleurs frontaliers pouvoir continuer à oeuvrer. Nous avons aussi laissé passer certains produits alimentaires ou sanitaires essentiels pour nos pays. D'autres pays européens simplement n'ont pas eu ce réflexe et ont fermé toutes les frontières sans prévenir leurs voisins, ce qui a donné une triste image de notre Europe.

Au-delà de cela, il y a des débats essentiels qui demeurent, celui de la solidarité financière en Europe, de notre souveraineté européenne d'une Europe plus forte. Et c'est cette conviction commune que nous portons avec la chancelière qui nous a conduits à présenter aujourd'hui cette initiative franco-allemande. Elle est le fruit d'un travail bilatéral, mais aussi d'échanges avec plusieurs de nos partenaires et de ce travail étroit que nous avons su mener avec l'Italie, l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, et plusieurs autres, avec aussi le président du Conseil, comme la présidente de la Commission.

La chancelière a évoqué les grandes lignes de cette initiative et je n'y reviendrai donc que brièvement en insistant sur sa cohérence. Il y a 4 piliers à notre initiative : la protection sanitaire, la relance budgétaire, la transition écologique, la souveraineté économique. Et je suis convaincu que c'est le socle essentiel de la reconstruction de nos vies, de nos économies, de nos sociétés, qui passe par cette stratégie.

En effet, sur le plan sanitaire, notre souhait, notre volonté ensemble est de doter l'Europe de compétences très concrètes en matière de santé et de nous engager ensemble, des stocks communs de masques ou de tests, des capacités d'achat et de production communes ou coordonnées pour les traitements et les vaccins, des plans de prévention partagés des épidémies, des méthodes communes pour recenser et identifier les cas. Cette Europe de la Santé n'a jamais existé. Elle doit devenir notre priorité.

Sur le plan budgétaire et des outils de solidarité, la chancelière vient de rappeler un instant l'importance de ce fonds de relance de 500 milliards d'euros qui viendra compléter nos perspectives financières et donc notre budget européen. Mais sur la base des traités existants, pour la 1re fois ensemble, ce que nous proposons ensemble, Allemagne, France, aux 27 pays membres, c'est, d'une part, de décider tous ensemble d'aller lever une dette commune sur les marchés et d'utiliser ces 500 milliards d'euros d'aide, qui aura vocation à être remboursée comme l'a rappelé, Mme la Chancelière, de l'utiliser pour apporter des financements qui seront fléchés en priorité sur les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire et économique et les régions les plus impactées par cette crise. Et donc d'accepter de vrais transferts, une vraie stratégie commune pour compléter notre budget européen.

C'est une étape majeure et nous espérons que la Commission européenne dans quelques jours portera cette proposition et qu'elle sera ensuite suivie par l'ensemble de nos partenaires. Ce fonds de relance, ces 500 milliards qui ne seront non pas des prêts octroyés à telle ou telle région ou tel ou tel secteur, mais bien des dotations budgétaires sur la base de notre endettement commun, viendront compléter l'accord trouvé par nos ministres des Finances de 500 milliards d'euros avec le programme sûr de réassurance par la Commission, mais aussi les prêts dans le cadre du Mécanisme européen de stabilité et des prêts délivrés par la Banque européenne d'investissement. 500 milliards de prêts, l'accord déjà trouvé par nos ministres de Finances. 500 milliards de dotation budgétaire au travers de la proposition de fonds de relance germano-française.

C'est ce qui nous semble indispensable pour compléter les initiatives qui ont été d'ores et déjà prises et continueront de l'être au niveau national. Troisième levier que nous défendons ensemble, c'est l'accélération de la transition écologique et de la transition numérique. Notre message est simple : le Green Deal, cette transformation verte de notre économie ne doit pas être remise en cause, elle doit être accélérée.

Et secteur par secteur, la relance européenne devra être accompagnée d'engagements et de conditions en matière de climat, d'environnement, de biodiversité. Enfin, et c'est le quatrième axe de notre accord franco-allemand, c'est celui d'une vraie souveraineté européenne. Cette conviction, nous la portons ensemble, c'est celle qui consiste à réduire notre dépendance à l'extérieur dans les secteurs stratégiques, comme la production de médicaments, mais aussi d'améliorer la protection de nos entreprises, de mieux lutter contre les investissements prédateurs venant d'autres puissances, mais aussi pour attirer ou relocaliser les investissements clés en Europe.

L'Europe ne doit pas se fermer au commerce mondial. La France encore moins. Elle doit parfois savoir être moins naïve, elle doit mieux accompagner les secteurs les plus stratégiques, et nous pensons qu'il nous faut mieux partager une stratégie commune d'autonomie industrielle et économique.

C'est en tout cas ce que nous allons continuer de faire et renforcer en franco-allemand Je ne serai pas plus long. Nous allons maintenant répondre à vos questions. -Bonjour, monsieur le Président, madame la Chancelière.

Ania Nussbaum de Bloomberg News. Vous nous avez donc parlé d'un fonds de relance de 500 milliards qui complétera le budget européen. Si j'ai bien compris, ces 500 milliards seront donc des prêts qui seront contractés sur les marchés financiers par la Commission européenne.

Qui remboursera ces prêts ? Comment ? Selon quelle clé de répartition ?

Et la France avait également insisté sur l'importance des transferts directs par opposition aux prêts. Y a-t-il un accord également sur ces transferts directs ? Et enfin, une toute petite question, c'est un accord évidemment bilatéral que vous nous présentez aujourd'hui.

Comment allez-vous faire en sorte que des pays comme l'Italie et les Pays-Bas s'accordent pour soutenir cette proposition ? -E. Macron : Sur ce volet, en effet, ce que nous proposons, c'est que conformément aux traités, nous puissions ensemble apporter notre signature pour que l'Union européenne lève 500 milliards d'euros sur les marchés.

Ces 500 milliards d'euros ont vocation à être remboursés. La Commission devra finaliser aussi ce travail avec le calendrier et les modalités. Ce qui est sûr, c'est que ces 500 millions ne seront pas remboursés par les bénéficiaires de ceux qui utiliseront cet argent.

Ils pourront soit être remboursés par les Etats membres par une clé de répartition qui dépend de votre poids dans le budget, par des contributions que nous auront vocation à décider ensuite ou par d'autres mécanismes qu'il nous reviendra de décider en lien avec la Commission et ça fera partie de la finalisation de cet accord. Ces 500 milliards d'euros, nous nous proposons de les utiliser pour justement faire ces transferts, c'est-à-dire les utiliser pour faire des dotations budgétaires, et donc transférer du vrai argent budgétaire dans les régions qui sont les plus touchées dans les secteurs qui ont été le plus impactés, et en tenant compte d'ailleurs de notre stratégie plus large. C'est aussi pour ça que nous rappelons l'importance du Green Deal.

Ce qui veut dire que de fait cet instrument ainsi conçu nous permet au moment de la crise d'avoir une réponse budgétaire à hauteur de 500 milliards d'euros parce que nous proposons de faire à l'échelle européenne ce que nous faisons à l'échelle nationale. Ce que tous les pays ont fait pour apporter une réponse budgétaire au début de cette crise, ça a été d'aller lever de l'argent sur les marchés pour apporter des réponses à travers différents mécanismes. Donc on propose d'avoir la même chose, ce qui est inédit, au niveau européen et on assume les transferts parce que de fait la clé de répartition ne sera pas une clé nationale où chacun regarde le juste retour, ce qui est aussi un vrai changement de philosophie, mais où nous assumons des transferts de dotation budgétaire pour aller vers les secteurs et les régions qui en ont le plus besoin et qui ont été le plus touchés.

Je crois que c'est une transformation très profonde et c'est ce dont l'Union européenne et le marché unique ont besoin pour garder leur cohérence. C'est ce dont la zone euro a besoin pour garder son unité. Notre travail a déjà commencé avec Mme la Chancelière, qui consiste à parler avec l'ensemble de nos partenaires.

Certains voulaient des montants absolus beaucoup plus importants avec des mécanismes qui étaient parfois peut-être moins purs que celui que nous proposons. D'autres ont pu dire au début de la crise qu'ils étaient hostiles à toute forme de transfert. Nous avons évidemment mis, dans les dernières heures, au courant nos partenaires de cet accord.

Notre travail en lien avec le président du Conseil européen mais aussi la présidente de la Commission va être de continuer d'expliquer, de travailler. Je pense que la prochaine étape importante, c'est la proposition que fera la présidente de la Commission européenne et que la Commission mettra sur la table. Et sur cette base-là, il y aura un travail pour rassembler l'ensemble des Etats membres. -Merci. -A.

Merkel : Oui, si vous le permettez, j'aimerais apporter ma réponse. Il faut bien comprendre que pour le moment, nous n'avons toujours pas de cadre financier pluriannuel pour la période 21-27. Donc il faut élaborer ce budget, et en même temps, il faut que pour les 1res années de cette période, on augmente les ressources.

Et cela va se faire donc dans la procédure budgétaire. En tant que pays membre, nous avons besoin bien sûr de la ratification du Parlement européen qui va autoriser la Commission à lever de l'argent sur les marchés financiers. Cet argent sera dépensé à court terme et remboursé sur le long terme.

Bien sûr, la clé de répartition reste la même pour les différents pays. Mais évidemment, ce sont les pays qui ont le plus souffert qui vont bien sûr profiter au maximum de ces ressources. C'est la philosophie de notre projet.

C'est cela qui est original. Nous nous orientons sur une nouvelle route pour faire face à une crise qui est inédite. -Maintenant, une question qui vient de Berlin.

Reuters. -Ma question s'adresse à M. Macron et à Mme Merkel, et elle touche à la souveraineté technologique dont vous avez parlé, vous, en particulier, monsieur Macron.

J'aurais aimé savoir ce que cela représente exactement, parce que maintenant cet argent, est-ce qu'il va aller a des technologies qui vont garantir, justement, notre future souveraineté ? Qu'est-ce que ça signifie vis-à-vis de la Chine ? Est-ce qu'on va changer de politique par exemple vis-à-vis de Huawei ?

Et d'autres questions de ce genre. Merci. -A.

Merkel : Moi, je ne limiterais pas cela à un domaine particulier. Nous avons un ensemble de projets stratégiques dans l'Union européenne. Par exemple la production de puces, de batteries, et nous faisons des efforts considérables pour arriver à créer une véritable souveraineté européenne et nous allons renforcer ces efforts.

Nous le ferons aussi en matière de coopération dans le domaine médical, dans le domaine de la santé, mais aussi sur d'autres sujets. Nous allons travailler de manière très ciblée. On le fera encore plus qu'auparavant et on essaiera de créer des champions européens.

Dans le passé, on a peut-être appliqué un droit de la concurrence qui était quand même assez centré sur le droit de la concurrence au sein de l'Union européenne, et on s'est aperçu entre temps que la Corée du Sud, la Chine, les Etats-Unis, etc. pariaient, eux, sur des champions mondiaux. Cette approche est donc différente et nous devons avoir le courage de créer des champions de niveau mondial, et c'est ce que nous allons faire dans le cadre de ce programme.

Ce sera une composante mais pas la seule. Ce programme a été conçu pour apporter avant tout de l'aide aux pays qui sont les plus touchés par la pandémie. Ils pourront ainsi réaliser des investissements qui leur permettront après la crise de reprendre le dessus et de ne pas connaître dans l'Union européenne des crises telles que nous les connaissons en ce moment.

Nous ne cherchons nullement à nous isoler du reste du monde, au contraire. Nous voulons accepter le défi et nous mettre en concurrence vis-à-vis de "global players", de concurrents mondiaux. -E.

Macron : Je partage totalement ce que vient de dire Mme la Chancelière. Peut-être pour faire quelques...

Enfin, un distinguo important. Les 500 milliards sont pour répondre à la crise sanitaire et économique. Et donc, ils vont aller vers des secteurs qui ne sont pas forcément ceux de la souveraineté technologique.

Il est fort à parier qu'on aura à soutenir le secteur du tourisme, par exemple dans les zones qui ont été les plus touchées. Mais je pense que c'est très important et ça fait partie du transfert et de la stratégie que nous défendons avec la Chancelière. Pourquoi ?

Parce que c'est une réponse économique forte et qui va permettre de lutter contre le chômage dans ces régions les plus vulnérables et la déstabilisation sociale et politique que cela engendrerait. Je pense aussi que nous tirons les enseignements du passé. Au moment de la crise économique et financière, qui a été elle aussi asymétrique, on a demandé à plusieurs Etats membres, déjà parfois plus vulnérables de faire des programmes très durs qui ont parfois réduit la souveraineté européenne.

Parce qu'on les a conduits dans le cadre de programmes de privatisations à vendre des grandes infrastructures, de transport, d'accès, des ports ou autres à des puissances non européennes. Leurs grands réseaux électriques, leurs ports, etc. Et au final, 10 ans plus tard, on s'aperçoit que nous nous sommes plutôt affaiblis et que nous avons à cet égard commis une erreur stratégique.

Donc le fonds de 500 milliards, sa priorité, c'est la réponse en termes économique et social à cette crise qui touche certaines géographies, certains secteurs. Et en plus de ça et au-delà de cette réponse, nous réaffirmons une volonté stratégique, en effet, de souveraineté technologique. Alors pour peut-être totalement surenchérir avec ce que Mme la chancelière vient de dire.

D'abord, en effet, si on veut une souveraineté technologique, on va devoir adapter notre droit de la concurrence, qui a été peut-être trop tourné vers uniquement le consommateur et pas assez vers la défense des champions européens. Deuxième point, il nous faut une politique d'achat et de standard européenne plus claire et plus forte en matière de télécommunications en particulier. Et là, je fais référence à la communication de la Commission européenne en matière de 5G ou autre, qui, il y a plusieurs semaines, a été rendue publique.

Et puis ce sont des projets industriels pour bâtir des solutions européennes ou des champions, en particulier, en effet, le projet de batteries électriques. Nous avons une stratégie verte, nous avons une industrie de l'automobile forte en Europe. Mais aujourd'hui nos batteries sont produites à quasi 100% en Asie.

Si nous voulons des perspectives et une souveraineté, il nous faut reproduire des batteries en Europe. C'est le programme que nous avons lancé. C'est sur cette trajectoire-là que nous allons ensemble continuer de défendre ce qu'est la souveraineté technologique.

Donc pas de fermeture, mais une volonté, secteur par secteur et à chaque maillon de la chaîne de valeur, de regarder où sont nos vulnérabilités et notre grande dépendance. Et quand on dépend en quasi totalité ou en trop grande majorité d'un pays ou d'un fournisseur, eh bien, il nous faut adopter une stratégie pour reproduire au niveau européen. -Rym Momtaz de Politico.

Monsieur le Président, madame la Chancelière, quand on regarde le texte du communiqué, le langage sur les dépenses qui seront permises est assez vague. Vous venez de dire, monsieur le Président que ça pourrait couvrir des dépenses pour aider les secteurs du tourisme, par exemple. Est-ce que vous pouvez rentrer dans un peu plus de détails parce que les différents pays vont avoir des besoins différents ?

Est-ce qu'il y a un accord sur ce détail ? Ou est-ce que c'est le genre de choses que vous allez encore devoir négocier ? Juste pour rebondir sur la question de ma collègue, Ania : aujourd'hui, vous nous présentez une initiative franco-allemande qui est assez conséquente.

Est-ce que ça veut dire que derrière, vous avez déjà l'accord de vos partenaires principaux qui n'étaient pas du tout d'accord ? Merci. -E.

Macron: Alors peut-être sur votre 2e point, pour commencer en méthode. Un accord entre l'Allemagne et la France ne veut pas dire un accord des 27. Et d'ailleurs, ça n'est pas notre rôle.

Parce que nous sommes respectivement chancelière d'Allemagne et président de la République française. Ce que je sais, c'est qu'il n'y a pas d'accord à 27 s'il n'y a pas en préalable, un accord franco-allemand. Et donc nous avions cette part de travail à faire.

Nous l'avons faite. Maintenant, la Commission européenne, qui représente quant à elle l'intérêt communautaire, va devoir proposer sur un sujet budgétaire sa copie. Nous espérons que cet accord franco-allemand va lui faciliter la tâche et donner une référence.

Il y a donc d'abord le travail de la Commission. Puis le président du Conseil européen qui est en charge de l'équilibre des 27, ce travail de concertation, va avoir à bâtir une unanimité autour de cet accord. Et donc, nous, nous serons évidemment à la manoeuvre pour aider à ce qu'il y ait l'accord unanime autour de propositions qui, nous l'espérons, pourront s'inscrire dans cette dynamique.

C'est-à-dire, la vision commune que nous avons de la nécessité d'une telle réponse, de ses mécanismes et de son ampleur. Mais il y a encore du travail à faire. Mais c'est une avancée, je crois pouvoir le dire, profondément inédite et qui a justifié ces quelques semaines de travail dans un contexte extrêmement singulier.

Pour ce qui est des dépenses, notre rôle n'est pas ici d'en faire la liste. Ce sera justement dans le cadre de la proposition de la Commission de rentrer dans le détail. Nous avons donné quelques exemples.

Ce qu'on a dit - Mme la chancelière a tout à l'heure présenté le mécanisme et l'a dit -, les régions les plus touchées, les secteurs les plus touchés. Si je parle du tourisme en Italie, je pense que je ne fais pas une erreur. Je croise les 2 critères.

Et il y en a sans doute beaucoup d'autres. Et donc il faut...

Ca, c'est la Commission qui donnera les critères, qui dira quelles sont...

Qui fera sa proposition. Et c'est le débat entre l'ensemble des pays membres qui permettra d'ajuster les choses. Nous n'arrivons pas avec un paquet ficelé à l'unanimité, c'est normal. -A.

Merkel : Je crois que c'est très important que nous commencions par faire une proposition sur la manière de se procurer des moyens financiers. Là, il y a eu une grande discussion. Tout le monde disait, beaucoup de pays disaient que si tout était basé sur des garanties, ça allait avoir des répercussions sur notre budget, et qu'il fallait avoir d'abord la bonne réponse.

Et la bonne réponse, c'est le mécanisme du cadre financier pluriannuel. On connaît déjà les fonds de cohésion, on sait qu'on a l'habitude d'apporter de l'argent aux pays qui en ont le plus besoin. C'est ce qui garantit la cohésion plus grande de l'Union européenne, et nous nous basons sur ce principe-là.

Nous savons qu'au départ nous avions des conceptions extrêmement différentes tant en termes de volume des aides à apporter que sur les moyens techniques. Est-ce que cela devait être garanti, est-ce que cela devait être des ressources budgétaires à part entière ? Nous avons réussi à trouver une ébauche de solutions entre la France et l'Allemagne, et nous avons rapproché nos positions.

Nous pensons que nous avons fait un pas en avant très important pour pouvoir arriver à une proposition de la Commission qui satisfera les 27. Nous ne cherchons pas à imposer quoi que ce soit, mais nous faisons une proposition qui nous semble cohérente et qui permettra au final, avec les mesures qui ont déjà été prises, d'apporter une réponse qui se chiffre, en termes d'aide, à 1 billion : 1 000 milliards d'euros. Plus un cadre financier pluriannuel 21-27 qui fait aussi 1 billion d'euros, plus les mesures nationales et toutes les mesures de garanties et de subventions qui représentent, elles, à leur tour, à peu près 2 billions d'euros.

Donc on a des mesures nationales, des réponses européennes. En tout, ça fait à peu près 3 billions. Quand on sait que normalement le budget fait à peu près 14 billions, si on apporte 3 billions supplémentaires, on voit bien qu'on apporte vraiment une réponse suffisamment importante pour arriver à résoudre cette crise et à ressortir peut-être renforcés même de la crise.

C'est là notre offre. Bien sûr, nous allons devoir continuer à négocier, c'est évident. La question de savoir où cet argent va être dépensé, ça, c'est à la Commission de faire une étude et de voir quels sont les secteurs et les pays les plus touchés, et à partir de là, on pourra développer un projet.

Cette analyse est en cours. Et bien sûr, ensuite, il faudra en parler et décider ensemble de la façon de dépenser l'argent. Mais la 1re chose, c'était de se procurer cet argent.

Et là, nous sommes en bonne voie. -Michaela Kufner, Deutsche Welle. -Monsieur le Président.

Madame la Chancelière. Une question pour tous les deux. Vous avez dit que l'UE devrait ressortir renforcée de cette crise.

Pourtant, on voit aussi que tous ceux qui s'attaquent à la démocratie de l'Union européenne, des pays comme la Pologne ou la Hongrie, ont profité de cette crise pour renforcer leur dérive droitière. Qu'en pensez-vous ? Que pensez-vous de ces théories du complot ? -A.

Merkel : C'est normal. Nous traversons la crise la plus importante de notre histoire. Et je crois vraiment qu'on peut le dire, c'était la crise la plus grave que nous ayons connue en Europe, dans l'Union européenne.

La solution ne peut pas être tout de suite consensuelle. Bien sûr qu'il y a des forces divergentes. Il y a des forces qui sont là et qui ne veulent pas d'une Union européenne forte, on le sait, à l'extérieur de l'Union européenne.

Il y a des gens qui ne veulent pas de cette cohésion européenne. Ils utilisent les médias sociaux, des moyens numériques pour nous faire du tort. Et puis il y a des gens aussi qui ne veulent pas d'une Europe renforcée, qui veulent des Etats nationaux forts.

Et une crise comme celle que nous traversons, c'est bien sûr un moment de lutte. On se bat pour des idées. Et l'Allemagne et la France, elles, défendent ensemble l'idée européenne, la cause européenne.

Pour nous, ce qui compte, c'est la démocratie. Et bien entendu, on ne peut pas empêcher d'autres opinions de s'exprimer. Mais si nous ne faisions pas de notre côté une proposition courageuse, on laisserait faire les choses.

Bien sûr que dans les démocraties, il y a des théories du complot, il y a des manifestations, il y a des extrêmes droites, des extrêmes gauches, des haines qui resurgissent, de l'antisémitisme. On a l'habitude. C'est tous les jours comme ça.

Mais nous sommes convaincus l'un et l'autre que l'Europe doit agir ensemble et que les Etats nations n'ont aucune chance de s'en sortir seules. L'Allemagne ne s'en tirera bien que si l'Union européenne se porte bien. Il nous faut la paix, la liberté, et il nous faut de l'économie et du bien-être pour tous. -E.

Macron : Oui, je partage absolument ce qui vient d'être dit par Mme la Chancelière. Ce que vous dites et ce que vous venez de décrire est vrai, malheureusement, et malheureusement, les mesures très restrictives que nous avons parfois dû prendre dans nos pays pour lutter contre le virus ont pu être utilisées pour, en quelque sorte, continuer de réduire l'Etat de droit par certains Etats membres. Là-dessus, nous n'aurons aucune complaisance et aucune mollesse, et nous soutiendrons pleinement le travail de la Commission pour que nos droits fondamentaux et les piliers de notre Europe, qu'ils soient d'ailleurs au sein du Conseil de l'Europe ou de l'Union européenne, soient défendus et dûment respectés.

Mais nous voyons malheureusement dans tous nos pays monter les extrêmes, monter celles et ceux qui pensent qu'un régime autoritaire est plus efficace que la démocratie pour lutter contre un virus, et renvoyer, comme d'ailleurs nous l'avons toujours vu à travers l'histoire de l'humanité, la peur qui naît au moment du virus, en haine de l'autre et en désignation d'un ennemi intérieur quel qu'il soit. D'ailleurs, toutes les haines, en quelque sorte, resurgissent, car l'ensemble des extrêmes trouve dans ces contextes-là un bon prétexte à continuer d'être des marchands de malheur. Notre conviction à tous deux, comme vient de le dire Angela, c'est que l'idée démocratique et le rêve européen sont des piliers de nos identités et de notre réponse.

Et que oui parfois, c'est très difficile en démocratie de mener ces combats. Oui, nous avons à faire face à beaucoup de mensonges, beaucoup d'attaques, mais on ne doit rien céder à nos principes. Et en raison justement de cela et de ce contexte, ce moment de notre histoire commune nous impose de prendre des risques supplémentaires, de savoir sortir peut-être de nos espaces habituels, et de prendre encore plus d'initiatives ensemble pour faire avancer notre Europe.

C'est ce que nous avons décidé de faire, et c'est ce qui est au coeur de l'initiative commune d'aujourd'hui. De dire : ce chemin européen, cette conviction franco-allemande dans ce moment de notre histoire et que vivent nos démocraties européennes, nous devons l'endosser, l'assumer, et le faire progresser. Parce que rester à l'endroit où nous sommes, c'est prendre le risque que certains d'autres le fassent reculer. -Bonjour, madame la Chancelière Bonjour, monsieur le Président.

Mathieu Coache, BFM TV. Monsieur le Président, vous avez évoqué tout à l'heure le manque de coordination au sein de l'Union européenne sur la question des frontières. Alors justement l'Italie va rouvrir ses frontières le 3 juin.

Est-ce que les Français pourront ou non se rendre en Italie à partir de cette date-là ? L'Espagne, elle, impose une quatorzaine aux voyageurs qui arrivent sur son sol. Est-ce que vous êtes favorable ou défavorable à cette méthode ?

Une question peut-être pour tous les deux. Le commissaire européen Thierry Breton assure qu'il y aura une saison touristique en Europe. Quand estimez-vous qu'il sera possible de se déplacer sans restriction au sein de l'Union européenne et au sein de l'espace Schengen ?

Merci. -E. Macron : Alors sur votre 1re question, je distinguerais les mouvements hors de l'espace Schengen et dans l'espace Schengen.

Nous avons toujours eu et toujours fait ce distinguo. Quand je dis Schengen, c'est Union européenne et Royaume-Uni. La France a toujours fait cette approche et nous avons adopté cela ensemble.

Nous avons beaucoup poussé, la Chancelière et moi-même, pour qu'il y ait une coordination européenne avec les Etats non membres de Schengen. Il y a eu des recommandations qui ont été faites par la Commission, adoptées au Conseil que nous avons suivies, et jusqu'au 15 juin, nous avons une interdiction d'entrée pour les non Schengen. Et nous allons travailler, nous coordonner pour préparer l'étape d'après le 15 juin, voir s'il faut la prolonger, comment il faut l'adopter, les distinguer.

Nous en avons parlé aujourd'hui. Les choses ne sont pas mûres. C'est un travail technique, là aussi, sur des critères sanitaires et politiques.

Au sein de l'espace Schengen, notre approche a toujours été la même : celle justement de ne pas réduire nos libertés et de continuer à avoir les mêmes règles. Mais sur une base de réciprocité. Pourquoi ?

Parce qu'on a considéré qu'au sein des pays européens qui nous sont frontaliers, il y avait une vraie convergence réglementaire. C'est-à-dire qu'on adoptait peu ou prou les mêmes règles. Il y a eu parfois tel ou tel jour des règles qui étaient prises avant chez l'un ou chez l'autre.

Parfois quand des contrôles ont été mis, on a fait la réciproque. Mais nous n'avons jamais mis d'interdiction de circulation. Quand vous parlez de l'Italie, il n'y a jamais eu d'interdiction de circuler de notre côté.

Nous avons simplement, nous, toujours suivi les règles qui valent pour Schengen, et lorsque des contrôles étaient mis par untel ou untel, nous en avons fait la réciproque. Et donc sur le cas italien, il n'y aura pas de conséquences, si je puis dire puisque nous n'avons jamais, et nous avons assumé de le faire, pour notre part, nous, Français, fermé la frontière avec les Italiens. Quand des contrôles ont été mis d'un côté, ils ont été mis de l'autre.

L'Espagne a décidé de mettre des mesures de contrôle réglementaire, nous ferons la réciproque. Pas plus. Et d'un point de vue sanitaire, nous interrogeons cette mesure dans la durée car je ne suis pas sûr que ce soit la plus efficace, ni d'ailleurs la plus réaliste, quand je regarde nos frontières franco-espagnoles et la réalité de ces contrôles.

Sur la frontière franco-allemande, il y a eu des contrôles qui ont été mis à certains moments et qui ont été d'ailleurs beaucoup allégés, et avec toujours une coordination que nous avons faite avec Mme la Chancelière. Donc voilà la ligne qui a été suivie par la France depuis le début, que nous continuerons de suivre en Européens réalistes et cohérents. Sur ce qui est de la saison touristique, il nous faut avoir une politique volontariste pour accompagner l'ensemble des acteurs.

Et je veux avoir ici un mot pour l'ensemble des acteurs du tourisme en France et partout en Europe car je sais leur très grande difficulté financière économique sociale et leur grande anxiété. Le gouvernement français a annoncé la semaine dernière un plan massif pour accompagner ces acteurs, les accompagner durant la phase actuelle où nous continuons d'être fermés, mais aussi dans une phase de reprise qui sera de manière évidente dégradée. Et donc où même si on rouvre, les conditions de distanciation, les réserves qui seront mises ne permettront pas d'avoir la rentabilité habituelle, et supposeront encore un soutien économique et financier.

Nous avons aussi pris des mesures de rééquipement qui étaient absolument indispensables. Au niveau français comme au niveau européen, une telle politique volontariste pour accompagner notre tourisme et nos acteurs est clé. Nous avons aussi des restrictions qui demeurent et qui ont d'ores et déjà été mises pour cet été en France sur la jauge à 5 000 personnes.

Et je sais que l'Allemagne a aussi mis des restrictions jusqu'à la fin de l'été pour les grands rassemblements. Tout cela évidemment changera la nature de la saison touristique. Nous aurons dans les prochaines semaines à faire deux choses.

D'abord, au niveau français, à expliquer ce qui se passe après le 2 juin. Mais nous devons le faire à la lumière des remontées sanitaires qui nous seront données. Et donc nous aurons en France à dire comment le pays s'organise après le 2 juin.

Mais nous ne pourrons le faire qu'en fin de semaine prochaine à la lumière de l'évolution de l'épidémie, de la maîtrise de ce qu'on appelle les clusters, ces endroits où on teste et où il y a des gens positifs, et de notre capacité à dire dans notre pays : "Nous ne fermons plus, nous avons fini depuis le 11 mai "ce confinement, et nous savons maîtriser l'épidémie "en restant ouvert. On peut même ouvrir un peu plus." Et c'est dans ce cadre-là qu'on pourra dire très clairement, avec plus de précision ce qu'il se passera pour cet été.

Dans le même temps, nous aurons à préparer, d'ici le début juin, une coordination européenne. Nous avons commencé à en parler tout à l'heure avec Mme la Chancelière, de savoir comment, entre autres, le tourisme va s'organiser entre nos pays. Et là, ça dépend aussi de l'évolution de l'épidémie dans chacun de nos pays.

Mais notre souhait, c'est que nous ayons dans cette phase une progression très coordonnée. C'est-à-dire que nous puissions dire avec quelles règles, quel protocole sanitaire rouvrent les établissements, à quelle phase, et comment en Europe nos touristes peuvent évoluer. Il est trop tôt pour le dire, il y a cette échéance du 2 juin en France.

Il y aura sans doute la mi-juin pour vraiment avoir une coordination européenne qui soit pleinement parachevée. Mais il y aura de toute façon, quelles qu'en soient les modalités, une saison touristique en Europe, cette saison touristique de manière à peu près certaine, elle se fera avec le virus, et nous ferons le maximum en France, en Franco-Allemands et en Européens pour que les choses se passent au mieux pour la santé de nos concitoyens et pour le soutien économique de ces secteurs. -A.

Merkel : Pour la partie allemande, je peux dire simplement que je rejoins tout à fait ce vient de dire M. Macron. Nous travaillons pour essayer de mettre en place des dispositions comparables dans le domaine sanitaire, les mêmes dispositions aussi par rapport aux hotspots, aux clusters d'infections.

Plus nous progresserons dans ce domaine, plus nous pourrons rétablir la circulation à des fins professionnelles, mais aussi à des fins touristiques. Je crois que nous devons continuer sur cette voie. Nous avons des institutions qui nous permettent de nous renseigner sur l'état de l'avancée de ces travaux et sur la pandémie.

Nous n'avons pas non plus bien sûr à traiter toutes les régions de la même façon. Là où il y a des problèmes, il faut qu'il y ait des restrictions nationales qui soient mises en place. C'est ce que nous faisons, par exemple, en Allemagne lorsque nous avons plus de 50 cas d'infection pour 100 000 habitants.

Et je pense que là aussi nous pouvons faire confiance à nos partenaires européens pour mettre en place des mesures similaires en cas de besoin. Cela ne sera pas bien sûr une saison touristique habituelle. C'est effectivement une saison touristique dans le cadre de la COVID, mais nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour permettre la libre circulation touristique. -Dernière question, de DPA. -Madame la Chancelière.

Monsieur Le Président. Une question qui s'adresse là encore à tous les deux. Dans vos négociations, vous avez dit que vous avez déjà travaillé avec les partenaires européens.

Qu'est-ce qui vous permet d'être confiant ? Est-ce qu'il y a des signes positifs qui viennent d'Italie ? On disait que les Italiens étaient très déçus du manque de solidarité de l'Allemagne.

Quels sont les signes positifs, madame la Chancelière ? Ces 500 milliards d'aide qu'est-ce qu'ils vont coûter à l'Allemagne exactement ? -A.

Merkel : Je commence par la 2e question. Qu'est-ce que ça va coûter ? Est-ce que c'est là la bonne question ?

Nous participons au financement budgétaire. Je crois que c'est à peu près de 27 pour 100 du cadre financier pluriannuel. Et bien sûr, si nous empruntons de l'argent, il faudra rembourser sur une période plus longue.

Donc nous devrons calculer pour savoir quelle est la somme qui devra être remboursée chaque année. Mais tout cela fera l'objet d'accords. La période sera certainement longue.

Et à ce moment-là, on saura quelles sont les annuités à rembourser chaque année. Mais ça fera partie du cadre financier pluriannuel. Ca nous accompagnera, ça sera intégré dans cet effort budgétaire.

Le traitement technique apporté par le Bundestag sera qu'on s'efforcera d'avoir des capitaux propres, des fonds propres qui seront plus élevés que d'habitude pour arriver à faire face à la situation. Et cette décision permettra d'agir et de faire des propositions budgétaires. Bien sûr, je rappelle que les propositions budgétaires au niveau européen doivent être approuvées par tous.

C'est toujours comme ça qu'on procède quand on établit un nouveau cadre financier pluriannuel. Le cadre financier pluriannuel doit être approuvé par les parlements nationaux, donc aussi par le Bundestag. Et donc le Bundestag va décider non seulement des fonds alloués dans le cadre du CFP normal, mais aussi des fonds supplémentaires pour ces aides spécifiques.

Cela fait partie du jeu de la démocratie. C'est le parlement allemand, le Bundestag, qui décide de donner le feu vert aux fonds alloués dans le cadre du CFP. Oui, nous avons discuté, nous nous sommes informés mutuellement, mais nous ne sommes pas encore à un accord définitif.

On fait une proposition à nos partenaires. Je crois que c'est utile pour essayer d'arriver à une position cohérente au sein des 27, il ne s'agit pas de lier les uns ou les autres à notre proposition d'entrée de jeu. Nous écoutons ce qui se dit, nous écoutons les attentes, on nous demandait qu'il y ait un montant considérable.

Certains voulaient aussi éviter une augmentation des dettes nationales trop rapide. Je crois que ce qu'on attend, c'est avant tout que les pays les plus touchés par la COVID bénéficient de ces aides. C'est ce que nous ferons.

Nous pouvons satisfaire cette attente. Bien sûr, les réactions suivront, en fait, la proposition que fera la présidente de la Commission, Mme von der Leyen. Vous verrez que l'on tiendra compte de la proposition franco-allemande, et ensuite, nous négocierons à 27. -E.

Macron : Je partage totalement ce que vient de dire Mme la Chancelière. Je pense que nous avons essayé de bâtir notre compromis franco-allemand et cet accord qui est pour moi une vraie avancée sur la base de nos convictions à l'un et l'autre. Il y a eu beaucoup d'échanges politiques et techniques, mais aussi de ce que nous avons entendu des experts, de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne sur la réalité de la crise que nous sommes en train de vivre et des besoins, mais aussi en entendant les contraintes des uns et des autres.

Et donc je crois que la proposition franco-allemande que nous faisons aujourd'hui est une proposition constructive et ambitieuse qui doit servir de base ensuite à un accord qui sera forcément unanime, et où toutes les bonnes idées seront les bienvenues pour venir nous compléter, nous enrichir, et permettre d'aller plus loin. Je pense que c'était une étape indispensable et qui sera suivie d'autres étapes, comme vient de le rappeler Mme la Chancelière. Très bien. -A.

Merkel : Mesdames et messieurs, c'est la fin de cette conférence de presse. Compte tenu des conditions, nous avons pu accepter trois questions ce soir de part et d'autre. Vous avez donc pu profiter du fait que nous n'étions pas ensemble ce soir, mais j'espère un jour pouvoir retourner à l'Elysée.

Merci d'avoir été là et de nous avoir permis de tenir cette conférence. -E. Macron : Merci beaucoup, Angela.

Merci à toutes et tous pour votre présence. Nous nous sommes adaptés. Merci beaucoup.

Merci. (...)