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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 8 novembre 2024 24 min

Droit de douanes américains, crise agricole... Le "8h30 franceinfo" d'Annie Genevard

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Annie Gennevard, bonjour, vous êtes bienvenue à l'antenne de France Info, Donald Trump et donc de retour à la Maison Blanche. C'est la promesse de droit de douane augmentée, notamment peut-être sur les spiritueux. Voilà qui peut inquiéter les producteurs français et est-ce que vous, ça vous inquiète ?

0:23
Annie Genevard

Naturellement, c'est très préoccupant parce que les spiritueux sont à la fois la cible de mesures douanières américaines et de mesures douanières chinoises. Donc c'est une filière d'excellence très reconnue, non seulement au niveau national mais au niveau international. Donc on conduit une intense activité diplomatique en Chine en ce moment pour que les Chinois renoncent à cette mesure de rétorsion.

0:49
Présentateur

Pardon, vous avez bon espoir d'y parvenir ?

0:51
Annie Genevard

Écoutez, qui ne combat pas est assuré de perdre. Donc nous avons envoyé une délégation en Chine pour traiter cette question. Puis quant à l'élection de Donald Trump, je n'ai pas à la commenter. Le peuple américain s'est prononcé mais il faudra que nous regardions ça de très près.

1:09
Présentateur

Il va falloir s'y préparer peut-être.

1:11
Annie Genevard

S'y préparer, s'y préparer, c'est d'abord tout faire pour l'empêcher. Donc America first... Pour le coup, là vous avez un espoir, c'est-à-dire que c'est dans le programme de Donald Trump ? C'est dans le programme de Donald Trump mais bon, on connaît le caractère imprévisible parfois de cette personnalité.

1:27
Présentateur

Il y a quatre ans qu'il avait annoncé, il l'a appliqué globalement.

1:30
Annie Genevard

Écoutez, en tout cas, on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour combattre ces mesures qui effectivement porteraient atteinte à nos producteurs qui légitimement sont inquiets. Mais là, il faut que les responsables politiques au plus haut niveau se mobilisent.

1:49
Présentateur

Ça se joue au niveau européen, dans une Europe qui est, on le voit en ce moment à Budapest, qui est divisée avec deux crises politiques profondes dans deux des États fondateurs, la France et l'Allemagne. Quel espoir vous avez de faire marcher l'Europe sur ce sujet-là d'une seule voix ?

2:04
Annie Genevard

Je pense que la nécessité de faire valoir la souveraineté alimentaire européenne, au niveau national bien sûr, mais au niveau européen, c'est indispensable parce que face à des puissances telles que les États-Unis, la Chine ou l'Inde, il faut que l'Europe affirme sa volonté de protéger ses producteurs. C'est indispensable. Et peser dans le concert des nations, c'est assurément au niveau européen qu'il faut le faire.

2:35
Présentateur

Est-ce que si Donald Trump met en place des mesures, effectivement, d'ordre tarifaire sur les spiritueux français, il faudra lui répondre ? Prendre aussi, nous, de notre côté, des mesures ?

2:45
Annie Genevard

Écoutez, chaque chose en son temps. On va déjà prendre la mesure de sa volonté de mettre en œuvre ce qu'il a promis, le calendrier de cette mise en œuvre. Mais il est certain qu'on ne pourra pas rester sans réaction, y compris au niveau européen. Ça me semble indispensable.

3:00
Présentateur

Donc, c'est quoi ? C'est aussi des augmentations de droits de douane pour les produits américains ?

3:06
Annie Genevard

Chaque chose en son boycott, vous allez jusque-là ? Chaque chose en son temps. Avant de prononcer les mots radicaux de boycott, il faut déjà faire jouer à plein toute la diplomatie. Moi, je suis une femme de dialogue. Tant qu'on n'a pas épuisé les ressources du dialogue, il ne faut pas sortir les armes tout de suite.

3:25
Présentateur

Annie Gennevard, la FNSEA, les jeunes agriculteurs, appellent à la reprise de la mobilisation, un peu comme l'hiver dernier, à partir de la mi-novembre. Ça veut dire, en fait, la semaine prochaine, à peu près demain. Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on arrive d'une crise agricole au mois de janvier et qu'elle revienne au mois de novembre ? Ou qu'est-ce qui ne s'est pas passé, peut-être ?

3:48
Annie Genevard

Alors, je pense qu'il y a plusieurs facteurs d'explication. D'abord, les agriculteurs vivent des circonstances particulièrement difficiles. Il y a une convergence des crises qui est absolument inédite. Crise sanitaire. Les maladies vectorielles qui déciment les élevages et désespèrent les éleveurs. Il y a le changement climatique qui affecte vraiment les conditions de travail de nos agriculteurs. Il y a une météo absolument épouvantable. Trop d'eau ici, pas assez d'eau là.

4:19
Présentateur

Ce sont des facteurs un peu exogènes, j'allais dire. Il y a aussi l'action publique.

4:23
Annie Genevard

Oui, mais ça complique. Et ce n'est pas complètement nouveau, pardonnez-moi. Ça complique. Non, mais il y a eu une accélération des crises, une convergence des crises. Ça complique terriblement leur travail. Et puis, ça fragilise énormément leur trésorerie. Alors, d'autre part, les mesures, les promesses qui leur ont été faites, il m'appartient, moi, de les mettre en œuvre. C'est ce que j'ai fait depuis que je suis arrivée il y a une cinquantaine de jours. J'ai à cœur d'honorer les promesses qui leur ont été faites. J'ai préservé le budget. J'ai répondu à toutes les attentes qui étaient les leurs. Et j'ai déployé de nouvelles propositions.

4:59
Présentateur

On va détailler, mais s'il y a bien une inquiétude qu'on entend beaucoup, on l'entendait encore ce matin sur France Info, c'est celle de l'accord de libre-échange entre l'Union Européenne et le Mercosur. Cet accord auquel Emmanuel Macron dit régulièrement qu'il est opposé, sur lequel il a des doutes, etc. Pour autant, la Commission Européenne fait savoir que les négociations avancent et que cet accord, il est prêt à être signé et que même, cas échéant, elle pourrait se passer de la France.

5:27
Annie Genevard

Alors, le Mercosur, l'accord avec le Mercosur, nous y sommes frontalement opposés. Frontalement opposés. Nous, c'est la France. Nous, c'est la France, mais ce n'est pas seulement la France. Il y a d'autres pays qui sont, certes, peu de pays, mais vous savez qu'il y a un dispositif qui permet l'expression du droit de veto. Ce que nous devons faire avant l'adoption de cet accord international, c'est essayer de rallier à notre cause un maximum de pays, donc la Belgique, la Bulgarie, l'Autriche, l'Irlande, peut-être l'Italie. Voilà, nous travaillons activement à mettre en œuvre ce droit de veto parce que cet accord avec le Mercosur, les pays du Mercosur, il est fondamentalement mauvais.

6:12
Présentateur

On rappelle d'ailleurs, pays du Mercosur, pays d'Amérique du Sud, dont le Brésil, qui est un des gros, des géants agricoles mondiaux.

6:19
Annie Genevard

On est absolument hostile à cet accord. Pour quelles raisons ? D'abord parce que c'est une concurrence totalement déloyale. Imaginez-vous que, si cet accord était signé, c'est l'importation de 99 000 tonnes de bœuf, 100 000 tonnes de volaille, 100 000 tonnes de sucre. Ça percute complètement et frontalement nos propres productions. Et avec des normes environnementales et sociales, surtout, qui sont inacceptables en Europe. Avec des normes environnementales et sociales qui sont absolument en contradiction avec nos propres normes, 27 % de produits sont utilisés pour ces productions du Mercosur et qui sont interdites dans l'Union européenne.

Donc, non seulement il faut combattre pour les effets que ça produirait sur nos propres producteurs, mais aussi, il faut absolument combattre le fait qu'on est à armes complètement inégales.

7:11
Présentateur

Pour bien comprendre, Annie Gennevard, votre position et la manière dont vous entendez la défendre, on sait que la France seule ne peut pas lutter contre l'adoption, j'allais dire, au niveau européen. Mais vous dites, voilà, avec quelques autres pays, on peut y arriver, c'est ça l'idée ? Pour bien comprendre ce que vous avez expliqué.

7:27
Annie Genevard

Il y a un dispositif qui permet le veto, c'est-à-dire l'opposition au niveau européen de l'adoption de cet accord. Y parviendrons-nous ? Nous y travaillons. Nous y travaillons activement avec les députés européens, notamment ceux du PPE, François-Xavier Bellamy et Céline Imard, qui est une grande spécialiste des questions agricoles. Nous y travaillons. Le Premier ministre lui-même, Michel Barnier, y travaille activement. Dieu sait qu'il n'y a pas meilleur connaisseur des arcanes européennes que le Premier ministre. Donc, je sais qu'il rencontre Ursula von der Leyen dans les jours qui viennent, ainsi que la... À ce propos, ils sont... Georges Améloni.

Donc, on se bat sur tous les fronts, sur le front diplomatique, sur le front européen.

8:14
Présentateur

Et voilà. Si c'est aussi clair, si la France est aussi clairement opposée, d'abord, pourquoi ne pas en débattre à l'Assemblée nationale, comme le demandent les députés il y a quelques semaines, les insoumis à nouveau. Le gouvernement a refusé d'inscrire ça dans les niches parlementaires.

8:27
Annie Genevard

Eh bien, je pense que le débat parlementaire, il sera indispensable. D'ailleurs, nous avions entendu dire que Ursula von der Leyen voulait scinder l'accord en deux, l'accord commercial, l'accord cadre, de façon à faire l'économie des débats dans les parlements européens. Et ça, nous n'en voulons pas. Il faut que les parlements nationaux puissent s'exprimer. Mais pourquoi refuser au groupe d'opposition ? Oui, mais parce qu'il y a une temporalité. Avant d'instaurer le débat parlementaire, il faut déjà explorer toutes les voies. Mais il est clair que le débat parlementaire, il aura lieu,

9:01
Présentateur

j'en suis convaincu. Et quand François Ruffin, le député insoumis, soupçonne le chef de l'État d'une forme d'ambiguïté sur les sujets en disant, je crois que dans la durée, Emmanuel Macron est fondamentalement un partisan du libre-échange. Est-ce que c'est un mauvais procès ? Est-ce qu'Emmanuel Macron est fermement décidé à s'opposer à cet accord eu à Mercosur ?

9:19
Annie Genevard

Moi, je ne ferai pas ce procès d'intention au Président de la République parce que d'abord, je ne l'ai jamais entendu dire qu'il était favorable au Mercosur. Bien au contraire, parce qu'il a le devoir, évidemment, et il en est conscient de défendre les intérêts de la France. Et les intérêts de la France sont dans le rejet de l'accord du Mercosur et non dans son adoption. Donc, ce qui ne veut pas dire qu'il faut renoncer à tout accord international. Je vous rappelle que l'agriculture française est une agriculture exportatrice. C'est la question que j'allais vous poser, à Niveau de Var. Mais les accords ne peuvent pas toujours se faire sur le dos des agriculteurs.

9:53
Présentateur

L'accord avec le Mercosur, pour vous, il faut le prendre et le mettre à la poubelle ou il faut le renégocier ? Pour moi... Ce n'est pas tout à fait la même chose, quand même. Parce que les agriculteurs disent oui, ils s'opposent et puis en fait, à la fin, ils négocieront, les agriculteurs en tout cas certains, et ils négocieront, on aura autre chose. Et est-ce qu'il y a une réécriture possible, en fait ? Je n'en sais rien,

10:14
Annie Genevard

je n'en sais rien, mais il est clair que pour moi, la négociation ne peut pas exister sous la forme de compensation financière. Parce que une fois qu'on... C'est ce que propose

10:23
Présentateur

l'Union Européenne, effectivement.

10:24
Annie Genevard

Mais oui, mais non, mais ça, ça ne marche pas. Les agriculteurs, ils ne veulent pas qu'on leur donne de l'argent en compensation de cet accord qui est très néfaste. Ils veulent simplement pouvoir produire, vivre de leur travail, pouvoir commercialiser à armes égales la concurrence là est complètement déloyale. Donc ça, ça n'est pas possible.

10:45
Présentateur

Les autres raisons de la colère qui traînent depuis la grogne de l'hiver dernier, vous y avez en partie répondu avec le gazoel non routier. La hausse a été supprimée, c'est confirmé dans le budget. Ce contrôle unique sur les exploitations qui étaient attendues, que vous avez annoncées, n'a pas l'air de suffire complètement. Certains disent que c'est des promesses antérieures, mais ça ne règle pas le problème au fond. Qu'est-ce que vous répondez ? Écoutez, ce sont les promesses antérieures,

11:10
Annie Genevard

moi je l'ai fait. Moi je sais ce que me disent les agriculteurs, ils sont accablés de contrôles, ils vivent très douloureusement ces contrôles. Pourquoi ? Parce que ça jette le soupçon sur la façon dont ils travaillent. Ils ont l'impression d'être observés, souvent ils sont l'objet de dénonciations de la part de tout un tas de gens qui considèrent qu'ils ne travaillent pas dans des conditions respectueuses de l'environnement, ils sont parfois... Ce n'est pas le cas parfois ? Ils enchaînent les contrôles. Voilà, le contrôle est devenu, nourrit le sentiment de n'être pas reconnu dans leur travail.

Donc le contrôle administratif, le contrôle administratif unique, pas plus d'un contrôle physique dans la ferme, pas plus d'une fois par an et ça, c'était très attendu. Mais ce n'est que le début pour moi des actions de simplification que je veux conduire parce que ce que nous disent les agriculteurs, c'est que l'exercice de leur métier est devenu horriblement compliqué.

12:18
Présentateur

Le 8.30 France Info et Rangère Bonte, Adrien Bec. Et ce matin, Amie Genevard, ministre de l'Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de la Forêt, également secrétaire général, des Républicains. On est sur les raisons de cette colère qui ressurgit probablement à partir de la semaine prochaine. Question saisonnière, d'ailleurs. La raison pour laquelle ils reviennent la semaine prochaine, c'est parce que aussi les cultures s'achèvent ou en tout cas la partie de travail de l'automne s'achève. C'est bien ça ? Oui. Bon. Vous avez le sentiment d'être parfois impuissante face à cette colère récurrente ? Moi, je ne suis pas une femme

12:54
Annie Genevard

qui se résigne du tout. Donc, j'ai la volonté d'abord d'écouter. Je vais sur le terrain chaque semaine d'identifier les blocages, de comprendre ce qu'ils attendent, d'échanger avec eux et puis surtout d'apporter des réponses parce que ce qu'ils veulent, ce sont des réponses précises, concrètes, utiles. Donc, c'est ce qui guide mon travail. Donc, voilà, je ne renonce pas au dialogue.

13:20
Présentateur

Il y a quelques minutes, Annie Gennevard, chez nos confrères et nos amis de France Bleu, Roussillon, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, dit que l'une des premières revendications, c'est toujours le revenu et il dit qu'on a le sentiment que ça n'avance pas. Pourquoi ça n'avance pas ? Est-ce que c'est un sentiment d'ailleurs que vous jugez juste ? Et auquel cas, pourquoi ça n'avance pas ?

13:42
Annie Genevard

Alors, la question du revenu, elle est majeure. Les agriculteurs travaillent dur, vous le savez, ne sont pas toujours reconnus à la mesure des efforts et du rôle capital qu'ils remplissent dans notre pays. Ils nourrissent la population et souvent, ils ont le sentiment de défiance, de soupçon. Ils ont besoin de... La nation a besoin de retisser un lien de confiance avec les agriculteurs. Mais il faut que ça se traduise concrètement par du revenu. Oui. Ils travaillent dur et ils gagnent peu pour beaucoup d'entre eux. Je reviens d'Occitanie, il y a des situations extrêmement difficiles.

Alors, le revenu des agriculteurs, c'est d'abord vivre du fruit de son travail et pouvoir avoir des prix corrects payés aux productions qui sont les leurs. C'est tout le sens de la loi EGalim et je pense que la loi EGalim a apporté un certain nombre de réponses pour améliorer le prix payé aux producteurs. C'est une partie de l'équation.

14:38
Présentateur

Est-ce qu'il est possible d'aller plus loin aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'on peut faire de plus pour essayer de régler ou en tout cas d'améliorer cette question du revenu ? On a l'impression qu'à chaque fois, c'est le point principal. Le gouvernement dit qu'on essaie de répondre et patatras, après ça ne fonctionne pas.

14:55
Annie Genevard

Alors, dans le revenu des agriculteurs, il y a plusieurs choses qui entrent en ligne de compte. Il y a d'abord les aides européennes qui sont fondamentales.

15:01
Présentateur

La PAC.

15:02
Annie Genevard

La PAC. Il y a aussi toutes les dispositions que j'ai présentées dans le budget de 2025, les allégements fiscaux, le soutien à la trésorerie. C'est le dernier dispositif que je mets en œuvre à leur demande, du reste. Le soutien à la trésorerie par des dispositions bancaires dans des conditions qui leur sont favorables. Tout ça contribue au revenu.

15:27
Présentateur

Avec ça, je peux dire aujourd'hui, en 2025, qu'un agriculteur vivra mieux qu'en 2024.

15:32
Annie Genevard

Écoutez, en tout cas, je fais tout pour. Et puis, il y a aussi, et ça, c'est fondamental, à encourager l'acte de production. Quand on met trop de freins aux métiers d'agriculteurs, aux conditions de production par tout un tas de normes, de règles, de réglementations, d'empêchements, eh bien, on touche très directement au revenu des agriculteurs. Donc, il faut, dans la loi d'orientation, pardon, dans la loi d'orientation agricole, nous avons, lorsque j'étais députée, avec mes collègues de la droite républicaine, nous avons réinstauré dans cette loi la sanctuarisation de l'acte de produire. Ce pour quoi est fait un agriculteur, c'est produire.

Et les conditions, c'est vrai, cette année, sont particulièrement dégradées. Les rendements se sont effondrés parce que la météo a été absolument épouvantable. donc, ça touche, là aussi, directement, le revenu du produit.

16:31
Présentateur

Il y a des questions de météo, il y a des questions de fièvre, de langue bleue pour les moutons, de maladies hémorragiques et biseutiques pour les vaches, année noire pour l'élevage, pour les céréaliers. Et dans le contexte climatique et météorologique très particulier que vous soulignez tout ailleurs, beaucoup de critiques se concentrent sur le fait qu'il manque de mesures conjoncturelles pour indemniser toutes ces pertes, même si le budget de l'agriculture a plutôt été préservé. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

17:00
Annie Genevard

Alors, je réponds qu'à peine étions-nous arrivés au gouvernement que le Premier ministre lui-même est venu au sommet de l'élevage à Cournon et a annoncé un fonds de secours de 75 millions d'euros grâce auquel nous allons pouvoir indemniser les pertes directes des éleveurs parce que, par exemple, dans la filière Ovine, il y a des élevages qui ont perdu 40, 50, 60, parfois même jusqu'à 80% de leurs animaux. Il faut pouvoir les indemniser afin qu'ils reprennent leur activité. Nous avons également, je viens de commander 2 millions de doses de vaccins contre la FCO3 qui seront mises à disposition gratuitement sur la France entière.

Je vais lancer les assises du sanitaire parce qu'il faut qu'on remette à plat complètement notre politique de lutte contre les épisodiques qui se multiplient et qui sont

17:49
Présentateur

cette année très graves. De quelle façon tout ça implique et inclut la réflexion sur le dérèglement climatique ? Parce que, finalement, un des problèmes de fond, c'est celui-là, la maladie hémorragique épisodique, elle est transmise par un moucheron piqueur qui est lié au climat. Idem peut-être pour la viticulture en crise sur un autre type de problème, mais c'est une culture qui est déjà peu gourmande en eau. Or, le problème d'eau va se poser. Quelle vision à plus long terme vous avez là-dessus ? Bon, il faut évidemment

18:18
Annie Genevard

utiliser toutes les ressources de la recherche pour que l'on puisse mettre en œuvre des cultures qui sont moins gourmandes en eau, plus résistantes à la sécheresse. Mais au-delà de ça, moi, je suis allée deux fois en Occitanie, qui est une région qui souffre particulièrement du manque d'eau. Ce que j'observe, et ça m'est apparu très clairement, le premier problème de cette région, c'est l'accès à l'eau. Et il y a des réponses. Il y a des réponses. Je viens de lancer le plan hydraulique qui va permettre à des exploitations d'accéder à l'eau, soit par des réserves collinaires, soit par des plans d'eau que nous allons créer, soit par de la rénovation de canaux d'irrigation. Il y a des réponses.

Je voudrais dire à toutes les associations environnementales qui sont hostiles par principe et par idéologie au fait que les agriculteurs aient légitimement accès à l'eau. Je voudrais leur dire qu'ils condamnent les agriculteurs à la désespérance en les empêchant d'accéder à l'eau. Et moi, je me dresserai toujours contre ceux qui veulent s'opposer à l'accès à l'eau pour les agriculteurs.

19:26
Présentateur

Mais est-ce qu'il n'y a pas une réflexion à mener sur le type de culture ? Ça fait l'impression que ça fait 20 ans que la question est posée comme ça. Mais est-ce qu'il faut, pardon, c'est peut-être un peu brutal, continuer à aider des viticulteurs du Sud-Ouest qui manquent d'eau, encore une fois, alors que c'est déjà une culture qui est peu gourmandante d'eau. Est-ce qu'il faut rerouter les choses ? Est-ce que vous, vous allez pousser en ce sens-là ? Écoutez, il n'est pas question

19:46
Annie Genevard

d'éteindre la viticulture française. La viticulture française a besoin d'être soutenue. Elle a d'ailleurs une réponse aux difficultés qu'elle connaît. Tant pis s'il n'y a plus d'eau. Le plan d'arrachage pour 120 millions d'euros, c'est à leur demande. C'est la profession qui demande qu'on recalibre l'outil de production aux besoins du marché.

20:05
Présentateur

Pas précisément ce plan d'arrachage en cours. Pardon, je vous interromps, mais c'est intéressant. C'est un constat d'échec quand même.

20:10
Annie Genevard

Non, c'est un constat qu'il faut parfois prendre des mesures, certes douloureuses et radicales, mais pour mieux rebondir ensuite. S'il y a de la surproduction, il faut bien traiter le problème. On a aussi arraché des vignes dans le bord de lait. Donc, adapter la production aux besoins du marché, ça paraît, en tout cas, une démarche sensée, mais ça ne veut pas dire qu'on éteint la viticulture. Et c'est aussi pour les viticulteurs que j'ai mis en place ce soutien à la trésorerie parce que cette année, effectivement, ils ont des baisses de rendement catastrophiques.

Mais ce que je voudrais vous dire, bien sûr qu'il faut adapter les productions au changement du climat, mais il ne faut pas renoncer non plus à la souveraineté alimentaire. Quand un fruit, quand la filière des fruits et légumes ne suffit pas à l'autosuffisance alimentaire, ça veut dire qu'il faut progresser en matière d'autosuffisance alimentaire. Ça veut dire qu'il faut apporter de l'eau chaque fois que l'on peut, de l'eau. Quand il y en a que ça ne déséquilibre pas le milieu naturel, pourquoi en priverait-on les agriculteurs ? Je trouve que c'est une injustice absolument fondamentale et je veux protester contre l'attitude de certaines associations qui sont irresponsables en la matière.

21:19
Présentateur

Assurer, comme vous le dites, la souveraineté alimentaire, ça passe aussi par plus d'usage de pesticides ou pas ?

21:25
Annie Genevard

Alors, cette question des produits phytosanitaires, c'est une question assez fondamentale.

21:29
Présentateur

Si je vous pose la question, pardon, c'est parce que vous avez déploré cette semaine des restrictions trop importantes sur certains pesticides. Qu'est-ce qu'il faut comprendre ?

21:39
Annie Genevard

Il faut comprendre qu'il y a aujourd'hui des filières qui sont menacées d'extinction parce qu'elles n'ont plus de quoi traiter leur production. Donc, il y a une espèce de grande confusion qui s'est installée sur cette question de ce qu'on appelle les pesticides, de ce qu'on appelle, de ce qu'il est plus raisonnable d'appeler les produits phytosanitaires. Il y a aujourd'hui des réponses phytosanitaires aux difficultés de production, aux attaques sanitaires. Il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il y a des produits qui sont utiles. Ce que je dis, c'est que la France a surtransposé des mesures.

Et donc, elle nous a mis en concurrence directe avec les pays de l'Union Européenne qui, eux, n'ont pas été aussi imprudents. Il y a des substances qu'il faut pouvoir, avec lesquelles il faut pouvoir continuer de travailler parce que ça permet de continuer de produire et que c'est très important de produire. En clair, vous voulez réautoriser ? Non. Ce que je veux dire, c'est que toutes les décisions que l'ANSES est amenée à prendre doivent être regardées aussi par rapport aux conséquences économiques et sociales qu'elles emportent. Bien sûr, la question de la santé humaine ne se discute pas.

Mais aujourd'hui, moi, je veux, sur cette question, y aller sans a priori, y aller en prenant en compte tous les paramètres et surtout dire que mon travail consiste à répondre à l'urgence, à proposer aux agriculteurs les mesures qu'ils attendent et je le fais systématiquement à leur écoute en essayant de calibrer les choses pour ce qu'ils attendent. Mais au-delà de ça, il faut projeter les agriculteurs dans l'avenir. Il faut leur donner à espérer. Certains produits avaient été interdits

23:22
Présentateur

parce qu'ils contribuent au déclin des abeilles, par exemple. On a bien fait de les interdire. Donc ça, vous ne voulez pas réautoriser, par exemple, il y a quatre familles néonicotinoïdes

23:31
Annie Genevard

qui ont été interdites en Europe. Elles sont interdites partout, y compris en France. Il n'est pas question de les noisettes, par exemple. Mais moi, je veux redonner de l'espoir. Et là, la technologie peut aussi nous aider. Vous savez qu'il y a des machines qui aujourd'hui peuvent traiter presque aux brins d'herbe les mauvaises herbes, par exemple, qui perturbent les productions et réduisent de 70 à 80% l'utilisation des produits phytosanitaires. Il faut regarder du côté de la technologie aussi.

24:05
Présentateur

On regardera ça avec vous et on n'aura pas notre réponse effectivement sur les noisettes. Merci beaucoup.

24:10
Annie Genevard

Les noisettes, on les espère. Aujourd'hui, ils n'ont pas de réponse et il faut leur en donner une, en effet.

24:19
Présentateur

Eh bien, merci à vous, Annie Gennevard, ministre de l'Agriculture, d'avoir été avec nous ce matin. Merci, Bérangère Bonte. C'est rien. Restez sur France Info. Les informés sont à suivre.

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