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interviewBFMTV — BFM Politique· 1 décembre 2019 41 min

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France - 01/12

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:14
Présentateur

Bonjour Valérie Pécresse, bonjour. Merci d'être avec nous, vous êtes présidente de la région Île-de-France, présidente du Mouvement Libre. Vous publiez un livre, on va y revenir dans un instant, et c'est cela qui change à tout sur vos prises de décision et de chemin dans votre vie politique. On va parler tout de suite du 5 décembre, mais d'abord un mot sur les questions internationales et liées au terrorisme. D'abord sur Londres, ce qu'il s'est passé vendredi, attentat, deux personnes ont été poignardées à mort. L'auteur avait été jugé et condamné pour terrorisme, il avait été relâché en liberté conditionnelle. Il portait d'ailleurs un bracelet électronique.

Est-ce que quand vous regardez ce qui s'est passé à Londres, et le débat qui s'ensuit d'ailleurs sur la question du suivi des condamnés pour terrorisme, est-ce qu'en France vous estimez que le suivi est à la hauteur ?

0:58
Valérie Pécresse

D'abord, je voudrais exprimer toutes mes condoléances à nos amis londoniens, parce qu'ils sont comme nous, sous la menace permanente de ce terrorisme qui tue, et rendre hommage aussi aux héros qui ont mis hors d'état de nuire le terroriste, mais dire que la naïveté ne doit plus être de mise. Et que bien évidemment, la radicalisation islamiste, elle ne s'évapore pas en prison. Au contraire, parfois même, elle s'y solidifie ou elle s'y répand. Et donc je crois qu'il faut qu'on fasse très attention à la sortie de prison des islamistes. Et c'est pour ça que nous avons créé, vous vous en souvenez, sous Nicolas Sarkozy, la rétention de sûreté.

La rétention de sûreté, c'est la possibilité, après qu'on ait purgé sa peine, de pouvoir être encore sous surveillance, parce que l'autorité judiciaire considère qu'on est encore un danger pour la société. Donc les outils existent et ils sont suffisants pour vous aujourd'hui ? Les outils existent, ils doivent être mis en œuvre. C'est-à-dire qu'on ne peut pas être naïf, et on ne peut pas détourner le regard, et on ne peut pas non plus être angélique. Donc un terroriste reste un terroriste quand il sort de prison, il doit donc faire l'objet d'un suivi à la hauteur de sa dangerosité.

2:07
Présentateur

Même quand il a purgé la totalité de sa peine, ce terroriste reste un terroriste ?

2:09
Valérie Pécresse

Absolument, c'est le principe de la rétention de sûreté. Le principe de la rétention de sûreté, c'est quand, à la fin de la peine, on examine la dangerosité de la personne qu'on va libérer, on se dit qu'il a purgé sa peine, donc il ne doit plus être en prison, mais néanmoins, il reste dangereux pour la société. Il faut donc le mettre sous surveillance, soit en assignation à résidence, soit sous une surveillance qui est graduée par le juge. Mais par exemple, le bracelet électronique, c'est à peu près ce qu'avaient estimé les Anglais. Il n'était pas complètement libre comme l'air. Moi, j'ai énormément de réticence sur les bracelets électroniques.

Vous le savez, parce que d'abord, il y en a beaucoup qui ne sont pas géolocalisés. Donc, effectivement, quand on n'est plus chez soi, ça sonne, mais ils ne sont pas forcément munis d'un GPS. Il y a ceux qui ne sont pas munis d'un GPS. Et puis, par ailleurs, quelquefois, la zone qu'on laisse couvrir au bracelet électronique est trop élevée. Par exemple, aujourd'hui, vous avez des personnes, des Parisiens, qui sont soumis à bracelet électronique. Ils n'ont pas le droit de quitter leur ville. Quand c'est Paris, c'est l'intégralité de Paris. Donc, moi, je crois que le bracelet électronique peut être utile.

Il peut être utile, notamment, pour faire des mesures d'éloignement et éloigner les délinquants de leur quartier. Il peut aussi être utile pour des assignations à résidence. Mais aujourd'hui, il doit être utilisé de manière beaucoup plus rigoureuse qu'il ne l'est.

3:22
Présentateur

Un mot sur le Mali. 13 soldats français qui ont donc été tués au Mali. On leur rendra un hommage national demain. Est-ce que l'opération extérieure au Mali, pour vous, est toujours justifiée ? On sait qu'Emmanuel Macron a dit qu'il était prêt à revoir les modalités d'intervention des forces françaises. Et certains à gauche, comme Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui, disent qu'il faut ramener les soldats à la maison.

3:44
Valérie Pécresse

Je crois que toute la France est en deuil. Elle est en deuil et elle fait le chapeau bas devant la bravoure de nos soldats. Mais ce que je veux dire, c'est que ces pertes humaines ne peuvent pas nous faire reconsidérer notre engagement au Mali. Parce que si la France s'en va du Mali, c'est potentiellement la dislocation du continent africain qui poursuivra son œuvre. On a aujourd'hui au Mali, et je me suis rendu à Gao, parce que nous avons des partenariats, l'île de France, avec une région du Mali, la région de Caille. J'ai voulu me rendre à Gao pour saluer le courage de nos troupes.

Quand on y va, on comprend que c'est pied à pied, kilomètre par kilomètre, village après village, que la France aujourd'hui préserve l'Afrique du terrorisme. Donc on y reste ? Il faut y rester, et il faut aussi que l'Europe s'engage à nos côtés. Ce n'est pas juste, ce n'est pas normal que le poids de la sécurisation du continent africain repose uniquement sur les épaules de la France. Donc il faut un fardeau partagé par l'Europe, et de ce point de vue, je suis totalement d'accord avec le président de la République, mais je l'engage surtout à ne pas envisager le retrait de nos troupes.

Parce que nos militaires, c'est eux qui assurent aujourd'hui la sécurité du continent africain, et donc la sécurité du continent européen. Parce que les deux sont liés, nos destins sont liés.

5:02
Présentateur

Parlons des grèves du 5 décembre. Ce jeudi, ce sera le fameux 5 décembre. On a l'impression que cette date du 5 décembre, on en parle, on en reparle depuis des semaines maintenant. Les syndicats l'avaient donc annoncé très à l'avance, on ne peut pas dire que le gouvernement n'était pas prévenu. Est-ce que vous estimez qu'ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour éviter ce conflit social ?

5:20
Valérie Pécresse

Moi je crois qu'aujourd'hui, le gouvernement doit dire la vérité aux Français. Le problème aujourd'hui de cette réforme des retraites, c'est qu'on ne sait rien des efforts que le gouvernement va demander à chacun d'entre nous. Et on a besoin de cette... Il y a un devoir de vérité. On ne sait rien ? Pour vous on ne sait rien ? C'est trop flou ? Mais oui, il y a un devoir de vérité. Nous allons devoir travailler plus longtemps. Le gouvernement a longtemps tergiversé. On sait qu'il y a 17 milliards de trous dans lesquels potentiellement il faut sauver nos retraites. Donc jusqu'à quel âge ?

Par ailleurs, il faut mettre fin aux régimes spéciaux parce que c'est injuste les régimes spéciaux et certains ont des privilèges. Là-dessus, ils sont assez clairs. Ils l'ont dit qu'ils allaient mettre fin. Sauf que moi, je crois qu'il ne faut pas remettre en cause les règles du jeu en plein milieu de la vie. Je pense que quand on a travaillé 30 ans, quand on a fait un certain nombre de choix de vie, c'est extrêmement douloureux de se voir demander de tout revoir et de tout changer. Donc vous êtes pour la clause du grand-père ? Moi, je l'ai dit, je l'ai écrit. C'était d'ailleurs dans le programme de François Fillon que j'ai défendu à la présidentielle.

Nous voulons la fin des régimes spéciaux progressives en commençant par les nouveaux entrants, comme on l'a fait quand on a changé le statut de France Télécom, quand on a changé le statut des infirmières. Oui, pour les nouveaux entrants. Et par ailleurs, moi, j'adresse vraiment une demande solennelle au gouvernement, celle de ne pas remettre en cause les avantages familiaux. Vous savez que le gouvernement envisage de supprimer la majoration de retraite des mères qui ont eu trois enfants. Il a été un peu flou sur son attitude vis-à-vis des pensions de reversion. Moi, je le dis.

D'ailleurs, Jean-Paul Delevoye a fait une déclaration pour le moins malheureuse et assez irresponsable dans le contexte sur les problèmes démographiques de l'Europe en 2050. Qu'est-ce que vous voulez dire ? Vous avez été choquée par ses propos ? Oui, j'ai été choquée par les propos qu'il a tenus. Il a dit qu'il va falloir 50 millions de migrants pour assurer l'équilibre des retraites en Europe d'ici... en 2050, c'est irresponsable. Et c'est faux. C'est faux parce que ça dépend de la dynamique démographique de nos pays. Aujourd'hui, en France, nous assurons le remplacement des générations. En Allemagne, ils ne l'assurent pas, mais ils robotisent au maximum.

Donc, en réalité, ils peuvent avoir une population active moins nombreuse.

7:28
Présentateur

Est-ce que ça veut dire que le gouvernement... Pardon, arrêtons-nous quand même un instant sur ce qu'a la déclaration de Jean-Paul Delevoye, qui est quand même aujourd'hui membre du gouvernement en charge des retraites ? Est-ce que ça veut dire à vos yeux que le gouvernement a choisi la voie d'une immigration beaucoup plus ouverte, beaucoup plus large ? Est-ce que c'est une déclaration qu'il faut prendre aussi au sérieux sur la concrétisation de ses propos ?

7:49
Valérie Pécresse

Ce que je pense, c'est que Jean-Paul Delevoye devrait d'abord avoir à cœur, dans sa réforme, de mettre la politique familiale au cœur. Et mettre la politique familiale au cœur, c'est préserver un modèle français. Un modèle français dans lequel les femmes françaises peuvent faire le double choix d'une vie professionnelle et d'avoir une famille nombreuse.

8:07
Présentateur

Et d'avoir des enfants et les élever. C'est un décalage entre leurs promesses, disant notamment que ce serait plus favorable aux femmes, et la réalité des actes dont vous estimez qu'ils ne sont finalement pas du tout à l'auteur de les femmes.

8:17
Valérie Pécresse

La vraie difficulté professionnelle pour les femmes. C'est vrai qu'elles commencent au premier enfant. D'ailleurs, je le dis dans mon livre, puisque j'explique que je ne fais de la politique que parce qu'on m'a refusé un emploi que j'avais envie d'occuper parce que j'étais enceinte.

8:28
Présentateur

Dans l'occurrence, pour vous, vous allez dire que ça a été plutôt une bonne chose. Ça vous a réveillé à votre vocation ?

8:32
Valérie Pécresse

Je vais faire une très belle carrière aussi dans le milieu du cinéma, qui était ma vocation première, ma passion première. Mais, j'allais dire, le machisme et la misogynie envers les femmes en ont décidé autrement. Donc, oui, dès le premier enfant, les chemins se séparent et les femmes se retrouvent confrontées à plus de difficultés que les hommes. Mais la situation des mères de trois enfants est différente. Parce que 80% des femmes qui ont eu trois enfants ont, à un moment donné, ralenti leur vie professionnelle. 80% se sont mis à temps partiel ou ont arrêté de travailler pendant une période pour les élever.

Et ces femmes-là, vous ne pouvez pas leur dire, une fois que leurs enfants sont grands, il n'y a plus de majoration. Mais pour l'avenir aussi, vous ne pouvez pas dire aux jeunes femmes qui sont aujourd'hui en train d'avoir des projets de famille, vous ne pouvez pas leur dire, il n'y aura plus d'avantages familiaux.

9:21
Présentateur

Sur le fond, Edouard Philippe promet qu'il n'y aura pas de brutalité dans cette réforme. Écoutez ce qu'il a déclaré cette semaine.

9:28
Locuteur non identifié

Les uns et les autres convergent sur le principe d'une transition qui ne brusque pas les choses. Parce qu'au fond, on ne change pas un contrat social brutalement. L'universalité, oui. La brutalité, non.

9:44
Présentateur

Est-ce que ça, c'est une bonne façon de parler à ceux qui s'apprêtent la semaine prochaine à être en grève ?

9:50
Valérie Pécresse

C'est une bonne façon de parler, mais là encore, on ne sait pas vers où on va. Donc, ce que j'explique dans mon livre, parce que vous savez que j'ai fait une réforme un peu risquée, celle de l'université. J'ai eu 9 mois de mouvement de grève. Donc, je connais bien ces questions de négociation, de dialogue social et aussi de réforme amenée à bien. Une réforme, ce n'est pas une cathédrale. La réforme parfaite, celle que veut faire le gouvernement aujourd'hui, elle coalise trop d'oppositions. Il faut aujourd'hui avoir des leviers de réforme. La réforme, c'est un élastique.

10:23
Présentateur

Il faut tirer, mais que ça ne craque pas. Est-ce que vous avez le sentiment que là, ils ont tiré suffisamment ?

10:30
Valérie Pécresse

Comme quand on est un alpiniste. C'est-à-dire qu'il faut aller à un endroit. La question, c'est quelle est la priorité ? La priorité, pour moi, c'est de maintenir les retraites et de sauver les retraites. Et pour ça, il faut d'abord demander aux Français de travailler un peu plus longtemps et tenir compte de la pénibilité de certains métiers. C'est la priorité absolue. La fin des régimes spéciaux est une priorité seconde pour moi. C'est la fin des injustices. Et il faut le faire progressivement. Et la troisième priorité, c'est la politique familiale. Je vous en ai parlé.

10:55
Présentateur

Et la question des usagers ? C'est-à-dire qu'il y avait la question du dialogue avec ceux qui veulent faire grève avant pour tenter de les empêcher de faire grève. Et maintenant qu'ils ont l'air quand même bien décidés, sur le plan pratique, est-ce que vous estimez que le gouvernement a mis en place tout ce qu'il fallait pour que ce ne soit pas trop une galère, comme on dit, pour les usagers ?

11:10
Valérie Pécresse

Si la grève est ultra suivie et si le service minimum ne peut pas être réalisé aux heures de pointe, alors de toutes les façons, on va plonger des millions de Français dans la détresse. C'est pour ça que j'ai dit aux syndicats de l'ARATP, de la SNCF, respectez vos obligations contractuelles vis-à-vis de la région, faites le service minimum. Si le service minimum n'est pas fait, j'exigerai le remboursement de la SNCF et de l'ARATP pour tous les voyageurs. Mais le remboursement... Mais c'est la responsabilité de qui ? Pour vous, c'est la responsabilité de qui d'assurer cela ?

C'est la SNCF et l'ARATP, c'est eux qui font rouler les trains, c'est eux qui organisent le travail et les prises de garde. D'ailleurs, l'ARATP, vous le savez, fait conduire un certain nombre de cadres qui sont formés, qui sont formés... À qui ils ont offert une formation pour qu'ils puissent effectivement assurer aussi la mécanique. Mais moi, j'ai une obligation normalement contractuelle qui est qu'en tant que client de l'ARATP et de la SNCF, ils me doivent un service minimum de 30% aux heures de pointe, 50% sur certaines lignes. Et vous doutez que ça ne soit respecté ? Si la grève est massive, ce service minimum risque de ne pas être respecté.

S'il n'est pas respecté, j'exigerai le remboursement des voyageurs, mais ça ne suffira pas pour leur enlever toute la détresse de la situation. C'est pour ça que j'ai essayé de mettre en place quelques palliatifs. Un mois de location de vélo électrique gratuit, une prime de 500 euros pour l'achat d'un vélo électrique pour ceux qui habitent pas très loin de leur travail. Le covoiturage sera aussi gratuit. Ça va pas faire le moment. Ça veut dire que tous ceux qui aujourd'hui s'inscrivent sur une plateforme de covoiturage agréé, Klaxi, BlaBla, Lines, Covoiture Ici, Caros, toutes ces plateformes, vous vous inscrivez dessus, les passagers c'est gratuit. C'est gratuit tous les jours de grève.

Et pour les personnes qui ouvriront leur portière, les conducteurs dont je ferai partie, il y aura un remboursement de 3 euros par trajet. Mais évidemment pour les conducteurs, c'est pas la rémunération qui compte. C'est d'abord de faire un geste de solidarité. Il faut covoiturer jeudi et vendredi pour aider les autres.

13:11
Présentateur

Est-ce que vous redoutez des violences lors des manifestations de ces jours de grève ? Éventuellement aussi des lycées dans les hôpitaux ? Est-ce que vous avez peur des violences ? Oui, j'ai peur.

13:22
Valérie Pécresse

J'ai peur aujourd'hui que le pays soit sous une immense tension et que ces grèves soient, j'allais dire, un peu une étincelle supplémentaire qui fasse que ces tensions s'expriment. Donc c'est vrai que moi j'ai reçu cette semaine tous les proviseurs des lycées. Puisque vous savez qu'en décembre dernier, au moment des grèves, enfin du mouvement des Gilets jaunes, les lycées, 80 lycées d'Ile-de-France avaient été attaqués par des bandes et de manière très violente. Donc j'ai réuni les proviseurs et je leur ai dit que bien évidemment nous serions à leur côté. Vous savez que j'ai créé des brigades régionales de sécurité.

13:59
Présentateur

Elles seront particulièrement présentes ?

14:00
Valérie Pécresse

Elles seront particulièrement présentes et elles sont tellement efficaces qu'elles sont intervenues 70 fois depuis mai dernier. Et donc nous allons en créer une quatrième justement pour pouvoir se déployer encore plus dans les lycées victimes de violences.

14:14
Présentateur

Dans votre livre, vous parlez aussi d'Emmanuel Macron. Vous dites qu'il a fait ou qu'il va faire des réformes dont la droite aurait même rêvé sur la SNCF, sur l'assurance chômage, sur la fonction publique, sur le droit du travail, maintenant sur la fin des régimes sociaux. Est-ce qu'au fond, quand on vous lit, quand on regarde ce que vous dites, Emmanuel Macron n'est pas le meilleur président dont la droite aurait pu rêver ?

14:35
Valérie Pécresse

Mais si vous avez vraiment lu mon livre, vous avez vu que d'abord je considère qu'il ne fait pas le quart de ce qu'il faudrait faire pour le pays.

14:41
Présentateur

J'ai cité les réformes qui trouvent grâce à vos yeux les banques. Oui, mais j'estimais qu'il ne va pas suffisamment...

14:46
Valérie Pécresse

Non, mais je dis que moi je soutiens ce qui va dans le bon sens, mais qu'on ne peut pas dire aujourd'hui que l'hôpital, que l'éducation nationale, que la sécurité, que la justice, qui est pour moi le gros point noir du gouvernement, fonctionnent. Et le vice initial du gouvernement, c'est qu'ils n'ont pas baissé les dépenses, enlevé les gaspillages, supprimé les doublons, supprimé les normes. S'ils l'avaient fait comme je l'ai fait à la région Île-de-France, où nous avons fait 1,5 milliard d'économies, ils pourraient aujourd'hui prioriser les secteurs qui en ont besoin. Ça c'est la première chose.

Mais la deuxième chose, c'est le régalien, la lutte contre le communautarisme, la sécurité, le fait de réduire l'immigration à venir pour pouvoir beaucoup mieux intégrer. Je le dis dans mon livre, un enfant sur deux qui naît aujourd'hui dans ma région, un parent né à l'étranger, un enfant sur deux qui naît dans ma région aujourd'hui est issu de l'immigration. Comment est-ce qu'on intègre cet enfant qui va devenir un jeune français ? Quel est le modèle français ? Quel est le rêve français ? Donc toute la tension sociale qui s'exprime aujourd'hui dans le pays, il faut lui apporter une réponse.

Et ça veut dire baisser les impôts, baisser les charges, supprimer des normes et essayer de faire en sorte que les Français vivent dignement avec leur salaire. On a fait une étude aujourd'hui qui montre que la première préoccupation dans ma région aujourd'hui, c'est la pauvreté. La pauvreté avant le chômage, avant la sécurité. C'est la première fois qu'une telle enquête montre un tel niveau d'inquiétude.

16:10
Présentateur

Vous parlez d'ailleurs de tout ce que vous avez fait et de cette région qui devient une forme de laboratoire pour vous. Vous parliez à l'instant des baisses de dépenses. On va y revenir avec Edwige Chevrillon. Votre budget justement est en train d'être voté. Ce livre, vous dites au fond qu'il faut qu'on vous découvre, qu'on comprenne qui vous êtes. Et pourtant vous êtes dans le paysage français depuis très longtemps. Qu'est-ce qui vous a empêché d'être mieux connue, mieux découverte ?

16:35
Valérie Pécresse

Je crois que je me suis mis une carapace d'un mètre d'épaisseur pour me protéger. Je suis une femme. Et je n'ai jamais voulu passer pour une victime, passer pour une femme faible. Donc je me suis carapassonnée. Mais je vais vous donner des exemples. Moi je n'ai plus de téléphone fixe depuis 10 ans parce que des jeunes socialistes m'ont fait un canular sinistre il y a 10 ans. Ils ont appelé à 2h, à 3h, à 4h du matin chez moi pour se faire passer pour la maîtresse de mon mari. Je raconte dans le livre que lors d'une campagne électorale, on m'a inventé un accident de voiture avec délit de fuite sur mon trajet.

J'aurais causé un accident de voiture et j'avais un juge qui était en train d'enquêter sur cet accident. Heureusement c'était un week-end de la Toussaint et j'étais avec mes enfants. Évidemment quand vous n'avez que des hommes autour de vous qui font de la politique, ils ne connaissent pas les vacances de la Toussaint forcément. Mais pourquoi contre vous ? Pourquoi ce serait contre vous ? Ah non, pas spécialement contre moi, mais la dureté et la violence de tout ce que j'ai vécu et de tous les obstacles. Contre moi parce que je voulais accéder à des postes de pouvoir.

Contre moi parce que je voulais présider cette région, l'Île-de-France, qui est l'une des plus grandes et des plus prospères d'Europe. Donc contre moi pour me stopper. Et je ne voulais pas me victimiser.

17:49
Présentateur

Et vous dites, vous parlez au passé de ce moment-là, quand vous vous victimisiez, quand vous aviez une carapace. Ah non, je n'ai jamais... Enfin, quand vous aviez cette attitude en tout cas de carapace, aujourd'hui vous décidez donc de fendre l'armure, de dire qui vous êtes. Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi faire ? Parce que vous vous dites, tiens, il va y avoir les élections présidentielles, il faut que j'y aille aussi. Ou il faut que je sois en capacité, il faut que je... Pourquoi maintenant ?

18:08
Valérie Pécresse

Non, c'est parce qu'aujourd'hui je me sens suffisamment forte. Je me sens suffisamment forte pour raconter. Et ce qui est intéressant, c'est que depuis que j'ai écrit le livre, des gens le lisent et des femmes le lisent. Et notamment des femmes qui sont conseillères municipales dans des villages, dans des villes, qui sont élues, qui sont présidentes de l'association. Et elles m'envoient des messages qui sont très touchants. Elles me disent, merci de témoigner à quel point c'est dur. Merci de témoigner qu'on vous a refusé un job parce que vous étiez enceinte.

Merci de témoigner pour dire que les hommes vous ont traité, j'allais dire, comme une incompétente par nature, parce que vous étiez une femme. Merci de le dire. Vous ne l'aviez jamais dit. On pensait que c'était facile pour vous. Mais on découvre que ça n'a pas été facile. Et pour nous, ça nous aide.

18:50
Présentateur

On va poursuivre dans vos combats et notamment la question des municipales tout de suite avec Henri Vernet. Bonjour Henri.

19:03
Invité

Bonjour Apolline. Bonjour Anna Pécresse. Bonjour. Vous avez participé hier au lancement du mouvement prédatant républicain qui se transforme en parti politique. Et là, vous avez notamment affirmé, je vous cite, quand la République est menacée, il faut savoir nous rassembler. Le clivage gauche-droite est en train de s'estomper pour laisser place au clivage entre les républicains et les communautaristes. C'est ça aujourd'hui le clivage politique en France ? C'est ce que vous dites ?

19:26
Valérie Pécresse

Je crois qu'aujourd'hui, la République est menacée par la montée des communautarismes. Je crois aujourd'hui qu'il va falloir beaucoup de courage pour lutter contre ces communautarismes pied à pied. Et je crois qu'il y a des républicains à droite et des républicains à gauche. Et qu'aujourd'hui, ils doivent se rassembler comme peut-être le général de Gaulle a rassemblé des républicains des deux rives en 1940 quand la France était menacée.

19:48
Invité

Vous comparez le danger, la menace actuelle à l'assistance de la France en 1940 ?

19:52
Valérie Pécresse

Oui, parce qu'aujourd'hui, c'est une question de respect des lois de la République. La République est des valeurs de la République. Nous défendons des valeurs. Nous défendons...

19:59
Invité

En 1940, il y avait une invasion allemande, je le rappelle.

20:01
Valérie Pécresse

Oui, mais aujourd'hui, il y a une forme de lâcheté à défendre la République. Et cette forme de lâcheté, elle nous conduit à petit à petit baisser la tête. C'est ce que j'appelle dans mon livre les petits munich. Vous voyez ? Quand un sous-préfet décide de rester dans un haïd où il y a une femme en burqa, parce qu'on lui dit qu'il vaut mieux rester, il ne faut pas faire de vagues. Ça s'appelle baisser la tête. Quand le défenseur des droits m'interdit d'interdire les tenues, le burkini dans les piscines de l'île de France, en me disant « Mais non, il n'y a pas de problème d'hygiène ». S'il y a un problème d'hygiène, quand une femme habillée se baigne, il y a un problème d'hygiène.

Non, il n'y a pas de problème de sécurité. S'il y a un problème de sécurité, s'il arrive quoi que ce soit, on ne pourra pas faire les premiers secours. Non, il n'y a pas de problème d'ordre public. S'il y a un problème d'ordre public, parce que ça crée des tensions entre des femmes qui veulent arborer une tenue d'inspiration religieuse et des femmes qui, eux, elles, sont dans une République laïque et ne veulent pas.

20:54
Invité

Donc pour vous, on est là dans un combat urgent, en quelque sorte.

20:56
Valérie Pécresse

On est là dans un combat très urgent. On a parlé de ce qui s'est passé à Londres. Alors, la naïveté, l'angélisme ne doivent plus être de mise. Et le cri qu'a poussé Amine El Khatni, que pousse Laurent Bouvet, qu'avaient poussé Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve en leur temps, ce cri-là, il doit être relayé, y compris à droite. Et c'est pour ça que je pense que le clivage droite-gauche sur ces questions de respect des lois de la République n'est plus de mise.

21:21
Invité

Alors justement, sur ce terrain, vous avez parlé de terrorisme, du radicalisme. Vous avez de la radicalisation. Vous proposez une loi qui irait assez loin. Si elle est adoptée, elle sera présentée par vos amis, sénateurs et députés de Libres, d'autres mouvements.

21:35
Valérie Pécresse

Dont certains sont autour de moi.

21:36
Invité

Voilà, voilà. Et alors, dans cette loi, ce que vous proposez, c'est qu'en vue des prochaines municipales, soit écartée de candidatures, toute personne qui serait fichée par l'antiterrorisme. Concrètement, comment ferait-on ?

21:50
Valérie Pécresse

Alors d'abord, vous dire que la laïcité est évidemment un pilier de la République. Et qui dit laïcité, dit pas négation des religions, mais dit que toutes les religions doivent respecter les lois de la République. C'est la loi au-dessus de la foi, le principe. Et moi, ce qui m'inquiète, mais vraiment je suis inquiète, et il y a multitude de témoignages qui me remontent de partout sur le terrain, sur l'antrisme, l'antrisme sur les listes municipales par des personnes radicalisées islamistes.

22:16
Invité

Alors, est-ce que, notamment, est-ce que l'île de France est concernée par cela ? Et est-ce que vous avez des cas concrets, des exemples ? Mais pas que l'île de France. En tout cas, vous parlez réellement de personnes qui seraient surveillées par l'antiterrorisme.

22:26
Valérie Pécresse

Pas que l'île de France. Hier, au printemps républicain, j'ai été harponné par certains élus de France, d'autres villes que je ne citerai pas, c'est à eux de le dire, mais qui sont venus me voir en me disant « dans ma ville, c'est pareil ».

22:39
Invité

C'est-à-dire ?

22:40
Valérie Pécresse

Dans ma ville, c'est pareil. Qu'est-ce qui se passe ? Simplement, vous avez des personnes, vous avez un fichier, un fichier qui s'appelle le fichier FSPRT, qui est le fichier de l'antiterrorisme. Dans ce fichier, il y a 20 000 personnes. Ces personnes sont soupçonnées de radicalisation à visée terroriste. Moi, ce que je propose, c'est que, lorsque l'on dépose une liste municipale, le préfet puisse faire un criblage des listes, comme on fait aujourd'hui le criblage pour les conducteurs de métro ou les conducteurs de bus.

23:09
Invité

Oui, pour les services publics sensibles.

23:12
Valérie Pécresse

Pour toutes les fonctions publiques sensibles. Donc, il puisse faire le criblage. Il vérifie sur le FSTRP que les gens qui sont sur la liste n'y sont pas inscrits. Et s'ils y sont inscrits, il regarde si la personne présente un grave danger pour l'ordre public ou pour la sûreté de l'État. Et si cette personne est dangereuse, alors il la déclare inéligible. Et dans les 24 heures, elle peut saisir le tribunal administratif pour contester cette décision. Et si dans les 72 heures, le TA ne se prononce pas, elle est déclarée éligible. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on met une barrière à l'entrée de personnes qui sont aujourd'hui fichées par l'antiterrorisme.

Parce que vous disiez soupçonnées.

23:50
Présentateur

Vous disiez fichées. Fichées, elles ne sont pas une condamnation. Parce qu'elles sont soupçonnées. Elles sont fichées. Mais est-ce que sur la seule base du soupçon, vous pouvez considérer qu'une personne ne peut pas être connuée ?

23:59
Valérie Pécresse

Non. Dans ma loi, il y a le fichage, qui est une cause objective. Une première indication. Et la deuxième indication, c'est que le préfet peut apporter la preuve objective d'un comportement qui représente une menace pour l'ordre public. La preuve objective d'un comportement qui représente une menace pour l'ordre public. Ça veut dire que c'est des personnes très dangereuses.

Mais si vous imaginez, si une personne connue pour être très dangereuse est sur une liste, si elle devient maire d'une ville, et j'ai des cas de figure en Ile-de-France, où c'est possible, à ce moment-là, on ne peut pas faire comme le gouvernement le dit, dire que ce n'est pas un problème, laissons-les élire, on aura tous les moyens une fois qu'ils seront élus. Pardon, mais une fois qu'on est élus, on est moins par le suffrage universel. Il y a un paradoxe. Est-ce que c'est acceptable qu'un policier, officier de police judiciaire dans une ville, soit inéligible dans cette ville, et qu'une personne fichée par l'antiterrorisme comme radicalisée, dangereuse, elle, elle soit éligible ?

24:57
Invité

Vous parlez d'Ile-de-France, en Ile-de-France notamment, parce que vous dites que c'est très grave.

25:01
Valérie Pécresse

Je vais vous parler d'un certain nombre de villes sur lesquelles, effectivement, on m'indique qu'il y a des personnes qui sont potentiellement radicalisées et très proches de l'islam politique. Après, c'est au juge de décider si cette personne est éligible ou pas dans ma loi, c'est le juge qui prendra la décision. Donc vous ne voulez pas dire de qui il s'agit ? Non, mais je vous donnerai un exemple. Moi, j'ai une personne qui va se présenter dans une ville d'Ile-de-France, qui s'appelle Goussinville. Cette personne a été interrogée par l'opinion. Elle a été dénoncée par l'Express.

C'est l'Express qui a dit, peut-être à tort, il y a une contestation là-dessus, a dit que cette personne est fichée S. Bon, la personne nie. Mais elle n'est pas forcément au courant qu'elle est fichée S ? Mais, évidemment, elle n'est pas forcément au courant. Mais si elle l'est, c'est que, c'est donc, en tout cas, les services de renseignement pensent qu'elle présente une dangerosité pour la sûreté de l'État. Voilà. Et cette personne est interviewée par le journaliste de l'opinion. Et cette personne a prononcé, elle a prononcé une phrase qui aurait dû causer un scandale national. Elle a dit, ah mais non, ma liste ne sera pas communautaire, ma liste ne sera pas communautariste.

« Sur ma liste, je la cite, il y aura des Français, des Arabes, des Turcs et des Noirs. » Voilà. Eh bien, ça, c'est le communautarisme à visage découvert. Non, mais c'est le communautarisme. Ça veut dire, oui, mais attendez, attendez, attendez. Ça veut dire quoi ? Sur cette liste, il n'y a que des Français. Voilà. Il n'y a que des Français. Donc, le problème, c'est est-ce que cette personne, je ne l'attaque pas frontalement parce que je ne sais pas, je n'ai pas ces informations.

26:28
Présentateur

Mais vous voyez bien. Mais le préfet, lui, les auras, vous voyez bien. Quand on fait un quiblage... Quand Henri vous demande des questions, des réponses précises... Mais elles sont précises, mes réponses. On le comprend bien. Vous êtes quand même mal à l'aise. Non. Il semble que, mais peut-être... Que vous n'autorisez ma radicalisation, ce n'est pas pareil. Je ne vous condamne pas, vous. Mais ce que je veux dire, c'est que vous êtes face à un sujet qui demande mille précautions, ne serait-ce que du point de vue légal. Est-ce que vous aurez des moyens légaux quand quelqu'un aura répondu à une interview du Parisien aujourd'hui en France en disant...

26:55
Valérie Pécresse

Mais je ne l'ai absolument pas dit, madame Apollon, de manière que vous êtes en train de transformer complètement mes propos. Et ça montre vraiment... Enfin, pardon, excusez-moi, je comprends que vous soyez mal à l'aise avec ces sujets. Mais je n'ai jamais dit qu'on rendrait inéligible quelqu'un pour un délit d'opinion. Ce que je vous dis, c'est qu'aujourd'hui, personne n'a le droit de conduire un bus ou un métro s'il est criblé et s'il est fiché. Mais en revanche, on a le droit d'être éligible et de devenir maire d'une ville. Est-ce que vous savez les pouvoirs d'un maire ?

Il a des pouvoirs de police, administratives, il a tous les fichiers de l'aide sociale, il a un pouvoir colossal sur sa ville, c'est lui qui fait tout, c'est lui qui est le nœud de la cohésion nationale, il élit les sénateurs, donc il participe à la souveraineté nationale. La question est simplement, est-ce que l'outil ne sera pas... Pardon, madame de Malherbe, c'est un outil qui permet aujourd'hui de licencier des personnes dans des entreprises. Ça s'appelle le criblage, c'est une procédure qu'on utilise dans toutes les fonctions publiques sensibles.

Donc oui, on peut licencier quelqu'un sur le fondement de cette procédure, mais on ne pourrait pas mener la même enquête sur des personnes qui vont se présenter à l'élection. Encore une question sur Paris, Henri.

27:56
Invité

Voilà, sur Paris, les municipales...

27:57
Valérie Pécresse

Faire l'autruche et se dérober, ça ne nous amènera qu'à la catastrophe, et c'est pour ça que je suis allée au printemps républicain, et c'était pour le dire, parce que moi, j'aurais sur ma conscience, au moins, de l'avoir dit.

28:08
Invité

Valérie Pécresse, votre position sur Paris, les élections, la candidate LR, Rachida Dati, vous a adressé un courrier, que j'ai pu consulter, dans lequel elle vous propose un pacte avec votre mouvement libre. Très concrètement, elle vous propose 14 postes éligibles au Conseil de Paris, deux têtes de liste d'arrondissement. Qu'est-ce que vous lui répondez ? Est-ce que vous allez soutenir Rachida Dati, la candidate LR au municipal ?

28:29
Valérie Pécresse

Vous avez raison, nous avons des échanges avec Rachida Dati. Mais le problème, c'est que nous avons une divergence de fond sur la stratégie. Moi, je pense que les LR ne peuvent pas gagner seuls à Paris. Et je pense qu'il faut qu'ils s'élargissent et qu'ils fassent toute leur place à tous ceux qui, aujourd'hui, mettent une politique de droite à Paris.

28:45
Invité

Autrement dit, pour vous, il ne faut pactiser éventuellement avec LREM, c'est ça ?

28:48
Valérie Pécresse

Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit que je ne comprends pas qu'on me demande, parce que c'est aussi ce qu'on me demande, de tourner le dos à des maires d'arrondissement, qui sont des maires d'arrondissement de droite, qui assument de l'être, qui ont fait une bonne politique de droite et qui font la politique que je soutiens à Paris et qui, d'ailleurs, soutiennent aussi ma politique à la région. Donc, c'est un problème. Donc, nous allons en discuter et en débattre. Mais moi, je considère qu'il y a une erreur stratégique fondamentale et je ne peux pas adhérer à cette erreur stratégique.

29:16
Présentateur

On voit bien, pour l'instant, effectivement, votre soutien n'est pas acquis. Merci, Henri Vernet. Tout de suite, dans un instant, on accueille Edwige Chevrillon et on reviendra notamment sur ce que vous faites dans votre région, qui est un véritable laboratoire à vos yeux. A tout de suite.

29:36
Invité

Bonjour, Edwige Chevrillon. Bonjour, Apolline de Malherbe. Bonjour, Valérie Pécresse. On va parler budget, budget de la France, budget de la région. On va parler de retraite. Peut-être juste une toute petite question pour rebondir sur ce dont vous parliez avec Apolline de Malherbe. Est-ce qu'il y a un risque de pénérudécence ? Est-ce que vous le voyez venir en Ile-de-France ou pas ?

29:52
Valérie Pécresse

Si les grèves durent très longtemps, il peut y avoir toute une série de risques qui s'enclenchent, malheureusement. Oui. Y compris sur la maintenance des matériels roulants.

30:02
Invité

Les retraites, les retraites, j'imagine que vous avez lu l'interview de Gérald Darmanin, qui est votre successeur, puisque vous avez exercé ces fonctions-là. Il dit que la retraite se fera. On sent un gouvernement qui est en plein un séminaire gouvernemental droit dans ses bottes. Est-ce que vous, alors vous étiez jeune, mais vous avez quand même connu 1995, est-ce que vous vous dites qu'il a raison d'être droit dans ses bottes ? Ou au contraire, vous les appelez peut-être à trouver une solution intermédiaire, du moins momentanément ?

30:27
Valérie Pécresse

Mais la vraie différence, c'est qu'aujourd'hui, on ne sait pas où ils veulent aller. Donc bien sûr, une réforme doit se faire. Une réforme doit se faire puisqu'il y a 17 milliards de trous dans la caisse à horizon 2030. Donc oui, bien sûr, il faut faire une réforme. Oui, il va falloir demander et avoir le courage de demander aux Français de travailler plus longtemps. Oui, il faut prendre en compte les métiers pénibles. Mais oui, il faut revoir les régimes spéciaux. La question, c'est comment ? Et aujourd'hui, on est dans un flou total, dans la brume, dans le brouillard sur les intentions du gouvernement.

30:56
Invité

Mais pourquoi on ne l'a pas fait avant ? Pourquoi, lorsque vous étiez au pouvoir ? Pourquoi on ne l'a pas fait avant ? Sur la RATP, notamment. Pourquoi est-ce qu'on n'a pas essayé de trouver une solution ? Peut-être sur le coût de ces régimes spéciaux, dire qu'il ne date pas d'aujourd'hui, le coût de ces régimes spéciaux.

31:08
Valérie Pécresse

Écoutez, Mme Chevrillon, moi, la droite a quitté le pouvoir il y a 10 ans. On ne va peut-être pas tout le temps me dire qu'est-ce que vous auriez dû faire. On a fait une première réforme, vous le savez, sous Nicolas Sarkozy. On en a fait une première qui n'allait pas assez loin, mais on a quand même fait une première. Aujourd'hui, à la RATP, vous le savez, il y a deux régimes de retraite aujourd'hui. Il y en a un avant le mandat de Sarkozy, un après. Ce n'est pas les mêmes. Donc, on a déjà commencé. Petit à petit, on a commencé. Mais on n'a pas allé assez loin.

31:34
Invité

Est-ce que vous pensez un peu comme Gilles Carré, est-ce que vous connaissez bien, qui est député LR, il dit que l'équité, c'est une idée folle. C'est vrai. Est-ce que vous croyez dans l'universalité de cette réforme des retraites ? C'est-à-dire, est-ce que lorsqu'on est artiste, quand on est compositeur de musique, quand on est enseignant, infirmière, conducteur à la RATP, est-ce qu'on peut avoir le même système de retraite ? Je l'ai dit dans mon livre, qui trop embrasse, mal étreint.

31:59
Valérie Pécresse

Je pense que vouloir faire une réforme cathédrale sur le papier, c'est séduisant. Mais dans la vraie vie, ça marche très rarement. Et moi, je ne connais pas de réforme cathédrale qui est réussie. La dernière, c'était la constitution européenne de 2005, qui était une constitution magnifique, qui embrassait tout. Et moyennant quoi, elle a coalisé toutes les oppositions. Donc moi, je suis pour la négociation et je suis pour partir des nouveaux entrants et faire progressivement rentrer dans ce nouveau régime qu'on va créer, toutes les professions une par une. Vous savez, on fait des choix dans la vie.

On fait le choix d'économiser, on fait le choix de travailler plus, on fait le choix de travailler moins. Ces choix, on les fait à partir de règles du jeu. Je pense que le vice initial de la réforme aujourd'hui, c'est de vouloir changer les règles du jeu en cours de jeu.

32:41
Invité

Il faut combien de temps pour changer ces règles du jeu, vous dites ? Est-ce qu'il faut, je ne sais pas, 15 ans, 20 ans ?

32:47
Valérie Pécresse

Oui, mais on y va progressivement. La première règle du jeu qu'il faut changer, malheureusement, et on va être obligé de la changer très vite, c'est celle de l'âge de départ en retraite. Et celle-là, il va falloir la changer. Vous ne pouvez pas annoncer toutes les mauvaises nouvelles en même temps. Et il faut avoir conscience, Madame Chevrillon, que derrière la contestation de la réforme des retraites, il y a aussi la contestation sociale, que le mouvement des Gilets jaunes, qui est un mouvement de défense du pouvoir d'achat, de demande du pouvoir d'achat, du pouvoir de vivre, est encore, ses racines sont encore très profondes. Et donc, le gouvernement n'a pas résolu les tensions sociales.

Il n'a pas résolu les problèmes de pauvreté. Et donc, aujourd'hui, ajouter à cela, vraiment, la remise en cause de toutes les règles du jeu sur lesquelles les Français ont construit leur vie, c'est très compliqué. Et j'ajoute que le pacte...

33:34
Invité

Pour retirer sa réforme, qu'est-ce que vous dites au Président ? Non, Madame Chevrillon, je l'ai dit, il y a deux minutes à Apolline de Malherbe.

33:39
Valérie Pécresse

Je vais expliquer, je peux redire. C'est dommage de passer une émission à redire trois fois la même chose. Oui, il faut allonger la durée de cotisation et l'âge de départ en retraite. Oui, il faut tenir compte des métiers pénibles. Oui, il faut laisser les avantages familiaux et ne pas les toucher. Et oui, il faut faire la réforme des régimes spéciaux pour les nouveaux entrants en demandant à chaque profession d'y rentrer progressivement. C'est ça, la bonne réforme. Et par ailleurs, il faut contester à Marine Le Pen le droit de parler au nom de ceux qui font grève parce qu'elle propose la retraite à 60 ans qui mettrait purement et simplement nos systèmes de retraite en banqueroute.

En banqueroute.

34:12
Invité

Avec Marine Le Pen, c'est la banqueroute, au moins c'est clair. Valérie Pécresse, indirectement, et je fais un peu de provocation, est-ce que vous n'êtes pas, en tant que Présidente de la région Île-de-France, un peu responsable de ce climat social très lourd ? La région Île-de-France, c'est un tiers du PIB français. Donc c'est vraiment la région, une des plus importantes d'Europe, vous l'avez dit tout à l'heure. Tout est focalisé sur la région Île-de-France, les gens ont envie de venir travailler dans la région Île-de-France. Le poids est tellement énorme par rapport à l'ensemble de l'Hexagone que ça inspire un peu toutes les richesses de la France.

34:40
Valérie Pécresse

Et vous savez, ce n'est pas la situation actuelle. Aujourd'hui, l'Île-de-France n'est plus une région attractive. Aujourd'hui, de nombreux cadres, de nombreuses familles préfèrent aller dans les métropoles des autres régions parce que la vie est plus douce. Donc ma responsabilité, elle est très imminente. Je suis dans une région qui est très prospère, mais qui est la région de tous les contrastes. Et la question du pouvoir d'achat est hyper aiguë dans ma région. Vous savez les prix des loyers, vous savez les prix du logement. Donc ça bouleverse tout. Donc depuis que je suis élue, je fais des économies pour pouvoir les rendre en pouvoir d'achat aux Franciliens.

Et là, la dernière mesure que je vais prendre, et je veux l'annoncer parce qu'aujourd'hui, on est le 1er décembre, c'est la journée mondiale de lune contre le sida. Nous allons mettre en place un fonds de garantie pour lutter contre l'injustice scandaleuse qui touche toutes les personnes qui ont été malades ou qui sont aujourd'hui malades de maladies chroniques et qui ne peuvent pas emprunter pour acheter leur logement parce qu'elles ont un triplement de leurs primes d'assurance. Et bien la région va se mouiller.

On va faire un fonds qui permettra de ne pas avoir de surprimes d'assurance quand on est porteur du VIH, quand on a eu un cancer du sein, quand on a eu un cancer de la prostate, quand on a une coïcidose, une leucémie ou une hépatite. Et ce dispositif qui existe...

35:50
Présentateur

Vous allez vous porter garant ?

35:52
Valérie Pécresse

Absolument. Aujourd'hui, l'État a mis en place un mécanisme qui s'appelle l'ARAS. C'est pour diminuer la surprime. Ce mécanisme n'est pas connu. Il n'y a que 1000 personnes dans ma région qui l'utilisent. La plupart des personnes qui ont été malades croient qu'elles ne peuvent pas emprunter, si ce n'est à payer des surprimes de dizaines d'idées d'euros. Et il n'y aura pas un fonctionnement encore ? À partir de janvier 2020, nous allons avoir des partenaires dans tous les réseaux bancaires et ces réseaux bancaires vont distribuer des prêts sans surprime d'assurance. Parce qu'aujourd'hui, vous le savez bien, les taux d'intérêt sont à zéro.

Donc l'injustice totale, c'est celle qui touche les personnes qui ont été malades ou qui sont malades et qui ne peuvent pas emprunter. Et par ailleurs, ça permettra aussi aux jeunes retraités d'emprunter puisque ça permet à des personnes un peu plus âgées de prendre un prêt.

36:39
Invité

Valérie Pécresse, lorsqu'on regarde le budget que vous êtes en train de discuter, le budget 2020 de la région Île-de-France, on voit que la baisse des dépenses de fonctionnement a été très importante dans les années précédentes. Là encore, vous êtes quasiment le record de la baisse des dépenses de fonctionnement. Est-ce qu'aujourd'hui, avec des taux zéros, est-ce que c'est la bonne tactique en fait ? Au contraire, est-ce que ce n'est pas le moment peut-être d'ouvrir un peu les robinets, ce que fait un peu le gouvernement au niveau national ? Non, ce que je fais, c'est que je baisse tous les gaspillages.

37:07
Valérie Pécresse

J'ai fait une politique de lutte contre les gaspillages à tous les niveaux. J'ai supprimé 15 structures, entre 50 et 80% du budget passaient en frais de structure. Et j'ai repris cet argent pour le mettre sur les priorités. La priorité absolue, les transports. 28 milliards. Là, je viens encore d'annoncer hier, vendredi, avec la RATP, un marché de 400 nouvelles rames de métro. Contrat du siècle presque. Encore, c'est mon deuxième contrat du siècle, parce que j'ai passé un sur les RER, là c'est sur le métro. Et c'est évidemment pour sauver et préserver l'emploi dans le Valenciennois, puisque c'est Alstom et Bombardier, le mail de France, qui aura ce marché.

Mais surtout, évidemment, les transports, c'est la vie quotidienne. J'ai fait un pass senior à demi-tarif pour tous les seniors qui étaient les seuls en Ile-de-France à payer plein pot et qui, comment dire, restreignaient leurs déplacements parce que c'était trop cher.

37:59
Invité

Est-ce que votre idéal, ce serait un jour, un peu comme à Dunkerque, du reste, la gratuité des transports ? Non, la gratuité est une fausse piste.

38:06
Valérie Pécresse

La gratuité en Ile-de-France est une fausse piste. La gratuité, ça ne marche que quand les transports sont neufs, pas nombreux. Non, attendez, pour l'instant, ils ne le sont pas. Pour l'instant, j'ai besoin d'argent pour payer. Et c'est très cher, 28 milliards. Il faut que les transports sont neufs. Et il faut surtout qu'ils ne soient pas très nombreux et pas saturés. Parce que la gratuité, ça remet de la saturation. Puisque les gens qui marchent, du coup, prennent les bus. Donc ça marche dans des petites villes où il y a essentiellement des lignes de bus et où, pardon, les entreprises ne sont pas à payer.

Aujourd'hui, les entreprises en Ile-de-France, elles payent déjà 4 milliards d'euros pour les transports. Vous pensez qu'elles accepteraient de payer les 4 milliards des usagers ? Non, la gratuité n'est pas une piste. En revanche, des tarifs justes, ça, c'est ce qui m'obsède. Et c'est pour ça que j'ai mis en place un pass Navigo Liberté qui va maintenant tarifer à la juste consommation les Franciliens.

39:02
Invité

La baisse de fonctionnement, lorsqu'on regarde la Cour des comptes, en fait, on voit qu'il y a 3 régions. Il y a Rhône-Alpes, celle de Laurent Wauquiez, Auvergne. Il y a celle des Hauts-de-France, à droite, Xavier Bertrand. Et puis, il y a vous. C'est des régions de droite qui arrivent à baisser les frais de fonctionnement ? Vous savez, si l'État faisait à peu près la même chose que moi,

39:24
Valérie Pécresse

il pourrait rendre des dizaines de milliards d'euros en baisse d'impôts et en baisse de charges aux Français. Ça veut dire que les Français gagneraient plus avec leurs salaires. Ça veut dire que cette crise du pouvoir d'achat, ce besoin de vivre dignement, on y apporterait une réponse. Et aujourd'hui, je vous le dis, moi, j'en profite de ces économies pour faire des mesures auxquelles je tiens.

39:42
Présentateur

Et vous aimeriez sans doute dire, je l'ai fait à la région, je peux le faire au niveau de l'État.

39:46
Valérie Pécresse

Oui, mais mettre à l'abri tous les sans-abri qui, aujourd'hui, vivent et couchent dans le métro. 350 personnes qui vivent à l'année dans le métro. La mairie de Paris va les compter pendant la nuit de la solidarité. On va les compter, on ne fait rien. Eh bien oui, avec cet argent, on va ouvrir des maisons solidaires. Et pourtant, je me rappelle qu'Emmanuel Macron avait promis qu'il n'y aurait plus personne qui dormirait dans la rue. Pour ça, je demande à tous les candidats à la mairie de Paris de m'aider. Moi, j'ai aujourd'hui les moyens d'ouvrir des maisons solidaires pour les accueillir en long séjour et pour les désintoxiquer ou les soigner pour ceux qui sont malades.

40:16
Présentateur

Merci Edwin Sourian. Merci Valérie Pécresse d'avoir été avec nous. Je rappelle que vous êtes la présidente de la région Île-de-France. Et voilà le titre du livre que vous publiez. Et c'est cela qui change à tout, dans lequel vous vous dévoilez et vous brisez, dites-vous, la carapace. L'actualité continue sur BFM TV. Dans un instant, c'est affaire suivante avec Florence Duprat et Dominique Rizet. Et pour ma part, je vous retrouve à 18h. Et en même temps, il y a 19h, ce sera Jean-Pierre Raffarin, mon invité. On continuera. A tout à l'heure. Merci.