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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 16 octobre 2024 10 min

Commission d'enquête des finances publiques, loi immigration... Eric Coquerel est l'invité du 16 octobre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.

0:10
Invité

La commission des finances qui va se transformer en commission d'enquête sous votre autorité, Eric Coquerel, pour enquêter sur la dérive des finances publiques. Y a-t-il eu, de votre point de vue, dissimulation de la part du gouvernement sur les chiffres des finances publiques ?

0:26
Éric Coquerel

Il y a eu insincérité ou cécité, les deux sont graves. C'est-à-dire que c'est ce que va essayer de déterminer la commission d'enquête que je vais donc proposer à la commission des finances. Je pense que ça sera validé ce soir à 17h. Pourquoi les deux sont graves ? Parce que que ce soit effectivement, peut-être même les deux d'ailleurs, on verra, la dissimulation. Cécité, ça veut dire qu'on a en réalité un personnel politique à Bercy et même plus haut encore, mais qui a peut-être jusqu'à influencer au final même les fonctionnaires qui travaillent là-dessus, qui est aveuglée par sa politique. Cette politique, c'est quoi ?

C'est l'idée que vous baissez les impôts et puis vous allez quand même avoir de plus en plus de rendements d'impôts. Alors, dans les années après Covid, c'était vrai parce qu'il y a eu un rebond de l'activité. Mais là, maintenant, on a une activité à 1% de croissance. Ce n'est plus vrai. Du coup, les recettes ont fondu et les déficits ont explosé. Et manifestement, ils n'ont pas su le prévoir, ce qui est évidemment très grave.

1:18
Invité

Pourtant, Bruno Le Maire a commencé à se défendre, a commencé à contre-attaquer. D'abord, il a dit qu'il viendrait répondre à vos questions en toute transparence, visiblement. Il a des arguments à vous soumettre. Il dit qu'il a cessé d'alerter le gouvernement et même l'Élysée, sous-entendant qu'il n'a pas vraiment été entendu. Qui est le principal responsable, d'après vous ?

1:36
Éric Coquerel

Le principal responsable, c'est celui qui préside ce pays. Emmanuel Macron. Oui, c'est quand même lui qui choisit cette politique économique. D'ailleurs, qu'il a choisi tellement qu'il a refusé un gouvernement nouveau, au Front Populaire, qui allait faire l'inverse de sa politique en juillet, pour je ne sais quelle combinaison improbable, qui fait qu'on a un gouvernement Barnier qui n'a aujourd'hui pas de majorité. Donc je pense que c'est lui le responsable. Bruno Le Maire fait partie des gens qui ont pris des décisions.

Là où je lui donne le point, c'est que je me souviens très bien que moi, j'ai demandé un projet de loi de finances rectificative au début de cette année, quand on nous a dit que les déficits augmentent. Lui, il était pour. Il était pour. Il l'a dit. On a les cherché 15 milliards. Voilà. Et pour faire en sorte qu'il y ait un débat démocratique, au lieu d'essayer de passer en calcimini un gel des crédits comme ça a été fait. Donc ça, au moins, je le reconnais. Mais enfin, il a aussi ses responsabilités. Il était quand même à Bercy. Et de ce point de vue-là, le fait qu'on passe... Il faut bien comprendre qu'on est passé de 4,1% de déficit prévu du PIB pour 2024. Fin 2023, on est passé à 6,1%.

Cette différence, elle est énorme. Et elle est énorme aussi parce que, figurez-vous, la France, elle rassure aussi les marchés, pas seulement sur sa santé économique, ses déficits, mais aussi sur crédibilité. Voilà. Il y a un appareil d'État, il y a l'administration qui est capable de donner des prévisions. Et donc, on peut prêter un État qui est capable de nous dire qu'est-ce qui va se passer dans un an. Alors, si tout ça n'existe plus, je ne vous dis pas la crédibilité. Donc, il faut savoir pourquoi c'est arrivé. Moi, je pense que c'est la politique qui est en jeu. Mais ça va être justement l'intérêt de cette commission.

3:00
Invité

Le grand argument général qui est servi pour expliquer tout ça, c'est le Covid. Et du côté du gouvernement et de l'Élysée, on dit à l'époque du quoi qu'il en coûte. Moi, je n'ai pas entendu. Elle est fille. Je n'ai pas entendu Éric Coquerel dire quoi. C'est n'importe quoi. On est en train de dilapider l'argent du contribuable. L'Élysée dit et Bercier. Tout le monde était d'accord à l'époque.

3:17
Éric Coquerel

Oui, on a un peu discuté la façon dont c'était fait. Mais le fait de le faire ne posait pas le problème. Mais c'est faux. Ce n'est pas le Covid qui explique aujourd'hui les déficits. Les déficits, principalement, et tous les économistes là-dessus sont d'accord, c'est une baisse de recettes. Il faut comprendre que, contrairement à ce qui est dit, la dépense publique dans le PIB, elle n'a pas augmenté. Elle a même légèrement baissé depuis 2017. Par contre, les recettes ont considérablement baissé parce que ça a été organisé, alors là, sur la volonté de M. Macron, de baisser les recettes et en faveur des plus riches. Donc, qu'est-ce qui se passe ?

C'est que la dette aujourd'hui sert en réalité aux cadeaux fiscaux aux plus riches, aux grandes entreprises. Ça, c'est insupportable. Moi, je ne suis pas contre la dette, mais pour la transition écologique, pour la bifurcation écologique.

3:56
Invité

— Non, mais l'idée, c'est de faciliter les vies aux entreprises pour qu'elles embauchent. Et ça a fait baisser le chômage.

4:01
Éric Coquerel

— Non, absolument pas. — Le chômage a baissé. — Mais il n'y a aucune... Non, le chômage n'a pas baissé. — Le chômage a baissé. — Non, le chômage n'a pas baissé. Là, je vais rentrer dans les détails. Mais par exemple, l'an dernier, on nous dit que le chômage baisse. Il y a 100 000 personnes qui étaient au chômage, qui ont disparu des statistiques, mais ils sont toujours au chômage parce que vous avez eu des changements de classement. On nous dit que le pays serait industrialiste. Il y avait 15 % de travailleurs dans l'industrie en 2017. Il y en a plus de 13 et quelques pourcents aujourd'hui.

Donc tout ça, c'est de la propagande qui nous laisse penser que les cadeaux fiscaux aux actionnaires ont servi le pays. Elles ont servi les dividendes. Ça, par contre, multiplié par deux depuis 2017, c'est documenté. Vous pouvez les chercher. Alors que le pouvoir d'achat des salariés a stagné. Tout le problème est là parce que la consommation populaire se rétracte. Il y a moins d'activité économique. L'État investit moins en termes de bifurcation écologique. et met son argent au service des plus riches et des très très riches. Et ça, c'est insupportable.

4:52
Invité

Alors l'examen du projet de budget commence aujourd'hui, donc en commission des finances. Vous avez du boulot qui vous attend, Éric Coquerel, pour les heures et les jours qui viennent. Et là aussi, selon vous, il y a un problème de transparence. Selon vous, en tout cas, vous allez nous le dire. Parce que votre collègue rapporteur du budget, Charles de Courson, lui, il dit que la présentation faite par le gouvernement, elle n'est pas conforme à la réalité. Il dit que rien que sur la prévision de croissance, on nous dit 1,1 %. Alors que, c'est Charles de Courson qui parle, moi, je n'y crois pas du tout. Est-ce que vous partagez son avis ou pas ?

5:16
Éric Coquerel

Je ne sais pas s'il y a de l'essimulation. Par contre, il y a un effet qui va se passer. C'est que tout le monde le dit. Le fait de baisser les dépenses publiques à la hauteur de 40 milliards, ça va produire environ 0,6 point de moins de croissance l'an prochain. Donc chacun le comprendra. 0,6 point de croissance en moins, c'est moins de cotisations qui rentrent. C'est moins d'impôts qui rentrent. Autrement dit, c'est le même cercle vicieux qui se met en place que ce à quoi on assistait cette année. Voilà à quoi nous amène la politique. C'est pour ça que nous, ce que nous disons, quand je dis nous, c'est nous au Front populaire.

Nous allons proposer des mesures, et j'espère qu'elles vont passer. C'est qu'il faut aller beaucoup plus chercher du côté des recettes, ce qui a été accumulé.

5:51
Invité

C'est-à-dire les impôts. Vous dites les recettes, on peut dire aussi les impôts.

5:54
Éric Coquerel

Oui, les impôts, en gros, pour les 1 % les plus riches ou les très grandes entreprises. Il y a beaucoup plus que les 8 milliards que va chercher le gouvernement à aller chercher. Nous, on a estimé qu'on pouvait récupérer assez facilement 50 milliards, et c'est mieux que de sabrer les dépenses publiques, qui sont non seulement la protection de beaucoup de nos Français, de la grande majorité de nos Français, mais qui, en plus, sert l'économie. Parce que quand vous dépensez dans la protection sociale, dans la dépense publique, ça permet une activité économique, contrairement à des dépenses qui enrichissent les actionnaires.

6:21
Invité

C'est vrai que dans vos propositions, il n'y a que des hausses d'impôts, des hausses de taxes, mais il n'y a pas de proposition d'économie. Ça veut dire qu'il n'y a pas trop de dépenses de la part de l'État ? Il n'y a aucun problème de ce point de vue-là ?

6:30
Éric Coquerel

Ah, mais si. Je vous donne une dépense, par exemple, inutile. Au moins une partie du crédit impôts recherche, pour les très grandes entreprises comme Sanofi, c'est 7 milliards par an. Il y en a au moins la moitié à récupérer assez facilement. Ça, c'est une dépense inutile. Parce que le résultat de ça, c'est qu'on donne de l'argent à Sanofi, environ 10 milliards, 1 milliard depuis 10 ans, et ils vendent aux Américains de l'IPRAN, ils ferment des fonds de recherche,

6:53
Invité

Et sur le fonctionnement de l'État, sur le fonctionnement des collectivités territoriales, il n'y a pas d'économie à faire non plus ?

7:01
Éric Coquerel

Écoutez, les collectivités ne sont pas celles qui ont le plus d'économie à faire de l'État. Je vous assure que d'abord, parce qu'elles n'ont pas le droit, en réalité, vous le savez, à des déficits, donc je pense que c'est une erreur d'aller chercher de ce côté-là des possibles manes financières. Si l'État gérait quelque part son budget comme les collectivités, peut-être qu'on ne serait pas dans cette situation, notamment avec ces baisses d'impôts pour les plus riches qu'on a constatées. Donc je crois que tout ça, c'est un peu facile d'aller chercher du côté des collectivités.

7:27
Invité

Sur un autre sujet qui va aussi agiter évidemment les débats à l'Assemblée nationale dans les mois qui viennent, l'immigration, il y avait à votre place hier Bruno Rotailleau qui a détaillé ce qu'il voulait mettre dans la loi immigration. On imagine que vous ne soutenez pas évidemment cette loi. Globalement, vous pensez quoi de ce projet présenté par Bruno Rotailleau ?

7:44
Éric Coquerel

Qu'est-ce que ces gens ne feraient pas pour faire passer leur politique en faveur des plus riches ? Parce que c'est de ça dont il s'agit. Ah bon ? Bien sûr. Quel rapport ? Ah ben je vais vous donner le rapport. C'est qu'ils essayent d'acheter la neutralité du Rassemblement national s'il y a des motions de censure. C'est à ça que c'est à la loi Asie de l'immigration. Et quel rapport avec les plus riches ? Parce que je considère que la politique économique de M. Macron qu'il mène depuis des années avantage surtout les quelques milliers de milliardaires de ce pays de manière... Oui mais vous nous avez parlé du RN.

Oui mais le RN, le problème c'est que le budget aujourd'hui, il est suspendu à ce que fera le RN quand nous déposerons une motion de censure face à des 49.3 du gouvernement.

Donc pour essayer de faire en sorte que le Rassemblement national, et vous avez entendu que Mme Le Pen disait qu'elle allait attendre la discussion budgétaire de voter cette position de censure, on lui offre une nouvelle loi Asie de l'immigration, inhumaine, raciste, inefficace, inutile, et qui va une fois de plus laisser penser que le problème de ce pays c'est l'immigration, alors que toutes les études sérieuses montrent que l'immigration arrive comme préoccupation très loin pour les Français derrière des préoccupations sociales. C'est en ça que je vous dis que c'est... je me demande ce que ces gens là feront parce qu'ils divisent les Français et en plus ils font des...

ils proposent des mesures qui sont non seulement inefficaces mais qui sont inhumaines.

8:55
Invité

Vous avez été choqué comme tout le monde par le meurtre abominable de Philippines. Bruno Retailleau dit si on élargit la durée de rétention, si on avait eu une durée de rétention plus large, on aurait pu éviter ce drame épouvantable. Ah bon ? Comment ? Eh bien parce que la personne qui était sous OQTF n'aurait pas été libérée à ce moment-là.

9:14
Éric Coquerel

La question c'est de se demander pourquoi un homme qui est violeur, qui a violé une fois, peut aussi facilement récidiver quelques temps après. Parce que si vous me dites que la mesure à prendre c'est la mesure d'étendre la mesure de rétention de quelqu'un... C'est ce que Bruno Retailleau dit. Mais la rétention théoriquement n'est pas la détention. La rétention c'est pour permettre l'éloignement de quelqu'un. Aujourd'hui, 80% des éloignements se font avant 45 jours. Si vous prolongez, vous proposez en réalité une détention.

C'est-à-dire que vous estimez qu'un migrant, en général, parce qu'ils ne sont pas tous des assassins d'une jeune femme comme Philippine, on va en convenir ensemble, un migrant est un criminel en puissance simplement parce qu'il est venu en France de manière irrégulière. Et en plus de ça, vous n'allez pas expulser parce que le problème c'est que les pays d'accueil ne veulent pas qu'ils reviennent. Donc en réalité, c'est quoi la suite ? C'est un enfermement permanent ? Ils proposent une autre solution mais dont vous débattrez évidemment du côté de l'Assemblée nationale. Non, ils proposent des positions inhumaines. Ça serait la 21e loi et toute aussi inhumaine et inefficace.

10:11
Invité

Merci beaucoup Eric Coquerel à l'invité des 4V ce matin.

10:14
Présentateur

C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.