EN MARCHE VERS LE SOULÈVEMENT
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 80 %Défensif 10 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 10:00Fait
« Il y a eu l’immolation d’Anas Kournif. Enfin, on peut mettre un nom sur ce jeune homme de 22 ans, étudiant, syndiqué, militant, non dépressif. »
- 11:00Chiffre
« Louis Gallois, grand patron de 75 ans, homme sage, président du conseil de surveillance de Peugeot, ex-commissaire général à l’investissement. « C’est une réforme extrêmement raide et dure, c’est une réforme qui est dure pour les précaires, c’est-à-dire ceux qui alternent les petits boulots et les périodes de chômage. Je vois surtout qu’on fait payer la précarité aux précaires. À hauteur de deux milliards d’euros, c’est une somme considérable. » »
- 12:00Fait
« Anas a donné sa vie ou presque pour ses amis étudiants et tous les précaires que rend encore plus précaire la politique économique d’Emmanuel Macron. »
- 17:00Fait
« Seules des greffes pourraient le sauver. Mais on n’a jamais vu, si les informations publiées sont exactes, un homme dans cet état en réchapper. Seul un enfant y est parvenu. C’était au Québec en 2012. »
- 22:00Fait
« Il y a deux types de partisans d’Emmanuel Macron : les milliardaires et les idiots. Pour connaître le vôtre, de type, vérifiez votre compte en banque. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Depuis cet été, j’entretiens avec vous, grâce à ces éditos, écrits entre mon bureau et mes déplacements en TGV, Metz-Paris/Paris-Metz, puis lus au prompteur avec quelques impros, une relation particulière. Je peux partir en vrille, marquer un silence. Je ne prépare rien quant à mon apparence ou mon jeu de jambes.
On me le reproche mais tant pis. J’installe un truc. J’invente cette forme sans trop savoir où je vais et où cela nous mènera.
Peut-être au stand-up… Je ne sais pas pourquoi j’ai commencé. Je ne sais pas où cela va me mener. Rien ne m’oblige, sinon vous et donc ce lien particulier.
Vous connaissez Octave Mirbeau ? Il est l’auteur d’une pièce célèbre "Les affaires sont les affaires" qui met en scène un patron de journal corrompu. Il est né le 16 février 1848 dans le Calvados et il est mort à Paris en 1917, pendant la boucherie générale.
Sa fiche Wikipédia dit : "Écrivain et journaliste influent, pamphlétaire redouté, critique d’art et défenseur des avant-gardes, il est un romancier novateur qui a contribué à l’évolution du genre." "Mais", précise la fiche, "après sa mort, il traverse pendant un demi-siècle une période de purgatoire. Il est trop dérangeant pour la classe dirigeante, tant sur le plan littéraire et esthétique que sur le plan politique et social." Je continue.
Après tout, c’est mon quart d’heure, je fais ce que je veux. J’ai lu sa pièce quand j’écrivais "Pendant les affaires les affaires continuent" et c’est lui qui a inspiré mon titre. Disons qu’un siècle après lui, je navigue dans les mêmes eaux.
J’admire profondément la vie et l’œuvre de Mirbeau et c’est un jeune lecteur, Raoul V., 80 piges au compteur, qui m’a écrit cette semaine et l’a fait remonter à ma surface. "Littérairement incorrect, Mirbeau est inclassable, il fait fi des étiquettes, des théories et des écoles, et il étend à tous les genres littéraires sa contestation radicale des institutions culturelles.
Il est aussi politiquement incorrect, farouchement individualiste et libertaire. Il incarne une figure d'intellectuel critique, potentiellement subversif et "irrécupérable", selon l'expression utilisée par Jean-Paul Sartre dans Les Mains sales." Un peu de culture dans ce monde crasse ne fait pas de mal.
Ce n’est pas chez Pascal Praud ou chez Jean-Marc Morandini qu’on pourrait citer Mirbeau. Vous vous demandez où je veux en venir. Mirbeau, comme le rappelle le jeune Raoul V., est l’auteur de cette citation d’une grande actualité, que je voudrais méditer devant vous et avec vous en cette semaine italienne, je parle de la place d’Italie, et pas de la promo chez Lidl, la citation donc : Cet édito est donc dédié aux moutons.
Puissent-ils devenir des loups ou des loups-garous. Mais pas des chèvres, ni des rats. La semaine dernière, il m’a semblé mal me faire comprendre.
J’avais titré, enfin Mathias et Maxime avaient titré : "En marche vers la peste ou le choléra". Depuis que je suis au Média, la science des titres m’échappe, alors qu’à Libé j’étais plutôt pas mal. Mais c’était du papier.
On pouvait se permettre d’être fin, elliptique. Sur Internet, il faut embarquer très vite avec des accroches un peu putassières, mais bon je m’y plie. Ma règle c’est qu’aucun titre ne doit mentir.
Il y avait Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur le devant de l’image et en arrière-plan le visage orangé de Donald Trump. Le titre, “la peste ou le choléra”, reprenait une citation du texte. Il y a eu plus de 2000 commentaires sur Youtube et je ne sais pas trop combien sur Facebook, sans doute encore plus.
Parmi eux, une part significative m’a jugé défaitiste et m’a attaqué sur le thème "Arrête de penser que c’est déjà plié et qu’il n’y aurait pas d’autre alternative. Sois plus combatif, merde…" Je résume, hein. À ces bien-aimés contempteurs, je voudrais dire sobrement que je suis au Média pour le combat.
Le fight. La castagne. Le débat.
Sinon, j’irais aux champignons et pêcher la truite. J’adore la pêche. “Et on fait croire que c’est moi, qui demande qu’on serve des homards, et ça me donne mal à la tête.” Jamais je n’ai considéré que c’était plié.
J’ai mis en avant ce que nous matraquent les médias depuis quelques semaines. Et ça va aller crescendo...
En invoquant la peste et le choléra, je signifiais mon incapacité à choisir entre ces deux avatars du capitalisme financier. Deux produits de la société marchande et politique : statutairement une héritière et un banquier. Une dangereuse enfumeuse et un tueur enmarcheur.
Une bouchère et un boucher. Deux bons gros bourgeois. Salut Octave.
J’exprimais mon désir de ne pas me résoudre à ce que nous vendent avec une constante qui frise la propagande d’État les zélés serviteurs, sondeurs, médiaworkers de la Macronie. Car ce duel Le Pen – Macron agité comme une évidence et un épouvantail sert surtout, en l’état des forces, Emmanuel Macron. Qu’a-t-il d’autre à nous vendre que la peur du loup ?
La semaine a été dure. Encore plus que la précédente qui déjà avait été mortelle d’ennuis, de revirements, d’asservissements. Il y a eu l’immolation d’Anas Kournif.
Enfin, on peut mettre un nom sur ce jeune homme de 22 ans, étudiant, syndiqué, militant, non dépressif. Je dis ça, je ne le connaissais pas. Je sais que ses amis de Solidaires veulent l’anonymiser.
C’est une erreur. Il faut brandir partout sa photo. Anas a donné sa vie ou presque pour ses amis étudiants et tous les précaires que rend encore plus précaire la politique économique d’Emmanuel Macron.
Qui le dit ? Pas n’importe qui. Pas un anarchiste.
Louis Gallois, grand patron de 75 ans, homme sage, président du conseil de surveillance de Peugeot, ex-commissaire général à l’investissement. “C’est une réforme extrêmement raide et dure, c’est une réforme qui est dure pour les précaires, c’est-à-dire ceux qui alternent les petits boulots et les périodes de chômage. Je vois surtout qu’on fait payer la précarité aux précaires.
À hauteur de deux milliards d’euros, c’est une somme considérable. Je pense que pour lutter contre la précarité, il y a d’autres moyens que la trique, parce que ça c’est la trique. C’est-à-dire on dit aux gens on ne vous indemnisera plus.
Vous allez chercher du boulot parce qu’on ne vous indemnisera plus, ou on vous indemnisera moins. Mais est-ce-que ça va pousser effectivement des gens à retrouver un travail qu’ils ne trouvent pas aujourd’hui ? C’est ce que pense le gouvernement.
Oui, ça va faire plus de gens aux RSA, ça c’est clair. Anas, brûlé au troisième degré sur 90% du corps, nous a laissé une lettre qui, entre autres, dit ceci : Il chute en lâchant : L’épreuve, elle est pour toi, Anas, qui est placé en coma artificiel depuis deux semaines et n’est pas près d’en sortir. Nous, on ne peut que tenter de faire en sorte que ton message et ton geste ne soient pas détournés, niés.
Et franchement, niveau saloperies, on en a entendu et des belles… Il n’est jamais un acte politique que de tenter de mettre fin à ses jours, pensez à ces jeunes, à tous les enfants qui vous écoutent. Nous, nous agissons, vous, vous êtes dans l’incantation dangereuse, soyez un peu responsables ! Je pense pas qu’on puisse dire que ce soit un acte politique, on comprend bien qu’il y a des revendications, il y a des difficultés.
Il vaut mieux que tu restes dans ce coma qui fait que ton esprit flotte encore. Plutôt que de voir ça : 2.20 Qui est pour ?
Qui est contre ? Adopté. 2.22 qui est pour ?
Contre ? Adopté. 2.26 pour ?
Contre ? Adopté. 2.25 pour ?
Contre ? Adopté. 2.24 pour ?
Contre ? Adopté. 2.23 pour ?
Contre ? Adopté. 2.8, même avis même vote, adopté. 2.5, même avis même vote, adopté. 2.3, même avis même vote, adopté. 2.2, même avis même vote, adopté.
Et plutôt que de lire ça… On est décomplexé chez les emmarcheurs… On se fait acheter et on se marre. Ou ça. Comment un journal peut-il décemment être propagandiste à ce point ?
Ou encore ça. Notre président plénipotentiaire a fait savoir qu’il avait versé une larme sur le film de Ladj Ly Les Misérables. Il pleure sur un film, pas sur toi.
Personne ne pleure sur toi dans cette République en marche, ou au Rassemblement national. Nous si, Anas. Nous on pleure avec toi et tes amis.
Soyons réalistes. Brûlé à 90% au troisième degré. Il y a très peu de chances que tu en réchappes.
Pour ceux qui me trouvent pessimiste… Les brûlures d’Anas ont détruit sa peau en profondeur, son derme et son épiderme, sans possibilité de régénération. 90% de son corps s’est coloré de blanc ou de noir. 90% de ce qui reste est insensible, sec et sujet aux infections.
Seules des greffes pourraient le sauver. Mais on n’a jamais vu, si les informations publiées sont exactes, un homme dans cet état en réchapper. Seul un enfant y est parvenu.
C’était au Québec en 2012. Pourquoi je dis ça ? Parce que je trouve que l’acte d’Anas est héroïque, homérique, triste, dingue, mais généreux.
La société dans son ensemble, les médias, les politiques n’ont pas pris la mesure de cette détresse et de son message. Et qu’une stèle de marbre éclatée, quelques cagettes et voitures enflammées sont un moindre mal. Monte Cassino ou pas.
Pourquoi j’évoque cette ville italienne ? Parce qu’un préfet l’a fait avant moi. Honte à toi Préfet Lallement, à venir parader Place d’Italie avec ces mots et cette morgue qui n’ont rien à voir avec la République.
Avec ma république. Oui je suis gilet jaune, mais pas ce gilet jaune-là. Eh bien nous ne sommes pas dans le même camp madame.
Mon oncle est mort à Monte Cassino vous voyez ce que ça veut dire ça ? Quand les gens du peuple auront repris le dessus, quand la République reprendra des couleurs, nous te jetterons des cailloux. Après tout, ce ne serait qu’un retour à l’envoyeur.
Eh non je déconne. J’hésite, la plume, le goudron. Nous te licencierons et t’enverrons casser des cailloux à Monte Cassino.
Je sais. La perspective de voir le peuple triompher est encore lointaine. Mais on ne sait jamais avec les révolutions.
Des fois elles viennent au moment où on s’y attend le moins. J’y étais samedi place d’Italie pour l’anniversaire des Gilets jaunes. C’est bien de se rendre sur place pour voir les flics et les black blocs de près et sentir le parfum enivrant des lacrymos.
J’y étais avec ma carte de presse et sans gilet jaune. C’était quand même un sacré piège ce rendez-vous Place d’Italie. La manifestation était dûment déclarée et autorisée.
Vers dix heures, un groupe de black blocs a brûlé quelques cagettes et palettes opportunément laissées sur place, devant le regard impassible de policiers, qui auraient pu intervenir. Puis il y a eu quelques feux allumés ça et là. La place allait se remplir, malgré le métro interdit, quand les cordons de gendarmes et de CRS ont bouclé les rues.
Impossible de rentrer. Et de sortir. La nasse.
Et c’est là, vers 13h30, que tu décides, préfet Lallement, d’interdire la manifestation. Tu l’annonces vers quatorze heures. Bravo, bon timing.
Il y a eu cette stèle du maréchal Juin méticuleusement détruite par un type très énervé. Les images sont passées aussitôt en boucle et ont fait le bonheur des emmarcheurs qui avaient enfin du grain à moudre pour cracher sur les gilets jaunes. Je me suis demandé comment le type avait pu ramener son pied de biche.
Je me demande aussi : comment se fait-il, avec toutes ces caméras et la propension que vous avez, vous préfet, vous Christophe Castaner, vous procureur de Paris, à attraper le moindre gilet jaune qui tousse de travers, comment se fait-il que ce jeune homme ait pu vous échapper ? Je pose la question, c’est tout. L’hypothèse que j’émets, mais je peux me tromper, c’est qu’en te levant ce matin-là, préfet Lallement, tu avais déjà ça en tête, interdire, maintenir votre ordre.
Question maintien de l’ordre, préfet Lallement, tu as fait très fort. Question tirs tendus sur la foule, tes gars aussi ont fait très fort. Manu si tu m’entends, on pense à toi.
Comment peux-tu, sachant tout cela, préfet Lallement, venir ensuite t’exhiber ? C’est, à mon sens et c’est ma liberté de le dire, obscène. Comme est obscène, cette déclaration de notre bien-aimé président : Lorsque la haine s’abat, et qu’au nom d’idéaux, la destruction se joue dans la rue, trop de voix se taisent, qui deviennent alors complices, trop de voix laissent confondre des idéaux avec le nihilisme de la violence.
Une fois encore. La première des violences n’est pas celle des Gilets Jaunes. La première des violences est bien celle d’un président qui n’a plus que sa police, ses préfets zélés et ses procureurs dociles, pour faire barrage à un peuple qui se soulève.
Je comprends en même temps qu’Emmanuel Macron ait peur. Il avait mille fois la possibilité d’arrêter de durcir ce rapport de force. Et de mettre un peu de douceur et de compassion dans sa parole.
Il semblerait que ce soit trop tard. Il semblerait, à la veille de cette journée de lutte et de convergence du 5 décembre, que nous soyons à un moment de bascule. Entre soulèvement et asservissement.
Cela dépend de vous. De nous. Et de lui.
Ce qui m’ennuie le plus dans ce drame qui se joue en temps réel, c’est qu’une responsable politique, très marquée à droite, une qui n’aime ni les arabes, ni les africains, ni les migrants, ni les artistes, ni les journalistes… pas la peine que je continue mon énumération, c’est chiant… Ce qui m’ennuie donc, et c’est là-dessus que joue Macron, c’est que Marine Le Pen n’a pas besoin de la ramener, ni d’entrer dans le débat et dans les luttes. Elle reste tranquillement en coulisse à compter les points. Quand ce sera mûr, elle et sa clique d’opportunistes en petits costumes étriqués, les Bay, les Odoul, les Rachline, elle et sa petite boutique RN, vont rafler la mise.
Alors voilà. Compte tenu du lien très particulier qui nous unit, j’ai une proposition à vous faire. Une proposition honnête qui répond aux interrogations qui m’ont été opposées après mon dernier édito.
Si on veut éviter la peste et le choléra, je vous propose de nous aider à faire ce qu’ici au Média, on essaie de faire au mieux : du journalisme. Je voudrais lancer pour 2020 deux grands chantiers. L’un sur Emmanuel Macron.
L’autre sur Marine Le Pen. Je voudrais embaucher deux rédacteurs en chef qui feront travailler une dizaine de journalistes pour restituer ce que personne n’a encore vraiment fait. Les coulisses de la Macronie et de la maison Le Pen.
Qu’a fait Macron de son argent gagné chez Rothschild ? Qui a-t-il trahi pour arriver au pouvoir ? Quel rôle joue ou a joué Steve Bannon dans la stratégie de com’ de Marine Le Pen ?
Quels grands patrons l’aident sans vouloir apparaître ? Où et comment circule l’argent dans leurs petites boutiques ? Et pour finir une petite blague.
Il y a deux types de partisans d’Emmanuel Macron : les milliardaires et les idiots. Pour connaître le vôtre, de type, vérifiez votre compte en banque. Et si votre compte en banque est comme le nôtre au Média, un peu vide, souvenez-vous, vos dons sont défiscalisés.
Vous nous filez trente euros, vous en récupérez vingt. On n’est pas très chers au fond. On est la liberté de la presse.
Et si nous on a besoin de vous, très modestement, je pense aussi que vous avez besoin de nous. Allez, salut.