Primaire PS : le gros malaise Philippe Brun
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Questions et réponses
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- 1:38OuverteRéponse directe
Peux-tu nous rappeler les faits brièvement ?
- 2:48RelanceRéponse directe
Pourquoi la version de Fort ne tient pas selon toi ?
- 4:05RelanceRéponse directe
Comment expliquer que Fort n'ait rien vu ?
- 5:45OuverteRéponse directe
Qu'a dit Philippe Brun en conférence de presse ?
- 9:30RelanceRéponse directe
Philippe Brun a-t-il été au courant de la saisine ?
- 10:46OuverteRéponse directe
Est-ce que les mœurs politiques ont changé sur les VSS ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:49InvitéFait
« début juillet, les instances du Parti socialiste sont saisies d'un signalement concernant Philippe Brun, alors c'est le député de l'heure, qui avait licencié une collaboratrice faute grave. »
- 1:54InvitéFait
« Cette ancienne collaboratrice l'accuse de harcèlement et de violence sexiste à son égard. »
- 2:15InvitéFait
« C'est banal, c'est courant à l'Assemblée. Il y a 577 députés, chacun est un employeur individuel. »
- 3:00InvitéFait
« Il s'agirait de Johanna Roland, qui est la maire de Nantes, mais aussi la première secrétaire déléguée, la numéro 2 du PS et de Fort. »
- 3:10InvitéFait
« La jeune femme lui a indiqué avoir déposé plainte, selon elle, pour des faits susceptibles d'être qualifiée pénalement. »
- 3:37InvitéFait
« Fort s'en lave les mains, il n'a rien vu, rien entendu. Du moins, c'est ce qu'il prétend. »
- 3:49InvitéFait
« La suspension est votée à la quasi-unanimité sur BFM. »
- 4:41InvitéFait
« Si on n'avait rien fait, vous imaginez le scandale en cas de révélation en pleine primaire ? »
- 5:31InvitéFait
« Le souci, c'est que Philippe a tenté de faire passer son ancienne collab pour une folle, une hystérique. »
- 5:54InvitéFait
« Je refuse de me laisser démolir par de fausses accusations. »
- 5:59InvitéFait
« La justice n'a pas été saisie. »
- 6:03InvitéFait
« Ce conflit est désormais instrumentalisé par mon propre parti pour me tuer politiquement. »
Temps de parole
- Invité66 %
- Présentateur17 %
- Invité 24 %
- Locuteur 53 %
- ?2 %
- Invité 32 %
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Bonjour tout le monde, ravi de vous retrouver. Bienvenue pour un nouvel épisode des Indiscrets, votre rendez-vous hebdomadaire politique avec Niels. Tous les vendredis, il nous offre les indiscrétions du monde politique et avons-le, on adore ça. Au sommaire de cette émission, l'EPS, sa primaire, l'Affaire Brun, il y a plein de choses à dire et on peut compter sur Niels. Il a enquêté là-dessus. On va également parler de Macron et de son obsession pour la guerre. Il a en effet convié tous les chefs des partis à l'Elysée pour évoquer, je cite, la dégradation rapide de la situation internationale et ses conséquences en France sur la sécurité et l'énergie.
Là aussi, il y aura beaucoup de choses à dire.
Allez,
c'est parti pour les Indiscrets. Bonjour Niels.
Salut Amira, salut à toutes et à tous.
J
'espère que tu vas bien. Alors tu vas nous parler du PS qui a lancé sa primaire, mais pas vraiment comme il l'imaginait.
Ah
oui, en effet, à ce stade, je crois qu'on pourrait même parler d'un crash. Disons-le franchement, cette primaire, elle était déjà mal embarquée politiquement, immédiatiquement. Mais alors là, c'est la cata. Hier, jour du lancement de l'événement, Fort et ses petits camarades qui concourent ont dû répondre sur un tout autre sujet que leur argument de campagne. Le sort de l'un des leurs. Oui, parce que le député normand Philippe Brun, jeune espoir socialiste, a été percuté par une affaire de violence et de harcèlement. Fort a fait face à une batterie de questions sur le sujet, sur BFM.
Alors est-ce que tu peux nous rappeler les faits, brièvement ?
Oui, début juillet, les instances du Parti socialiste sont saisies d'un signalement concernant Philippe Brun, alors c'est le député de l'heure, qui avait licencié une collaboratrice faute grave, je cite. Et depuis, cette ancienne collaboratrice l'accuse de harcèlement et de violence sexiste à son égard. Dans un premier temps, l'affaire reste assez confidentielle, bien qu'elle soit révélée en partie par le site d'investigation locale Le Poulpe, que l'on salue au passage, pointant une situation de conflit autour de cette ex-collaboratrice et notamment des soupçons d'un emploi familial. Alors entre nous, c'est banal, c'est courant à l'Assemblée.
Il y a 577 députés, chacun est un employeur individuel, même si c'est l'institution qui règle la note. Il n
'y a
pas vraiment de règle, de statut d'assistant parlementaire, ce que dénonce d'ailleurs le principal syndical à la CGT Collaborateur depuis des années. Et sur l'affaire Brun,
il
n
'y a
pas encore d'action au pénal, pas de constitution de parti civil, voilà. Donc l'affaire aurait pu en rester là si le bureau national du PS n'avait pas décidé brutalement de suspendre le député mardi. Là,
tu nous as rappelé les faits et plus concrètement, apparemment l'ex-collaboratrice de Philly Brun aurait contacté un membre de la direction du PS.
Oui, coup de théâtre, c'est ce qu'affirment aussi d'autres sources journalistiques. Et moi, ce que j'ai appris, c'est qu'il s'agirait de Johanna Roland, qui est la maire de Nantes, mais aussi la première secrétaire déléguée, la numéro 2 du PS et de Fort.
Et
donc la jeune femme lui a indiqué avoir déposé plainte, selon elle, pour des faits susceptibles d'être qualifiée pénalement. Voilà, c'est ce qu'on nous a expliqué. Un emploi dit familial, comme l'avait révélé le poulain, comme Charles à l'oncle, par exemple, suspectait un temps d'avoir employé une compagne comme collaboratrice. Du harcèlement, et encore pire, évidemment, pour le PS et la victime, des violences physiques. Alors, à la direction du PS, c'est un peu la panique, mardi, et la suspension est votée à la quasi-unanimité sur BFM. Le lendemain, Fort s'en lave les mains, il n'a rien vu, rien entendu. Du moins, c'est ce qu'il prétend.
Il y
a
eu une décision
prise
à l'unanimité, moins une voix. Et maintenant, c'est à la justice de dire ce qu'est cette vérité.
Je n'étais pas au courant, parce que tout simplement, dans nos statuts, dans notre façon de fonctionner, il y a une commission qui est la chargée de ce type de plainte et qui est une boîte noire,
qui
est indépendante et qui n'a pas à en référer à la direction du PS. Mais comment c'est ? Alors, pourquoi, selon toi, la version de Fort ne tient pas
?
Oui, franchement, qui peut croire que le patron du PS n'est pas intervenu dans ce dossier ? Personne en interne. Il se murmure que l'affaire Brun aurait pu être utilisée contre ce futur candidat socialiste à la présidentielle. Alors, j'ai contacté des élus du bureau pour avoir des explications. Ça n'a pas été simple. Bizarrement, le téléphone a souvent sonné dans le vide. Mais j'ai réussi à avoir l'un d'eux. Voici ce qu'il me déclare.
Si
on n'avait rien fait, vous imaginez le scandale en cas de révélation en pleine primaire ? Il fallait prendre une décision forte. On a préféré couper court en le suspendant. C'est un signal pour toutes les personnes qui témoignent de violence et notamment pour les femmes. Ensuite, ce sera à la justice de trancher.
Oui, c'est compliqué. Dans ces temps-là, personne n'a envie de parler.
Oui,
absolument. Alors, pour Philippe Brun, c'était un peu le trentenaire ambitieux qui montait au Parti Socialiste, qui allait entrer en campagne pour la primaire et à qui beaucoup promettaient un destin politique à la François Hollande, dont il est réputé proche. Lui, évidemment, il semble assez sonné par cette histoire. Alors, d'abord, il a tenté de décrédibiliser son accusatrice, selon ma source, toujours au Bureau national du Parti Socialiste, ce qu'ont confirmé d'ailleurs plusieurs confrères et consoeurs. Et voici ce que me déclare notamment ma source sur sa défense.
Le
souci, c'est que Philippe a tenté de faire passer son ancienne collab pour une folle, une hystérique. Ce n'est pas du tout passé, notamment chez les élus femmes. C'est une défense très maladroite.
Oui, donc mauvaise défense. En tout cas, il a tenu une conférence de presse. Qu'est-ce qu'il a dit concrètement ?
Oui, en gros, il a voulu donner sa version des faits. Il a eu des mots très durs contre la direction actuelle de son parti. Écoutez.
Je
refuse
de
me laisser démolir par de fausses accusations.
La
justice n'a pas été saisie.
Mais
le Parti Socialiste s
'y
est visiblement substitué.
Ce
conflit est désormais instrumentalisé par mon propre parti
pour
me tuer politiquement.
Pourquoi
aujourd'hui,
date de fiscalisation des candidatures,
pourquoi
ne pas m'avoir entendu alors que l'on me dit qu'une commission, et je l'ignorais, a été saisie en juillet ?
Voilà, donc il accuse fort son adversaire de vouloir le tuer politiquement. Il sous-entend donc qu'il y aurait un complot contre lui. Alors c'est vrai qu'on peut s'interroger sur ces trois mois pendant lesquels les instances socialistes sollicitées par la victime présumée n'ont pas communiqué
ou
rien fait. J'ai posé la question à gauche chez d'autres parlementaires pour voir un petit peu, pour prendre la température et savoir ce qu'ils pensaient de cette primaire. Voilà notamment ce que me déclare un parlementaire de gauche. Cette primaire rend fou les socialistes. Regardez les règlements de compte en cours. Ce n'est pas fini. Ils veulent tous avoir la peau des autres pour prendre la première place. Ça va être sanglant.
Oui,
parce qu'il y a un autre sujet, évidemment en dehors de cette sordide affaire, c'est l'importance de cette primaire à gauche. En fait, en tant que tel, il y a quand même un nombre de votants historiquement bas. C'est un peu l'éléphant dans la pièce. Patrick Menouchi, qui organise le scrutin, évoque le chiffre de 50 000 électeurs dans une interview aux Parisiens, sachant que le PS aurait environ 30 000 adhérents à jour de cotisation. Ce n
'est
pas beaucoup. Place publique en aurait à peine 10 000. Et le petit parti d'Emmanuel Morel, gauche républicaine et socialiste, 2 000. C'est peu, très peu.
Oui, c'est le cas de le dire, parce qu'on le rappelle, en 2017, il y avait 1,6 million de votants à la primaire au premier tour et un peu plus de 2 millions au second tour.
Et oui, sauf qu'à l'époque, le bulletin de vote coûtait à peine 1 euro contre 15 euros aujourd'hui. Suffrage censitaire pour décourager d'éventuels trolls de la France insoumise. C'est ce qu'explique que le PS, en 2011, la primaire du Parti socialiste, avait attiré 2,6 millions de participants au premier tour et 2,8 millions au second. Pour là encore, une contribution minimum.
On
se demande où sont passés tous ces socialistes. Peut-être qu
'ils
sont allés chez la France insoumise entre temps ou chez Macron. Bref, pour le moment, c'est surtout la primaire de la loose et des losers. Sans compter les sorties de route des candidats, c'est vrai qu'on est loin des envolées de Mélenchon. Bonsoir Olivier Faure.
Bonsoir Anne-Laure Coudray.
Anne-Claire Coudray. Anne-Claire, ben voilà. Je ne parle même pas de Glucksmann qui incarne le malaise à lui tout seul.
Bref, l'affaire Brun vient s'ajouter à un contexte où le PS va très très mal.
Oui, il est un peu en dépression pour ce parti qui est maintenant situé à la droite de la gauche. Mais outre cette histoire de primaire, c'est aussi les limites de ces cellules, de ces signalements internes aux partis politiques, chez les écolos comme la France insoumise, qui sont questionnés. Ces procédures internes ont plusieurs fois suscité des accusations d'opacité ou d'instrumentalisation politique. On pense à l'exclusion de Thomas Guénolé en 2019, ou de Tahabouaf chez LFI, ou encore de Bayou chez Les Verts. Elles ont le mérite d'exister, mais elles sont encore très imparfaites.
Et Nils, il faut préciser que ce sont des fonctions bénévoles.
Alors, le plus souvent, c'est le cas. Et puis, ça demande du temps, ces enquêtes internes. Et puis, il y a une condition de confidentialité, ou en tout cas de confidentialité présumée, qui ne favorise pas la transparence sur ces sujets.
En
conférence de presse, Philippe Brun a aussi affirmé qu'il n'était au courant de rien à son encontre, puisque des témoignages que j'ai recueillis remettent en doute. Voici ce qu'on déclare une ancienne élue locale en Normandie, bien au fait de la situation.
En
mars dernier, on savait déjà que son ancienne collaboratrice allait saisir la commission des conflits et la cellule des VSS. Cela ne date pas du licenciement de juin. Quand il dit tout découvrir, ce n'est pas possible.
Bon, bien évidemment, t'as appelé, Philippe Brun. Qu'est-ce qu'il t'a dit
?
Eh oui, pour exercer le contradictoire. Alors, le député m'a répondu qu'il était au courant de saisine, parce qu'un article du journal Du Poulpe, que l'on citait en début de sujet, était sorti en juillet, mais qu'il n'a jamais, je cite, été au courant de leur contenu. Il rappelle qu'il n'a pas été auditionné et qu'aucune requête ne lui avait été transmise. Alors, sur ce dernier point, effectivement, c'est vrai, pour la chronologie des événements, chacun se fera son idée. Alors, évidemment, on ne va pas se prononcer sur le fond de l'affaire. On n'est ni juge, ni procureur, ni policier.
Mais c'est l'occasion de constater à quel point les mœurs politiques ont changé du point de vue de la communication sur les VSS. Il y a 20 ans, on n
'en
aurait certainement pas parlé, ou alors uniquement pour décrédibiliser la parole de l'accusatrice.
Oui,
et puis quand tu dis il y a 20 ans, on pense bien évidemment à l'affaire des SK.
Oui, évidemment. Et les anciens du Parti Socialiste que j'ai interrogé font un parallèle sur la forme avec la gestion, effectivement, de l'affaire des SK. Et c'est retombé catastrophique. Il
y
a 15 ans, la direction du Parti n'avait pas eu un mot pour la victime. Regardez, ça dit tout de l'époque. Alors, mention spéciale à Ségolène Royal, qui affirme aujourd'hui via son porte-parole Luc Carvounas à France Info, je cite, toujours croire la parole des femmes qui se disent victimes de violences. Voici ce qu'elle déclarait à l'époque.
J
'ai appris cette nouvelle bouleversante, à propos de laquelle tout reste à vérifier. Dominique Strauss-Kahn a droit, comme tout citoyen, à la présomption d'innocence,
tant
que les faits ne sont pas prouvés.
Ma
pensée, en cet instant, va à sa famille, à ses proches,
et
aussi à l'homme qui traverse cette épreuve.
Alors, les réactions des éléphants socialistes ne valent guère mieux. Il y a 15 ans, entre Martine Aubry, qui se dit stupéfatée, et les autres, petit florilège du meilleur, du pire des déclarations, à l'époque où éclate l'affaire des SK.
Écoutez,
Dominique Strauss-Kahn téléphone moins qu'on le dit dans les gazettes, mais tous les amis qui l'ont eu au téléphone vous diront deux choses. D'abord, qu'il est extrêmement triste,
et
ensuite, qu'il est extrêmement combattif.
Nous
ne pouvons pas croire
à
sa culpabilité,
et
il sera bientôt
au
milieu de nous. Le traumatisme,
sous
une forme ou sous une autre, avec Dominique Strauss-Kahn, nous l'espérons,
sera
surmonté. Et ne pas libérer,
alors qu'il n'y a pas mort d'homme, ne pas libérer quelqu'un qui verse une caution importante, ça ne se fait pratiquement jamais. En aucune façon, cet épisode ne ressemble au Dominique Strauss-Kahn que l'on connaît, que je connais. Donc, je pense qu'il y a besoin d'avoir un petit peu
de
distance, et surtout d'entendre le point de vue personnel de Dominique Strauss-Kahn.
Voilà, donc il y a tous les ingrédients, la fausse affectation, le soi-disant respect de la démocratie, et puis surtout, le déni et la défense des amis, alors que DSK était quand même connu dans le tout pari médiatique et politique pour la façon de traiter les femmes. C'est un peu le bal des faux-culs. Même moi, jeune journaliste, en presse régionale, j'avais des échos à l'époque, alors pas de fait avéré, mais on nous disait toujours qu'il ne fallait pas le laisser seul avec des femmes. On n'en parlait pas, c'était tabou. Ces personnes étaient considérées comme intouchables, gare à celui ou celle qui osait en parler.
Bon, autant dire à l'époque qu'on réfléchissait à deux fois avant de parler ou de prendre la défense des victimes.
Oui, absolument. Alors, est-ce que c'est une période révolue ? Est-ce qu'il y a vraiment eu un changement depuis MeToo, notamment en politique, ou est-ce qu'il s'agit d'un règlement de compte, comme l'affirme Philippe Brun ? Alors, le député, lui, a annoncé déposer plainte pour, je cite, que la justice puisse établir les faits. Le député Delors siègera donc à compter d'aujourd'hui parmi les non-inscrits puisqu'il a été suspendu de son groupe à l'Assemblée en même temps que la suspension du parti. Et puis, il a annoncé aussi saisir la Commission nationale des conflits du PS pour contester cette exclusion à titre conservatoire. L'affaire Brun n'en est qu'à ses débuts.
Si certains considèrent à gauche qu'elle sera vite oubliée au profit de la primaire et de la présidentielle, d'autres pensent au contraire qu'elle va coller à la peau des candidats et du futur vainqueur de cette compétition qui ressemble décidément de plus en plus à un jeu de massacre.
En tout cas, on l'espère que cette sordide affaire, comme tu le disais, ne sera pas oubliée. Allez, on passe à notre second sujet. Emmanuel Macron s'en va en guerre. Encore une fois, Nils.
Eh oui, la situation internationale est un sujet d'inquiétude pour notre président qui a annoncé inviter les chefs de parti et candidats pour certains à la présidentielle à une grande réunion à l'Élysée ce vendredi. Macron s'est d'ailleurs sacrifié pour nous puisqu'il s'est privé d'une visite à Fort Boyard le jour même. Le chef de l'État voulait visiter l'édifice maritime avec Stéphane Bern dans le cadre des journées du patrimoine selon RTL. Mais compte tenu de la dégradation de la situation internationale et de ses conséquences en France, ce traditionnel déplacement à l'occasion des journées du patrimoine est annulé. C'est ce qu'a fait savoir l'Élysée hier à RTL.
C'est le père Fouras qui doit être effondré.
Ou
pas d'ailleurs, comment savoir ?
Plus sérieusement, le palais nous explique que la guerre et ses conséquences s'étendent en Europe et dans le monde et se répercutent sur le prix des carburants. On rappelle que le gasoil a passé les 2,20
euros
je
crois aujourd
'hui au litre. Effectivement, les prix de l'énergie aussi et puis in fine évidemment sur le pouvoir d'achat, la conséquence en cascade. Des prix qui s
'envolent à la pompe. Du diesel à 2,89 euros le litre ici en Alsace et même à 2,99 euros pour la version premium. Le même carburant à 2,85 euros dans la Drôme. La barre symbolique des 3 euros est toute proche, bien loin d'un tarif acceptable pour ces automobilistes.
Les signaux d'alerte se multiplient, y
compris
au niveau européen. Voici ce que déclare notamment la chef de la diplomatie de la Commission européenne mardi devant les eurodéputés.
Nous devons être clair-eyed. Ce ne sont pas accidents.
Elles
sont calculées par la Russie pour empêcher notre résolution, tester notre unité et jouer avec les fears d'escalation.
Voilà,
donc des soupçons d'ingérence étrangère dans les scrutins comme aux municipales sont documentés. Alors, il y a la Russie qui a mené des opérations contre Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann que personne n'a remarqué à part eux. Je plaisante. Mais plus sérieusement, c'était probablement un ballon d'essai évidemment avant 2027. Il y a aussi la France insoumise qui a été victime d'une opération de déstabilisation à Toulouse, probablement d'une entreprise israélienne. On en avait parlé, c
'est
le canard enchaîné qui avait levé le lièvre. Mais bon, c'est moins dans les radars de nos services de renseignement que les russes. Mais bon, voilà, je le signale tout de même. Et puis,
il
y a aussi l'ingérence russe dans les affaires françaises en Outre-mer. Selon l'Elysée, Moscou appuie officiellement les revendications de l'union des Comores depuis sa petite ambassade locale qui réclame la souveraineté de l'île en s'appuyant sur le droit international et l'histoire des coloniales, des alertes notamment relayées par la députée macroniste Dupont.
Les Comores se sont beaucoup rapprochés de Moscou. En déployant tout un discours où là, le parallèle, c'est pour Moscou de dire Mayotte, c'est l'Ukraine
et
le Donbass, c'est Mayotte. C'est-à-dire que si Paris ne reconnaît pas le référendum dans le Donbass, vous avez fait votre référendum pour que Mayotte reste française, c'est notre Donbass. C'est ça le comparatif. C'est pas moi qui vous le dis. C'est que
les Russes disent aux Comoriens,
c'est chez vous.
C
'est chez vous. C'est explicitement, si c'était juste ça, ce ne serait pas grand-chose. Mais c'est Lavrov qui dit spécifiquement, qui nomme Mayotte, c'est le président Poutine. Donc chaque fois que Paris s'investit en Ukraine, on a des attaques contre Mayotte. Alors les Russes, toujours les Russes, parce qu'il y a aussi l'affaire de ce drone explosif que l'Allemagne attribuait, encore une fois, à la Russie.
Oui, après un mois d'enquête, c'est un drone qui a été envoyé sur l'aéroport de l'Aktik. L'objectif aurait été d'entraver l'approvisionnement logistique de l'OTAN en Ukraine. Alors il faut rester prudent parce que les renseignements allemands, et je peux moi-même en parler puisque je suis binational, ne sont pas connus pour être les chips les plus croustillantes du paquet dans le monde effectivement de l'espionnage. Mais bon voilà, c'est ce que Bildt avait annoncé en se fiant en tout cas sur des sources disons mi-officielles.
Alors on se souvient quand même que l'Europe avait accusé la Russie d'avoir fait exploser les pipelines Nord Stream en 2022, alors qu'il s'est avéré que les commanditaires étaient en réalité probablement ukrainiens. Voilà un petit extrait d'un reportage à la mi-septembre de France 24 sur le sujet. Selon Ulrich Thiele, le commando aurait agi à l'insu de Volodymyr Zelensky pour le compte de deux adversaires politiques du président.
Il
s'agirait, selon son enquête, d'anciens membres des services secrets ukrainiens qui ont toujours considéré Nord Stream comme une menace directe pour l'Ukraine et une arme de guerre pour la Russie. Berlin avait d'ailleurs déjà reçu ces mêmes avertissements de la part de ses partenaires européens et des Etats-Unis.
D
'ailleurs, anecdote drôle ou pas, l'un des suspects ukrainiens a été arrêté en Croatie sur le tournage d'un film qui a raconté l'affaire de l'explosion.
Voilà, bon ben, tu me l'apprends,
je n'étais pas
au courant. Bon, alors, est-ce que ça veut dire qu'il ne faut pas s'inquiéter des visées expansionnistes, des menaces russes ? Alors, il y a clairement une activité de drones hostile en Europe. Nos confrères de France Info, notamment, ont recensé tous les cas. voilà. Alors, pas seulement en Allemagne, il y
a
aussi eu la Belgique, la Suède, etc., qui ont été touchées. Alors, il y
a
bien eu un survol sur une base militaire dans la Marne par des drones non identifiés. C'était en septembre de l'année dernière, mais à l'époque, les autorités militaires avaient déclaré qu'il s'agissait de petits engins et qu'aucun élément ne permettait de penser qu'il puisse s'agir d'une ingérence étrangère. C'est ce que rapportait à l'époque France 3.
Alors, ça veut dire quoi ? Que Macron est en pleine opération dramatisation ?
Ah oui, il y
a
un contexte politique. Évidemment, le chef de l'État est sur le départ, rappelons-le, encore sept mois. Obsédé par son bilan, surtout à l'idée de présider jusqu'au bout, il l'a dit, il va s'accrocher jusqu'au bout. Il cherche donc à embellir, évidemment, son bilan diplomatique, il faut bien le dire, est quand même assez mince à ce jour, même si tout n'est évidemment pas de sa faute. Notre influence est devenue quasi nulle au Proche-Orient, mais aussi sur le continent africain. Les Américains nous méprisent, les Chinois se moquent de nous, tandis que nos alliés historiques comme les Britanniques et les Italiens sont complètement dépassés.
La Suisse fabrique toujours du fromage et du chocolat et les Pays-Bas délégués sans goût. Bon, je plaisante évidemment, mais Macron a une autre échéance urgente.
Eh oui, c'est le budget.
Eh oui, exactement, il y a le budget à faire passer au Parlement et qui dit budget dit armé. Attendez, il avait annoncé quoi déjà notre précédent dès le mois de juillet ?
Et
l'an dernier, à cette même place, je demandais d'aller plus vite, d'aller plus fort,
être
libre,
être
craint,
être
puissant.
Non
par plaisir, mais par nécessité.
Je
demandais donc d'accélérer encore cet effort de défense et fixer pour objectif
d
'avancer à 2027 l'ambition initialement prévue pour 2030 d
'atteindre
un budget de 64 milliards d'euros pour nos armées. 64 milliards d'euros en 2027, c'est en 10 ans.
Un
doublement du
budget
des armées. Eh oui, l'an passé, il avait déjà préparé les esprits aussi à cette hausse du budget militaire. Pour une fois qu'il tient sa parole, seule hausse annoncée hier dans le Figaro par le Cornu, celle des dépenses de défense, dit donc, plus 6,4 milliards d'euros et de la charge de la dette, il faut bien rembourser l'emprunt, 12,3 milliards d'euros. Alors à l'inverse, d'autres ministères vont devoir faire des économies très importantes. Le ministère du Travail, par exemple, tant pis pour tous les morts qui se sont tués au travail au sens littéral, alors que la France se classe parmi les pires pays d'Europe pour les travailleurs.
Alors le Cornu n'oublie pas le Rassemblement national, donc il dépend pour sa survie à Matignon, puisque le RN est en position de force à l'Assemblée grâce à la dissolution de notre président. Le Premier ministre propose d'instaurer notamment un délai de carence pour le versement de certaines allocations aux étrangers ou encore un prêt à taux zéro natalité pour faciliter, soi-disant, l'accès à la propriété des familles, une mesure portée par le parti de Marine Le Pen.
Dis
donc, heureusement, le Cornu rappelle aussi dans le Figaro qu'il serait un gaulliste social, je cite, mais qu'est-ce que ça serait sinon ?
En
tout cas, ce qu'on retient, c'est que Macron a un peu envie de se mettre en avant avant de sortir par la grande porte ou pas d'ailleurs
?
Oui, et puis aussi de diluer un peu ses responsabilités propres, ça va faire quand même dix ans qu'il est au pouvoir. Alors l'Élysée rappelle à l'occasion de cette grande réunion au palais que Macron a échangé cette semaine avec le Premier ministre irakien, le prince héritier d'Arabie saoudite et l'émir du Qatar et qu'il a reçu ce jeudi le roi de Jordanie et le président libanais. Traduction pour le grand public, le président discute avec les grands de ce monde, ce que me confirme une source qui a ses entrées à l'Élysée.
Cette
réunion stratégique à l'Élysée ne vise qu'à tenter de faire briller le président à sept mois de la fin de son mandat. Le chef de l'État a peur du grand effacement. Emmanuel Macron ne pense qu'à une seule chose, lui-même.
Et on rappelle qu'il a convié tous les chefs des partis dont LFI. Est-ce qu'ils sont conscients qu'ils vont participer à toute cette mascarade ?
Il y a aussi les présidents des assemblées qui sont invités. Yael Brun-Pivet sera présente pour l'Assemblée nationale. Gérard Larcher est en déplacement donc il passe son tour. Il y aura quand même Manuel Bompard, Marine Tondelier, Glucksmann, Attal, Bardella pour ne citer qu'eux. Alors l'occasion est probablement trop belle d'aller parader devant les caméras à l'entrée sur le perron de l'Elysée et à la sortie à sept mois de la présidentielle alors que le Rassemblement national caracole en tête dans les sondages. Le Macron show bat son plein.
Et c'est déjà la fin de cette émission. Nils, merci beaucoup pour toutes ces indiscrétions.
A bientôt.
Je te dis à vendredi prochain. Vous l'aurez compris, c'est la fin des indiscrets. Je vous souhaite une excellente journée et une excellente suite des programmes sur Le Média. A très vite.