Après les vols au Louvre, vols de Renoir : Peut-on vraiment sécuriser tous les musées ?
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:39FerméeRéponse directe
L'alarme a fonctionné à Cagnes-sur-Mer, elle n'a servi à rien ?
- 1:44OuverteRéponse partielle
Pourquoi cette recrudescence des vols dans les musées ?
- 2:47OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'elle contenait ? (le plan du ministère de la Culture)
- 3:46OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il faut faire pour sécuriser les musées français ?
- 5:12FerméeRéponse directe
Est-ce que c'est une question de moyens, surtout ?
- 7:05OuverteRéponse directe
Que deviennent les œuvres volées ? Est-ce qu'on a une chance de les retrouver ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:50InvitéFait
« certains musées sont moins sécurisés que certaines banques ou certaines bijouteries »
- 2:06InvitéChiffre
« En Alsace, au musée Lalique, c'est près de 4 millions d'euros de bijoux qui ont été dérobés »
- 2:14InvitéChiffre
« 6 kilos de pépites d'or dérobés en fin d'année dernière au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris »
- 3:22InvitéChiffre
« En 2026, le ministère de la Culture a comptabilisé 482 chantiers prioritaires des musées pour lesquels la sécurité des collections n'était pas suffisante »
- 5:31InvitéFait
« la Joconde a été volée en 1911. Elle a disparu pendant trois ans »
- 8:26Invité politiqueFait
« Le musée de Saran, le musée Chirac à Saran. Il a été cambriolé trois fois. Deux fois en deux jours. Et la troisième fois, cet été »
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Cette
fois, c'est le musée Renoir à Cagnes-sur-Mer qui a été frappé. Deux cambrioleurs ont dérobé quatre œuvres d'art tôt ce matin. L'alarme a fonctionné, la police est arrivée en cinq minutes, mais trop tard. Les voleurs ont dû abandonner deux des tableaux dans leur fuite. Est-ce qu'il va falloir s'habituer ? Va-t-on se laisser piller ? Est-il donc impossible de sécuriser nos musées ? Trois invités pour répondre à une question d'actualité, c
'est
la preuve par trois. Bonsoir Maxime Lévy, journaliste police-justice à RTL. Maxime,
je
le disais, l'alarme a fonctionné à Cagnes-sur-Mer, elle n'a servi à rien ?
Alors, selon la mairie, l'alarme s'est déclenchée, alertant les forces de l'ordre, dès que les malfrats ont franchi l'enceinte du musée. Les policiers municipaux ont mis cinq minutes pour intervenir, sauf qu'il a suffi de seulement trois minutes aux malfrats pour commettre le casse. Tout s'est joué peu avant 6h ce matin. Cela se passe sur les hauteurs de Cagnes-sur-Mer, dans l'ancienne villa d'Auguste Renoir, transformé en musée. Deux individus découpent un morceau de grillage, parviennent à déjouer la ronde des gardes et pénètrent discrètement dans la bâtisse, en passant par une fenêtre.
Avant l'arrivée de la police, les cambrioleurs ont donc le temps de découper les cadres, de décrocher quatre tableaux originaux de Renoir sur les treize, que compte le musée. Quatre portraits, estimés à plusieurs millions d'euros. Deux seront retrouvés un peu plus tard, abandonnés dans le jardin. Les cambrioleurs sont toujours activement recherchés ce soir, notamment par les enquêteurs de la brigade de répression du banditisme.
Bien entendu, on ne peut s'empêcher de penser au casse du Louvre il y a un an, mais ce n'était que l'illustration la plus spectaculaire d'un phénomène qui touche beaucoup de musées en France. Pourquoi cette recrudescence des vols dans les musées ?
Eh bien, notamment parce que certains musées sont moins sécurisés que certaines banques ou certaines bijouteries, que l'intérêt des malfrats est grandissant pour les métaux précieux dont la valeur ne cesse d'augmenter et certains musées en sont remplis. En juillet dernier, un collier en or massif du VIe siècle avant Jésus-Christ a été dérobé dans un musée bourguignon. En Alsace, au musée Lalique, c'est près de 4 millions d'euros de bijoux qui ont été dérobés, sans parler des 6 kilos de pépites d'or dérobés en fin d'année dernière au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.
Musées municipaux comme musées nationaux sont concernés, un phénomène que l'on voit également à l'étranger, aux Pays-Bas, en Italie, en Autriche. Et puis, en ce qui concerne les tableaux, les peintures, c'est moins courant, mais cela arrive. Preuve en est le cambriolage de ce matin. Pour autant, à chaque fois, le mobile est beaucoup plus mystérieux. Est-ce une commande pour un collectionneur ? Un casque pour demander une rançon ? En tout cas, ce sont des œuvres qui sont très difficiles, voire impossibles à revendre.
Le ministère de la Culture a fait de la sécurité des musées sa priorité. Après le casque du Louvre, on s'en souvient, il a présenté un plan de 33 mesures. Qu'est-ce qu'elle contenait ?
Alors oui, effectivement, un plan présenté par le ministère de la Culture fin juillet dernier. Six axes principaux, comme réaliser un inventaire précis des musées et des collections les plus sensibles et vulnérables, mettre les objets à l'abri si les travaux de sécurisation sont nécessaires, former et sensibiliser les agents de ces musées. Mais la tâche est immense. Ce sont des centaines et des centaines de musées à travers la France qui sont concernés, qui conservent des œuvres de très grande valeur, des bijoux inestimables, parfois dans de très petites collections.
En 2026, le ministère de la Culture a comptabilisé 482 chantiers prioritaires des musées pour lesquels la sécurité des collections n'était pas suffisante.
Merci Maxime. Nous sommes en ligne avec Erwan Balanant, député Les Démocrates du Finistère. Bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes membre de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale et vous avez suivi la commission d'enquête sur la protection et la sécurisation des musées. Qu'est-ce qu'il faut faire pour sécuriser les musées français
?
C'est compliqué, comme vient de le rappeler votre spécialiste des questions de justice. Exposer des œuvres, c'est prendre un risque pour ces œuvres. Ça a toujours été comme ça. C'est tout l'art de la muséographie. Et c'est de concilier cette volonté qu'ont les citoyens de voir des œuvres, de pouvoir les observer, les étudier, et puis en même temps la capacité de les sécuriser. Et l'enjeu, il est compliqué parce qu'effectivement, ces œuvres sont de plus en plus le fruit d'appétit, soit parfois de gens qui souhaitent le faire simplement pour la matière, et ça a été dit pour l'or ou pour le cuivre ou pour les diamants, mais parfois aussi pour des œuvres en tant que telles.
Et donc, c'est compliqué. Mais je crois que ce qui a été dit par votre spécialiste,
c
'est que le premier point, déjà, c'est de cartographier et de savoir partout où en France, on a des œuvres à protéger. Et la tâche est immense parce que nous sommes dans un pays qui a la chance d'avoir un patrimoine énorme. Alors,
il
y a un patrimoine national, les grands musées, mais il y a aussi, comme ici à Cagnes-sur-Mière, les municipalités qui ont parfois des trésors immenses. Et tout ça est extrêmement compliqué à sécuriser, mais il faut le faire. Il faut trouver des moyens. Justement,
est-ce que c'est une question de moyens, surtout ?
Alors, déjà, il faut rebâtir une culture du risque, c'est-à-dire de se rappeler qu'exposer, c'est risquer. Et c'est peut-être quelque chose qui avait été un peu oublié parce qu'on avait, il me semble, eu une baisse de ces cambriolages, mais qui ne sont pas nouveaux. Je vous rappelle, la Joconde a été volée en 1911.
Elle
a disparu pendant trois ans. On a pensé qu'on ne la retrouverait jamais. Ce
n
'est
pas nouveau, mais il y
a
une recrudescence.
Voilà, il y a une recrudescence. Et surtout, on a des malfrats de mieux en mieux équipés, de plus en plus outillés. On l'a vu au Louvre, le fait d'avoir des meuleuses sur batterie, ça permet, par exemple, de ne pas avoir besoin d'électricité et de faire très vite des choses qui, avant, étaient bien plus compliquées. Donc, il faut faire cette cartographie, avoir cette culture du risque et puis, renforcer les moyens, évidemment. Renforcer les moyens, c'est sans doute développer la vidéosurveillance avec des procédés, des dispositifs qui existent maintenant, qui sont très puissants. Je pense que l'intelligence artificielle peut peut-être aussi nous aider à détecter des choses anormales.
Enfin, il y a des choses à faire. Et puis aussi, développer le gardiennage, avoir des personnes physiques présentes pour un certain nombre d'œuvres. Mais la cartographie pour savoir qu'est-ce qu'on doit protéger prioritairement, elle est en cours, elle a été faite. Il y a 482 chantiers prioritaires, ça a été dit, sur l'ensemble du territoire. Mais vous voyez, 482 chantiers, c'est énorme. Et au-delà de ces chantiers,
il
y
a
aussi parfois des trésors un peu inconnus. Je pense à toutes nos églises qui, parfois, ont des trésors également. Ils se font
aussi
souvent piller. On a vu aussi de nombreux cas. Nous sommes également en ligne avec Jean-Christophe Castelin, rédacteur en chef du Journal des Arts. Bonsoir.
Bonsoir.
Que deviennent les œuvres volées ? Est-ce qu'on a une chance de les retrouver
?
Ça dépend lesquels. Si ce sont des tableaux, on a une petite chance de les retrouver, puisque, comme ça a été dit, les tableaux sont invendables. En particulier, les quatre Antonello de Messines qui ont été volés cet été. Je voudrais le mentionner parce que leur valeur équivaut à peu près à la valeur des bijoux qui ont été volés au Louvre. Donc là, on peut supposer que pour des rançons ou pour des marchandages quelconques, on pourrait les retrouver. En revanche, tout ce qui est bijoux, pièces de monnaie, le torc de l'amnum de VIX, dont on a parlé tout à l'heure, malheureusement, il est probable qu'ils soient dessertis, ou vendus ou fondus pour récupérer l'or.
Donc, les pronostics ne sont pas tout à fait optimistes s'agissant des bijoux et des pièces de monnaie.
Il
y a un vrai risque pour notre patrimoine de le voir s'appauvrir
? Je
ne le pense pas. Comme l'a dit M. le député, il y a d'abord une culture du risque. Je pense, pour avoir visité énormément de musées, qu'il y a d'abord une prise de responsabilité
à
être prise par à la fois les élus locaux en charge des musées territoriaux et les directeurs des musées. Et puis, du bon sens. Vous savez, c'est un peu comme chez soi. Il suffit de faire le tour de son musée, de se rendre compte des faiblesses d'une porte qui ferme mal ou d'une alarme qui est mal placée. On n
'a
pas besoin de faire des audits très chers pour se rendre compte qu'il y a une faiblesse. Je vais vous donner un exemple. Le musée de Saran, le musée Chirac à Saran. Il a été cambriolé trois fois. Deux fois en deux jours. Et la troisième fois, cet été. Vous ne pensez pas qu'on aurait pu prendre un certain nombre de mesures pour protéger ce musée. Donc, voilà, je le redis. C
'est
à la fois une question de prise de responsabilité et puis quand même bien souvent du bon sens. Est
-ce qu'il faut se résoudre à ne pas exposer les œuvres
? Ça
dépend lesquelles. Comme il a été dit, par définition, un musée, il est ouvert au public. Donc, contrairement à une bijouterie ou à une banque, sa mission première, c'est de montrer des œuvres. Après, il y
a
des œuvres qui peuvent être montrées et puis d'autres qui peuvent être montrées dans des conditions un peu particulières sans arriver à la Tour de Londres où on montre les bijoux dans des circonstances très particulières avec des gardes armées. Peut-être qu'il faut se poser la question pour un certain nombre d'œuvres très importantes. Non, je pense qu'il ne faut pas se résoudre à ne pas présenter les œuvres. En revanche, on doit pouvoir prendre un certain nombre de mesures pour les présenter dans des conditions de sécurité maximum.
Merci beaucoup. Merci à vous trois. Et bien entendu, on vous tiendra au courant des suites de l'enquête. C'était la preuve partenaire.
Erwan Balanant