Amélie de Montchalin nommée à la Cour des comptes : l'opposition crie au scandale • FRANCE 24
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Bonjour et bienvenue dans le Face à Face. Sur ce plateau, Dominique de Montvallon, éditorialiste politique. Bonjour Dominique.
Bonjour. Face à vous, Pablo Pio Vivien, rédacteur en chef de la revue Regards. Bonjour à tous les deux.
Alors Améline Monchalin, macroniste de la première heure et actuelle ministre des Comptes publics, est nommée, va être nommée première présidente de la Cour des Comptes par Emmanuel Macron, première femme à occuper ce poste. Elle succède à Pierre Moscovici qui a quitté ses fonctions en décembre, une nomination qui a fait bondir les oppositions, qui crient au scandale à la République des Copains. On va écouter à ce sujet Eric Coquerel, député insoumis et président de la Commission des Finances.
La charte de déontologie des juridictions financières est claire. Elle impose neutralité, indépendance, impartialité et prévention des conflits d'intérêts, notamment vis-à-vis du pouvoir en place. Du fait de ses fonctions actuelles, Mme de Montchalin ne répond à aucune de ses exigences.
Avec cette nouvelle nomination et peut-être d'autres à venir, comment ne pas s'interroger sur un cadenassage des institutions indépendantes avant 2027 ? Alors Dominique, êtes-vous d'accord avec Eric Coquerel pour dire qu'il y a conflit d'intérêts ? Je souris en regardant Pablo.
Si j'étais d'accord avec Eric Coquerel, ce serait nouveau. Il n'y a pas d'a priori chez moi, etc. Ce n'est pas le seul à dire.
J'avais droit à la réponse que vous m'avez réclamé. Non, je ne suis pas d'accord. Amélie de Montchalin, d'abord, je l'ai découvert comme beaucoup de citoyens, comme beaucoup de journalistes, accessoirement, depuis quelques mois, un peu plus d'ailleurs.
Elle est bluffante. Elle ne suscite pas l'empathie, je vais le dire très franchement comme ça, mais elle est bluffante. Elle a du coffre, elle sait de quoi elle parle, elle connaît les dossiers, etc.
C'est une découverte politique qui se situe à droite, d'accord, mais bon, il peut y avoir des découvertes politiques qui ne sont pas nécessairement toujours à gauche. Bon, à droite, à gauche. Maintenant, ce qui me frappe dans cette affaire, c'est évidemment son jeune âge.
Ce qui fait que comme le poste est, comme cette responsabilité peut la mener jusqu'à quoi ? 2053, 2053. Je vais vous dire, dans ma naïveté de journaliste, et vraiment, ça ne compte pas, mais je le dis au passage, j'ai l'impression qu'elle aura quitté la Cour des comptes bien avant, non pas parce qu'elle aurait échoué, mais parce qu'elle aura d'autres responsabilités, bien avant ce que certains imaginent ou craignent aujourd'hui.
Donc, le camarade président de la Commission des finances est dans son rôle, je ne le suis pas. Moi, je pense que la question n'est pas celle des qualités intrinsèques d'Amélie de Montchalin. Oui, mais ce n'est pas ça le problème.
Là, en l'occurrence, le problème, c'est à la fois celui des conflits d'intérêts qui est pointé par Éric Ocrel et globalement par toutes les oppositions. Il faut quand même imaginer qu'elle va devoir certifier, qu'elle va devoir regarder, qu'elle va devoir enquêter, en fait, sur des comptes que son propre gouvernement et que sa propre majorité a voté, qu'elle a porté en tant que ministre des comptes publics. Donc, il y a un peu un problème à ce niveau-là.
Elle peut se déporter au moment venu. Oui, en étant première présidente, c'est super qu'une première présidente se déporte, en fait, des sujets les plus importants qu'elle doit gérer. Mais la deuxième chose, et qui pour moi est presque la plus grave, c'est celle de...
Vous avez utilisé l'expression de République des copains dans votre introduction. C'est pas moi qui le dis, c'est les oppositions, bien sûr. Je pense que cette façon qu'a Emmanuel Macron, mais globalement qu'ont eu beaucoup d'administrations avant lui, de placer, en fait, à des postes clés, y compris des postes qui sont normalement des contre-pouvoirs, normalement des façons de, j'allais dire, de brider l'exercice politique, mais au moins de le contrôler, c'est un contrôle, normalement, qui doit être exercé par la Cour des comptes sur l'activité à la fois de ce qui se passe dans les chambres législatives et à la fois de l'exécutif.
Si à ces endroits-là, en fait, on place ses potes, c'est-à-dire qu'au Conseil constitutionnel, bon, mais Richard Ferrand, président du Conseil constitutionnel, qui est un très proche d'Emmanuel Macron, si première présidente de la Cour des comptes y a Amélie de Montchalin, ça va accentuer, en fait, la défiance des élus et du peuple. Il y a une enquête, Cévi-Pof, qui est sortie il y a deux jours, c'est un laboratoire de Sciences Po, une grande enquête d'opinion, où on voit qu'il y a encore une accélération de la défiance des Français et des Françaises vis-à-vis, globalement, de leur État, à la fois de l'administration et des politiques. Ce sont 22% à faire encore confiance à leur politique.
Et c'est deux fois moins qu'en Allemagne ou en Italie. Donc, en fait, on a un problème en France spécifique sur la défiance des Français vis-à-vis de ce qui se passe dans l'État. Donc, là, cette décision va encore mettre de l'eau au moulin, en fait, de cette défiance.
Oui, alors, c'est quand même une tradition, vous le disiez. Il n'y a que Nicolas Sarkozy, finalement, qui avait nommé Didier Migaud, issu de la gauche, à la cour des comptes. Mais ça reste une tradition.
Est-ce qu'Emmanuel Macron n'est pas finalement dans la droite ligne de ses prédécesseurs, Dominique ? Oui. Moi, j'attache beaucoup d'importance, comme Pablo, mais je n'en tire pas toujours les mêmes conséquences, au choix des mots.
Alors, on a laissé de côté coquin, on parle de copains, je dirais, moi, fidèles. Et c'est la tradition de la Ve République, c'est de mettre des fidèles, des gens envers qui on a confiance et qu'on a connus à l'épreuve des faits, de les mettre à ces postes de responsabilité. Est-ce que cette situation, qui n'est donc pas nouvelle et qui ne se limite pas pour l'instant, parle de la cour des comptes, mais qui parle de la cour des comptes, est-ce que ça a empêché les alternances ?
Est-ce que...
Mais attendez, c'est à ça qu'il faut...
Est-ce qu'ils ont un pouvoir tel qu'ils sont à même de bloquer une volonté d'alternance populaire traduit dans les urnes ? La réponse est non. Bon, voilà.
On verra. Non, mais si la réponse, c'est de toute façon, ça ne sert à rien, la cour des comptes...
Mais je n'ai pas dit qu'elle ne servait à rien. Mais elle ne bloque pas, elle ne bloque pas l'alternance, c'est ça dont il s'agit. Bon, bref.
Amélie Montchalin, pour moi, c'est d'abord...
Il y a peut-être des questions qui vont surgir, même chez moi, et que je ne me pose pas encore. Mais c'est d'abord un personnage étonnant dont je n'aurais jamais imaginé, il y a seulement un an, deux ans, et a fortiori un peu plus, qu'elle puisse être aujourd'hui en situation d'être première présidente de la cour des comptes. C'est un avènement, mais bon, ça peut mal tourner, mais l'histoire n'est pas écrite d'avance.
Comme quoi, rester proche...
Il faut changer les règles, Pablo, puisque c'est la règle, entre guillemets, que ce soit le président de la République qui nomme, et le premier président de la cour des comptes, et le président du Conseil constitutionnel, etc. Donc, est-ce qu'il faut, finalement, changer les règles ? C'est intéressant ce que vous dites, parce que...
C'est un usage plutôt qu'une règle. Exactement. Non, mais exactement, c'est un usage...
Enfin, c'est une règle que c'est le président qui nomme. Ça, c'est une règle des rangs. Qui nomme quelqu'un qui lui soit...
Exactement. Et c'est là que se pose la question du sens de l'État, et de comment fonctionnent globalement nos institutions. Emmanuel Macron, quand bien même il a à nommer le premier président ou la première présidente de la cour des comptes, aurait pu nommer, en fait, quelqu'un qui ne correspond pas, en fait, à son premier cercle de fidèles.
Ça aurait été tout à son honneur. C'est aussi ça, finalement, sa fiche de poste. S'assurer, en fait, que les pouvoirs, dans notre pays, sont bien équilibrés.
Or, aujourd'hui, on a l'impression que ce n'est plus ça son sujet. Son sujet, c'est recaser, en pensant déjà que l'année prochaine, ça va être compliqué, recaser, en fait, ses copains pour qu'ils puissent avoir des postes après 2027. En revanche, je voudrais dire mon accord avec ce que j'ai oublié de le dire tout à l'heure.
La mention qu'a faite Pablo d'une enquête qui est parue dans Le Monde et qui confirme, mais spectaculairement, outrancièrement, ce qu'on fait, on pressent et ce qu'on vérifie depuis quelque temps, à un nombre considérable de Français, 80%, etc., ont un mouvement, moi je vais le traduire comme ça, ont un mouvement puissant de recul face à la chose politique, face au débat politique, face aux politiques. C'est le signe, c'est la confirmation de la crise que vit la société politique et que vit la France.
Alors, à partir de là, que chacun prenne ses responsabilités. Alors, autre chose, François Villeroy de Gallo, gouverneur de la Banque de France, a annoncé prématurément qu'il allait quitter ses fonctions, parce qu'il devait les quitter en septembre-octobre 2027. Donc là encore, c'est le président de la République qui doit nommer un nouveau gouverneur à la Banque de France.
Est-ce que finalement, Emmanuel Macron verrouille ? Et finalement, dans quel but ? Est-ce qu'en effet, c'est parce qu'il y a le risque que le Rassemblement national arrive à l'Élysée en 2027 ?
Et est-ce qu'aussi lui, si vous voulez, verrouille des postes clés avec 2032 en tête ? Alors, est-ce qu'il a 2032 en tête ? Je ne m'aventurerai pas jusque-là.
En revanche, on parle de République des copains. Et tout à l'heure, j'ai dit un peu à l'emporte-pièce, c'est pour trouver des postes pour ses amis qui, potentiellement, n'auront plus rien à faire après 2027. Mais plus profondément, c'est aussi quelque chose qu'aujourd'hui, on peut dire, est dans l'ADN d'Emmanuel Macron, c'est de s'imaginer au centre du cercle de la raison.
Et lorsqu'on est au centre du cercle de la raison, on est entouré de gens qui sont dans ce cercle de la raison. Et donc, il n'y a que là qu'il y a des gens compétents pour ces postes importants. Il n'arrive pas à considérer, Emmanuel Macron, et il en donne la preuve tous les jours depuis maintenant une dizaine d'années, il n'arrive pas à considérer qu'en dehors de sa façon de penser la politique, de sa façon de penser les modèles économiques, de sa façon de penser les administrations et la marche du monde, il n'arrive pas à penser qu'il puisse y avoir des pensées alternatives.
Et c'est peut-être ça le problème, parce que précisément, y compris au sein de notre État, on a besoin, en fait, de gens qui portent des discours qui sont un peu différents, qui ont des façons de regarder, par exemple, les comptes publics un peu différents. Oui, mais le problème, c'est que si le premier président de la Cour des comptes regarde les comptes publics exactement comme le ministre des comptes publics qui va succéder à Amélie de Montchalin, il va y avoir un problème. Il n'est pas seul à la regarder.
J'entends, on voit qu'on a des oppositions. Et peut-être de bonnes surprises. Alors, je voudrais parler d'un autre sujet, l'affaire Epstein, qui n'en finit plus de faire complètement autre chose, de faire des rebondissements.
Voilà, en dernier en date, Jack Lang qui a été donc poussé à la démission de l'Institut du Monde Arabe. On apprend qu'un diplomate a été cité, là, plus de 200 reprises dans les Epstein files, comme on dit. LFI veut une enquête parlementaire pour écouter les victimes et voir s'il n'y a pas de lien financier entre Epstein, ce financier et prédateur sexuel, et des partis politiques en France.
Yael Brown-Pivet a dit non, on laisse faire la justice. Pour l'instant, pas d'enquête parlementaire. Est-ce que c'est incompatible, Dominique ?
Non, ce n'est pas incompatible. Mais attendez, cette affaire-là, elle est monumentale. Même quand nous en parlons modestement, mais en essayant d'approcher la vérité du moment, probablement que ce n'est rien à côté de ce qui va se profiler dans les mois.
C'est un tremblement de terre. Je parle de l'affaire Epstein, globalement. Nous n'en connaissons pas toutes les conséquences.
Elles risquent d'être énormes et en tout état de cause. Au jour d'aujourd'hui, on peut dire que c'est une mise en cause du système démocratique qui est extrêmement préoccupant. Alors, est-ce qu'il faut une commission d'enquête en France ?
Oui, enfin bon, je vais vous dire, je fais le pari sans savoir qu'il y en aura une dans trois semaines, enfin dans quinze jours. Enfin, je veux dire, Pablo, vas-y, vas-y, est-ce que c'est un scandale parce que ce n'est pas encore le cas ? Mais franchement...
Non, mais c'est une évidence, en fait, que l'affaire Epstein, a révélé, en fait, quelque chose que, d'ailleurs, dont on parlait plus ou moins avant, c'est-à-dire la puissance, en fait, de ces liens financiers et pédocriminels entre tout un réseau de gens, y compris des Français et des Françaises. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est...
Tout le monde tremble, là, quand même. Tout le monde tremble, mais je pense qu'il est bon que les hommes et les femmes politiques s'intéressent, en fait, à ce que dit profondément et politiquement cette affaire Epstein. Et je vois que chacun, comme il le peut, ils essayent de le faire.
Ils essayent de se poser la question politique de ce que ça révèle. Après, il y a la question des affaires judiciaires. Vous avez cité le cas de Jack Lang et de sa fille.
Il y a une enquête judiciaire qui a été ouverte. Sur des financiers, sur des...
Exactement, sur le volet financier, tout à fait, pas sur le volet pédocriminel. Et donc, la question, en fait, de la commission d'enquête, c'est là que, parlementaire, de l'Assemblée nationale, c'est là que ça pose un peu un problème. Parce que, en son article 139, il est stipulé qu'on ne peut pas ouvrir une commission d'enquête parlementaire lorsqu'il y a une enquête judiciaire en cours.
Donc là, on peut imaginer qu'il y a un peu un problème, sachant que...
Un téléscopage, oui. Un téléscopage. Mais, on peut dire aussi que l'affaire Jack Lang, l'affaire financière Jack Lang, c'est un tout petit bout, en fait, des millions de documents qui ont été produits par le ministère américain.
Et ça, ça pose un autre problème. C'est quelles capacités véritables ont les commissions d'enquête parlementaires en France ? Je rappelle que, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, où chaque membre du Congrès a 40 personnes, 40 assistants, en fait, qui ont les moyens, tu vois, chacun, ça fait une administration énorme, en fait, tous les attachés parlementaires dans les chambres américaines.
Nous, en France, c'est 3-4, ils en ont. Et donc, traiter des millions de documents avec 3-4 attachés parlementaires, je ne pense pas qu'on ira très loin. Et c'est un autre problème, en fait, qui vient, à mon avis, dans le débat, c'est à quoi sert une commission d'enquête parlementaire en France ?
Elle sert à mettre la lumière, parce que c'est un show, maintenant, on le voit avec la commission d'enquête sur le service public de l'audiovisuel. C'est très médiatisé. On se souvient de celle de Benalla, où c'était un show permanent, notamment, je me souviens du sénateur Jean-Pierre Sueur, etc.
À la fin, là, qu'est-ce que vous voulez ? À partir de votre diagnostic, vous voulez qu'il y ait des commissions parlementaires toutes les semaines sur tous les sujets ? Oui, mais moi, ce que je pense, c'est que, qu'on se saisisse politiquement du sujet, ne nécessite pas, en fait, qu'on fasse une commission d'enquête.
Je ne vois pas pourquoi, nécessairement, il y aurait une commission d'enquête. À faire, à suivre, donc, merci d'avoir participé à ce face-à-face et l'info continue sur France 24. À très bientôt.
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Amélie de Montchalin