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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 2 avril 2026 31 min

Municipales à Paris : récit d’une campagne mouvementée

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. On est avec Aurélie Bideau. Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous. Aurélie, vous êtes chef info au bureau parisien du groupe Ebra. Ce sont, on le rappelle, les journaux régionaux de tout l'Est de la France. Et dans vos journaux, dans tous vos journaux, ce matin, une exclusivité sur le scandale des erreurs médicales.

0:28
Invité

Tout à fait. On a décidé de creuser ce sujet et d'accompagner ce livre-enquête qui sort aujourd'hui et qui révèle un scandale. Celui des accidents médicaux dont les chiffres sont vertigineux. Et donc, on est allé chercher des témoignages dans toutes nos régions, dans tous nos départements, pour illustrer et incarner ce sujet qui nous a semblé concernant pour nos lecteurs.

0:53
Présentateur

Effectivement, on va le détailler dans quelques instants, mais est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur cette enquête ?

1:00
Invité

Je vous parlais de chiffres vertigineux. Donc, ce que révèle ce livre-enquête, c'est qu'entre 150 000 et 300 000, on appelle ça des événements indésirables graves, donc des accidents médicaux arrivent chaque année, et la moitié serait évitable. C'est aussi ça qui interroge. Et c'est ce qui a interrogé ce professeur Tadier, qui est expert judiciaire auprès de la Commission nationale des accidents médicaux. Ça veut dire que lui, il voit passer ça vraiment tous les jours, et il a eu envie de se pencher sur ce problème. entre 150 000 et 300 000 accidents qui font à peu près, enfin, on estime, les associations de victimes estiment que ça représente 30 000 morts chaque année.

Ce n'est pas du tout anecdotique. Et il va plus loin en disant « tout le monde sait ». C'est là où ça devient gravissime. Et donc, le but de son livre est évidemment de briser cet omerta et aussi de dénoncer l'aspect systémique de ce scandale. C'est-à-dire que, pour lui, le système pousse à l'erreur. C'est ce qu'il prouve au fil de son livre et au fil des témoignages aussi que lui livre, qui sont poignants.

2:12
Présentateur

Merci Aurélie Bido. Merci d'avoir été avec nous, chef info du bureau parisien du groupe Ebra. Et on va continuer justement à parler de ce sujet parce que Rémi, vous avez détaillé, vous, les journaux du groupe Ebra. Vous les avez lus ce matin. Et du coup, il y a plusieurs exemples dans différentes régions.

2:27
Invité

Oui, tout à fait. Comme l'expliquait Aurélie Bido, on parle de 150 000 à 300 000 événements indésirables. Et par exemple, dans le Dauphiné Libéré, on revient sur l'histoire de Maxime qui s'est fait aspirer l'œil lors d'un nettoyage des sinus, un événement rarissime qui est survenu dans la clinique Paris-Bercy à Charenton-le-Pont, en région parisienne, qui devait durer à la base une heure et qui en a finalement duré cinq. Le Progrès parle quant à lui du scandale étouffé à l'instar de Marie-Jeanne Goulet, à qui on a posé une prothèse sur le mauvais genou.

Pour le professeur Marc Tadier, la dégradation du système de santé impacte la qualité des soins, fait peser une surcharge sur le personnel médical et explique ainsi ce phénomène des erreurs médicales.

3:08
Présentateur

Voilà, effectivement, plusieurs exemples à lire dans tous les journaux du groupe Ebra, les journaux de tout l'Est du territoire. Autre sujet, évidemment, à la une de la presse régionale ce matin, c'est le prix à la pompe qui continue d'inquiéter les Français.

3:19
Invité

Oui, le Parisien révèle que 92% des Français sondés sont préoccupés par les prix de l'énergie et 33% ont déjà réduit leurs dépenses essentielles. Les Français les plus impactés sont ceux qui roulent au diesel puisque le prix dépasse désormais les 2,20 euros. Certains dans le Nord avaient l'habitude, notamment ces derniers jours, de faire leur plein en Belgique pour payer jusqu'à 20 centimes par litre en moins, comme le rapporte la Voix du Nord. Mais même pour les frontaliers, le bon plan a pris fin puisque les prix belges ont globalement rattrapé les prix français.

Cette explosion des prix au niveau national en France fait la colère des transporteurs routiers qui ont par exemple manifesté hier à Toulouse, comme le rapporte la dépêche du Midi. Pour certains professionnels, la peur de mettre la clé sous la porte est réelle. On parle par exemple de 300 euros à 400 euros en plus par camion, conjugué à la hausse des prix des péages. La situation se tend.

4:12
Présentateur

Et la presse régionale fait également un retour sur les municipales.

4:14
Invité

Oui, c'est le cas de la Provence qui revient sur la déroute de la droite à Marseille et qui a peiné à dépasser les 5% alors que le parti a régné sur la ville pendant 25 ans. Annonce de candidature timide, perquisition pour suspicion de détournement de fonds publics, difficulté à récupérer les électeurs partis au Rassemblement national et erreurs stratégiques ont rapidement donné perdante Martine Vassal jusqu'à démotiver les équipes de campagne qui ont quitté les bateaux à l'approche du premier tour. Les explications sont multiples, bien détaillées dans les colonnes de la Provence.

4:42
Présentateur

Effectivement, et puis autre titre qui fait sa ligne sur les municipales, c'est le Béry Républicain. On va à Bourges, on retrouve Geoffroy Gé. Bonjour Geoffroy, merci d'être avec nous, rédacteur en chef du Béry Républicain. Vous revenez vous aussi sur les enseignements de cette campagne des municipales et alors une campagne qui a été particulièrement dure pour certaines candidates.

5:00
Invité

Oui, on a été frappé durant la campagne par l'omniprésence des listes et des candidats sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook et des propos, des échanges assez véhéments. On avait fait un premier dossier sur l'importance réelle ou supposée de ces réseaux dans la campagne, mais au soir du premier tour, ce qui nous a frappés, c'est plusieurs candidats et candidates, surtout, qui évoquaient cette campagne difficile.

On a par exemple eu la maire de Saint-Germain-du-Puis, qui est une commune de la banlieue de Bourges, Marie-Christine Baudouin, qui a été réélue et qui nous a parlé d'une campagne difficile, délétère, avec des attaques sur les personnes et elle a ciblé ceux qui se lâchaient derrière leurs ordinateurs. Depuis, elle a porté plainte après des attaques sur son physique et sur sa manière de s'habiller. Et elle dit qu'elle le fait pour souligner ce que les femmes candidates sont amenées à vivre dans un monde qui reste très majoritairement masculin. Alors, on a voulu lancer ce sujet sur le harcèlement des candidats et candidates sur les réseaux sociaux.

Sans trop le vouloir, finalement, on s'est aperçu qu'on a eu beaucoup de femmes. Et donc, on a continué, on les a interrogées. On a recoyé le témoignage de deux autres élus ou ex-élus. Marie Blasquez, par exemple, qui a été élue d'opposition d'hiver droite à Saint-Amand-Montron, l'une des sous-préfectures du Cher, elle a jeté l'éponge entre les deux tours alors qu'elle était engagée dans une démarche de fusion de listes. Alors, elle n'est pas parvenue à s'entendre avec l'autre liste, mais elle a regretté la violence de certains propos sur les réseaux sociaux, les insultes, dit-elle, les fausses informations, les attaques personnelles qui n'honorent pas le débat démocratique.

Elle pense que la politique mérite mieux que ça, donc elle a décidé d'arrêter. Et elle évoque beaucoup d'attaques sur le physique, des propos désobligeants, des attaques personnelles. Et peut-être encore plus fort, on a eu la mère de Vierzon, la mère sortante, qui, elle, a renoncé en pleine campagne. Elle s'est retirée. Alors, elle a évoqué des raisons personnelles, mais elle a évoqué... Des raisons de santé, pardon. Des raisons de santé, mais elle a évoqué aussi ce harcèlement. Alors, elle, elle ne parle pas trop de propos sur son physique. Elle dit qu'elle a vu un ou deux commentaires assez déplaisants.

Mais, sous couvert d'anonymat, elle note que tout le monde se lâche, au point d'aller faire référence à la déportation des militants communistes, par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a porté plainte, elle aussi. Et on a l'impression que... Et on peut le penser que ce harcèlement ou ce dénigrement, c'est un peu devenu une arme politique sur les réseaux sociaux. D'ailleurs, la mère de Vierzon, qui s'est retirée, a noté qu'après son retrait, le harcèlement s'est un peu calmé.

Et dernier exemple, pas plus tard que cette semaine, à Bourges, Nora Viviani, qui est une nouvelle adjointe au maire de Bourges, déléguée notamment au commerce, a annoncé sur ses réseaux sociaux qu'elle a déposé plainte pour des messages, je cite, « immondes, à caractère sexuel, violent et humiliant, et des attaques sur ses origines ».

7:34
Présentateur

Merci, merci Geoffroy Gé, pour le récit de tous ces témoignages. C'est la une du Berry républicain ce matin. Merci Geoffroy d'avoir été avec nous. On va parler des municipales dans la seconde partie du club, puisqu'on reviendra sur un documentaire, un reportage, réalisé par Public Sénat, par Quentin Calmet, sur la bataille de Paris. Il nous rejoindra, mais d'abord, actualité de cette nuit, marquée par le discours de Donald Trump, qui dit qu'il va continuer à frapper l'Iran. Ça a des conséquences sur le prix du baril de pétrole, et ça aura donc des conséquences à la pompe. On va y revenir d'abord, résumé du discours de Donald Trump avec Flavie Vélas.

8:12
Invité

C'est la première fois qu'il s'adresse à son peuple depuis le début du conflit. Cette nuit, le président américain a affirmé sa détermination à poursuivre les attaques contre l'Iran. Nous allons les frapper extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l'âge de pierre auquel ils appartiennent. En continuant la guerre, Donald Trump espère débloquer le détroit d'Hormuz, mais il invite aussi les pays dépendants du passage stratégique à agir par eux-mêmes. Les Etats-Unis n'apportent presque pas de pétrole via le détroit d'Hormuz, et ils n'en importeront pas à l'avenir.

Nous n'en avons pas besoin, et les pays du monde qui reçoivent du pétrole via le détroit d'Hormuz doivent s'occuper de ce passage. Ils doivent le protéger, ils doivent s'en emparer et le protéger. Ils peuvent le faire facilement. Alors que l'Iran a démenti la demande de cesser le feu annoncée par Donald Trump cette semaine, le président américain se félicite des interventions menées par son armée. Au 33e jour de conflit, il affirme être proche de ses objectifs. Au cours de ces quatre dernières semaines, nos forces armées ont remporté sur le champ de bataille des victoires rapides, décisives et écrasantes. Des victoires comme peu de gens en ont jamais vues auparavant.

Quelques heures après l'allocution du président américain, Israël affirme avoir été ciblé par une attaque de missiles iraniens.

9:32
Présentateur

Et on y revient avec vous. Bonjour Elisabeth Martichoux. Bonjour. Merci d'être là. Et bonjour Michael Darmon. Merci également d'être avec nous. Alors on attendait ce discours de Donald Trump qu'on annonçait un peu décisif. On s'attendait à de grandes annonces, un retrait éventuellement, un envoi de troupes. Finalement, il n'en a rien été. À quoi joue Donald Trump ?

9:51
Invité

D'abord, à quoi jouent les observateurs, je dirais ? Parce qu'il va falloir peut-être revoir notre approche sur les discours qui arrivent. Un discours qui est annoncé et tout de suite désigné de manière mystérieuse comme décisif, intournant, où pendant des heures, on spécule sur ce qui va être dit, où en fait, quelque part, on prend un peu nos désirs pour des réalités. Et on voit quoi, finalement, au final ? Un discours d'étape, très important quand même, parce qu'il ne s'est pas adressé aux journalistes français, il ne s'est pas adressé aux journalistes internationaux, il s'adresse aux électeurs américains.

Il s'adresse à la société américaine qui ne comprend pas globalement ce conflit, qui voit bien que c'est un décalage avec le corpus politique qu'il a posé et pour lequel il a gagné les élections, et par rapport aux scrutins qui s'annoncent, c'est-à-dire en mois de novembre, les midterms. Donc c'est tout.

Il a fait un bilan d'étape pour ceux qui ne savent même pas placer la France, l'Europe et encore moins le Moyen-Orient sur une carte, c'est-à-dire grande majorité des électeurs de l'Amérique profonde, on le sait, et de ce point de vue-là, il leur donne des repères par rapport à un conflit qu'ils ne comprennent pas, dans leur majorité, et pour leur faire comprendre que quelque part, l'Amérique qui gagne reste encore le principe directeur.

11:11
Présentateur

Parce que l'opinion publique américaine, elle est importante dans ce conflit pour Donald Trump, c'est majeur, Elisabeth ? Oui, alors, sa base, MAGA, la base républicaine est toujours derrière Trump. Mais c'est vrai que là, c'était la première allocution solennelle, en fait, depuis le début de la guerre. Un chroniqueur a la question qu'a-t-il dit cette nuit ? La réponse est rien. Rien qui n'est déjà dit, c'est-à-dire que l'Iran est vaincu et que l'Amérique est puissante. Et qu'il, maintenant, faut s'attendre à une sortie de crise d'ici un peu plus de deux semaines. Et donc, en deux semaines, à l'échelle de la communication de Trump, c'est deux siècles. Voilà.

Michael m'enlève les mots de la bouche. Mais ce que je veux dire, c'est que deux semaines, c'est demain. Et pour autant, pour Trump, ça lui permet, effectivement, d'envisager autre chose, un autre cap, une autre communication, puisque chaque jour apporte son lot de coups de frein, d'accélérateurs, etc. Donc, il n'a rien dit. C'était quand même assez décevant. Et je pense quand même que ça montre, malgré tout, qu'il est coincé. Et quand je dis qu'il n'a rien dit de nouveau, sinon que ça montre que ce président américain, aujourd'hui, est quand même un peu coincé par sa guerre. Alors, est-ce qu'il y en a un autre qui est coincé ? Il s'appelle Sébastien Lecornu.

Parce que le président américain, il n'a pas dit grand-chose, mais quand même, ça a fait réagir les marchés. Le prix du baril de pétrole remonte. Ça aura évidemment des conséquences à la pompe. Est-ce qu'aujourd'hui, Sébastien Lecornu, il est aussi coincé entre des Français qui mettent de plus en plus la pression pour être aidés face à cette hausse des prix à la pompe, et puis une situation budgétaire de la France qui ne le permet pas ? Il s'est piégé. Je ne comprends pas très bien. Pour le coup, le Premier ministre ultra-politique, Maud Bréjean était le week-end dernier sur LCI. Elle a passé une heure à expliquer qu'il n'y avait pas de surprenants.

Même à la question plus précise, mais il peut y en avoir un à court terme qui est en effet après avalé à moyen terme par une baisse de la consommation. Mais non, elle n'a rien lâché. Et dans la nuit de mardi à mercredi, Sébastien Lecornu envoie une lettre à ses ministres en disant qu'on va communiquer sur le fait qu'il faut utiliser les éventuels surplus budgétaires pour amortir les prix des Français à la pompe. Les prix sont effectivement très rudes à encaisser. Dans des régions où on roule au diesel, et si vous appliquez une carte des bas revenus en France, ça se juxtapose avec l'utilisation du diesel qui n'a jamais été aussi haut.

Il y a eu un pic dans la semaine considérable, même plus haut qu'en 2022. Donc pour les Français, c'est évidemment très rude. Et là, Sébastien Lecornu dit le contraire de ce qu'il a fait dire à ses ministres, c'est-à-dire qu'il y aura d'éventuels surplus budgétaires qu'il va utiliser comment ? Il ne l'a pas dit. On ne sait pas. Mais ils existent. Évidemment, pour Marine Le Pen, c'est que c'est le cas. – Plutôt sur l'électrification, du coup. – Alors, plutôt sur l'électrification, et il a raison, il faut accélérer la transition énergétique.

Mais les Français, c'est vrai, sur les 70 millions qui ont été débloqués il y a quelques jours pour aider ce passage de cap, c'est très ciblé, vous l'avez vu, pêcheurs, agriculteurs, gros rouleurs, rien pour les Français qui ont des bas revenus et qui roulent au diesel. Je pense que progressivement, il va peut-être y avoir une réflexion quand même sur ce point parce que pour les bas revenus, honnêtement, c'est compliqué. Est-ce qu'elle est tenable, cette ligne ? Et est-ce qu'à un moment, Sébastien Lecornu, il doit s'adresser aux Français ? On ne l'entend pas.

14:53
Invité

– On ne l'entend pas parce qu'il a décidé que c'était sa marque de fabrique et qu'il a bien vu que plus… moins il paraît… Il y a un petit syndrome, petite méthode, Mylène Farmer. – Alors, oui ? – Oui, parce qu'en réalité, la popularité augmente avec le silence. – Ah ! – Et c'est quelqu'un qui reste secret.

15:12
Présentateur

– On aurait pu choisir d'autres exemples.

15:13
Invité

– Oui, mais en même temps, c'est ce qui m'est venu. – C'est celui-là. – Voilà, et c'est un choix de communication qui fait que le silence, et d'autres l'avaient théorisé ailleurs, le silence permet à la fois de thésauriser de la popularité et en plus de créer l'événement lorsqu'on prend la parole. – Un petit côté d'Orphine aussi ? – Un petit côté contre Emmanuel Macron, surtout. C'est surtout ça parce que quand même, il doit vivre aussi un enjeu très particulier. C'est la fin de mandat d'un président qui va tout faire pour pouvoir imposer son héritage et sa marque de fabrique puisqu'il va terminer sa présidence qui ne pourra plus se représenter.

Et un Sébastien Lecornu qui doit quand même exister. Alors, il a justement, selon un titre très juste que j'ai lu hier dans la presse, il a décidé justement d'être éclairé par l'ombre. Et le fait que justement, moins il parle, plus on remarque qu'il ne parle pas. Et donc, quelque part, les Français disent oui, mais c'est quelqu'un enfin qui travaille et qui s'occupe de nous. Alors maintenant, par rapport à cette crise de l'essence, ce que disait Elisabeth très justement, si on peut superposer effectivement la carte, non seulement des débats revenus et du diesel, et vous rajoutez une troisième carte qui correspond également, le vote RN.

C'est-à-dire qu'en réalité, la vraie, aussi, je dirais, inquiétude du gouvernement, et bien semblablement, c'est la raison pour laquelle ça va évoluer, c'est parce que, on est bien entendu dans le débat présidentiel, et que la crainte de voir quand même de plus en plus monter le vote RN, alors que certains sondages prétendent qu'une candidature du centre-droite, éventuellement aujourd'hui incarnée par Édouard Philippe, pourrait battre le RN, reste une inquiétude politique et qui va très certainement déterminer les évolutions à venir.

17:00
Présentateur

Quand il s'est piégé, il donne l'impression, effectivement, de changer, de donner un coup de volant par rapport à la communication. Est-ce qu'il l'a anticipé en se disant je vais d'abord dire ça, et puis je vais dire aux Français finalement qui ont un petit, pas une petite cagnotte, mais un surplus, effectivement, de TVA qui tombent dans les caisses de l'État. Moi, je ne trouve pas ça très lisible, mais il faut rappeler quand même quelque chose qui est vraiment fondamental, on n'a pas d'argent. Et ce n'est pas parce qu'il y a une crise internationale que les caisses se remplissent de façon particulière. On a toujours 5,1% de déficit. C'est considérable.

Donc, l'équation est compliquée pour le gouvernement qui doit répondre à une situation internationale qui lui est tombée dessus, qui tombe d'ailleurs sur l'ensemble des pays européens, qu'on doit gérer, mais nous, dans un contexte budgétaire qui est intenable. Donc, il va y avoir des évolutions, des adaptations et peut-être, effectivement, des changements de pied de cet ordre-là. Avant de vous faire réagir, Michael, on écoute le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, c'était ce matin.

18:12
Locuteur non identifié

La crise économique qui est consécutive à ce qui se passe en Iran, elle va coûter de l'argent au pays, notamment par les taux d'intérêt. Les taux d'intérêt vont monter. Vous savez que c'est quasiment le premier poste maintenant budgétaire de l'État. Donc, au grand total, les finances publiques vont perdre de l'argent, bien sûr, par cette crise économique. Donc, ce sont des mauvaises querelles. Et en plus, de l'argent, s'il faut en mettre, il faut en mettre pour aider les entreprises à traverser cette crise de manière ciblée. Et puis aussi, il faut mettre de l'argent pour accélérer, il faut arrêter la dépendance aux énergies fossiles, on le voit bien.

On est trop dépendant du pétrole, on est trop dépendant du gaz. Il faut accélérer l'électrification de l'industrie, l'électrification des usages. Et la programmation pluriannuelle de l'énergie va nous aider à le faire.

18:53
Invité

Un moment, Michael, là-dessus. Il a reçu l'élément de langage de Matignon, donc il le décline comme il faut. La réalité, c'est que ce sont des processus qui mettent 10, 15 ans à trouver leur concrétisation. Donc, ce qui est toujours paradoxal, c'est que c'est dans les moments de crise aiguës que la solution du gouvernement, ce sont des politiques à long terme. Le problème, c'est que c'est bien joli d'annoncer les têtes de chapitre de la transition, mais cette crise, elle révèle surtout, comme on le disait à l'instant, le problème de souveraineté. Il n'y a pas de marge de manœuvre, donc il n'y a pas de souveraineté.

19:28
Présentateur

Oui, alors l'étrification, pardon, elle va dans le sens de la souveraineté. Absolument. Voilà, donc elle prépare l'avenir. Très bien. Mais la gestion du présent, elle est compliquée. Exactement. Allez, on va ouvrir pour terminer une page consacrée à l'élection municipale à Paris. Sur notre antenne, demain à 16h30, vous découvrirez un grand reportage sur la campagne dans la capitale pendant plusieurs semaines. Notre journaliste, Quentin Calmet, a pu suivre les 5 principaux candidats. Alors, comment comprendre la victoire d'Emmanuel Grégoire ? Comment expliquer la cinglante défaite de Rachida Dati avant d'en parler avec Quentin qui nous rejoint ? On regarde un premier extrait de son reportage.

C'est en coulisses avec Rachida Dati. On est début février.

20:07
Rachida Dati

Depuis des mois, Rachida Dati a milité aussi en coulisses pour faire évoluer le mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille. Désormais, les habitants de ces trois grandes villes voteront directement pour leur maire. Une stratégie qui personnalise bien plus le scrutin.

20:20
Locuteur non identifié

Non, mais il n'y a pas un effet de bord quand même de la loi PLM. Oui, mais si ça ne marche pas, ça ne marche pas. Je la voulais, je vais le présenter devant les électeurs. On va voir ce qu'ils décident. À un moment donné, on aura tout fait. Moi, je fais campagne à fond les ballons. Je vois tout le monde. On explique. C'est pour ça que moi, je ne voulais pas qu'on reste dans les couloirs à dire « Ouais, mais si tu y vas, tu y vas pas. Est-ce qu'on se maintient ? »

20:44
Présentateur

Et Quentin, vous nous avez rejoints. Bonjour, c'est donc votre reportage. Bonjour à tous les deux. On découvrira demain. On a vu un extrait, et alors c'est un des enseignements de ce reportage. Rachida Lati, elle a souhaité une évolution du mode de scrutin. Le maire est donc élu plus directement par les Français. Ça n'a pas été synonyme de victoire.

20:59
Rachida Dati

Voilà, et ce qui est intéressant dans cet extrait, c'est qu'elle revendique ce changement du mode de scrutin. On savait, on avait lu les articles qui disaient qu'en coulisses, elle avait manœuvré, fait en sorte que cette modification du mode de scrutin se fasse bien malgré les crises politiques, malgré la dissolution. Elle avait vraiment tenu à ce que le texte aille au bout. Et là, dans cet extrait, ce qui est intéressant, c'est qu'elle le revendique.

C'est donc bien elle qui était à la manœuvre pour être directement, comme cela, effectivement, confrontée directement au vote des Parisiens, ce qui est ce nouveau mode de scrutin, puisqu'il y avait donc deux urnes pour les électeurs parisiens, lyonnais et marseillais, pour le maire d'arrondissement et donc pour la mairie centrale.

21:37
Présentateur

– Et de facto, ça a personnalisé l'élection du maire de Paris. Est-ce que ce n'était pas la bonne stratégie ?

21:43
Invité

– En tout cas, c'était sa position. On l'avait rencontrée à l'époque, justement, en début de campagne avec l'association de la presse présidentielle. Et elle disait effectivement que la conséquence principale et l'avantage à ses yeux principaux de cette loi, c'est qu'on allait éclater les baronies et qu'on allait maintenant beaucoup plus se concentrer sur la personnalisation des têtes de liste. Et que de ce point de vue-là, eh bien, elle était avantagée. Moi, ce qui m'intéresse aussi beaucoup dans cet extrait, c'est qu'au fond, elle admet que peut-être ça ne marchera pas. Elle dit, ça marche, ça ne marche pas, on verra bien.

On a bien effectivement le fatalisme que l'on connaît bien chez elle, mais où elle montre qu'on a fait ce qu'on a pu, elle dit aussi. Donc, on sent bien que quelque part, à ce stade-là, je ne sais pas exactement à quel moment de la campagne s'était pris, mais on sentait déjà un doute qu'il percevait quand même. Et elle admet que, bon, ben, voilà, on a fait tout ce qu'on a pu, dit-elle, mais ça ne marchera peut-être pas. Mais ce mot de fulain, elle avait raison.

22:44
Présentateur

– Oui, ça lui a été un peu fatal, le fait de personnaliser autant le scrutin. Est-ce que, Elisabeth, cette défaite, vous l'expliquez sur une équation personnelle de Rachida Dati ou elle s'explique autrement ? – En partie parce que votre reportage, je trouve, montre ce hiatus entre ce qu'elle a fait préalablement pour être la candidate, donc politiquement, législativement, si je puis dire, elle s'est imposée où elle est, etc. Et puis, cette campagne, dans le fond, et je trouve que ça transparaît bien, où elle est là sans être vraiment là. Elle vous dit, moi, je parle aux Parisiens, je parle…

Et dans le fond, quand on l'interrogeait sur ces éléments de programme, elle n'était jamais très précise. Elle n'a jamais su vraiment vendre son programme. Vous parlez de personnalisation. Oui, mais ça ne suffit pas. Et elle avait son énergie. Ses équipes ne cessaient de dire, elle est incroyable sur le terrain, elle est extraordinaire, etc. Mais en réalité, ce qui a été perçu par une ville où quand même le peuple de gauche, entre guillemets, est important, eh bien, c'était plutôt les éléments de discours des opposants. Elle a des affaires judiciaires, elle est à l'air immacroniste, etc. Et finalement, ça lui a nuit, effectivement.

Et d'ailleurs, Quentin, elle a refusé les débats à Chida Dati. Ça l'agace quand vous lui posez la question.

24:11
Rachida Dati

Oui, oui, je pose la question plusieurs fois dans deux séquences.

24:13
Présentateur

On le voit dans le reportage, elle dit, moi, je débats avec les Parisiens.

24:16
Rachida Dati

Oui. Et sachant que, paradoxalement, elle n'ouvre pas ses débats avec les Parisiens et ses déplacements sur le terrain aux journalistes. Nous, on l'a sollicité, son équipe, on l'a sollicité elle-même depuis le mois de janvier pour pouvoir faire ces fameuses rencontres, débats, au plus près du terrain. Ça n'était pas des déplacements ouverts aux journalistes, uniquement à ce qu'elle, elle voulait poster ensuite sur les réseaux sociaux. Je crois qu'elle s'est dit qu'elle avait une renommée, qu'elle était comme ça très connue, qu'elle avait comme ça une notoriété qui serait un avantage parce qu'elle était identifiée comme la principale opposante à Anne Hidalgo.

Et elle s'est dit, avec 25 ans d'une majorité de gauche qui est essoufflée par aussi l'usure du pouvoir, ça sera suffisant. C'est cette image de première opposante à Anne Hidalgo qui va me permettre d'avoir un couloir pour moi.

25:03
Présentateur

– C'est ce que vous dit Agnès Évren d'ailleurs. Oui, il y a une soif d'alternance telle que dans le fond, on est là, ça suffit. On rappelle quand même qu'il y a eu aussi le poison de la division à droite qui est de la nuit. – Oui, bien sûr. – Effectivement, on le voit aussi dans le reportage avec Pierre-Yves Bournazel soutenu par Édouard Philippe, par Gabriel Attal. Ça a joué ?

25:21
Invité

– La soif d'alternance, c'est un concept qui a été posé mais qui ne correspond pas à la réalité. C'est-à-dire que depuis le début, moi je me suis toujours posé la question de savoir dans quelle mesure Rachid Adati serait capable de pouvoir faire évoluer la sociologie électorale de Paris qui est très ancrée, qui est très ancrée au centre-gauche, qui s'inscrit dans une évolution de gouvernance quand même d'une ville après deux mandats d'une maire qui en plus de manière souvent assez étonnante en réalité par rapport à ce qu'on connaît de la politique a strictement appliqué son programme.

C'est-à-dire que ce que l'on a vu avec la période d'Hidalgo, qu'il est de bon ton de bâcher, mais bon, ça c'est de côté, c'est du folklore. La réalité politique, c'est qu'on a une maire qui a appliqué son programme.

26:01
Présentateur

– Oui, alors ce qu'a dit lui-même Emmanuel Grégoire, quand même, c'est qu'il y avait eu un problème de méthode dans l'application. – Certainement. – Eh bien ça a beaucoup compté et il en a fait, d'enfant, un sujet de différenciation.

26:13
Invité

– C'est une manière pour lui de faire le droit d'inventaire, entre guillemets, méthode à la mode. – Et utile. – C'est sûrement utile, mais la réalité c'est qu'il y a eu une ville qui a été transformée, on n'a pas vu de manifestation de parisiens qui en disant on veut revenir à la voiture, et donc cette volonté d'alternance, moi je l'ai toujours questionnée.

26:30
Présentateur

– Et à gauche, justement, on va entendre, et ça c'est un extrait exclusif que vous avez réussi à avoir, qu'entend dans votre reportage, ce sont les premiers mots d'Anne Hidalgo, immédiatement après l'annonce de l'élection d'Emmanuel Grégoire. On regarde.

26:40
Rachida Dati

– À gauche, au même moment, on exulte. – Vous attendiez un tel écart ?

26:46
Locuteur non identifié

– Oui, absolument, je l'avais même prédit. – Je confirme. – Oui, je l'avais prédit.

26:50
Rachida Dati

– Et qu'est-ce qui a joué selon vous ? C'est le report de voie de Bournazel ?

26:53
Présentateur

– Non, c'est le rejet de Dati, et le soutien à tout ce qu'on a à gauche à Paris, et Emmanuel Grégoire s'attend pas à ici.

27:02
Rachida Dati

– Emmanuel Grégoire, peu connu des Parisiens, il y a encore quelques semaines, l'emporte finalement haut la main.

27:09
Locuteur non identifié

– Il y a assurément un changement de mode de scrutin avec une personnalisation liée à ce mode de scrutin qui s'est retournée contre Dati. Dati a pensé que ça allait la ranger parce qu'elle était la plus connue, mais la réalité, c'est que ce qu'elle incarnait, c'est-à-dire l'apérisme, les Parisiens n'en voulaient pas.

27:27
Présentateur

– Voilà, on voit à gauche, alors il parle du rejet de la personnalité de Rachida Dati, du bon bilan de la gauche. Bon, ça évidemment, Anne Hidalgo, elle ne pouvait pas dire autre chose. Il y a eu quand même une bonne campagne d'Emmanuel Grégoire, ou ça s'est joué uniquement sur ce rejet, enfin, beaucoup en tout cas, sur ce rejet de Dati ?

27:43
Rachida Dati

– Ce qu'on a vu, c'était assez intéressant, on essaie de le raconter un peu dans le documentaire, c'est que pendant l'an d'entre de tour, Emmanuel Grégoire a eu très peur. On l'a suivi à un déplacement avec Bertrand Delanoé, et à ce moment-là, le fait que toute la droite se tourne vers Rachida Dati, mais qu'à gauche, il y ait le maintien de la candidature de Sofia Chikirou, ça fait très peur au candidat, la candidate Alephi, ça fait très peur à Emmanuel Grégoire, et même les équipes pensent qu'il a perdu, parce que mécaniquement, la division, elle fait qu'il y a une dispersion des voix.

Et donc, on les a suivis dans ce déplacement, et on voit Emmanuel Grégoire, qui vraiment a du mal à sourire, alors qu'il est avec Bertrand Delanoé, qui fait beau, etc., mais on le sent que c'est très lourd sur ses épaules, et d'ailleurs, pour la petite anecdote, ses équipes de campagne, ses attachés presse, étaient derrière les journalistes, derrière les caméras, et elles lui faisaient des sourires, comme ça, elles essayaient de lui faire en sorte qu'il n'ait pas une tête d'enterrement, parce qu'à ce moment-là, vraiment, le camp de gauche a très très peur de cette division.

28:44
Présentateur

C'est vrai que ce n'était pas évident pour lui. Il y a une scène extraordinaire, quand même, à la fin de cette campagne, ce sont les retrouvailles entre Anidalgo et Emmanuel Grégoire, quand il se tombe dans les bras, c'est inouïe, on se dit, mais de qui se moque-t-on ? – Mais voilà, ça c'est la… Bon, voilà, ce sont les miracles de la politique, mais il y avait quelque chose comme une espèce de soulagement d'Anidalgo, si elle avait perdu, ça aurait encore assombri son bilan, parce que malgré tout, son bilan n'est pas absolument incontestable, c'est le moins qu'on puisse dire. Il n'y avait peut-être pas une soif d'alternance, mais il y avait quand même un bilan très contestable.

Donc oui, mais cette scène, elle est compréhensible d'une certaine façon, et quand il est entré dans le bureau de l'hôtel de ville, il nous raconte l'Obs cette semaine, il n'y a plus rien dans le bureau d'Anidalgo, sinon un seul tableau avec un message un peu… – Et les clés, elle lui a donné les clés. – Ah bah quand même, oui. – Oui, effectivement,

29:43
Invité

ça a été une très belle page de théâtre politique avec tout ce qu'il faut d'insincérité et de capacité de ces acteurs à jouer et être capables de dépasser quand même, parce qu'on sait quand même la réalité de leur relation et de ce qu'ils pensent l'un sur l'autre, et ce qu'ils ont pu jouer devant les caméras et avec cette trouvaille quand même d'Anidalgo qui est de dire « je parle quand même en premier », on a l'impression que c'était elle qui avait été élue, on se rappelait quand même que c'était quand même plutôt Emel Grégoire à côté, et la scénographie de la clé est magistrale, et c'est vrai qu'on imagine quand même qu'elle était quand même malgré tout plus soulagée de transmettre ça, cette clé, peut-être d'ailleurs ça n'aurait pas eu lieu, à Grégoire plutôt qu'à Dati.

30:23
Présentateur

– Quant à un dernier mot, parce qu'on le dit, vous avez suivi les cinq candidats dans les coulisses, vous nous avez un peu dit pour Achida Dati, mais ça a été compliqué ?

30:30
Rachida Dati

– Oui, oui, ça a été compliqué, effectivement, l'idée c'était de leur proposer, de les suivre sur des déplacements, et après, nous on essayait de faire vivre comme ça les coulisses pour qu'un peu le téléspectateur ait l'impression d'être au-dessus de l'épaule des Parisiens qui voient les candidats comme ça sur le terrain, c'était tout l'enjeu d'être comme ça au plus près de la matière, c'est de raconter la campagne de l'intérieur.

30:53
Présentateur

– Et ça donne un très beau reportage en immersion, Bataille de Paris, scène de campagne, c'est à voir demain à 16h30 sur notre antenne, réalisée donc par Quentin Calmet. Merci Quentin, merci Elisabeth et merci Miquel d'avoir été avec nous. Désormais, on ne se retrouve plus le vendredi, donc on ne se retrouve pas demain, mais on se retrouve la semaine prochaine, mardi, je vous souhaite un excellent week-end de Pâques. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada

31:25
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada