Menace de motion de censure, altercation à l'Assemblée nationale... Le “8h30 franceinfo” de Roland Lescure
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Bonjour Roland Lescure, les députés doivent voter cet après-midi le budget de la sécurité sociale pour l'année prochaine, est-ce que Michel Barnier va dégainer le 49-3 ?
Ça c'est sa prérogative, donc vraiment là-dessus je ne m'engage pas pour lui, on verra, on sait que le vote de ce budget est risqué, enfin en tout cas de ce budget de la sécurité sociale est risqué, et que ça fait partie des outils qu'il peut utiliser en tout cas.
Mais il y a du suspense ou pas ?
Écoutez, on verra, c'est vraiment son choix.
Le truc c'est qu'à votre poste de vice-président de l'Assemblée et soutien du gouvernement, proche du président de la République, vous avez le même niveau d'information que nous journalistes ?
Écoutez, on voit bien qu'on est vraiment dans la dernière ligne droite de ce budget de la sécurité sociale. Il y a encore visiblement des prises de parole ici ou là qui laissent à penser que les groupes n'ont pas tout à fait décidé encore de leur position. Donc ce n'est pas à moi de vous annoncer ce que le Premier ministre va décider de faire, il a peut-être décidé d'ailleurs, mais c'est à lui de le faire, c'est sa prérogative. Il a dit probablement, assurément, c'est qu'il est décidé. Probablement, assurément, voilà.
Ce serait un échec, un 49-3 ?
Non. En fait, de mon point de vue, c'était sans doute inscrit dès le départ du fait de l'équation politique de ce gouvernement qui n'est pas facile. Vous vous souvenez, j'avais souhaité ne pas participer à ce gouvernement parce que je considérais que le risque, c'était que l'équation politique donne beaucoup de pouvoir à Marine Le Pen. Force est de constater qu'aujourd'hui, c'est le cas. Moi, j'ai l'impression que Marine Le Pen, aujourd'hui, elle est comme un empereur romain, vous savez, qui va décider à la dernière minute s'il décide ou pas d'épargner le gladiateur ou de l'exécuter. Moi, je pense que Marine Le Pen n'est pas Jules César.
C'est plutôt, je dirais, un Machiavel aux petits pieds qui, au fond, joue avec la signature de la France sur les marchés financiers. Elle joue avec l'argent des Françaises et des Français. Elle joue à la roulette, aujourd'hui. Elle va décider au dernier moment, en fonction de ce que va à quoi lui dire la vindicte populaire.
Non, elle dit qu'elle vote la censure. Et d'ailleurs, Jordan Mardel a dit ce matin, chez nos confrères d'RTL, ils voteront la censure, sauf miracle de dernière minute. Ils sont toujours prêts à entendre des concessions de la part du gouvernement. Ils parlent d'un budget de punition.
On l'a déjà vu, ce film, sur la loi immigration, il y a un an. Moi, j'ai présenté une loi à l'Assemblée où ils avaient dit qu'ils voteraient pour et qu'à 17h, ils ont changé, ils ont voté contre parce qu'ils n'avaient pas une réponse à une question au gouvernement. Non, elle décidera, suivant son intérêt personnel et à la dernière minute. Je note que depuis qu'un jour, on ne parle plus beaucoup de ces ennuis judiciaires. Je pense que ça doit l'arranger un peu. Et la réalité, aujourd'hui, c'est que quand vous listez les fameuses lignes rouges qu'elles souhaitent mettre dans l'atmosphère, c'est des milliards d'euros de déficit en plus.
Et donc, ça met en danger la signature de la France, je le répète, mais aussi le revenu des Françaises et Français.
Mais ça veut dire que ça n'a pas de sens, aujourd'hui, de parler avec le Rassemblement national ?
Non, ce n'est pas le sujet. On a aujourd'hui un gouvernement minoritaire. Et donc, il doit écouter toutes les forces représentées au Parlement et prendre des décisions en conséquence de cause.
Mais est-ce qu'il faut tendre la main au Rassemblement national, comme le propose Gérald Darmanin ?
Ce qui me gêne dans l'équation politique, c'est ce que j'ai dit depuis, en fait, six mois, et singulièrement depuis trois mois, depuis que ce gouvernement a été nommé, c'est qu'aujourd'hui, parce que la gauche, il faut le reconnaître, ne souhaite pas collaborer avec un gouvernement de centre et de centre droit.
Est-ce que c'est la gauche qui ne veut pas ? Ou alors c'est Emmanuel Macron, par son choix de Premier ministre, a décidé que non, l'alliance ne se fera pas par la gauche, mais ce sera plutôt sous la condition du Rassemblement national ?
En tout cas, là-dessus, je veux être très clair, c'est que, quelle que soit l'issue du vote de cette semaine et de celui qui suivra sur le budget, il va sans doute falloir changer l'équation politique. C'est-à-dire qu'il faut qu'on puisse parler avec la gauche raisonnable pour constituer une autre équation politique, et il faut que la gauche raisonnable soit prête à le faire. Pour l'instant, je n'ai pas entendu ça.
C'est qui la gauche raisonnable ?
C'est le Parti Socialiste, c'est une partie des écologistes, c'est même une partie des communistes. C'est des gens qui, aujourd'hui, s'érigent comme des partis de gouvernement, et qui, je pense, doivent faire partie, au moins à court terme, parce qu'il faut gouverner la France. Aujourd'hui, j'entends, ici ou là, des gens qui se projettent sur 2027. J'allais dire, c'est leur droit, que des gens, deux ans en avant, commencent à se projeter sur 2027, ils en ont tout à fait le droit. Si vous les écoutez bien, ils ne se projettent pas vers 2027, ils se projettent vers 2025,
parce qu'ils parlent déjà de la démission d'Emmanuel Macron. Louis Allieu, encore ce matin, sur France Info.
Ça, c'est irresponsable. Je vois bien les deux, Dupont et Dupont, qui ont intérêt au chaos, pour se mettre dans l'atmosphère et essayer de précipiter une élection présidentielle anticipée. Mais c'est totalement irresponsable. Non, j'entends des gens responsables qui se projettent sur 2027. C'est leur droit. Que des gens veuillent présider et qu'ils s'y préparent deux ans à l'avance, c'est très bien. Mais en attendant, il faut gouverner la France. Et je pense que la seule manière de gouverner la France, c'est de se concentrer sur l'essentiel, voter un budget, quelques lois intéressantes sur la santé et l'école, et le faire avec des gens responsables et raisonnables.
Sinon, on se retrouve dans une équation politique où c'est Marine Le Pen qui tient le pouce, ou à l'inverse, c'est Jean-Luc Mélenchon. Et ça, je ne le veux pas.
Pardon, mais on a cette discussion-là aujourd'hui, alors qu'en fait, le problème se pose dès le premier jour, vous l'avez dit, dès la nomination de Michel Barnier. En attendant, le Premier ministre a fait des concessions pour plaire au RN. La taxe sur l'électricité, par exemple, n'augmentera pas au-delà de son niveau d'avant-crise. Un manque à gagner donc de 3 milliards d'euros. C'est une victoire pour le Rassemblement National.
Écoutez, c'est une mesure que nous-mêmes, on avait proposée. Et puis, quand on a regardé l'ensemble du budget, on s'est dit, on va se concentrer sur les éléments de charge, et pour le reste, on va vivre avec. Il y a un moment où il faut un budget pour la France. Et ce que montre le Premier ministre aujourd'hui, c'est qu'il est prêt, effectivement, à faire des concessions pour qu'on ait un budget pour la France. Il faut que les groupes représentés à l'Assemblée soient aussi responsables que le gouvernement. Parce que l'alternative, je ne vais pas vous dire que c'est le chaos, mais l'alternative, c'est un risque très important de crise financière.
Moi, j'ai travaillé 25 ans sur les marchés financiers. Je sais bien ce qui se passe. Tout va bien jusqu'à ce que ça aille mal. C'est-à-dire que si les investisseurs qui, aujourd'hui, détiennent la dette française, d'un seul coup, perdent confiance, on aura une crise financière. Je ne suis pas en train de vous la prévoir. Mais je suis en train de vous dire que ce risque-là, il existe. Et que face à ce risque, on a juste besoin d'être responsable. Moi, ce budget, il ne me fait pas rêver. Moi, il y a des choses dans ce budget avec lesquelles je n'étais pas d'accord. Mais évidemment que je vais le voter parce qu'il est essentiel qu'on en met un.
Et on devrait tous, aujourd'hui, face à ce risque, être responsable. Et je note, je vois, que d'un côté comme de l'autre, il y a des gens qui ne sont pas prêts à assumer cette responsabilité.
Mais parce que vous entendez ce que dit Marine Le Pen. Moi, je me bats pour le pouvoir d'achat des Français. Donc, elle a eu, effectivement, gain de cause sur la taxe sur l'électricité. C'était là-dessus, sur les retraites aussi. Ça, c'est Laurent Wauquiez, l'ELR, qui dit moi, je me suis battu et donc j'ai eu gain de cause. Vous, les macronistes, où est-ce que vous avez eu gain de cause pour les Français ? À quel moment vous vous êtes battu pour les Français ?
Je ne veux pas rentrer dans la balance de reverbal de ce qu'on a gagné, de ce qu'on a perdu. Mais sur les allègements de charges, il était prévu 4 milliards en moins. On a, finalement, 1,6 milliard. Pour les entreprises. Mais les entreprises, ce n'est pas des objets diaboliques qui traînent dans la nature. Les entreprises, c'est des gens qui emploient des millions de salariés. Derrière les entreprises et derrière le coût du travail, surtout, il y a l'emploi. Si vous augmentez le coût du travail en France, évidemment que c'est l'emploi qui va en pâtir. C'est l'emploi des Français et des Français. Vous savez quoi ? L'immobilier, aujourd'hui, ça ne va pas très bien.
Qu'est-ce qui va se passer si les taux d'intérêt augmentent ? Ce qui arrivera inéluctablement si le budget n'est pas voté et si on se retrouve avec une censure qui, elle, l'est. Est-ce que l'immobilier a besoin de taux d'intérêt qui montent ? Est-ce que les Françaises et les Français ont besoin d'un chômage qui monte ? Est-ce qu'on a besoin, aujourd'hui, d'impôts qui, mécaniquement, augmenteront si on ne vote pas le budget par l'indexation sur l'inflation ? Donc, on a un budget qui a ses défauts et qui a la mérite d'exister que, de mon point de vue, il faut voter.
Et on a une alternative qui est très incertaine et qui ne sera pas meilleure pour le pouvoir d'achat des Français et des Français. Marine Le Pen, elle ne défend pas le pouvoir d'achat des Français et des Français. Elle défend son propre intérêt. J'en suis convaincu. Et ça fait 15 jours qu'elle nous le montre tous les jours.
L'objectif des 40 milliards d'euros d'économie annoncés au départ, il est aux oubliettes ?
Non, je pense qu'on sera évidemment, sans doute, un peu en deçà du côté des économies, un peu en deçà du côté des impôts. On verra où sera la copie finale. J'imagine que le gouvernement, je dirais, quand il est en train en mêlée, comme on dit au rugby, il avait ça en tête. Il doutait bien qu'il devrait reculer un peu. Et donc, on arrivera, j'espère, à un budget qui fait qu'on réduira le déficit public par rapport à l'année 2024 et surtout, qu'on pourra payer les fonctionnaires, qu'on pourra assurer la pérennité du système de sécurité sociale, des retraites. On ne fait pas ça.
Si on redresse les finances publiques, ce n'est pas pour faire souffrir les gens, ce n'est pas parce qu'on en a besoin. Aujourd'hui, on dépense plus qu'on gagne, il faut progressivement, bon, ça fait 35 ans que ça dure entre nous, il faut progressivement qu'on réduise ce déficit pour assurer la pérennité
de la dette publique. Je reviens sur les conséquences d'une éventuelle censure. Michel Barnier affirme, par exemple, que l'impôt sur le revenu des Français qui travaille et sur celui des retraités augmenterait de plus de 3 milliards d'euros dans son interview au Figaro. Pourquoi est-ce qu'il dit ça ?
À quel moment ? Alors, d'abord, c'est un peu technique, mais ce qui se passe, c'est que si vous ne votez pas l'indexation des impôts sur l'inflation, les taux d'impôt restent là où ils sont. Et donc, vous aviez des gens qui n'étaient pas imposables qui se retrouvent imposables du jour au lendemain. Et par ailleurs, la fameuse indexation ou désindexation des retraites, ça aussi, c'est voter. Et donc, si vous ne votez pas le budget ou si vous ne votez pas le budget de la Sécurité sociale, vous avez une hausse des impôts de ceux qui travaillent et pas de hausse des retraites de ceux qui sont retraités.
Donc, c'est immédiatement une perte de pouvoir d'achat alors que Marine Le Pen nous répète jour et nuit qu'elle veut protéger le pouvoir d'achat des Français.
On comprenne bien ce qui peut se passer là dans les heures qui arrivent. Proposition de 49.3 par le Premier ministre, motion de censure dans la foulée, ça veut dire donc situation économique on ne sait pas trop comment ça va se passer. Ce ne sera pas le chaos. C'est ce que dit aussi le premier président de la Cour des comptes Pierre Moscovici contrairement à ce que dit Michel Barnier, le Premier ministre. Politiquement, la situation, elle va s'enliser dans la crise politique. Justement, la crise politique, comment on en sort ?
Moi, ça fait six mois que je le dis et que je le répète. On ne sort de cette situation que si on arrive à constituer une coalition, des Républicains nés de bord. Il faut, et il y en a, des gens de centre droit qui sont raisonnables et qui souhaitent gouverner la France. Il y a aussi des gens à gauche qui souhaitent le faire. Il faut arriver à rassembler tout le monde avec évidemment des gens issus de notre majorité. Et je ne suis pas en train de vous dire que le gouvernement...
Et pourquoi ce n'était pas possible il y a 3-4 mois, ce sera possible là ?
Parce que d'abord, on a montré qu'une autre solution ne fonctionnerait pas au cas où. Ce n'est pas fait. Le gouvernement tomberait. Je le répète, moi je ne souhaite pas qu'il tombe. Je souhaite que le budget soit voté. Vous l'avez dit, motion de censure. décideront de voter la motion des autres ou des uns. Si on en arrive là, il faudra échanger d'équations politiques et j'espère que tout le monde sera responsable. Tout le monde. Nous les premiers, parce qu'on doit faire des concessions.
Vous accepteriez un premier ministre de gauche ?
Mais d'abord, ce n'est pas une histoire de personne aujourd'hui. C'est une histoire de constituer une coalition. Mais oui, pourquoi pas ? S'il est capable ou si elle est capable de rassembler des gens raisonnables du centre droit, du centre et de gauche, pourquoi pas ? Le sujet, ce n'est pas aujourd'hui la personne. C'est la capacité de cette personne, en fait, de ces personnes. Moi, je pense qu'il faut rassembler des gens raisonnables autour d'une équipe qui sera capable de gouverner la France. Pas de la présider. Tout ça, c'est 2027. Et je le répète, il y a des gens très bien qui aujourd'hui s'y intéressent et c'est normal.
Mais à l'Assemblée nationale, il faut qu'on arrive à baisser la tension, on y reviendra sans doute, et gouverner la France, voter un budget.
C'est un gouvernement technique, en fait ?
Non, pour moi, on a besoin, enfin, je ne suis pas moi qui décide, mais je pense qu'on a besoin de responsables politiques qui sont capables de naviguer à l'Assemblée. Je peux vous dire que ce n'est pas facile ces temps-ci de naviguer à l'Assemblée. Donc, il vaut mieux des gens qui savent tenir la barre.
Roland Lescure, vice-président de l'Assemblée nationale, est avec nous jusqu'à 9h sur France Info. On laisse passer le fil info. Il est 8h45, Maureen Suignard. Le bilan reste provisoire, prévient la préfecture des Pyrénées-Orientales ce matin. Hier, en fin de journée, un quart s'est encastré sur la paroi d'une falaise à Puy-Maurins. Au moins deux morts et dix blessés graves. Les passagers sont principalement espagnols et colombiens. Le Rassemblement national votera la censure, sauf miracle, assure ce matin le patron du RN, Jordan Bardella. Il estime que le gouvernement a jusqu'à 15h pour revoir encore sa copie. Le budget de la sécurité sociale est présenté à ce moment-là à l'Assemblée.
Michel Barnier peut utiliser le 49.3 pour l'adopter sans vote, au risque de se voir censuré. 650 millions d'euros, le montant d'une nouvelle aide militaire de l'Allemagne à l'Ukraine. Le chancelier allemand Olaf Scholz l'annonce lors d'une visite surprise ce matin. Il n'était pas venu sur place depuis plus de deux ans, quelques mois après le début de l'invasion russe. Cinq anciens rugbymen grenoblois jugé aux assises de Bordeaux. A partir de cet après-midi, une affaire de viol en réunion en 2017. Une étudiante de 20 ans a accusé les sportifs. Ils se sont rencontrés lors d'une soirée dans un bar après un match à Bordeaux.
France Info. Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Bracchia.
Et le vice-président de l'Assemblée nationale, Roland Lescure, député macroniste des Français d'Amérique du Nord, ancien ministre de l'Industrie. Et c'est important de parler aussi de la situation économique, le contexte de cette crise politique aussi. Ce sont les difficultés, notamment de l'industrie automobile. Un mot sur l'éviction de Carlos Tavares chez Stellantis qui est survenu beaucoup plus tôt que prévu. On l'a appris hier soir. Est-ce que les salariés des usines Peugeot et Citroën qui font partie de ce groupe Stellantis ont des raisons ce matin d'être inquiets ?
Écoutez, l'industrie automobile fait face à un défi majeur. Donc, on a évidemment des inquiétudes. Et le rôle, à la fois des pouvoirs publics et des industriels, c'est d'accompagner les salariés. Cela dit, la raison pour laquelle Carlos Tavares s'est évincé, c'est que le groupe n'allait pas très bien. C'est quelqu'un qui a fait un travail fantastique pour rassembler trois grands constructeurs. On fait le premier constructeur mondial, etc. Mais depuis un an ou deux, on dirait qu'il a perdu la main. Et ça, c'est peut-être une leçon d'ailleurs. Parce qu'il était extrêmement fort, mais aussi peut-être un peu seul là-haut. Donc, non, je pense que l'objectif, il est plutôt...
Ça peut être une leçon
pour tout le monde du coup ? Même le président de la République ?
Non, mais là, je parle d'un industriel avec un conseil d'administration qui était sans doute un peu, je dirais, peut-être pas très bien traité par le PDG omnipotent. Donc, voilà. Moi, je pense qu'il y a des changements à faire chez Stellantis. Et évidemment, je souhaite qu'il soit profitable aux salariés de l'entreprise de manière à ce que les usines continuent à se développer.
Et comme ancien ministre, justement, est-ce que c'est plus facile de convaincre un patron français, puisqu'il a la nationalité française, Carlos Tavares, de ne pas fermer des usines en France ? Parce que si son... Je peux vous dire que les discussions qu'on a eues avec lui
n'étaient pas faciles. Et je peux vous dire aussi que Lucas Dimeo, qui n'est pas français... Le patron de Renault. Le patron de Renault était de ce point de vue-là, et il est toujours, plutôt plus responsable. Donc non, je pense que la capacité des responsables d'entreprise à comprendre qu'ils ont une responsabilité réelle vis-à-vis du territoire dans lequel les usines sont, ce n'est pas un monopole des Françaises et des Français. J'ai vu des Américains très heureux d'investir en France, et j'espère que ça va continuer malgré les incertitudes qu'on a aujourd'hui.
La question de la responsabilité toujours, alors que près de 2400 emplois sont menacés chez Auchan, la famille Mullier, actionnaire, va toucher 1 milliard d'euros de dividendes en 2024. Vous comprenez que cela suscite l'indignation chez les salariés ?
Écoutez, je comprends que ça suscite des questions, mais il ne faut pas oublier que le secteur de la distribution fait face à des défis majeurs. Je pense qu'ils ont dû sortir de Russie, qui était quand même une grosse activité. Ils ont aujourd'hui l'intégration d'un certain nombre de supermarchés, de casinos, sur lesquels ils étaient acquéreurs.
Oui, on a aujourd'hui, j'imagine qu'ils paieront des impôts tout aussi conséquents là-dessus, un défi majeur qui est de s'assurer quand on est patron d'entreprise, qu'on est à la fois responsable, moi je trouve normal que des patrons qui gèrent bien leurs entreprises soient bien rémunérés, qu'on paye des impôts, mais qu'on soit aussi responsable dans le développement de l'entreprise.
Aujourd'hui, je dois reconnaître que le groupe Muliez est plutôt, et c'est sans doute d'ailleurs parce que c'est une entreprise familiale, même si c'est une entreprise familiale qui gagne bien sa vie, dans la gestion de long terme, essaye d'éviter les licenciements et quand ça arrive, accompagne de manière responsable et salariée. Et ça, c'est essentiel, essentiel qu'on puisse le faire.
Mais quand la CFDT demande une commission d'enquête afin de pouvoir réellement comprendre à quoi l'argent public a été utilisé dans un certain nombre de cas, notamment celui d'Auchan, est-ce que vous êtes pour ?
Écoutez, je pense que le rôle du Parlement, en tout cas, c'est de bien comprendre. Donc, si un certain nombre de groupes veulent interroger le groupe Auchan ou d'autres sur la manière dont l'argent public est utilisé, pas de problème. Maintenant, il ne faudrait pas donner l'impression que cet argent public, il part dans la nature.
Moi, j'ai eu beaucoup de débats à l'Assemblée nationale ces dernières années, il comprend en tant que ministre de l'Industrie, sur le fait que le crédit impôt recherche, par exemple, c'est un crédit d'impôt, mais qui permet d'avoir de la recherche et de l'innovation en France, y compris des groupes internationaux qui s'installent en France pour y placer leurs chercheurs. La compétitivité de l'industrie française, elle est essentielle. À un moment où les incertitudes sont énormes, attention, attention à ne pas charger nos entreprises qui sont littéralement aujourd'hui en guerre industrielle.
Quand on est en guerre industrielle avec la Chine, les Etats-Unis et d'autres, on ne charge pas les soldats.
Laurent Lescure, vous êtes l'un des vice-présidents de l'Assemblée nationale. Jeudi dernier, on a assisté à une vive altercation dans l'hémicycle. Votre collègue député Nicolas Turquois du Modem s'en est pris au LFI Antoine Léomont. Il a fallu l'intervention des huissiers pour calmer tout le monde. Nicolas Turquois regrette son geste et dit avoir pété un câble. Il va être sanctionné ?
Alors, c'est le bureau qui en décidera. Il sera auditionné par le bureau, j'imagine, dans les jours qui viennent. De la même manière que Thomas Porte qui a été sanctionné il y a une quinzaine de jours l'a été. Alors là, c'était des sanctions, et c'était des insultes et surtout des menaces physiques à notre député. C'est tout aussi grave. Moi, je considère évidemment que ces comportements sont totalement proscrits. Ils ne doivent pas avoir leur place dans l'hémicycle. Ça arrive quoi, cet incident ? Mais voilà, c'est-à-dire qu'au fond, on peut sanctionner les uns et les autres ou on peut se poser la question plus large qui est qu'il faut qu'on se calme.
L'Assemblée nationale, et je sais que la présidente de l'Assemblée nationale, Yann Proveille, est très sensible, doit être un lieu de débat, pas un lieu de combat. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut que tous les présidents de groupe, tous, se disent ça ne peut pas durer parce qu'au fond, qui en souffre ? Nous tous. On a des comportements individuels ici ou là mais qui au fond entachent l'image
On va juste rappeler effectivement deux secondes le contexte de ces tensions de jeudi dernier, le blocage parlementaire par votre camp, la coalition gouvernementale qui a déposé plus de 900 amendements pour empêcher un vote sur l'abrogation de la réforme des retraites. Est-ce que c'est comme ça qu'on favorise le débat à l'Assemblée nationale ?
Écoutez, la réforme des retraites, elle a été adoptée après 49.3, 20 000 amendements et 15 jours pleins de débats et on l'abrogerait en quelques heures. Donc on a voulu porter ce débat et oui effectivement en mettant en avant tous les défauts de cette abrogation et en challengeant
Les amendements n'étaient pas sur le fond. Non, pas tous mais les 19 000 non plus
je vous rassure, les 19 000, il y avait ce que j'appelais des amendements point virgule qui disaient tout et n'importe quoi. Et au fond, j'allais dire ça, c'est une arme parlementaire. C'est peut-être pas la plus efficace, c'est peut-être pas la plus utile mais ça fait partie des armes parlementaires. Je dis effectivement qu'on a pu faire en sorte qu'une réforme, je pense, importante, on parlait tout à l'heure de la soutenabilité des dépenses publiques pour la France ne soit pas abrogée du jour au lendemain dans le cadre du niche en quelques heures et qu'on puisse, j'espère qu'on l'a fait, je ne sais pas, éclairer le débat.
En tout cas, c'est sûr que la manière dont ça s'est terminé avec cette altercation, elle n'était pas au niveau et ça, il ne faut plus que ça arrive.
Vous le disiez, Roland Lescure, si on se met deux secondes à la place des Français qui vous écoutent, qui vous regardent et qui se disent peut-être qu'on a des politiques qui sont incapables de se mettre d'accord, qui sont incapables de faire des compromis, de se parler sans se taper dessus, de nous écouter, nous Français, quand on n'accepte toujours pas une réforme qui a été imposée, des Français qui regrettent que certains ne pensent qu'à 2027, vous l'avez dit aussi, à leur ambition personnelle, que d'autres prennent des décisions qui restent encore incompréhensibles comme une dissolution de l'Assemblée nationale sans prendre en compte les résultats de l'élection.
Quand vous prenez tout ça, vous prenez un peu de recul, est-ce que vous avez honte d'être vice-président de l'Assemblée nationale ? Est-ce que vous avez honte d'être politique aujourd'hui ?
Non, je pense qu'on a un énorme déficit d'images qu'il faut contrer. Je le répète, les ambitions personnelles pour 2027, elles sont parfaitement louables. Mais en attendant, il faut aussi qu'on gouverne pour 2025. Et ça, c'est le rôle du gouvernement, mais aussi de l'Assemblée nationale.
Mais je vous parle de l'image globale que les politiques reviennent en France aujourd'hui.
Mais moi, modestement, depuis 7 ans que j'ai rejoint cette aventure et depuis 6 mois que j'ai été élu vice-président de l'Assemblée nationale, à chaque fois que je prends une décision, à chaque fois que je suis au perchoir, à chaque fois que je suis au bureau de l'Assemblée nationale, quand je l'apprends, je me dis est-ce que ça va améliorer l'image de l'institution ou est-ce que ça va la dégrader ? Si ça la dégrade, je ne l'apprends pas. Et je pense que tout le monde doit en tirer des conséquences pour soi. Parce qu'on est comme sur le périph, on a l'impression que chacun ne contribue pas au bouchon, mais on se retrouve embouchonné. Non ! Il faut que tout le monde améliore sa conduite.
Chacun d'entre nous a une responsabilité. Des milliers d'électeurs français, on leur doit ça.
Vous voulez dire que les parlementaires, vous êtes vice-président de l'Assemblée nationale, n'ont pas pris la mesure de ce qui s'était passé en juillet dernier lors de cette élection
si particulière ? En fait, si. C'est-à-dire que quand vous vous parlez les uns les autres individuellement, chacun est conscient de l'enjeu. Puis il y a une espèce d'effet masse, d'effet foule lié à l'hémicycle, lié à la sonorité, lié à des provocations réelles qui sont faites par les uns et par les autres qui d'un seul coup, j'ai l'impression, nous amènent collectivement à commettre des erreurs. Et donc, j'allais dire comment on fait en sorte que la responsabilité individuelle, qu'on doit tout savoir, se traduise aussi par une responsabilité collective et ça, c'est le rôle impérieux des présidents de groupe.
D'ailleurs, vous disiez que mon collègue Nicolas Turquois a été arrêté par les huissiers. Marc Fénaud, son président de groupe, s'est interposé. Donc, il a joué ce rôle. Mais au-delà de ça, il faut que derrière, on digère ça, on se dise non mais il faut qu'on arrête là, calmons-nous, ça va dans le mur. Et effectivement, vous avez raison, l'essentiel, c'est qu'est-ce que les Françaises et les Français nous disent parce que vous avez dressé une liste de reproches qui font qu'au fond, on n'y prend plus rien si ce n'est qu'à l'Assemblée, ils sont tous mabouls. Ben non, non. C'est des gens très bien à l'Assemblée.
Donc, il faut qu'on montre collectivement qu'on est capable de se comporter comme des gens très bien que nous sommes.
Il y a l'Assemblée, Roland Lescure, mais il y a aussi le locataire de l'Élysée. On l'a dit, plusieurs personnalités politiques de tous bords en appel à la démission d'Emmanuel Macron pour sortir de la crise. Vous connaissez Emmanuel Macron depuis longtemps. Est-ce qu'il pourrait prendre le chemin de la démission ?
Non mais, qu'aujourd'hui, je le disais tout à l'heure, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen visent à instaurer le chaos en France, je le comprends bien. Il y a des gens
comme Jean-François Copé aussi, un maire LR de Beau.
Oui, mais Jean-François Copé, il n'est pas acteur. Il est spectateur. Et Charles de Courchon, excusez-moi, mais allez, Joker, parce que j'en aurais pour dix minutes. Mais quelqu'un qui a passé sa vie à être d'un conservatisme sans fin qui devient aujourd'hui le héros de la gauche radicale, je n'ai pas beaucoup envie de l'écouter. Mais aujourd'hui, on a besoin d'institutions qui fonctionnent. On a besoin d'institutions stables. Le garant des institutions, c'est le président de la République. On a besoin que les responsables politiques se mettent ensemble pour travailler ensemble, pour gouverner la France sur la voie de la raison.
Moi, je suis persuadé que c'est possible et en tout cas, je vais tout faire modéliser l'estoment pour y contribuer.
Dernière question aux députés des Français d'Amérique du Nord. Aux Etats-Unis, la nouvelle administration Trump prend forme. Charles Keschner devient ambassadeur des Etats-Unis en France sur des décisions de Donald Trump. C'est le père du gendre de Donald Trump qui est passé d'ailleurs par la case prison pendant un an pour malversation fiscale. Il a été gracié par le président Trump. On dit bienvenue à l'ambassadeur ?
Écoutez, ça fait des siècles que les postes d'ambassadeurs sont des postes politiques aux Etats-Unis. Donc, on n'est pas surpris que ce soit, et notamment à Paris d'ailleurs. Vous le connaissez ? Non. Il y a eu de très très grandes figures de la politique américaine qui ont été ambassadeurs à Paris. Bon, là, vous avez retracé de manière assez synthétique son CV, il faire un peu des CV habituels. On verra. Moi, je vais évidemment demander à le voir quand il sera arrivé à Paris et puis on verra si on peut ensemble traiter les enjeux des Français d'Amérique et surtout faire en sorte que la France et l'Amérique continuent à travailler ensemble.
Et vous viendrez sans doute nous en reparler. Merci beaucoup. Roland Lescure, vice-président de l'Assemblée nationale, député des Français d'Amérique du Nord. Vous étiez l'invité de France Info.
Roland Lescure