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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 30 juillet 2022 18 minComplaisantFond programmatiqueEnvironnement & énergieTransportsÉconomie & entreprises

Aurélien Bigo : pour les départ en vacances, "la voiture est une part majeure des voyages longue distance"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:07OuverteRéponse directe

    Est-ce que notre manière de partir en vacances, de nous déplacer, a changé ?

  • 0:12OuverteRéponse directe

    Est-ce le coût qui dicte nos choix, le goût peut-être aussi de voyager différemment ?

  • 0:53OuverteRéponse directe

    Peut-être le constat Aurélien Bigot : c'est encore la voiture qu'on utilise le plus pour partir en vacances ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Revenir sur l'évolution de nos modes de transport avec Aurélien Bigot

  • 3:27OuverteRéponse directe

    Vous préférez le train, Juliette Labaronne ?

  • 3:59OuverteRéponse directe

    22 millions de billets vendus pour juillet-août : de quoi est-ce le signe ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:11InvitéChiffre
    « la voiture, c'est une part majeure des voyages à longue distance »
  • 1:27InvitéChiffre
    « la voiture représente de l'ordre de trois quarts des déplacements dans ces voyages à longue distance »
  • 1:53InvitéChiffre
    « la voiture et l'avion, en termes de distance, représentent des distances pour les voyages qui sont équivalentes »
  • 2:03InvitéChiffre
    « le train, c'est de l'ordre de 10% d'après les dernières enquêtes qu'on a »
  • 2:11InvitéFait
    « l'avion, en tout cas sur les dernières années, qui a le plus augmenté »
  • 4:05PrésentateurChiffre
    « 22 millions de billets vendus pour juillet-août. C'est une hausse quand même de 10% par rapport à 2019 »
  • 4:09PrésentateurChiffre
    « Avant le Covid, donc 18 millions de TGV, 4 millions de billets TER »
  • 8:53InvitéFait
    « il y a plein aussi de façons de faire baisser le prix du billet de train. Très peu de gens connaissent aujourd'hui qu'ils ont un droit, le droit à un billet congé payé »
  • 12:11InvitéChiffre
    « le train de nuit a connu son apogée en 1981. Donc, il y avait une trentaine de lignes à l'époque, 550 gardes et services »
  • 13:24InvitéFait
    « il y a quatre lignes qui sont en activité. Le Paris-Nice, le Paris-Briançon, le Paris-Rodez, via Toulouse, et le Paris-Lourdes »
  • 16:36InvitéChiffre
    « le 110 km heure aussi, qui est une manière sur les trajets sur autoroute de consommer moins d'énergie, d'émettre moins de CO2. Donc, c'est 15 à 20 % de moins de consommation »

Temps de parole

  • Invité39 %
  • Invité 237 %
  • Présentateur24 %

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0:00
Présentateur

Un grand entretien sur la route des vacances ce matin, c'est le traditionnel chassé-croisé sur les routes, dans les trains, les aéroports. Mais est-ce que notre manière de partir en vacances, de nous déplacer, a changé ? Est-ce le coût qui dicte nos choix, le goût peut-être aussi de voyager différemment ? On prend le temps d'en discuter ce matin avec nos deux invités. Aurélien Bigot, bonjour. Bonjour. Vous êtes chercheur sur la transition énergétique des transports. Et Juliette Labaronne, bonjour à vous également. Bonjour.

Vous êtes experte en mobilité et tourisme durable, auteur du livre Slow Train, publié chez Arthaud, et en duplex de Chambéry, liaison assurée par nos collègues de France Bleu. On les remercie chaleureusement. Vous vous projetez tous les deux dans le contexte du réchauffement climatique que l'on connaît pour analyser l'évolution de nos déplacements dans les années qui viennent. Mais d'abord, peut-être le constat Aurélien Bigot. C'est encore la voiture qu'on utilise le plus pour partir en vacances et ça, ça remonte à loin quand même.

1:03
Invité

Oui, c'est ça. En tout cas, on a un poids des habitudes dans les transports qui est très fort et qui fait que les comportements ne changent pas énormément d'une année sur l'autre. Et la dernière enquête, en tout cas, qui date de 2019, nous montre que la voiture, c'est une part majeure des voyages à longue distance. Alors, c'est à la fois les vacances, mais aussi les trajets de loisirs, la visite à la famille, aux amis, etc. Et la voiture représente de l'ordre de trois quarts des déplacements dans ces voyages à longue distance.

Après, ça va être des voyages un peu moins lointains, par exemple, que pour les voyages en avion, qui représentent de l'ordre de 10% des motifs, des modes de transport utilisés pour les voyages à longue distance. Et puis, qui par contre, en termes de distance ou en termes d'émissions de CO2, sont bien plus importants. C'est de l'ordre de 40% des distances, un peu plus. C'est pareil pour la voiture. Donc, la voiture et l'avion, en termes de distance, représentent des distances pour les voyages qui sont équivalentes. Et puis, là-dedans, le train, c'est de l'ordre de 10% d'après les dernières enquêtes qu'on a. Et ça, ça ne bouge pas forcément très rapidement au cours du temps.

Et c'est plutôt l'avion, en tout cas sur les dernières années, qui a le plus augmenté.

2:16
Présentateur

Il y a même des routes. Quand on pense à la voiture, symbole des vacances remplies à ras bord avec un coffre de toit, les routes. On pense à la célèbre Nationale 7, qui illustre à elle seule, Aurélien Bigot, sa seule évocation, le départ en vacances.

2:32
Invité

Oui, c'est ça. En tout cas, la voiture, la majorité des déplacements se font finalement avec des modes de transport qui sont très carbonés. C'est ça qui montre toute la dépendance qu'on a aujourd'hui au pétrole. Parce qu'à la fois la voiture, à la fois l'avion sont très dépendants au pétrole. Ce sont les modes les plus émetteurs. Et ce sont les deux modes qui dominent très largement les kilomètres parcourus dans nos voyages à longue distance. Donc, ça montre tous les enjeux de transformation très forts du secteur. Si on veut décarboner complètement les transports à longue distance d'ici 2050, ça veut dire qu'il faut complètement changer cela.

3:07
Présentateur

Alors, on va revenir Aurélien Bigot sur cette approche et sur nos comportements, l'évolution de nos modes de transport. Je voulais quand même revenir avec vous, Juliette Labaronne, sur la manière de voyager aujourd'hui. Aurélien Bigot nous le disait, l'écrasante majorité des Français part encore en vacances en voiture. Vous, vous préférez le train, Julien Labaronne ?

3:29
Invité

Ah oui, oui, oui. C'est un mode de voyage presque alternatif, effectivement, parce que c'est une petite part des départs. Donc, après, il y a un effet entonnoir. C'est vrai que tout le monde ne trouve pas de billets, des destinations qui sont très prisées. Mais il y a aussi une autre façon de voyager, peut-être en dehors des sentiers battus, pas forcément avec un TGV, qui est possible et qui est très plaisante, que j'ai expérimenté et dont je parle dans mon livre.

3:55
Présentateur

Cet été est assez exceptionnel, d'ailleurs, sur les rails. Pour la SNCF, Juliette Labaronne, 22 millions de billets vendus pour juillet-août. C'est une hausse quand même de 10% par rapport à 2019. Avant le Covid, donc 18 millions de TGV, 4 millions de billets TER. De quoi est-ce le signe, Juliette Labaronne ?

4:17
Invité

Je pense que déjà, on peut s'en réjouir. Bon, il y a sûrement plusieurs facteurs. Bien sûr, il y a eu une forte hausse du prix du carburant. Donc, les Français ont dû faire leurs calculs. Après, c'est vrai aussi qu'il y a quand même l'idée d'éviter d'émettre du carbone pour ses loisirs fait son chemin. On parle beaucoup des jeunes. Mais moi, je crois que toutes les générations se font cette réflexion. Quand on est sensibilisé, on peut commencer à regarder. Est-ce que le train peut m'amener là où je pars en vacances ? Je pense aussi qu'il y a un énorme confort à voyager en train parce que ce n'est pas du temps. Si vous voulez, c'est du voyage dans le voyage. C'est un sens de décompression.

Quand on part, quand on revient, c'est aussi un moment où on peut contempler, où on peut se reposer, où on peut lire, où on peut tout simplement, quand on a beaucoup travaillé, par exemple, les semaines, toute l'année, on peut se retrouver avec ses enfants. Quand on voyage avec des enfants en bas âge, ils peuvent se déplacer. On peut aller faire un petit tour. C'est quand même quelque chose, je pense, qui a été pas mal dit les dernières années. On retrouve vraiment le plaisir de prendre le train pour voyager.

5:27
Présentateur

Et puis, il y a une notion de coût. Vous l'évoquiez rapidement au début de votre propos. Évidemment, essentiel dans le choix du mode de transport pour les vacances, Aurélien Bigot.

5:35
Invité

Oui, en effet, il y a beaucoup de critères. Et le coût, c'est un critère qui est assez majeur. Les temps de transport aussi pour choisir le mode de transport. Et ce qui va beaucoup déterminer, en fait, les comportements de voyage, c'est quelle va être la destination qui est choisie. Et plus la destination est lointaine et globalement, plus les émissions de carbone vont être élevées. Par exemple, si on veut changer de continent, bien souvent, l'avion est un peu la seule possibilité qu'il y a. Et du coup, ça devient à la fois un trajet qui est long et qui est fortement émetteur par kilomètre parcouru. Donc, on va avoir un déplacement qui est carboné.

Donc, ce qu'il faut, c'est à la fois réussir à changer de manière globale la manière de voyager. Quelles sont les destinations qu'on choisit ? Est-ce qu'on prend le temps de voyager ? Est-ce qu'on voyage de manière lointaine, de manière plus ou moins fréquente, etc. Et puis après, au-delà de la destination, de voir quel est le mode de transport qu'on utilise. Là, le coût, c'est quelque chose d'important. Donc, ça veut dire qu'il faut aussi investir davantage dans les modes de transport les moins carbonés. C'est en particulier le train. Ça peut être aussi les autres modes de transport collectifs, comme le car, comme aussi développer davantage le covoiturage sur la longue distance.

Et puis après, c'est de manière générale d'autres manières de voyager. Donc, ça veut dire aussi, par exemple, on voit que le cyclotourisme se développe aussi. Donc, des pratiques beaucoup plus sobres en termes d'émissions, en termes d'impact environnemental. Et puis après, il y a des leviers de sobriété, réussir à voyager différemment. Et puis après, il faudra aussi développer des leviers plus technologiques. Donc, changer de technologie à l'avenir pour réussir à se séparer du pétrole. Mais ce qu'on voit, c'est que ce ne sera pas suffisant. En tout cas, les leviers technologiques, ils sont aussi plus coûteux.

Donc, ça veut dire que si on veut continuer à voyager sans émissions de carbone ou des émissions vraiment beaucoup plus limitées qu'aujourd'hui, tout en ayant un coût qui soit relativement supportable pour les usagers, ça veut dire qu'il faut agir sur ces leviers de sobriété, sur ces changements de manière de voyager.

7:35
Présentateur

Et sur cette notion de coût, Juliette Labaronne, avec le prix de l'essence à plus de 2 euros le litre en ce moment, est-ce que ça ne favorise pas le changement de mode de transport vers le train, vers le covoiturage qu'évoquait à l'instant Aurélien Bigot, vers le car pour se déplacer, pour partir en vacances ?

7:56
Invité

Ah bien entendu, je pense que c'est naturel. Enfin, à un moment, on peut faire des vœux pieux pour la planète. S'il y a une solution qui coûte le double ou le triple, on peut très bien ne pas tout simplement avoir les moyens de s'offrir ce transport propre, mais trop coûteux. C'est vrai qu'on pense souvent TGV, tarifs extrêmement élevés. Oui, on pointe ça, c'est vrai. Quand on veut partir comme un jour comme aujourd'hui, un jour de très grand départ, et qu'on veut aller, je ne sais pas, par exemple, de la capitale à la Côte d'Azur, bien sûr, les prix vont exploser, ça c'est certain. Moi, je pense qu'il faut, comme disent les Anglais, penser en dehors de la boîte parfois.

Essayer de se décaler parfois, peut-être même d'un ou deux jours, simplement partir le lundi. Et puis aussi, peut-être, aller sur des destinations qui vont être moins prisées. Et là, on va pouvoir aller chercher des tarifs qui vont être intéressants. Il y a plein aussi de façons de faire baisser le prix du billet de train. Très peu de gens connaissent aujourd'hui qu'ils ont un droit, le droit à un billet congé payé. C'est un bon héritage des années et des premières années des congés payés, du Front populaire. Mais on a toujours ce droit, il faut l'actionner. Il y a plein de petites façons de faire baisser la facture.

Qui permet d'utiliser un alertour en train dans l'année, payé par l'entreprise.

9:13
Présentateur

Absolument. Payé, enfin voilà, avec une grosse réduction en tout cas. Voilà, c'est ça. Aider financièrement au moins par son entreprise. Ce que je voulais dire aussi, Juliette Labaronne, c'est qu'avec, finalement, on peut peut-être trouver des billets, des tarifs plus attractifs, même avec le train en ce moment, si on le compare à la hausse des prix des carburants.

9:32
Invité

Absolument. C'est ce que je disais dans ma réponse précédente. Effectivement, vous parliez d'une hausse du nombre de billets vendus cet été. Moi, je pense qu'elle est forcément un petit peu corrélée au prix du carburant actuellement, qui s'envole malgré les aides d'État. Donc, il faut bien comparer, il faut penser au train, c'est-à-dire que c'est aussi des habitudes de voyage. Aurélien Bigot parlait du fait que la voiture, voilà, c'était effectivement l'automatisme. Alors après, quand vous habitez en zone rurale et qu'il n'y a pas de gare, vous n'avez pas notre choix. Mais une majorité de Français habitent aujourd'hui dans les centres urbains, quand même.

Donc, une majorité de Français pourraient accéder à une gare assez facilement pour partir en vacances. Parfois, on n'y pense tout simplement pas.

10:17
Présentateur

Est-ce que ça, ce n'est pas une question de génération, Juliette Labaronne ? Vous l'avez un peu dit tout à l'heure, vous y croyez moyennement. Mais quand même, les jeunes préfèrent plus les transports collectifs, ont plus le réflexe de prendre le train, d'aller chercher un covoiturage que les autres.

10:33
Invité

Très certainement. C'est vrai qu'il y a une génération voiture. Les Trente Glorieuses, la voiture, c'était un symbole de liberté. C'était un symbole d'indépendance. Ça le reste. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, cette image est quand même fortement ternie. Parce qu'on le connaît, malheureusement, les conséquences dramatiques que les transports carbonés ont sur le réchauffement climatique, sur les dérèglements en tout genre. Je pense qu'on en a des illustrations. Il suffit d'entendre n'importe quel journal pour savoir ce qui se passe. Donc, effectivement, c'est terni. Les jeunes reviennent massivement vers du transport collectif.

C'est vrai aussi que quand on est jeune, on apprécie aussi la collectivité, le fait de les rencontrer plus facilement. Mais franchement, Aurélien Bigot parlait du cyclotourisme. Le train est vraiment l'ami du cyclotourisme et de la randonnée à pied. Parce qu'il permet de ne pas avoir à faire une boucle pour aller rechercher un véhicule et de pouvoir, comme ça, s'organiser des tripes qui n'ont pas à revenir sur eux-mêmes. Et il y a beaucoup de pratiquants de cyclotourisme et de randonnée qui ne sont pas forcément des jeunes, mais qui peuvent être même des gens à la retraite. Donc, moi, je refuse de dire les jeunes bougent et puis les vieux prennent leur voiture et s'en fichent.

Il y en a sûrement pour qui c'est le cas. Mais il y a également des jeunes qui n'en ont rien à faire et qui ne prennent pas du tout ces réflexes-là. Donc, je pense que c'est avant tout une question de sensibilisation.

11:56
Présentateur

Et vous, sensibilisez depuis longtemps sur le train, sur le train de nuit notamment, pour prendre le temps de voyager. Pendant longtemps, le TGV low cost aérien, on en parlait, on a rendu un peu ce train de nuit obsolète. On est en train de revenir là-dessus, Juliette Labaronne.

12:11
Invité

Alors absolument, c'est vrai que le train de nuit a connu son apogée en 1981. Donc, il y avait une trentaine de lignes à l'époque, 550 gardes et services, ça fait rêver. Sans même parler des systèmes auto-train, vous pouviez avoir votre véhicule pour l'avoir sur place. Des choses très pratiques qui n'existent plus. Mais c'est vrai que ça correspond avec la naissance du TGV, qui a quand même fortement concurrencé les trains de nuit. Et puis après, des low cost dans les années 2000. Aujourd'hui, tant bien que mal, on essaye de récupérer un petit peu des services de trains de nuit qu'on avait à l'époque, sous la pression des usagers.

Et il faut le dire très clairement, sous la pression européenne des usagers, puisqu'il y a même des associations qui se sont créées, je pense à mes amis, oui, au train de nuit, qui font partie d'un collectif européen, puisqu'on est le continent le plus ferré au monde. On peut facilement, on est équipé, les rails sont là, il faut mettre les trains dessus.

13:08
Présentateur

Et là, les politiques changent, reviennent un peu sur ce qui a été délaissé pendant de nombreuses années.

13:14
Invité

Oui, des annonces sont faites. Aujourd'hui, à l'heure où on se parle, il y a quatre lignes qui sont en activité. Le Paris-Nice, le Paris-Briançon, le Paris-Rodez, via Toulouse, et le Paris-Lourdes. Alors, vous avez Paris, Paris, Paris, quatre fois. C'est vrai que dans le temps, vous pouviez aller de Brest à Strasbourg. Aussi, à l'heure où les gens déménagent, on a parlé de la pandémie, l'Île-de-France qui perd des habitants, etc. Il faut aussi peut-être penser de façon plus globale sur le territoire. Des bonnes annonces sont faites, c'est très lent. On n'a pas pensé à racheter des nouveaux véhicules pour transporter des gens en mode couchette.

Les voitures sont extrêmement anciennes, elles ont une quarantaine d'années. Tous les pays d'Europe et toutes les compagnies cherchent à acheter ce matériel aujourd'hui qui est en pénurie totale. Et quand vous cherchez à créer de nouveaux matériels roulants, comme on dit dans le jargon, des trains en fait, ça prend énormément de temps pour les fabricants, de les sortir, de les faire. Donc, si vous voulez, il y a une inertie énorme de plusieurs années. Ce n'est pas très agile et c'est vrai que l'urgence climatique, malheureusement, nécessiterait que ça aille beaucoup plus vite.

14:24
Présentateur

Comment est-ce qu'on peut faire évoluer nos modes de déplacement pour répondre à cette urgence climatique ? C'est une question que je voulais soumettre aussi à Aurélien Bigot.

14:35
Invité

Oui, en tout cas, il y a différents moyens. À la fois, comme je le disais tout à l'heure, il y a de revoir quelles sont les destinations, les fréquences. Donc, travailler sur les distances, parce qu'on a vu historiquement, en tout cas, qu'on a fortement augmenté les distances de déplacement.

14:50
Présentateur

Ça veut dire qu'il faut qu'on arrête de voyager à l'étranger ? Ça veut dire qu'il faut qu'on arrête de voyager à l'étranger ? Ça veut dire qu'il faut qu'on revienne à un tourisme français proche de chez nous ?

15:00
Invité

Alors, ça peut être en partie cela. Après, ça ne veut pas dire y renoncer complètement, mais ça peut être, par exemple, moins loin ou moins fréquemment. Et notamment, parmi les trajets les plus émetteurs, ce sont notamment ceux en avion, ceux de plus longue distance. Ça, à l'avenir, il va falloir diminuer ce type de voyage-là si on veut réussir à diminuer fortement nos émissions, notamment à court terme, moyen terme. On sait que pour l'aérien, notamment, il y a assez peu d'alternatives technologiques qui permettent de réduire fortement les émissions dans les toutes prochaines années. Donc, ça veut dire redévelopper aussi les autres modes de transport, comme par exemple le train de nuit.

Ça a été cité et je pense que le train de nuit, c'est aussi une opportunité intéressante pour développer des nouveaux trajets qui ne sont pas forcément des trajets reliés à Paris. On a eu un réseau ferroviaire qui s'est beaucoup développé depuis Paris vers les autres villes. Et ça, ça a été le cas dans les différentes phases de développement du ferroviaire, que ce soit sur le réseau classique, le réseau TGV. Les trains de nuit, par exemple, peuvent beaucoup plus facilement relier d'autres villes entre elles sans forcément passer par Paris.

Et ça, c'est une opportunité aujourd'hui qu'on n'a pas encore vraiment saisie dans le redéveloppement des trains de nuit et qui me paraît être importante à l'avenir. Donc, c'est développer aussi d'autres modes de transport que l'avion, que la voiture. Et puis, c'est réussir à faire en sorte que, même pour ces trajets-là, même pour les trajets en voiture, ils soient moins impactants. Donc, je citais tout à l'heure le covoiturage. Il y a le 110 km heure aussi, qui est une manière sur les trajets sur autoroute de consommer moins d'énergie, d'émettre moins de CO2. Donc, c'est 15 à 20 % de moins de consommation.

Donc, c'est à la fois un gain en termes de budget, un gain en termes d'émissions de CO2. Et puis, ça va être aussi à l'avenir. On le sait, de plus en plus, les voitures vont devenir électriques. Donc, ça veut dire que ça fait changer aussi la manière de voyager. Parce qu'on pourrait se dire, du coup, pour avoir des trajets à longue distance qui se font facilement en électrique, on se tourne vers des voitures électriques avec des très grosses batteries, des très fortes autonomies. Mais ça, ça va être beaucoup plus coûteux et beaucoup plus impactant en termes environnementaux.

Donc, ça veut dire, si on a des voitures plus légères, plus petites, bien adaptées pour les trajets du quotidien, ça demande aussi, sur les trajets de plus longue distance, de revoir aussi nos déplacements. Donc, avec d'autres modes de transport, en faisant de l'autopartage aussi pour éventuellement louer d'autres véhicules sur les longues distances.

17:27
Présentateur

J'entends ce que vous dites, Aurélien Bigot. La technologie ne peut pas tout. Il faut aussi revoir nos modes de transport. Pensez là aussi, sobriété. C'est une opportunité pour mieux vivre le voyage. C'est ce que vous vouliez nous faire partager, Juliette Labaronne, un expert en mobilité et en tourisme durable. Je rappelle que vous avez écrit le livre avec plein d'idées d'escapades ferroviaires, Slow Train, qui est publié chez Artho. Merci à vous d'avoir été notre invité ce matin. Merci également à vous, Aurélien Bigot, chercheur sur la transition énergétique des transports pour cette discussion.