Porter la voix des changements sociaux - Sandrine Rousseau est l’invitée du 3 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour et bienvenue dans Les 4V, Sandrine Rousseau, députée de Paris, réélu dès le premier tour dimanche dernier. Ça fait presque quatre semaines maintenant que le chef de l'État a annoncé sa dissolution. Dans quatre jours, dimanche soir, on connaîtra le verdict des urnes. Je voudrais savoir ce que vous vous êtes dit en ouvrant l'œil ce matin, quand vous regardez toute la séquence, tout ce qui se passe, là où on en est aujourd'hui.
Je me dis qu'on est dans un moment compliqué, dans un moment historique et que là, il va falloir que nous agissions selon des principes tous les jours et la situation évolue de jour en jour. Je remercie vraiment tous les désistements qui ont pu avoir lieu pour faire en sorte qu'il y ait le moins des urnes possibles.
Il reste 93, 95, on ne sait pas exactement à l'unité près, mais ça veut dire quoi ? Sur les consignes de vote, sur les désistements, le job a été fait ?
Le job a globalement été fait. Après, il y a des candidats qui ont résisté. Mais voilà, je pense que c'est dans ces moments-là qu'on voit aussi comment se comportent les dirigeants politiques. Et là, j'ai l'impression quand même qu'on a passé un cap, alors qu'on est passé d'une dissolution qui était quand même un peu dans des circonstances incroyables. Et donc moi, je pense qu'elle était quand même très légère. C'était une décision légère à quelque chose qui quand même commence à atterrir.
C'est quand même curieux qu'elle vous dérange, cette dissolution, parce que vous avez passé les deux dernières années, vous et vos alliés politiques, à poser des motions de censure pour essayer de faire tomber les gouvernements, que ce soit ceux de Gabriel Attal ou d'Elisabeth Borne, pour essayer d'obtenir cette dissolution. Et là, quand elle arrive, vous dites que ce n'est pas le moment.
Non, mais la dissolution a eu lieu le soir même des résultats des Européennes, alors que le camp d'Emmanuel Macron était en difficulté et que l'extrême droite était à 40%. Je pense que ce n'était pas le moment de faire cette dissolution. Voilà, on aurait pu la faire après, avant. Là, c'était se mettre en faiblesse. Et vraiment, j'ai dit ce que je pensais de cette dissolution. Je pense qu'Emmanuel Macron a pris une décision bien trop rapide. Et selon presque quelque chose de l'ordre de « je n'accepte pas cette défaite ». Maintenant, il nous faut retrouver une ligne directrice nationale.
Il doit parler, Emmanuel Macron, il ne doit pas rester le silencieux de l'Elysée, disait Xavier Bertrand hier soir. Vous êtes d'accord avec ça ou pas ? Vous avez besoin d'entendre la parole du chef de l'État ? Je ne sais pas.
Je ne sais pas. Dans le moment, j'avoue que je trouve qu'il nous a mis dans une telle situation d'instabilité que je n'ai pas très envie de l'entendre. Qui va gouverner la France à partir de lundi ? Eh bien, ça dépendra des résultats de dimanche. Et là, nous avons trois jours. Oui, mais c'est ça qui va être important, c'est que nous avons trois jours pour faire reculer et battre le RN partout où c'est possible. Et en fait, en fonction des résultats que nous aurons dimanche, eh bien, nous verrons qui gouvernera. Pourquoi nous voulons faire battre le RN ?
Parce que, peut-être qu'il faut quand même le rappeler, c'est que le Rassemblement national a une histoire qui vient de l'extrême droite, qui est un parti d'extrême droite. Le Rassemblement national, si vous écoutez les candidats, dès qu'ils sortent des éléments de langage préparés, n'ont qu'un mot à la bouche, c'est le racisme et la discrimination. Et en fait, nous ne voulons pas de cette France-là. Moi, je ne veux pas de cette France-là.
Est-ce que vous n'avez pas contribué à notabiliser le RN à l'Assemblée, où ils étaient toujours très propres sur eux, très corrects, pendant que vous, vous, entre guillemets, bordélisiez, c'est le terme qu'a employé à de nombreuses reprises, la présidente de l'Assemblée, il y a les brunes pivées, présidente sortante, l'hémicycle. Est-ce qu'il n'y a pas une part de responsabilité là-dedans ? Est-ce que la radicalité n'a pas changé de camp ?
J'ai entendu les critiques sur le bruit que nous faisions à l'Assemblée nationale. Je rappelle quand même que nous étions face à des mesures qui changeaient radicalement la vie des Français. Quand il s'est agi, par exemple, d'étudier la réforme des retraites et de passer à 64 ans, combien de personnes, aujourd'hui, travaillent en ayant extrêmement mal au corps, en mettant sa santé en danger. C'était de cela dont il s'agissait. Donc oui, nous avons élevé la voix face à cela. Mais il y a eu d'autres moments dans l'Assemblée.
Par exemple, quand il s'est agi de regarder les conditions d'obtention du RSA et la possibilité de supprimer le RSA pour certaines personnes, donc de mettre des personnes à zéro euro, ce qui est contraire à tout ce qui s'est fait depuis la création du RMI et donc de ce revenu qui est vraiment un revenu minimal, minimal pour vivre décemment. Quand il s'est agi de passer certaines personnes à zéro euro, là, il n'y avait pas de cri dans l'Assemblée. Mais par contre, il y avait une violence sociale énorme.
Donc en fait, la violence n'est pas toujours là où on croit et ce n'est pas parce que nous élevons la voix contre des mesures qui nous semblent d'une injustice criante que nous nous bordélisons.
– Donc vous ne rejettez pas le fond, mais vous ne rejettez pas la forme non plus.
– Je pense pas. Non mais j'ai entendu les critiques et je les entendrai sur le prochain mandat. J'ai entendu ce qui est… – Ça ne sera pas pareil. – En tous les cas, moi, je n'agirai pas de la même manière. Mais maintenant, je veux vraiment qu'on entende que ce qui nous conduit tout droit dans les bras du Rassemblement national est une politique de violence sociale qu'a conduite Emmanuel Macron. Raison pour laquelle je pense qu'il nous faut regarder ce deuxième tour avec beaucoup de prudence.
– Deux hypothèses au deuxième tour, soit une majorité absolue pour le Rassemblement national, soit une majorité relative avec plusieurs groupes qui devront s'entendre. Est-ce que vous êtes prête à participer à une majorité plurielle avec des macronistes, avec des socialistes, avec des républicains étanches au RN ?
– Moi, je ne suis pas prête à changer notre programme. Moi, j'ai été élue avec l'étiquette Nouveau Front populaire et j'ai été élue par des électeurs et électrices qui m'ont fait cet honneur pour que je porte leur voix. Nous avons un programme qui est un programme qui permet d'agir sur les racines du Rassemblement national, c'est-à-dire sur le sentiment de relégation, sur le sentiment d'abandon de la République. Et c'est la raison pour laquelle nous avons un programme qui met en avant les services publics et l'investissement dans les services publics.
– S'il y a une coalition, il faut que chacun édulcore son programme, sinon l'entendre sera impossible.
– Eh bien, moi, je ne veux pas trahir les électeurs et les électrices qui ont…
– Vous ne pourriez pas être dans un gouvernement avec Jean-Luc Mélenchon d'un côté, Gérald Darmanin de l'autre, et vous, par exemple ?
– Moi, je pense que cela n'a pas de sens. Je pense que cela n'a pas de sens. Et moi, je voudrais qu'on retrouve du sens dans la politique. Et je voudrais surtout que l'on s'attache à reconstruire vraiment une cohésion nationale, une cohésion sociale qui fasse que chaque personne, où qu'elle vive, quelle que soit sa situation, se sente considérée dans l'état social dans lequel nous vivons. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Il y a des gens qui doivent faire une heure et demie de route alors même qu'ils sont en urgence pour trouver un hôpital. Ça n'est pas normal.
Donc moi, je voudrais que nous nous attelions à vraiment porter les politiques qui nous permettront de changer concrètement la vie des gens.
– Au risque donc du blocage total lundi prochain ?
– Au risque d'avoir des solutions type un gouvernement qui soit un gouvernement technique pendant un temps donné, etc. – Ça, vous n'en voulez pas ? – Non mais ça, moi, je veux bien ouvrir la discussion sur des gouvernements techniques, etc.
– Marine Dandelier, hier soir, la patronne des Verts était un peu plus ouverte que vous là-dessus. Elle n'exclut pas la possibilité de la majorité plurielle comme la…
– Moi, j'ai été élue sur un mandat et je respecterai ce mandat et je respecterai les électeurs et électrices qui m'ont élue sur ce mandat parce que je crois que le programme que nous défendons est de nature à vraiment aller chercher aux sources du problème que nous avons actuellement en France. Et que dévier et encore aller vers une politique libérale, une politique qui ne respecte pas ce que nous avons posé dans le débat politique, c'est d'une certaine manière trahir la parole des électeurs. Et moi, je serais vraiment… Là, je pense que ce qui se joue dans le vote RN, c'est aussi une défiance vis-à-vis du politique. Et la gauche a, dans son histoire, trahi les promesses qu'elle avait faites.
Je souhaiterais que nous soyons au rendez-vous cette fois-ci.
– Donc l'Alliance se fera sans vous si elle doit se faire. Et vous êtes prête à accepter l'immobilisme du pays pendant trois ans ? Parce qu'un gouvernement d'experts, ça serait ça. On gère les affaires courantes, mais il n'y a pas de grande réforme. Il faudra attendre 2027.
– Il y a un an déjà minimum avant une prochaine dissolution. Et on verra si on arrive à tenir dans ce cadre-là. Mais voilà, moi je vous dis, je crois que nous ferions une erreur si nous donnions l'impression que le fonds n'a pas d'importance et que seule la forme compte.
– Dernière question, il y a des candidats qui posent question, du côté de LFI notamment. Jordan Bardella a tweeté il y a quelques heures, le 27 mai, huit membres du groupe d'ultra-gauche, la jeune garde dirigée par Raphaël Arnaud, ont passé à tabac un jeune juif de 15 ans. Ce candidat fiché S, dirigeant d'un groupe musculant antisémite, ne doit pas entrer à l'Assemblée nationale. J'appelle au sursaut face au pire. Est-ce que vous soutenez Raphaël Arnaud qui est fiché S et qui est candidat de la France insoumise ?
– Je ne suis pas au courant de ça. – Vous connaissez Raphaël Arnaud ? – Oui, je découvre là, s'il y a eu des violences physiques, il n'y a pas de débat. C'est-à-dire qu'il y a des violences physiques, je les condamne absolument et cela ne doit pas entrer dans le débat politique. Maintenant, je voudrais vraiment comprendre ce qui s'est passé parce que là, permettez quand même, ils utilisent quand même souvent des arguments, voire des fake news, donc je voudrais vérifier cette information avant de pouvoir prendre une position.
– Le profil de Raphaël Arnaud, il vous gêne ou pas ?
– Oui, il y a des militants écolos qui sont fichés S aujourd'hui alors qu'ils défendent le bien commun qui s'appelle l'eau, par exemple, contre les mégabassines. Donc je veux dire, l'argument fiché S n'est pas suffisant aujourd'hui, malheureusement, pour savoir si une personne doit pouvoir rentrer ou pas à l'Assemblée nationale.
– Merci beaucoup à vous et bonne journée, Sandrine Rousseau. Tout à l'heure à 8h15, c'est Éric Ciotti qui sera avec nous, Émilie.
– Tout à fait, merci aussi à Fabrice Penaud pour la traduction en langue des signes.
– C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. – Sous-titrage Société Radio-Canada –
Sandrine Rousseau