Blocage des raffineries, prix de l'énergie, voitures électriques... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Roland Lescure, ministre chargé de l’Industrie
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Bonjour Roland Lescure, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne ont promis un retour à la normale dans les stations-service dès cette semaine, alors que le nombre de stations à sec est reparti à la hausse pendant le week-end. Est-ce qu'ils ont parlé un peu trop vite ?
Non, on va tout faire pour. C'est-à-dire que le gouvernement fait sa part du boulot, si je puis dire. Un, en appelant aux négociations. Deux, en annonçant, une fois que les négociations ont abouti sur des accords majoritaires, qu'on va débloquer les raffineries. Puis ensuite, il faut que ça se débloque, littéralement. Mais moi, je pense qu'on est dans un balai, en fait, qui est assez écrit d'avance, qui doit se dérouler un peu jusqu'au bout. J'imagine que les grévistes, en annonçant la poursuite de la grève aujourd'hui, attendent la journée de demain avec impatience. Et ensuite, il faut que l'acte se termine.
Donc, vous ne pouvez pas pour l'instant dire aux Français qui vont partir en vacances en fin de semaine qu'ils auront forcément du carburant.
Moi, je pense qu'ils en auront. Je pense que ce sera encore un peu difficile d'en obtenir. Et évidemment, je compatis largement avec cette galère, parce qu'il faut l'appeler comme elle est. C'est une galère aujourd'hui d'aller chercher de l'essence. Et c'est vrai que pour celles et ceux qui envisagent d'aller en vacances, ça va être forcément un peu difficile d'en trouver. Mais en tout cas, on va tout faire pour que ça s'améliore progressivement dans les jours qui viennent. Moi, j'en appelle aussi un peu la responsabilité de tous les acteurs. Chacun a sa part du travail à faire. Évidemment, les entreprises doivent négocier, mais c'est le cas maintenant.
Ça a été le cas chez Exo et c'est le cas chez Total. Il faut que les salariés, à un moment, acceptent que les accords majoritaires, une fois qu'ils sont signés, ça s'impose à tous. C'est la démocratie, ça.
Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du MEDEF, s'agace en parlant, je cite, des 150 personnes des raffineries qui prennent les Français en otage. Vous dites la même chose ?
Je n'aime pas trop ces vocabulaires quasi guerriers, parce qu'on n'est pas dans une guerre. Mais on est dans une situation qui, à mon avis, devrait, je le répète, avec la responsabilité de tous les acteurs et de toutes les actrices, se stabiliser et s'améliorer. Il faut, pour citer une fois de plus Maurice Thorez, savoir arrêter une guerre. Savoir arrêter une grève, pardon.
Une fois qu'il a obtenu partiellement satisfaction. Exactement.
Il y a deux parties, les syndicalistes vous rappellent d'ailleurs. Oui, je sais, il la répète, mais moi j'entends toute la phrase. Aujourd'hui, il y a des syndicats majoritaires chez Sceaux, et visiblement chez Total, on n'en est pas loin, qui considèrent qu'ils ont obtenu satisfaction.
Ce que dit la CGT, c'est que l'accord a effectivement été signé par deux syndicats majoritaires dans l'ensemble du groupe Total, mais qu'elle est, elle, la CGT majoritaire dans les raffineries.
Écoutez, on peut toujours... Moi, j'ai été majoritaire dans ma circonscription. Ce qui compte quand même, c'est la majorité au Parlement aujourd'hui, qui est aussi une majorité de la majorité gouvernementale. On peut toujours découper et saucissonner des suffrages en se disant qu'on est majoritaire quelque part. On est toujours majoritaire dans un bureau de vote. La démocratie sociale, pour moi, ça a du sens. Ça se respecte dans les deux sens, d'ailleurs. Le dialogue social, il est essentiel. Je pense qu'il a mis un peu de temps à démarrer, mais que maintenant, il est en cours et qu'il débouche. Il faut que tout le monde s'y conforme, sinon ça part dans tous les sens.
Total, justement, il y a eu un accord qui a été conclu avec deux syndicats, une hausse de salaire de 7% des novembres et entre 3 000 et 6 000 euros de primes. Est-ce que vous dites que l'entreprise doit faire un geste supplémentaire parce que la CGT, elle, elle demande 10% de hausse de salaire ?
Deux choses à ça. D'abord, quand on entend ces chiffres, je pense que je laisse chacun et chacune juger leur pertinence ou pas. Mais par rapport à une inflation qui est aujourd'hui à 6, on se souvient qu'elle est à 10 ou 12 partout en Europe, je pense qu'il y a un geste significatif qui semble avoir été fait. C'est suffisant ou pas ? Alors ça, ce n'est vraiment pas à moi d'en juger. Ça, c'est la deuxième partie de mon insertion. Je ne suis pas là. Le gouvernement n'est pas là pour négocier. Le gouvernement ne réclame pas un geste supplémentaire à total. Non, chacun et chacune peut juger de la pertinence ou non de ce geste.
Ensuite, il y a une négociation qui doit se faire au niveau de l'entreprise.
Oui, d'accord, mais est-ce que vous trouvez que les cégétistes, ils abusent en demandant davantage ?
Moi, je considère que le gouvernement, il est garant du dialogue social. Il doit s'assurer que le dialogue social a lieu. Alors, si le gouvernement se met dans les négociations en disant 7, c'est trop, c'est pas assez, là, on va vraiment partir n'importe comment dans un sens où on nationalise tout. On peut nationaliser les salaires. D'ailleurs, la NUPES le proposait en proposant des amendements cet été qui visaient des augmentations généralisées de salaires. Moi, toutes les semaines, je suis dans des entreprises industrielles qui, aujourd'hui, font face à une inquiétude, c'est pas les salaires, c'est la hausse des coûts de l'énergie. Je peux vous dire que les salariés, y compris...
On en parlait tout à l'heure. Oui, mais juste qu'on comprenne bien, parce que les organisations syndicales que je rencontre aujourd'hui dans les entreprises que je visite, ils sont inquiets de la capacité de l'entreprise à poursuivre sa production. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il y a des situations extrêmement divergentes. Il y a des entreprises qui vont bien. Il faut qu'elles se mettent autour de la table et qu'elles participent à partager ce bien. Il y a des entreprises qui souffrent aujourd'hui, et les salariés sont prêts à accompagner aussi les entreprises dans ces moments difficiles.
On va parler non seulement des mesures mises en place pour les entreprises et de ce qui manque peut-être aussi pour les aider dans cette période. Si je vous dis l'attitude de la CGT est illégitime, vous êtes d'accord ou pas ?
Moi je pense qu'aujourd'hui, elle est évidemment légale, si c'est la question, puisque le droit de délai est légal.
La question est illégitime, c'est ce que vient de déclarer votre collègue Bruno Le Maire, le ministre de l'économie.
Moi je pense qu'il y a un enjeu, en tout cas, comment dirais-je, d'acceptabilité et donc de respectabilité de ce conflit. Ça c'est autre chose. La légitimité d'un syndicat, c'est une autre question. Non mais le syndicat est légitime. Le mouvement qui s'oppose à un accord majoritaire signé par des organisations syndicales dans le cadre d'une négociation avec une direction, moi je pense qu'on est en train de franchir des limites qu'il ne faudrait pas franchir, surtout dans un moment aujourd'hui où on a plutôt besoin de rassemblement que de division.
On a la guerre au port de l'Europe, on a les coûts de l'énergie qui partent dans tous les sens et on est là à essayer de se tendre sur des accords qui sont en plus des accords...
En attendant, Roland Lescure, est-ce que vous allez accélérer les réquisitions pour que le retour à la normale se fasse le plus vite possible ?
En tout cas, on va continuer à le faire, bien sûr. Ça a été fait la semaine dernière avec un certain succès. Mais oui, on n'est pas là pour mettre des camions militaires sur toutes les routes de France. On est là pour montrer que le gouvernement débloque la situation au fur et à mesure que les négociations salariales avancent.
Mais combien de temps on peut piocher dans les stocks stratégiques ?
Vous voyez bien qu'aujourd'hui, on est sur une situation qui n'est pas satisfaisante. À peu près 30% des stations qui sont en rate, c'est le cas de le dire, et notamment avec des régions particulièrement touchées. Ça ne nous empêche pas de continuer à livrer avec certes une situation qui est insuffisante, mais qui permet quand même d'avoir de l'essence. Il faut être patient. Franchement, les gens ont autre chose à faire aujourd'hui que d'aller faire la queue aux stations-services. Mais voilà, on arrive à, je pense, assez bien gérer cette situation difficile, mais ça ne peut pas durer des jours et des jours. Il faut qu'on passe à autre chose. Le déblocage est utile.
La responsabilité des organisations syndicales aussi.
Roland Lescure, le ministre de l'Industrie et l'invité de France Info. Jusqu'à 9h. Le fil Info, 8h40. Marie Maeve.
Des perturbations dans les crèches, l'éducation nationale ou encore les transports. Journée de grève interprofessionnelle. Demain, à l'appel de plusieurs syndicats. À la SNCF, le mouvement pourrait être reconduit, prévient Sudrail, et ce, à l'approche des vacances de la Toussaint ce vendredi. Face à la hausse des prix à la pompe, la première ministre prolonge. La risque tombe de 30 centimes par litre. Celle de Total, de 20 centimes, est également prolongée. Elisabeth Borne a appelé à la fin des blocages. Mais la grève est reconduite ce matin sur les 5 sites de Total Énergie.
À Paris, 4 personnes sont toujours en garde à vue ce matin après la découverte du corps d'une enfant de 12 ans dans une malle ce week-end. La principale suspecte est une femme d'une vingtaine d'années repérée avec la collégienne avant sa mort. Et puis, qui avait attaqué par des drones kamikazes ce matin ? C'est la présidence ukrainienne qui l'annonce une semaine jour pour jour après les attaques russes sur plusieurs villes du pays qui ont fait au moins 19 morts. France Info.
Le 8.30 France Info. Sali Abrakia, Marc Fauvel.
Toujours avec le ministre de l'Industrie, Roland Lescure, la France Insoumise propose via un amendement que l'impossibilité de s'approvisionner en essence soit un motif légitime d'absence au travail. Est-ce que vous y êtes favorable ?
Non. Je veux dire, on ne fait pas des amendements de circonstance selon l'actualité du lundi. On fait un amendement le mardi. Je veux dire, aujourd'hui, le droit de grève, il est extrêmement protégé en France. Il est très bien encadré. Là, ce n'est pas la grève.
Oui, je parle des consommateurs.
Ah, pardon. Les Français, on parle des Français qui ne peuvent pas. L'amendement, c'est quoi, aujourd'hui ?
Alors, je repose.
L'amendement du jour de la France Insoumise, excusez-moi.
L'impossibilité, que l'impossibilité de s'approvisionner en essence soit un motif légitime d'absence au travail. On oublie la grève, là.
Écoutez, on ne l'oublie pas tout à fait parce que l'un est quand même le résultat de l'autre. On ne parle pas des grévistes, on parle des Français qui ne peuvent pas aller au boulot. Non, mais on parle de ceux qui galèrent, exactement. Moi, j'étais dans une entreprise de matériel médical vendredi. J'y suis allé en RER, c'est en banlieue parisienne. J'ai échangé avec les salariés. Aujourd'hui, eux, ils font preuve de solidarité. Ils organisent le covoiturage. Ils vont se débrouiller pour aller bosser ensemble. Et qu'il faut les laisser travailler. Alors, on peut passer son temps à passer des amendements pour organiser les conflits, les blocages, les grèves et les manifestations.
Moi, je considère aujourd'hui que les gens, dans leur extrême majorité, ils ont envie d'aller bosser et qu'ils ne peuvent pas aller bosser.
Alors, ils ne peuvent pas y aller. Est-ce qu'il faut poser une RTT ? Qu'est-ce qu'il faut faire dans ces cas-là si on ne peut pas aller bosser ?
Mais aujourd'hui, dans la quasi-totalité des entreprises, c'était le cas de celle que j'ai vue vendredi. Les gens s'organisent, les gens se parlent. Il faut qu'on se parle dans ce pays. Aujourd'hui, on a l'impression qu'il y a 30 000 personnes dans la rue qui manifestent et le reste du pays qui regarde ça à la bouche bée. La réalité, c'est que dans les entreprises, les gens se parlent. Que le dialogue social en France, il existe.
Que sur les salaires pour les entreprises qui vont bien, que sur la production pour les entreprises qui vont pas mal, pour l'organisation des transports, quand on a des situations comme celles d'aujourd'hui ou peut-être de demain, les gens se parlent et c'est tant mieux. Arrêtons d'imaginer que la France est au bord de la guerre. Il y a malheureusement un pays aujourd'hui qui est en guerre, au bord de l'Europe. Je voudrais relativiser un peu, qu'on se calme, qu'on continue à négocier, à discuter et qu'on arrête de tout conflictualiser.
Est-ce que vous êtes favorable, Roland Lescure, à l'organisation d'une conférence en France sur les salaires ?
Moi, je suis contre la nationalisation des salaires. La déresponsabilisation des chefs d'entreprise qui doivent prendre leurs responsabilités et organiser des négociations. Je le répète, aujourd'hui...
Mais vous voyez là que dans certaines branches, ça marche pas. Ça fait plusieurs mois que Bruno Le Maire demande au patron d'augmenter les salaires.
Et c'est en train de se mettre en place. C'est inégal, selon les branches ? Exactement. Et pourquoi c'est inégal, selon les branches ? On a fait quand même ce que, je pense, l'État doit faire. Il faut commencer par ça. Le SMIC, qui augmente de 8%, plus que l'inflation...
Le SMIC fait que de nombreux métiers se sont retrouvés en dessous du SMIC. C'est-à-dire qu'il y a eu un tassement des salaires. Le SMIC est indexé sur l'inflation, pas les revenus qui sont juste au-dessus. C'est ce que disent beaucoup de gens aujourd'hui. Le SMIC, il est à 1350. Il y a des gens qui, aujourd'hui, gagnent 1400, 1500, dont le salaire n'a pas progressé.
Et ça, c'est le rôle des entreprises de faire des négociations. Et que celles qui le peuvent donnent des négociations. Et en priorité, vous avez raison, aux petites rémunérations. Ce que fait le gouvernement, c'est 1, donner des signaux importants. Retraite, point d'indice. SMIC, blocage des prix, ou quasiment, en tout cas dans l'énergie, avec une inflation qui est la plus basse dans toute l'Europe et au fond, dans tous les pays occidentaux. Ensuite, il faut que les entreprises fassent leur part du boulot. Moi, je suis pour la démocratie sociale. Je ne suis pas pour l'autocratie sociale. La loi du marché. Non, ce n'est pas la loi du marché.
Je veux dire, le jour où la France sera dans une économie libérale sauvage, je pense qu'on ne sera pas tout à fait dans la situation dans laquelle on est aujourd'hui. On a un système de protection sociale les meilleurs au monde. On a un système de santé les meilleurs au monde. Non, mais concrètement, on a une école graphique.
D'une seule question.
Oui.
Là, à postériori, vu la situation, vous vous dites, on aurait quand même dû voter le SMIC à 1 500 proposés par la gauche.
Non, non. Moi, je pense qu'on a augmenté le SMIC comme...
Suffisamment.
Comme jamais et on va continuer à le faire. L'idée, c'est qu'au fur et à mesure que l'inflation, si elle doit continuer à progresser, progresse, on continuera à prendre notre responsabilité, à faire notre part du boulot. Il faut que tout le monde le fasse, à la fois les salariés et les chefs d'entreprise.
La grève a commencé à s'étendre ces derniers jours dans les centrales nucléaires. Dans certaines d'entre elles, les grévistes ont commencé à baisser la charge électrique fournie. Est-ce que c'est de bonne guerre ?
L'expression est sans doute bien ou mal choisie. Moi, je ne pense pas que ce soit le moment. C'est moi qui l'utilise.
Non, non, mais c'est pour ça. Est-ce que vous considérez que c'est normal dans l'exercice du droit de grève de toucher aussi, de tourner le bouton des centrales nucléaires pour qu'elles produisent un peu moins ?
En tout cas, ce n'est vraiment pas le moment. Aujourd'hui, je le répète, moi, je fais face à des entreprises qui payent leur électricité ou leur gaz bien trop cher. C'est sûr que tourner le bouton, comme vous dites, ça ne va pas améliorer la situation. Là encore, solidarité, responsabilité, collectif. Est-ce qu'on est capable ensemble de se dire que l'hiver est difficile, que la guerre est aux portes de l'Europe, que l'énergie bat tous les records et qu'il faut aider l'économie française à passer l'hiver ? Ça ne veut pas dire que le dialogue social ne doit pas avoir lieu.
Mais aujourd'hui, pour moi, ministre de l'Industrie, la priorité des priorités, c'est que l'industrie française continue à tourner. C'est essentiel parce que derrière l'industrie française, il y a évidemment des emplois, il y a des revenus.
Mais quand vous voyez qu'ils veulent aussi retarder le calendrier de maintenance des centrales, vous vous dites, pour cet hiver, ça va compliquer la tâche ?
Ça va être difficile ?
On va manquer encore plus d'électricité ?
Aujourd'hui, on recule le calendrier pour 5 réacteurs. Il y en a 21 qui, j'espère, ça va être une des missions essentielles du nouveau PDG d'ODF, vont reprendre en temps et en heure. On avait 26 réacteurs arrêtés pour des raisons de...
Là, il y a déjà un retard.
Il y en a un pour 5. Donc moi, ce que j'espère, et je le répète, mais aujourd'hui, la priorité des priorités pour EDF, c'est de livrer des électrons. C'est-à-dire, c'est l'efficacité opérationnelle et industrielle d'un grand opérateur français qui doit montrer qu'il est capable de livrer la marchandise. Et pour ça, j'espère bien qu'effectivement, les 21 réacteurs qui doivent redémarrer d'ici la fin de l'hiver, vont le faire.
Face à la crise énergétique, vous parliez de l'industrie il y a quelques instants, dont vous êtes le ministre, la production industrielle va chuter de 10% au dernier trimestre de cette année. Est-ce que ça y est ? Est-ce qu'elle est en train de décrocher déjà ? Est-ce que la France, les usines sont en train de décrocher ?
Alors ça, c'est ce que prévoit France Industrie si les prix de l'énergie restent là où ils sont. Donc on est dans une semaine... Ce qui est le scénario le plus probable pour l'instant. Non, on est dans une semaine clé de ce point de vue-là. Il y a un sommet européen d'ici la fin de la semaine. Ce qu'on souhaite, Emmanuel Macron, il travaille et négocie jour et nuit avec ses collègues européens, c'est d'avoir en place tout un arsenal qui va faire baisser le prix de l'électricité et le gaz très vite. Avec la limitation des prix du gaz
dont les Allemands ne veulent pas aujourd'hui.
Exactement. On est aujourd'hui dans un vrai défi, dans un vrai débat, comme c'est souvent le cas en Europe, la veille des sommets européens, entre, je dirais, les volumes et les prix. Nous, on veut faire baisser les prix. Les Allemands ont peur que si on fait baisser les prix, il n'y ait plus les volumes. Vous savez que l'industrie allemande dépend beaucoup du gaz. Donc il faut les rassurer sur le fait qu'on va continuer à avoir de l'énergie en Europe. Il faut nous rassurer et rassurer nos industriels sur le fait que les prix vont baisser.
Il y a tout un arsenal sur lequel, à mon avis, il est possible de converger, qui suppose de négocier avec les Norvégiens, les Américains au niveau européen, qui suppose de plafonner le prix du gaz dans les centres électriques, qui suppose d'amplifier, de prolonger et de simplifier le dispositif d'aide. On y travaille et j'espère qu'on va converger.
Qu'est-ce qui nous interdit de faire comme les Espagnols et de sortir momentanément du marché de l'énergie ?
En gros, c'est la géographie. Quand vous regardez la géographie de l'Europe, la péninsule ibérique est très isolée. Si on le fait tout seul, le mécanisme à l'espagnol, on va en gros subventionner l'ensemble de l'énergie européenne, l'ensemble du gaz européen. Donc oui, il faut faire le mécanisme à l'espagnol, mais il faut le faire ensemble. Si on arrive à convaincre nos partenaires qu'on fait un mécanisme à l'espagnol pour tout le monde, on avancera ensemble vers des prix du gaz plus bas. Sinon...
Qu'est-ce qui est le plus dur aujourd'hui ? C'est négocier avec la CGT ou négocier avec Olaf Scholz ?
Je dirais que ce n'est pas tout à fait les mêmes. C'est Patrick Pouillonnet d'un côté qui négocie avec la CGT, Emmanuel Macron négocier avec Olaf Scholz.
Mais c'est dur aussi avec Berlin en ce moment ?
Je dirais qu'on avance, mais qu'on avance difficilement. L'industrie allemande n'est pas dans une situation extrêmement favorable, il faut le reconnaître. L'industrie automobile a beaucoup souffert. Et donc aujourd'hui, l'Allemagne, qui fait face à des ventes face énormes, moi je les appelle et je pense qu'on y arrivera à travailler ensemble en solidarité européenne. C'est quand même l'essentiel et on l'a toujours montré. On l'a montré pendant la Covid, on l'a montré pendant la guerre en Ukraine. Il faut le montrer face à tête.
On va parler de l'industrie française, du choc énergétique dans un instant. Le fil info à 8h et presque 50 minutes. Tout d'abord, Marie Mave.
Après un léger mieux, une station essence sur 3 est de nouveau en difficulté. Ce matin, la grève a été reconduite chez Total Energy. Sur France Info, Roland Lescure, ministre en charge de l'industrie, appelle à la responsabilité de tous les acteurs et assure que les réquisitions dans les raffineries vont continuer. Des réquisitions qui ont justement déclenché l'appel à la grève. Interprofessionnel de demain, des perturbations sont annoncées dans plusieurs secteurs et notamment dans les transports parisiens à la RATP ou encore à la SNCF. Aujourd'hui, c'est la police judiciaire qui est dans la rue un peu partout en France contre la réforme de leur filière.
Des magistrats seront également à leur côté. Tous dénoncent une atteinte à l'efficacité des enquêtes. Et puis, après la victoire du PSG, hier, face à Marseille 1-0, l'attaquant parisien Kylian Mbappé l'a assuré. Je n'ai jamais demandé mon départ malgré des informations contraires venues de son entourage avant le match de Ligue des Champions mardi dernier. France Info
Le 8.30 France Info Salia Brakia Marc Fauvel
Toujours avec le ministre de l'Industrie Roland Lescure dans une tribune parue hier dans le journal du dimanche. Laurent Wauquiez prédit un tsunami de délocalisation et de faillite. Est-ce qu'il se trompe ?
Bon, la dernière fois que Laurent Wauquiez était au gouvernement, on a détruit 350 000 emplois dans l'industrie. Nous, ces 5 dernières années, on en a créé 50 000. Ce que j'espère, c'est qu'on va tous se rassembler aujourd'hui autour de l'industrie française pour qu'on poursuive le grand mouvement de réindustrialisation qu'on a commencé. Et oui, cette période est difficile, il faut qu'on se serre les coudes pour soutenir notre industrie française. Moi, je n'ai pas besoin de leçons aujourd'hui, j'ai besoin de l'union autour de l'industrie française.
La crainte des faillites, c'est aussi l'inquiétude qu'a partagée la patronne d'Engie, Catherine McGregor. Est-ce que vous avez un chiffre aujourd'hui de nombre d'entreprises qui sont dans des difficultés, qui partagent ?
Oui, la partie visible de l'iceberg, c'est-à-dire ceux qui nous alertent. Donc, on est alerté par les régions qui nous appellent, qui viennent nous voir. On regarde les entreprises au cas par cas, c'est à peu près 350 entreprises aujourd'hui qui font vraiment face à des difficultés importantes du fait de la crise énergétique. C'est un peu la partie visible de l'iceberg parce qu'évidemment, aujourd'hui, au fond, toutes les entreprises sont affectées par une hausse de l'énergie sauf les toutes petites qu'on m'a protégé avec le bouclier tarifaire.
Aujourd'hui, le défi majeur, il est en Europe, il est en partie en France aussi, c'est d'accompagner au cas par cas toutes ces entreprises de manière à ce qu'elles puissent continuer à produire. L'enjeu majeur, c'est de préserver l'appareil productif, d'accompagner les salariés de manière à ce qu'on ferme au minimum les activités. Il y en a qui vont ralentir, il y en a déjà qui ont ralenti. Vous savez que les verreries, par exemple, ça consomme énormément d'énergie. Il y a des verriers aujourd'hui, du Ralex,
qui baissent
exactement, qui ferment leur four et ça, il faut qu'on les accompagne aussi, y compris les salariés face à ces situations difficiles. Mais aujourd'hui, je le dirais comme ça, pour un laïc, ça peut apparaître un peu improbable mais la messe n'est pas dite. On a aujourd'hui les moyens de faire en sorte que notre industrie passe cet hiver mais il faut qu'on mette le paquet au niveau européen, au niveau national et on va le faire.
Bruno Le Maire avait annoncé il y a quelques jours sur ce plateau un nouveau bouclier tarifaire plus adapté à la situation des entreprises qui n'en bénéficie pas aujourd'hui. Il est pour quand ?
Il est pour début novembre. En fait, on est en train de négocier l'ajustement de ce qu'on appelle le mécanisme d'aide d'État. Ça, ça fait partie du paquet européen pour simplifier, pour prolonger parce qu'il était en théorie éteint fin 2022, on va évidemment le prolonger en 2023 et pour amplifier. Donc amplifier, on augmente les plafonds. On avait trois plafonds, 2, 25, 50 millions d'euros, on va les doubler et simplifier. Plus d'entreprises concernées. Plus d'entreprises concernées qui vont a priori toucher davantage aussi. Moi, j'ai des entreprises...
Ça va coûter combien tout ça ?
Ça, en fait, ça dépend beaucoup de l'impact de toutes ces mesures sur le prix du gaz. Si on arrive à faire baisser le prix du gaz et de l'électricité, au fond, ça ne coûtera pas grand-chose. On aura, en fait, construit un airbag ou une glissière de sécurité, mais on ne sortira pas de la route. Donc ça dépend des Allemands ? Ça dépend de l'Europe, en fait. Ça dépend de l'Europe. Non, non, non, c'est pas... D'abord, c'est une négociation européenne, même si elle a comme toujours une dimension
pour quoi elle est forte. Combien ça va coûter, tout simplement, parce qu'on est en train de voter le budget ? Cette semaine, vous avez bien...
Non, mais on a une ligne. Aujourd'hui, on a 3 milliards de budgetés pour ça. Et on a déjà dit que la fameuse contribution qui, elle aussi, a été votée cette semaine, qui va permettre d'avoir des énergéticiens qui contribuent au budget de l'État, va nous permettre de rajouter des montants à ce fonds. Aujourd'hui, on a 3 milliards de budgetés pour l'année 2023.
Oui, mais c'est sur les anciens critères. Là, vous avez tout changé.
Exactement. Mais pour l'instant, sur les anciens critères, je peux vous le dire, on a dépensé moins de 10 millions d'euros. Donc, il y a encore de la marge sur les 3 milliards.
Sur le budget, justement, à quoi ça sert de négocier et de passer des heures à l'Assemblée nationale, puisqu'on sait comment ça va se terminer, c'est-à-dire avec un 49.3 ?
C'est sûr qu'à 8 milliards la semaine, c'est-à-dire ? Je pense que c'est la somme des amendements qui ont été votés dans des alliances un peu improbables par les oppositions la semaine dernière. Et parfois par la majorité. Très minoritairement. Il y a eu un amendement, notamment, qui a été voté
à l'initiative de vos partenaires du Modem pour taxer exceptionnellement ce qu'ils appellent les super bénéfices. Les super dividendes. Super dividendes, pardon. Amendement qui a été voté par 19 députés de votre camp et par le propre suppléant d'Elisabeth Borne. Cet amendement va-t-il rester une fois que le 49.3 sera passé ?
Moi, je préfère nettement l'article qui a été voté quelques heures avant. Alors là, je ne l'ai pas. C'est la contribution sur les super profits des énergéticiens. Ça va rapporter des milliards.
Mais celui-là, on le connaît déjà. C'est un amendement. Oui, mais il est important. L'initiative du gouvernement. Mais celui-là,
il est simple, il est efficace et il rapporte beaucoup d'argent.
La taxation des super dividendes,
ça reste ou pas ? Celui-ci, il est compliqué. Moi, je ne suis pas sûr qu'il soit inefficace et il ne rapporte pas grand-chose. Vous n'êtes pas sûr qu'il soit inefficace ou efficace ? Je pense qu'il est inefficace, compliqué et je ne suis pas sûr qu'il rapporte grand-chose. Si ma langue a fourché, je vous prie de m'en excuser. Je crois qu'elle avait légèrement fourché.
Roland Lescure, le Mondial de l'Auto s'ouvre aujourd'hui à Paris. Vous y serez d'ailleurs tout à l'heure avec le président de la République. Un salon qui va mettre à l'honneur les voitures électriques. Emmanuel Macron vise un million de véhicules électriques d'ici la fin du quinquennat. Est-ce que c'est vraiment réaliste ?
Oui. Ça le laisse, c'est ambitieux, mais c'est réaliste. Pour ça, il faut que les constructeurs nous aident. Ça tombe bien, on les aide nous aussi. Je pense qu'il y a un certain nombre d'annonces qui ont été faites. Moi, j'ai grandi dans une 4L. Renault a déjà annoncé que la future Renault 4... Vous avez grandi dans une 4L. C'est-à-dire que la voiture de mes parents, c'était une 4L. D'accord. Et on allait se promener sur les routes de France en 4L pendant nos vacances. Moi, je suis très heureux d'imaginer que dans quelques années, quelques mois, même j'espère, on aura des 4L qui sortiront d'usines de production en France qui sont des 4L électriques. La Renault 5.
Donc, on a des véhicules qui vont être produits en France. Aujourd'hui, on vend 140 000 véhicules électriques. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est quand même 15 fois plus qu'il y a quelques années. La plupart de ces véhicules électriques sont importés. 80%.
80%.
Exactement. Donc, il faut qu'on produise ces véhicules électriques qui sont le sens de l'histoire.
On n'est pas en train de subventionner les constructeurs chinois qui vont pouvoir s'engouffrer dans le marché européen et français alors qu'eux-mêmes verrouillent le leur.
Non. On est clairement plus naïfs, je vais le dire comme ça, parce qu'on a sans doute été dans le passé. On souhaite développer une industrie automobile ou redévelopper, peut-être refaire naître. Comment vous allez forcer les Français à acheter des voitures françaises ? On ne va forcer personne. Mais je pense qu'on aura des constructeurs qui aujourd'hui sont en train de s'aligner pour avoir des véhicules de qualité et pas trop chers. On va continuer à aider les Françaises et les Français à acheter des véhicules. Vous le savez, le président l'a annoncé, la prime à l'achat va passer de 6 000 à 7 000 euros pour les Français les plus démunis, on va dire, et qui souhaitent passer à l'électrique.
Et on va accompagner les constructeurs européens et singulièrement les constructeurs français qui produisent en France sur l'innovation, sur la transition, parce qu'il y a des métiers qu'il faut accompagner. Les métiers d'hier ne sont plus les métiers de demain. Et on a tout un paquet, ça va faire 5 milliards d'euros dans le cadre de France 2030 pour accompagner l'industrie automobile française de celle d'hier et d'aujourd'hui à celle d'aujourd'hui et de demain, l'industrie électrique.
Une question sur une promesse d'Emmanuel Macron pendant la campagne, c'est la fameuse voiture en leasing à 100 euros par mois. Emmanuel Macron dit ce matin dans les échos que les Français, elle sera réservée aux Français les plus modestes, pourront la réserver à partir de la fin de l'année prochaine, qu'ils auront leur voiture début 2024. En plus des 100 euros, est-ce qu'il y aura une somme à débloquer au départ ? Est-ce qu'il faudra mettre un apport ?
Alors, on est en train de finaliser tout ça parce que, en fait, la raison pour laquelle on établit ce calendrier jusqu'à début 2024, c'est qu'on veut s'assurer que d'ici là, on aura suffisamment de véhicules justement produits en France pour éviter que le leasing...
Il n'y aura pas de voitures étrangères ?
Ce sera réservé aux voitures européennes ? En tout cas, on va tout faire pour que ce soit essentiellement des voitures européennes qui répondent à ce leasing. On va mettre en place des conditions d'un marché qui restent à préciser elles aussi en fonction des prix. Tout ça va dépendre des prix. Donc, on aura le détail du marché et le détail des entreprises qui auront remporté ce marché d'ici une année.
Et du coup, à l'origine ou pas ? Ou ce sera vraiment 100 euros par mois de location et rien d'autre à mettre ? Non, ça, je ne peux pas vous dire
à ce que ça. On est en train de finaliser ça.
Roland Lescure qui a donc grandi à bord d'une... Une 4L. C'est ce matin l'invité de France Info. Merci. Bonne journée à vous.
Roland Lescure