Retraites: l'interview de Laurent Nuñez sur BFMTV en intégralité après la journée de mobilisation
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous êtes notre préfet de police de Paris, merci de nous avoir rejoints. En quelques mots, les chiffres que vous nous annoncez et le regard que vous portez sur cette journée est tout à fait particulier.
C'est une manifestation qui s'est déroulée comme les nombreuses manifestations intersyndicales, encadrées par les policiers de la préfecture de police de Paris, des compagnies républicaines de sécurité, des gendarmes mobiles, qui ont permis que la liberté d'expression trouve à s'exercer à Paris, comme c'est le cas à chaque fois, en assurant évidemment la sécurité des cortèges, en garantissant pour les organisations syndicales la possibilité de manifester.
Et puis, comme nous le demande le schéma national de maintien de l'ordre public édicté par Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, nous intervenons chaque fois qu'il y a des individus violents qui tentent de perturber ces manifestations. Et malheureusement, c'était encore le cas aujourd'hui.
Quel bilan faites-vous justement de ces échauffourées qui, en même temps, ne semblaient pas extrêmement impressionnantes, même si on voit encore, bien entendu, nos policiers sur le terrain en ce moment, nous parlons ?
On a connu des échauffourées extrêmement limitées, puisque ce sont essentiellement des individus des mouvances ultra, qui, je tiens à le préciser, se positionnent devant les cortèges syndicaux. Ils ne sont pas dans les cortèges, mais devant, et qui, dès qu'ils le peuvent, commettent des exactions sur des commerces ou contre les forces de l'ordre. Et systématiquement, évidemment, ces forces de l'ordre interviennent immédiatement pour y mettre un terme. Et ça a été encore le cas cet après-midi à Paris. Et je veux d'ailleurs, évidemment, remercier l'ensemble des forces de sécurité intérieure engagées. Combien d'interpellations au moment où nous parlons ?
Au moment où nous parlons, il y a eu 43 interpellations, essentiellement sur la fin du cortège, sur la place d'Italie, où les individus violents ont essayé de s'en prendre à la mairie du 13e, à certains commerces et surtout aux forces de l'ordre, qui sont intervenues de manière extrêmement réactive. Et pour certains, d'ailleurs, il y a eu aussi des tentatives d'agression d'organisation syndicale, de véhicules d'organisation syndicale, qu'il a fallu protéger. Donc ce sont des individus extrêmement...
Vous voulez dire que les casseurs ont attaqué des véhicules syndicaux ? Je vous ai bien compris.
Oui, il y a certaines vidéos qui le relaient. Voilà, donc évidemment, ce sont des individus extrêmement violents, qui sont dans l'ultra-violence. Encore une fois, ils sont toujours en nombre très limité, mais ça demande beaucoup d'efforts aux forces de l'ordre pour les contenir et éviter qu'elles ne causent des troubles à leur public grave.
On dit toujours des choses extrêmement différentes. Est-ce que vous connaissez, je dirais, l'origine de ces casseurs ? Est-ce qu'ils appartiennent à une mouvance politique d'une quelconque façon, de l'extrême droite, de l'extrême gauche ? Est-ce que ce sont des anarchistes ?
Ces casseurs, d'abord, se positionnent dans ce qu'on appelle les pré-cortèges, des pré-cortèges qui se forment devant les cortèges syndicaux, qui peuvent réunir de 5 000 à 15 000 personnes. Et ces individus, c'est à chaque manifestation, entre 1 000 et 2 000 personnes. Qui appartiennent tantôt à la mouvance ultra-gauche, les antifascistes, les anarcho-autonomes, les autonomes. Et parfois, la mouvance, et souvent, d'ailleurs, même à la mouvance, ce qu'on appelle, nous, dans le jargon policier, les ultra-jaunes radicalisés. C'est-à-dire des gilets jaunes qui sont extrêmement radicalisés et qui commettent un certain nombre de violences. Donc la mouvance, c'est essentiellement ça.
Et elle se constitue en black bloc. C'est-à-dire que ce sont des gens qui se griment le visage, qui s'habillent en noir, et qui, encore une fois, dès qu'ils le peuvent, essaient d'aller impacter les forces de l'ordre. Alors, elles le font assez peu, car nous sommes assez éloignés des cortèges. Mais sinon, s'en prennent à des commerces. Sont-ils identifiés ?
Et oui, pourquoi n'arrive-t-on pas à les empêcher de nuire ? Parce que, pardonnez-moi, mais on a une police française qu'on sait de grande qualité. Je suis sûr que beaucoup de nos téléspectateurs ne comprennent pas comment on n'arrive toujours pas à empêcher ces gens de nuire.
Je pense qu'il y a beaucoup de nos téléspectateurs qui comprennent qu'on est dans un état de droit, qu'il y a une liberté, qui s'appelle la liberté de manifester. et qu'empêcher les personnes de se rendre sur une manifestation au motif de ce que nous supposerions qu'elles sont susceptibles de commettre des troubles à l'ordre public, ça n'est pas constitutionnel. On ne peut pas l'anticiper. Ça n'est pas possible, ça a été tenté en 2019 et ça n'a pas été jugé constitutionnel.
En revanche, ce que nous pouvons être, et nous le sommes, c'est être très ferme, dès qu'il y a des exactions commises pendant les manifestations, et quand les personnes sont condamnées, il y a évidemment des interdictions judiciaires de manifester, évidemment, que nous appliquons.
– Vous me confiez, alors on voit une charge en ce moment, je ne sais pas si vous avez envie de la commenter, que se passe-t-il exactement ?
– C'est toujours comme cela, au moment des dispersions, vous avez un certain nombre d'individus qui restent sur place et qu'il faut repousser, qui parfois s'en prennent aux forces de l'ordre, et donc voilà, c'est les traditionnelles fins de manifestation, dans tous les cortèges, les choses se passent ainsi, les forces de l'ordre font remarquablement leur travail et sont en train de vider l'espace où la manifestation est venue se terminer, se disperser.
– On s'interroge sur le fait que parfois un certain nombre d'entre eux puissent avoir des outils, des marteaux, enfin bref, je dirais la panoplie parfaite du casseur, et semble-t-il, ils préparent cela la veille, et parfois ils les placent dans un certain nombre de niches, ou semble-t-il, là aussi, vos forces de police essayent de passer dans la matinée qui précède la manifestation. Est-ce que, effectivement, ça se passe comme ça ?
– Oui, alors ce que nous faisons d'abord, et le ministre de l'Intérieur nous le demande, demande à chaque préfet, je le fais évidemment à Paris, en tant que préfet de police, nous faisons des contrôles préventifs, des personnes qui viennent aux manifestations, au contrôle des individus. Il y a eu près de 4000 contrôles aujourd'hui, et on a interpellé 6 personnes pour port d'armes par destination, prohibées aujourd'hui encore.
Et puis, évidemment, pendant le cortège, généralement ces personnes se munissent de pavés, de matériel de chantier qu'ils vont trouver sur le parcours, qu'ils utilisent comme des armes par destination, et certains arrivent à dissimuler des engins d'artifice, des mortiers. Aujourd'hui, on a eu, pour la mouvance ultra, encore une fois extrêmement minoritaire, l'utilisation de nombreux pavés contre les forces de l'ordre ou de jets de mortiers à tir tendu. Donc, cette mouvance en est prise à nos forces de l'ordre de manière extrêmement violente. Et encore une fois, je veux les saluer, parce qu'ils ont su riposter de manière proportionnée et éviter tout débordement.
Monsieur le Préfet, quel bilan faites-vous, finalement, de ces six journées de manifestation, à la fois dans la présence des défilés qui semblaient calmes, dans les débordements qu'on a eus parfois, mais qui, jusqu'ici, ont surtout été, enfin, plutôt remarquablement contenus ? Voilà, quel bilan faites-vous, quand même, de ces six journées, sachant qu'on en annonce d'autres et que, donc, vos policiers vont encore avoir du boulot ?
Écoutez, on a compté, puisque nous nous comptons les manifestants, 81 000 manifestants aujourd'hui. La manifestation s'est passée dans le calme. Il y a toujours, évidemment...
La CGT en annonce 700 000. Pour nos téléspectateurs qui se posent toujours la question, 80 000 la préfecture, 700 000 à Paris pour la CGT. Moi, je n'ai pas de commentaire à faire sur le chiffre
qui est avancé par une organisation syndicale. Ce que je peux vous dire, c'est que nous, nous comptons les manifestants. Il y a deux lignes de comptage sur chacun des itinéraires, puisque vous savez que nous avons deux itinéraires. Nous comptons les manifestants. Et la CGT donne un chiffre qu'elle calcule, je ne sais de quelle façon. Il ne m'appartient pas de faire ce commentaire. Ce chiffre, d'ailleurs, est souvent donné, alors même que l'ensemble des manifestants ne sont pas encore partis du lieu de départ de la manifestation. Moi, je n'ai pas de commentaire à faire. C'est clair qu'il y a une guerre des communiqués. Mais ce que nous faisons, nous, c'est que nous comptons les manifestants.
Voilà, nous les comptons. Physiquement. Les forces de l'ordre françaises sont prêtes à vivre encore des journées et des journées de manifestation ? Oui, nous sommes prêts.
Nous sommes prêts, encore une fois, à la fois à assurer la liberté de manifestation. C'est ce que nous faisons, à garantir que les choses se passent dans le bonheur. Et depuis que le mouvement intersyndical a lancé ces manifestations, ça se passe très bien. Nous avons d'ailleurs un dialogue très nourri avec elle. Et donc, ça se passe très bien. Et évidemment, nous intervenons avec beaucoup de fermeté pour contenir ceux des individus les plus violents qui ne viennent que pour faire dégénérer les manifestations. Et donc, nous continuerons, évidemment, nous sommes très déterminés à le faire comme nous le faisons, de manière très réactive et très déterminée.
Donc, vous estimez avoir une vision très claire de ce qui se passe. C'est-à-dire que des manifestants qui, pour l'instant, sont organisés et dans lesquels il n'y a pas de débordement, qui ne génèrent pas des débordements et des casseurs en partie identifiés, dont vous connaissez les méthodes.
Identifié, je n'irai pas jusque-là. On connaît les méthodes, encore une fois. C'est celle de venir se greffer devant un cortège syndical et de commettre des exactions. Voilà. Mais nous n'avons pas, depuis que l'intersyndical a lancé ces mouvements, nous n'avons pas de problématiques particulières de maintien de l'ordre public dans les cortèges syndicaux. En revanche, encore une fois, dans les pré-cortèges, on ne peut pas dire que ce soit le cas. Nous avons des individus radicaux qui arrivent à s'y introduire et à commettre des exactions. Merci beaucoup, M. le Préfet, d'avoir pris la parole. Ce soir, en direct sur BFM TV.
Laurent Nuñez