"Le problème majeur du 21e siècle" : la politologue Chloé Morin alerte sur les conséquences politiques de la solitude, alimentée par les réseaux sociaux et l'IA
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
Quel impact auront l'IA et les réseaux sociaux sur la vie politique à la prochaine présidentielle ?
- 1:59OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a changé très concrètement ?
- 3:03OuverteRéponse directe
L'IA renforce-t-elle ce sentiment de solitude ?
- 3:50OuverteRéponse directe
Quel consensus l'IA va-t-elle avoir sur nos démocraties ?
- 4:51OuverteRéponse partielle
Ça change le bulletin qu'on va glisser dans l'urne ?
- 6:19OuverteRéponse directe
C'est une bonne idée de prescrire des activités collectives ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:37InvitéFait
« Il y a à peu près un consensus scientifique sur le fait que les réseaux sociaux sont nocifs pour la santé mentale des jeunes notamment. »
- 4:02InvitéFait
« Maintenant je m'informe avec l'IA. »
- 5:59PrésentateurChiffre
« Un Français sur quatre dit souffrir de solitude. »
- 7:25InvitéFait
« Aucun des candidats n'a une politique de promotion de la lecture qui est à la hauteur de l'enjeu civilisationnel de la baisse de la lecture aujourd'hui. »
Temps de parole
- Invité70 %
- Présentateur27 %
- ?2 %
≈ 12,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
L'invité d'RTL Matin maintenant. Intelligence artificielle, réseaux sociaux, applis de rencontres ou encore jeux en ligne, pas un jour ou presque, sans que l
'on
ne parle sur cette antenne de ce qu'ils ont changé dans nos vies. Mais quel impact auront-ils dans la vie politique sur la prochaine présidentielle ? Bonjour Chloé Morin. Bonjour. Vous êtes politologue, spécialiste de l'analyse de l'opinion et de la communication politique et vous publiez aujourd'hui « Délier quand la solitude devient un système » aux éditions de l'Observatoire. Vous êtes essayiste donc, mais aussi en lien direct avec les politiques, paraît-il. Vous échangez avec eux, de tous bords ou presque, y compris avec le chef de l'État, c'est vrai
? Oui,
bien sûr. Vous le
renseignez
sur quoi Emmanuel Macron ?
Pour le coup, je partage les analyses que je viens de partager à votre antenne aussi.
C
'est essentiellement,
en
ce moment je travaille sur l'impact de l'intelligence artificielle sur la solitude, avant je travaillais sur les réseaux sociaux. Mon job c'est d'analyser, c'est un peu comme les sondeurs, sauf que moi je me base aussi sur des études de sociologie, d'économie, et donc plus largement je partage mes constats. Avec tous ? Tous sont intéressés par ce sujet ? Alors, pour parler de la solitude plus précisément, tous ne
sont
pas encore intéressés par ce sujet. C'est précisément pour ça que j'ai écrit ce livre. Mais certains y viennent. Vous avez entendu Marine Thondelie qui a commencé à en parler, François Hollande qui a commencé à en parler. Donc le sujet maintenant, c'est à la fois qu'ils aient un diagnostic qui soit beaucoup plus transversal et beaucoup plus précis que ce qu'ils disent aujourd'hui, parce que beaucoup aujourd'hui sont focalisés uniquement sur les personnes âgées ou uniquement sur les
jeunes. C'est ça.
Et ce que
vous expliquez dans ce livre
que vous leur avez envoyé, on imagine, c'est que ça va bien au-delà de ça, délié, c'est le titre on le rappelle, c'est cette nouvelle forme de solitude qui n'en est pas tout à fait une. D'ailleurs on n'est pas seul au sens strict du terme, il y a beaucoup de monde autour de nous, mais on n'est plus lié. Qu'est-ce qui a changé très concrètement
?
Alors
ce
que j
'essaye
de faire, c'est retracer les étapes technologiques et historiques de la destruction du lien dans nos sociétés. Et ça commence par
le Walkman
notamment ?
Je parle de l'arrivée du Walkman, évidemment de l'arrivée du téléphone portable, des réseaux sociaux, il y a aujourd'hui qui bouleverse notre vie. Et moi ce qui me frappe,
c
'est que beaucoup de gens aujourd'hui se disent, ils ne se sentent pas forcément tout seuls, c'est-à-dire qu'ils ont des contacts humains, même s'ils sont peut-être plus lointains qu'avant, mais ils se disent que la société ne ressemble plus à celle dans laquelle ils avaient grandi. Et c'est pour ça que j'ai utilisé la fiction, donc en fait je raconte la vie de personnages, la vie quotidienne, et des scènes de la vie quotidienne de
personnages. Ça pourrait se lire comme des scènes de films, des scènes de films.
Ça se lit un peu comme un roman, c'est fait pour que les gens reconnaissent leur propre vie dans le livre et se rendent compte qu'en fait ce qui leur semble étrange et ce qui leur semble parfois anormal, ça n'est pas anormal et qu
'ils
ne sont pas les seuls à vivre ces situations.
Et vous expliquez que l'intelligence artificielle renforce et très vite ce sentiment d'être délié. Vous parlez des compagnons IA, déjà utilisés par trois quarts des adolescents américains. Une IA qui imite la relation humaine, qui en est même parfois une meilleure version, parce qu'en fait elle est toujours là, la tension est constante, on ne se dispute pas, avec elle on n'est jamais déçus, c'est doux, mais c'est dangereux. C'est très dangereux.
Ce qui est fascinant, c'est que les réseaux sociaux sont arrivés dans nos vies très très vite et qu'on mesure l'impact démocratique et l'impact en termes de santé mentale avec beaucoup de retard. Aujourd'hui, il y a à peu près un consensus scientifique sur le fait que les réseaux sociaux sont nocifs pour la santé mentale des jeunes notamment. Pour l'IA, les choses vont beaucoup plus vite encore et le temps que la science soit capable de nous dire avec précision ce qui est nocif et ce qui n'y est pas, nous aurons perdu le temps de la régulation.
Et quel consensus ça va avoir sur nos
démocraties ?
On
va vivre la première présidentielle avec l'IA. Qu'est-ce que ça peut
changer ? Il y a deux choses. D'une part, il
y
a une proportion significative de gens qui nous disent maintenant je m'informe avec l'IA.
Donc
ça veut dire que les biais éventuels de l'IA, les biais politiques ou les biais informationnels vont avoir un impact sur la manière dont les gens votent potentiellement. Et la deuxième conséquence qui est beaucoup plus profonde, c'est que l'interaction avec l'IA vous déshabitue assez vite à la confrontation, à la contradiction, au goût de la friction. Quand vous vous baladez dans les couloirs et que
vous
croisez vos collègues, vous croisez des gens que vous n'aimez pas forcément, vous avez des gens qui vous ennuient. Et le contact humain, c'est aussi tolérer que les gens sont parfois de mauvaise humeur, sont parfois pas disponibles, sont parfois tristes, etc. Avec l'IA, on se déshabitue à tolérer ça. Et donc en fait, on parle à quelque chose qui répond à toutes vos questions, mais qui répond poliment, quelle que soit votre humeur, quelle que soit l'heure du jour. Et ça a
une conséquence concrète sur le vote ? Ça change le bulletin qu'on va glisser dans
le monde ? Déjà qu
'en fait, nous sommes dans des sociétés où les réseaux sociaux et plein d'autres facteurs ont fait qu'on a déjà beaucoup plus de mal qu'avant à tolérer la contradiction, la confrontation. On a tendance à être offensé beaucoup plus facilement qu'avant par des opinions contraires. Donc ça sert les populistes, ça sert une polarisation du débat ? Ça
sert.
Vous avez à la fois la polarisation, la colère, le vote populiste, et vous avez une partie des gens qui, eux, sont beaucoup en retrait et ont tendance à se désengager totalement du débat public en se disant « bon bah, j'ai pas envie de discuter avec des gens qui ont des idées différentes des miennes ». Donc les deux mouvements existent. Et ce qu'il faut savoir aussi sur la solitude, c'est qu'elle est corrélée, elle est l'un des facteurs qui sont corrélés avec le vote populiste.
On l'a vu lors de l'élection de Donald Trump, on le voit dans pas mal de pays, le fait d'être désociabilisé, le fait de se sentir isolé, le fait d'avoir peu d'amis, c'est un des facteurs, pas le seul évidemment, mais l'un des facteurs qui expliquent la montée de ce qu'on appelle le vote populiste.
Un Français sur quatre dit souffrir de solitude. Vous le disiez, certains responsables politiques s'emparent de ce sujet, pas seulement à gauche, ça va de Jean-Luc Mélenchon à Édouard Philippe qui sera tiens dans une demi-heure, l'invité de Marc-Olivier Fogiel, en passant par François Hollande ou Gabriel Attal qui sera demain à votre place. Marine Tondelier par exemple, écologiste, propose de s'inspirer de ce qui existe déjà en Espagne, des prescriptions sociales que le médecin nous dise d'aller faire des activités collectives. Ça c'est une bonne piste, c
'est
une bonne idée ? C'est déjà mieux que de prescrire des antidépresseurs,
je dirais. Parce qu'en fait en France on a une tendance qui est
très
française de médicaliser la solitude et ses conséquences. On consomme énormément d'antidépresseurs, etc. parce qu'on n
'a
pas assez de médecins, parce qu'on n
'a
pas assez de psys et parce que c'est facile de prescrire à une femme qui arrive et qui dit je ne vais pas bien, c'est facile de lui prescrire des antidépresseurs sans se dire peut-être qu
'elle
est toute seule, peut-être qu'elle a perdu sa famille, n'importe. Donc prescrire ça, je dirais,
ça
peut être caricaturé, mais dans l'intention, c'est-à-dire l'intention étant que les gens aillent vers davantage de collectivité.
C'est au politique de nous dire d'enlever nos écouteurs et de dire bonjour à notre voisin
?
Alors, ça pour le coup, moi je dirais que l'urgence, c'est plutôt d'agir sur les enfants, les réseaux sociaux, l'intelligence artificielle. Je pense que c'est des choses qui doivent être interdites pour les enfants. Et ensuite, il y a des politiques publiques qui sont extrêmement simples et qui doivent être promues. Je parle en un mot de la lecture, par exemple. Aucun des candidats n'a une politique de promotion de la lecture qui est à la hauteur de l'enjeu civilisationnel de la baisse de la lecture aujourd'hui. Aucun. Il faut demain un ministère de la solitude comme ça existe au Japon, au Royaume-Uni
? Ça
peut être un ministère de la solitude. Tout dépend de ce qu'on met derrière. Moi, j'ai plutôt tendance à me dire qu'il vaut mieux être créatif et ne pas créer des nouvelles administrations, des nouveaux bidules, parce qu'on en a tellement. Mais à ce stade, compte tenu de l'ampleur de l'enjeu, et je pense vraiment que la solitude,
c
'est le problème politique majeur du XXIe siècle, les candidats ne sont pas, et je dis bien à ce stade, parce que je ne connais pas toutes leurs propositions et ils ne les ont pas tous données, ils ne sont pas à la hauteur.
Chloé Morin, délié, compagnon IA, réseaux sociaux, j'ai en ligne à plus de rencontre quand la solitude devient un système. C'est aux éditions de l'Observatoire et en librairie aujourd'hui. Il peut y avoir du bon quand même quand on scrolle sur les...