Face-à-Face : Mathilde Panot
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Mathilde Panot. Bonjour. Merci d'être dans ce studio, répondre à mes questions. C'est une journée très importante pour la réforme des retraites, puisque le grand débat et la bataille politique s'engagent à l'Assemblée nationale, en commission dès aujourd'hui, dans l'hémicycle à partir de demain. Et c'est vous justement qui êtes à la tête des députés de la France insoumise. Est-ce que vous êtes gauchiste de cette gauche paresse et bobo ?
Alors déjà, on voit le niveau des arguments qu'a le ministre quand il ne reste que ça comme argument.
C'est Gérald de Darmanin qui dit ça de vous, de la France insoumise, que c'est des gauchistes de cette gauche paresse et bobo qui veulent bordéliser le pays. On va y revenir mot par mot.
Justement. Alors quand il ne reste que l'insulte pour les Français et les Françaises qui sont 80% à être opposés à la réforme des retraites, 9 actifs sur 10, l'ensemble de l'intersyndical, ce qu'on n'avait jamais vu depuis 12 ans, et puis l'ensemble de la nupesse qui est contre ce texte, il ne leur reste donc que l'insulte. Je vais vous dire, ce gouvernement, plus il parle, plus il convainc les Français que cette réforme n'est ni juste ni équilibrée, bref, tous les éléments de langage qu'ils utilisent à tout va. Et donc, ce sont en quelque sorte les meilleurs avocats de la réforme pour faire en sorte qu'il y ait beaucoup, beaucoup de monde dans la rue ce 31 janvier.
Parce que, vous l'avez vu vous-même dans les sondages qui sont commentés sur BFM notamment, deux semaines de pédagogie du gouvernement, ça a donné plus de 13 points de Français qui sont contre cette réforme des retraites.
On va y revenir, mais en effet, les Français sont de plus en plus anti-réforme des retraites. Est-ce qu'ils mettent de l'huile sur le feu quand ils disent ça, Gérald de Darmanin ? C'était hier à Marseille.
Il y a chez la NUPES et singulièrement à la France insoumise des gens qui n'aiment pas le travail, qui n'aiment pas la valeur travail, qui veut une société sans effort, qui mentent finalement aux Français. S'il s'agit d'améliorer un texte, évidemment, je crois que le gouvernement sera à l'écoute. S'il s'agit de dire que par nature le travail est mauvais, on a une différence très importante. Je crois que la stratégie de M. Mélenchon, c'est de bordéliser le pays. Et il faut évidemment tout faire pour éviter que cela ne soit au rendez-vous. Et on sera tous, je crois, attentifs à ce grand moment de démocratie à l'Assemblée et au Sénat.
Est-ce que vous avez le sentiment, comme le dit Fabien Roussel, que c'est de la provocation ?
Oui, c'est de la provocation. Parce que d'abord, il y a deux points dans ce que dit M. Darmanin. La première, c'est que la bordélisation, c'est eux. Imaginez, ils sont en train de faire une réforme des retraites, dont le Conseil d'orientation des retraites dit lui-même que ce n'est pas nécessaire au vu des finances des retraites. Alors qu'il y a 10 millions de personnes pauvres dans notre pays, la moitié des personnes pauvres qui ont moins de 30 ans, 42 000 enfants qui sont à la rue ou dans des hébergements précaires, et alors que les prix sont en train d'exploser de partout, notamment ceux de l'énergie. Donc la bordélisation, ce sont eux qui veulent mettre le pays à feu et à sang.
Et puis la deuxième chose, c'est que nous avons une différence fondamentale avec effectivement les macronistes. Ils répètent à l'envie la valeur travail, la valeur travail. Mais la question de la réforme des retraites est une question des conditions de travail aujourd'hui. Et nous, nous voulons parler des conditions de travail, de la suppression des CHSCT, de la suppression des quatre critères de pénibilité.
Mathilde Panot, ne mettez pas tout sur la table d'un coup. On a du temps, vous allez pouvoir exprimer y compris votre contre-réforme, puisque vous la présenterez cet après-midi à l'Assemblée, et que vous allez nous en donner un avant-goût. Mais d'abord quand même, vous dites, au fond, c'est eux qui bordélisent le pays, pour faire référence aux mots de Gérald de Darmanin. C'est quand même une chose, c'est que quand on regarde votre bataille, notamment du côté des amendements, où vous voulez en déposer plusieurs milliers, est-ce que ce n'est pas au minimum, vous pouvez l'assumer, une manière de bordéliser le débat à l'Assemblée ?
Non, c'est que leur texte est extrêmement mauvais, c'est que ce texte est repoussé par une majorité sociale des Français, et que donc nos amendements, nous avons déposé le nombre d'amendements nécessaires. Vous savez, en 2019...
Ça ne vous paraît pas trop, il y en a des milliers. Honnêtement, vous êtes le groupe qui a déposé le plus d'amendements, 3 345 amendements.
Oui, mais vous vous rendez compte que c'est une réforme qui va changer la vie de millions de Français aujourd'hui, et celle des générations futures. La dernière fois, en 2019-2020, nous avions fait, et nous avions assumé, une grève de zèle. C'est comme ça que nous l'avions appelé, avec 17 000 amendements qui avaient été déposés. C'était une manière d'empêcher le débat ? Alors, c'était une manière de donner du temps au mouvement social de s'organiser. Là, nous sommes dans une configuration différente. Il faut que tout le monde comprenne, dans celles et ceux qui nous écoutent, que là, ils ont choisi, c'est un choix du gouvernement, de restreindre le débat parlementaire.
Nous aurons 3 jours en commission, et ensuite, 11 jours en séance seulement, et que le texte soit voté ou non, que nous soyons arrivés à la fin du texte ou non, alors il y aura une date coup près à laquelle le texte passera forcément au Sénat, et à la fin des 50 jours, passera par ordonnance. Jamais on n'avait utilisé un tel texte, qui est à mon avis un détournement de la Constitution, pour passer une réforme de fond.
Ils espèrent quand même que ça passe sans avoir recours, ni au 49.3, ni aux ordonnances. Ils espèrent en l'occurrence, sur le texte de la réforme des retraites, avoir une majorité avec la droite.
Vous savez, vos confrères ont regardé qui était pour ou contre la réforme. Vous avez vu vous-même que c'était très très juste en termes de vote. Et que de nombreux, il y en a un certain nombre qui doutent. Dans la Macronie elle-même et dans la droite, vous avez raison, s'élèvent contre cette réforme qui est injuste. Donc vous ne croyez pas une seule seconde que ça va passer en vote ? Je ne crois pas que ça sera voté, et je pense que c'est le but du gouvernement, d'essayer de faire passer sur une obstruction de la France insoumise le fait qu'ils utiliseraient un véhicule législatif qui est profondément antidémocratique.
Je veux comprendre ça. En gros, vous dites, ils vont faire de nous des boucs émissaires, ils vont nous faire porter le chapeau de leur propre incapacité à faire passer le texte ? Oui. Ils vont vous rendre responsables de leur incapacité à faire passer le texte ?
Mais bien sûr, regardez les 3 300 amendements que nous avons déposés. Regardez-les un par un si vous le souhaitez, et je mets n'importe qui au défi de les regarder. Il n'y a aucun amendement qui change une virgule. Il n'y a aucun amendement qui change un mot pour un autre mot. Ce ne sont que des amendements. Ce ne sont pas des amendements de la suppression, parce que nous considérons que les articles qui sont proposés sont absolument injustes, et donc nous les supprimons, soit des ajouts qui sont notre contre-projet, parce que nous voulons aussi, lors de ce débat, réaffirmer qu'il est possible de revenir à la retraite à 60 ans pour toutes et tous.
Vous avez parlé d'insultes dans les propos de Gérald Darmanin. Est-ce qu'il cherche à politiser davantage le débat ? Et dans ce cas, au fond, c'est peut-être aussi votre avantage. Vous en faites aussi une bataille politique ?
Bien sûr, mais je crois qu'il y a des arguments de chiffres dans les retraites, et c'est important en termes d'éducation populaire, que chacun et chacune s'approprient les arguments sur la question des retraites. Mais dans la question des retraites, il y a une question sur les visions du monde qui s'opposent.
Et nous, nous portons la vision du monde qui est celle qui a donné lieu, notamment lors du XXe siècle, aux héritiers que nous sommes, de celles et ceux qui se sont battus pour la civilisation du temps libéré, pour la diminution du temps de travail, alors que vous avez de l'autre côté un gouvernement qui considère qu'en quelque sorte les gens sont pressurisés le plus possible au travail, jusqu'à la fin ne plus être dans un bon état de santé, vous le savez, l'espérance de vie en bonne santé. Des femmes, c'est 65 ans, des hommes, c'est 64 ans. Ce n'est pas notre vision du monde.
Et quand vous voyez que 33% des mères sont des retraités, que 27% des bénévoles associatifs sont des retraités, et qu'il y a 23 millions d'heures dans notre pays de grands-parents qui gardent leurs petits-enfants...
Ce que vous voulez dire, c'est qu'on a besoin des retraités en bonne santé. Mais Mathilde Panot...
Oui, et puis on en a besoin comme facteur de société et de solidarité. Est-ce que vous diriez que le travail est une valeur ? Non, en fait, la question n'est pas celle de... Évidemment, le travail est un facteur d'émancipation très fort pour beaucoup de gens. Parce que quand vous voyez qu'il y a 6 millions de personnes privées d'emploi dans notre pays et 14 000 personnes qui meurent chaque année, c'est un problème réel dans notre pays.
Mais vous ne diriez pas que le travail est une valeur ?
Mais non, mais pourquoi ? Vous ne parliez pas, comme le fait Gérald Darmanin, de la valeur travail ? Mais non, mais pourquoi ? Déjà parce que pour nous, la vie ne se résume pas à travailler. Ça, c'est la première des choses. Faire société, c'est aussi tout ce qui se fait. Vous savez, être retraité, ce n'est pas l'oisiveté. C'est justement s'occuper de soi, s'occuper des siens, s'occuper d'associations, de collectifs, s'occuper de jardiner.
Donc vous n'iriez pas non plus jusqu'à dire qu'il faut un droit à la paresse ? Non, non, mais... Ça, c'est Sandrine Rousseau. Donc vous seriez au milieu entre la valeur travail et le droit à la paresse ?
En fait, nous sommes pour qu'on libère du temps dans la journée. C'était la bataille sur la journée de 8 heures, puis dans la semaine avec les 35 heures. Nous voulons revenir aux 35 heures pour ensuite aller vers les 32 heures. Nous sommes pour la diminution du temps de travail dans l'année. C'est la sixième semaine de congé payé. Et dans la vie avec la retraite à 60 ans. Mais ce que je veux dire, là où ils sont hypocrites sur la valeur travail, non seulement ils laissent un chômage de masse perdurer, mais ensuite, ils sont complètement déconnectés de ce que vivent les gens. Rendez-vous compte.
Par exemple, en commission, une députée macroniste a dit « Les AESH, les accompagnantes d'élèves en situation de handicap, choisissent ce travail pour avoir leur mercredi et leurs vacances scolaires. »
Elle a présenté ses excuses depuis. Les AESH, dans ce pays, sont payés 760 euros. Je voudrais préciser les choses. Il s'agit de la députée suppléante de Gabriel Attal, qui est donc députée macroniste, qui a dit ça en commission, qui, après le tollé, s'est excusée.
Donc, les AESH ont payé 760 euros par mois en moyenne. Elles ont généralement deux, voire trois emplois pour pouvoir arriver juste au seuil de pauvreté ou au SMIC. Donc, on a déjà atteint, en une journée de commission pour avis des finances, un summum de mépris. Il faut suivre ce qui va se passer après. Quand vous avez des macronistes qui vous parlent de pénibilité qui n'existent plus parce qu'il y a des exosquelettes, de genouilleurs pour les carreleurs, ce que je veux dire, c'est qu'ils sont profondément déconnectés de ce que vivent les gens dans ce pays. Quelle serait votre contre-réforme ?
Alors, nous, nous proposons une réforme qui permet de remettre l'âge légal à 60 ans avec 40 annuités. C'est ce sur quoi tous les élus de la NUPES ont été élus. C'est dans notre programme de gouvernement qui compte 460 mesures. Alors, il y a beaucoup de manières de financer cela. On peut faire contribuer notamment des revenus qui, aujourd'hui, ne contribuent pas au financement des retraites. Notamment, vous avez vu que chaque année, on bat des records de dividendes. Si vous faisiez contribuer les dividendes comme le travail, vous pouvez récupérer jusqu'à 48 milliards. Donc, vous considéreriez que les dividendes sont comme un salaire ?
Oui, on pourrait réfléchir à, justement, élargir l'assiette. Une cotisation retraite sur l'argent des dividendes. Oui, on pourrait très bien y réfléchir. Si on fait l'égalité salariale femmes-hommes, c'est 6 milliards pendant 40 ans chaque année. 6 milliards. Si on fait une surcotisation sur les hauts salaires. Bref, vous pouvez multiplier les sources de financement.
Mais c'est la fin de la retraite par répartition. C'est-à-dire que c'est la fin, quand même, de la solidarité intergénérationnelle. C'est une autre manière d'aller chercher l'argent. Non, non, non, nous sommes très attachés à la... Si vous allez chercher les dividendes, ce n'est pas vraiment une question de génération.
Si, parce qu'en fait, vous avez quand même un glissement. Quand vous regardez, vous avez un glissement de la richesse qui est produite, qui, avant, allait vers les salaires, et qui, de plus en plus, va vers le capital. Vous savez que si vous prenez le XXe siècle, au début du XXe siècle, vous aviez 3000 heures de travail. À la fin du XXe siècle, vous avez 1500 heures, donc une diminution par deux du temps de travail. Pourtant, la richesse produite a été multipliée par 40. Donc la question, c'est à quoi sert l'augmentation de la productivité du travail dans ce pays ?
Est-ce qu'elle sert à diminuer le temps de travail, à laisser plus de temps libre aux gens, qui permet ensuite à chacun en autonomie de pouvoir s'engager dans ce qu'il veut ? Ou est-ce qu'elle sert à engraisser les actionnaires, comme le fait actuellement le gouvernement ? À aller chercher les cotisations. Et d'ailleurs, dans le projet de loi de finances de 2023, c'est écrit noir sur blanc, que cette réforme des retraites ne se fait que pour compenser la baisse des impôts de production qui a été faite par ce gouvernement, et les cadeaux aux plus riches.
Mathilde Panot, cette deuxième journée de mobilisation demain, comment vous la voyez ? Vous imaginez qu'il y ait davantage de manifestants dans les rues, davantage de grèves ?
Alors déjà, c'est la motion de rejet populaire que nous allons avoir dans le pays. Et oui, j'invite toutes celles et ceux qui le peuvent à venir ce mardi 31, à la fois défiler. Et puis, je veux quand même saluer celles et ceux qui font grève, parce que perdre une journée de salaire dans la période qu'on est en train de vivre, c'est extrêmement difficile. Personne ne fait grève par plaisir. On a des indicateurs, notamment j'ai vu le syndicat solidaire qui a commencé à regarder le nombre de mobilisations, et qui a indiqué qu'ils avaient recensé 255 manifestations et rassemblements, ce qui est d'ores et déjà plus que ce qu'il y avait le 19.
Donc, on a des indicateurs qui prouvent qu'on est sur des niveaux de mobilisation. La dernière fois, on était à 2 millions de personnes qui ont défilé. Des niveaux de mobilisation qui pourraient être plus élevés.
1,2 millions selon la police et le ministre de l'Ontario.
En tout cas, c'est énorme. Et donc, je le dis, nous avons un rapport de force populaire comme jamais. Et je crois que c'est la première fois que nous commençons une bataille sur les retraites, avec autant de monde qui, à la fois, a compris que le gouvernement veut leur imposer deux enfermes, et qui a compris que cette réforme n'était pas nécessaire.
Il y a eu parfois plus de monde, et pour autant, la réforme est passée. Je pense à 2010, par exemple.
C'est vrai, en 2010, il y avait beaucoup de mobilisation. Mais vous savez, on peut redire, et moi j'espère, qu'on parlera de l'année 2023, comme on a parlé de 1995, ou d'ailleurs de 2020, parce qu'on ne l'a pas assez fait, pour dire que c'est l'année où le peuple aura fait échouer la réforme des retraites.
Et donc, en 2020, ce n'est pas le Covid qui a fait échouer la retraite, c'est le peuple ?
Écoutez, rappelez-vous, il y avait eu un 49-3. S'il n'y avait pas eu une mobilisation aussi forte, à la fois de salariés, qui parfois, pour certains, avaient fait grève pendant deux mois, avec des mobilisations qui étaient montées jusqu'à un pic de 2 millions de personnes qui étaient descendues dans les rues, et une bataille extrêmement forte à l'Assemblée, oui, la réforme de retraite à point serait passée. Et juste, Madame de Malherbe, vous attirez l'attention sur un point. Maintenant, cette retraite, elle faisait dépendre le point, donc qui devait calculer votre pension, de la situation économique du pays.
Imaginez le nombre de retraités pauvres qu'on aurait dans ce pays si cette réforme des retraites était passée. Donc oui, nous avons gagné et nous allons regagner de nouveau en 2020. Est-ce que vous soutenez les actions illégales ? Je pense que ces actions sont, comme le disent souvent les syndicats, illégales, mais elles sont morales. Je soutiens le fait que, par exemple, les énergéticiens remettent l'électricité chez des personnes qui ont été coupées. Il y a 300 000 personnes à qui on coupe l'électricité chaque année dans notre pays.
Je les soutiens lorsqu'ils aident les boulangers à les mettre, notamment ce qui s'est passé à Marseille, en meneur creuse, pour pouvoir les aider juste à garder la tête.
Mais est-ce que vous les soutenez quand ils vont jusqu'à couper l'électricité, quand ils menacent de couper l'électricité chez vos adversaires politiques ?
Alors ça s'est passé une fois, parce qu'on va repartir des faits, ça s'est passé une fois dans une permanence parlementaire. Ils sont prêts à le faire à nouveau.
Ma question c'est, est-ce que cette démarche de menacer, de dire, voilà, ceux qui ne sont pas d'accord, nous savons où ils sont, et nous irons jusqu'à leur couper le courant, est-ce que cette démarche-là, vous la soutenez ?
Déjà, c'est dans des permanences parlementaires. Je veux le dire, ce n'est pas dans la maison d'un élu. Donc déjà, je remets sur... Ça, pour le coup, vous condamneriez ? Oui, je ne pense pas qu'on irait jusqu'à là, mais c'est dans des permanences parlementaires. Mais ça, c'est la première chose. Mais ensuite, la deuxième chose, c'est la question qu'il faut se poser, c'est pourquoi est-ce qu'on en arrive à ce type d'actions, qui sont des actions coup de poing ? Pourquoi ? Mais en l'occurrence, ce sont vos élus. Parce que vous avez un gouvernement qui n'est élu, ce sont vos élus. Oui, non mais... Ils ont été élus par le peuple. Oui, ils ont été... Vous n'êtes pas du côté du peuple.
Si, si, je suis du côté du peuple. Donc quand le peuple n'est pas d'accord avec vous, hop, on coupe le courant. Ben si, justement, le peuple est d'accord avec nous. Le peuple est d'accord avec les énergéticiens.
En l'occurrence, vous devez ne pas être d'accord, mais enfin, s'ils ont été élus, j'imagine que c'est démocratiquement ou alors...
Écoutez, Emmanuel Macron, lorsqu'il a été réélu président de la République, face à l'extrême droite, je le rappelle, avait dit cette phrase. Il avait dit « Je sais que beaucoup de Français ont voté pour moi, pas pour mon programme, et ce vote m'oblige ». Ça serait bien que de temps en temps, il s'en rappelle un peu. Et je vais vous dire quel est le problème fondamental que pose cette action et pourquoi cette action est faite. Le problème fondamental, c'est le non-respect de la démocratie par la Macronie. Rendez-vous compte, non seulement ils font passer cette réforme de force à l'Assemblée par un véhicule législatif jamais utilisé avant...
Ça va un peu gonfler. Vous êtes un peu gonflé.
Non, mais attendez, vous vous rendez compte ?
Mais si, à Tifano, vous ne pouvez pas dire que c'est une réponse au non-respect de la démocratie. C'est-à-dire couper le courant à un élu, c'est antidémocratique.
Vous vous rendez compte que, par exemple, quand vous avez l'ensemble des syndicats, que ce gouvernement fait une négociation, comme ils ont fait sur l'assurance chômage, ou l'ensemble des syndicats... Ça, c'est la bataille politique, mais couper le courant de quelqu'un qui a été élu
et donc vous ne partagez pas les idées, vous ne pouvez pas dire que c'est un acte démocratique.
Donc vous trouvez ça grave que, dans une permanence parlementaire, pendant une heure, il n'y ait pas le courant ? Vous trouvez ça ? Je trouve que, par principe, oui, en effet, je trouve que, par principe, il faut mettre des limites à ce qui est légal. Les limites, elles sont sur la violence physique envers les personnes. C'est ça, les limites que nous nous posons.
Tant qu'on ne tape pas le parlementaire, on peut lui couper l'électricité.
Mais, dans une permanence parlementaire ? Mais, enfin, quand même, il faut se... Je vous le dis, madame de Malherbe, rendez-vous compte de la...
La permanence parlementaire, ça veut dire que c'est une permanence d'un élu de la République ? Oui. D'un élu qui a été élu par le peuple ? Oui, mais je veux... Donc quand ils ne seront pas d'accord, vous allez leur couper le courant ? Pardon, mais c'est quand même un acte. Alors déjà, ce n'est pas moi. Je prends acte, simplement.
En tout cas, je prends acte du soutien que vous apportez à ces démarches. Je soutiens les démarches qui sont faites pour rétablir le courant. Je les soutiens et je ne les... Non, non, vous avez dit pour rétablir le courant, mais vous avez également dit, quand je vous évois la question, pour couper le courant dans les parlements. Écoutez, comment voulez-vous que les gens se fassent entendre dans ce pays ? Enfin, c'est comme une question... En votant. Oui, en votant, mais est-ce que la démocratie, c'est que voter une seule fois tous les cinq ans... En votant, en manifestant, en faisant grève ? Mais oui, mais en manifestant.
Mais enfin, vous vous rendez compte que vous avez des ministres qui vous expliquent qu'on soit 700 000 ou 2 millions, ça ne change rien. Vous avez Mme Born qui dit que la retraite à 64 ans n'est pas négociable.
Aujourd'hui, vous parlez des parlementaires, de leur permanence. Pourquoi pas demain les ministères ? C'est-à-dire, si vous n'êtes pas d'accord avec un ministère, pourquoi pas couper pendant une heure le courant dans un ministère ? Où est la limite, en fait ? Où est-ce que vous allez vous arrêter ?
La limite, pour nous, c'est de dire, pour nous, la mobilisation, elle doit être une mobilisation grand nombre. Donc, nous voulons, comme ça s'est passé le 19 janvier, que les gens puissent venir en manifestation, avec des poussettes, en famille. Et donc, à partir de là, nous sommes contre la violence en politique. D'accord ? Ce n'est pas une violence, ça. Écoutez, c'est une action symbolique.
Mathilde Panot, je voudrais qu'on parle aussi de l'international, parce qu'il y a deux questions qui sont sur la table. D'abord, sur l'Ukraine, est-ce qu'il faut, pour vous, oui ou non, envoyer des chars lourds ? La question reste en suspens pour la France.
J'ai écouté ce que disait le ministre Lecornu sur cette question, qui disait de lui-même qu'il y avait une question d'efficacité sur l'envoi des chars. Alors, évidemment, il faut défendre les Ukrainiens et les aider à se défendre. La France le fait. Et je pense qu'il serait intéressant d'avoir, bientôt, puisque cette question se pose de manière assez récurrente, un débat sur cette question à l'Assemblée nationale. D'ailleurs, demain, il y aura à l'Assemblée nationale le président du Parlement ukrainien, qui sera dans notre Assemblée. Vous auriez aimé, en tout cas, être consulté sur cette question-là. Si cette question se pose, vous voulez avoir votre mot à dire ?
Oui, je pense que c'est une question démocratique qui mérite un débat. Ensuite, il y a un deuxième point qui, pour nous, est très important, c'est que c'est une erreur de croire que la solution sera uniquement militaire. Nous, nous croyons fortement à la solution diplomatique. Nous demandons depuis des mois maintenant qu'il y ait une conférence à l'OSCE qui nous permette de négocier pour aller le plus rapidement possible pour la paix avec un prérequis évident qui est le retrait des troupes russes de l'entièreté du territoire de l'Ukraine.
Est-ce que vous appelez Israéliens et Palestiniens au calme ?
Moi, en fait, je suis très inquiète de ce qui est en train de se passer en Israël et en Palestine. Déjà, au vu du nombre de morts qu'il y a, vous avez vu peut-être ce rapport de l'Organisation des Nations Unies qui indique que l'année 2022 a été la plus meurtrière pour les Palestiniens avec 127 personnes qui ont été tuées, dont votre confrère, notamment journaliste palestinienne et états-unienne qui a été exactement tuée. Donc, on est sur une explosion de la violence. Là, je vous parle des derniers jours,
les derniers jours où il y a eu une dizaine de morts des deux côtés. Exactement. Et est-ce que vous appelez les deux l'Israël et les Palestiniens ?
Moi, je pense que la France, elle a un rôle à jouer dessus qui est le fait de toujours prôner la solution à deux États. C'est ce que préconisent notamment les résolutions des Nations Unies. Je crois qu'il faut tenir bon sur cette question-là et surtout redire qu'il y a un préalable là aussi à la paix qui est très important. C'est l'arrêt de la colonisation et de l'expropriation des terres. Vous avez notamment une tribune qui a été sortie récemment, signée par Annie Ernaud, prix Nobel de littérature. Et je pense que c'est un préalable très important pour la paix entre Israël et Palestiniens.
Mathilde Panot, merci d'être venue répondre à mes questions. Ce matin, vous êtes présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale, députée du Val-de-Marne. Il est 8h53 sur AMC BFMTV.
Mathilde Panot