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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 26 mars 2025 25 minComplaisantPortrait personnelEurope & internationalInstitutions & électionsSolidarités & familleCulture, médias & sport

Daniel Cohn-Bendit : "On n'a jamais autant parlé d'Europe qu'en ce moment"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:03OuverteRéponse directe

    Ça a été facile de rassembler tous ces Dany en une seule vie et en un seul livre ?

  • 1:51OuverteRéponse directe

    Ce livre explore votre identité nomade, jamais tout à fait rouge, ni tout à fait vert, ni tout à fait juif. Vous revendiquez une sorte de non-appartenance identitaire.

  • 2:56OuverteRéponse directe

    Vous dites pendant longtemps que vous ne vous sentiez pas juif ou que vous vous sentiez juif au sens sartrien du terme. En vieillissant, vous vous sentez aujourd'hui plus juif qu'avant.

  • 4:29OuverteRéponse directe

    C'est quoi un juif du doute ?

  • 6:16RelanceRéponse directe

    Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

  • 6:48OuverteRéponse directe

    Il n'y a pas que ça dans le livre. Il y a aussi votre parcours politique long, touffu, mené entre la France et l'Allemagne.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:46PrésentateurFait
    « être juif c'est avoir une blessure très profonde face à l'histoire. »
  • 4:12PrésentateurFait
    « nous les juifs, nous sommes seuls. »
  • 4:20PrésentateurFait
    « je suis un juif qui tourne en rond, un juif du doute qui de plus en plus ne se reconnaît nulle part. »
  • 5:18PrésentateurFait
    « ce que fait maintenant ce gouvernement Netanyahou, ce que fait ce gouvernement crypto-fasciste, c'est l'horreur aussi pour nous. »
  • 5:50PrésentateurFait
    « j'ai la réponse. Si vous êtes pro-israélien, vous devez manifester avec un drapeau israélien et palestinien. »
  • 7:22PrésentateurFait
    « j'étais un éveillé avant l'heure. »
  • 9:37PrésentateurFait
    « il faut réhabiliter Camus. C'est Camus qui avait raison contre Sartre. »
  • 10:43PrésentateurFait
    « plus importante que le social, c'est d'abord cette idée de liberté. »
  • 12:00PrésentateurFait
    « mon expulsion m'a sauvé la vie. »
  • 13:12PrésentateurFait
    « la crise Corona nous a fait peur, a fait peur à tout le monde. »
  • 14:47PrésentateurFait
    « on perd des batailles, on perd des batailles, mais on n'a pas perdu la guerre. »
  • 16:36PrésentateurFait
    « la souveraineté européenne a besoin d'un fédéralisme européen. »

Temps de parole

  • Présentateur65 %
  • Invité19 %
  • Présentateur 213 %
  • Auditeur3 %

2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un ancien député européen, grande figure de la politique française, allemande, européenne depuis plus de 50 ans. Il publie aujourd'hui ses mémoires, souvenirs d'un apatride, aux éditions Mialet-Barreau, co-écrit avec Marion Van Rentergem. Daniel Kohn-Bendit, bonjour. Bonjour. Bonjour. Madame, bonjour monsieur. Et bienvenue sur Inter. Vous êtes né, vous aimez à le rappeler, le 4 avril 1945, à la toute fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que l'Europe n'était plus qu'un champ de ruines. Et vous allez donc bientôt fêter vos 80 ans.

0:43
Locuteur

Chut !

0:44
Présentateur

Rassurez-vous, vous ne les faites pas, Daniel Kohn-Bendit. Mais 80 ans, je suis désolé, c'est l'âge auquel on écrit ses mémoires, encore plus avec une vie comme la vôtre de mai 68 au Parlement européen. Il y a eu Dany le Rouge, Dany le Vert, Dany le Juif, comme l'écrit Marion Van Rentergem. Ça a été facile de rassembler tous ces Dany en une seule vie et en un seul livre ? Non, pas du tout. Et ça, c'est grâce à Marion que j'ai réussi. Parce que j'ai toujours besoin de quelqu'un qui… Je parle, j'explique, je raconte. Et il faut quelqu'un qui m'aide à mettre tout ça en forme et qui me pousse aussi des fois dans mes rentranchements parce qu'il y a des choses dont je ne veux pas parler.

Par exemple, même moi, j'ai des difficultés à en parler.

1:31
Invité

Là, elle parle de tout.

1:32
Présentateur

Là, on a réussi ensemble à parler de tout. C'est-à-dire qu'elle, j'ai raconté, elle me raconte et elle me connaissait. Et elle me pousse après à parler moi-même et à m'expliquer ce que je pensais ou pourquoi j'ai fait ceci ou cela.

1:48
Invité

Et on va poser les questions sur tout dans cet entretien. Ce livre explore votre identité nomade, jamais tout à fait rouge, ni tout à fait vert, ni tout à fait juif. En tout cas, libre et libertaire. Vous dites « Je ne veux pas me définir. Je suis nomade et apatride » dans le sens le plus positif du terme. D'où ce titre « Souvenir d'un apatride » dans une époque d'Annie Cohen-Bendit, obsédé par l'identité. Vous revendiquez une sorte de non-appartenance identitaire.

2:14
Présentateur

Je revendique surtout « Je n'ai pas une identité ». Je cite l'Euclésio qui parle de trois nomades, l'identité nomade. C'est l'Euclésio qui m'a mis sur le chemin d'en parler comme cela. Et si vous voulez, oui, je n'ai pas qu'une identité. J'ai plusieurs identités. Et les identités évoluent. Évoluent. Par exemple, il y a 30 ans, je n'aurais jamais parlé de Dany. Qu'est-ce que c'est que ma judéité ? Ça ne serait jamais passé dans l'esprit. Et puis, au fur et à mesure, ma femme qui n'est pas juive m'a dit « Mais tu simplifies la vie, ce n'est pas vrai ».

2:53
Invité

C'est intéressant les pages sur la judéité. Parce que vous dites effectivement pendant longtemps, vous disiez « Je ne me sens pas juif » ou « Je me sens juif » au sens sartrien du terme, c'est-à-dire juif dans le regard des autres. Les autres me disent que je suis juif, donc je suis juif. Mais vous dites « C'est plus suffisant ». En vieillissant, l'explication sartrienne n'est plus suffisante.

En réalité, vous vous sentez, et même si c'est quelque chose qui aurait horrifié votre frère Gabriel, Gabi Cohn-Bendit, qui est mort il y a trois ans, avec qui vous aviez des vrais débats sur la question, et qui lui refusait qu'on lui ramène tout le temps son identité juive au visage, force est de constater qu'en vieillissant, vous vous sentez aujourd'hui plus juif que vous ne vous êtes jamais senti auparavant.

3:34
Présentateur

Oui, c'est-à-dire que je dis qu'on ne peut pas se sortir de l'histoire. Et en fin de compte, si on est honnête, enfin honnête, si on pousse, on se pousse jusqu'au bout, même moi, être juif c'est avoir une blessure très profonde face à l'histoire. Et on ne peut pas nier cette blessure, elle existe, elle existe au plus profond de soi-même, ça ne veut pas dire que je ne suis que cela, que je ne suis que juif, mais ça, ça existe aussi. Vous écrivez qu'au lendemain du 7 octobre, vous vous êtes trouvé à ruminer une phrase, nous les juifs, nous sommes seuls. Et vous dites, jamais je n'avais formulé une phrase pareille, jamais je n'avais pensé nous en parlant des juifs.

Vous écrivez aussi, je suis un juif qui tourne en rond, un juif du doute qui de plus en plus ne se reconnaît nulle part. C'est quoi un juif du doute ? D'abord, peut-être le doute, c'est ça qui définit le juif. C'est le juif, j'avais fait un film, nous sommes tous des juifs allemands, qui est passé il y a trois ans, je crois, ou quatre ans, je ne me rappelle plus aussi, à la télévision. Et là, une rabbine, une femme rabbine, donc libérale, me dit, être juif, son père lui a défini, c'est être juif, c'est se coucher le soir avec une question et se réveiller le lendemain avec une autre question. Le doute, c'est se questionner. Et c'est vrai, après le 7 octobre, on était seuls.

Beaucoup de juifs, on se sentit seuls. Il n'y avait pas une levée des boucliers, il y avait « oui, mais », il y avait « oui, mais », voilà, après l'horreur du Hamas. Et puis, la guerre continue et ce que fait maintenant ce gouvernement Netanyahou, ce que fait ce gouvernement crypto-fasciste, c'est l'horreur aussi pour nous. Donc, on est complètement pris au piège face à deux horreurs. Et donc, on est un juif, on comprend ceux qui veulent vivre en Israël et on ne comprend pas que les Israéliens, que Netanyahou, puissent se faire ce qu'il est en train de faire. Donc, c'est ça d'être en rond. On tourne en rond, on se pose des questions, je me pose des questions.

Et pour moi, c'est simple maintenant, j'ai la réponse. Si vous êtes pro-israélien, vous devez manifester avec un drapeau israélien et palestinien. Si vous êtes pro-palestinien, vous devez manifester avec un drapeau palestinien et un drapeau israélien. Car si Israël existe, la Palestine pourra exister. Et si la Palestine veut exister, il faut aussi qu'Israël existe. Voilà, c'est aussi simple et compliqué que cela.

6:14
Invité

Oui, là vous rêvez un peu.

6:16
Présentateur

Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Je crois que ça, c'est le réalisme. Alors, où l'histoire sera catastrophique ? Épuration ethnique, les Palestiniens, mais même l'épuration, pour aller où ? Qui ? Où ? Tout ça, c'est de la folie. Et les Israéliens vont comprendre. Donc, je rêve. Mais en même temps, il y a une solution et on verra que l'histoire aussi a des fois une logique bien plus positive qu'on ne le croit.

6:46
Invité

Il n'y a pas que ça dans le livre. Il y a aussi votre parcours politique long, touffu, mené entre la France et l'Allemagne, des responsabilités municipales aux responsabilités européennes. La fibre libérale, libertaire est restée la grande ligne de force, la grande cohérence de votre parcours, qui n'était pas toujours très cohérent. Vous dites aussi cette phrase qui nous a fait sourire. Vous dites « j'ai été un woke avant l'heure », tout en critiquant un peu le wokeisme, quand même, dans le livre aujourd'hui, ou ses excès, selon vous.

7:12
Présentateur

« Woke », ça veut dire être éveillé. « Woke », au début, l'idée, c'est qu'il faut être éveillé, voir tout ce qui est la réalité de notre monde. Et c'est vrai que j'étais un éveillé avant l'heure. Seulement, quand toute idée devient idéologie, elle se pervertit. Et le wokeisme, c'est ça. Être éveillé, c'est absolument justifié. Être éveillé face à la discrimination raciale, à la discrimination des femmes, des homosexuels, aux discriminations et tout ce qu'on veut. Mais si, à partir de là, on en fait une idéologie qu'il faut penser comme ceci, il faut penser comme cela, et reprendre le discours du post-colonialisme, on en arrive à une idéologie qui même devient totalitaire.

Et vous mettez une sorte de continuum entre le wokeisme et le triomphe de Trump ? Oui, enfin un continuum, je dis un des problèmes, c'est quand le wokeisme devient, j'ai dit totalitaire, donc devient très autoritaire, et bien la réaction des autres renforce une folie telle que le trumpisme. Donc le trumpisme-maskinisme, que je dis que c'est une nouvelle forme de marxisme-léninisme, c'est une idéologie impérialiste totalitaire, mais qui a su exploiter les faiblesses justement du wokeisme qui existait à la gauche américaine.

8:46
Invité

Vous dites que le wokeisme est devenu totalitaire par certains aspects, s'il y avait un jeune de 20 ans là, il vous dirait, pourquoi vous dites totalitaire ? On est juste radical, et parce qu'on croit en certaines choses à dénoncer, et voilà, on est juste radical, on n'est pas totalitaire.

9:00
Présentateur

Parce qu'on a une expérience, on a une expérience, on était radical, on était contre la guerre du Vietnam, on était contre les américains à la guerre du Vietnam, on était pour le FNL, on était pour Cuba, enfin on, je dis on, même si c'est pas moi comme ça, mais je dis la gauche radicale, révolutionnaire, on était. Et tous ceux qu'on a défendus, ça a donné quoi ? Des états totalitaires. Le Vietnam, l'Algérie, Cuba, Nicaragua, vous en voulez d'autres ? Donc vous vous êtes planté sur toute la ligne, ce que vous dites ? Non, on avait raison de soutenir les mouvements des massivations, pour le dire en une phrase, il faut réhabiliter Camus. C'est Camus qui avait raison contre Sartre.

Oui, il était pour l'indépendance de l'Algérie, mais pas aux conditions du FLN. Daniel Cohn-Bendit, Marion Van Rentergen vous dit aussi, le 68 art aujourd'hui, c'est Elon Musk. Le libertarianisme est passé du côté des conservateurs. Et c'est vrai que chez Musk, mais plus largement dans le monde de la tech américaine, on voit une reprise d'un discours de liberté totale, discours libertarien, anti-État. Ça vous inspire quoi ? Oui, mais parce qu'on fait, là il y a, elle me provoque, là c'est normal. Mais il faut faire la différence. L'idée libérale, libertaire, ou l'idée libertaire, c'est une autonomie sociétale, sociale. C'est-à-dire l'autonomie avec responsabilité sociale.

Le libertarisme, c'est l'individualisme contre tout le monde. Donc c'est l'individualisme sans réflexion sociale. Donc il y a une grande différence. La revendication de liberté, elle est juste. C'est Hannah Arendt qui même, elle, défendait la révolution américaine contre la révolution française. Elle dit, plus importante que le social, c'est d'abord cette idée de liberté. Et notre problème aujourd'hui, c'est de relier cette idée de nécessité de liberté avec la responsabilité sociale.

11:04
Invité

Vous parlez aussi évidemment de votre rôle en 1968, rôle qui fit de vous une icône. Sauf que ce que vous retenez, c'est la contradiction entre votre refus de l'autorité, ce que vous preniez, et le statut de leader que vous avez acquis. Vous écrivez, j'étais devenu une autorité anti-autoritaire, un leader qui n'était pas formaté pour l'être. Et vous le dites franchement, j'ai pris la grosse tête, à la fin j'ai perdu les pédales. Ça vous a dépassé ce statut d'icône de 68 ?

11:29
Présentateur

Oui, il faut le comprendre. J'avais 23 ans. Vous prenez, je l'explique dans le livre, j'ai 23 ans. En janvier 1968, par exemple, personne ne me connaît, je me balade dans les rues de Paris. Et puis il y a cette explosion, il y a cette photo, il y a ce sourire. Et ce sourire, ça devient l'icône, mais pas seulement en France, partout dans le monde. Et donc, à 23 ans, je deviens quelqu'un d'autre. Et c'est vrai que j'étais dépassé, et je dis même, je raconte dans ce livre, qu'en fin de compte, mon expulsion m'a sauvé la vie.

Mais parce que j'étais obligé de me refaire une vie, de me refaire une identité politique en Allemagne, et ça c'était bien, parce que je n'étais pas le leader de 68, et après j'ai fait des tas de choses, j'ai écrit même des grosses bêtises et tout ça. Mais ce qui est important, c'est que j'étais obligé de repenser ce que je suis, ce que je veux. Vous avez consacré votre vie politique et votre engagement, pardon, d'Anil Le Vert. Et d'Anil l'Européen. Et d'Anil l'Européen, voilà. La construction européenne, comme l'écologie, sont aujourd'hui les principales cibles, vous le savez, des mouvements populistes, aux Etats-Unis comme en France.

Pourquoi avez-vous perdu la bataille des idées, Daniel Cohn-Bendit ? Je crois qu'il faut comprendre, moi je crois qu'une des raisons les plus importantes, c'est la crise Corona. La crise Corona nous a fait peur, a fait peur à tout le monde. Et donc en sortant de cette crise, la majorité des gens ont dit, laissez-nous vivre, on veut vivre, arrêtez de nous dire on ne peut pas faire ça, c'est assez dangereux, etc. Et les populistes ont foncé là-dedans, ils ont compris que, vous comprenez, laissez-nous vivre, ça veut dire que tous ceux qui vous expliquent aujourd'hui le réchauffement climatique, l'agriculture qui détruit tout, etc. Ils veulent vous empêcher de vivre.

Et donc une masse de gens ont dit notre liberté, notre volonté justement après l'angoisse, la peur et les blessures qu'ont créées, les mesures anti-Corona ont fait que pour l'instant on a perdu. Pour l'instant.

13:58
Invité

Oui, parce qu'aujourd'hui le terme de liberté, il a été happé par les conservateurs ou les populistes ou ce qu'ils voulaient. Et aujourd'hui le langage, la langue progressiste, elle est symbole de censure pour beaucoup, elle est symbole de sanctions, de contraintes, d'empêchements. Et vous n'arrivez pas du coup à dépasser cela.

14:19
Présentateur

C'est vrai.

14:19
Invité

Et du coup plus du tout à faire rêver.

14:21
Présentateur

C'est vrai, mais c'est là où il faut commencer la discussion parce que la liberté de la voiture, il y a quand même une réglementation des voitures, il y a un code de la route, etc. Je veux dire, c'est-à-dire que la réglementation des fois nécessaire, elle n'a pas été pour nous la possibilité d'expliquer que c'est pour une autre liberté qu'on peut avoir. Une autre liberté, c'est vrai, on a perdu pour l'instant, mais prenons l'Europe par exemple, Trump, on n'a jamais parlé autant d'Europe qu'en ce moment. Et puis même, imaginez, le Brexit, on est en train de réintégrer d'une certaine manière dans la civilisation européenne, les Anglais.

Donc je veux dire, du calme, du calme, on perd des batailles, on perd des batailles, mais on n'a pas perdu la guerre. On n'a pas perdu la guerre.

15:14
Invité

Sur l'Europe, vous écrivez, c'est assez beau, je suis comme sisyphe et heureux de l'être, je remonte en permanence la pierre européenne. L'Europe est un miracle que l'on commente négativement, mais on a tort.

15:26
Présentateur

Oui, on a tort parce que c'est, et on le voit aujourd'hui, l'espace de liberté avec toutes ces contradictions dans le monde d'aujourd'hui. Parce que les post-coloniaux peuvent me raconter tout ce qu'ils veulent, mais ce n'est pas la grande liberté dans les pays post-coloniaux. Aujourd'hui, l'espace européen, c'est encore l'espace de la démocratie libérale. C'est la civilisation libérale. Donc, on est en train de s'en rendre compte. Et donc, tout d'un coup, on doit même dire, il faut la défendre, cette Europe. C'est quand même quelque chose de nouveau. Tout d'un coup, on parle de la défense européenne. Imagine, 54. La France dit non à la défense européenne. Madness France.

Donc, du calme, on perd, mais tout d'un coup, la réalité s'impose de nouveau à nous. Donc, vous n'avez pas remisé votre rêve de toujours, de l'Europe fédérale, des États-Unis d'Europe. Non, parce que c'est la seule forme démocratique, justement, de contrôler l'Europe. Le fédéralisme, c'est une organisation de la démocratie. Et s'il n'y a pas ce fédéralisme, et donc un contrôle parlementaire, un contrôle démocratique, on ne pourra pas contrôler ce dont on a besoin, qui est cette Europe souveraine. La souveraineté européenne a besoin d'un fédéralisme européen. Allez, on passe au standard d'Inter, où nous attend Juliette. Juliette, bonjour et bienvenue.

16:57
Auditeur

Bonjour à tous. Bonjour M. Combendit. Bonjour Mme Salamé. Bonjour. Bonjour. J'ai oublié votre nom, excusez-moi.

17:04
Présentateur

Moi, c'est Nicolas.

17:05
Auditeur

Nicolas. Ah, Nicolas, voilà. Demeurant. Nicolas, bonjour Nicolas.

17:08
Présentateur

Voilà, c'est ça. Bonjour. Bonjour. Bonjour. Allez-y, on vous écoute.

17:13
Auditeur

Alors, ma question est simple. Comme je le disais, j'ai vécu à peu près la période de M. Combendit. Combendit, j'entends de ma vie, un peu plus jeune quand même. Et je voulais savoir si M. Combendit conservait la foi. Moi, je sais qu'à la période des années 68-80, on avait foi dans le développement du monde, le progrès, la paix. On avait des idéaux auxquels on croyait. Et moi, je les ai en partie perdus, j'y crois plus. Alors, je voulais savoir si M. Combendit avait toujours la foi pour un monde meilleur à venir. Voilà.

17:46
Présentateur

Merci infiniment, Juliette, pour cette question. Daniel Cohn-Bendit vous répond. On était présomptueux qu'on serait capable de révolutionner le monde. Mais je crois qu'on a toujours envie de l'améliorer. Et oui, je pense qu'on peut l'améliorer, qu'on doit l'améliorer, de le rendre plus juste, de le rendre plus acceptable, écologiquement, responsable, etc. Ce n'est pas la foi, c'est l'envie. J'ai une envie d'un autre monde. Alors, c'est différent. J'ai changé, j'ai évolué. Mais cette envie reste. Et je crois que cette envie va revenir de plus en plus.

18:29
Invité

Et puis, Daniel Cohn-Bendit, dans ce livre, vous racontez vos relations tourmentées, ambivalentes, on va dire, au pouvoir et au président de la République. Vous revenez sur vos relations avec tous les présidents français, notamment de Valérie Giscard d'Estaing, qui leva votre interdiction de séjour jusqu'à Emmanuel Macron. Vous intitulez le chapitre consacré à Emmanuel Macron, Emmanuel Macron, pourquoi je me suis enflammé, et vous assumez une déception quasi amoureuse. Plus dure a été la chute, écrivez-vous.

18:56
Présentateur

Oui, parce que quand j'ai rencontré le président Emmanuel Macron, puisqu'on se tutoyait, etc., j'ai été impressionné par son ouverture. Et peut-être qu'il y a quelque chose que même que je repense maintenant et après d'avoir fini le livre, c'est un rendez-vous avec un jeune homme qui aurait pu être mon fils. Et j'étais impressionné par sa capacité d'analyse, de discussion ouverte. Il était vraiment ouvert, on pouvait, on discutait surtout, on pouvait s'engueuler de Godard à n'importe quoi. C'était vraiment passionnant.

19:34
Invité

Et qu'est-ce qui s'est passé après ?

19:35
Présentateur

Et ce que je n'ai pas vu, c'est que ce que je dis, c'est qu'il est un donjouant intellectuel. Quand il a envie de quelqu'un, c'est formidable. Mais dès que son envie passe, comme les donjouants avec les femmes, il passe à autre chose. Et il vous oublie complètement. Et son envie est passée avec moi sur la réforme des retraites. Moi, j'étais pour la réforme à points. Et je lui disais, tu dois trouver un accord, un compromis avec Laurent Berger. Et là, il m'a dit, mais non, mais non, Laurent a mal calculé. On a tout calculé. Je lui ai dit, j'ai un scoop. Laurent a été à l'école, il sait que deux et deux, c'est fait quatre.

Tu ne peux pas faire une telle réforme des retraites sans que tu aies un point, un appui dans la société. Et là, il m'a donné une réponse technocratique et froide. Et c'est là que notre rapport s'est refroidi. C'est refroidi.

20:28
Invité

Donc c'est quand même sur des accords de fond. Je veux dire, parce que quand on lit, on se dit, vous vous sentiez un peu comme une maîtresse et conduite.

20:35
Présentateur

Non, non, c'est dedans, c'est dedans. On l'explique. Je l'explique là-dedans, c'est exactement dans le livre. Mais il y a une chose que je n'ai pas vue, par exemple. Il était lu la première fois. Ça traversait du Louvre. Beethoven. J'étais impressionné. Et comme je suis un peu gnan-gnan, j'avais même les larmes aux yeux. Ce que je n'ai pas vu et ce qu'on voit plus tard, c'est lui tout seul. Ça, c'est lui et l'incarnation. Déjà, c'est Jupiter. Je suis seul, il n'y a que moi. Et ça, je ne l'avais pas vu au début. Et au fur et à mesure de le voir au pouvoir, qu'il a amené Jupiter à cette folie incroyable qui a été la dissolution.

Vous dites aussi, au-delà de Macron, il y a une maladie de la Ve République qui a atteint Sarkozy et Hollande avant lui. L'Élysée rend fou. Ah mais, l'Élysée rend fou et tous les candidats à l'Élysée deviennent fous. Et c'est pour ça que moi, je me rappelle quand j'avais fait 16% aux élections européennes. Le lendemain, j'étais interviewé à l'IB. Et Laurent Joffrin et toute l'équipe, « Bon, tu seras candidat à la présidentielle. » Et j'aurais dit, jamais, jamais, c'est la mort. C'est la mort. Candidature à la présidentielle, tu commences à déglinguer complètement politiquement. Et donc, je m'excuse. Mais c'est vrai, c'est très très très compliqué.

Et donc, pour moi, alors, il faut des présidents. Il faut des ministres. Il faut, mais pas moi. Je ne suis pas moi, personnellement, je ne suis pas fait pour ça. C'est une maladie spécifiquement française ou on la retrouve en Allemagne aussi ? Cette forme-là de pouvoir ? Non, la forme, le présidentialisme français, ça c'est vraiment une maladie française. Mais il y a d'autres maladies du pouvoir en Allemagne ou dans d'autres pays.

22:24
Invité

Et puis, vous racontez d'ailleurs qu'après la démission de Nicolas Hulot, Emmanuel Macron vous a proposé de rentrer au gouvernement, d'être ministre. Vous avez dit non. Vous racontez que vous êtes très différent de votre ami, Juska Fischer, de ce point de vue-là. C'est-à-dire que lui, Juska Fischer, en Allemagne, voulait le pouvoir, aimait le pouvoir, alors que vous avez un peu la même formation. Et vous, vous préférez l'influence. Ça fait partie des choses qu'on apprend dans ce livre. Vous racontez aussi votre famille.

Sans doute ça aussi, ça a participé de votre non-désir d'aller plus loin et de briguer la présidence, puisque votre femme, Ingrid, vos enfants, vos petits-enfants, c'est aussi une ode à la famille. Famille recomposée, famille Benetton, de plein d'identités différentes, vos enfants, vos petits-enfants, etc. Il faut lire le livre pour vous voir parler de la famille, c'est assez touchant. Et puis, Danikon Bendit, vous parlez de l'accusation de pédophilie qui vous poursuit encore aujourd'hui. Sur les réseaux sociaux. Sur les réseaux sociaux, vous en parlez assez librement. Elle vous confronte, Marion Van Renterguem, et vous répondez tout par de déclarations provocatrices faites en 1979.

Dans le livre intitulé « Le Grand Bazar », vous y racontiez vos expériences dans un jardin d'enfants où vous avez travaillé pendant deux ans, avec des propos particulièrement provocateurs. Vous dites que c'était de la provocation. Mais clairement, on sent, en lisant le livre, que vous avez des regrets de ce qui s'est passé.

23:38
Présentateur

Ce n'est pas des regrets. Non, j'ai des regrets de ce que j'ai écrit. Ce n'est pas la même chose. Et j'explique qu'il y a une maladie, une tâche. Vous dites que c'est Philippe Rott, c'est la tâche. C'est ma tâche. Ma tâche, c'est la tâche d'une maladie de la provocation. De la provocation qui, là, a été trop loin. Et même, il y a eu à la télévision aussi, qu'on peut expliquer. Et c'est vrai que cette maladie de la provocation, elle s'est calmée au fur et à mesure. C'est vrai qu'avec ma femme, maintenant, on est ensemble depuis 45 ans. C'est là que ça s'est calmé, les enfants, les petits-enfants. Mais c'est quelque chose qui reste. C'est quelque chose qui reste.

Les enfants du jardin, les parents, tout le monde dit, il n'y a rien eu. Mais cette maladie, ce devoir de provoquer le bourgeois, et j'étais plus jeune. C'est pour ça que c'est indéfendable. Je n'avais pas 18 ans, je n'avais pas 17 ans. Eh bien, ça, c'est ma tâche, c'est ma faiblesse. C'est comme ça, c'est la vie. Merci, Daniel Kohn-Benzit. Merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Souvenir d'un apatride aux éditions Mial et Barro, co-écrit avec Marion Van Rentergen. Merci. Pas de quoi, c'était gentil.